Pierre Bovet (1965) a

Né à Grandchamp (Neuchâtel) le 5 juin 1878, Pierre Bovet vient de s’y éteindre après quelques années de retraite. Après des études de lettres et de philosophie, P. Bovet enseigna cette dernière discipline à l’Université de Neuchâtel. Sa thèse sur Le Dieu de Platon fut suivie de quelques articles sur le pragmatisme, mais, dès ce premier enseignement, P. Bovet s’orienta vers la pédagogie, organisant des conférences très vivantes et créant la Collection d’actualités pédagogiques qui connut un grand succès. Aussi bien, quand Claparède fonda l’Institut Jean-Jacques Rousseau en 1912, songea-t-il aussitôt à son ami Bovet pour en prendre la direction. Tôt après la guerre, Bovet fut appelé à la chaire de pédagogie de l’Université de Bâle, mais Genève sut le retenir en créant pour lui une chaire de pédagogie expérimentale à la Faculté des lettres, à côté de l’enseignement du professeur Malche. En 1925, P. Bovet ajouta à ses charges celle de directeur du Bureau international d’éducation, alors privé, mais ne voulut pas conserver ce poste lorsque le BIE adopta un statut intergouvernemental. Sous sa direction eurent lieu deux conférences internationales dont une à Luxembourg sur le bilinguisme.

Consacrant l’essentiel de son temps à ses étudiants et à de multiples réunions d’éducateurs, P. Bovet exerça une influence profonde sur les cercles pédagogiques qui trouvaient en lui un conducteur d’une entière conviction et d’une constante hauteur de vues, doublée d’un remarquable sens du concret sur le terrain psychologique. Dès ses dernières années à Neuchâtel, Bovet avait poursuivi, en liaison étroite avec Claparède, des recherches expérimentales sur la pensée et le jugement, par introspection provoquée, et avait été frappé par le rôle des « consignes » données au sujet, dans la direction de sa pensée. Partant de ces observations, Bovet eut l’idée remarquable de les appliquer au problème central de la genèse de l’obligation de conscience, et notamment du sentiment du devoir. Il publia alors des travaux décisifs montrant que deux conditions sont nécessaires et suffisantes pour engendrer un tel sentiment : 1) que le sujet (en particulier l’enfant) reçoive des consignes et 2) qu’il les accepte, c’est-à-dire qu’il éprouve pour celui qui les donne un sentiment sui generis d’affection et de crainte mêlées, qui est le sentiment du respect. Contrairement à Kant, qui voyait dans le respect un produit de la loi morale, P. Bovet trouve donc dans le respect la source ou l’une des sources de cette loi, en ce sens que la consigne devient loi si elle émane de personnes respectées. Bien avant que Freud élabore sa théorie du « surmoi », Bovet analysait donc les rapports d’enfants à parents en des termes plus précis fournissant l’essentiel des mécanismes de ce surmoi. Dans cette même direction, P. Bovet publia un petit livre sur Le Sentiment religieux et la psychologie de l’enfant où il montre le rôle du sentiment filial dans la genèse des sentiments religieux.

Un autre ouvrage de Bovet, qui connut un vif succès, a porté sur L’Instinct combatif et il y montre que, tel l’instinct sexuel dans la perspective freudienne, l’instinct combatif est susceptible d’évolution, de transferts et même de sublimations. Sur le terrain proprement pédagogique, P. Bovet s’intéressa à toutes les questions et savait admirablement les relier les unes aux autres et chacune à la psychologie. Il se préoccupa entre autres du problème des examens et publia une étude à la fois pertinente et savoureuse sur Les Examens de recrues. L’Institut J.-J. Rousseau, aux beaux temps de ses débuts où il y avait de 20 à 40 étudiants et pas encore de 400 à 500 comme aujourd’hui, lui tint fort à cœur et était pour lui comme une seconde famille. Il a écrit à son sujet en 1932 un charmant petit livre : Vingt ans de vie. On a souvent médit des méthodes pédagogiques « nouvelles » : elles ont cependant permis à P. Bovet d’élever ses enfants jusqu’à faire de l’un de ses fils un prix Nobel de médecine.