Contradiction et conservations. Psychological investigations : a commemorative volume dedicated to the 85ᔗʰ anniversary of the birth of D. Uznadze (1973) 1 a

Nous savons depuis longtemps que les attitudes de non-conservation propres au stade prĂ©opĂ©ratoire sont sources de contradictions multiples et les belles Ă©tudes de Inhelder, Sinclair et Bovet sur l’apprentissage des conservations ont montrĂ© que les conflits entre indices non coordonnĂ©s sont encore plus nombreux et profonds que l’observation simple ne l’avait montrĂ©. D’autre part, il est de toute Ă©vidence que la conquĂȘte des conservations repose sur une compensation progressive des relations positives et nĂ©gatives (par exemple, « plus haut × moins large = mĂȘme quantitĂ©), de telle sorte qu’il semble n’y avoir rien Ă  dire de plus quant aux rapports entre ce problĂšme et notre hypothĂšse gĂ©nĂ©rale d’un dĂ©sĂ©quilibre initial dĂ» au primat des affirmations sur les nĂ©gations : les jeunes sujets dĂ©butent par les premiĂšres (« c’est plus haut », « plus long », etc.) en nĂ©gligeant les aspects nĂ©gatifs qui permettraient les compensations et conduiraient aux conservations.

(1) Mais tout cela n’est que constatations et si l’on veut trouver la raison de ces dĂ©sĂ©quilibres de dĂ©part, il s’agit de dĂ©gager un mĂ©canisme Ă©lĂ©mentaire tel que le caractĂšre positif (ou additif) de l’action entraĂźne une omission initialement systĂ©matique de son caractĂšre nĂ©gatif (ou soustractif). Or, on ne voit pas pourquoi ce serait le cas lorsqu’il s’agit seulement de deux variations dimensionnelles, comme en longueur et en largeur, dont l’une est aussi perceptible que l’autre ; au contraire, dans l’épreuve consistant [Ă ]* transfĂ©rer n jetons d’une collection A Ă  une autre B et comprendre que la diffĂ©rence est alors de 2n, on comprend mieux pourquoi l’action d’ajouter n élĂ©ments à B ne s’accompagne pas d’emblĂ©e de la considĂ©ration de les avoir enlevĂ©s à A, puisqu’il s’agit de la mĂȘme action, dont le but est additif, ainsi que des mĂȘmes Ă©lĂ©ments simplement dĂ©placĂ©s, et, qu’en un dĂ©placement, c’est la nouvelle position des objets qui importe, et non pas le vide laissĂ© derriĂšre eux.

Ce qu’il convient donc de trouver, pour expliquer les non-conservations initiales, c’est un mĂ©canisme du mĂȘme genre, qui fasse primer les aspects positifs d’une seule et mĂȘme action fondamentale sur ses aspects nĂ©gatifs. Or, une telle action existe et joue un rĂŽle essentiel en toutes les questions de conservation : c’est celle de dĂ©placer une partie de l’objet par rapport Ă  d’autres. Si l’on dĂ©finit la commutativitĂ© de façon large, en disant sans plus que la somme (ou le produit) de deux Ă©lĂ©ments n’est pas modifiĂ©e lorsque l’on « change leur relation de positions (au sens strict, il s’agit d’un changement d’ordre en une suite linĂ©aire), il est clair qu’un tel dĂ©placement des parties de l’objet est commutatif : dans la transformation d’une boulette en boudin, une partie A de pĂąte qui est au-dessus de B dans la forme sphĂ©rique passe devant B lorsqu’on Ă©tire la boule en saucisse, mais leur somme reste la mĂȘme. Seulement, pour raisonner ainsi, il est nĂ©cessaire de se rappeler que si l’on ajoute de la substance dans la direction de la longueur, on l’enlĂšve quelque part ailleurs et que, par consĂ©quent, le boudin n’est pas simplement « plus long » d’une quantité x, mais qu’il est Ă©galement « moins quelque chose », donc moins − x *par rapport Ă  la forme antĂ©rieure. C’est alors cette soustraction qui Ă©chappe Ă  l’attention du sujet pour des raisons semblables Ă  celles qui l’empĂȘchent de comprendre la diffĂ©rence de 2n lorsqu’on transfĂšre n jetons d’une collection Ă  une autre. De mĂȘme, dans la non-conservation du nombre, le sujet pense que la quantitĂ© augmente si l’on allonge une suite d’élĂ©ments en les espaçant simplement : il ne voit pas alors que ce qui est une addition en longueur est en mĂȘme temps une soustraction se traduisant sous la forme d’espaces vides entre les Ă©lĂ©ments., etc.

En un mot, la source du dĂ©sĂ©quilibre qui est le propre des non-conservations n’est pas seulement Ă  chercher dans la difficultĂ© de penser Ă  deux modifications Ă  la fois au vu du rĂ©sultat des actions : elle tient plus profondĂ©ment aux limitations de la prise de conscience de l’action centrale elle-mĂȘme dont seul est retenu l’aspect positif liĂ© Ă  son but (augmenter la longueur, etc.), tandis que l’aspect soustractif ou nĂ©gatif qui en est insĂ©parable n’est pas remarquĂ© puisqu’il s’agit d’une seule et mĂȘme action et des mĂȘmes Ă©lĂ©ments modifiĂ©s par elle. En cette interprĂ©tation, c’est donc la non-commutativitĂ© qui fait obstacle Ă  la conservation, tandis que celle-ci se constitue sitĂŽt que la commutativitĂ© (au sens large) fournit une forme Ă©lĂ©mentaire de quantification en mĂȘme temps que de compensation antĂ©rieurement Ă  toute mesure.

(2) On comprend mieux alors le premier rĂ©sultat des sondages exĂ©cutĂ©s en vue de dĂ©celer les sentiments Ă©ventuels de contradiction chez les sujets prĂ©-opĂ©ratoires, en reprenant les questions habituelles mais en multipliant les transformations et les indices significatifs de sens contraires. Or, au niveau Ă©lĂ©mentaire de non-conservation, il n’a pas Ă©tĂ© possible de dĂ©celer le moindre indice d’une conscience de contradiction ou d’une modification des raisonnements sous l’influence d’un conflit rĂ©el, les sujets trouvant tout naturels des changements continuels de quantitĂ© de matiĂšre et se bornant en cas d’impasses Ă  renoncer momentanĂ©ment Ă  toute dĂ©cision :

Cri (5 ; 3) oscille entre les critĂšres « plus long » et « plus gros » comme indices de quantitĂ© supĂ©rieure. Pour deux boudins de longueurs inĂ©gales (Ă  partir de boules Ă©gales), il enlĂšve presque la moitiĂ© de la plus longue pour qu’on ait « la mĂȘme chose Ă  manger » et se dĂ©clare satisfait du rĂ©sultat : « Tu penses que oui ? (Il regarde avec attention.) — Non, toi, parce que c’est plus gros. — Comment faire ? — Sais pas ». Puis, il propose de les remettre (telles quelles) en boulettes : « Si tu les refais, ce sera la mĂȘme chose ? — Oui. — Regarde tout ça sur la table (ce qu’il a enlevĂ©). Ce sera la mĂȘme chose ? — Non, il manque encore ça, il faut le remettre ».

Lau (5 ; 3) avec les liquides verse elle-mĂȘme en un bocal large et bas C et en un bocal moins large et plus Ă©levé AL deux quantitĂ©s jusqu’au mĂȘme niveau pour avoir autant Ă  boire : « Tu es sĂ»re ? — Bien sĂ»r, parce qu’on a mis la mĂȘme chose que pareil ». AprĂšs avoir versĂ© C en A2 (semblable Ă  A1), elle constate des niveaux trĂšs inĂ©gaux tandis qu’elle avait anticipĂ© l’égalitĂ©. Aucun Ă©tonnement : « C’est pas pareil, parce qu’ici (A1) on a mis moins », ce qui, comme la suite le montre, signifie rien pas qu’elle en a trop peu mis en A1 par rapport à C mais que les quantitĂ©s sont actuellement inĂ©gales. En effet, en prĂ©sence de B (mince et plus Ă©levĂ© que les A) elle remet les sirops aux mĂȘmes niveaux (avec tĂątonnement pour bien les ajuster) et dĂ©clare que c’est « tout pareil. — Et si on verse (B et C) en (A1 et A2) ? — Comme le mien (prĂ©vision d’égalitĂ©, comme prĂ©cĂ©demment). — Essaie. — C’est pas pareil, parce qu’on a renversĂ©. — Et pourquoi ça change ? — Quand on verse le rouge (A2), il devient toujours plus petit et le vert (A1) toujours plus grand ».

De tels faits d’observations, en accord avec d’innombrables autres connus depuis longtemps prĂ©sentent du point de vue de la contradiction une signification qu’il est aujourd’hui possible d’admettre avec quelque sĂ©curitĂ© depuis que les travaux expĂ©rimentaux d’apprentissage de B. Inhelder, H. Sinclair et M. Bovet ont montrĂ© la rĂ©sistance systĂ©matique des sujets de ce niveau Ă  modifier leurs attitudes sous l’influence des indices ou des conflits utilisĂ©s en des prĂ©sentations mĂ©thodiques, et qui exercent au contraire une action aux niveaux intermĂ©diaires ultĂ©rieurs. En effet, le propre des infĂ©rences de ces sujets est de manquer de toute nĂ©cessitĂ©, tant dans l’interprĂ©tation des actions exĂ©cutĂ©es que dans l’anticipation de leurs rĂ©sultats, de telle sorte que ni les dĂ©saccords entre les indices ni les dĂ©mentis infligĂ©s par les constatations n’aboutissent Ă  des corrections stables, pas plus qu’à un Ă©tonnement qui conduirait Ă  leur recherche. La raison en est claire : les seules actions conçues par l’enfant consistent Ă  ajouter ou Ă  enlever, mais en tant qu’actions indĂ©pendantes ou successives, et nullement en tant que pĂŽles indissociables d’un mĂȘme dĂ©placement changeant les formes ou les dimensions.

C’est ainsi que Cri interprĂšte les allongements comme des augmentations au sens d’adjonctions et, pour Ă©galiser les quantitĂ©s de matiĂšre de deux saucisses issues de boulettes semblables, il enlĂšve presque la moitiĂ© de la plus longue et est satisfait ; dĂ©trompĂ©, il croit qu’en remettant en boulettes ces quantitĂ©s inĂ©gales on retrouvera l’égalitĂ© et il faut lui signaler ce qu’il a enlevĂ© pour qu’il songe Ă  le rajouter. Pour Lau, avec les liquides, ces adjonctions et soustractions sont dues aux transvasements : le sirop rouge devient alors « plus petit » et le vert « toujours plus grand », sans que les dĂ©mentis de l’expĂ©rience quant aux Ă©galitĂ©s prĂ©vues soient utilisĂ©s dans la suite des anticipations. En un mot, il n’y a pas de coordination entre les augmentations (longueur, etc.) et les diminutions (largeur, etc.) parce que les transformations ne sont pas conçues comme des dĂ©placements, comportant un effet Ă  la fois additif et soustractif quant aux positions finales et initiales mais comme dues Ă  des actions sĂ©parĂ©es. Au contraire, l’arrivĂ©e Ă  la conservation (et nous l’avons contrĂŽlĂ©e avec cette substance nommĂ©e siliputi qui permet de produire des filaments extrĂȘmement longs et minces) dĂ©bute en gĂ©nĂ©ral par cet argument fondamental qu’« on n’a rien ĂŽtĂ©, ni ajouté » (contrairement donc Ă  ce que croient les jeunes sujets), mais seulement changĂ© la forme, autrement dit dĂ©placĂ© les parties : Rao, Ă  8 ans, dĂ©clare ainsi Ă  propos du poids comme de la substance du siliputi : c’est toujours le mĂȘme « parce que c’est Ă©talĂ©, c’est tout
 si on le resserre, ça reviendrait au mĂȘme », etc. Les arguments de compensation s’ensuivent alors, mais parce que dĂ©jĂ  impliquĂ©s par la double face du dĂ©placement.

(3) Un point Ă  relever dans les rĂ©sultats obtenus est la prĂ©cocitĂ© des rĂ©actions de « renversabilité » ou retours empiriques au point de dĂ©part. Ce n’est d’ailleurs pas une conduite primitive et les plus jeunes sujets ne pensent pas Ă  ces retours possibles Ă  l’égalitĂ©, qui semblent aller de pair avec le dĂ©but des fonctions constituantes. On note cette rĂ©action chez Cri, mais sous une forme particuliĂšre, puisqu’aprĂšs avoir enlevĂ© une grande partie de l’une des deux saucisses issues de boules Ă©gales, il croit possible de les remettre telles quelles en boule et de retrouver ainsi l’égalitĂ© Ă  laquelle il a fini par renoncer en modifiant ses boudins. Voici par contre un cas franc :

Her (5 ; 6) dit « vous l’agrandissez » quand on roule une boulette en saucisse, « on mange plus parce qu’elle est plus grosse et plus large (longue) » que l’autre boudin. « Et si je dois avoir la mĂȘme chose ? — Il faut (re) faire vite les boulettes. — Et si tu fais des saucisses ? — Oui, agrandir la mĂȘme chose ».

Mais il ne s’agit lĂ  que de fonctions directes et inversĂ©es (et mĂȘme renversables dans les deux sens : retour du boudin Ă  la boulette et retour Ă  de nouvelles saucisses, mais « agrandir la mĂȘme chose »), dont chacune exprime une modification orientĂ©e en un sens, sans conservation faute de rĂ©versibilitĂ© opĂ©ratoire. Nous avons toujours admis cette diffĂ©rence entre la rĂ©versibilitĂ© avec conservation et la renversabilitĂ© ne suffisant pas Ă  assurer cette invariance quantitative, mais ce n’est, semble-t-il, que l’interprĂ©tation prĂ©sentĂ©e ici qui permet de justifier cette distinction en opposant les changements non commutatifs (ajouter ou enlever) aux dĂ©placements commutatifs. En effet, dans le cas du dĂ©placement avec commutativitĂ© (au sens large), d’une partie A de l’objet par rapport Ă  une partie B, si A est dĂ©placĂ© devant B, il y a allongement en vertu de cette nouvelle position, mais en mĂȘme temps il y a soustraction Ă  l’endroit dont A s’est Ă©loignĂ©, d’oĂč un amincissement, etc. : l’opĂ©ration inverse, qui consiste Ă  ramener A Ă  sa place initiale, est alors Ă  son tour simultanĂ©ment additive (remettre, donc ajouter A Ă  ce point de dĂ©part) et soustractive (l’enlever de la nouvelle position qu’il occupait en vertu du dĂ©placement direct). Il y a ainsi rĂ©versibilitĂ© entiĂšre, du fait que l’addition-soustraction en un sens devient soustraction-addition dans l’autre sens, le premier de ces deux couples Ă©tant exactement annulĂ©, donc compensĂ©, par le second en vertu du dĂ©placement inverse. Le rĂŽle de l’action extĂ©rieure du sujet se rĂ©duit alors Ă  produire ces dĂ©placements en un sens puis dans l’autre, mais les additions et soustractions demeurent intĂ©rieures Ă  l’objet, en tant que rĂ©unions et dissociations de ses parties sans apports extĂ©rieurs. Dans le cas de la renversabilitĂ©, au contraire, l’action additive d’allongement est conçue comme un « agrandissement » rĂ©el, avec augmentation des quantitĂ©s de matiĂšres, et celle-ci est due au pouvoir du sujet qui « roule », Ă©tire, etc. la pĂąte ou au pouvoir du rĂ©cipient qui augmente la hauteur de l’eau. Quant au retour empirique au point de dĂ©part (renversabilitĂ©), il s’agit alors d’une nouvelle action, Ă©galement extĂ©rieure Ă  l’objet, et qui diminue ou enlĂšve ce qui Ă©tait ajoutĂ© dans la premiĂšre : c’est donc parce qu’il s’agit de deux actions sĂ©parĂ©es, et surtout toutes deux de source extĂ©rieure Ă  l’objet (en tant que pouvoirs d’ajouter ou d’enlever), que la renversabilitĂ© est irrĂ©ductible Ă  l’opĂ©ration rĂ©versible et ne saurait conduire Ă  la conservation. En effet, du point de vue logique, si ajouter ou enlever sont des actions s’exerçant sur l’objet de l’extĂ©rieur, il s’agit alors de deux actions distinctes ne se compensant pas nĂ©cessairement, tandis que si les actions extĂ©rieures se rĂ©duisent Ă  des dĂ©placements dans les deux sens, les additions et soustractions se compensent dĂšs chacun d’entre eux en tant que changements de positions intĂ©rieurs Ă  l’objet et le dĂ©placement inverse ne constitue que leur permutation avec, Ă  nouveau, commutativitĂ© nĂ©cessaire.

(4) Si la renversabilitĂ© n’est ainsi, du point de vue du sujet, qu’un retour Ă  l’égalitĂ© initiale Ă  la suite d’augmentations ou de diminutions quantitatives, on doit pouvoir provoquer l’illusion de telles Ă©galisations Ă  partir d’inĂ©galitĂ©s rĂ©elles et reconnues telles. L’expĂ©rience a consistĂ© Ă  prĂ©senter d’abord deux verres semblables A1 et A2 mais avec des quantitĂ©s nettement inĂ©gales A1 > A2, puis Ă  faire comparer les deux verres vides A (mince et Ă©levĂ©) et C (large et bas) en demandant s’ils contiendront la mĂȘme chose, ce qui est en gĂ©nĂ©ral niĂ©. AprĂšs quoi, on fait anticiper ce que donneront A1 en C et A2 en B. Comme les inĂ©galitĂ©s ont Ă©tĂ© choisies de maniĂšre Ă  ĂȘtre compensĂ©es, on obtient en ce cas un mĂȘme niveau en B et en C et les jeunes sujets n’hĂ©sitent pas alors Ă  en conclure qu’il y a donc Ă©galitĂ© des quantitĂ©s, malgrĂ© les inĂ©galitĂ©s initiales, dont on vĂ©rifie qu’ils s’en souviennent bien :

Lof (5 ; 9) prĂ©voit que A2 en B conservera un niveau bas et que le niveau de A1 se retrouvera en C « parce que si on verse le sirop de (A1), il y aura toujours la mĂȘme chose ». AprĂšs quoi, il constate l’égalitĂ© de niveaux en B et C et conclut qu’il y a autant Ă  boire : « La mĂȘme chose. — Comment tu sais ? — Je regarde. » Si on reverse B et C en A1 et A2, on aura alors l’égalitĂ© (il venait de se rappeler qu’auparavant l’un Ă©tait plus haut) : « Pourquoi ? — Parce que c’est la mĂȘme chose ici et lĂ  (B et C). — (On verse.) — Celui-lĂ  est plus haut. — Pourquoi ? — Je sais pas ».

Mig (5 ; 6), mĂȘmes rĂ©actions. Il rit en voyant que le sirop monte plus en B qu’en A2 : « On en a rajoutĂ© du rouge. — Mais puisqu’on n’a rien rajoutĂ©, comment ça sera si on reverse en A1 et A2 ? — On aura la mĂȘme chose (dans les deux). »

Pas (5 ; 1) est, par contre, un cas intermĂ©diaire qui finit par ĂȘtre Ă©branlĂ©. Mais auparavant, tout en prĂ©voyant que le niveau en A2 monte en B et que celui de A1 baisse en C (ce qu’on observe chez le quart des sujets de 5-6 ans sous forme de covariations sans compensations) il tire de l’égalitĂ© des niveaux en B et C la conclusion qu’il y a autant Ă  boire et prĂ©voit qu’il en sera de mĂȘme lorsqu’on reversera en A1 et A2 ; puis, constatant qu’on retrouve l’inĂ©galitĂ© initiale, il maintient nĂ©anmoins qu’on a « la mĂȘme chose Ă  boire (malgrĂ© A1 > A2) parce qu’on a bu dans les autres (B et C) ! Tout Ă  la fin, cependant il commence Ă  comprendre : en B et C, on a « la mĂȘme hauteur. — Et si on boit ? — Ici, moins et lĂ , plus. — Comment tu sais ? — Parce qu’il y a plus. — Mais tu dis que c’est mĂȘme hauteur, alors pourquoi plus ? — Parce que je vois avec mes yeux ».

On constate que, comme dans le cas de la renversabilitĂ©, une Ă©galitĂ© peut se constituer Ă  partir d’inĂ©galitĂ©s (ou supposĂ©es telles) antĂ©rieures, mais ici plus paradoxalement en dĂ©pit des inĂ©galitĂ©s objectives reconnues au dĂ©part. Autant que les faits prĂ©cĂ©dents, ces rĂ©actions montrent donc en quoi les raisonnements de non-conservation (et des diffĂ©rences comme des Ă©galitĂ©s) tiennent Ă  l’incomprĂ©hension de la commutativitĂ© (au sens large) inhĂ©rente aux dĂ©placements, c’est-Ă -dire du fait que ce qui s’ajoute au terme de l’un deux Ă©quivaut Ă  ce qui est enlevĂ© Ă  son point de dĂ©part : en effet, ce qui prime sans cesse en ces rĂ©actions est le point d’arrivĂ©e des actions (hauteur des niveaux) avec nĂ©gligence systĂ©matique des points de dĂ©part, quoique non oubliĂ©s en fait.