Discours de clôture du directeur du Bureau international d’éducation. 30ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique (1967) a 🔗
Au terme de cette XXXe session de la Conférence internationale de l’instruction publique, je me sens pressé de vous exprimer la reconnaissance du Bureau international d’éducation, tout d’abord pour le travail que vous avez fourni : vous avez voté deux recommandations, vous avez participé à de multiples séances, à des comités de rédaction quelquefois épuisants, et de tout cela je vous remercie. J’aimerais vous remercier surtout pour l’atmosphère remarquable qui a régné tout au long de vos travaux et qui a rappelé celle de nos meilleures conférences.
Quelles sont les raisons de cette excellente atmosphère ? C’est tout d’abord un président dont chacun connaissait d’ailleurs la finesse et le tact, les qualités d’administrateur et l’enthousiasme du pédagogue.
J’aimerais remercier les vice-présidents, auxquels le président a constamment fait appel. Mon ami Guiton a parlé tout à l’heure de l’accès des femmes à l’éducation ; il y a l’accès des femmes à la Conférence internationale de l’instruction publique, comme il l’a dit, mais je note avec grand plaisir que, parmi les vice-présidents, nous avons eu une déléguée, une représentante du beau sexe, sous la présidence de laquelle une autre déléguée a présenté un rapport national. Nous souhaitons que cette conquête de la conférence par les représentantes et les éducatrices s’affirme chaque année davantage au cours de nos prochaines sessions.
J’aimerais remercier les présidents-rapporteurs qui ont eu une lourde charge, nos collègues de l’Unesco, nos secrétariats, nos excellents interprètes.
J’en viens maintenant au travail accompli et j’aimerais tout d’abord nous féliciter de la méthode de travail efficace qui a été trouvée pour le second point à l’ordre du jour, c’est-à -dire pour la reprise d’une ancienne recommandation concernant l’hygiène scolaire. Cette reprise a donné lieu à une nouvelle enquête complète et a permis une mise au point très utile de l’ancienne recommandation. La méthode suivie s’est révélée rapide : le résultat a pu en être obtenu en deux séances de section et deux séances de commission de rédaction. J’en félicite le président-rapporteur, M. Majault, dont les qualités sont d’ailleurs bien connues depuis longtemps dans cette conférence.
La recommandation sur la pénurie de maîtres secondaires est pleine d’idées et très complète, si l’on songe qu’il s’agit d’une recommandation officielle ; mais il y a certaines choses que l’on a quelque peine à dire dans une recommandation de ce genre et qui pourtant doivent être dites. À l’ouverture de cette conférence, j’avais insisté sur le fait que la vocation pédagogique au niveau secondaire n’est possible que si des problèmes psychopédagogiques constamment renouvelés sont susceptibles d’enthousiasmer les éducateurs, mais ce n’est là qu’une des deux faces de la question. L’autre concerne les élèves eux-mêmes, les écoliers qui suivent cet enseignement secondaire, et le premier problème à se poser à cet égard, pour traiter du recrutement des maîtres, est de comprendre pourquoi, si tous les intellectuels ont passé par l’école secondaire, il y en ait si peu qui désirent devenir maîtres d’école eux-mêmes. Or, c’est là un problème très réel : si tous les élèves passant par les classes secondaires trouvaient à leur école de quoi satisfaire pleinement leurs besoins intellectuels, leur besoin de création, aussi bien que celui d’assimilation et de compréhension, n’y aurait-il pas davantage de vocations pédagogiques ? Cela nous montre que le problème du recrutement des maîtres n’est pas seulement un problème de valorisation sociale, comme je le disais la semaine dernière, et encore moins seulement une question de traitement, c’est un problème qui touche à la nature même de l’école, à l’esprit de l’enseignement. Dans la mesure où l’école demeure si souvent anti-psychologique faute d’activités suffisantes de la part des élèves, ceux-ci, une fois sortis de l’école, n’ont qu’un désir, c’est de s’engager vers d’autres directions. Dans la mesure au contraire où ils seront intellectuellement satisfaits et, pour tout dire, heureux de leur vie scolaire, cela multipliera les carrières d’enseignement. En un mot, je disais l’autre jour que la première condition d’un recrutement normal est de trouver les mobiles qui donneront aux maîtres la satisfaction et l’ardeur et qui les rendront fiers d’être maîtres d’école mais, si les élèves eux-mêmes n’atteignent pas cet état d’esprit et ne sont pas fiers de leurs maîtres dès leurs études, comment les décider à devenir maîtres à leur tour ?
En bref, c’est par là que je conclurai : le grave problème du recrutement des maîtres que vous avez discuté demeure plus que jamais lié au problème du sens de l’école et de l’esprit même de tout l’enseignement. C’est pourquoi cette XXXe Conférence de l’instruction publique n’est qu’une étape d’un combat à reprendre sans cesse. Vivent donc les conférences de l’instruction publique et à l’année prochaine !