Rapport du directeur à la septième réunion du Conseil. Le Bureau international d’éducation en 1935-1936 (1936) a 🔗
Première partie
Questions administrativesđź”—
I. — Membres du Bureau🔗
Il est inutile de nier que la situation internationale de plus en plus grave, qui a assombri le monde pendant ces derniers mois, n’a pu être favorable au recrutement des nouveaux membres pour le Bureau international d’éducation. On comprend aisément, en effet, qu’un gouvernement auquel on demande un nouvel effort pour collaborer à une institution internationale dont il n’est pas encore membre, hésite tout particulièrement à prendre une décision définitive au moment où nul ne connaît l’avenir des relations entre les peuples.
Nous n’en avons eu que plus de satisfaction d’enregistrer cette année une nouvelle collaboration et une collaboration se présentant sous des formes juridiques auxquelles nous n’étions pas habitués jusqu’à ce jour. En effet, les statuts du Bureau international d’éducation reposant sur ce que les juristes appellent un accord interadministratif, la plupart des adhésions se sont faites par une simple décision des gouvernements. Dans le cas de l’Argentine, au contraire, le nouveau pays avec lequel nous entrons en relations officielles, le Parlement lui-même a voté une loi autorisant le ministère de l’Instruction publique à devenir membre du Bureau, et le conseil du Bureau vient de prendre acte de cette adhésion.
Une telle nouvelle ne peut que nous réjouir profondément. Il est superflu, en effet, de souligner la valeur du rôle joué par la République argentine dans le mouvement pédagogique mondial et spécialement dans le mouvement hispano-américain. Par l’importance de son territoire et de sa culture, la République argentine représente beaucoup plus qu’un pays nouveau. Elle nous apparaît comme un symbole des possibilités immenses de cette civilisation et nous sommes fiers de voir ce pays entrer en relations officielles avec notre institution. Au point de vue éducatif, en particulier, la République argentine a su tout à la fois se tenir à la hauteur des innovations les plus récentes dans le domaine de la pédagogie scientifique et faire œuvre de création nationale en adaptant ces idées modernes à sa situation particulière et tout spécialement aux problèmes que pose son vaste territoire.
II. — Finances🔗
Il était inévitable pour une organisation comme la nôtre, née dans les premières années de l’après-guerre, qu’elle eût à connaître, avant d’atteindre son adolescence, les temps durs de la crise et les restrictions économiques. Fort heureusement pour nous, si cette crise nous a empêchés de nous accroître au rythme de nos ambitions, elle ne nous a pas empêchés de vivre et même de grandir.
Les rapports présentés l’année dernière à la Conférence internationale laissent entrevoir une reprise dans les budgets de l’Instruction publique d’un grand nombre de pays.
Nous avons l’espoir que le Bureau international d’éducation bénéficiera de ces circonstances plus favorables et verra partagées entre un plus grand nombre de pays les charges qu’un groupe de peuples pionniers dans le domaine de la collaboration pédagogique internationale supportent vaillamment.
Que ces pays veuillent bien trouver ici l’expression de notre reconnaissance la plus vive. C’est grâce à leur effort et à leur foi que le Bureau a pu réaliser son œuvre à travers ces circonstances difficiles et éprouvantes.
Nous avons signalé l’année dernière l’appui rencontré auprès du comité Nobel pour développer les études de littérature enfantine entreprises par le Bureau. C’est la Fondation Carnegie qui, cette année, a bien voulu nous allouer une subvention. Nous tenons à signaler ici combien nous avons apprécié le geste de la Fondation et combien cet encouragement nous a été précieux.
III. — Relations avec les pays membres🔗
Une de nos préoccupations les plus grandes est de nous associer par nos moyens de recherche et d’information au progrès scolaire des pays membres du Bureau. Et vous comprendrez aisément ce souci, puisque nous nous sentons jusqu’à une certaine limite co-responsables moralement de l’éducation de la population scolaire de tous ces pays dont la population totale se monte à 250 millions environ.
Qu’avons-nous fait pour ces pays ? Toutes nos enquêtes ont été réalisées pour répondre à un besoin de documentation ressenti par l’un ou par l’autre d’entre eux. Tel est le cas pour les études sur la situation de la femme mariée dans l’enseignement, le travail et les congés scolaires, la scolarité obligatoire et sa prolongation, l’admission aux écoles secondaires, les conseils de l’instruction publique, la formation professionnelle du personnel enseignant primaire, la formation professionnelle du personnel enseignant secondaire, la législation régissant les constructions scolaires, l’organisation de l’enseignement spécial, l’organisation de l’enseignement rural, etc.
Ces trois dernières enquêtes, réalisées cette année, répondent à des demandes formulées par les représentants de la Belgique et de l’Équateur.
Mais le Bureau ne se limite pas à documenter ces administrations scolaires. Il s’efforce, à travers les communiqués législatifs et les communiqués de presse, de faire connaître au monde pédagogique les innovations pédagogiques les plus saillantes réalisées par les administrations scolaires des pays membres.
Nous espérons que l’année 1936-1937 verra la réalisation de plusieurs projets qui permettront de donner un nouveau développement aux services rendus par le Bureau aux pays qui ont signé notre statut.
IV. — Relations avec les ministères de l’Instruction publique des pays non membres🔗
Il est aisé de comprendre que, sur le terrain des rapports pédagogiques internationaux, où tout est à faire, il a fallu un certain temps pour établir des relations suivies entre les administrations scolaires nationales et le Bureau international d’éducation. Mais aujourd’hui, la voie est ouverte et ces relations sont constituées et se développent chaque jour davantage.
Comme nous le disions déjà dans un rapport précédent, le Bureau international d’éducation a atteint, du point de vue technique, son universalité.
Avec la plus grande complaisance, les ministères de l’Instruction publique répondent aux questionnaires de nos enquêtes et se font représenter aux réunions annuelles de la Conférence internationale de l’instruction publique.
Très souvent aussi, ils ont recours dans le détail aux services d’information de notre secrétariat, et cela parce que les publications du Bureau constituent un schéma de réponses toutes prêtes aux préoccupations et aux besoins d’information des ministères de l’Instruction publique.
Les témoignages des administrations scolaires sont nombreux, qui nous font sentir combien ces enquêtes ont été utiles pour élaborer de nouvelles lois ou pour l’application d’une innovation pédagogique.
V. — Relations avec les institutions internationales🔗
Durant l’année écoulée, nos relations avec la Société des Nations et spécialement avec l’Organisation de coopération intellectuelle se sont développées d’une manière non seulement normale, mais très progressive.
On se souvient, en effet, que lors de sa 14e session, en décembre 1934, le comité exécutif de l’Organisation de coopération intellectuelle avait adopté une résolution qui a été le point de départ d’une collaboration suivie entre cette organisation et le Bureau international d’éducation.
À la suite de cet accord, le Comité consultatif pour l’enseignement de la Société des Nations a prié le directeur du Bureau de prendre part à ses travaux et a voté le 11 juillet 1935 une résolution qui a été approuvée par la Commission internationale de coopération intellectuelle et par la 16e Assemblée de la Société des Nations, confiant au Bureau international d’éducation l’élaboration d’un rapport sur l’enseignement des langues vivantes du point de vue de la compréhension internationale. Le Bureau international d’éducation a accepté avec plaisir l’invitation de la Commission internationale de coopération intellectuelle, d’autant plus que, lors de sa 15e session (11 mai 1935), le comité exécutif du Bureau avait décidé d’entreprendre une enquête sur les programmes de l’enseignement secondaire, y compris le programme de l’enseignement des langues vivantes. Ainsi, lors de sa 16e session, le comité exécutif du Bureau international d’éducation a-t-il approuvé un questionnaire destiné à être adressé aux ministères de l’Instruction publique, selon la méthode ordinaire du Bureau, et comportant, outre les questions générales relatives à l’enseignement des langues vivantes, un certain nombre de questions spéciales se rapportant au rôle de cet enseignement dans la formation de l’esprit de collaboration internationale.
Un rapport sur cette enquête envisagée du point de vue de l’enseignement des relations internationales a été présenté par le directeur du Bureau à la dernière réunion du Comité consultatif pour l’enseignement de la Société des Nations (juillet 1936).
D’autre part, le directeur du Bureau a été invité à prendre part à l’Entretien de Budapest organisé par le Comité des Lettres et des Arts de la Société des Nations, Entretien qui a eu lieu du 8 au 13 juin et qui a eu pour objet : le rôle des humanités dans la formation de l’homme moderne. Cette réunion, qui a porté essentiellement sur les grands problèmes de culture générale que pose l’enseignement des humanités et la formation d’un humanisme contemporain, a abordé incidemment l’étude de l’aspect pédagogique de ces questions. C’est de ce point de vue purement technique que le directeur du Bureau a présenté un rapport à l’Entretien, rapport qui a traité d’une part des questions de la didactique de l’enseignement des langues mortes et, d’autre part, de l’utilité d’une connaissance de la science grecque pour comprendre la signification véritable de la pensée antique.
Quant aux relations avec l’Organisation internationale du travail, on se souvient que le Bureau international du travail s’est fait représenter à la IVe Conférence internationale de l’instruction publique par M. F. Maurette, le sous-directeur du Bureau, et Mlle Lucie Schmidt, membre de section. M. Maurette a bien voulu intervenir à propos de la question de la formation professionnelle du personnel enseignant en indiquant le point de vue du Bureau international du travail et il a été tenu compte de son intervention dans la rédaction des résolutions de la conférence à ce sujet. De même, Mlle Schmidt est intervenue à propos du problème de l’orientation professionnelle.
D’autre part, la Conférence des États américains membres de l’Organisation internationale du travail, réunie à Santiago de Chile, a adopté une recommandation demandant une enquête qui serait conduite simultanément par le Bureau international du travail et le Bureau international d’éducation sur les conditions de vie et de travail du personnel enseignant primaire et secondaire, officiel et privé, dans les pays américains.
Deuxième partie
Recherchesđź”—
I. — Organisation et législation scolaires🔗
Depuis que, grâce en particulier au succès des Conférences internationales de l’instruction publique, nos relations avec les ministères de l’Éducation sont devenues de plus en plus étroites, le Bureau doit faire passer au second plan les enquêtes qu’il aimerait entreprendre de son propre mouvement (comme jadis les recherches sur le Travail par équipes et le Self-Government), pour vouer tous ses efforts à l’étude des questions soulevées d’année en année par tel ou tel pays. C’est d’ailleurs un signe réjouissant que de constater que les pays membres ont recours toujours davantage aux services du Bureau pour mettre au point l’état actuel des problèmes les plus urgents que pose la pratique scolaire, et c’est avec plaisir que le Bureau remet à plus tard les recherches plus théoriques en pensant aux besoins immédiats de ses membres.
C’est ainsi que le ministère de l’Instruction publique de Belgique nous a chargés d’une enquête qu’il a fallu conduire avec une certaine urgence sur l’organisation de l’enseignement spécial. Le ministère de l’Instruction publique de Belgique, désirant, à la demande de la Ligue belge d’hygiène mentale, connaître ce qui se fait dans les différents pays quant à l’enseignement des anormaux, des sourds-muets, des aveugles, des estropiés et des débiles mentaux, a chargé le Bureau de réunir une documentation sur ces points. Or, chose intéressante, il se trouve que, même dans des domaines aussi bien connus et étudiés depuis aussi longtemps que l’enseignement spécial, on manque d’une étude d’ensemble présentant l’état actuel des questions et des efforts accomplis. Ce que donnent les revues techniques ou les ouvrages des autorités en la matière, c’est beaucoup plus l’analyse de quelques situations privilégiées, de quelques situations exceptionnelles ou des méthodes scientifiques propres à faire avancer la question. C’est ainsi que dans le domaine de la pédagogie des anormaux, tout le monde connaît les travaux sur l’étiologie et le diagnostic des déficiences mentales, sur la psychologie et le développement des différents cas possibles, sur les méthodes pédagogiques particulières propres à éduquer les anormaux et les arriérés. Un grand nombre de travaux d’ordre scientifique et d’ordre pratique peut ainsi remplir la bibliothèque de ceux qui veulent étudier la question. Mais un tableau d’ensemble de ce qui se fait réellement dans tous les pays et dans les conditions ordinaires de l’enseignement manquait encore, et ce tableau nous a paru aussi indispensable à dresser, pour le progrès de l’éducation, que les études dont nous venons de parler. C’est à cette tâche ingrate que le Bureau international d’éducation a voué une partie de ses efforts pendant l’année écoulée et il en est sorti l’étude sur l’organisation de l’enseignement spécial qui a été présentée à la Ve Conférence internationale de l’instruction publique. Cette enquête a porté, entre autres, sur les points suivants : les anormaux physiques et mentaux et l’obligation scolaire ; les divers genres d’institutions de l’enseignement spécial, de caractère public ou privé ; la sélection des enfants qui doivent fréquenter ces institutions et les méthodes médico-pédagogiques et psychologiques de dépistage des enfants arriérés et anormaux ; les méthodes d’enseignement appliquées généralement dans les institutions d’enseignement spécial et la formation professionnelle des élèves qui les fréquentent ; les œuvres postscolaires, comités de patronage, etc., chargés de maintenir le contact avec les élèves ayant fréquenté les établissements d’enseignement spécial ; la formation des maîtres de l’enseignement spécial, leur nomination et leur rétribution et le contrôle de l’enseignement spécial.
De même, s’il est une question d’intérêt d’ordre pratique que se posent toutes les autorités scolaires responsables (responsables, c’est-à -dire dépendantes d’un budget officiel) et tous les administrateurs soucieux de concilier l’hygiène et la bonne organisation du travail avec les nécessités économiques, c’est le problème de la législation régissant les constructions scolaires. Or, ici de nouveau, on chercherait vainement, dans la littérature pédagogique, une mise au point de ces problèmes trop pratiques, parce que les auteurs et les chercheurs pensent davantage aux questions d’avant-garde qu’aux réalités plus prosaïques et plus limitatives.
Le Bureau international d’éducation a donc pensé qu’il était de son devoir de répondre à la question du ministère de l’Instruction publique de Belgique en réunissant la documentation la plus complète possible sur la législation relative aux bâtiments scolaires. Si cette enquête ne donne lieu à aucune découverte retentissante et s’il n’y a aucun progrès visible éclatant, elle peut néanmoins rendre une série de services, qui resteront peu connus et anonymes, mais qui joueront cependant un rôle dans une organisation plus rationnelle de l’Instruction publique.
Cette enquête porte, entre autres, sur les points suivants : participation des différentes administrations scolaires (centrales, provinciales et communales) à l’élaboration des dispositions législatives concernant les constructions scolaires ; participation de ces différentes administrations, du point de vue financier et du contrôle, à la construction et à l’entretien des bâtiments scolaires ; les principales dispositions législatives concernant l’emplacement, l’étendue des terrains, l’orientation et les dimensions des bâtiments scolaires ; les principales dispositions législatives concernant la distribution des locaux, les salles de classe, les salles spéciales, les vestiaires, les corridors et escaliers, l’éclairage, la ventilation, le chauffage et les installations sanitaires ; les principales dispositions législatives concernant les salles de gymnastique, les cours de récréation, les préaux, les jardins et terrains de jeux, etc.
Quant à la troisième enquête, à laquelle le Bureau a voué tous ses soins cette année, c’est celle qui a porté sur l’organisation de l’enseignement rural. Celle-ci présente assurément le caractère de l’actualité. D’une part, en effet, à cause même de la situation économique contemporaine, un grand nombre de pays cherchent à lutter contre l’exode rural et à réadapter la jeunesse à la terre et à la campagne. Comment opérer cette réadaptation ? C’est là un problème pédagogique d’une importance sociale extrême. D’autre part, indépendamment de cet aspect de la question, un grand nombre de pays se posent simplement le problème de savoir comment organiser le meilleur enseignement dans les territoires les plus vastes et les plus impropres à la concentration scolaire. Il s’agit alors non pas de réadaptation à la vie rurale, mais d’éducation tout court, dans les conditions les moins favorables à l’organisation et à la diffusion de l’instruction. C’est ce double aspect du problème que le Bureau international d’éducation a cherché à étudier en accumulant des matériaux sur les diverses solutions qui lui ont été données.
Cette enquête a porté sur les points suivants : différence entre la législation des écoles urbaines et celle des écoles rurales ; degrés que comportent les écoles primaires rurales ; les écoles rurales à classe unique ; les différences entre l’école primaire rurale et l’école primaire urbaine du point de vue de la durée de la scolarité, de l’horaire, des congés, des vacances, du nombre des élèves par maître, du caractère mixte de certaines classes ; les différences entre les écoles secondaires et les écoles professionnelles rurales et les écoles secondaires et professionnelles urbaines ; les différences concernant les méthodes d’enseignement ; la formation du personnel enseignant, sa rétribution, sa rémunération, etc. ; les mouvements en faveur de l’éducation rurale ; les facilités accordées aux enfants domiciliés à une grande distance de l’école rurale ; le problème de la concentration des écoles rurales ; les œuvres postscolaires ou périscolaires particulières à la campagne.
II. — Éducation intellectuelle🔗
Il y a quelques années déjà , le Bureau international d’éducation avait réuni quelques matériaux en vue d’une enquête sur l’enseignement de la psychologie dans les écoles normales. Durant ces derniers mois, un nouvel effort a été fait, d’une part pour mettre au point l’état actuel de la question, dont les données changent presque chaque année à cause des progrès mêmes de la science, et d’autre part pour étudier l’enseignement de la psychologie fourni aux futurs maîtres secondaires aussi bien qu’aux futurs maîtres primaires.
Quelle que soit l’opinion qu’on puisse se faire actuellement sur la valeur de la psychologie de l’enfant et de la psychologie de l’adolescent, il est indéniable que ce sont les recherches des psychologues qui ont été au point de départ de presque toutes les innovations d’ordre méthodologique et didactique de ces dernières décades. Il est inutile de rappeler que toute méthode faisant appel aux intérêts et à l’activité réelle des élèves s’est inspirée de la psychologie génétique. En second lieu, le rôle de la vie sociale dans l’éducation, rôle dont nos enquêtes récentes sur le Travail par équipes et sur le Self-Government ont montré toute l’importance, n’a été perçu clairement par les pédagogues que dans la mesure où la collaboration des praticiens et des psychologues en a montré l’importance pour la formation de l’esprit. En troisième lieu, toutes les méthodes actuelles d’individualisation de l’enseignement reposent sur une connaissance, plus ou moins poussée, des différences individuelles des écoliers, de la psychologie des aptitudes, etc. ; enfin, il est une foule de questions, telles précisément que celles de l’enseignement spécial, dont nous parlions plus haut, dont l’étude ne date que du moment où la psychologie les a posées à l’attention des pédagogues. Il est naturel, par conséquent, que la plupart des pays aient songé, pour la préparation des maîtres primaires et secondaires, à un enseignement de la psychologie.
Or, il est d’un grand intérêt de voir en quoi consiste cet enseignement, et cela est d’autant plus intéressant que la question est plus discutée. En effet, selon que cet enseignement est donné dans un esprit livresque et dogmatique, ou que l’on fait comprendre au futur maître l’esprit même des recherches psychologiques, dans leurs difficultés et dans leur esprit de nécessaire prudence expérimentale, cet enseignement peut conduire aux résultats les plus divers. Il a donc paru intéressant au Bureau international d’éducation de réunir la documentation la plus abondante possible sur ce sujet, de manière à donner lieu à une étude d’ensemble ultérieure. Nous ne saurions préciser encore la date de la publication qui réunira ces matériaux, mais nous avons déjà à notre disposition un ensemble de données suffisantes pour prévoir la parution d’une telle étude ; 43 pays ont, en effet, répondu à notre questionnaire.
III. — Éducation internationale🔗
Notre Section de littérature enfantine a poursuivi ses recherches sur les ouvrages et les périodiques pour la jeunesse dont la lecture conduit à une meilleure compréhension réciproque. Le Bureau a pu faire paraître sur la question des périodiques pour enfants un petit volume intitulé : Les Périodiques pour la jeunesse, qui a suscité un vif intérêt parmi les spécialistes. On trouvera dans cet ouvrage une bibliographie raisonnée des périodiques pour la jeunesse qui paraissent dans les pays suivants : Allemagne, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Lituanie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Suède, Suisse, Tchécoslovaquie et Yougoslavie. En outre, cette publication comporte un aperçu général qui analyse les divers aspects du problème, en particulier les conditions d’échec et de réussite d’un périodique pour enfants. Nous ne doutons pas que, grâce à ces études, la littérature enfantine soit mise un jour sur le même pied que le cinéma scolaire et la radiodiffusion éducative, comme moyens de contact entre les jeunesses de différente culture et de différente formation. Dès aujourd’hui il est impossible à tout spécialiste de la littérature enfantine d’ignorer les travaux du Bureau international d’éducation sur les livres pour enfants et sur les périodiques pour la jeunesse, travaux qui constituent un point de départ indispensable pour les études ultérieures.
Mais les livres et périodiques pour enfants sont-ils lus et appréciés par la jeunesse ? Ceux qui nous paraissent les meilleurs sont-ils jugés tels par leurs jeunes lecteurs, ou les goûts de la jeunesse diffèrent-ils essentiellement de ceux des adultes instruits ? C’est là une question que notre Section de littérature enfantine s’est posée depuis longtemps. À ce sujet, elle a entrepris l’étude des résultats psychologiques de la lecture. Un certain nombre de milieux scolaires ont été étudiés avant et après le contact avec certains ouvrages répandus, de manière à voir jusqu’à quel point ces ouvrages étaient compris et quelle trace ils laissent dans l’esprit des élèves. Les résultats de cette recherche paraîtront prochainement.
Enfin, la Section a continué, comme d’habitude, à augmenter sa collection et à fournir des renseignements. La collection de livres d’enfants s’est notablement enrichie ; parmi les nouveaux volumes reçus, signalons particulièrement ceux de la Lituanie, de la Hongrie, du Portugal et de la Palestine, pays jusqu’à présent représentés par un petit nombre de volumes seulement.
Les demandes de renseignements, toujours très nombreuses, ont porté sur tous les sujets de littérature enfantine, en particulier la traduction. Des listes d’ouvrages recommandés à cet effet ont été envoyées dans la plupart des pays avec lesquels le Service de littérature enfantine est en correspondance, et particulièrement en Tchécoslovaquie. Le théâtre pour enfants suscitant partout un intérêt grandissant, les demandes de renseignements sur ces questions sont devenues plus nombreuses, de même que celles sur les chansons enfantines. Des listes ont été établies sur les sujets suivants : livres pour jeunes filles, ouvrages susceptibles de stimuler la compréhension internationale, ouvrages récréatifs pouvant convenir à des élèves étudiant les langues étrangères (l’anglais, le français surtout).
Troisième partie
Informationđź”—
I. — Renseignements🔗
Correspondance. — Lettres reçues : troisième trimestre de 1935 : 640 ; quatrième : 865 ; premier trimestre de 1936 : 920 ; deuxième : 744 ; total, du 1er juillet 1935 au 30 juin 1936 : 3169. — Lettres expédiées : troisième trimestre de 1935 : 701 ; quatrième : 1273 ; premier trimestre de 1936 : 1106 ; deuxième : 677 ; total, du 1er juillet 1935 au 30 juin 1936 : 3757.
Visites reçues. — Troisième trimestre de 1935 : 223 ; quatrième : 64 ; premier trimestre de 1936 : 62 ; deuxième : 171. Total, du 1er juillet 1935 au 30 juin 1936 : 520.
Renseignements fournis. — En réponse aux demandes de renseignements, le Bureau continue à élaborer des bibliographies sur les divers domaines de l’enseignement. Nous n’entrerons pas dans le détail des informations qui nous ont été demandées, celles-ci ayant été fort nombreuses et très diverses.
Échange de législation scolaire. — Le Bureau a communiqué aux ministères de l’Instruction publique et à la presse pédagogique les textes législatifs énumérés ci-après :
Belgique : Arrêté concernant la prolongation de la scolarité en Belgique.
France : Organisation nouvelle des écoles normales primaires.
Espagne : Décret créant à Madrid un Institut de langues classiques.
Italie : Décret-loi sur la réorganisation du Conseil supérieur de l’Éducation nationale.
Allemagne : Décret sur la préparation pédagogique des professeurs des écoles d’agriculture dans les hautes écoles d’instituteurs.
Communiqués à la presse pédagogique. — Le service de presse du Bureau a continué à tenir les revues pédagogiques au courant du mouvement éducatif mondial, au moyen de communiqués régulièrement envoyés ; ces communiqués, reproduits dans la plupart des revues, assurent ainsi la diffusion des innovations pédagogiques. Voici la liste des communiqués de presse envoyés pendant l’année :
Quatrième Conférence internationale de l’instruction publique.
L’Argentine et le Bureau international d’éducation.
Initiative d’une compagnie de chemins de fer en France.
Nouvelle orientation de l’éducation des Indiens aux États-Unis.
Tenth all India Educational Conference.
L’entraide aux jeunes par le travail.
Nouveaux établissements d’éducation pour la formation des chefs en Allemagne.
Remarquable essai de suppression des examens de maturité ou d’entrée à l’université.
Cinquième Conférence internationale de l’instruction publique.
Les devoirs à domicile des écoliers en Grande-Bretagne.
L’éducation des Noirs aux États-Unis.
Résultats sociaux d’une coopération entre l’école et la famille dans une école enfantine anglaise.
II. — Documentation🔗
Collection de revues. — Les revues pédagogiques que le Bureau reçoit en échange de ses publications deviennent toujours plus nombreuses (500 environ), aussi notre collection de périodiques constitue-t-elle un excellent instrument de travail. La plupart des revues publient des comptes rendus des publications du Bureau.
Fichier documentaire et service bibliographique. — L’essai de service bibliographique, tenté il y a deux ans, est poursuivi depuis lors dans l’espoir qu’il rend service aux éducateurs.
Le dépouillement régulier des revues reçues par le Bureau contribue, comme par le passé, à l’enrichissement de notre fichier documentaire.
Collection de législation scolaire. — Cette collection, qui comprend des lois et décrets, des rapports, des statistiques, des programmes d’école et autres publications officielles, s’accroît régulièrement.
III. — Publications🔗
Les publications que le Bureau a fait paraître durant l’année écoulée sont les suivantes :
Bulletin du Bureau international d’éducation (édition française et anglaise) (416 pages).
IVe Conférence internationale de l’instruction publique (procès-verbaux et résolutions) (150 pages).
Les Périodiques pour la jeunesse (106 pages).
La Législation régissant les constructions scolaires (200 pages).
L’Organisation de l’enseignement spécial (194 pages).
L’Organisation de l’enseignement rural (266 pages).
Annuaire international de l’éducation et de l’enseignement, 1936 (474 pages).
Ce qui fait un total de 1806Â pages.
Nous tenons à signaler qu’avec l’Annuaire international de l’éducation et de l’enseignement, 1936, nous sommes arrivés à la 50e publication du Bureau.
La collection des publications du Bureau figure aujourd’hui dans les ministères de l’Instruction publique de tous les pays et dans les principales administrations scolaires et constitue une série d’études de pédagogie comparée dont les spécialistes sauraient difficilement se passer.
IV. — Propagande🔗
Le Bureau s’est fait représenter à plusieurs congrès internationaux au cours de cette année :
au 5e Congrès international de l’éducation familiale, à Bruxelles, du 31 juillet au 4 août, par Mlle Butts ;
au Congrès international organisé par la Ligue belge de l’enseignement, au mois d’août, par Mlle Butts qui présenta, en séance plénière, les rapports du Bureau sur la formation professionnelle du personnel enseignant primaire et secondaire ;
au 6e Congrès de la Fédération universelle des associations pédagogiques, à Oxford, au mois d’août, par Mlle Butts qui fit une conférence sur les associations de parents et de maîtres ;
à la conférence de la Fédération internationale de l’école et de la famille, qui avait lieu au même moment que le congrès de la Fédération universelle des associations pédagogiques ;
au Congrès régional de la Ligue pour l’éducation nouvelle, à Saint Andrews, au mois d’août, par Mlle Butts qui y a parlé de « La famille et les loisirs » ;
au Congrès de la Fédération internationale des associations d’instituteurs, à Oxford, au mois d’août, par M. Jakiel.
Mlle Butts a été invitée, par l’American Association for Childhood Education, à faire, cette année, la « Susan Blow Memorial Lecture » qui se donne chaque année au congrès annuel de l’association. Le congrès s’est tenu, en 1936, à New York ; Mlle Butts a fait une causerie sur « Ce que les instituteurs ont déjà fait et ce qu’ils peuvent faire pour la paix ».
Mlle Butts a aussi été invitée à faire une causerie au congrès annuel de l’American Council on Education, à Washington, dont le président est M. George F. Zook, ancien Commissaire de l’Éducation au ministère de l’Intérieur et principal délégué des États-Unis à la IIIe Conférence internationale de l’instruction publique ; Mlle Butts a parlé de « Quelques tendances actuelles de l’éducation en Europe ».
Mlle Butts a également été invitée à parler de l’éducation pour la paix au festival international qui avait lieu à l’occasion du Congrès annuel de l’Association nationale américaine des parents et des maîtres, à Milwaukee.
Mlle Butts a profité de son séjour aux États-Unis pour visiter un certain nombre des écoles les plus renommées de l’Est et Middle West ; elle a souvent été priée de parler, soit au personnel enseignant de ces écoles, soit aux élèves.
Le Bureau continue à se faire représenter régulièrement par sa secrétaire générale aux réunions du Comité d’entente des grandes associations internationales qui ont lieu alternativement à l’Institut international de coopération intellectuelle à Paris et au secrétariat de la Société des Nations, à Genève.
Le directeur du Bureau a pris part, à Genève, les 10 et 11 juillet 1935, aux travaux du Comité consultatif pour l’enseignement de la Société des Nations, dépendant de l’Organisation de coopération intellectuelle.
M. Rossello a assisté, à Genève, le 28 septembre, à la séance de la commission de l’éducation de l’Union internationale des associations pour la Société des Nations.
À la fin de janvier 1936, le directeur du Bureau a donné deux conférences à Vienne, l’une, au Kulturbund, sur « La représentation du monde chez l’enfant», l’autre, à l’institut de psychologie de l’Université, sur « La genèse de la notion d’objet ».
M. Piaget a rendu visite au ministre de l’Instruction publique de l’Autriche, de même qu’à celui de Hongrie, au mois de juin, à l’occasion de l’Entretien du Comité des Lettres et des Arts.
Au mois de mai 1936, M. Rossello a fait une conférence à l’Université de Barcelone sur « Les tendances de l’Instruction publique ».
M. Piaget a accepté l’invitation de l’Université de Harvard (États-Unis) à participer à la conférence célébrant son 300e anniversaire, qui aura lieu dans la première quinzaine de septembre 1936.
Conclusionđź”—
Il y a dix ans exactement qu’un groupe d’éducateurs de différentes nationalités et habitant Genève a fondé le Bureau international d’éducation. Conçu tout d’abord comme une organisation privée, le Bureau, sous cette première forme, a conquis les sympathies du corps enseignant de la plupart des pays, grâce à une activité orientée d’emblée vers la coordination technique et la recherche en commun. Devenu officiel en 1929 par son changement de statuts, le Bureau s’est assigné une tâche nouvelle, plus délicate et dont l’utilité ressort assez du fait que personne ne s’en était chargé jusqu’à cette date : la coordination des ministères de l’Instruction publique eux-mêmes et de leurs efforts pour le progrès de l’éducation. Cette tâche, le Bureau en a poursuivi inlassablement l’accomplissement grâce au dévouement des pays membres de notre conseil. À propos de chaque demande d’enquête faite par un pays membre, le Bureau a cherché à conduire ses recherches sur le plan de l’universalité. Puis, les premiers résultats une fois publiés, il a réuni tous les ministères en une conférence annuelle qui, par information mutuelle et échanges d’expériences, met au point périodiquement l’état des questions pédagogiques.
Tel est l’instrument que nous avons construit. Par ses publications et ses conférences, il peut rendre d’inappréciables services. C’est à étendre cette efficacité que nous nous appliquerons dans la nouvelle décade qui s’ouvre aujourd’hui.