Rapport du directeur à la sixième réunion du Conseil. Le Bureau international d’éducation en 1934-1935 (1935) a

Première partie
Questions administratives

I. — Membres du Bureau

Poursuivant son développement organique continu, le Bureau a enregistré cette année, comme durant les exercices précédents, l’adhésion de deux nouveaux membres : le ministère de l’Instruction publique de l’Iran et le gouvernement italien.

Ces événements, survenus pendant une période économique aussi difficile, montrent que les progrès du Bureau sur le terrain de la collaboration technique avec les ministères de l’Instruction publique s’accompagnent d’un mouvement parallèle dans le recrutement des gouvernements membres.

Il y a là un grand encouragement. Il est à peine besoin de souligner, en effet, l’importance de ces deux adhésions pour l’avenir de notre institution.

Avec l’adhésion de l’Iran, c’est un nouveau continent qui participe à la vie du Bureau et qui est représenté par les descendants de l’une des plus vieilles civilisations du monde, par ce peuple de la Perse qui a connu la sagesse à une époque où, sur le point de la terre où se réunit aujourd’hui notre conseil, ne vivaient que des barbares, insouciants de toute culture et de toute éducation. Nos relations avec le gouvernement de l’Iran datent de plusieurs années. En 1931 déjà, S. E. M. Hekmat, actuellement ministre de l’Instruction publique, nous faisait l’honneur de participer au cours normal que nous donnions alors sur l’enseignement des buts et de l’œuvre de la Société des Nations. À cette occasion, il a vu de près notre travail et étudié personnellement nos méthodes ; il a compris nos ambitions et, depuis, il a suivi fidèlement nos efforts. L’an dernier, à la IIIe Conférence de l’instruction publique, le gouvernement persan était représenté par S. E. M. Foroughi Khan, délégué permanent de l’Iran auprès de la Société des Nations ; chacun se rappelle encore les émouvantes paroles qu’il a prononcées sur la collaboration nécessaire de l’Orient et de l’Occident. Or, c’est précisément cette grande idée de la collaboration entre la culture et l’éducation orientales et les mouvements spirituels des autres continents qui a poussé le ministère de l’Instruction publique de l’Iran à nous envoyer son adhésion de membre, laquelle a été enregistrée par le comité exécutif du Bureau international d’éducation, lors de sa XVe réunion. MM. Ali Asghar Khan Hekmat, S. Mostapha Khan Adle et Mohammed Ali Khan Djemalzade ont été désignés comme représentants du ministère à notre conseil. Nous nous félicitons de cet enrichissement, qui nous permettra non seulement d’entendre une voix de l’Orient dans les séances de nos organes directeurs, mais de faire connaître au monde pédagogique les résultats obtenus par les éducateurs de l’Iran au cours des expériences si intéressantes qu’ils tentent aujourd’hui.

Quant au gouvernement de l’Italie, son adhésion revêt, il va de soi, une importance exceptionnelle du fait de la grandeur de la culture italienne et de son rôle éminent dans la civilisation. Dès le début des mouvements de collaboration internationale en matière de sciences et de lettres, l’Italie est devenue, parmi les membres de la Société des Nations, l’un des pays les plus dévoués à l’idée de coopération intellectuelle. Elle a étendu en particulier son intérêt aux questions pédagogiques internationales, en fondant l’Institut international du cinématographe éducatif de Rome. Il était donc naturel que le gouvernement italien s’intéressât à l’activité du Bureau international d’éducation et entrât en liaison de plus en plus étroite avec nous. Le contact a commencé par des échanges purement techniques avec l’Institut international du cinématographe éducatif. Il s’est poursuivi par une collaboration avec l’Opera Montessori de Rome, avec l’illustre éducatrice, tout d’abord — et chacun se rappelle la visite qu’elle nous fit à Genève en 1932 —, avec le prof. Castelli et ensuite avec l’actuel président de l’Opera Montessori, S. E. M. Pietro Parini. Enfin, dès 1933, le gouvernement italien a désigné à notre conseil, à titre d’observateur, et à la Conférence de l’instruction publique, à titre de délégué, M. l’inspecteur général Bruno Vignola, dont il est inutile de rappeler la participation si active à nos travaux. Aujourd’hui, l’adhésion du gouvernement de l’Italie est devenue officielle et nous sommes heureux de saluer à la table de notre conseil ses représentants et spécialement l’un des anciens ministres de l’Éducation nationale, S. E. M. Balbino Giuliano. Nous ne doutons pas que, grâce à leur collaboration, nous serons toujours mieux renseignés sur les mouvements pédagogiques si caractéristiques de l’Italie contemporaine.

Suivant la règle que nous nous sommes assignée dans ces rapports, nous ne dirons rien ici des adhésions nouvelles que nous espérons prochaines. Qu’il nous soit seulement permis de signaler que nous avons des tractations en cours avec quelques nouveaux pays. Or, de même que les espoirs de l’an dernier sont devenus des faits accomplis, de même nous croyons fermement que ceux de cette année se réaliseront prochainement. Il va de soi, en effet, que les adhésions s’entraînent les unes les autres et c’est pour nous l’occasion de remercier une fois de plus les membres fondateurs du Bureau qui ont osé, en plein inconnu, faire confiance à l’œuvre de collaboration internationale en matière d’éducation.

II. — Finances

Le Bureau ne peut pas ne pas ressentir plus ou moins directement le contrecoup des circonstances difficiles que traverse le monde. Sans qu’il ait eu à restreindre ses activités, comme cela a été le cas pour d’autres institutions, le Bureau international d’éducation s’est vu empêché de donner à son œuvre le rythme accéléré qu’il aurait voulu.

Par son activité, le Bureau a démontré sans aucun doute son droit à l’existence. Nous sommes certains que tous les ministères de l’Instruction publique se rendent compte aujourd’hui de l’utilité de notre institution : ce ne sont donc que les circonstances économiques qui les empêchent de faire vers nous ce pas que nous souhaitons.

Nous ne pouvons qu’être extrêmement reconnaissants à tous les ministères de l’Instruction publique, membres du Bureau, qui ont continué à nous prêter cette année leur concours financier.

Nous voudrions faire une mention spéciale de l’aide morale et matérielle que nous avons trouvée auprès de la commission du comité Nobel qui a alloué une somme de 4000 couronnes norvégiennes aux études de littérature enfantine entreprises par le Bureau. Nous sommes sûrs que le conseil unanime se joindra à nous pour exprimer au comité Nobel notre vive gratitude.

III. — Relations avec les pays membres

En réponse à l’appui dévoué qu’il a trouvé auprès des ministères de l’Instruction publique et des gouvernements qui font partie du Bureau, celui-ci s’est efforcé de leur être utile dans les différents domaines de l’éducation. Nous ne signalerons pas les nombreuses informations que nous avons fournies aux autorités scolaires des pays membres, nous nous bornerons à mentionner les travaux de plus grande envergure qui nous ont été demandés par ces pays. Comme vous le savez, la IVe Conférence internationale de l’instruction publique s’est occupée du problème de la formation professionnelle du personnel enseignant primaire. C’est le délégué de la Colombie qui nous avait demandé d’entreprendre ce travail, cette question intéressant particulièrement son pays.

Je n’ai pas à vous rappeler que les deux autres points qui figurent à l’ordre du jour de la IVe Conférence, c’est-à-dire la formation professionnelle du personnel enseignant secondaire et les conseils de l’Instruction publique, correspondent à des enquêtes demandées respectivement par deux autres membres du Bureau, la Pologne et la Tchécoslovaquie.

À la demande du ministère de l’Instruction publique de la Belgique, le Bureau international d’éducation va entreprendre aussi une enquête sur l’enseignement spécial. Personne n’ignore que l’éducation des enfants sourds, aveugles et déficients mentaux a atteint en Belgique un grand développement et je ne fais pas allusion seulement aux aspects d’organisation matérielle de cet enseignement, mais surtout à ses développements méthodologiques. Nous sommes donc certains que l’étude demandée par la Belgique sera utile non seulement à ce pays, mais aux autres ministères de l’Instruction publique.

Le gouvernement de l’Équateur nous a chargés, de son côté, d’une enquête sur les programmes de l’enseignement secondaire. Chacun sait l’importance croissante de cette question. Elle est tellement vaste et complexe qu’il se peut que le Bureau lui consacre plusieurs études.

Le Bureau est heureux de pouvoir répondre ainsi aux espoirs qu’ont mis en lui les gouvernements qui l’ont fondé et ceux des autres pays qui se sont associés aux efforts des fondateurs. Le Bureau est leur œuvre. Il ne demande qu’à les servir toujours davantage.

IV. — Relations avec les ministères de l’Instruction publique des pays non membres

Il suffit de consulter la table des matières de l’un des rapports rédigés par les services du Bureau pour se rendre compte que, du point de vue technique, le Bureau a atteint l’universalité.

En effet, pour les enquêtes sur les conseils scolaires et sur la préparation professionnelle du personnel enseignant secondaire, nous avons réuni 51 réponses. Quant à l’enquête sur la formation professionnelle du personnel enseignant primaire, nous avons battu notre propre record puisque, malgré la rapidité avec laquelle cette enquête a dû être menée, 62 pays ont tenu à nous communiquer leur documentation sur ce problème.

Vous vous souvenez que, l’année dernière, 37 gouvernements avaient envoyé des délégués et avaient pris, par conséquent, une part active aux travaux de notre conférence. Ce chiffre est cette année de 42.

Nous avions craint, au début de notre activité, qu’étant donné le travail qui pèse très souvent sur les services techniques des ministères de l’Instruction publique, ceux-ci ne pourraient, malgré leur bonne volonté, répondre aux incessantes demandes de documentation que leur adresse le Bureau. Nous nous sommes heureusement trompés. Non seulement le nombre des ministères de l’Instruction publique qui répondent à nos enquêtes est chaque fois plus élevé, mais l’étendue de leurs réponses démontre tout l’intérêt qu’ils portent à notre institution. Si nous nous rappelons que cette collaboration technique n’existe que depuis quatre ans, nous pouvons, je crois, envisager avec optimisme l’œuvre de collaboration internationale dans le domaine de l’Instruction publique. Nous remercions vivement, une fois de plus, tous les ministères de l’Instruction publique et surtout leurs services techniques et leurs sections d’information, de nous avoir fourni toute la documentation voulue et d’avoir répondu à tous les questionnaires que le Bureau leur a envoyés.

V. — Relations avec les institutions internationales

Durant l’année écoulée, nos relations avec la Société des Nations et spécialement avec l’Organisation de coopération intellectuelle se sont intensifiées de manière réjouissante.

Au cours de la XVe Assemblée de la Société des Nations, en septembre 1934, MM. Motta, premier délégué de la Suisse, Nieto Caballero, délégué de la Colombie et Casares, délégué de l’Espagne, ont en effet signalé à la sixième commission l’effort du Bureau international d’éducation et le succès de la IIIe Conférence internationale de l’instruction publique. « Le Bureau, a dit entre autres M. Motta, a pris l’initiative d’une conférence pédagogique qui a eu lieu cette année. Le Conseil fédéral suisse a assumé en quelque sorte la responsabilité de cette conférence, puisqu’il a transmis les invitations par la voie diplomatique. Quarante États y ont participé. Les travaux se sont déroulés dans une atmosphère de haut intérêt scientifique. Je voudrais ici exprimer simplement ce vœu : que l’Institut de Paris veuille bien dans sa haute sagesse chercher les moyens d’établir entre lui et le Bureau de Genève une collaboration harmonieuse et bienfaisante. »

À la suite de ces interventions, le comité exécutif de l’Organisation de coopération intellectuelle a adopté, dans sa XIVe session, à Paris, en décembre 1934, sur la proposition de M. Gonzague de Reynold, la résolution suivante :

« Le comité exécutif a pris connaissance de la lettre adressée, en date du 22 novembre, par M. de Reynold au professeur Murray, au sujet de la collaboration du Bureau international d’éducation avec l’Organisation de coopération intellectuelle ;

« Accueille très favorablement cette proposition,

« Et pose, en principe, qu’une collaboration est tout à fait désirable.

« Charge, par conséquent, le secrétaire de l’Organisation et le directeur de l’Institut de s’entendre avec le directeur du Bureau international d’éducation pour assurer cette collaboration dans tous les cas concrets où elle pourrait s’établir. »

En réponse à cette invitation, le comité exécutif du Bureau international d’éducation a pris à son tour, dans sa XIVe réunion (janvier 1935), une résolution répondant exactement au vœu de l’Organisation de coopération intellectuelle :

« Le comité exécutif

« Prend acte avec une grande satisfaction de la résolution prise par le comité exécutif de l’Organisation internationale de coopération intellectuelle, lors de sa XIVe réunion, concernant la collaboration entre cette Organisation et le Bureau international d’éducation ;

« Charge le directeur du Bureau de s’entendre avec le secrétaire de l’Organisation et avec le directeur de l’Institut de coopération intellectuelle en vue d’assurer cette collaboration dans tous les cas concrets où elle pourrait s’établir ;

« Décide de communiquer régulièrement les publications et les rapports annuels du Bureau au directeur de l’Institut de coopération intellectuelle, au secrétaire de l’Organisation de coopération intellectuelle et au secrétaire général de la Société des Nations. »

Depuis lors, le directeur du Bureau a été convié à s’associer aux travaux de l’un des rouages de l’organisation de Coopération intellectuelle, le Comité consultatif pour l’enseignement de la Société des Nations. Or, ce comité, réuni les 10 et 11 juillet derniers, a adopté une résolution confiant au Bureau international d’éducation le soin d’entreprendre des consultations en vue d’une étude sur l’enseignement des langues vivantes dans ses rapports avec celui des relations internationales.

D’autre part, le comité de liaison avec le Bureau international du travail a étudié le problème de la prolongation de la scolarité en relation avec le chômage des jeunes gens. À la demande du comité exécutif du Bureau, le président de la XIXe Conférence internationale du travail a fait insérer dans le compte rendu provisoire de la conférence le texte de la recommandation prise par la IIIe Conférence internationale de l’instruction publique sur la scolarité obligatoire et sa prolongation. Du reste, le rapport gris-bleu le résumait déjà et faisait de fréquentes allusions aux résultats de l’enquête entreprise par le Bureau sur la prolongation de la scolarité. Nous tenons à signaler aussi la participation à la Conférence internationale de l’instruction publique, l’année dernière, du sous-directeur du Bureau international du travail, M. Maurette, président du comité de liaison avec le BIT.

Qu’il nous soit permis d’exprimer ici notre reconnaissance au secrétariat de la Société des Nations, au Bureau international du travail et à l’Institut de coopération intellectuelle, lesquels ont bien voulu se faire représenter par des observateurs à la IVe Conférence internationale de l’instruction publique, donnant ainsi une nouvelle preuve de l’intérêt qu’ils portent à notre institution.

Deuxième partie
Recherches

I. — Éducation intellectuelle

Les recherches sur le « travail par équipes », commencées il y a plusieurs années déjà, mais que la rédaction des autres travaux du Bureau a retardées sans cesse, viennent enfin d’aboutir à une publication. Dans de nombreux pays, des essais fort intéressants ont été tentés à ce sujet, surtout depuis 1920. Ils ont consisté à faire travailler les enfants en groupes et non plus individuellement et à utiliser la collaboration des écoliers entre eux à propos de toutes les branches du programme. Or aucune comparaison des résultats n’avait été publiée ni aucune mise au point de l’ensemble de la question. Grâce aux nombreux correspondants atteints par nos questionnaires, nous avons pu dresser ce tableau méthodique. Une description aussi fidèle que possible des expériences faites, de la morphologie et du fonctionnement des groupes de travail et une étude comparée des résultats obtenus en ce qui concerne le développement de l’intelligence et la préparation scolaire, tel est le bilan de notre effort. La publication du Bureau sur ce problème controversé, enrichie d’une contribution de deux des principaux protagonistes de la méthode du travail par équipes, le prof. Petersen d’Iéna et l’inspecteur Cousinet de Paris, sera certainement utile aux éducateurs. Elle aidera à résoudre cette question fondamentale de l’éducation intellectuelle, de savoir si la coopération des individus est favorable ou nuisible à la formation de la raison et à l’acquisition normale des connaissances.

D’autre part, les résultats de l’enquête sur l’enseignement de la psychologie dans les écoles normales, qui a déjà donné lieu à une publication succincte dans le Bulletin du Bureau, ont été révisés, de manière à tenir compte des progrès accomplis depuis lors, et l’enquête a été étendue à la préparation psychologique des maîtres secondaires aussi bien que primaires. Une publication s’efforcera de mettre au point cette importante question.

II. — Éducation morale

L’enquête sur le self-government, qui avait été conduite parallèlement à celle dont nous venons de parler sur le travail par équipes, a abouti elle aussi cette année à la publication d’un ouvrage mettant au point l’état actuel de la question. Le recours à la collaboration spontanée des écoliers était mieux connu sur le terrain moral, sous le nom de self-government, que sur le terrain intellectuel. Cependant, comme il arrive des méthodes qui ont eu une grande vogue à un moment donné et dont on ne parle plus guère dans les périodes subséquentes, les résultats réels et durables de cette technique ont été beaucoup moins analysés que ses premiers succès. Aussi le Bureau s’est-il efforcé, en toute impartialité, de décrire l’aboutissement des diverses expériences de self-government, d’en classer les types morphologiques, d’en suivre le fonctionnement et de relever en fin de compte les avantages et les inconvénients indiqués par les praticiens eux-mêmes. Le volume édité par le Bureau comporte en outre trois annexes, dues à M. A. Zielenczyk, à Mlle A. Kantova et M. M. Colombain, sur le développement historique du self-government en Pologne, l’éducation collective à l’école primaire supérieure expérimentale de Praha-Nusle pendant les années scolaires 1930 à 1932 et le self-government dans les coopératives scolaires en France.

III. — Éducation internationale

La littérature enfantine et la collaboration internationale. — L’enquête sur les périodiques pour la jeunesse est très avancée, et donnera lieu prochainement à une publication du Bureau. Nous avons obtenu jusqu’à ce jour des réponses des 22 pays suivants : Allemagne, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Suède, Suisse, Tchécoslovaquie, Yougoslavie. Le rapport sur cette enquête sera suivi d’une bibliographie indiquant : les périodiques particulièrement recommandés des divers pays, les journaux écrits par des enfants et enfin les articles sur les périodiques pour la jeunesse, qu’il nous paraît particulièrement indiqué de signaler, puisqu’il n’existe encore que très peu d’études sur cette question.

Comme chaque année, nous avons, au début de l’année 1935, demandé aux éditeurs de nous faire parvenir les ouvrages signalés par nos collaborateurs nationaux comme les meilleurs publiés durant l’année écoulée. Nous avons ainsi pu ajouter à notre collection un grand nombre de volumes, dont beaucoup de livres d’images d’une réelle valeur artistique. Les ouvrages reçus nous permettent de constater, d’une façon générale, des progrès remarquables dans le domaine de la littérature enfantine, tant dans le texte que dans la présentation des volumes.

Le service de littérature enfantine a établi sur demande des bibliographies sur des sujets divers, dont voici quelques exemples : listes de livres sur les bibliothèques enfantines (pour des thèses sur ce sujet), les lectures préférées des enfants, les meilleurs périodiques pour la jeunesse dans divers pays, les livres d’images, les ouvrages décrivant au moyen d’une fiction les époques préhistoriques (il existe encore peu de livres de ce genre), les récits, poèmes et journaux écrits par des enfants. Nous avons à maintes reprises été appelés à donner des conseils sur des ouvrages récréatifs pouvant être mis entre les mains d’élèves étudiant une langue étrangère, ce qui soulève une question d’intérêt très général. La traduction ne cesse de susciter de l’intérêt : nous distribuons fréquemment des listes d’ouvrages recommandés à cet égard. Des suggestions ont été faites par nous pour des traductions dans les langues les plus diverses, en Afrikaans par exemple, l’idiome de l’Union sud-africaine. Un fichier international des ouvrages traduits en langues étrangères, commencé il y a quelque temps déjà, a été complété cette année d’une rubrique relative aux titres des ouvrages traduits en anglais et publiés aux États-Unis. Ce catalogue remarquable a été élaboré sous la direction de Miss Ruth Hill de la New York Public Library.

L’enquête psychologique sur les effets de la lecture dans l’esprit des enfants a été poursuivie. Nous avons recueilli des données intéressantes en interrogeant à l’École internationale de Genève des élèves de nationalités différentes (Belgique, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Suisse, Yougoslavie). Miss Olive Gilchrist, assistant professor au Smith College, qui avait rassemblé pour nous, au cours d’investigations portant sur plusieurs années, un matériel très abondant, nous l’a remis récemment. Ces données enrichiront grandement notre rapport.

V. — Organisation et législation scolaires

C’est de nouveau dans ce domaine que le travail de recherches du Bureau a pris cette année son plus grand essor. Pendant l’année 1934-1935, on peut dire que la division des recherches a réalisé un véritable tour de force. Elle a fini, en effet, l’enquête sur les conseils scolaires, enquête qui nous avait été demandée par le gouvernement polonais. Le rapport de cette enquête devait servir de base aux discussions de la IVe Conférence internationale de l’instruction publique. Comme vous avez pu le voir, ce volume contient, outre des données sur l’organisation des conseils de l’Instruction publique dans 50 pays, une étude globale qui porte sur la composition, l’organisation, les attributions et les activités des conseils supérieurs de l’Instruction publique, des conseils régionaux ou provinciaux et des commissions scolaires communales.

La division des recherches a aussi fini dans le courant de l’année l’enquête sur la formation professionnelle du personnel enseignant secondaire, enquête qui nous avait été demandée par le ministère de l’Instruction publique tchécoslovaque. Les résultats de cette enquête ont aussi servi de matière aux discussions de la IVe Conférence internationale de l’instruction publique, et je n’ai pas besoin de vous rappeler toutes les questions qui sont traitées dans l’étude globale qui figure au début de ce rapport.

C’est à notre réunion d’octobre dernier que le comité exécutif décida, à la demande du ministère de l’Instruction publique de Colombie, d’entreprendre une enquête sur la préparation professionnelle du personnel enseignant primaire. Étant donné que beaucoup de pays sont en train de réformer leur enseignement normal, il y avait tout intérêt à accélérer cette enquête, de façon que les ministères de l’Instruction publique puissent être informés en ce moment d’évolution intense de tout ce qui se fait ailleurs. Les résultats obtenus prouvent et l’actualité brûlante de cette question et la sympathie avec laquelle les ministères de l’Instruction publique envisagent les efforts d’information mutuelle réalisés par le Bureau.

En entreprenant cette enquête, le Bureau avait à surmonter un écueil, celui de ne pas faire double emploi avec les travaux similaires réalisés spécialement par des associations d’instituteurs. Le Bureau a paré à ce danger en donnant à son information un caractère purement officiel. Cette publication ne fait donc double emploi avec aucune des autres études déjà parues sur le sujet, mais constitue un heureux complément de tout ce qui avait été fait jusqu’à maintenant dans ce domaine.

La division des recherches a commencé aussi le dépouillement de l’enquête sur la législation régissant les constructions scolaires, enquête qui nous avait été demandée par le ministère de l’Instruction publique de Belgique. À la fin de l’année, le Bureau entreprendra deux nouveaux travaux de recherches, l’un sur les programmes secondaires (demandé par le gouvernement de l’Équateur), l’autre sur l’enseignement spécial (demandé par le ministère de l’Instruction publique de Belgique).

Malgré les moyens plus que limités avec lesquels travaille notre division des recherches, celle-ci est heureuse d’avoir contribué au développement de la pédagogie comparée avec les nouveaux apports que je viens de signaler.

Troisième partie
Information

I. — Renseignements

Correspondance. — Lettres reçues : Troisième trimestre de 1934 : 654 ; quatrième : 913 ; premier trimestre de 1935 : 968 ; deuxième : 1023 ; total, du 1er juillet 1934 au 30 juin 1935 : 3558. — Lettres expédiées : troisième trimestre de 1934 : 829 ; quatrième : 1591 ; premier trimestre de 1935 : 1486 ; deuxième : 1237 ; total, du 1er juillet 1934 au 30 juin 1935 : 5143.

Visites reçues. — Troisième trimestre de 1934 : 249 ; quatrième : 125 ; premier trimestre de 1935 : 56 ; deuxième : 117. Total, du 1er juillet 1934 au 30 juin 1935 : 547.

Renseignements fournis. — Notre collection de bibliographies sur les divers domaines de l’enseignement continue à s’enrichir. Nous constatons toutefois que les demandes de renseignements portent le plus souvent sur un certain nombre de sujets toujours les mêmes : méthodes nouvelles d’éducation, architecture scolaire, éducation des tout-petits, bilinguisme, école unique, etc. Parmi d’autres questions plus spéciales auxquelles nous avons dû répondre cette année, citons l’organisation de l’enseignement mi-secondaire mi-professionnel, les systèmes de promotion et de notation des élèves dans divers pays, le nombre d’heures d’enseignement des langues dans les écoles de la Grande-Bretagne, de la Suisse, de l’Italie et de l’Allemagne, les subventions à l’enseignement privé, la psychologie des anormaux, etc.

Échange de législation scolaire. — Le Bureau a communiqué aux ministères de l’Instruction publique et à la presse pédagogique les textes législatifs énumérés ci-après :

France : Circulaire relative aux examens de passage et à l’admission dans la classe de VIe.

Espagne : Décret concernant le plan d’études secondaires.

Nouvelle-Zélande : Règlement de l’examen pour l’obtention du certificat de fin d’études.

Suisse (Genève) : Organisation des VIes années et réorganisation des VIes.

Indochine : Arrêté sur le certificat d’études élémentaires indigènes.

Italie : Extrait des programmes d’études pour les écoles primaires.

Luxembourg : Arrêté ministériel sur l’examen d’admission en VIIe gymnasiale et en VIe industrielle.

Canada : Loi sur la fréquentation scolaire.

Écosse : Circulaire adressée, le 26 avril 1935, par le département écossais de l’Instruction publique aux parents et aux écoles.

Allemagne : Règlement du Reich concernant les vacances scolaires en Allemagne.

Communiqués à la presse pédagogique. — La grande majorité des revues pédagogiques reproduisent les communiqués de presse que leur envoie régulièrement le Bureau. Grâce à ce service de presse, les innovations pédagogiques sont rapidement diffusées et connues dans les milieux éducatifs. Voici la liste des communiqués de presse envoyés pendant l’année :

La formation des maîtres ruraux en Haïti.

L’enseignement secondaire par correspondance aux États-Unis.

Un cas de prolongation de la scolarité obligatoire en Angleterre.

Le collège populaire américain en Autriche.

Les résultats de la première année à la campagne en Prusse.

Les hautes écoles populaires islandaises.

Fédération suisse pour les vacances et les travaux de loisirs de la jeunesse.

La formation professionnelle du personnel enseignant primaire (questionnaire de l’enquête du Bureau).

Éducation rurale en Angleterre.

IVe Conférence internationale de l’instruction publique.

L’art dramatique, la jeunesse et l’enfance en Angleterre et en France.

L’Institut d’État des travaux manuels à Varsovie.

Le travail individuel dans les lycées suédois.

Cours d’utilisation de la bibliothèque à Halifax (Angleterre).

Recommandations en vue de la réorganisation de l’enseignement dans l’État de Travancore (Inde).

Le matériel pour l’enseignement du latin en France.

Le chĂ´mage de la jeunesse.

II. — Documentation

Collection de revues. — Notre service d’échange avec les revues pédagogiques de tous les pays continue à être très intense, aussi notre collection se développe-t-elle toujours davantage et dépasse-t-elle le chiffre de 500. Nous nous sommes efforcés d’établir des relations personnelles avec les rédacteurs afin qu’ils s’intéressent plus directement à notre activité et qu’ils publient dans leurs colonnes, non seulement nos communiqués de presse et les nouvelles de notre Bulletin, mais aussi les comptes rendus de toutes nos publications.

Fichier documentaire et service bibliographique. — Nous avons signalé l’an dernier notre essai de service bibliographique. Celui-ci a été poursuivi cette année et nous aimons à croire que les éducateurs s’y intéresseront de plus en plus. Notre fichier documentaire s’enrichit chaque année, grâce au dépouillement régulier et systématique des revues dont les langues sont parlées au Bureau.

En ce qui concerne la classification décimale, nous sommes entrés en rapport avec l’Institut international de documentation à La Haye, qui vient de mettre au point une adaptation à la pédagogie du système décimal universel. On sait que le Bureau applique depuis quatre ans un « Plan de classification de la documentation pédagogique », élaboré par un de ses collaborateurs. La question d’unifier ce plan avec l’adaptation de l’Institut de La Haye, qui est considérée comme celle du système dit universel, est à l’étude.

Collection de législation scolaire. — Cette collection (lois et décrets, rapports, statistiques, annuaires, programmes scolaires et autres publications officielles) continue à se développer. Elle comprend aujourd’hui 5000 documents. D’accord avec une décision prise par le comité exécutif, le Bureau entreprendra la publication d’un répertoire de législation scolaire.

III. — Publications

Les publications que le Bureau a fait paraître durant l’année écoulée sont les suivantes :

Bulletin du Bureau international d’éducation (édition française et anglaise) (416 p.).

IIIe Conférence internationale de l’instruction publique (procès-verbaux et résolutions) (180 p.).

Le Bureau international d’éducation en 1933-1934 (Rapport du directeur) (31 p.).

Le Self-Government à l’école (168 p.).

Le Travail par équipes à l’école (230 p.).

La Formation professionnelle du personnel enseignant secondaire (206 p.).

Les Conseils de l’instruction publique (180 p.).

La Formation professionnelle du personnel enseignant primaire (404 p.).

Annuaire international de l’éducation et de l’enseignement, 1935 (540 p.).

Ce qui fait un total de 2355 pages (1728 l’année précédente). C’est là peut-être l’indice le plus évident du développement incessant de l’œuvre du Bureau.

IV. — Propagande

Le Bureau s’est fait représenter à plusieurs congrès internationaux au cours de cette année :

au congrès de la Fédération internationale des associations d’instituteurs, à Prague, du 9 au 11 août, par MM. Heller et Jakiel ;

au Congrès international d’éducation morale, à Cracovie, du 11 au 15 septembre, par Mlles Butts et Weber. Mlle Butts a pris part aux travaux de la commission de l’entente des peuples par la jeunesse et Mlle Weber à ceux de la commission de littérature enfantine. M. Piaget avait envoyé pour le congrès un rapport sur le développement des idées morales chez l’enfant ;

à la Conférence pédagogique internationale de Bilthoven (Hollande), du 23 au 26 avril, où Mlle Gampert a présenté une communication sur l’activité du Bureau concernant en particulier les enquêtes sur le travail par équipes et le self-government ;

au Congrès international des bibliothèques et de bibliographie, à Madrid et Barcelone, du 19 au 30 mai, par Mlle Weber, qui a présenté un rapport sur « La littérature enfantine du point de vue international ». À cette occasion, Mlle Weber a fait, à l’Institut national de psychotechnique à Madrid, une conférence sur l’activité du Bureau dans le domaine de la littérature enfantine et donné un aperçu de l’état actuel de la littérature enfantine dans divers pays.

Le Bureau continue à se faire représenter régulièrement par sa secrétaire générale aux réunions du Comité d’entente des grandes associations internationales qui ont lieu alternativement à l’Institut international de coopération intellectuelle à Paris et au secrétariat de la Société des Nations à Genève.

Durant le mois d’août, Mlle Butts a parlé, à plusieurs écoles d’été, des méthodes pour l’enseignement de la coopération internationale. En automne, Mlle Weber a donné une conférence sur la littérature pour la jeunesse à l’association bernoise des instituteurs, qui avait organisé une exposition d’ouvrages pour la jeunesse ; elle a parlé également à Neuchâtel, sous les auspices de la Société des amis de l’École active, et a fait une causerie sur les livres d’étrennes à Radio-Genève.

En décembre 1934, le directeur du Bureau a donné une conférence sur « Les théories de l’intelligence et de l’adaptation » à la Société de psychologie d’Amsterdam, et trois conférences sur « La pensée scientifique et la pensée de l’enfant » à la Société d’études de l’enfance de La Haye.

En mars 1935, il a parlé à l’Université de Bruxelles de « La Naissance de l’intelligence », à l’Université de Gand, de « La Causalité chez l’enfant », et au Centre national d’Éducation de Bruxelles, de « La Genèse de l’espace chez l’enfant ». En juin, il a donné quatre conférences à l’École normale de Lausanne sur le problème du jeu chez l’enfant.

Conclusion

D’une année à l’autre, l’éducation se transforme dans le monde entier. Sous la pression des événements, non seulement la structure administrative des institutions scolaires, mais encore les programmes et les méthodes sont remaniés et réajustés sans cesse. Jamais, autant que cette année, nous n’avons senti ce devenir des choses humaines et l’impossibilité qu’on éprouve à fixer une fois pour toutes l’évolution en des cadres statiques. L’Annuaire, et les rapports des ministères qu’il cherche à comparer entre eux, nos enquêtes relatives à la formation des maîtres ou à l’organisation scolaire, nos ouvrages de méthodologie comparée, toutes nos publications nous ont conduits à cette même constatation. Plus que jamais, par conséquent, nous croyons à l’utilité d’un organe international d’information et de recherche qui puisse se livrer à des mises au point d’ensemble, à des tableaux périodiques de l’histoire pédagogique contemporaine et aider chacun à utiliser les expériences des autres. Nous avons toujours cru à la nécessité d’un Bureau international d’éducation. Mais, depuis qu’il est véritablement à l’œuvre, nous voyons et nous savons à quels besoins concrets et quotidiens il répond.