Discours de clôture du directeur du Bureau international d’éducation. 28ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique (1965) a 🔗
Au terme de cette XXVIIIe session de la Conférence internationale de l’instruction publique, j’aimerais vous exprimer notre profonde reconnaissance pour les résultats que vous avez obtenus et surtout pour l’esprit de coopération et souvent de conciliation réelle que vous avez apporté à vos travaux.
Je ne dirais pas que cette session de la Conférence internationale de l’instruction publique nous inquiétait, car nous avions pleinement confiance en vous, mais elle soulevait cependant certains problèmes et nous portions un grand intérêt, et même une certaine curiosité, à voir comment ils seraient résolus. La conférence de l’an dernier avait été interrompue de façon quelque peu dramatique et l’on pouvait se demander si celle de cette année demeurerait centrée sur le passé ou si elle s’engagerait résolument dans la voie d’une restauration ou d’un renouvellement de nos travaux en leur orientation spécifique et pédagogique. Or, vous avez nettement choisi cette seconde voie et manifesté ainsi votre foi en la nécessité et en l’avenir des conférences internationales de l’instruction publique. De cela d’abord, nous tenons à vous remercier bien profondément.
Ensuite se posait la question du règlement intérieur et l’on pouvait se demander à ce sujet si quelques délégations n’auraient pas la tentation de contredire le statut de la conférence, voté par les conseils de l’Unesco et du BIE, ou même de le remettre en discussion dans le but d’attribuer à la Conférence internationale de l’instruction publique une souveraineté qu’elle ne saurait posséder, puisqu’elle dépend de deux organisations seules maîtresses de ses destinées. Ici encore, Mesdames et Messieurs les délégués, vous avez fait preuve de grande sagesse et j’ai en particulier entendu, à la commission du règlement intérieur, une intervention très remarquée du représentant du Cameroun qui m’a profondément impressionné par sa logique et sa lucidité quant à la dépendance nécessaire de la conférence par rapport aux conseils de l’Unesco et du BIE et du règlement intérieur de la conférence par rapport à son statut. Mais si personne n’a nié cette dépendance, il s’est produit à la commission du règlement intérieur un phénomène très intéressant pour le psychologue et le sociologue. On sait en effet que, à côté de la pensée rationnelle ou logique, il existe une pensée symbolique que l’on a étudiée dans l’inconscient des individus et dont on a cherché, par ailleurs, à montrer qu’on la retrouve également en certaines manifestations des idéologies collectives. Cette forme de pensée tend en particulier à obtenir une satisfaction symbolique des désirs et des intérêts que la réalité ne permet pas d’assouvir de façon affective et à « refouler » les représentations pénibles que la vie peut imposer. Ne pouvant pas et ne voulant pas d’ailleurs supprimer le statut de la conférence, la commission du règlement intérieur s’est alors appliquée à en supprimer toutes les traces visibles dans certains articles du règlement intérieur, ce qui ne change rien à rien mais présente un beau modèle de « refoulement » symbolique. De même, désirant que les secrétariats soient bien sages à l’avenir (et je ne pense pas compromettre le directeur général Maheu en promettant qu’ils resteront toujours sages si l’on respecte le statut), on a désiré préciser qu’ils seront placés pendant les sessions de la conférence sous la « haute direction » du bureau de la conférence. Ici encore cela ne change rien à rien, mais le symbolisme ainsi utilisé a plu à la majorité, même sans avoir à parler de « très haute direction ».
Pour ce qui est des secrétariats, la conférence de cette année soulevait deux graves problèmes, l’un momentané et l’autre malheureusement plus chronique. Le premier de ces problèmes était celui que posait la maladie de mon collègue Rosselló qui, en temps normal, tient en main tous les rouages cachés de la conférence. M. le directeur général Maheu a bien voulu me donner le grand témoignage d’amitié — et je tiens à l’en remercier publiquement et très chaudement, en votre nom à tous comme au mien personnel — de nous prêter pour quelques semaines les services de M. Legrand, dont vous savez tous le rôle infiniment utile et même indispensable qu’il avait joué dans le bon fonctionnement des dernières conférences. M. Legrand s’est mis courageusement à l’ouvrage et son dévouement total comme son intelligence rapide ont permis cette année un déroulement à peu près normal des travaux. Qu’il soit ici profondément remercié pour le grand succès qu’il a ainsi remporté. Mais, si je dis un déroulement à peu près normal, c’est qu’un second problème plus grave s’est greffé sur le précédent : notre secrétariat du BIE, si excellent soit-il et entièrement consacré à une tâche qu’il aime et qu’il accomplit sans défaillance, demeure nettement insuffisant au point de vue quantitatif, faute de moyens financiers. Le budget annuel du BIE est en tout et pour tout de 152 000 dollars et, tant que les pays membres ne seront pas plus nombreux ou ne feront pas d’effort financier dépassant les 5 000 ou 10 000 francs suisses de cotisation annuelle actuellement demandée, nous ne voyons pas comment remédier à cette situation.
Ceci me conduit à la réforme des méthodes de la conférence. Nous entendons chaque année des propositions à cet égard ; mais, cette fois-ci, le conseil du BIE a pris une résolution ferme en demandant au président du comité exécutif, à la commission mixte et au directeur du Bureau de faire, chacun pour son compte, rapport à ce sujet au comité exécutif qui, en liaison avec le directeur général de l’Unesco, prendra les décisions nécessaires. Certains progrès ont pu être effectués quant aux rapports nationaux et à la technique des questions écrites qui semble plaire à plusieurs délégations. Il reste à étudier la possibilité de séances ayant lieu simultanément en deux salles distinctes car, aux dires de beaucoup, la conférence est nettement trop longue. On pourrait concevoir également la possibilité d’abréger le travail en ce qui concerne les deux questions principales par une étude préalable de quelques spécialistes choisis selon les problèmes abordés.
Quoi qu’il en soit, vous avez, Mesdames et Messieurs les dĂ©lĂ©guĂ©s, accompli un travail considĂ©rable et utile. Cela est dĂ» d’abord Ă l’excellence du prĂ©sident et des vice-prĂ©sidents que je remercie ici de tout cĹ“ur. Cela est dĂ» Ă la collaboration Ă©troite de l’Unesco et du BIE et, en remerciant encore M. le directeur gĂ©nĂ©ral Maheu, j’aimerais dire notre reconnaissance Ă M. le sous-directeur gĂ©nĂ©ral Betancourt MejĂa, Ă M. le conseiller juridique Saba qui a joint beaucoup d’humanitĂ© Ă sa science, Ă MM. DelĂ©on, Bowers et Tanguiane et Ă l’inĂ©puisable dĂ©vouement de M. Legrand. Cela est dĂ» aux interprètes qui ont Ă©tĂ© soumis Ă particulièrement rude Ă©preuve. Mais cela est dĂ» surtout, Mesdames et Messieurs les dĂ©lĂ©guĂ©s, Ă l’esprit remarquablement bienveillant et constructif que vous avez tous mis Ă notre Ĺ“uvre commune en assurant ainsi la rĂ©surrection en 1965 et le brillant avenir de la ConfĂ©rence internationale de l’instruction publique.