L’Un et le Divers (1970)Lire

« Il nous faut décider si notre union aura pour but la Puissance collective ou la Liberté des personnes. »

Ce bref ouvrage rassemble les textes de deux conférences : « Pour une définition nouvelle du fédéralisme » (prononcée à l’Académie des sciences morales, Paris, 1969) et « La Cité européenne » (prononcée à l’Université de Bonn, 1970). La première développe l’idée que l’État-nation s’avère « à la fois trop petit et trop grand » face aux enjeux du siècle, alors que le monde connaît simultanément un phénomène de convergence par la création de grands ensembles (organisations régionales et supranationales), et de diversification par l’affirmation des identités et réalités régionales. Mais, selon l’auteur, alors que tout dans ce diagnostic appelle la création d’une fédération, une conception erronée continue en Europe d’en faire un mot tabou. Or Rougemont considère que le fédéralisme n’est réductible ni au centralisme ni au séparatisme : au contraire, il traduit en structures sociales et politiques l’équilibre nécessaire à préserver entre l’Un et le Divers. La deuxième conférence esquisse une généalogie des apports — souvent contradictoires — qui ont fait la culture européenne : grec (l’individu), romain (le sujet de droit), chrétien (la personne), germanique (la communauté), celtique (le thème de la quête aventureuse), arabe (poésie amoureuse), etc. L’héritage européen accumule et assimile ainsi des couples d’antinomies inséparables (autorité-liberté, personne-communauté, tradition-innovation, sécurité-risque, originalité-conformité…), tandis que la perception de leurs différences est telle que les Européens se croient souvent incapables de s’unir. En conclusion, Rougemont en appelle de nouveau à la création d’une fédération européenne — et non d’un État-nation européen — dont la finalité serait la liberté des personnes et non la puissance de l’État.

Bibliographie indicative

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