Préface. Dictionnaire d’épistémologie génétique (1966) a

L’épistémologie génétique ne se confond pas avec la psychologie génétique et celle-ci n’est elle-même pas identique à la psychologie de l’enfant. Cette dernière étudie l’enfant pour lui-même, tandis que la psychologie génétique cherche dans l’étude de l’enfant la solution des problèmes généraux, tels que celui du mécanisme de l’intelligence, de la perception, etc., car ce n’est qu’en analysant la formation de tels mécanismes que l’on parvient à fournir leur explication causale. En effet, en psychologie comme en biologie, l’explication est inséparable du développement. De même l’épistémologie génétique a pour objet l’examen de la formation des connaissances comme telles, c’est-à-dire des relations cognitives entre le sujet et les objets : elle fait donc la transition entre la psychologie génétique et l’épistémologie en général, qu’elle espère enrichir par la considération du développement. Mais si l’épistémologie comporte toujours des présuppositions psychologiques (même dans les théories qui prétendent pouvoir négliger le sujet et réduire son activité à un simple « langage »), qu’il s’agit donc de soumettre au contrôle de l’expérience et des faits, il intervient en outre dans la théorie des connaissances des considérations de logique ou d’algèbre générale, etc., qui ne relèvent plus de la psychologie, mais de la formalisation ou de la déduction pure. L’épistémologie génétique est donc de par sa nature même une recherche interdisciplinaire, où la psychologie génétique joue un rôle nécessaire mais nullement suffisant.

Étant donnée cette complexité des problèmes de l’épistémologie génétique, il pouvait être utile d’en faciliter l’étude au moyen d’un Dictionnaire qui fournirait au lecteur un ensemble de définitions ou de références l’aidant à s’y retrouver dans la lecture des textes. Vingt volumes ont, en effet, déjà paru dans les « Études d’épistémologie génétique » et ces « Études » n’ont aucune prétention au monopole dans les recherches en ce domaine. M. A. M. Battro, qui est à la fois neurologiste, psychologue et logicien et qui a participé aux travaux de notre Centre de Genève, était admirablement préparé pour accomplir cette tâche. Il en a pris l’initiative avec un groupe de collaborateurs à Buenos Aires et nous avons eu un jour la surprise de recevoir le manuscrit d’un tel Dictionnaire, auquel nous n’avions nullement songé nous-même. C’est le fruit de ce travail que nous avons aujourd’hui l’honneur et le plaisir de présenter au public et nous en exprimons d’abord à son et à ses auteurs notre vive reconnaissance. Mais il y a bien plus, et l’on discernera sans peine, à consulter cet ouvrage, son sérieux et son information, ainsi que la souplesse et l’ingéniosité des rapprochements implicites qu’il effectue sans cesse. On se représente sans peine le travail souvent fastidieux qu’il a fallu fournir pour mener à bien cette tâche. Mais le résultat est là. Le seul reproche que nous ayons à lui faire est d’avoir trop centré ses textes sur nos propres travaux alors que l’épistémologie génétique n’est pas le fait d’une « école », mais correspond à une tendance permanente que l’on voit se manifester avec plus ou moins de vigueur selon les régions ou les moments du temps. Or, cette tendance est en voie de s’affirmer toujours davantage et, à cet élan, le travail de M. Battro et de ses collaborateurs aura certainement contribué activement.