Ancien Testament
Retour à l'éditorial Chemin :  éditorial 8 + De la critique des sources à la critique de la tradition

 

 5.2) De la critique des sources à la critique de la tradition


 
 Avant de continuer, il est important de s'entendre sur les termes source et tradition. En exégèse, lorsque que nous parlons de source, il s'agit toujours d'une source écrite. Par contre, lorsque nous parlons de tradition, il s'agit toujours d'une tradition orale. Retenez bien cette distinction, elle est essentielle pour comprendre le passage entre la critique des sources (écrites) et la critique de la tradition (orale).

En comparant Gn 16 et Gn 21, nous avons cherché à retrouver une source commune aux deux textes. Si Gn 16 avait été cité, au moins partiellement, en Gn 21, il aurait été plus facile de conclure que l'auteur de Gn 21 a utilisé Gn 16 comme source. Toutefois, même sans la présence de citations littérales, nous avons observé beaucoup d'indices qui plaident en faveur de l'utilisation de Gn 16 comme source de Gn 21. 

Entre Gn 16 et 21, nous nous trouvons donc dans une situation où nous possédons une source. Mais il se trouve beaucoup de cas, dans l'Ancien Testament, où nous n'avons pas cette source. Il nous faut alors essayer, par déduction, de la reconstituer, ou essayer de retrouver quelque chose qui existait avant une quelconque rédaction, c'est-à-dire une tradition

Nous nous situons ici à la frontière entre critique des sources et critique de la tradition : soit nous recherchons quelque chose d'écrit, et nous nous trouvons dans la critique des sources; soit nous recherchons quelque chose d'oral, et nous sommes alors dans la critique des traditions. Comparer le tableau critique des sources et celui concernant la critique des traditions

Lisez les p. 238-245 de Guillemette/Brisebois.

Faites ensuite cet exercice :

Exercice 8 :


En Gn 16, observez les indices qui pourraient nous aider à dégager différentes couches rédactionnelles.

Repérez notamment :

  • les répétitions
  • les tensions (les problématiques différentes), les contradictions
  • les lacunes et les incohérences
  • ce qui est absolument nécessaire au récit
  • ce qui sert à faire le lien avec le reste du cycle d'Abraham (notamment Gn 21)

Texte de Genèse 16
1 Saraï, femme d'Abram, ne lui avait pas donné d'enfant. Elle avait une servante égyptienne du nom de Hagar, 2 et Saraï dit à Abram: "Voici que le SEIGNEUR m'a empêchée d'enfanter. Va donc vers ma servante, peut-être que par elle j'aurai un fils". Abram écouta la proposition de Saraï. 3 10 ans après qu'Abram se fut établi dans le pays de Canaan, Saraï sa femme prit Hagar, sa servante égyptienne, pour la donner comme femme à Abram son mari. 4 Il alla vers Hagar qui devint enceinte. Quand elle se vit enceinte, sa maîtresse ne compta plus à ses yeux. 5 Saraï dit à Abram: "Tu es responsable de l'injure qui m'est faite. C'est moi qui ai mis sur ton sein ma servante. Dès qu'elle s'est vue enceinte, je n'ai plus compté à ses yeux. Que le SEIGNEUR décide entre toi et moi"! 6 Abram répondit à Saraï: "Voici ta servante en ton pouvoir, fais-lui ce qui est bon à tes yeux". Saraï la maltraita et celle-ci prit la fuite.
7 L'ange du SEIGNEUR la trouva près d'une source dans le désert, celle qui est sur la route de Shour, 8 et il dit: "Hagar, servante de Saraï, d'où viens-tu et où vas-tu"? Elle répondit: "Je fuis devant Saraï ma maîtresse". 9 L'ange du SEIGNEUR lui dit: "Retourne vers ta maîtresse et plie-toi à ses ordres".
10 L'ange du SEIGNEUR lui dit: "Je multiplierai tellement ta descendance qu'on ne pourra la compter".
11 L'ange du SEIGNEUR lui dit: "Voici que tu es enceinte et tu vas enfanter un fils, tu lui donneras le nom d'Ismaël car le SEIGNEUR a perçu ta détresse. 12 Véritable âne sauvage, cet homme! Sa main contre tous, la main de tous contre lui, à la face de tous ses frères, il demeure".
13 Hagar invoqua le nom du SEIGNEUR qui lui avait parlé: "Tu es Dieu qui me vois". Elle avait en effet dit: "Est-ce bien ici que j'ai vu après qu'il m'a vue"? 14 C'est pourquoi on appela le puits: "Le puits de Lahaï qui me voit"; on le trouve entre Qadesh et Bèred.
15 Hagar enfanta un fils à Abram; il appela Ismaël le fils que Hagar lui avait donné.
16. Abram avait 86 ans quand Hagar lui donna Ismaël.

 
    Voici la solution de l'exercice 8.
     
     

Solution de l'exercice 8 :


Aux v. 7, 10 et 11, le texte répète trois fois "L'ange du Seigneur lui dit...". De plus, ces répétitions n'entrent pas dans le cadre d'un dialogue. 

Entre le v. 10 et les v. 11-12, la manière de parler de la descendance d'Hagar est différente. La présence de ces deux promesses, l'une à la suite de l'autre, dans le même texte, semble inutile. Une seule promesse suffirait à la compréhension du texte.

Le v. 3 se trouve en rupture avec les v. 2 et 4. On a l'impression que ce v. 3 a été ajouté pour préciser le texte, car il interrompt brutalement de cours du récit pour donner une indication temporelle.

De même, les v. 13 et 14, qui introduisent l'élément étiologique dans le récit, ne sont pas nécessaires à la compréhension du récit. Ils pourraient aussi avoir été ajoutés par un rédacteur. De plus, la réponse d'Hagar, au v. 13, est étrange : on ne voit pas très bien en quoi elle se rapporte à l'annonce que Dieu vient de faire à Hagar. 

Au v. 11, c'est Hagar qui est censée nommer son fils Ismaël. Mais au v. 15, c'est Abram qui va donner son nom à Ismaël. 

Entre le v. 14 et 15, rien n'est dit sur le retour d'Hagar : le v. 15 raconte directement la naissance de l'enfant, et présuppose qu'Hagar est revenue chez Abram. 

Le v. 16 donne à nouveau une indication temporelle, qui n'est pas utile au déroulement même du récit. 

Les éléments qui font le lien avec le reste du cycle d'Abraham sont les suivants :

  • le nom d'Ismaël
  • la stérilité de Saraï, et le fait qu'Hagar donne un fils à Abram
  • l'annonce de la descendance d'Ismaël
  • les v. 3 et 16, qui situent le récit dans le temps

  • les v. 9 et 15, qui permettent le retour d'Hagar auprès d'Abram, et qui rendent ainsi possible la présence du chapitre 21. 

 
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