Cours d'hébreu biblique > leçon
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2 Samuel 12,7
וַיֹּאמֶר נָתָן אֶל־דָּוִד אַתָּה הָאִישׁ
כֹּה־אָמַר יְהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל
אָנֹכִי מְשַׁחְתִּיךָ לְמֶלֶךְ עַל־יִשְׂרָאֵל
וְאָנֹכִי הִצַּלְתִּיךָ מִיַּד שָׁאוּל׃
Notes
וַיֹּאמֶר
Répétition : analysez cette forme verbale.
Solution
Analysez la forme verbale « וַיֹּאמֶר ».
La racine est facile à repérer, il s'agit de אמר (→ dire). Le wa suivi du redoublement de la préformante yôd indique qu'il s'agit d'un narratif. La préformante yôd indique que nous nous trouvons à la 3ème m. sg. (cf. grammaire, §22). Aucun indice (redoublement, préfixe) ne nous permet de supposer qu'il s'agit d'autre chose que d'un Qal. Analyse : racine אמר, Qal, narratif, 3 m. sg.
Rappel à propos des verbes פ״א
Signalons que אמר est un verbe פ״א. La particularité principale de cette classe de verbes est la présence de la vocalisation "o", le ʾālæph de la racines est alors quiescent.
אַתָּה הָאִישׁ
אַתָּה est le pronom personnel indépendant « tu », toi (cf grammaire, §15) suivi de אִישׁ (→ homme) précédé de l'article. Rappelons que l'article peut avoir une valeur démonstrative.
Traduire cette petite phrase nominale qui éclaire la fonction parabolique de l'histoire de l'agnelle à la lumière de l'affaire du meurtre d'Urie le hittite (cf. 2 Samuel 11).
Solution
Traduire cette petite phrase nominale : אַתָּה הָאִישׁ
« Toi tu es cet homme. » (littéralement : « Toi l'homme»)
Après la césure du ʾaṭnaḥ, on trouve un discours de Yhwh qui s'étend jusqu'au verset 8.
Ce discours commence par la formule du messager. Cette formule ouvre très souvent les oracles prophétiques. La formule du messager est formée de כֹּה־אָמַר (→ ainsi a parlé (Qal,qatal, 3m.sg.)...) suivie du nom de celui qui envoie le messager, en l'occurrence la divinité Yhwh. Ici, le qatal doit être compris comme un passé composé. En effet, la formule du message indique que Yhwh a déjà parlé et que le prophète n'est en fait qu'en train de répéter ses paroles.
יְהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל
Observer la construction : אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל qualifie Yhwh. אֱלֹהֵי est l'état construit de אֱלֹהִים. Traduisez cette construction.
Solution
Traduisez cette construction : יְהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל
« Yhwh le Dieu d'Israël » (Dieu à l'état construit - cette forme plurielle a un sens singulier - est déterminé. En effet, le nomen regens est déterminé lorsque le nomen rectum l'est (cf. grammaire §8), or un nom propre (Israël) est toujours déterminé)
אָנֹכִי
Lorsqu'un pronom personnel indépendant sert de sujet au verbe, il indique une emphase sur le sujet. La présence d'un pronom personnel n'est pas nécessaire en hébreu puisque le sujet est inclus et supposé par la conjugaison de la forme verbale. Lorsque le pronom personnel sujet est présent, il y a insistance sur le sujet. Il faut donc rendre cela en français par quelque chose du type « Moi, je ... ».
מְשַׁחְתִּיךָ
Vous pouvez analyser seul cette forme.
Solution
Analysez cette forme : מְשַׁחְתִּיךָ
Qal, qatal, 1 sg, racine משׁח + suffixe 2 m. sg. → je t'ai oint
L'onction marque la désignation royale ou sacerdotale. Le terme messie מָשִׁיַח vient de cette racine.
הִצַּלְתִּיךָ
Vous pouvez essayer d'analyser seul cette forme. La racine verbale est נצל.
Solution
Analysez la forme : הִצַּלְתִּיךָ
Hifʿil, qatal, 1 m. sg. + suffixe 2 m. sg. (il s'agit du même temps que le verbe précédent). Le Hifʿil se remarque par la présence du préfixe hi. La racine est נצל est une racine de type פ״נ.
Règle concernant les פ״נ
Le nûn est une lettre faible, si le nûn n'est pas vocalisé et est précédé d'une préformante ou d'un préfixe le nûn est absorbé par la consonne suivante. Il engendre dès lors le redoublement de la radicale qui suit. La forme forte serait הִקְטַלְתִּי (la première radicale qôph n'est pas vocalisée et est précédée du préfixe hi du Hifʿil) -> pour la racine נצל cela donne הִצַּלְתִּי.
מִיַּד
יָד à l'état construit précédé de la préposition מִן.
שָׁאוּל
Le roi Saül fut le prédécesseur de David.
Traduction
« Nathan dit à David, "toi, tu es cet homme". Ainsi parle Yhwh Dieu d'Israël : moi je t'ai oint roi sur Israël et moi je t'ai délivré de la main de Saül. »
2 Samuel 12,8
וָאֶתְּנָה לְךָ אֶת־בֵּית אֲדֹנֶיךָ
וְאֶת־נְשֵׁי אֲדֹנֶיךָ בְּחֵיקֶךָ וָאֶתְּנָה לְךָ אֶת־בֵּית יִשְׂרָאֵל וִיהוּדָה
וְאִם־מְעָט וְאֹסִפָה לְּךָ כָּהֵנָּה וְכָהֵנָּה׃
Le terme suivant ne figure pas dans le vocabulaire de base.
Notes
וָאֶתְּנָה
Qal, narratif / wayyiqtol, 1sg., racine נתן.
Le ʾālæph indique la 1 sg. Pour trouvez des explications à la chute du premier nûn, revoyez l'explication du verbe הִצַּלְתִּיךָ à la fin du verset précédent. Remarquer aussi que le narratif prend normalement le redoublement de la préformante. Mais comme ʾālæph est une gutturale, on ne peut pas indiquer cet allongement par un dāgeš, la voyelle « a » qui précède est alors allongée.
Le dāgeš dans le ṭêt marque l'assimilation d'un nûn. Le heʾ final est paragogique et n'a aucune valeur sémantique. Attention à ne pas le confondre avec le sfx 3 f. sg. (הָ ou הּ ָ avec mappiq).
Vous pouvez traduire jusqu'à l'ʾaṭnaḥ, en remarquant que אָדוֹן (qui désigne ici Saül, le prédécesseur de David), bien qu'au singulier, ajoute le suffixe à une forme plurielle (cf. grammaire, §17). En vous souvenant que נָשִׁים est le pluriel de אִשָׁה (→ femme) (נְשֵׁי est l'état construit pluriel).
וְאִם־מְעָט
Cette phrase nominale insiste sur le fait que les choses données sont nombreuses mais que, si c'est encore insuffisant, Yhwh peut en ajouter. Littéralement cela donne : « Et si c'est peu ».
וְאֹסִפָה
Repérez la racine verbale (elle figure dans le vocabulaire). Essayez de repérer les éléments nécessaires à l'analyse de la forme. Qu'est-ce qui vous paraît étrange ?
Solution
Repérez la racine verbale (elle figure dans le vocabulaire). Essayez de repérer les éléments nécessaires à l'analyse de la forme.
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La racine est יסף (→ ajouter) dont le yôd a disparu.
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Le ʾālæph est l'élément préformant 1 sg. (cf. grammaire §22).
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Le wāw n'est pas signe du narratif, il n'est pas vocalisé "a" et ne redouble pas l'élément préformant. Il s'agit de la conjonction « et ».
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Le heʾ final est un heʾ cohortatif. On le trouve au yiqtol 1 sg. ou pl. Le heʾ cohortatif indique une auto-exhortation. Il faut le lire comme l'indication de ce que Yhwh aurait encore pu faire dans le futur pour David.
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Ce verbe est au Hifʿil (cf. grammaire §23) comme le ḥîræq le laisse supposer.
Il faut indiquer ici une des particularités des verbes פ״י. A l'origine, les פ״י étaient des premières waw. Or, ce waw originel réapparaît aux Nifʿal, Hifʿil et Hofʿal sous la forme d'un ḥôlæm le plus souvent magnum (NB: la forme normale serait וְאוֹסִפָה mais ici la mater lectionis est absente -> וְאֹסִפָה).
לְּךָ
Observer la présence d'un dāgeš dans le ל et comparer avec le deuxième mot de ce verset où la forme «normale» לְךָ apparaît.
Le dāgeš conjonctif :
Un dāgeš fort conjonctif apparaît parfois dans la première lettre d'un mot étroitement lié au précédant, si celui-ci se termine par la voyelle â ou è.
Exemples
כָּהֵנָּה וְכָהֵנָּה
Littéralement : « comme elles et comme elles ». Le pronom indépendant avec l'article peut avoir une valeur démonstrative. On peut soit comprendre qu'il ajoute « comme toutes ces choses » citées précédemment versets 7 et 8, ou éventuellement dans un sens plus restrictif : « comme les femmes » du verset 8.
Traduction
(7b) « Ainsi parle Yhwh Dieu d'Israël : moi je t'ai oint roi sur Israël et moi je t'ai délivré de la main de Saül. (8) Je t'ai donné la maison de ton seigneur et les femmes de ton seigneur sur ton sein, je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda; et si c'est peu, je t'en ajouterai comme elles et comme elles. »
Remarques à propos des temps des verbes dans la traduction de 7b-8
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On notera que dans le verset 7b les verbes sont à la conjugaison de type qatal (en outre ils sont précédés du pronom) et traduit comme des passé. אָנֹכִי מְשַׁחְתִּיךָ moi je t'ai oint.
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En 8a, les verbes sont cette fois au wayyiqtol וָאֶתְּנָה לְךָ je t'ai donné. Dans ce cas, le wayyiqtol / narratif est sur le même plan temporel que les qatal qui précèdent en 7b.
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Dans la dernière partie du verset 8, le verbe וְאֹסִפָה est au yiqtol. Le וְ est simplement la copule «et». Sur le plan temporel ce verbe est un futur (en l'occurrence hypothétique et volitif) j'aurais ajouté (dans le futur)
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