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Septième Partie
L’Ère des fédérations
De l’Unité de culture à l’union politique

Le Grand Dessein de Sully est un projet posthume. L’Abbé de Saint-Pierre ne fut pas écouté. Victor Hugo ne fut qu’applaudi. En revanche, qu’ils le veuillent ou non, ceux qui écrivent sur l’Europe, au xxe siècle, se trouvent engagés dans l’Histoire qui se fait. Certains ont pu s’imaginer qu’ils n’étaient que des commentateurs, des analystes objectifs. Ils oubliaient que les journaux font l’Opinion, d’après laquelle l’homme politique s’oriente, et que les journaux tirent leur doctrine (même s’ils l’ignorent) d’une atmosphère intellectuelle que les auteurs qu’on va citer ont largement contribué à définir.

Laissons de côté l’ordre chronologique, — qui perd son importance dans une période si courte où chacun réagit à tous les autres et presque simultanément — pour cette partie finale de notre ouvrage. Le choix des textes sera fonction d’un plan dont voici le très simple argument : L’Europe contestée par le Monde et tendant à s’unir pour son salut cherche d’abord à remonter aux sources d’où dérivent ses valeurs constituantes et spécifiques ; pour mieux voir ce qu’elle fut, ce qu’elle est et peut être, elle se compare aux autres civilisations, et par suite elle retrouve à la fois le sens de sa fonction mondiale et le sens de son unité très singulière, qui est unité dans la diversité ; il lui reste à tirer les conséquences de cette reprise de conscience…