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Neuf expériences d’éducation européenne [Introduction] (décembre 1959)a §

Comment faire pénétrer l’idée européenne dans l’esprit des éducateurs et des citoyens responsables de leur communauté locale ? C’est la question que nous devions nous poser dès les débuts de l’entreprise du CEC.

Il existe en effet trois méthodes principales pour agir sur l’opinion. La première consiste à créer des institutions, qui obligent à coopérer et bientôt conditionnent des réflexes communs. La seconde consiste à inculquer d’une manière massive des jugements tout faits, oblitérant les doutes et la critique : c’est la propagande. La troisième est l’éducation, qui est le contraire de la propagande parce qu’elle développe le jugement, et sans laquelle les meilleures institutions resteraient lettre morte.

Seule, la troisième méthode se trouve correspondre aux possibilités comme aux principes du Centre.

Nous n’avons pas cessé de le répéter ici : pour faire l’Europe, il faut faire de l’Europe. Il faut faire des Européens, conscients de leurs solidarités dans le présent et dans l’avenir plus encore que dans le passé. Mais pour éveiller cette conscience, il faut aller jusqu’à ses sources collectives : l’École et le milieu local.

Au printemps 1956, un numéro spécial de notre Bulletin1 donnait le plan d’une série d’expériences-pilotes d’éducation européenne en milieu populaire et scolaire. Ce plan avait été établi par un comité ad hoc d’éducateurs, réuni sous les auspices de la Fondation européenne de la culture, laquelle offrait les crédits nécessaires pour le lancement des expériences.

Un an plus tard, les travaux préparatoires étaient terminés : choix des régions, communes ou circonscriptions scolaires, — plans détaillés de chaque expérience, — accords avec les organismes locaux capables d’en assurer sur place l’exécution. La Fondation remettait alors au CEC la responsabilité de toute l’entreprise. En même temps, une subvention spéciale, accordée au CEC par la Ford Foundation, permettait d’élargir le plan primitif et de prolonger la durée totale des expériences jusqu’à 1959.

[p. 2] En cours de route, quatre nouvelles expériences dans le domaine scolaire vinrent s’ajouter à celle de Fribourg, seule prévue au début ; tandis que deux expériences amorcées en milieu populaire (Val d’Aoste et Grèce) devaient être suspendues par suite de difficultés imprévisibles au départ.

Ce sont les comptes rendus des neuf expériences conduites à leur terme de 1957 à 1959 qu’on trouvera réunis dans les pages qui suivent.

Qu’il nous soit pardonné de ne pouvoir remercier ici que d’une manière collective les animateurs des diverses actions et de leur organisation locale, les enquêteurs, les conférenciers, et les auteurs des rapports finaux : du moins verra-t-on cités dans cette publication les noms de 89 d’entre eux !

Les enquêtes scolaires ont touché 880 maîtres et 4 664 élèves, en Suisse, en France et en Belgique.

Les enquêtes sociologiques ont porté sur un total de 582 questionnaires remplis, et ont intéressé — dans tous les sens du mot — les quelque 13 500 habitants des régions choisies en Haute-Savoie, dans les Landes et en Sardaigne.

Quant aux publications qui ont préparé les enquêtes ou qui en ont résulté, les références en seront données au cours des divers rapports qui forment le présent Bulletin.

En décrivant d’abord les méthodes et moyens mis en œuvre, puis les résultats fort variables qui ont été obtenus, cette publication vise à dégager un certain nombre de conclusions pratiques, qui permettront éventuellement de généraliser nos expériences-pilotes.

Nous espérons que les éducateurs — enseignants ou animateurs de centres locaux de culture — ayant pris connaissance de nos tentatives, verront mieux non seulement les erreurs à éviter, mais surtout les possibilités d’action efficaces qui existent dans tel ou tel milieu. Ces possibilités, une fois reconnues, ne manqueront pas d’encourager certains d’entre eux à tenter à leur tour des entreprises analogues.