C o m m u n i q u é d e p r e s s e


Un courant électrique qui détruit les microbes


Les globules blancs produisent un superoxyde pour lutter contre les bactéries et les champignons qui menacent notre organisme. De quelle manière est-il produit? Un groupe de chercheurs de la Division des maladies infectieuses des Hôpitaux universitaires de Genève vient de publier un article dans la prestigieuse revue Nature qui démontre un mécanisme jusqu'alors inconnu dans les cellules d'organismes supérieurs: une enzyme ("NADPH oxidase") est capable de générer un courant électronique à travers la membrane cellulaire.

Ce type de courant n'a rien à voir avec les courants ioniques, essentiels pour le bon fonctionnement des cellules nerveuses ou cardiaques. En revanche, il est similaire au courant qui alimente une banale ampoule électrique (mais 10 milliards de fois plus faible). Les électrons produisant ce courant réduisent l'oxygène en superoxyde, permettant la destruction des microbes.
La découverte de ce courant a une importante signification clinique. Les auteurs ont observé que les globules blancs de volontaires sains généraient des courants d'électrons au contact de produits bactériens. En revanche, ces courants étaient systématiquement absents dans les globules blancs provenant de patients atteints d'un grave déficit immunitaire les rendant très susceptibles aux infections (la maladie chronique granulomateuse).
Ces expériences prouvent ainsi le rôle crucial du courant d'électrons dans la défense contre les infections. Par ailleurs, les auteurs ont relevé que les globules blancs produisaient également des courants d'électrons après l'adjonction d'un agent cancérigène. Ainsi, l'activation inappropriée de ces courants par certains agents pourrait non seulement participer au développement de maladies aussi variées que le cancer et les maladies auto-immunes, mais aussi contribuer au vieillissement cérébral et à la maladie d'Alzheimer.
Cette découverte met ainsi à jour un mécanisme fondamental dans la défense contre les infections, et permet une meilleure compréhension du fonctionnement de l'enzyme impliquée dans la génération de ce courant. Enfin, de nouvelles approches pharmacologiques peuvent être envisagées, notamment en vue de contrôler l'activation inappropriée de ces courants.
Cette publication ("Electron currents generated by the human phagocyte NADPH oxidase", Nature, Vol. 392, 16 avril 1998, p. 734-737) démontre également que la médecine clinique - à savoir les soins dispensés aux malades - et la recherche fondamentale, liée à certains aspects de la médecine, ne sont pas exclusifs mais bien complémentaires. En effet, tant l'investigateur principal de cette étude, le Dr Jacques Schrenzel, que le responsable du groupe de recherche, le Dr Karl-Heinz Krause, sont tous deux médecins praticiens dans la Division des maladies infectieuses.


Mai 1998 - Mise à jour:  presse@unige.ch