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RESULTATS DE LA PREMIERE
MISSION DE TERRAIN DU LASAR



Méthode



   Le travail d'enquête a été réalisé en Bélarus en décembre 1997 (20 jours) dans l'oblast de Mogilov, plus précisément dans les districts de Kostiokovitchi et de Krasnapolié. Compte tenu du type d'information désiré, le matériel d'enquête a été recueilli sur la base d'une approche qualitative, par l'intermédiaire d'entretiens semi-directifs menés auprès d'un échantillon aléatoire de la population du district retenu. En outre, des documents audiovisuels ont été récoltés (3 heures de rushes), ceci dans le but de réaliser un film. L'échantillon était composé d'une centaine d'individus, dont 69 ont été interrogés individuellement. Les personnes interrogées ont été sélectionnées en fonction de critères géographiques prenant en compte différents facteurs pertinents.


 

Personnes
ressource

Habitants
Total

  15-40 Ci. et plus

0
12
12

  1-15 Ci.

6
15
21

  "propre"

20
16
36

Distribution des entretiens individuels réalisés selon les zones et la population.



Résultats scientifiques

    La protection repose donc essentiellement sur le contrôle de la radioactivité dans les aliments mais aussi dans les pratiques culturales.

   
Rappelons ici que l'objectif central du projet GERIRAD est d'améliorer les dispositifs de gestion post-accidentelle en cas d'accidents majeurs, et plus particulièrement en ce qui concerne les stratégies d'information, de communication et d'éducation des populations concernées en les fondant sur la plus grande " transparence " possible. Concernant plus spécifiquement les populations affectées par la catastrophe de Tchernobyl, il s'agit de contribuer :
    1) à une meilleure compréhension des phénomènes associés à la contamination radioactive,
    2) à une amélioration de leur capacité de choix pour la satisfaction de leurs besoins fondamentaux,
    3) à une meilleure protection face au risque radiologique,
    4) à une amélioration de leur confiance dans les mesures prises en vue de leur protection.

    Ce sont ces objectifs qui ont déterminé le choix réalisé par l'équipe de terrain quant à reformuler la problématique adoptée afin de rendre compte des entretiens réalisés en Bélarus. Ce choix conditionne lui-même la distinction opérée entre les deux tendances fondamentales et contradictoires qui structurent la vie en territoire contaminé et qui donnent lieu ici à deux parties distinctes. La première est signifiée par l'appellation " gestion du risque radiologique ", la seconde renvoie à l'aspiration évoquée plus haut d'un retour à la normalité. Les raisons qui ont motivé cette décision, pour une part arbitraire, nécessitent d'être rapidement explicitées.

    Plutôt que de chercher à sérier les différents types d'attitudes et représentations suscités par la confrontation au risque, il a été jugé préférable de dégager ce qui, dans les propos des interviewés, était susceptible de favoriser les comportements les mieux adaptés aux exigences de la gestion du risque radiologique d'une part, et les pratiques et représentations qui semblent s'opposer à l'adoption d'une attitude inspirée par le principe de précaution d'autre part.

    Chaque situation individuelle constitue un cas particulier par rapport au risque et l'approche proposée ici n'entend pas gommer la multiplicité des situations rencontrées pour les faire correspondre avec une catégorisation simpliste et manichéenne. Il semble au contraire qu'une amélioration des dispositifs de gestion du risque nécessite que soit prise en compte la diversité des acteurs concernés, ce qui implique aussi leur décentralisation. Toutefois, les actions à entreprendre en vue d'améliorer la protection radiologique et les conditions de vie dans les territoires contaminés, du fait même qu'elles ne peuvent reposer que sur une implication la plus importante possible de la population, doivent s'appuyer sur les connaissances, croyances, attitudes et pratiques actuelles de celle-ci.


    L'analyse des entretiens réalisés auprès de la population du district de Kostiokovitchi révèle la contradiction profonde et l'ambivalence attachées à la vie dans les territoires contaminés.

    En effet, la présence durable de la contamination radioactive dans une large partie du district confronte les habitants à un risque résiduel et persistant. Ainsi, dans les zones les plus contaminées, l'absence de mesures de radioprotection entraîne une exposition des résidants supérieure à celle définie pour le public par les normes internationales en situation non accidentelle. Dans ces conditions, et compte-tenu de l'incertitude qui caractérise l'évaluation des effets stochastiques liés aux faibles doses, des mesures de protection radiologique s'imposent. Dans les zones moins contaminées où l'exposition estimée peut être inférieure aux normes internationales, des actions de réduction du risque sont toutefois envisagées par les autorités et ces territoires font l'objet d'un " contrôle radiologique périodique ".

    Comme la plupart des recommandations formulées par les autorités est liée aux activités agricoles et de loisirs (promenades en forêts, cueillette des baies et champignons, pêche, baignades...) et s'exprime essentiellement sous la forme de prescriptions négatives, chacun des habitants du district (que sa résidence se situe en zone contaminée ou non) se trouve concerné à des degrés divers par les contre-mesures. Bien que les comportements adoptés vis-à-vis du risque radiologique soient très variables selon les individus et dépendent de nombreux facteurs qui seront détaillés ultérieurement, tous doivent " composer " avec cette réalité objective que constitue la contamination de l'environnement et de certains produits destinés à l'alimentation.

    Le caractère permanent, tout au moins à l'échelle d'une génération, de la contamination et la difficulté éprouvée tant par les " scientifiques " que par la population à identifier précisément ses effets sur la santé, effets qui semblent aujourd'hui moins redoutés qu'ils ne l'ont été il y a quelques années, contribuent à atténuer la vigilance de personnes qui disent s'être habituées, sinon physiquement en raison d'une " immunisation " de leur organisme, du moins psychologiquement en raison même de la durabilité de la situation radiologique due à l'accident. Encore une fois, cette " accoutumance " à la contamination ne doit pas laisser penser que ces personnes se sont habituées aux contre-mesures et qu'elles ont pris leur parti des nombreuses interdictions ou limitations qui pèsent encore maintenant sur la vie en zone contaminée. Elle a tendance au contraire à favoriser le développement de comportements qui ne relèvent pas d'une attitude précautionneuse, la contamination n'étant plus forcément l'objet d'une attention toujours renouvelée.

    Enfin, et il s'agit là d'un point essentiel dont découle la contradiction majeure à laquelle sont confrontés les habitants des territoires contaminés, les dispositifs publics de gestion post-accidentelle mis en place après l'accident de Tchernobyl ont visé, au moins dans le registre symbolique, la " liquidation " des conséquences de la catastrophe, le retour à une situation normale, c'est-à-dire telle qu'elle était avant qu'il ne survienne. Au niveau pratique, il existe actuellement une volonté politique de réhabilitation des territoires contaminés qui rejoint le désir d'une partie de la population de vivre " normalement ", comme avant. Cette volonté politique, en ce qu'elle vise essentiellement le redéploiement de l'activité économique et le redémarrage de la production agricole, conduit à une relativisation de la problématique de radioprotection qui peut s'avérer dommageable à long terme. Plus de dix ans se sont désormais écoulés depuis l'accident, six depuis les premiers programmes nationaux mis en place pour indemniser et protéger les personnes vivant dans les territoires affectés par l'accident, et cette période semble à certains une phase de " transition " suffisamment longue d'efforts et de sacrifices consentis pour retrouver aujourd'hui des conditions de vie moins contraignantes sur le plan de la protection radiologique. Aussi le retour à la normale s'apparente-t-il dans certains cas à l'absence de mesures visant à réduire le risque.


Référence WWW sur le LASAR




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18.2.99