La dialectique des prédicats, concepts, jugements et inférences : étude génétique (1978) 1 a

À prendre le terme de « connexions logiques » en son sens le plus large en y englobant les concepts et jugements de tous les niveaux, on se trouve en prĂ©sence d’un cercle fondamental dont une forme restreinte est bien connue, mais que nous allons situer dans sa forme gĂ©nĂ©rale. La variĂ©tĂ© particuliĂšre que l’on a souvent discutĂ©e concerne les jugements et les concepts, certains auteurs insistant sur le fait que les seconds sont engendrĂ©s par les premiers et d’autres sur le caractĂšre soi-disant primitif des seconds. Mais ce cercle dialectique (car il y a Ă©videmment lĂ  un cercle) demande Ă  ĂȘtre Ă©largi, car les mĂȘmes questions se posent quant aux relations entre les concepts C et les prĂ©dicats P d’une part, et entre les jugements J et les infĂ©rences I d’autre part. En suivant l’ordre des compositions on doit, en effet, soutenir que les concepts C sont des rĂ©unions de prĂ©dicats P, que les jugements J sont des mises en relations entre concepts C et que les infĂ©rences I sont des composĂ©s de jugements J. Mais si l’on passe des compositions aux justifications, il est clair que tout jugement J repose sur des infĂ©rences I (par exemple le J « ceci est un sapin » n’est vrai qu’en fonction des infĂ©rences « parce qu’il a des pives, des aiguilles, etc. »).

De mĂȘme, l’emploi de tout concept C exige des jugements J et les prĂ©dicats P rĂ©sultent de la comparaison de plusieurs concepts (« vert » signifie « de la mĂȘme couleur que l’herbe », etc., et donc constitue une relation qu’il faudrait nommer « co-vert »). Les deux ordres de parcours P → C → J → I et I → J → C → P sont ainsi indissociables, mais sans cercle vicieux, puisque de significations diffĂ©rentes. Il s’agit par contre d’une circularitĂ© dialectique fondamentale (Ă  forme de spirale puisqu’elle change sans cesse de contenus) qui, d’une part intĂ©resse la logique, base de toute connaissance, et qui d’autre part, est l’une des expressions de la circularitĂ© gĂ©nĂ©tique gĂ©nĂ©rale, source de la dialectique, qui est ce que nous appellerons le cercle des significations et des « implications constituantes ». Pour Ă©tudier cette question centrale, deux expĂ©riences ont Ă©tĂ© menĂ©es.

Section 1. La détermination de quelques animaux ou objets

La premiĂšre technique a consistĂ© Ă  prĂ©senter Ă  l’enfant 20 images d’animaux (5 mammifĂšres Ă  quatre pattes, 5 oiseaux dont un pingouin, 8 arthropodes dont 5 insectes et en plus 2 mollusques), disposĂ©es en quatre colonnes mais sans aucun ordre, le sujet restant libre de les manipuler. L’expĂ©rimentateur lui montre qu’il dispose lui aussi exactement des mĂȘmes images, mais ensuite il les cache. Puis il en sort une, en la cachant Ă©galement et l’enfant pose des questions (auxquelles on ne rĂ©pond que par « oui » ou par « non ») de maniĂšre Ă  dĂ©couvrir quel est l’animal qui a Ă©tĂ© ainsi choisi.

Le nombre de questions est limitĂ© (Ă  4 ou 6) de maniĂšre Ă  Ă©viter une Ă©numĂ©ration et surtout Ă  voir lesquelles paraĂźtront fournir au sujet le plus d’informations utiles : se bornera-t-il Ă  dĂ©signer 4 ou 6 animaux (« c’est un singe ? » ; « c’est une cigogne ? », etc.) ou demandera-t-il d’abord : « Est-ce qu’il vole ? » pour Ă©liminer ceux qui n’ont pas d’ailes et poser les quatre questions de maniĂšre Ă  pouvoir dĂ©cider ensuite entre des oiseaux, des insectes ou la chauve-souris ? L’expĂ©rimentateur insiste dĂšs le dĂ©part sur la nĂ©cessitĂ© de bien rĂ©flĂ©chir pour poser de « trĂšs bonnes questions » et souvent, en cours de route, on demande Ă  l’enfant s’il peut trouver de « meilleures questions, qui t’aideront Ă  trouver plus de renseignements ». De mĂȘme si le sujet ne touche pas Ă  ses quatre colonnes, on lui suggĂšre d’arranger comme il le veut ses animaux pour l’aider Ă  poser des questions plus systĂ©matiques. Mais surtout s’il n’y a pas de progrĂšs, on change de rĂŽle : c’est l’enfant qui cache les animaux puis en choisit un et l’expĂ©rimentateur qui doit deviner lequel est choisi en posant alors ses questions, mais selon un systĂšme logique ; puis on reprend le jeu pour voir si le sujet a profitĂ© de la leçon reçue. Il va de soi que l’on demande Ă  l’occasion pourquoi telle question a Ă©tĂ© posĂ©e et ce que la rĂ©ponse peut apprendre.

Une variante consiste ensuite Ă  cacher simultanĂ©ment deux ou trois animaux qui ont un rapport entre eux (deux volants, etc.), mais sans indiquer l’existence de ce rapport : il y a donc lĂ  une occasion d’infĂ©rence, car si le sujet suppose ce rapport ou demande en quoi il consiste, il est par cela mĂȘme conduit Ă  des structurations plus poussĂ©es qui peuvent jouer un rĂŽle quand on revient Ă  un seul animal.

En complĂ©ment de cette technique I des animaux et sans parler encore de la technique II des formes gĂ©omĂ©triques emboĂźtĂ©es (voir la section II), nous avons complĂ©tĂ© la premiĂšre (I) par une variante (I bis) oĂč, au lieu d’animaux, on utilise 14 objets de formes, grandeurs et couleurs diffĂ©rentes avec la mĂȘme procĂ©dure de caches et de questions dĂ©crite prĂ©cĂ©demment et la mĂȘme consigne de dĂ©terminer ainsi celui qui a Ă©tĂ© choisi par l’expĂ©rimentateur.

MalgrĂ© leur simplicitĂ©, ces techniques I et I bis fournissent de nombreuses indications sur les rapports entre les prĂ©dicats, les concepts, les jugements et les infĂ©rences. Cela rĂ©sulte en particulier de la comparaison des niveaux dont nous distinguerons trois, mais qu’il s’agit d’analyser avec soin, car leur signification n’est pas immĂ©diatement claire.

Le premier est caractĂ©risĂ© par des questions de l’enfant du type « c’est le tigre ? » ou « c’est le singe ? », etc. sans modifications ni justifications. Les questions du niveau II prennent la forme « est-ce qu’il vole ? », « il pique ? » etc. Au niveau III les questions s’accompagnent de commentaires utilisant avec pertinence des termes infĂ©rentiels tels que « puisque », « parce que », « donc », « alors », etc.

§ 1. Le niveau I

Voici d’abord quelques faits :

Ser 4 ; 4 Six questions : “L’escargot ? — Non. — Le singe ? — Non. — Le lion ? — Non. — Une abeille ? — Non. Pourquoi penses-tu que ça peut ĂȘtre l’abeille ? — Euh ! Un singe ? — Non. — Le papillon ? — Non. Encore deux questions. Il faut bien rĂ©flĂ©chir. — L’escargot ? — Non. Pourquoi tu demandes si c’est ça ? — Parce que
 — Il y a une raison ? — Non. Une grosse araignĂ©e (il montre le crabe) ? — Non ». « On peut poser de meilleures questions : — Non ». Avec moins d’animaux, il les Ă©numĂšre tous : « ça. — Non. — ça. — Non. » Etc.

Fre 4 ; 5 On cache la libellule : « Le papillon ? — Non. — Le singe ? — Non. — L’escargot ? — Non. Pourquoi tu penses que c’est l’escargot ? — Parce que je crois que c’est ça ». Etc. Nouveau jeu : « La panthĂšre ? — Non. — Ça (la chauve-souris) ? — Non. — L’escargot ? — Non. Pourquoi lui ? — Parce que j’avais envie. » On change de rĂŽle et l’expĂ©rimentateur pose ses questions : « L’animal (cachĂ© par l’enfant) a-t-il 4 pattes ? — Non. — Alors c’est ni ça, ni ça, etc. A-t-il 2 pattes ? — Oui. — Alors c’est ça ou ça, etc. De longues pattes ? — Oui. — Alors c’est la cigogne ». On recommence avec un autre : « A-t-il des ailes ? » On revient au jeu initial, mais FrĂ© ne tient aucun compte du type de questions qu’on vient de suggĂ©rer ainsi et il recommence Ă  demander sans plus : « C’est la vache ? », « La coccinelle ? » Etc. Quant aux questions sur 2 animaux rĂ©unis, il dit qu’elles seront « plus faciles » mais il ne vise qu’un seul Ă  la fois sans chercher de rapports. On finit par dĂ©couvrir le tout en suggĂ©rant de rapprocher ceux qui vont bien ensemble : il n’arrive Ă  rĂ©unir que « ceux qui volent » et « ceux qui ont beaucoup de pattes » en nĂ©gligeant le reste.

Tous les sujets de 4-6 ans répondent de cette maniÚre, mais citons encore un ou deux faits intéressants du point de vue des motivations :

Ana 5 ; 8 commence par « Le pingouin ? — Non. — Le singe ? — Non. — L’araignĂ©e. — Non. Pourquoi tu penses que j’ai cachĂ© l’araignĂ©e ? — Parce que ce n’est pas le singe ». « La chenille. — Non. Pourquoi elle ? — Parce que ce n’est pas le pingouin ». Et puis : « La chouette ? — Non, pourquoi elle ? — Parce que ce n’est pas le papillon ».

Pat 5 ; 2 commence par grouper ses animaux, mais en fait pĂȘle-mĂȘle : « Il ne me faut pas dire tout de suite parce que je suis en train d’arranger ». Cela ne l’empĂȘche pas ensuite de poser ses questions au hasard : « Le dindon ? — Non », etc. Pour lui faciliter les choses, on lui dit que l’animal cachĂ© a en effet 2 pattes. Il dĂ©signe alors encore deux oiseaux mais y ajoute « un papillon ? » ; « une coccinelle ? » et mĂȘme « un singe ? ». — Non. Pourquoi lui ? — Parce qu’il est toujours debout ».

Syb 6 ; 4 pour 5 questions demande : « C’est le pingouin ? », « le tigre », « le singe ? », « le crabe ? » et « cet oiseau ». AprĂšs les cinq « non », on demande : « Ça pourrait ĂȘtre autre chose ? — Non ». On passe alors Ă  10 animaux seulement et elle dĂ©signe aussitĂŽt : « Ça (la libellule). — Non. Pourquoi ça ? — Parce que tous les autres sont pas celui-lĂ , alors je crois que c’est celui-là ». On demande de « bien rĂ©flĂ©chir pour poser de bonnes questions » mais cela ne modifie rien, pas plus que le changement de rĂŽle.

Agu 6 ; 0 : « La chauve-souris ? — Non. Pourquoi tu crois ça ? — Parce qu’elle vole. — Est-ce que j’ai dit que l’animal cachĂ© vole ? — Non. — Alors ? — Le papillon ».

Les questions propres Ă  ce niveau portent ainsi toutes sur ce que l’on pourrait appeler des « objets conceptuels » ou spĂ©cifiques, c’est-Ă -dire sur des animaux individuels, mais en tant que reprĂ©sentants d’une espĂšce (« une abeille », « un escargot », etc.) et cela en opposition avec les questions du niveau II qui se rĂ©fĂšreront Ă  une classe d’animaux prĂ©sentant un caractĂšre commun (« voler », « piquer », « avoir 4 pattes », etc.). Cette absence de comprĂ©hension des indices gĂ©nĂ©raux, qui faciliteraient pourtant beaucoup la dĂ©termination de l’animal cherchĂ©, va si loin que Ana motive son choix de l’araignĂ©e « parce que ce n’est pas le singe », de la chenille « parce que ce n’est pas le pingouin » ou de la chouette « parce que ce n’est pas le papillon » comme s’il s’agissait d’une relation de disjonction exclusive donc de rapport entre A et non-A, mais tous deux sous B (= A + A’ oĂč A’ = non-A) entre les animaux ainsi rapprochĂ©s. Syb gĂ©nĂ©ralise ce raisonnement au point de justifier son choix de la libellule par le fait qu’elle est diffĂ©rente de « tous les autres », comme si ce n’était pas le cas de chacun des vingt. En ces conditions il va de soi que le changement de rĂŽle n’apprend rien Ă  l’enfant quant aux questions utiles Ă  poser. Le seul argument invoquĂ© par le sujet est « parce que je crois que c’est ça » (FrĂ©) ou « j’en ai envie » et cela au mĂ©pris des contradictions (Agu) et mĂȘme si l’enfant a essayĂ© « d’arranger » (Pat) donc de classer les animaux tĂ©moins.

Cela dit on observe dĂšs ce niveau une circularitĂ© dialectique particuliĂšre comme ce sera le cas aux autres niveaux avec d’autres Ă©lĂ©ments : c’est celle des formes et des contenus, dont les connexions d’ensemble aboutissent au cercle gĂ©nĂ©ral des prĂ©dicats, concepts, jugements et infĂ©rences. Au prĂ©sent niveau les formes sont les « objets conceptuels », telle « la cigogne », et les contenus sont les rĂ©unions de prĂ©dicats ou d’observables qui caractĂ©risent chacun (Ă  part) de ces objets : tels le long bec et les longues pattes, etc. de cette cigogne. Or il y a lĂ  un dĂ©but de cercle par coordination de deux processus de directions opposĂ©es quoique complĂ©mentaires :

(1) Un processus ascendant de composition consistant Ă  rĂ©unir les prĂ©dicats directement observables en un objet conceptuel total mais unique ; (2) un mouvement descendant de justification par intĂ©gration des conditions nĂ©cessaires et (ou au sein d’une) diffĂ©renciation de nouveaux possibles. Ces deux processus sont au point de dĂ©part de ceux qui vont s’amplifier au niveau II et ils comportent naturellement dĂ©jĂ  des jugements et infĂ©rences mais implicites et qui vont se dĂ©gager aux paliers ultĂ©rieurs.

§ 2. Le niveau II

Entre 7 et 11 ans, la situation se modifie profondĂ©ment du fait de la construction de « formes » d’un nouveau type comportant des « emboĂźtements » en extension, fondĂ©s sur des « inhĂ©rences » 2 entre significations qui s’englobent en comprĂ©hension, ce qui revient Ă  poser des questions ne concernant plus uniquement les objets conceptuels, mais des concepts gĂ©nĂ©raux et structurĂ©s rĂ©unissant chacun un certain nombre de caractĂšres communs Ă  plusieurs de ces objets conceptuels : par exemple « voler », « avoir 4 pattes », « naĂźtre dans un cocon », etc., ce qui suppose un nouveau cercle dialectique particulier, mais cette fois entre concepts gĂ©nĂ©riques et jugements par comparaisons d’ensembles :

Nic 7 ; 5 « Essaie de poser le moins de questions possibles. — Est-ce qu’il vole ? — Non. — Il a beaucoup de pattes ? — Oui. — Celui-ci (mille-pattes) ? — Oui ». II (singe). — « Il vole ? — Non. — Il pique ? — Non. Tu penses Ă  quoi avec cette question ? — À l’abeille et Ă  l’araignĂ©e. Ici (le buffle) ? — Non. Tu penses Ă  quoi en demandant ça ? — Il ne pique pas. Il a une longue queue. — Oui. — Ici (la panthĂšre). — Non. Il reste une question. — La libellule ? (contradictoire avec ne pas voler). — Non. — Celui-ci (le singe) ? — Oui ». III (chauve-souris). « Il vole ? — Oui. — Il pique si on l’embĂȘte (cf. l’abeille) ? — Non. — C’est la chauve-souris : elle vole mais ne pique pas ». IV (crabe) « Il vole ? — Non. — Il a une longue queue ? — Non. — L’escargot : il n’a pas une longue queue et ne vole pas. — Non. — Il a de trĂšs longues cornes. — Non. — Celui-ci (l’araignĂ©e). — Non. — Le crabe ? — Pourquoi ? — Il ne vole pas et n’a pas de longue queue. — Oui. TrĂšs bien ». V (chenille) : « Il vole ? — Non. — Longue queue. — Non. — Au moins il a une queue ? — Non. — Chenille ? — Oui. — C’est le premier que je montre d’un seul coup ! — Ce serait quoi sans ça ? — La limace et le crabe ». Pour 2 animaux Ă  la fois il cherche d’emblĂ©e les caractĂšres communs (cigogne et faucon, abeille et papillon, faucon et pic, limace et escargot, etc.) puis propose une classification de maniĂšre Ă  pouvoir « enlever » (donc Ă©liminer) les mal assortis. Et surtout il prĂ©tend que si l’on se met Ă  poser des questions sur des rapports de couples, on peut les multiplier « n’importe combien, on peut en poser beaucoup » plus qu’à propos d’un seul animal.

Ris 7 ; 6 I (chenille) : « Il peut voler ? — Non. — Il rampe ? — Oui. — L’escargot ou ça peut ĂȘtre la chenille. — Et quoi encore ? — La limace ou des vers de terre (non donnĂ©s dans les 20). Il a une coque ? — Non. — Des points sur le dos ? — Oui. — La chenille. — Oui. II (cigogne) : « Il a une queue ? — Oui. — Quatre pattes ? — Non. — Il peut voler ? — Oui. — Des pattes ? — Oui. — Noir et blanc ? — Oui. — Le pingouin ou l’aigle ? — Non. — La cigogne ? — Oui. » III. Elle trouve la chauve-souris « parce qu’elle peut voler, qu’elle a des oreilles, des pattes et pas de cornes » aprĂšs questions sur ces quatre points. Lors du changement de rĂŽles l’expĂ©rimentateur Ă©limine les classes correspondant Ă  « non », procĂ©dĂ© qu’utilise alors Ris lors du rĂ©tablissement des rĂŽles initiaux, notamment en classant ceux qui peuvent voler ou ne le peuvent pas.

Aud 7 ; 11 I (singe). « Il est long ? — Pas vraiment. — (Elle Ă©limine le renne, la chenille et le mille-pattes). — Il est gros ? — Pas vraiment. — Pas trĂšs long, pas trĂšs petit alors  » (ajoute aux Ă©liminĂ©s le pic, l’abeille « parce que petite », la cigogne, le buffle, le singe « celui-ci parce qu’il est un peu long » (montre la queue et rit), « non, je me trompe : c’est lui. — Oui ». Dans la suite elle recommence : « Il est long ? » — mais ajoute : « En vĂ©ritĂ© ça donne quand mĂȘme une idĂ©e 
 non, alors 
 (ça n’apprend rien) ». Pour deux animaux rĂ©unis : « Est-ce qu’il a des oreilles ou des ailes ? — Les deux Ă  la fois ? — Non l’un ou l’autre ». Elle Ă©limine cependant le crabe « parce qu’il n’a pas les deux : il n’a pas d’oreilles ». AprĂšs d’autres questions et Ă©liminations elle trouve correctement le crabe et l’araignĂ©e parce que « petits, ne volent pas et pas longs ». De mĂȘme pour trois animaux Ă  la fois elle trouve : « la libellule, le papillon et l’abeille » aprĂšs bonnes justifications. Il reste Ă  noter un curieux critĂšre de classement, qu’elle abandonne ensuite, entre les animaux qui ont quelque chose « sur eux » comme l’escargot sa coquille, et les oiseaux, les insectes ailĂ©s et la chauve-souris qui « a des ailes, donc ça ne fait pas vraiment partie de lui ». Par contre on relĂšve des dĂ©buts de relativisation : « long pour son espĂšce » et l’emploi du terme de « familles ».

Ank 7 ; 10 Ă  la suite du changement de rĂŽle et la reprise normale rĂ©partit ses animaux en quatre classes dont deux sont homogĂšnes (7 arthropodes et 2 mollusques), l’une comprenant les oiseaux et la chauve-souris et la quatriĂšme le reste mĂ©langeant le buffle, le pingouin et le crabe. Il y a rĂ©ussite pour deux animaux Ă  la fois comme le singe et la panthĂšre « parce que ça vit dans les arbres ».

Ces quelques cas suffisent Ă  montrer les grands progrĂšs accomplis Ă  ce niveau et les lacunes qui subsistent. Les premiers tiennent Ă  l’élargissement des formes et des contenus sous l’effet des processus dialectiques, l’un ascendant ↑ de composition (prĂ©dicats → infĂ©rences) l’autre descendant ↓ conduisant des infĂ©rences aux jugements, concepts et prĂ©dicats et qui, en les justifiant, multiplie les possibles et les relations nĂ©cessaires. Pour ce qui est des compositions ↑ ces questions ne portent plus sur les seuls objets conceptualisĂ©s mais sur des concepts gĂ©nĂ©raux reliĂ©s par des prĂ©dicats communs : « Il vole », « il a quatre pattes », etc. Quant au processus ↓ de justifications et diffĂ©renciation de nouveaux possibles, il aboutit Ă  des « emboĂźtements » en extension mais exclusivement fondĂ©s sur les « inhĂ©rences » entre significations. En un mot les formes deviennent des concepts gĂ©nĂ©riques englobant un certain nombre d’objets, individuellement conceptualisĂ©s et les contenus formĂ©s par ces concepts gĂ©nĂ©riques deviennent des prĂ©dicats communs, non directement observables en tant que tels mais rĂ©sultant de la comparaison entre objets conceptualisĂ©s. Or ces comparaisons sont des jugements, de telle sorte que le cercle dialectique particulier relatif Ă  ce niveau II n’est plus le cercle Ă©lĂ©mentaire du niveau I (entre objets individualisĂ©s et rĂ©unions de prĂ©dicats) mais bien le cercle bien connu des concepts gĂ©nĂ©raux et des jugements, ceux-ci engendrant ceux-lĂ  au moyen de prĂ©dicats jugĂ©s communs (« voler », etc.).

Mais il va de soi que ces progrĂšs notables ne surgissent pas en bloc, comme s’il y avait Ă©mergence du prĂ©dĂ©terminĂ© et non pas construction : ils se forment pas Ă  pas sans aucune conscience initiale de la totalitĂ© des interdĂ©pendances en jeu. Les emboĂźtements suggĂ©rĂ©s par l’enfant ne consistent qu’en classes limitĂ©es, parfois incohĂ©rentes, indĂ©pendantes les unes des autres (sauf exceptions) et parfois mĂȘme contradictoires et ne rĂ©unissant presque jamais tous les possibles. Les Ă©liminations sont rares, et certains critĂšres assez surprenants, comme celui de Aud qui rĂ©unit escargots et oiseaux parce qu’ayant quelque chose « sur » eux (coquille ou ailes !) et donne comme exemple la chauve-souris dont les ailes « ne font pas vraiment partie » d’elle !

§ 3. Le niveau III

DĂšs 11-12 ans les lacunes que nous venons de signaler sont comblĂ©es, le sujet classant mentalement les objets selon des emboĂźtements plus ou moins exhaustifs, distinguant les « bonnes » et les « mauvaises » questions selon leur pouvoir d’information, etc. Mais le cĂŽtĂ© positif de ces nouvelles rĂ©actions est que l’enfant utilise frĂ©quemment et avec pertinence des termes infĂ©rentiels tels que « alors », « puisque », « donc », etc. servant Ă  justifier les jugements et les subordonnant ainsi Ă  des implications et souvent Ă  des compositions d’implications. En un mot, nous sommes donc parvenus au point d’arrivĂ©e ou (par le haut) du cercle ou de la spirale dialectique gĂ©nĂ©rale Ă©tudiĂ© en ce chapitre :

Lan·11 ; 7 I (punaise). « Est-ce qu’il a des ailes ? — Oui. — De grandes ailes ? — Non. — Bon. Alors ça c’est Ă  Ă©liminer (en Ă©carte 5). — Il a des antennes ? — Oui. — Bon, c’est sĂ»rement pas ça (Ă©carte certains : il reste le papillon, la libellule et la punaise). Voyons, voyons. Une seule couleur ? — PlutĂŽt oui. — Alors c’est ça. — Oui ». Deux Ă  la fois : « Ce sera plus difficile parce qu’il faudra poser les questions sur un ensemble, alors (si c’est oui et non) vous sauriez pas trĂšs bien rĂ©pondre ». Il trouve le couple mille-pattes et araignĂ©e en combinant les pattes et les couleurs : « Un a plus que 8 pattes (aprĂšs questions sur 4, 6 et 8) et l’autre une seule couleur (aprĂšs questions dĂ©taillĂ©es). Alors voilà ». Dans la suite le cerf est choisi “parce qu’il est plus grand que ceux-lĂ  et il a des cornes et il n’y en a pas qui est plus gros et qui a des cornes », etc.

Eri 12 ; 0 : « Il peut voler ? — Oui. — Il vit solitairement ? — Oui. — Par exemple la cigogne et le papillon. — Il a de grandes pattes ? — Pas vraiment. — Il se suspend la tĂȘte en bas, le papillon par exemple. — Et d’autres ? — La libellule, non parce qu’elle vit en bandes : prĂšs des mares il y en a beaucoup » Etc. « Alors il y a peu de choix : le papillon, la punaise et la libellule. Est-ce qu’il naĂźt dans un cocon ? — Non. — Alors pas celui-lĂ  (le papillon). Il en reste deux : je choisis au hasard : je dis la libellule. — Oui ».

On voit que d’un bout Ă  l’autre les jugements du sujet sont dirigĂ©s par des infĂ©rences et que celles-ci cernent de plus en plus prĂšs les caractĂšres Ă  dĂ©terminer. Il en rĂ©sulte qu’il y a double progrĂšs dans la direction des formes et des contenus : les formes deviennent des emboĂźtements d’emboĂźtements ou implications entre implications, et les contenus en tant que concepts gĂ©nĂ©raux ou gĂ©nĂ©riques se diffĂ©rencient en sous-concepts Ă  significations de plus en plus diffĂ©renciĂ©es (« vivre solitairement », plus ou moins de pattes, etc.). Les interdĂ©pendances sont ainsi atteintes en leur totalitĂ©, au moins virtuelle (ensemble de possibles et relations nĂ©cessaires), les processus ascendants ↑ de composition se complĂ©tant dialectiquement par les processus descendants ↓ de justifications et de multiplication de ces possibles.

§ 4. La technique I bis

Avant d’exposer les rĂ©sultats de la technique II (section II) oĂč les objets sont prĂ©sentĂ©s tout classĂ©s, rĂ©sumons encore briĂšvement ce qu’a donnĂ© la technique I bis oĂč 14 objets quelconques sont prĂ©sentĂ©s en vrac et ne consistent plus en animaux, mais en solides variĂ©s (formes, grandeurs et couleurs) :

À un niveau I, Jol 6 ; 1 pose 12 questions successives ne portant que sur des objets conceptuels individuels : « Une boule noire ? Un grand rond vert ? Un carrĂ© jaune ? ». Avec deux ou trois objets rĂ©unis, mĂȘme procĂ©dure : « C’est la boule noire », etc. Lia 7 ; 0 pose deux objets Ă  la fois et quatre questions : « Un carré ? — Non. — Un bĂąton ? — Oui (mais il y en a plus d’un et elle ne les rĂ©unit pas). Rouge ? — Oui (or ils le sont les deux) ».

Au niveau II, Rin 8 ; 11, deux objets, quatre questions : « MĂȘme forme ? — Non. — MĂȘme grandeur ? — Oui. — Autant de pointes (coins) ? — Oui ». D’oĂč longue inspection : « Ces deux-lĂ  (juste). Man 8 ; 0, deux objets : « Rouges ? — Non. — Jaunes ? — Non. — MĂȘmes grandeurs ? — Pas vraiment. — MĂȘmes formes ? — Oui ». Elle fait alors cinq sous-classes et en Ă©limine trois.

Niveau III : Sti 10 ; 4, deux objets, aprĂšs questions : « Parce qu’il n’y a qu’un qui a six cĂŽtĂ©s et puis les deux sont rĂ©guliers, ça peut ĂȘtre ces deux-lĂ . Autrement c’est celui-lĂ  avec le petit ». Il les rĂ©partit en sous-classes et en Ă©limine certaines. Il dĂ©clare plus facile avec trois objets Ă  rĂ©unir qu’avec deux : « Un est petit, un est grand et un moyen ? — Oui. — La mĂȘme forme — Oui. — Alors c’est ces trois » (juste). Zei 14 ; 5 questionne sur les grandeurs, les angles, la rĂ©gularitĂ©, etc. puis conclut : « Je crois que j’ai trouvĂ©, mais ne suis pas sĂ»re : Ă©tant donnĂ© la mĂȘme grandeur, la rĂ©gularitĂ© et les coins, j’opterais pour ces deux (juste) ».

On voit que l’évolution de ces rĂ©actions est exactement la mĂȘme qu’avec les 20 animaux : questions sur les objets individuels (I), puis sur des caractĂšres communs (II) et enfin utilisation explicite d’infĂ©rences (III).

Section II. MĂȘmes problĂšmes sur des emboĂźtements simples et des intersections

L’expĂ©rience qui prĂ©cĂšde prĂ©sente cet avantage de porter sur 20 animaux disparates et non classĂ©s, avec multiplicitĂ© de prĂ©dicats offrant un large choix au sujet. Il convenait donc, pour vĂ©rifier la gĂ©nĂ©ralitĂ© de nos conclusions, d’appliquer la mĂȘme technique des questions, mais en les faisant porter sur des objets dĂ©jĂ  rĂ©partis en classes emboĂźtables ou intersections faciles Ă  dominer.

Le matĂ©riel a consistĂ© en 18 figures dont neuf grandes (trois carrĂ©s, trois ronds et trois rectangles) ; neuf petites ayant les mĂȘmes formes et six figures brunes, six bleues et six blanches, chacune de ces trois couleurs s’appliquant Ă  l’une des trois formes et des deux 3 grandeurs : d’oĂč 18 combinaisons, chaque objet diffĂ©rant des autres par trois prĂ©dicats Ă  la fois, le problĂšme posĂ© au sujet Ă©tant de dĂ©duire celle des figures derriĂšre laquelle on a dessinĂ© une petite croix. Une autre diffĂ©rence avec la technique prĂ©cĂ©dente est que le sujet ne pose pas ses questions dans la premiĂšre partie de l’expĂ©rience, mais seulement au cours de la seconde (et au nombre de quatre). Auparavant l’expĂ©rimentateur donne des informations Ă  l’enfant, en les graduant de maniĂšre Ă  pouvoir juger du degrĂ© de certitude atteinte grĂące Ă  ces communications. Quant Ă  ce degrĂ© qui, exprimĂ© verbalement, risque d’ĂȘtre peu nuancĂ©, on place un jeton au bas du dispositif, sur une ligne horizontale, et on demande au sujet de le dĂ©placer vers la droite dans la mesure oĂč il est certain de ce qu’il infĂšre : ce procĂ©dĂ© s’est en fait montrĂ© trĂšs efficace.

§ 1. Le niveau I

On retrouve chez les sujets de 5-6 ans la conduite observĂ©e sur les animaux, c’est-Ă -dire les questions portant sur un objet individuel et non pas sur des propriĂ©tĂ©s communes Ă  plusieurs (« grand », etc.). Quant Ă  l’utilisation des informations fournies durant la premiĂšre partie de l’interrogation, elle est instructive du point de vue de leur caractĂšre suffisant ou non :

Pie 6 ; 0 : « OĂč penses-tu que j’ai mis la croix derriĂšre ? — LĂ  (petit rond brun). — SĂ»r ? — Oui. — Tout Ă  fait sĂ»r ou pas sĂ»r ? — SĂ»r (il met le jeton tout Ă  droite). — Comment le sais-tu ? — Parce que c’est rond. — Tu crois que le papier oĂč j’ai fait la croix est brun ? — Non. — Tu veux choisir un autre ? — Petit carrĂ© bleu. — SĂ»r ? — (Il remet le jeton au milieu puis un peu Ă  droite). — Je vais te dire autre chose : il est carrĂ©. — Grand ou petit (→ niveau II momentanĂ©, mais sans attendre la rĂ©ponse) C’est celui-lĂ  (grand carrĂ© bleu). — SĂ»r ? — Non celui-lĂ  (grand rond bleu). — Tu sais qu’il est carrĂ© et bleu. Il peut ĂȘtre rond ? — Celui-lĂ  (petit carrĂ© bleu : jeton à ⅗). — Je te dis encore qu’il est grand. — LĂ  (grand carrĂ© bleu : juste mais jeton Ă  ⅕). — Pas plus sĂ»r ? — (Le met Ă  l’extrĂ©mitĂ©) ». II Questions de l’enfant : « C’est celui-lĂ  (petit carrĂ© blanc). — SĂ»r ? — Oui. — Autres questions ? — C’est celui-lĂ  (petit carrĂ© bleu) ? — Non. — Celui-lĂ  (petit carrĂ© brun). — Non. — Celui-lĂ . — Non. — Celui-là ? — Non ». MĂȘmes questions huit fois jusqu’à ce qu’il trouve le bon.

Les rĂ©actions aux informations fournies dans la partie I de l’interrogation sont aussi significatives que les questions posĂ©es par le sujet au cours de la partie II ; toutes deux tĂ©moignent en effet de l’absence d’emboĂźtement, chaque objet Ă©tant conçu comme une entitĂ© conceptuelle sans rattachement Ă  d’autres : d’oĂč les questions en II ne portant que sur des Ă©lĂ©ments isolĂ©s sans ordre de succession ni inclusion, ni surtout d’intersections. Il en rĂ©sulte, pour ce qui est des informations communiquĂ©es en I, que le sujet ne parvient pas Ă  distinguer celles qui sont suffisantes de celles qui ne suffisent pas Ă  dĂ©terminer la figure et va souvent jusqu’à se contredire (par exemple Pie choisit un rond quand il vient d’apprendre que l’objet est carrĂ©). Au dĂ©but il procĂšde mĂȘme par un choix arbitraire comme s’il Ă©tait sĂ»r de pouvoir deviner celui de l’expĂ©rimentateur et ne donne pour raison que : « Il est rond », comme s’il n’y avait pas trois ronds. Lorsqu’on lui demande par contre s’il le croit brun, il prend cette question pour une objection et change alors Ă  la fois la couleur et la forme. Le sujet Xyl ayant choisi le grand rond bleu et l’expĂ©rimentateur ayant annoncĂ© ensuite qu’il est grand, ce qui n’infirme donc pas, mais confirme partiellement le choix indiquĂ©, l’enfant y voit aussi une objection et dĂ©signe un autre parmi les grands. Mais le fait le plus frappant est l’incohĂ©rence des Ă©valuations de certitudes (marquĂ©es par la place du jeton) : il y a aussi bien certitudes complĂštes pour des choix sans justifications que demi-certitude (et mĂȘme ⅕ avant la question suggestive « pas plus » ?) lorsque la solution est trouvĂ©e.

En un mot, le caractĂšre gĂ©nĂ©ral de ces rĂ©actions est le dĂ©faut d’emboĂźtements par inclusions aussi bien que par intersections. On rĂ©pondra qu’il pourrait alors s’agir de simples lacunes de mĂ©moire, comme lorsque Pie contredit ce qu’il a admis peu avant. Cette objection serait certes valable si les figures Ă©taient prĂ©sentĂ©es en vrac (comme dans la section I portant sur des animaux en dĂ©sordre). Or, au contraire, la prĂ©sentation elle-mĂȘme des 18 figures facilite grandement la tĂąche puisque ces 18 élĂ©ments sont dĂ©jĂ  classĂ©s en une table Ă  double entrĂ©e : trois colonnes parallĂšles de six bruns, six bleus et six blancs ; et six rangĂ©es horizontales et superposĂ©es de trois grands carrĂ©s, trois grands ronds et trois grands rectangles au-dessus de trois petits de chacune de ces formes. L’enfant ne saurait donc choisir un Ă©lĂ©ment quelconque sans « voir » (au sens de percevoir les assemblages avec leurs voisinages latĂ©raux ou verticaux) qu’il fait partie d’un ensemble de trois ou de six possibles de mĂȘmes grandeurs, formes ou couleurs. Ces facilitations poussĂ©es Ă  l’extrĂȘme pour permettre et mĂȘme suggĂ©rer l’utilisation d’emboĂźtements rend donc d’autant plus instructive l’incomprĂ©hension de leur rĂŽle, donc l’absence d’implication de types : « grand ⊃ carrĂ© ou rond ou rectangle », « carrĂ© ⊃ grand ou petit », « bleu ⊃ six possibles », etc. Or, non seulement les sujets de ce niveau I ne recherchent aucune intersection, mais encore les questions qu’ils posent dans la seconde partie de l’interrogation ne portent en rien sur les emboĂźtements (« est-il rond ? » ou « bleu ? », etc.) mais seulement sur les objets un Ă  un, qualifiĂ©s au hasard : « celui-là » ? etc.

§ 2. Les niveaux II A et II B

Les sujets de 7 Ă  9 ans en moyenne prĂ©sentent deux nouveautĂ©s instructives pour la solution de notre problĂšme. En premier lieu leurs questions ne portent pas sur les objets individualisĂ©s mais sur des propriĂ©tĂ©s communes ; autrement dit elles prennent la forme de jugements d’inclusion dĂ©terminĂ©s Ă  la fois par des significations communes (« bleus », « carrĂ©s », etc.) et par les emboĂźtements qu’elles dĂ©terminent. Mais en second lieu il y a encore dĂ©faut d’infĂ©rences en ce sens que, ayant par exemple appris par ses questions que la figure n’est ni ronde, ni carrĂ©e, le sujet demandera en outre si elle est rectangulaire : or la rĂ©ponse « oui » s’impose, il va de soi, par nĂ©cessitĂ© infĂ©rentielle, et c’est ce que ne voit pas le sujet qui se croit alors obligĂ© de poser cette question inutile et pour ainsi dire redondante. Le dĂ©faut d’infĂ©rences se marque aussi en sens inverse, lors de la partie I quand, ayant reçu des informations incomplĂštes, le sujet les croit suffisantes pour la dĂ©cision. Voici un exemple de ce niveau II A :

Ana 7 ; 6 suppose en I que la figure Ă  trouver est le grand carrĂ© brun, mais sans certitude (jeton Ă  ⅓) parce que « c’est ça (grand rond brun) ou ça (grand carrĂ©). — Si je te dis qu’il est grand tu deviens plus sĂ»re ? — Non, je crois que c’est ça (grand carrĂ© brun). — Tu es plus sĂ»re ? — Oui (jeton Ă  ⅚ : or elle disait dĂ©jĂ  qu’il est grand !). — Si je te dis encore qu’il est carré ? — Alors sĂ»re (jeton Ă  l’extrĂȘme-droite). — Ça pourrait en ĂȘtre un autre ? — Non (or il reste qu’il pourrait ĂȘtre bleu ou blanc, ce qu’elle n’infĂšre pas). — Tu sais deux choses : grand et carrĂ©. Combien y en a-t-il ? — Trois (constatation). — Et tu penses que c’est ça (le brun) ? — Oui. — SĂ»re ? — (Jeton Ă  l’extrĂ©mitĂ©). — Je dis encore qu’il est bleu. — C’est ça (grand carrĂ© bleu, donc juste). — SĂ»re ? — Tout Ă  fait ». Questions (II) : « Il est petit ? — Non. — Il est gros (redondance) ? — Oui. — Lequel tu penses ? — Le grand rond brun, mais je ne suis pas sĂ»re (jeton à ⅙). — Alors ? — Il est brun ? — Oui. Tu es sĂ»re ? — Un peu plus (jeton à ⅗). — Autre question ? — Il est long ? — Non. — Carré ? — Non. — C’est rond (redondance) ? — Qu’est-ce que tu crois ? — Oui ».

On reconnaĂźt donc le progrĂšs dans les questions sur les prĂ©dicats d’ensembles ; mais les dĂ©fauts tenant aux redondances (le « grand » dĂ©jĂ  connu et les trois formes finalement demandĂ©es) ; et Ă  l’absence d’infĂ©rences dans les cas de redondances et dans celui des trois couleurs possibles pour le grand carrĂ©, donc dans les questions de la dĂ©duction des possibles. À noter en outre, quant au manque d’infĂ©rences, la certitude en cas d’informations insuffisantes.

À un niveau II B (8-9 ans) on ne trouve plus de questions redondantes, mais les infĂ©rences prĂ©sentent encore certaines lacunes :

Vil 8 ; 11 suppose en I le grand carrĂ© blanc : « Tu es sĂ»re ? — Un tout petit peu (Ă  ⅒). — Il est grand. Tu deviens un peu plus sĂ»re ? — Je ne sais pas. On le laisse (Ă  ⅒). — Je te dis encore qu’il est carrĂ©. Tu es plus sĂ»re maintenant ? — Non, on laisse (Ă  ⅒). — Bon. Il est bleu. — Alors c’est celui-lĂ  (jeton Ă  l’extrĂ©mitĂ©) ». Partie II : « Il est bleu ? — Non. — (Elle suppose le grand rond brun avec jeton Ă  ⅒). — Il est brun ? — Oui. On dĂ©place le jeton ? — On le laisse lĂ  (⅒). — Il est carré ? — Non. — Rond ? — Oui. Tu es plus sĂ»re ? — Non (laisse Ă  ⅒). — Combien de papiers peuvent avoir la petite croix ? — (Montre correctement les deux grandeurs). — Et combien tu es sĂ»re que c’est celui-là ? — Un tout petit peu. — Encore une question. — Il est petit ou grand ? — Grand — Alors c’est celui-lĂ  (certitude) ».

On voit le progrĂšs des infĂ©rences au fait qu’il n’y a plus de questions inutiles. Mais la lacune qui subsiste tient au dĂ©faut de graduation des certitudes, donc de l’évaluation des suffisances ou insuffisances des informations : laisser constamment le jeton à ⅒ quand il y a augmentation des informations montre, en effet, que le sujet ne dĂ©duit pas encore le nombre dĂ©croissant des possibles.

§ 3. Le niveau III et conclusions

À 10-12 ans, les jugements sont constamment orientĂ©s par des infĂ©rences, parfois encore incomplĂštes, mais dirigĂ©es par la considĂ©ration des possibles :

Pat 10 ; 2 en I suppose le grand rond brun. « SĂ»r ? — J’ai dit au hasard. — Il est grand. Plus sĂ»r ? — Oui (jeton Ă  ⅕). — Il est bleu. — (Il indique le grand carrĂ© bleu). — SĂ»r ? — Un peu moins (jeton Ă  ⅒ sans doute parce que l’information sur la couleur contredit son hypothĂšse et qu’il change alors aussi la forme). — Pourquoi tu es moins sĂ»r ? — Parce qu’il y a (aussi) la grande barre et le grand rond (et que la forme n’est pas encore prĂ©cisĂ©e). — Il n’est pas rond. — 
 — Un peu plus sĂ»r ? — Oui (jeton Ă  œ). — Il n’est pas long. — Alors lĂ  je suis tout Ă  fait sĂ»r que c’est le carrĂ©â€. II : « Il est allongé ? — Non. — Rond ? — Oui. — Blanc ? — Non. — Brun ? — Oui. — Alors celui-lĂ  ou ça ou ça (les deux grandeurs) ».

Ant 12 ; 3 I : la certitude augmente Ă  chaque information : ⅒, ⁾⁄₁₀ et le tout. II : « Carré ? — Non. — Blanc ? — Non. — Marron ? — Oui (passe de Âč⁄₂₀ Ă  ⅒). — Rond ? — Oui. — Alors celui-lĂ  (mais oublie la grandeur) ».

Ces trois niveaux sont instructifs quant Ă  la circularitĂ© dialectique des quatre instruments cognitifs que sont les prĂ©dicats, les concepts, les jugements et les infĂ©rences. Mais pour la prĂ©ciser, il convient de distinguer avec soin l’ordre des compositions ou constructions et celui des justifications ou degrĂ©s de certitude. Or, comme tous les problĂšmes posĂ©s en cette section relĂšvent de questions d’emboĂźtements, cela revient Ă  dire qu’il importe de considĂ©rer Ă  part la marche ascendante de la formation de ces emboĂźtements (objets → concepts → jugements → infĂ©rences) et la marche descendante consistant Ă  Ă©tablir qu’une totalitĂ© donnĂ©e s’ouvre sur plusieurs possibles (par exemple le concept « carré » se rĂ©partit en « grands » ou « petits » et encore en « bleus », « bruns » ou « blancs ») et Ă  montrer pourquoi l’une d’elles est la bonne.

Pour ce qui est de la composition formatrice (marche ascendante) le niveau I est caractĂ©risĂ© par l’absence de tout emboĂźtement. Du point de vue des informations reçues, qui portent toutes sur des prĂ©dicats gĂ©nĂ©riques (« bleu », « carré », etc.), le sujet ne voit pas qu’ils recouvrent plusieurs possibles et en dĂ©signe un seul avec un sentiment immĂ©diat de certitude. Quant aux questions, elles se bornent Ă  ne viser qu’un Ă©lĂ©ment unique Ă  la fois : « C’est celui-là ? » puis est-ce « celui-là ? », etc. L’objet ainsi dĂ©signĂ© peut alors ĂȘtre nommĂ© un « objet conceptuel » en ce sens qu’il est composĂ© d’un ensemble de prĂ©dicats (« grand rond bleu », etc.) mais rĂ©unis en ce seul objet sans la conscience qu’ils s’appliquent aussi Ă  d’autres. Du point de vue de la composition, ces prĂ©dicats constituent donc les Ă©lĂ©ments de dĂ©part (= observables donnĂ©s sur un objet) et l’objet conceptuel en est le produit, mais par synthĂšse immĂ©diate et limitĂ©e Ă  lui.

Avec le niveau II, dĂ©butent les emboĂźtements dus Ă  des jugements qui relient entre eux des objets conceptuels en fonction de leurs propriĂ©tĂ©s communes (prĂ©dicats). Ces jugements constituent donc la source de concepts englobant chacun plusieurs objets, mais il ne s’agit encore que de concepts ou jugements non reliĂ©s entre eux par des emboĂźtements infĂ©rentiels, d’oĂč les questions redondantes et le dĂ©faut de dĂ©duction des possibles ou de graduation dans l’évaluation de la suffisance ou non des informations. NĂ©anmoins les questions portent sur des prĂ©dicats reconnus communs (carrĂ©s, bleus, etc.) donc sur des emboĂźtements Ă©lĂ©mentaires.

Au niveau III ces jugements sont eux-mĂȘmes coordonnĂ©s entre eux donc subordonnĂ©s Ă  des infĂ©rences qui aboutissent Ă  des intersections et non plus seulement aux emboĂźtements partiels du niveau II. En un mot la loi de composition conduisant des prĂ©dicats aux infĂ©rences est : « prĂ©dicats agglomĂ©rĂ©s » → objets conceptuels ; rĂ©union de ceux-ci → concepts appuyĂ©s sur des jugements ; coordination de ces derniers → infĂ©rences elles-mĂȘmes sources d’emboĂźtements supĂ©rieurs (intersections).

Mais si cette construction des emboĂźtements procĂšde ainsi par composition de totalitĂ©s fondĂ©es sur l’organisation de leurs Ă©lĂ©ments ou parties, il intervient corrĂ©lativement un ensemble de dĂ©marches de sens inverse, descendant des totalitĂ©s aux parties et les justifiant ou les enrichissant de nouveaux liens interpartiels non donnĂ©s lors du processus ascendant et qui complĂštent leurs significations par subordination aux totalitĂ©s qui les englobent. C’est ainsi que la vĂ©ritĂ© de tout jugement s’appuie sur des infĂ©rences : par exemple si « cet animal est un chat », c’est parce qu’il a des moustaches, une tĂȘte triangulaire, etc.
 Dans nos cas, lorsque Pat apprend que la figure cherchĂ©e est ronde et brune, il conclut « Alors c’est celui-là ; ou ça (grand) ou ça (petit) ». L’infĂ©rence conduit ici Ă  un jugement qui en est la conclusion et Ă  deux possibilitĂ©s entre lesquelles il reste Ă  choisir. Quant aux jugements, ce sont eux qui assurent la garantie des emboĂźtements conceptuels du niveau II en dĂ©gageant la qualitĂ© commune Ă  plusieurs des objets en excluant par ailleurs ceux qui ne la possĂšdent pas. Enfin l’objet conceptuel du niveau I suppose l’action de concepts sur les prĂ©dicats, puisque chacun de ceux-ci ne constitue pas une qualitĂ© unique en tant qu’isolable, mais une propriĂ©tĂ© commune Ă  bien d’autres objets connus antĂ©rieurement : la couleur « bleue » n’est, en effet, pas spĂ©ciale Ă  l’élĂ©ment cherchĂ© mais est connue par celle du ciel, de certaines fleurs, etc. et signifie en rĂ©alitĂ© « co-bleue », ce qui est une relation unissant l’observable actuel Ă  de multiples prĂ©cĂ©dents.

On voit que, malgrĂ© la disposition des figures en rangĂ©es et colonnes exprimant d’avance tous les emboĂźtements en jeu, les rĂ©actions des sujets selon leurs trois niveaux sont trĂšs semblables Ă  celles de la section I et consistent en fait Ă  structurer les observables exogĂšnes en insĂ©rant les contenus en des formes endogĂšnes, sources de la comprĂ©hension des emboĂźtements, bien que ceux-ci semblent donnĂ©s d’avance dans le dispositif.

Deux autres analogies sont Ă  signaler. L’une est qu’à chaque niveau I à III il y a cercle entre deux composantes, dont l’une dĂ©pend de l’autre : les prĂ©dicats Ă©lĂ©mentaires et l’objet conceptuel en I, les concepts et les jugements en II, ceux-ci et les infĂ©rences en III. Cela n’empĂȘche pas que le cercle total prĂ©dicats → concepts → jugements → infĂ©rences que nous venons de dĂ©crire diachroniquement niveau par niveau intervient synchroniquement dĂšs le dĂ©part mais de façon implicite, c’est-Ă -dire sans Ă©laborations intentionnelles de la part du sujet. Cela revient Ă  dire que dĂšs le niveau I des objets conceptuels, l’observateur voit Ă  l’Ɠuvre des jugements et des infĂ©rences que le sujet utilise sans s’en douter : choisir un objet conceptuel, mĂȘme par hypothĂšse fausse, c’est dĂ©jĂ  le croire possible et l’opposer Ă  d’autres et dire avec Sybille 6 ; 4 au § l « parce que tous les autres ne sont pas celui-lĂ , alors je crois que c’est celui-là », c’est infĂ©rer son unicitĂ© parmi 20 possibles. Ou quand Pie passe (dans ses questions) du petit carrĂ© blanc au bleu puis au brun, il infĂšre sans l’expliciter que s’il est carrĂ© il est blanc, bleu ou brun. Il y a donc Ă  tous les niveaux des jugements et infĂ©rences implicites, ce qui renforce ou au moins prĂ©pare l’interdĂ©pendance de ces divers instruments cognitifs.

La circularité dialectique des prédicats, concepts, jugements et inférences, avec son double mouvement ascendant de composition et descendant de multiplication des possibles et de justification des connexions nécessaires est de nature à enrichir la théorie des emboßtements par ce dépassement du réel (auquel se limitent les compositions ascendantes) dans la double direction du possible et du nécessaire (rétroactions descendantes).

À s’en tenir au rĂ©el, on sait assez que plus un emboĂźtement est riche en extension (nombre d’objets inclus) et plus il est pauvre en comprĂ©hension (nombre des qualitĂ©s communes). En effet, l’inclusion A ⊂ B repose sur l’implication ∀ x ∊ A ⇒ x ∊ B 4 ce qui entraĂźne la proportion inverse de l’extension et de la comprĂ©hension. Par contre si l’on se place au point de vue des possibles et des nĂ©cessairement possibles on a B = A √ A’ ; C = B √ B’, etc. d’oĂč (x∊B) ⊃ (x∊A) √ (x∊A’) et (x∊C) ⊃ (x∊B) √ (x∊B’) donc (x∊A1B) √ (x∊A’1B) √ (x∊B’A2) √ (x∊B’A’2) v etc.

Cela revient Ă  dire

(1) que plus l’emboĂźtement considĂ©rĂ© est large en extension (et pauvre en comprĂ©hension), plus il comportera de sous-emboĂźtements possibles (exemple en zoologie : un genre ⊃ plusieurs espĂšces ; une famille ⊃ plusieurs genres ; un « ordre » ⊃ plusieurs familles, etc. Un « embranchement » ⊃ un nombre bien plus grand de sous-emboĂźtements possibles).

(2) Il en rĂ©sulte, d’autre part, un nombre croissant de rapports nĂ©cessaires entre ces possibles : si x appartient au tout il relĂšve nĂ©cessairement non seulement de l’un des divers sous-emboĂźtements possibles Ă©lĂ©mentaires, mais encore par le fait mĂȘme d’une suite ordonnĂ©e d’inclusions aux diverses Ă©chelles.

(3) Or si un emboĂźtement en extension comprend de multiples sous-emboĂźtements (de divers ordres) et des variations entre eux, il est clair que chacun de ces sous-emboĂźtements est caractĂ©risĂ© par des significations en comprĂ©hension plus riches que celles du tout et que leur hiĂ©rarchie repose donc sur des « inhĂ©rences » entre elles qui commandent les inclusions et n’en dĂ©rivent pas. On peut alors en tirer deux conclusions : (a) Si l’on appelle « comprĂ©hension hiĂ©rarchisable » la propriĂ©tĂ© du tout de possĂ©der (ou de rendre possible) un nombre plus riche de sous-emboĂźtements, on peut dire qu’il y a proportion directe entre l’extension de ce tout et sa « comprĂ©hension hiĂ©rarchisable » (b) quant aux contenus ou significations de ces sous-emboĂźtements, qui consistent donc en variations qualitatives possibles Ă  l’intĂ©rieur du tout, nous les qualifierons de « comprĂ©hension hiĂ©rarchisĂ©e » et ici encore elle est en proportion directe et non pas inverse de l’extension du tout.

(4) Ces conclusions sont Ă  mettre en relation avec le cercle dialectique des prĂ©dicats → concepts → jugements → infĂ©rences. En marche ascendante (↑) plus les systĂšmes considĂ©rĂ©s s’accroissent en extension, plus diminuent les « comprĂ©hensions » simples, mais la marche descendante revient au contraire Ă  multiplier, au sein du systĂšme total finalement atteint, les comprĂ©hensions « hiĂ©rarchisables » et « hiĂ©rarchisĂ©es ».

III. Conclusions générales

Le cercle Ă©tudiĂ© en ce chapitre est sans doute le plus gĂ©nĂ©ral des cercles dialectiques propres Ă  la pensĂ©e conceptuelle en ne la considĂ©rant qu’aux prises avec ses Ă©lĂ©ments stables (prĂ©dicats et concepts) ou avec des jugements et infĂ©rences se bornant Ă  les relier ou Ă  dĂ©gager leurs possibilitĂ©s ou nĂ©cessitĂ©s de rĂ©union du point de vue des valeurs courantes de vĂ©ritĂ©. Mais Ă  poursuivre l’analyse nous nous trouverions en prĂ©sence d’un facteur plus profond et plus polymorphe de dialectisation qui sera l’implication entre actions ou opĂ©rations, bien distinctes de l’implication entre Ă©noncĂ©s et si distincte mĂȘme que bien des auteurs n’en reconnaissent pas l’utilisation possible, ni mĂȘme l’existence en tant que facteur dialectique fondamental. Or, si une action ou une opĂ©ration A ou B n’est assurĂ©ment en elle-mĂȘme ni vraie ni fausse, mais simplement instrument de transformation, l’implication A ⇒ B est par contre vraie ou fausse selon que B est ou n’est pas nĂ©cessaire Ă  A ou selon que la signification de B est englobĂ©e dans (ou solidaire de) celle de A. Mais c’est Ă  la condition, bien entendu, de distinguer l’aspect causal du processus, qui relĂšve d’un ordre matĂ©riel, et son aspect infĂ©rentiel, seul en jeu dans la construction des structures opĂ©ratoires et qui relĂšve du systĂšme des significations.

Pour prĂ©parer l’étude de ces implications entre actions, il est utile de conclure cette premiĂšre analyse en comparant ce que nous venons d’établir au plan conceptuel aux donnĂ©es connues dans le domaine sensori-moteur, puisque c’est celui-ci qui est Ă  la source des actions et opĂ©rations. Or cette comparaison est aisĂ©e. Aux prĂ©dicats en tant que significations Ă©lĂ©mentaires correspond l’assimilation des observables, car c’est cette assimilation qui leur confĂšre leur signification (par exemple « prĂ©hensible », « dĂ©plaçable », « solide », etc.). Aux concepts correspondent les schĂšmes d’assimilation, portant sur les significations communes Ă  plusieurs objets. Aux jugements correspondent les attributions nouvelles et les diffĂ©renciations en sous-schĂšmes. Enfin, aux infĂ©rences correspondent assurĂ©ment les coordinations de schĂšmes.

On constate d’abord qu’ainsi traduits en termes sensori-moteurs ces quatre Ă©tapes correspondent Ă  celles des sections I et II : en ordre ascendant ↑ de cette nouvelle dialectique il y a effectivement composition conduisant des significations Ă©lĂ©mentaires (assimilations directes) aux coordinations infĂ©rentielles de schĂšmes, et en ordre descendant ↓ il y a Ă  la fois justifications et multiplication des possibles. C’est donc le mĂȘme cercle dialectique. Mais l’essentiel est que ce cercle gĂ©nĂ©tique (y compris sensori-moteur) nous conduit directement Ă  l’implication entre actions, puisque les infĂ©rences en jeu avant le langage ne portent pas sur des Ă©noncĂ©s, mais sur des significations inhĂ©rentes Ă  un pur « savoir faire » dĂ©jĂ  Ă  l’Ɠuvre en de multiples comportements animaux et bien antĂ©rieur Ă  la comprĂ©hension conceptuelle.