Sur la perception syncrétique (1925) a

Les observations et les remarques de M. Delaunay sont tout à fait intéressantes et apportent au débat des arguments nouveaux. J’aimerais, pour ma part, commenter en quelques mots l’exemple du mot maïs, à propos duquel M. Delaunay me fait l’honneur de discuter les lignes que j’ai pu écrire sur le syncrétisme enfantin.

Les faits cités par M. Delaunay montrent très nettement que l’enfant perçoit à la fois des schémas globaux et certains détails marquants, comme précisément le tréma du mot maïs (ce qui rend ce mot immédiatement reconnaissable à l’enfant). Mais est-ce une raison, pour supposer, comme le fait M. Delaunay, deux temps dans la perception : 1° une vision du détail : 2° un décentrement sur le schéma global ? L’hypothèse ne me paraît pas nécessaire, quoique peut-être juste dans bien des cas. En effet, ce qu’il faut dire, c’est que la perception d’ensemble et la vision de certains détails marquants (à l’exception des autres) sont corrélatives ; c’est parce que la perception est globale que certains détails ressortent mieux que d’autres, et c’est parce que les détails ne sont pas tous mis sur le même plan que la vision est globale. Par exemple, lorsque nous regardons une page imprimée, nous ne voyons pas de figure d’ensemble à la page, parce que nous voyons une multiplicité de mots plus ou moins distinctement. Au contraire, si nous clignons des yeux, nous voyons : 1° certains détails ressortir : 2° un schéma d’ensemble de la page. Et ces deux visions sont simultanées.

M. Cramaussel ne me paraît pas avoir aperçu cette corrélation lorsqu’il conteste l’existence du syncrétisme au nom de ce fait que les enfants retiennent surtout quelques détails d’un tableau et pas l’ensemble.

Quoi qu’il en soit, cette discussion possible de l’hypothèse de M. Delaunay n’enlève rien à l’intérêt de sa communication et il faut l’engager vivement à poursuivre ces recherches et à en donner un exposé systématique, qui sera profitable à chacun 1.