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Projet "Les miroirs inversés de la virilité : santé de genre et colonisation France –Algérie XIXe-XXe siècles"

 

 

Au moment de la prise de l’Algérie le pouvoir colonial français peut déjà compter sur des importants réseaux médicaux mercantiles qui se sont mis en place déjà à la moitié  du XVIIIe siècle[1] : la médecine est ainsi l’un de pilier de la domination coloniale. D’abord pour tenter de réduire la mortalité des soldats envoyés au Maghreb et ensuite pour favoriser ce qu’on appelle à ce moment « l’acclimatation » de colones. Si beaucoup de travaux existent sur la médecine coloniale ainsi que sur la santé des femmes (et notamment en ce qui concerne leur corps reproducteur) en contexte colonial, l’insuffisance des réflexions sur la santé des hommes surprend. Pour autant dans une sorte de miroir inversée de la virilité les médecins produisent des catégories scientifiques qui vont légitimer des pratiques cliniques (et vice-versa) fabricant une multitude de hiérarchies des corps masculins : homme blanc, homme blanc, homme mat, homme arabe, homme musulman, homme kabyle, parmi d’autres. Ces hiérarchies sont établies sur la base « d’observations » du moral et du physique et elles participent à construire une épistémologie durable de la santé du corps masculin. A partir de sources d’archives[2]il s’agira alors de revenir sur les catégories nosologiques paradigmatiques à la construction des modèles de santé masculine contemporaines. Partant des analyses épidémiologiques contextuelles il s’agira, de déconstruire les données sanitaires et de pouvoir aussi comprendre et renseigner la surmortalité masculine, la contextualisant dans une perspective de genre et postcoloniale.

Est-il possible, à partir de ce qu’apporte une approche sur la longue durée, de recontextualiser la circulation des savoir sur le corps des hommes ? Alors qu’on connait les conséquences de ce système biopolitique pour l’histoire des femmes en contexte occidental et colonial, il nous manquent des analyses pertinente pour l’histoire de la virilité et de la masculinité. 

Comment sortir d’une interprétation qui opère une dichotomie entre les savoirs locaux, traditionnels et autochtones d’une part et les occidentaux, modernes et scientifiques d’autre part ? A quel point ces savoirs locaux sont-ils issus du façonnage de la circulation des savoirs entre l’ancienne médecine arabe et grecque, réinterprétés durant l’époque moderne dans les textes de médecine ? À quel moment peut-on parler de médecine coloniale ? 

On pourra ainsi mettre en lumière les transformations des savoirs, les discontinuités et les permanences dans les dispositifs de santé et souligner les enjeux politiques sous-jacents Analysant les pratiques de santé on pourrait ainsi mieux comprendre le système de pouvoir du régime biopolitique ainsi que les stratégies individuelles de résistance mais aussi la coproduction des savoirs par en bas. 



[1]          Ainsi par exemple cf. les activités du docteur Charles Crest, chirurgien de Toulon, qui a exercé à l'hôpital administré par les prêtres espagnols de 1753 à 1757 à Alger, autorisé par la Chambre de Commerce de Marseille. 

[2]          Archives nationales d’outre mer ANOM, Aix-en Provence. Archives Nationales Algériennes (ANA); Croix Rouge Algérienne ; Archives de la croix rouge française. Archives du CICR (comité international Croix Rouge) ; Archives United Nations Geneva (UNOG).Archives de l’WHO, Genève : Archives de l'Office International d'Hygiène Publique (OIHP) : 1907-1946 ; Archives de la Société des Nations, Dossiers de l'Organisation d'Hygiène : 1933-1946.

 

Prochains événements

 

Séminaire Santé masculine, printemps 2019

Journée d'étude, 1er mars

 

Publications en liens avec le projet : 

 

Francesca Arena, Jean-Christophe Coffin, « Le silence autour de la paternité : quelques réflexions à propos des troubles et de la virilité au prisme de l’histoire de la médecine » in Silvia Medina Quintana (dir) Familias, educación y género. Tradiciones y rupturas en las sociedades moderna y contemporánea,TREA 2018