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Quelques repères historiques et chronologiques(Avant le IXe siècle av. J.-C., l'histoire d'Israël est entourée de beaucoup d'incertitude, et aucune chronologie précise ne peut être établie)Du XIIIe au VIIIe siècle avant notre èreLes origines du peuple d'Israël. Des tribus "israélites" sont attestées dans les régions montagneuses de la Palestine à partir du XIIIe siècle av. J.C. On ignore si elles sont arrivées d'ailleurs ou si elles émanent plutôt, comme le pensent certains spécialistes, d'une population rurale qui se serait, peu à peu, affranchie de la tutelle des cités-Etats cananéennes. A la même époque, la Palestine est affectée par l'installation d'un autre groupe éthnique, d'origine égéenne : les Philistins prennent, avec l'assentiment des suzerains égyptiens, le contrôle des cités-Etats dans la plaine côtière. Au Xe siècle se constituent, pour résister à la pression philistine, les royaumes d'Israël (dans le nord) et de Juda (dans le sud). C'est dans ce contexte-là que se situent les épopées de Saül et de David, qui font l'objet de récits sublimes dans les livres de Samuel. L'arrière-plan historique de cette période fondatrice n'est cependant pas facile à reconstituer. Ce n'est d'ailleurs pas autour des dynasties royales que se construit l'identité collective d'Israël, mais autour de deux pôles: la généalogie tribale et la vénération commune du dieu Yhwh.Ainsi, deux légendes, au moins, semblent avoir été en concurrence pour expliquer "l'arrivée" des Israélites en Canaan : la légende de Jacob et de ses fils (Genèse 25-35) et la tradition des Israélites sortis d'Egypte sous la conduite de Moïse (les livres d'Exode à Josué). La tradition de Jacob est typique d'une société tribale qui recourt, pour se définir, au modèle généalogique. Quant à la tradition de Moïse, elle reflète le point de vue des cercles "prophétiques", partisans d'un idéal social et religieux intransigeant. A partir du VIe siècle, lors de la mise en forme du Pentateuque, ces traditions sont combinées, l'une devenant le prologue de l'autre. Il est difficile de se prononcer sur un noyau historique éventuel de ces traditions. 734-626 Période assyrienne.L'expansion (néo-)assyrienne vers l'occident commence au IXe siècle, et en 841 déjà, nous voyons un roi d'Israël (Jéhu) contraint de payer le tribut à Salmanasar III. Le royaume d'Israël est conquis par les Assyriens en deux phases : ses territoires de l'est, du nord et de l'ouest sont amputés par Tiglath-Pileser III en 734, alors que Samarie, la capitale, succombe avec le reste du royaume au siège de Sargon II en 722. L'ancien royaume est transformé en quatre provinces assyriennes. Des déportations ont lieu, mais une bonne partie de la population israélite reste sur place et continue à vénérer Yhwh. Ils sont les ancêtres lointains de la communauté des samaritains qui, après la scission définitive avec le judaïsme jérusalémite, connaîtront, à l'époque hellénistique et romaine, leur propre diaspora. Quant au royaume de Juda, il subsiste en tant que vassal de l'Assyrie.626-539 Période babylonienneEn 612, Ninive, la capitale de l'Assyrie, est prise par une coalition de Babyloniens et de Mèdes sous la conduite de Nabopolassar. L'empire babylonien succède à l'empire assyrien.En 587, Jérusalem est conquise par Nabuchodonosor (= Nébucadnezar, 605-562). Le Temple est détruit, et c'est la fin du royaume de Juda. Une partie des élites judéennes sont déportées en Babylonie. Les débuts du judaïsme. Ce n'est qu'à partir de la fin de l'histoire "nationale" des royaumes que l'on assiste à la naissance de ce qu'on peut appeler la religion juive et à l'émergence du judaïsme antique. 539-333 Période perse En 539, Babylone est prise par Cyrus, roi de Perse (551-529). L'empire perse succède à l'empire babylonien. Les déportés sont autorisés à rentrer dans leur pays, et la Judée, réduite dans son extension territoriale, devient une province perse. Comme d'autres provinces, la Judée est encouragée à cultiver son autonomie culturelle et religieuse, et c'est sous l'influence des Juifs rentrés de l'exil - qui s'imposent face à ceux qui étaient restés dans le pays - que se crée une communauté de type quasi théocratique, communauté dont le Temple de Jérusalem, reconstruit entre 520 et 515, constitue le centre national et bientôt international. Une partie des déportés juifs choisissent cependant de rester en Mésopotamie, formant ainsi la première diaspora juive. Tout au long de l'époque perse, mais plus encore à l'époque hellénistique, d'autres communautés juives se forment dans la diaspora, notamment en Egypte (en Haute-Egypte dès la fin du VIe siècle), en Palestine même (plaine côtière, Galilée) et finalement sur tout le pourtour de la Méditerranée. Dans le Delta égyptien, des colonies grecques et, probablement, juives sont présentes bien avant l'arrivée d'Alexandre. 332-63 av. J.-C. Période hellénistiqueDans le cadre de la conquête macédonienne de l'Orient, la Palestine est prise par Alexandre le Grand en 332. Au début, le changement de régime n'affecte guère les Juifs, que ce soit en Judée ou dans la diaspora, en dépit de la rivalité qui oppose les successeurs d'Alexandre, notamment les Lagides (ou Ptolémées) en Egypte et les Séleucides en Syrie. Le IIIe siècle, pendant lequel la Palestine est contrôlée par les Ptolémées, correspond à l'ère des premiers contacts "philosophiques" entre Juifs et Grecs, et une curiosité mutuelle, quoique discrète, précède les affrontements hostiles qui se produiront souvent à partir du milieu du IIe s. av. J.-C. Les Juifs d'Egypte adoptent la langue grecque. Vers 280 av. J.-C., sous l'influence de Ptolémée II Philadelphe (283-246), la Tora est traduite en grec.En 200, à la suite de la bataille de Panion, la Palestine passe sous la domination de la dynastie séleucide, alors que déjà se profile à l'horizon la puissance romaine. Les initiatives politiques toujours fluctuantes et les fortunes changeantes d'Antiochos IV Epiphane, liées aux dissensions internes à la communauté juive de Jérusalem - aristocratie sacerdotale opposée au petit peuple, parti pro-séleucide opposé au parti pro-ptolémaïque, observance traditionnelle de la Tora confrontée au mode de vie hellénistique - tout cela conduit à un conflit majeur. En 167, Antiochos impose la transformation de Jérusalem en une polis grecque, ce qui provoque dès l'année suivante la révolte dite des Maccabées. Grâce aux frères Maccabées, puis à la dynastie hasmonéenne à laquelle ils donnent naissance, la Judée redevient, pour près d'un siècle, un Etat quasi indépendant et une puissance régionale, l'apogée se situant sous le règne de Jean Hyrcan (135-104 av. J.-C.). 63 av. J.-C. à 395 ap. J.-C. Période romaine (d'Occident)La domination romaine effective sur la Palestine commence avec la conquête de Pompée en 63 av. J.-C. Les derniers Hasmonéens sont supplantés bientôt par la famille des Hérodiens, des Iduméens convertis au judaïsme et qui sont soutenus par Rome. Hérode le Grand (40-4 av. J.-C) prend Jérusalem en 37 av. J.-C. Bien qu'il confère au Temple les dimensions monumentales que l'on perçoit encore dans le Mur des lamentations (mur d'enceinte occidental), Hérode est détesté par les Juifs traditionnels. A l'aube de l'ère chrétienne, le judaïsme palestinien se divise en quatre grandes tendances : les Sadducéens, qui représentent l'aristocratie sacerdotale liée au Temple de Jérusalem, les Pharisiens, dont la piété est axée sur la Tora, les "Esséniens", dissidents du judaïsme "officiel", qui fondent des fratermités quasi monastiques dans le désert de Juda (Qumrân), et les zélotes, mouvement de résistance armée contre le pouvoir romain.Les révoltes juives contre le pouvoir romain sont sévèrement réprimées. En Palestine, la révolte de l'an 70 ap. J.-C. conduit à la destruction du Temple par Titus (sous l'empereur Vespasien), et celle de 135 se solde par l'interdiction de Jérusalem et de la Judée aux Juifs. Le judaïsme galiléen, qui n'a pas pris part à la révolte, survit. En Mésopotamie, en Cyrénaïque et en Egypte, une révolte juive éclate entre 115 et 117 ap. J.-C.: elle est décrite par les auteurs romains comme une guerre civile menée par les Juifs contre leurs voisins hellénistiques. Cette révolte est réprimée par l'empereur Trajan. Elle se traduit par la fin du judaïsme hellénistique en Egypte. Après la destruction du Temple de Jérusalem en l'an 70 ap. J.-C., c'est la tendance pharisienne qui s'impose et qui, jusque vers la fin du 2e siècle (date de la mise par écrit de la Mishna) va donner corps au judaïsme dit "rabbinique" (de rabbî, "maître", "enseignant"). A l'exception de la communauté samaritaine (quelques centaines de survivants aujourd'hui) et de la communauté karaïte (un mouvement de type "protestant" renouant, au IXe siècle ap. J.-C., avec les traditions esséniennes, quelques milliers de survivants), le judaïsme d'aujourd'hui se rattache tout entier à la souche rabbinique. Les ramifications "ethniques" (par exemple, ashkenazes et sepharades) et les quelques dissidences "théologiques" (notamment les courants "libéral" et "conservateur" du judaïsme américain) se situent toutes en aval de la constitution du judaïsme rabbinique. |