Dans la rue comme dans la rue
(texte inspiré d’un court-métrage projeté dans le cadre du festival Histoire & Cité 2024.
L’image proposée ici est une photo d’illustration ; nous vous vous laissons libres d’imaginer la photographie originale.)
Anna Terzyan
À la guerre comme à la guerre. Que c’est indigne d’être bruyant dans la rue. Que c’est lâche d’être silencieux. Le monde des pas courts et tressaillants, qui se suivent, se ressemblent et s’enchaînent dans un traîneau tiré par une entité collectivement cruelle. Cet âge d’or de la jeunesse, consumé par ce même désir de dominer, de se conformer, de suivre et de guider, de vaincre tout en étant, cependant, si facilement convaincue. Cet âge du délire, de l’esprit léger, de l’indépendance dépendante et guidée, qui n’écoute personne et n’agit pas sans l’approbation d’autrui. C’est cet âge qu’on a quand on se frôle et se fracasse. C’est cet âge qu’on a lorsqu’on rit et se moque, cet âge de l’innocence méchante, de la vivacité́ paralysante, de la compréhension et de la confusion. C’est là enfin, à cet âge-là que je veux placer le curseur de cet imaginaire quotidien, si commun, si unique. Cet imaginaire de la guerre face au monde. Cette cruauté qui anime notre pensées encore si libre et pas encore assez libérée. Voyez-vous cette vision-là que nous avions et aurons, que nous vivons et vivrons, cette vision enfin, à laquelle je veux venir, de cet âge-là, de ce jour-là, dans cette rue-là, vous la voyez ? Ce jour-là où on brûle d’une envie de prouver. De se prouver, de prouver à autrui, enfin d’apporter une preuve face à cette rue. Cette preuve intangible, inébranlable, ineffaçable, urgente, d’une importance capitale, éparpillée dans tout notre être, cette preuve enfin, cette preuve de victoire.

Photo : © ThomasHa73
Que se passe-t-il dans la rue ?
Imaginés dans le cadre du Festival Histoire et Cité 2024, les textes de cette rubrique ont été inspirés par des images tirées de courts-métrages qui montrent la rue, dans sa diversité. Mêlant travail sur le regard et sur l’énonciation, ces textes ont pour certains été lus en public lors du Festival.
Jungle urbaine
Oscar Guerra
Dans la rue comme dans la rue
Anna Terzyan
