Les discours

Discours du recteur
André Hurst >>>

Discours du président du Conseil de l'Université Roger Mayou >>>

Discours du Conseiller d'Etat en charge du DIP Charles Beer >>>

"Rapport circonstancié sur l'attribution d'un doctorat honoris causa à Madame Françoise Tulkens"
Par Robert Roth, doyen de la Faculté de droit >>>

"Laudatio pour le prof. Maurice Levy-Leboyer"
Par Pierre Allan, doyen de la Faculté des SES >>>

Discours prononcé par Gabrielle Rivier, étudiante de la Faculté de théologie >>>

Allocution de Gabrielle Rivier, étudiante de la Faculté de théologie

Suite à Monsieur Bayou, je me contenterai d’un Mesdames et Messieurs.

L’ordre de la cérémonie que vous avez entre les mains vous annonce le message d’un étudiant de la Faculté de théologie et voilà que l’étudiant se transforme en étudiante… Je ne souhaite pas vous adresser un long discours féministe, mais ce détail, qui m’a fait sourire, dénote peut-être un cliché encore tenace… La théologie serait-elle la chasse gardée de quelque élite masculine et les étudiants en théologie, tous destinés à un ministère ecclésiastique ? C’est bien loin d’être sûr… Cependant, une chose est absolument certaine, me semble-t-il : c’est que les études en théologie éveillent le doute, voire même une certaine méfiance. La limite entre le fait religieux et la spiritualité n’est-elle pas ténue, et le glissement vers la doctrine, l’endoctrinement même, presque inévitable ? L’irrationalité et le dogmatisme ne guettent-ils pas une discipline qui semble nimbée de mystères ?

Et pourtant, et pourtant notre société fait preuve d’un regain d’intérêt pour le religieux, il suffit de jeter un coup d’œil à la une des nos plus grands magazines, les débats sur l’enseignement du fait religieux à l’école face au constat indéniable d’une carence culturelle de plus en plus flagrante sont récurrents, quant à l’actualité mondiale, elle est traversée par la question religieuse, signe d’une quête identitaire certaine… Dans ce contexte, il me semble absolument primordial de ne pas transformer la théologie en relique du passé : bien au contraire, il est essentiel de saisir les clés d’analyse qu’elle nous offre. Pensons notamment à son importance dans la compréhension des enjeux éthiques auxquels doit faire face notre société… Le penser théologique offre un outil herméneutique spécifique. En effet, la question de Dieu, la question du discours sur Dieu, située au cœur de l’humain et de son existence, se décline autour du sens et le théologien a pour vocation de dégager du sens.

L’université dans ma vie, puisque c’est le thème du jour, représente l’une des entités qui m’a permis l’ouverture au sens. Après des études en traduction, je poursuis le parcours académique en théologie et je vois dans la quête interprétative le fil directeur de ces six années. Le théologien, tout comme le traducteur, est en quête de sens. Cette recherche qui passe par l’utilisation d’une méthodologie, par la rigueur de l’analyse rationnelle, et par l’emploi de techniques éprouvées, est cependant largement caractérisée par le passage qu’elle opère vers l’interprétation.

Je conjuguerais ainsi l’ouverture que m’a donnée l’Université autour de trois axes : ouverture au savoir, à l’altérité et au monde. Tant l’Ecole de Traduction et d’Interprétation que la Faculté de Théologie auront représenté des lieux d’ouverture : grâce à un enseignement rigoureux, enthousiaste et pédagogue, j’y ai certes acquis des méthodes, un sens de l’apprentissage et des connaissances, mais ce dont je suis le plus reconnaissante, c’est la diversité qu’il m’a été donné de découvrir au fil des années, c’est aussi la liberté que m’a offert l’institution – liberté que le système de Bologne devra peu à peu réinventer –, c’est enfin la richesse des relations établies, des interactions découvertes et des collaborations fructueuses. L’université m’a prouvé que l’ouverture ne se fait pas au détriment du sérieux et de l’honnêteté intellectuelle, que la rationalité peut dialoguer avec le questionnement existentiel et que la technique s’enrichit de l’inventivité et du potentiel créatif de l’humain.

Peut-être, dans les tempêtes que traverse actuellement l’Université, semble-t-il vain de parler d’honnêteté et de liberté, de collaboration authentique, de relations vraies… Notre institution, malmenée, est-elle vraiment digne de ces éloges ? Les médias se font l’écho de scandales en chaîne et les polémiques vont bon train. Cet état de fait ne me laisse pas indifférente. Il m’interpelle, et je m’interroge : les malversations, les fausses déclarations, les gestions malhonnêtes signifient-elles qu’il faille restreindre la confiance accordée et limiter les libertés jusque là généreusement octroyées ? Faudra-t-il répondre à l’abus de confiance par une surveillance accrue ? La méfiance et la sur-légalisation sont-elles l’unique réponse possible à la trahison ? Personnellement, je ne le crois pas. Optimisme ? Idéalisme de jeunesse ? Je ne sais pas ! Mais j’espère que l’Université saura trouver à la crise une issue qui corresponde mieux à l’image qu’elle m’a donné d’elle pendant les quelques années que j’y ai déjà passé : une image d’ouverture vers le dialogue et l’altérité, une ouverture qui, à mon sens, ne peut se vivre qu’au risque de l’interprétation et de la liberté. Que l’université soit donc ouverte à un avenir possible au-delà de la crise actuelle, qu’elle soit lucide et inventive, qu’elle continue à promouvoir des valeurs fondatrices d’une société démocratique et qu’elle offre à chacun et chacune un lieu où explorer, découvrir et créer dans le respect et la confiance, c’est ce que je souhaite le plus vivement et c’est à chacun et chacune d’entre nous d’y contribuer !

Gabrielle Rivier