Essai dâinterprĂ©tation probabiliste de la loi de Weber et de celle des centrations relatives (1944) 1 a
La loi de Weber est vraisemblablement Ă rapprocher de certaines lois physiques dont la forme logarithmique tient Ă ce que lâaddition des quantitĂ©s en jeu correspond Ă la multiplication de leurs probabilitĂ©s. On sait, par exemple, que lâentropie, dont lâaccroissement intervient dans le second principe de la thermodynamique, est Ă©gale au logarithme de la probabilitĂ© dâun systĂšme, parce que, lorsquâon additionne deux entropies, on multiplie les probabilitĂ©s correspondantes. Un autre cas, plus intĂ©ressant pour le psychologue, est celui de la plaque photographique, dont la sensibilitĂ© Ă la lumiĂšre obĂ©it prĂ©cisĂ©ment Ă la loi de Weber, ce qui suggĂšre lâexistence dâun mĂ©canisme commun entre ce phĂ©nomĂšne et la perception elle-mĂȘme. Or, lâimpression de la plaque photographique a reçu une explication dâordre probabiliste, dont le principe est, trĂšs schĂ©matisĂ©, le suivant. Les photons projetĂ©s sur la plaque, lors de son exposition Ă la lumiĂšre, prĂ©sentent une probabilitĂ© dĂ©terminĂ©e dâatteindre les corpuscules de sels dâargent dont ils amorceront la rĂ©action chimique. Si ces photons sont en nombre trop petit (si la lumiĂšre est trop faible), la rĂ©action amorcĂ©e reste insuffisante, tandis que, sâils atteignent un nombre limite, une rĂ©action dâensemble se produira et lâimpression en rĂ©sultera : la question de seuil se rĂ©duit ainsi Ă une question de probabilitĂ© de rencontres. Dâautre part, les diverses intensitĂ©s dâimpression, que lâon pourra sĂ©rier additivement, correspondront par le fait mĂȘme Ă des multiplications de probabilitĂ©s, et cela explique la forme logarithmique de la loi trouvĂ©e expĂ©rimentalement, câest-Ă -dire une forme analogue Ă celle de la loi de Weber.
On peut alors se demander si la loi de Weber elle-mĂȘme ne comporterait pas une explication probabiliste. Il est Ă©trange, en effet, quâen un domaine aussi complexe que celui des perceptions, dans lequel les lois mathĂ©matiques ne brillent pas par leur abondance â celles que lâon connaĂźt Ă©tant elles-mĂȘmes grossiĂšrement approximatives et ne se vĂ©rifiant que dâun point de vue essentiellement statistique â il puisse exister une exception aussi notable que celle qui rĂ©git la valeur des seuils diffĂ©rentiels. Lâexception sâexpliquerait au contraire dâelle-mĂȘme si la loi logarithmique de Weber exprimait prĂ©cisĂ©ment un rapport de probabilitĂ©s et rien de plus. Dâautre part, nous avons constatĂ© jusquâici (Recherches I-III) que les mĂ©canismes perceptifs demeuraient irrĂ©ductibles au « groupement » logique, ce que la thĂ©orie de la « Gestalt » exprime en disant quâils rĂ©sistent Ă la composition additive. La proportionnalitĂ© relativement prĂ©cise des seuils soulĂšve alors le problĂšme de savoir si le mode de composition propre aux perceptions nâa pas simplement Ă©chappĂ© jusquâici Ă lâattention des chercheurs et sâil ne se rĂ©duirait pas en fin de compte Ă un « groupe » Ă©galement, mais plus complexe que les « groupements » de lâintelligence : cette derniĂšre solution serait Ă Ă©carter, au contraire, dans le cas oĂč la proportionnalitĂ© en cause traduirait sans plus le rapport des combinaisons probables et cette interprĂ©tation probabiliste rĂ©soudrait du mĂȘme coup la question de la composition perceptive. Soit, en effet, une droite A que nous allongerons dâune diffĂ©rence juste perceptible DA et une droite de longueur diffĂ©rente B que nous allongerons dâune diffĂ©rence juste perceptible elle aussi DB : la loi de Weber nous dit que DB, au lieu dâĂȘtre Ă©gale Ă DA et de pouvoir dĂšs lors se composer additivement avec A et B, se trouve au contraire dans le rapport DB/B = DA/A. Notre hypothĂšse consiste Ă supposer que le facteur de proportionnalitĂ© qui intervient ainsi tient simplement aux rapports des combinaisons probables en jeu dans la perception de A ou de B. Mais de quelles combinaisons sâagit-il ?
Les « Recherches » prĂ©cĂ©dentes (I Ă III) nous suggĂšrent la solution suivante dans le cas de la perception visuelle. Lorsque le regard compare deux longueurs A et Aâ, un trĂšs grand nombre de combinaisons sont possibles entre un point quelconque de fixation sur A et les diffĂ©rents points de fixation probable sur Aâ (et rĂ©ciproquement). Ce sont ces combinaisons et leurs probabilitĂ©s qui peuvent jouer le rĂŽle de facteur multiplicatif dans la comparaison perceptive. Il sâagit donc de les analyser et de chercher si les valeurs numĂ©riques obtenues correspondent aux faits expĂ©rimentaux.
Dans le but dâillustrer la discussion qui va suivre par quelques exemples originaux et non pas seulement par des faits tirĂ©s des innombrables publications de la « psycho-physique », nous avons prĂ©sentĂ© Ă nos sujets des lignes droites (A), horizontales ou verticales, de 20 mm, suivies de lignes (B) de 21, 22, 23, 25, 30 ou 40 mm en leur demandant de dessiner (ou de retrouver parmi ces lignes dessinĂ©es dâavance) des lignes C Ă©gales Ă B plus la diffĂ©rence donnĂ©e entre B et A ; puis de dessiner des lignes D Ă©gales Ă C + (C â B), etc. Câest le matĂ©riel ainsi obtenu qui nous servira de systĂšme de rĂ©fĂ©rence au cours de la partie II de cet article (voir § 6).
Mais avant dâen venir Ă la discussion de la loi de Weber elle-mĂȘme, il convient de se demander si les dĂ©formations propres aux seuils diffĂ©rentiels, auxquels cette loi a Ă©tĂ© appliquĂ©e tout dâabord, ne constituent pas un cas particulier de dĂ©formations plus gĂ©nĂ©rales. Supposons par exemple que A ait 100 mm et que les Aâ confondus avec A aient de 98 Ă 102 mm Ă peu prĂšs (le seuil Ă©tant donc dâenviron ± 2 mm). Il est clair que, Ă lâintĂ©rieur de cette « zone dâincertitude » (on appelle ainsi la zone infra-liminaire) les rapports de ressemblance entre A et Aâ lâemportent sur les rapports de diffĂ©rence, puisque A et Aâ sont jugĂ©s Ă©gaux. On aura donc, pour nous exprimer selon notre terminologie antĂ©rieure (voir Rech. I, prop. 3) R > â D, puisque D tend mĂȘme vers 0 en contradiction avec les donnĂ©es objectives. Mais, en dehors du seuil, lorsque Aâ aura par exemple de 1 Ă 97 mm ou de 103 Ă 300 mm, de quelle maniĂšre A sera-t-il perçu ? Il sera certainement dĂ©formĂ© dâune façon bien dĂ©terminĂ©e, puisque les auteurs sâaccordent Ă soutenir que la loi de Weber ne sâapplique pas seulement aux diffĂ©rences liminaires mais aussi Ă des diffĂ©rences quelconques. Mais en quoi consisteront ces dĂ©formations ? On peut supposer quâun A contigu Ă un Aâ plus petit que lui sera surestimĂ© et quâun A contigu Ă un Aâ plus grand que lui sera sous-Ă©valuĂ©, ce qui reviendrait Ă dire quâen dehors du seuil les rapports de diffĂ©rence lâemportent sur ceux de ressemblance : D > â R. Ce serait alors cet excĂšs des rapports D sur les R qui resterait proportionnel aux grandeurs en jeu, et la loi de Weber conserverait ainsi son caractĂšre gĂ©nĂ©ral. Mais il faut bien comprendre quâelle sâapplique en ce cas Ă des dĂ©formations orientĂ©es en sens inverse : câest tantĂŽt lâĂ©galisation illusoire propre Ă la zone dâincertitude (R > â D) et tantĂŽt le contraste illusoire propre aux zones extraliminaires (D > â R) qui obĂ©iraient Ă la loi de proportionnalitĂ© de Weber-Fechner. Pour interprĂ©ter la loi de Weber, il faut donc lâappuyer sur une loi plus gĂ©nĂ©rale dont elle ne traduirait quâun aspect â câest-Ă -dire prĂ©cisĂ©ment lâaspect de proportionnalitĂ© â et câest ce quâil convient de dĂ©montrer tout dâabord.
Or, si nos interprĂ©tations antĂ©rieures (Rech. I-III) sont exactes, cette loi plus gĂ©nĂ©rale ne serait autre que la relation dĂ©finissant le produit des centrations sur deux Ă©lĂ©ments comparĂ©s entre eux, câest-Ă -dire justement la relation exprimant les dĂ©formations dont nous venons dâentrevoir une possibilitĂ© de les traduire en un langage probabiliste. Soient, en effet, deux segments contigus A et Aâ. Selon les postulats admis antĂ©rieurement (Rech. I, postulats i-v), la centration sur A aboutira Ă une surestimation de A proportionnelle Ă ses dimensions, ce qui dĂ©valuera dâautant Aâ, et la centration sur Aâ provoquera lâeffet inverse, ces dĂ©formations et leurs corrections mutuelles Ă©tant en outre fonction de la distance entre A et Aâ. Câest lâensemble de ces rapports que nous allons chercher Ă exprimer en une relation gĂ©nĂ©rale unique et Ă expliquer par le jeu des combinaisons probables entre points de fixations, et câest cette « loi des centrations relatives » (comme nous appellerons la relation gĂ©nĂ©rale en question) dont le facteur de proportionnalitĂ© nous paraĂźt constituer la loi de Weber-Fechner.
Pour vĂ©rifier la loi des centrations relatives, sur laquelle nous possĂ©dons dĂ©jĂ les donnĂ©es obtenues Ă propos de lâillusion de DelbĆuf, et Ă propos de lâ« erreur systĂ©matique de lâĂ©talon », nous avons cherchĂ© Ă procĂ©der de la maniĂšre la plus simple possible. Nous avons prĂ©sentĂ© aux sujets des cartons sur lesquels se trouvaient dessinĂ©es des droites contiguĂ«s A (constant) de 50 mm et Aâ (variable) de 2 Ă 100 mm et nous avons sans plus demandĂ© de comparer les segments A ainsi prĂ©sentĂ©s. Nous avons procĂ©dĂ© de mĂȘme avec des A de 50 mm Ă©galement, mais insĂ©rĂ©s entre deux Aâ (lâun Ă chaque extrĂ©mitĂ©) variables, de dimensions de 2 Ă 100 mm eux aussi. Les segments A sont sĂ©parĂ©s des Aâ et tous deux sont limitĂ©s Ă leurs extrĂ©mitĂ©s par des barres verticales de 1 cm (5 mm au-dessus et 5 mm au-dessous de la ligne horizontale). Ce sont ces comparaisons que nous discuterons au cours de la partie I de cet article.
Encore une remarque. Dans les pages qui suivent, on ne trouvera que des mesures prises sur lâadulte ou sur des adolescents, et aucune analyse des perceptions proprement enfantines, bien que le but gĂ©nĂ©ral de ces « Recherches » soit lâĂ©tude du dĂ©veloppement des perceptions. Mais, comme nous savions par les recherches antĂ©rieures que les seuils diffĂ©rentiels sont toujours plus Ă©tendus en moyenne chez lâenfant que chez lâadulte, et que les dĂ©formations par centrations relatives sont les mĂȘmes qualitativement (du moins en plan), et simplement plus fortes chez les petits, il nous a paru inutile dâalourdir la prĂ©sente Ă©tude par de nouvelles tables de dĂ©veloppement. On les trouvera dans les Rech. I et II tandis que le but de lâanalyse qui va suivre est dâordre essentiellement thĂ©orique.
I. La loi des centrations relatives
Nous allons dâabord exposer briĂšvement les faits observĂ©s, puis chercherons Ă les exprimer en une relation quantitative dâensemble et câest cette relation que nous traduirons enfin en un schĂ©ma probabiliste.
§ 1. Description des faits
Il sâagit donc dâabord de comparer entre eux des segments A (= 50 mm), contigus Ă des Aâ de 2 Ă 100 mm. Les dimensions exactes des Aâ ont Ă©tĂ© de 2 ; 5 ; 8 ; 10 ; 12,5 ; 17 ; 20 ; 25 ; 30 ; 34 ; 40 ; 50 ; 60 ; 70 ; 80 ; 90 et 100 mm. Nous avons commencĂ© par mesurer les dĂ©formations de A au moyen dâĂ©talons dont les valeurs Ă©taient dispersĂ©es autour de 50 mm. Mais, en vertu de lâillusion dâOppel-Kundt (selon laquelle une longueur divisĂ©e paraĂźt plus grande quâune longueur indivise), nous avons abouti de la sorte, mĂȘme lorsque A et Aâ Ă©taient Ă©gaux (Aâ = 50 mm) Ă une surestimation de A par rapport Ă un Ă©talon de 50 mm Ă©galement mais non accolĂ© Ă un Aâ. Pour Ă©viter les facteurs secondaires constituĂ©s par cette illusion dâOppel ainsi que par lâerreur de lâĂ©talon et les erreurs liĂ©es Ă lâĂ©chelle choisie (voir Rech. I, p. 20-21), nous nous sommes alors rĂ©signĂ©s Ă opĂ©rer par comparaisons simplement qualitatives (en > , < ou = ), quittes Ă quantifier ces derniĂšres au moyen du nombre des jugements obtenus pour chaque catĂ©gorie.

Nous avons donc prĂ©sentĂ© les figures symĂ©triquement, le segment A de la figure de droite Ă©tant situĂ© Ă gauche et le segment A de la figure de gauche lui correspondant sur la droite de celle-ci (fig. 1). Il convient naturellement de mettre tantĂŽt sur la gauche tantĂŽt sur la droite la figure comprenant le plus petit des deux Aâ, pour Ă©viter la persĂ©vĂ©ration dâune « erreur spatiale ». En outre, lâillusion nâĂ©tant pas trĂšs stable et une comparaison trop prolongĂ©e aboutissant Ă des jugements dâĂ©galitĂ©, il convient de demander simplement au sujet sa premiĂšre impression et dâĂ©viter de prĂ©senter chaque couple plusieurs fois de suite, quitte Ă le poser Ă nouveau ultĂ©rieurement en cas de doute 2.
Enfin, pour que le calcul du nombre des jugements soit possible, il convient naturellement de prĂ©senter Ă chaque sujet chacun des couples constituĂ©s par les termes successifs 2 et 5 ; 5 et 8 ; 8 et 10 ; 10 et 12,5 ; 12,5 et 17 ; etc., mais sans suivre lâordre ascendant ni descendant de maniĂšre Ă Ă©viter les effets dâanticipations (« Einstellungen »). Il convient, en outre, de demander des comparaisons variĂ©es telles que 5 et 30 ; 20 et 70 ; 17 et 50 ; etc., de maniĂšre Ă sâassurer de lâallure gĂ©nĂ©rale des dĂ©formations. Ces comparaisons entre termes Ă©loignĂ©s donnent lieu Ă des illusions plus stables que les prĂ©cĂ©dentes, mais comme il sâagit pour nous de dĂ©terminer les maxima, force nous a Ă©tĂ© dâinsister surtout sur les couples de termes proches.
Cela dit, voici les rĂ©sultats obtenus. Tout dâabord en comparant les A accouplĂ©s avec des Aâ de 2 Ă 40 mm (I) Ă des A accouplĂ©s avec des Aâ de 60 Ă 100 mm (II), nous avons trouvĂ© sur une vingtaine de sujets adultes :
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Tableau I
| IÂ >Â II | IÂ <Â II | IÂ =Â II |
| 78Â % | 6Â % | 16Â % |
Â
Â
En second lieu, si lâon compare les I (Aâ = 2 Ă 40) Ă des A contigus Ă un Aâ de 50 mm et les II (Aâ = 60 Ă 100 mm) aux mĂȘmes A contigus Ă un Aâ de 50 mm (nous appellerons M le A mĂ©dian), on obtient (sur 20 sujets) :
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Tableau II
| IÂ >Â M | IÂ <Â M | IÂ =Â M | IIÂ >Â M | IIÂ <Â M | IIÂ =Â M |
| 66,3Â % | 22,9Â % | 10,8Â % | 18,7Â % | 68,8Â % | 12,5Â % |
Â
Il est donc clair quâon se trouve ainsi en prĂ©sence dâune illusion systĂ©matique, dâailleurs connue : un segment A de 50 mm nâest pas vu Ă©gal Ă un autre segment A de 50 mm Ă©galement sâils sont accolĂ©s Ă des segments Aâ inĂ©gaux. Si le segment Aâ est Aâ < A (I), alors dans le 78 % des cas A est vu plus grand que si Aâ est Aâ > A (II). Dâautre part, lorsque lâon a A = Aâ (M), alors A est vu Ă la fois plus petit quâen I dans 66,3 % des cas et plus grand quâen II dans 68,8 % des cas. On peut donc considĂ©rer lâĂ©lĂ©ment A en M comme prĂ©sentant une dĂ©formation nulle mĂ©diane, lâĂ©lĂ©ment A en I comme surĂ©valuĂ© (illusion positive) et lâĂ©lĂ©ment A en II comme sous-estimĂ© (illusion nĂ©gative). Mais quels sont les maxima positifs et nĂ©gatifs ? Câest ici quâinterviennent les comparaisons de proche en proche : 2 Ă 5 ; 5 Ă 8 ; 8 Ă 10 ; etc. Nous avons obtenu, Ă cet Ă©gard, sur 50 sujets, les rĂ©sultats que voici (avant dâavoir fait intervenir le carton Aâ = 12,5) :
Â
Tableau III
| 2 | 5 | 8 | 10 | 17 | 20 | 25 | 30 | 34 | 40 | 50 | 60 | 70 | 80 | 90 | 100 |
| â | + 25 | + 15 | + 2 | â 8 | â 9 | â 5 | â 8 | â 11 | 0 | â 11 | â 11 | â 12 | + 3 | â 1 | + 7 |
Â
Chacun des nombres indiquĂ©s signifie ce qui suit. Un Ă©lĂ©ment A accolĂ© Ă un Aâ quelconque (par exemple 5) est vu tant de fois plus grand et tant de fois plus petit que lâĂ©lĂ©ment A contigu au segment Aâ dâordre immĂ©diatement infĂ©rieur : le chiffre correspondant (dans le cas de 5 il est de + 25) signifie alors que le jugement « plus grand » lâa emporté + 25 fois sur le jugement « plus petit ». Dans le cas de Aâ = 17, on a au contraire â 8 câest-Ă -dire que le segment A a Ă©tĂ© vu « plus petit » 8 fois de plus quâil nâa Ă©tĂ© vu « plus grand ».
De ce tableau III on peut donc conclure que le maximum positif est donnĂ© pour un A contigu Ă un Aâ de 10 mm ou intermĂ©diaire entre 10 et 16 mm et que le maximum nĂ©gatif est donnĂ© pour un A accolĂ© Ă un Aâ de 80 mm ou intermĂ©diaire entre 71 et 80 mm 3.
Pour chercher Ă prĂ©ciser davantage la position du maximum positif, nous avons fait alors intervenir lâĂ©lĂ©ment Aâ = 12,5 et demandĂ© Ă 10 sujets adultes de choix (assistants, etc.) de comparer des A contigus aux Aâ de 8 ; 10 ; 12,5 ; 17 ; 20 et 25 mm. Le rĂ©sultat obtenu a Ă©tĂ© de :
Â
Tableau IV
| 8 | 10 | 12,5 | 17 | 20 | 25 |
| â | + 2 | + 5 | â 6 | â 3 | â 5 |
Â
On constate quâainsi le maximum positif semble se trouver aux environs de la figure Aâ = 12,5, soit Aâ = A/4. Nous avons, en effet, obtenu 7 jugements 12,5 > 10 contre 2 jugements 12,5 < 10 et 7 jugements 12,5 > 17 contre 1 jugement 12,5 < 17 (les autres jugements Ă©tant dâĂ©galitĂ©). Il va de soi, dâailleurs, que les dĂ©terminations du maximum sont plus alĂ©atoires que celles des rapports en jeu dans les tableaux I et II.
Quant aux figures comprenant un Aâ de 50 mm insĂ©rĂ© entre deux Aâ Ă©gaux entre eux, nous avons obtenu les rĂ©sultats suivants :
Â
Tableau V
| 2 | 5 | 8 | 10 | 17 | 20 | 25 | 30 | 34 | 40 | 50 | 60 | 70 | 80 | 90 | 100 |
| â | + 12 | + 9 | â 4 | â 1 | â 3 | â 6 | â 2 | â 6 | â 7 | â 9 | â 13 | â 8 | â 6 | + 1 | + 4 |
Â
On constate ainsi que les maxima se prĂ©sentent aux environs de Aâ = 8 soit Aâ = A/6 et de 80 (pour 75 on aurait Aâ = 3 A/2). Or ce sont assez exactement les maxima observĂ©s dans lâillusion de DelbĆuf, dont cette figure nâest quâune variante 4.
§ 2. Interprétation des faits et énoncé de la loi
Commençons par appliquer simplement aux faits que lâon vient de dĂ©crire les postulats admis prĂ©cĂ©demment (Rech. I-II), qui suffisent Ă en fournir une interprĂ©tation satisfaisante, puis nous chercherons Ă Ă©noncer les rapports en jeu en un langage mĂ©trique et non plus seulement logistique.
On peut rĂ©duire ces postulats antĂ©rieurs Ă la forme abrĂ©gĂ©e que voici, Ă©tant entendu quâil sâagit des dĂ©formations perceptives dâun segment constant A, accolĂ© Ă un segment Aâ (ou insĂ©rĂ© entre deux Aâ Ă©gaux entre eux) de grandeur variable : 1° la perception constituera le produit des centrations sur A et sur Aâ. Ces centrations peuvent ĂȘtre lâune rĂ©elle et lâautre virtuelle, ou toutes deux rĂ©elles. Dans ce second cas, elles seront successives et le dĂ©placement du regard de A Ă Aâ ou de Aâ Ă A entraĂźnera un « transport » de lâun de ces termes sur lâautre 5. 2° Lâeffet de la centration sur lâun des Ă©lĂ©ments consistera en une surestimation de ce segment, proportionnelle Ă sa grandeur relative. 3° Ă ces surestimations sâopposera une dĂ©centration, proportionnelle Ă la longueur totale de la figure.
On peut alors distinguer les quatre possibilitĂ©s suivantes, qui intĂ©ressent Ă la fois les effets de contraste et les seuils diffĂ©rentiels dâĂ©galitĂ© dus, les uns et les autres, au mĂ©canisme gĂ©nĂ©ral des centrations relatives :



I. A > Aâ. La centration sur A produit une dilatation ÎŽA de valeur proportionnelle Ă A et la centration sur Aâ une dilatation proportionnelle Ă Aâ soit ÎŽAâ, qui restera donc ÎŽAâ < ΎA. Le produit de ces deux centrations sera ÎŽA â ΎAâ, et, en vertu des proportionnalitĂ©s postulĂ©es, il pourra donc ĂȘtre calculĂ© comme proportionnel Ă la diffĂ©rence des grandeurs A et Aâ exprimĂ©es chacune en fonction de leur rapport Aâ/A, soit A â Aâ (Aâ/A). Mais, pour tenir dâemblĂ©e compte de la dĂ©centration, il faut en outre supposer que cette dĂ©formation ÎŽA â ΎAâ sera inversement proportionnelle Ă la longueur totale (A + Aâ). On aura donc :
(1) ÎŽA â ΎAâ = [(A â Aâ)(Aâ/A)]/(A + Aâ) (Voir la fig. 2.)
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II. A < Aâ. On aura inversement une dĂ©formation ÎŽAâ â ΎA se calculant comme suit en fonction des mĂȘmes proportionnalitĂ©s :
(2) ÎŽAâ â ΎA = [(Aâ â A)(A/Aâ)]/(A + Aâ) (Voir la fig. 3.)
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III. En cas dâĂ©galitĂ© A = Aâ, on aura deux dĂ©formations Ă©gales de sens inverse, dâoĂč une dĂ©formation totale nulle :
(3) ÎŽAâ â ΎA = [0 (Aâ/A)]/(A + Aâ) = 0 (Voir la fig. 4.)
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IV. Enfin, en cas de quasi-Ă©galitĂ©, par exemple pour Aâ lĂ©gĂšrement plus petit que A, il existera nĂ©cessairement une limite Ă partir de laquelle la dĂ©formation due Ă la centration sur Aâ, soit ÎŽ Aâ, fera voir Aâ comme sâil Ă©tait plus grand que A, ce que nous pouvons Ă©crire :
(4) Aâ (FAâ)Â >Â A (FAâ)
câest-Ă -dire « Aâ vu de la fixation du regard sur Aâ est plus grand que A vu de la mĂȘme centration ».
Mais inversement la centration sur A le fera voir plus grand que Aâ (et mĂȘme encore plus grand quâil ne lâest en rĂ©alitĂ©) :
(5) A (FA)Â >Â Aâ (FA)
Lâexistence de ces deux jugements contradictoires crĂ©e donc une situation nouvelle par rapport aux trois prĂ©cĂ©dentes. En celles-ci, quelle que soit la centration sur A ou sur Aâ, les segments sont toujours perçus selon la mĂȘme relation (A > Aâ) ou (A < Aâ) et la diffĂ©rence entre les centrations nâaboutit quâĂ une lĂ©gĂšre exagĂ©ration de cette relation objective constante. Au contraire, dans le cas IV, les centrations possibles donnent lieu Ă deux jugements incompatibles entre eux. La seule possibilitĂ© dâĂ©quilibre consiste alors en une Ă©galisation de A et de Aâ, et câest bien ce que lâintrospection confirme : lorsque lâon croit voir alternativement le premier de deux termes plus grand que le second et le second plus grand que le premier, on les juge immĂ©diatement Ă©gaux. Câest ce balancement entre jugements opposĂ©s qui caractĂ©rise la « zone dâincertitude » et câest cette Ă©galisation illusoire qui dĂ©finit le seuil diffĂ©rentiel. On comprend ainsi dâemblĂ©e pourquoi la largeur du seuil est proportionnelle aux grandeurs en jeu, puisquâelle dĂ©pend du mĂ©canisme des centrations dont les effets sont eux-mĂȘmes toujours proportionnels Ă ces mĂȘmes grandeurs.
Mais renvoyons cette discussion de la loi de Weber Ă la partie II du prĂ©sent article et bornons-nous pour le moment aux mĂ©canismes de la centration relative. Le problĂšme qui reste Ă rĂ©soudre Ă cet Ă©gard est de savoir comment les dĂ©formations (1) et (2) se marqueront sur le segment A lui-mĂȘme, lorsque les mesures porteront sur ce terme.
Appelons P (A) les dĂ©formations de A, ou plutĂŽt PRD (A), Ă©tant entendu que ces dĂ©formations peuvent ĂȘtre relatives aux excĂšs de ressemblance (R > â D) aussi bien que de diffĂ©rence (D > â R) donc Ă la situation IV comme aux situations I-III, mais limitons pour lâinstant la discussion Ă ces trois derniĂšres. Nous constatons dâabord que si les formules (1) et (2) fournissent bien une premiĂšre approximation des faits du § 1, lâĂ©cart entre celles-lĂ et ceux-ci augmente cependant au fur et Ă mesure de lâagrandissement de la figure. En outre, on ne saurait exprimer en une formule unique les dĂ©formations mesurĂ©es sur A et celles mesurĂ©es sur Aâ.
Si lâon se place au point de vue de la mesure sur le segment A, il suffit alors de multiplier les relations (1) et (2) par le rapport entre le carrĂ© de A et celui de la longueur totale (A + Aâ). Que ce rapport de la partie A et du tout (A + Aâ) intervienne nĂ©cessairement dans la dĂ©formation PRD (A), cela est certes comprĂ©hensible, car ce rapport joue le rĂŽle de rĂ©gulateur lors de lâagrandissement de la figure. Mais pourquoi faut-il faire intervenir les carrĂ©s et non pas la premiĂšre puissance de ces deux quantitĂ©s ? Câest ce que nous verrons dans lâanalyse probabiliste qui suivra.

Â
Contentons-nous pour le moment de constater que lâĂ©noncĂ© suivant de la loi des centrations relatives est bien en accord avec les faits 6 du § 1. On a donc :
(6) PRD(A) = [(A â Aâ)(Aâ/A)]/(A + Aâ) Ă AÂČ/(A + Aâ)ÂČ si A > Aâ
et (6 bis) PRD(A) = [(Aâ â A)(A/Aâ)]/(A + Aâ) Ă AÂČ/(A + Aâ)ÂČ si A < Aâ
Effectivement le maximum de la courbe (6) est donnĂ© pour Aâ = A/4 ce qui correspond bien aux faits des tableaux III et IV et le maximum de (6 bis) est donnĂ© pour Aâ = 1,55 A ce qui correspond Ă©galement au tableau III (voir fig. 5).
Dâautre part, si le segment A est insĂ©rĂ© entre deux segments Ă©gaux Aâ, il suffit de compter aux dĂ©nominateurs le tout comme valant (A + 2 Aâ), le numĂ©rateur Ă©tant simplement Ă doubler puisquâil exprime un double rapport perceptif, soit entre un A et deux Aâ. On aura ainsi (fig. 5) :
(7) PRD(A) = [2(A â Aâ)(Aâ/A)]/(A + 2Aâ) Ă AÂČ/(A + 2Aâ)ÂČ si A > Aâ
et (7 bis) PRD(A) = [2(Aâ â A)(A/Aâ)]/(A + 2Aâ) Ă AÂČ/(A + 2Aâ)ÂČ si A < Aâ
Voici alors le tableau des dĂ©formations thĂ©oriques de A (A Ă©tant supposĂ© ĂȘtre de valeur = 10), calculĂ©es selon les formules (6) ; (6 bis), (7) et (7 bis) pour des Aâ de valeur 0,5 Ă 20 (ces dĂ©formations Ă©tant exprimĂ©es en % de A) :
Â
| Aâ : | DĂ©formation (6) | DĂ©formation (7) |
| 0,5 | 0,40 | 0,70 |
| 1 | 0,66 | 1,04 |
| 1,66 (A/6) | 0,87 | 1,17 |
| 2 | 0,92 | 1,17 |
| 2,5 (A/4) | 0,96 | 1,11 |
| 3 | 0,95 | 1,04 |
| 4 | 0,87 | 0,82 |
| 5 | 0,74 | 0,62 |
| 6 | 0,58 | 0,44 |
| 7 | 0,42 | 0,26 |
| 8 | 0,27 | 0,18 |
| 9 | 0,13 | 0,08 |
| 10 | 0 | 0 |
Â
| Déformation (6 bis) | Déformation (7 bis) | |
| 11 | â 0,09 | â 0,05 |
| 12 | â 0,15 | â 0,08 |
| 13 | â 0,18 | â 0,09 |
| 14 | â 0,20 | â 0,104 |
| 15 | â 0,21 | â 0,104 |
| 16 | â 0,21 | â 0,102 |
| 17 | â 0,20 | â 0,096 |
| 18 | â 0,20 | â 0,090 |
| 19 | â 0,19 | â 0,086 |
| 20 | â 0,16 | â 0,080 |
Â
Or il est remarquable de constater que les maxima thĂ©oriques donnĂ©s par les prop. (7) et (7 bis), qui sont de Aâ = A/6 et Aâ = 1,5 A, correspondent, non seulement au rĂ©sultat des comparaisons qualitatives assez grossiĂšres du tableau V, mais encore et surtout Ă celui des mesures faites Ă propos de lâillusion de DelbĆuf (Rech. I). On se rappelle que, dans les deux cercles concentriques Ă©tudiĂ©s Ă cette occasion, câest le rapport entre le diamĂštre A du cercle intĂ©rieur et la largeur de la zone S Aâ sĂ©parant ce cercle du cercle extĂ©rieur, qui dĂ©termine les maxima. Lorsque A = S Aâ, lâillusion est nulle, lorsque S Aâ = A/6 il y a maximum positif et lorsque S Aâ = 1,5 A il y a maximum nĂ©gatif. Or, dans la notation de nos figures actuelles le diamĂštre A correspond au segment A et la largeur S Aâ correspond au segment Aâ que lâon retrouve Ă chacune des deux extrĂ©mitĂ©s de A. On peut donc dire que le tableau V exprime simplement sous une nouvelle forme ce que nous avions trouvĂ© Ă propos de lâillusion de DelbĆuf, et que les relations (7) et (7 bis) traduisent mĂ©triquement Ă la fois les faits relevant de cette illusion 7 et les faits consignĂ©s dans le tableau V. La convergence entre les maxima thĂ©oriques et ceux donnĂ©s dans les tableaux de la p. 18 de Rech. I est Ă cet Ă©gard trĂšs intĂ©ressante.
§ 3. Interprétation probabiliste de la loi des centrations relatives
Le mécanisme des centrations relatives ainsi formulé dans les prop. (6) à (7 bis), cherchons maintenant à le réduire à un simple jeu de combinaisons entre points de fixation probables du regard.
I. DĂ©partissons dâabord les segments A et Aâ en un certain nombre de sous-segments Ă©gaux, dont chacun constitue un point de fixation possible du regard. Ces points, rĂ©partis donc Ă distances Ă©gales les uns des autres, seront choisis en nombres arbitraires, pourvu que ces nombres soient proportionnels aux longueurs respectives de A et de Aâ. Admettons, pour simplifier, que A soit divisĂ© en 10 sous-segments et comporte ainsi 10 points de fixation possibles du regard, tandis que les Aâ variables, Ă©tant de grandeurs Ă©gales Ă 0,1 ; 0,2 ; 0,3⊠0,9 A, comporteront de 1 Ă 9 sous-segments, donc de 1 Ă 9 points de fixations possibles. Supposons enfin que la comparaison visuelle des deux lignes A et Aâ puisse sâeffectuer selon toutes les combinaisons possibles entre un point quelconque de fixation de la premiĂšre et un point quelconque de fixation de la seconde. On constate alors que :
1° Les combinaisons possibles constituent des « associations » multiplicatives et sont, pour les diffĂ©rents cas prĂ©vus en cet exemple simplifiĂ©, de (10 Ă 1) ; (10 Ă 2) ; (10 Ă 3)⊠(10 Ă 9), soit :
(8) Total des associations possibles = AAâ
(Cela reste naturellement vrai quels que soient les nombres choisis de sous-segments ou de points de fixation, pourvu que ces nombres demeurent proportionnels aux longueurs respectives de A et de Aâ.)
2° Parmi ces associations, il en est qui ont lieu entre les sous-segments ou points de fixation correspondants des deux lignes A et Aâ. Supposons, par exemple, que Aâ comporte 3 unitĂ©s : sur les 10 unitĂ©s de A, 3 dâentre elles correspondent alors Ă celles de Aâ, tandis que les 7 autres seront dites non correspondantes. Dans ce cas, les associations entre points correspondants seront de 3 Ă 3 = 9 et elles expriment lâĂ©galitĂ© entre Aâ et une partie de A.

Nous les appellerons donc « associations de ressemblance » (= Ass. R) et leur nombre est, de façon gĂ©nĂ©rale, Ă©gal Ă AâÂČ, dâoĂč par rapport aux associations possibles au total :
(8 bis) Associations de ressemblance (Ass. R) = AâÂČ/AAâ
3° Dâautre part, les associations non correspondantes, câest-Ă -dire effectuĂ©es entre les points de fixation de Aâ et les points de A qui occupent la rĂ©gion de A dĂ©passant la longueur Aâ, seront de (A â Aâ) Aâ. Si Aâ comporte 3 points et A = 10, les points non correspondants de A seront en effet de (10 â 3) donc de (A â Aâ) et les associations non correspondantes de (10 â 3) Ă 3 donc de (A â Aâ) Aâ. Appelons ces associations, qui expriment ainsi lâinĂ©galitĂ© de A et de Aâ les « associations de diffĂ©rence » (Ass. D). Leur nombre, par rapport aux associations totales possibles, est donc, de façon gĂ©nĂ©rale, de :
(8 ter) Associations de diffĂ©rence (Ass. D) = [(A â Aâ)Aâ]/AAâ
4° Enfin, il est clair que si toutes ces associations Ă©taient effectuĂ©es simultanĂ©ment, câest-Ă -dire si la comparaison perceptive des deux lignes A et Aâ rĂ©sultait de la somme des combinaisons entre tous les points de fixation possibles du regard, on aurait :
(9) AâÂČ/AAâ + [(A â Aâ)Aâ]/AAâ = AAâ/AAâ = 1
(La fig. 6 représente la chose pour 4 et 2 points de fixation.)
Si la perception sâeffectuait selon ces rapports (9), donc si elle tenait compte de toutes les combinaisons possibles, il nây aurait jamais dâillusions et la perception serait en chaque cas parfaitement adĂ©quate Ă son objet : les ressemblances et les diffĂ©rences dimensionnelles entre A et Aâ seraient objectivement exprimĂ©es par les Ass. R. et les Ass. D, de telle sorte que lâon aurait Ă nouveau, pour chaque modification de la figure, les relations :
(9 bis) Ass. R = 1 â Ass. D et Ass. D = 1 â Ass. R puisque Ass. R + Ass. D = 1
ou, exprimées en langage logistique :
(9 ter) R = â D et D = â R
câest-Ă -dire que toute augmentation des ressemblances apparaĂźtrait toujours comme une diminution des diffĂ©rences, et vice versa, sans que se produisent plus ces dĂ©formations systĂ©matiques habituelles consistant Ă faire primer les diffĂ©rences (illusions de contraste) ou les ressemblances (zone intraliminaire). La perception serait donc entiĂšrement rĂ©versible.
II. Cela posĂ©, analysons maintenant la perception rĂ©elle qui est au contraire irrĂ©versible, puisquâelle prĂ©sente Ă chaque instant des dĂ©formations ou transformations non compensĂ©es dâordre PRD. Or, le pourquoi de ces dĂ©formations et de cette irrĂ©versibilitĂ© devient extrĂȘmement facile Ă expliquer : il suffit dâadmettre, ce qui est lâĂ©vidence mĂȘme, que la comparaison visuelle entre les lignes A et Aâ ne sâeffectue pas selon toutes les combinaisons prĂ©vues en (9) mais selon quelques associations seulement, constituant comme un tirage au sort parmi lâensemble des associations possibles. Autrement dit, au lieu de fixer successivement tous les points de A et tous ceux de Aâ, selon toutes les combinaisons, le regard sâattachera seulement Ă quelques points et la question sera simplement dâen dĂ©terminer la probabilitĂ©, câest-Ă -dire de calculer les chances respectives de fixation dans une direction ou dans une autre.
De ce point de vue, on peut supposer que :
1° Sâil existe une diffĂ©rence sensible entre les lignes A et Aâ, dans le sens A > Aâ, câest la ligne la plus grande A qui attirera davantage le regard et fera donc pencher la balance en faveur des associations de diffĂ©rence selon une probabilitĂ© Ă dĂ©terminer. Par rapport Ă la proportion des Ass. D et des Ass. R dĂ©finie dans les prop. (9) et (9 bis), on aura donc un excĂšs (relatif) dâAss. D et un dĂ©faut (relatif) dâAss. R. On peut formuler la chose comme suit, en appelant + PD cet excĂšs relatif en faveur des Ass. D et â PR le dĂ©faut dâAss. R (mais comme ce dĂ©faut relatif dâAss. R est Ă©quivalent en nĂ©gatif Ă lâexcĂšs + PD on peut lâĂ©crire â PD) :
(10) Si A > Aâ alors Ass. D (rĂ©elles) = [(A â Aâ)Aâ]/AAâ + PD
et Ass. R (rĂ©elles) = AâÂČ/AAâ â PD
2° De mĂȘme si lâon a A < Aâ de façon sensible (= en dehors du seuil dâĂ©galitĂ©), les associations rĂ©elles prendront la forme suivante :
(10 bis) Si A < Aâ alors Ass. D (rĂ©elles) = [(Aâ â A)A]/AAâ + PD
et Ass. R (rĂ©elles) = AÂČ/AAâ â PD
3° Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, la dĂ©formation (non pas la perception, mais la dĂ©formation perceptive) de la ligne A peut donc sâexprimer de la façon que voici :
(11) PRD(A) = 1 â [(A â Aâ)Aâ]/AAâ â AâÂČ/AAâ + PD si A > Aâ
et (11 bis) PRD(A) = 1 â [(Aâ â A)A]/AAâ â AÂČ/AAâ + PD si A < Aâ
On se rappelle en effet que 1 reprĂ©sente lâensemble des AAâ associations possibles (prop. 9) ; donc 1 = AAâ/AAâ tandis que 1 â [(A â Aâ)Aâ]/AAâ â AâÂČ/AAâ = 0. Cette derniĂšre expression reprĂ©sente ici lâensemble des relations non dĂ©formĂ©es.
En dehors du seuil dâĂ©galitĂ© de Weber, sur lequel nous reviendrons tout Ă lâheure, la dĂ©formation de A sous lâinfluence de Aâ, se rĂ©duit donc Ă Â :
(11 ter) PRD(A)Â =Â 0Â +Â PDÂ =Â PD
III. Le problÚme se ramÚne ainsi à la détermination de PD. à cet égard, on peut invoquer les considérations suivantes :
1° Tout dâabord, lâexcĂ©dent dâassociations PD sera Ă©videmment proportionnel au nombre absolu des associations de diffĂ©rences (Ass. D) elles-mĂȘmes, soit (A â Aâ) Aâ ou (Aâ â A) A (selon que A > Aâ ou que Aâ > A). Mais la dĂ©formation PD sera-t-elle sans plus inversement proportionnelle au nombre total dâassociations AAâ ce qui donnerait PD = (A â Aâ) Aâ/AAâ ? Il est clair que cette expression ne suffit pas, car si ces facteurs Ă©taient seuls en cause, la dĂ©formation PD ne ferait quâaccentuer les diffĂ©rences donnĂ©es objectivement et serait ainsi dâautant plus forte que Aâ est plus petit. Or, ce nâest pas le cas : comme nous lâavons vu (§ 1) lâexpĂ©rience montre que pour des Aâ trĂšs petits la dĂ©formation est moindre que pour des Aâ valant le 1/5 ou le 1/4 de A. Il intervient donc dâautres facteurs qui jouent un rĂŽle de frein lors des grandes disproportions :
2° En rĂ©alitĂ©, lorsque Aâ devient trĂšs petit par rapport Ă A (ou lâinverse), le jeu des centrations successives sur A et sur Aâ reprĂ©sentĂ© par le schĂ©ma de la fig. 2 obĂ©it de moins en moins au principe de la rĂ©ciprocité : les centrations sur Aâ cessent, en effet, de demeurer indĂ©pendantes parce quâelles englobent alors une partie croissante de A, ou, ce qui revient au mĂȘme, les centrations sur A englobent tout Aâ. Il y a alors ce que nous avons appelĂ© antĂ©rieurement une « interfĂ©rence des centrations » tendant jusquâĂ une « fusion » presque complĂšte 8 : en ce cas, Aâ cesse naturellement dâĂȘtre dĂ©valuĂ© par A puisque Aâ est centrĂ© en mĂȘme temps que A.
Par consĂ©quent la dĂ©formation PD ne sera pas seulement inversement proportionnelle au nombre des associations AAâ (comme sâil y avait simple rapport des Ass. D au total des associations issues de la comparaison entre A et Aâ), mais inversement proportionnelle au total des associations possibles entre le plus grand des deux termes, soit A (ou Aâ) et le tout (A + Aâ) : en effet, les rapports de centration relatives entre A et Aâ changent lorsque A est trĂšs grand relativement Ă Aâ donc lorsque A tend Ă se confondre avec le tout (A + Aâ).
On aura donc au dĂ©nominateur, non pas seulement AAâ mais (A + Aâ) A.
N. B. â On pourrait aussi Ă©crire ce dĂ©nominateur sous la forme Ă©quivalente AAâ + AÂČ, câest-Ă -dire : le total des associations possibles entre A et Aâ (soit AAâ), plus les associations possibles entre le plus grand des deux termes et lui-mĂȘme, en tant que celui-ci attire le regard de façon privilĂ©giĂ©e. En effet, dans un systĂšme dâassociations entre points de fixation probables, on ne saurait faire figurer un terme isolĂ©, tel que A, Ă la premiĂšre puissance, puisquâil ne constitue pas un ensemble additif de points ou de segments, mais un ensemble de comparaisons, donc dâassociations multiplicatives. DĂšs lors, pour exprimer que les Ass. D (A â Aâ) Aâ, sont relatives, non pas seulement au produit AAâ, mais aussi Ă la longueur absolue de A qui attire spĂ©cialement la fixation du regard, il faut poser AAâ + AÂČ. Du point de vue de la perception, ce carrĂ© signifie ceci : ou bien le regard parcourt simplement lâĂ©lĂ©ment A, mais on sait quâil oscille en ce cas dâune maniĂšre plus ou moins irrĂ©guliĂšre, non pas seulement dâun point Ă lâautre de lâobjet, mais en dehors de lui (au-dessus, au-dessous, au-delĂ , etc., comme sâil visait mal et cherchait Ă sâassurer quelques points de repĂšre dans son entourage), ou bien le regard « transporte » 9 lâĂ©lĂ©ment A sur Aâ et alors il faut tenir compte des associations possibles entre A et son symĂ©trique « transporté ». Dans les deux cas la vision de A suppose donc un systĂšme dâassociations possibles, entre chacun de ses points et leur ensemble, y compris le point considĂ©rĂ© lui-mĂȘme (en symĂ©trique ou en marge), soit A Ă A = AÂČ.
On aura donc jusquâici PD = [(A â Aâ)Aâ]/[(A + Aâ)A] ou [(Aâ â A)A]/[(A + Aâ)Aâ]
(voir prop. 1 et 2), expression dans laquelle le numĂ©rateur indique donc que la dĂ©formation est proportionnelle aux associations de diffĂ©rence et oĂč le dĂ©nominateur exprime quâelle est inversement proportionnelle aux associations AAâ issues de la comparaison entre A et Aâ et Ă la longueur de la plus longue des deux lignes comparĂ©e Ă elle-mĂȘme, AÂČ ou AâÂČ. Cette derniĂšre grandeur joue ainsi le rĂŽle de rĂ©gulateur pour les petites valeurs de Aâ (ou de A) et constitue ce que lâon pourrait appeler une « dĂ©centration interne » (voir Rech. I, p. 91) de Aâ.
3° Mais si la mesure de la dĂ©formation PD est prise sur lâĂ©lĂ©ment A constant, autrement dit si lâon mesure PD(A), il faut en outre tenir compte du fait que plus la figure A + Aâ sâallonge et moins les dĂ©formations se feront sentir Ă cause de la « dĂ©centration externe », câest-Ă -dire du fait (inverse du prĂ©cĂ©dent) que les centrations deviennent de plus en plus indĂ©pendantes. Il suffit, pour exprimer ce troisiĂšme facteur, de multiplier lâexpression prĂ©cĂ©dente par le rapport de (A) Ă (A + Aâ) en mettant chacun de ces deux termes au carrĂ© pour les raisons que lâon vient de voir 10, soit AÂČ/(A + Aâ)ÂČ.
N. B. â Il est Ă noter que (A + Aâ)ÂČ peut se dĂ©composer en (A + Aâ)ÂČ = (AÂČ + AAâ) + (AâÂČ + AAâ)
soit le total des associations possibles par transport de A sur Aâ et de Aâ sur A et par comparaison de A et de Aâ dans les deux sens du transport.
En réunissant les trois facteurs précédents, on obtient ainsi pour PD la valeur suivante 11 :
(12) PD(A) = [(A â Aâ)Aâ]/(AAâ + AÂČ) Ă AÂČ/(A + Aâ)ÂČ
si A > Aâ (= [(A â Aâ)Aâ]/[(A + Aâ)A] Ă AÂČ/(A + Aâ)ÂČ)
et (12 bis) PD(A) = [(Aâ â A)A]/(AAâ + AâÂČ) Ă AÂČ/(A + Aâ)ÂČ
si A < Aâ (= [(Aâ â A)A]/[(A + Aâ)Aâ] Ă AÂČ/(A + Aâ)ÂČ)
On retrouve ainsi les formules (6) et (6 bis), les déformations PD(A) et PRD(A) étant identiques en vertu de (11 ter).
En rĂ©sumĂ©, ce rĂ©sultat de lâanalyse probabiliste revient donc Ă soutenir que la dĂ©formation systĂ©matique ou illusion sera :
1) proportionnelle au nombre des associations par diffĂ©rence (Ass. D) = (A â Aâ)Aâ ou (Aâ â A)A ;
2) inversement proportionnelle au total des associations AAâ entre les points de fixation possibles sur A et sur Aâ et en outre au total des associations possibles entre le plus grand terme A (ou Aâ) et lui-mĂȘme ou son symĂ©trique transportĂ©, soit AÂČ (ou AâÂČ) 12 ;
3) directement proportionnelle au rapport de lâĂ©lĂ©ment mesurĂ© A et du tout (A + Aâ), ce rapport A/(A + Aâ) figurant au carrĂ© AÂČ/(A + Aâ)ÂČ parce quâil ne sâagit pas de lâensemble des points de fixation possibles que ces termes A et (A + Aâ) reprĂ©sentent, mais de lâensemble des combinaisons possibles dues Ă leurs comparaisons (et Ă leurs transports Ă©ventuels).
Dans le cas oĂč A est insĂ©rĂ© entre deux Aâ de mĂȘmes valeurs, on a simplement 2AAâ et (A + 2Aâ)ÂČ aux dĂ©nominateurs, et le double de combinaisons au numĂ©rateur :
(13) PD(A) = [2(A â Aâ)Aâ]/(2AAâ + AÂČ) Ă AÂČ/(A + 2Aâ)ÂČ si A > Aâ
et (13 bis) PD(A) = [2(Aâ â A)A]/(2AAâ + AâÂČ) Ă AÂČ/(A + 2Aâ)ÂČ si A < Aâ
On retrouve ainsi les formules (7) et (7 bis) et lâon comprend la raison des maxima donnĂ©s par lâexpĂ©rience, que nous avons dĂ©jĂ discutĂ©s au § 2 Ă propos des propositions (6) Ă (7 bis).
IV. Si cette analyse est exacte, on comprend alors non seulement pourquoi la centration privilĂ©giĂ©e du regard sur un Ă©lĂ©ment aboutit Ă sa surĂ©valuation relative, mais encore pourquoi cette dĂ©formation est proportionnelle Ă la grandeur des Ă©lĂ©ments centrĂ©s. Câest que lâensemble des points de fixation possible dont est formĂ© un Ă©lĂ©ment ne constitue pas une classe additive, telle que le tout formĂ© par deux longueurs A et Aâ Ă©quivale simplement Ă leur somme A + Aâ : elle est une classe multiplicative, dĂ©finie par un ensemble dâassociations possibles. Câest pourquoi, dans les prop. 12 Ă 13 bis, chaque terme intervient en multiplication avec un autre, ou lorsquâil semble isolĂ©, se prĂ©sente au carrĂ©, câest-Ă -dire en multiplication avec son symĂ©trique ou avec lui-mĂȘme. DĂšs lors, lorsque deux Ă©lĂ©ments sont comparĂ©s entre eux, leurs dĂ©formations sont proportionnelles au rapport de leurs points de fixation, donc Ă leurs grandeurs relatives, et demeurent par consĂ©quent les mĂȘmes lorsque ce rapport se conserve, quelles que soient les valeurs absolues des Ă©lĂ©ments.
Câest cette proportionnalitĂ© ou relativitĂ© dĂ©formante qui constitue la forme gĂ©nĂ©rale de la loi de Weber. On pourrait lâexprimer de la maniĂšre suivante :
(14) PRD(A/Aâ)/(A/Aâ)Â =Â PRD(nA/nAâ)/(nA/nAâ)
câest-Ă -dire la dĂ©formation dâun certain A relatif Ă un certain Aâ est la mĂȘme, par rapport Ă cet A et Ă cet Aâ que la dĂ©formation dâun A n fois plus grand relatif Ă un Aâ n fois plus grand Ă©galement, par rapport Ă cet n A et Ă cet n Aâ.
Or, on voit immĂ©diatement que cette proportionnalitĂ© de Weber dĂ©coule des prop. 6-7 ou 12-13, câest-Ă -dire de la loi mĂȘme des centrations relatives.
Mais le problĂšme nâest pas seulement dâexpliquer cette proportionnalitĂ© gĂ©nĂ©rale. Il est surtout de rendre compte de celle du seuil dâĂ©galitĂ©, câest-Ă -dire du mĂ©canisme inverse des prĂ©cĂ©dents puisquâau seuil il nây a plus de formation par diffĂ©rence ou contraste entre A et Aâ mais dĂ©formation par ressemblance ou assimilation. Or, si lâon revient Ă la prop. 11 (et 11 bis) qui donne la forme gĂ©nĂ©rale des dĂ©formations, on constate quâil suffit, dans lâexpression
PRD(A) = 1 â [(Aâ â A)A]/AAâ â AÂČ/AAâ + PD
dâannuler les associations de diffĂ©rences (Ass. D), soit (Aâ â A) A/AAâ et la dĂ©formation PD qui leur est relative pour obtenir la dĂ©formation PR :
PR = 1 â AÂČ/AAâ = 1 â A/Aâ
Câest cette dĂ©formation par suppression des diffĂ©rences (Ass. D) qui explique la zone dâincertitude ou zone intraliminaire, et il sâagit maintenant de montrer comment.
II. La loi de Weber-Fechner
Notre problĂšme Ă©tant dâexpliquer la loi de Weber et non pas de la dĂ©montrer par de nouveaux faits, nous suivrons en cette seconde partie la marche inverse de celle adoptĂ©e en la premiĂšre : nous commencerons par lâanalyse probabiliste de la loi et terminerons par lâexposĂ© et la discussion des faits justifiant lâexplication proposĂ©e.
§ 4. Explication probabiliste du seuil différentiel
Nous avons admis jusquâici que, si A et Aâ diffĂšrent sensiblement, le plus grand des deux dĂ©value relativement le petit ou est lui-mĂȘme relativement surestimĂ©, et cela grĂące Ă un excĂ©dent PD des associations de diffĂ©rence (Ass. D).
Lorsque A et Aâ sont de dimensions voisines, la probabilitĂ© de dĂ©formation dans le sens de lâinĂ©galitĂ© devient par contre trĂšs faible, en vertu des prop. 6-7 et 12-13 elles-mĂȘmes (voir la fig. 5), tandis que les associations de ressemblances (Ass. R) augmentent naturellement en valeur relative. NĂ©anmoins, il y aurait toujours une lĂ©gĂšre surestimation du plus grand terme, jusquâĂ lâĂ©galitĂ© absolue A = Aâ, si un nouveau phĂ©nomĂšne ne se produisait pas au voisinage de cette derniĂšre. Or, il se produit nĂ©cessairement alors une sorte de « rĂ©sonance », et cela en vertu des mĂȘmes processus de centration qui conduisent Ă la surestimation du grand terme en cas de diffĂ©rences notables. Câest ce que nous avons entrevu au § 2 (sous IV).
Supposons dâabord que A et Aâ diffĂšrent notablement. On se rappelle quâalors la centration sur A produit une surestimation de cet Ă©lĂ©ment, que lâon peut Ă©crire :
A (F A)Â >Â A(F Aâ)
câest-Ă -dire A vu de la centration sur A paraĂźt plus grand que A vu de la centration sur Aâ. On aura de mĂȘme :
Aâ (F Aâ)Â >Â Aâ (F A)
Si, objectivement, A > Aâ, et que cette diffĂ©rence soit suffisante (par exemple A = 10 et Aâ = 3), on verra bien A > Aâ dans les deux cas, mais la diffĂ©rence paraĂźtra plus grande en F A quâen FAâ. Câest le rapport de ces deux centrations FA et FAâ que nous avons cherchĂ© Ă calculer dans la sect. I et qui se traduit par PD.
Mais supposons maintenant que A et Aâ soient trĂšs voisins (par exemple A = 10 et Aâ = 9,5 ou 9,8, etc.). Les deux propositions prĂ©cĂ©dentes resteront vraies, câest-Ă -dire quâon surestimera toujours le terme que lâon centre au moment mĂȘme de la centration. Seulement, par le fait que les Ă©lĂ©ments A et Aâ sont devenus trĂšs voisins, il arrivera nĂ©cessairement, Ă partir dâune certaine valeur de Aâ se rapprochant de A (objectivement on a toujours A > Aâ) que la centration sur Aâ fera voir Aâ supĂ©rieur Ă A vu de la mĂȘme centration F Aâ, tandis que la centration sur A le fera voir plus grand que Aâ vu de la centration F A. On aura donc, comme on lâa vu au § 2 (prop. 4 et 5) :
(prop. 4) Aâ (F Aâ) > A (F Aâ) et (prop. 5) Aâ (F A) < A (F A) tandis que pour des diffĂ©rences notables on a toujours :
Aâ (F Aâ)Â <Â A (F Aâ) et Aâ (F A)Â <Â A (F A)
malgrĂ© les dĂ©formations lĂ©gĂšres dâune centration Ă lâautre.
Autrement dit, lorsque les valeurs de A et Aâ sont assez proches, on a selon la centration sur A et sur Aâ deux visions contradictoires, dont lâune fait voir Aâ > A et lâautre Aâ < A. Câest alors que se produit le balancement que nous comparions Ă la « rĂ©sonance » qui se produit parfois en physique lorsque deux valeurs distinctes sont voisines de lâĂ©galitĂ©.
En ce cas, la seule maniĂšre dâassurer lâĂ©quilibre entre les deux centrations alternatives consiste, pour la vision, Ă percevoir une Ă©galitĂ© A = Aâ. En cas dâĂ©galitĂ© objective aussi, on voit en effet alternativement A > Aâ ou A < Aâ selon la centration sur A ou sur Aâ. LâĂ©galitĂ© illusoire due au balancement nâa donc rien dâexceptionnel pour la perception lorsque A et Aâ ne sont pas objectivement Ă©gaux puisque le processus dâĂ©galisation est le mĂȘme quand ils le sont. Mais, Ă la diffĂ©rence du cas de lâĂ©galitĂ© objective, dans lequel les deux centrations sont simplement dĂ©centrĂ©es lâune par rapport Ă lâautre, lâĂ©galisation illusoire due au balancement suppose donc un privilĂšge accordĂ© Ă la centration sur le petit terme, puisque alors le petit est surĂ©valuĂ© et le grand sous-Ă©valuĂ© dans le jugement dâĂ©galitĂ©.
Câest cette surestimation du petit terme qui constitue le fait nouveau. Jusquâici, câest-Ă -dire pour les diffĂ©rences sensibles, nous avons admis une probabilitĂ© plus grande de fixation sur le grand terme, qui attire le regard et est donc surestimĂ© en proportion de sa grandeur. La zone intraliminaire, au contraire, serait donc caractĂ©risĂ©e par une probabilitĂ© supĂ©rieure de fixation sur le petit terme, puisque le balancement entre les deux centrations conduit Ă surestimer ce terme jusquâĂ ce quâil y ait Ă©galitĂ©, et que cette surestimation est liĂ©e Ă la centration correspondante.
Mais il faut bien comprendre que cette surestimation du petit terme, ou cette centration privilĂ©giĂ©e sur le petit Ă©lĂ©ment, nâa rien de contradictoire avec la loi gĂ©nĂ©rale selon laquelle les centrations conduisent Ă une surestimation du terme centrĂ© avec la probabilitĂ© la plus grande. En effet, le phĂ©nomĂšne primaire demeure les surestimations alternatives dues aux centrations sur A et sur Aâ. Câest ce fait premier qui donne lieu, si A > Aâ, soit Ă une centration privilĂ©giĂ©e sur le grand terme (surestimation de A) soit Ă un balancement. Dans le dernier cas, il sâensuit alors, mais Ă titre de phĂ©nomĂšne secondaire ou dĂ©rivĂ©, la surestimation du petit terme Aâ. Ce phĂ©nomĂšne secondaire est, en effet, entiĂšrement explicable par le besoin dâĂ©quilibre de la perception, câest-Ă -dire par le besoin dâadmettre lâĂ©galitĂ© A = Aâ pour mettre fin au balancement des visions contradictoires : sans le besoin dâassurer lâĂ©quilibre par une Ă©galisation des termes en prĂ©sence, il nây aurait aucune raison de surestimer le petit terme.
Cela dit, il devient facile de formuler ces mĂ©canismes en termes de probabilitĂ©s. En effet, lâexistence mĂȘme du balancement entre les jugements contradictoires Aâ > A et Aâ < A conduit Ă lâĂ©limination des associations de diffĂ©rences (Ass. D) puisquâil aboutit Ă lâĂ©galisation Aâ = A qui signifie lâexclusivitĂ© des associations de ressemblances (Ass. R). On peut donc dire que plus Aâ et A sont objectivement voisins par leurs dimensions et plus la probabilitĂ© dâAss. D diminue, le seuil dĂ©butant ainsi Ă partir dâoĂč les Ass. R sont seules en jeu. Or les Ass. R se prĂ©sentant sous la forme AâÂČ/AAâ (dans le cas oĂč Aâ < A), on comprend que le seuil diffĂ©rentiel soit proportionnel au rapport de A et de Aâ et ne possĂšde pas de valeur absolue constante.
En quoi consiste alors la dĂ©formation PRD (A) dĂ©finissant le seuil dâĂ©galitĂ© par opposition aux illusions de contraste dues au primat des Ass. D ? En ces derniĂšres les associations de ressemblance ne sont nullement abolies, mais existent toujours Ă cĂŽtĂ© des associations de diffĂ©rence. Celles-ci prĂ©sentent simplement un excĂ©dent relatif PD dĂ©fini par les prop. 12 et 13. Par contre, au seuil dâĂ©galitĂ©, les Ass. D sont annulĂ©es ou tendent vers zĂ©ro, puisquâil y a Ă©galisation illusoire A = Aâ. Les Ass. R sont donc seules en jeu et prĂ©sentent par consĂ©quent un excĂ©dent relatif (relatif par rapport Ă la proportion normale dĂ©finie en la formule 9) de PR. Pour dĂ©terminer PR, il suffira donc dâannuler les Ass. D et PD dans la formule gĂ©nĂ©rale des dĂ©formations (11) :
PRD(A) = 1 â [(A â Aâ)Aâ]/AAâ â AâÂČ/AAâ + PD si Aâ < A
et PRD(A) = 1 â [(Aâ â A)A]/AAâ â AÂČ/AAâ + PD si Aâ > A
Par annulation des Ass. D et des PD on obtiendra donc :
(15) PRD(A) au seuil = PR = 1 â AâÂČ/AAâ si Aâ < A ; et
1 â AÂČ/AAâ si Aâ > A
soit PRD = 1 â Aâ/A si A > Aâ et 1 â A/Aâ si A < Aâ
Telle est bien lâexpression de la loi de Weber appliquĂ©e au seuil diffĂ©rentiel et exprimant la relativitĂ© ou proportionnalitĂ© de ce seuil, câest-Ă -dire le rapport logarithmique entre les valeurs des excitants A et Aâ et celles des diffĂ©rences perçues. La raison de la loi de Weber est donc en derniĂšre analyse que les dĂ©formations dues aux centrations perceptives sont elles-mĂȘmes proportionnelles aux grandeurs des Ă©lĂ©ments centrĂ©s, et cela parce que ces dĂ©formations sont lâexpression du rapport des combinaisons probables entre points de comparaison ou de fixation.
On dira peut-ĂȘtre que nous nâavons discutĂ© en cet article que des comparaisons visuelles et que la loi de Weber est beaucoup plus gĂ©nĂ©rale. On lâa abondamment Ă©tudiĂ©e par exemple dans le domaine des perceptions de poids et dans toutes les formes de sensibilitĂ©, jusquâĂ celle des plantes elles-mĂȘmes. Lâexplication probabiliste que nous suggĂ©rons pourra-t-elle de mĂȘme ĂȘtre Ă©tendue Ă tous ces aspects de la proportionnalitĂ© weberienne ? Nous nây voyons, pour notre part, aucun obstacle thĂ©orique, car chaque sorte de perceptions et chaque forme de sensibilitĂ© suppose, en tant que rapport entre une certaine activitĂ© de lâorganisme et un champ extĂ©rieur, un jeu de combinaisons multiples entre les objets donnĂ©s et les points dâapplication de cette activitĂ©. Il est clair, par exemple, que lâĂ©valuation du poids implique des points de fixation et un mĂ©canisme de centration analogue Ă celui de la vision : un objet allongĂ© paraĂźt de poids bien diffĂ©rent selon quâil est couchĂ© sur la paume de la main ou quâil est dressĂ© verticalement. Les enfants cherchent toujours, pour Ă©valuer un poids, Ă entrer en contact avec la plus grande surface possible de lâobjet, etc. Dâautre part, M. Lambercier a retrouvĂ© lâ« erreur de lâĂ©talon », si caractĂ©ristique de la centration, dans les Ă©valuations de la hauteur de rĂ©glettes invisibles en fonction du toucher et des mouvements de la main. De nombreux faits montrent ainsi que le jeu des centrations et de leurs combinaisons peut, sans difficultĂ©s thĂ©oriques, ĂȘtre Ă©tendu Ă bien dâautres domaines que celui de la vision.
§ 5. Fluctuations, valeurs extrĂȘmes et variations du seuil en dĂ©terminations ascendantes et descendantes
Cette interprĂ©tation probabiliste de la loi de Weber permet Ă©galement de comprendre sans difficultĂ© les anomalies apparentes de la loi : dâabord, il va de soi, les fluctuations considĂ©rables auxquelles les mesures donnent lieu, ensuite le fait que la loi ne vaut plus pour les valeurs extrĂȘmes, et enfin le fait fondamental que les valeurs du seuil dĂ©pendent de la mĂ©thode mĂȘme de dĂ©termination.
I. Les fluctuations, en premier lieu, sont telles que lâon ne vĂ©rifie jamais la loi de Weber sans un trĂšs grand nombre de mesures. On sait assez, par exemple, combien il est difficile de vouloir dĂ©montrer en laboratoire cette loi, si fameuse historiquement, Ă des Ă©tudiants qui dĂ©butent : la dĂ©monstration sur quelques sujets seulement donne des rĂ©sultats tellement approximatifs que lâon Ă©prouve quelque gĂȘne Ă insister. Bien plus, lorsque lâon consulte les anciens auteurs (voir par exemple les donnĂ©es empiriques dont se contente Sanford en un manuel pourtant Ă©crit en un but exclusivement didactique 13 !) on est souvent stupĂ©fait des Ă©carts qui subsistent entre les expĂ©riences et les calculs. Or, si la loi de Weber exprime, en son essence mĂȘme, une sorte de tirage au sort parmi les combinaisons possibles de points de fixation, la chose devient naturelle : il ne faut plus, en ce cas, se borner Ă dire que le contrĂŽle de toute loi psycho-physique est dâordre statistique et dĂ©pend donc du grand nombre des mesures ; il faut dire plus, et soutenir que la loi de Weber elle-mĂȘme est, comme telle, une loi de combinaisons et que sa nature « alĂ©atoire » nâest pas accidentelle mais tient Ă son essence. Le caractĂšre logarithmique de la loi de Weber, loin dâimpliquer un rapport indĂ©pendant du nombre des mesures, exprime donc simplement lâintervention de rapports multiplicatifs entre probabilitĂ©s.
II. Ceci nous conduit Ă un second caractĂšre bien connu de la loi de Weber : elle nâest valable que pour les valeurs moyennes et cesse de sâappliquer aux extrĂȘmes, câest-Ă -dire aux valeurs trĂšs petites ou trĂšs grandes. Or, la chose est facile Ă expliquer, du point de vue des probabilitĂ©s de centrations : 1° pour les trĂšs petites figures, il ne se prĂ©sente pas assez de combinaisons pour quâon obtienne une probabilitĂ© suffisante de proportions constantes (de mĂȘme que, lors de lâimpression dâune plaque photographique, les probabilitĂ©s de rencontre entre les photons et les corpuscules de sels dâargent sont trop faibles, aux petites valeurs, pour vĂ©rifier la loi logarithmique) ; 2° pour les trop grandes valeurs, il se produit un phĂ©nomĂšne analogue Ă la « saturation » (par exemple quand la plaque photographique est dĂ©jĂ noircie par une lumiĂšre intense elle ne peut plus lâĂȘtre davantage lorsquâon augmente encore lâintensitĂ© parce que tout le terrain accessible Ă la modification â donc lâensemble des corpuscules de sels dâargent â est dĂ©jĂ employĂ©) : dans la perception des figures que lâon agrandit progressivement, les combinaisons possibles entre points de comparaison diminuent Ă partir dâune certaine grandeur parce que celle-ci dĂ©passe la zone maximum de centration (= lâensemble des points visibles en fonction dâun point central de fixation). Il y a alors « dĂ©centration » absolue et la diminution du nombre des associations rend alors additive la composition des lignes, dâoĂč lâaffaiblissement de la proportionnalitĂ© de Weber.
III. On sait, enfin, que la valeur des seuils dâĂ©galitĂ© varie selon les mĂ©thodes de mesure : le seuil est, en moyenne, plus Ă©levĂ© (moins fin) lorsque les comparaisons sont ascendantes, câest-Ă -dire procĂšdent des plus petites valeurs aux plus grandes, et moins Ă©levĂ© (plus fin) lorsque les comparaisons sont descendantes. PiĂ©ron, qui discute ce phĂ©nomĂšne Ă propos des seuils absolus, note quâil se retrouve en physiologie (par exemple lors de lâexcitation dâun nerf par un courant Ă©lectrique) et le dĂ©clare non encore Ă©lucidé 14. Les Gestaltistes comparent, de leur cĂŽtĂ©, ce phĂ©nomĂšne aux rapports de figure et de fond et le rĂ©duisent ainsi Ă lâexplication que KĆhler a donnĂ©e de la loi de Weber elle-mĂȘme 15. Selon cet auteur, en effet, si une proportion entre Aâ/Aââ = Aâ/Aââ donne lieu Ă un mĂȘme rapport perceptif, câest que le rapport perçu entre Aâ et Aââ est simplement transposĂ© sur Aâ et Aââ : lorsque, pour un mĂȘme Ă©lĂ©ment Aâ on fait varier Aââ de maniĂšre ascendante ou descendante, chaque Aââ est alors perçu non plus seulement par rapport Ă Aâ mais par rapport aux Ă©lĂ©ments antĂ©rieurement prĂ©sentĂ©s Aâââ, Aââââ, etc., qui constituent comme un fond pour cette figure Aââ et la modifient par consĂ©quent. Ces remarques sont naturellement exactes, seulement, comme bien souvent en ce qui concerne les interprĂ©tations « gestaltistes », il sâagit moins dâexplications proprement dites que de descriptions, bien faites parce que reposant sur la notion de la totalitĂ© des systĂšmes perceptifs, mais laissant le problĂšme causal sans solution vĂ©ritable. En outre, il est plus mĂ©taphorique que fondĂ© en rĂ©alitĂ© de comparer lâaction dans le temps dâune perception antĂ©rieure sur une perception actuelle Ă un rapport de figure et de fond : il sâagit en fait de deux figures sâinfluençant selon des mĂ©canismes dâanticipation ou dâ« Einstellung » qui supposent des lois de « transport » temporel sans doute bien plus complexes que celles de la figure et de son fond actuel.
Par contre, si lâon conçoit la loi de Weber comme un cas particulier de celle des centrations relatives (le seuil, Ă partir duquel on a R > â D Ă©tant dĂ» aux seules combinaisons de ressemblance Ass. R, et les contrastes observĂ©s en dehors du seuil Ă©tant dus au primat des combinaisons de diffĂ©rences, Ass. D), ce phĂ©nomĂšne des variations systĂ©matiques du seuil selon les mesures ascendantes et descendantes devient bien naturel. Il suffit dâappliquer la loi gĂ©nĂ©rale (prop. 12 et 13) aux comparaisons impliquĂ©es par la succession temporelle et non plus seulement aux comparaisons spatiales. Il convient dâailleurs de distinguer un certain nombre de cas bien diffĂ©rents : celui du seuil diffĂ©rentiel entre une grandeur A et une autre Aâ plus grande que la premiĂšre, et celui du seuil entre A et Aâ < A ; celui des mesures faites Ă partir de lâĂ©galitĂ© A = Aâ et celui des mesures effectuĂ©es dans la direction de lâĂ©galitĂ©, et enfin celui des mesures ascendantes et descendantes, dâoĂč huit combinaisons pour ces trois couples de conditions.
Supposons que le seuil moyen (mesurĂ© concentriquement) dâun sujet soit de 2 % environ, câest-Ă -dire quâil voie A et Aâ Ă©gales jusquâĂ Aâ = 102 (pour A = 100) et depuis Aâ = 98,1 Ă peu prĂšs. Si nous mesurons le seuil en partant de Aâ = 110 et en descendant par Ă©chelons de 107, 104, 103, etc. (la rapiditĂ© de la descente joue aussi un rĂŽle !) nous aboutirons, par action dĂ©valorisatrice de chacun de ces Aâ sur le suivant ou sur les suivants Ă une lĂ©gĂšre sous-estimation des derniers Ă©chelons, de telle sorte que si A reste perceptivement constant, le seuil de 102 paraĂźtra plus Ă©levĂ©, puisque la ligne Aâ de 102 sera vue < 102, et le seuil de 98 paraĂźtra plus fin, puisque la ligne Aâ = 98 sera vue < 98 et quâune ligne de 98,5 sera donc dĂ©jĂ distinguĂ©e de 100. Mais rien ne prouve que A demeure lui-mĂȘme constant, puisquâil sera dâabord dĂ©valuĂ© par les Aâ de 110 et 107 puis progressivement revalorisĂ© relativement Ă cette dĂ©valuation initiale. En marche ascendante ces phĂ©nomĂšnes seront tous inversĂ©s. Quant aux mesures Ă partir de lâĂ©galitĂ© (infraliminaires), il peut y avoir suppression ou simplement affaiblissement de ces effets.
Bref, lors de la mesure dâun seuil, il est clair quâinterviennent les surestimations et sous-estimations dues aux centrations relatives, non pas seulement entre le mesurant momentanĂ© Aâ et le mesurĂ© A, mais entre tous les termes de la sĂ©rie antĂ©rieure des mesurants et les suivants, ainsi quâentre les premiers et le mesurĂ©, et mĂȘme entre les diffĂ©rentes prĂ©sentations du mesurĂ© A entre elles. Chaque dĂ©viation de la mesure est alors Ă expliquer par le schĂ©ma statistique de lâensemble des combinaisons en jeu. (Dans le cas du muscle Ă©lectrisĂ©, de mĂȘme, il est facile de concevoir que le bombardement des Ă©lectrons requiert une certaine intensitĂ© pour quâil y ait probabilitĂ© de rencontre avec les points dont la connexion dĂ©termine la sensibilité : cette probabilitĂ© sera alors diffĂ©rente en marche ascendante, lorsque les connexions sont Ă Ă©tablir, et en marche descendante lorsquâelles le sont dĂ©jĂ .)
§ 6. La loi de Weber appliquée aux différences quelconques. Discussion de quelques résultats
Le fait que la loi de Weber ne sâapplique pas seulement aux seuils diffĂ©rentiels, mais Ă des diffĂ©rences quelconques, a Ă©tĂ© constatĂ© dĂšs les dĂ©buts de la psychophysique. Mais, Ă notre connaissance, il nâa jamais Ă©tĂ© expliquĂ©, sauf par le schĂšme « gestaltiste » de la transposition des rapports, qui est essentiellement une bonne description. Or, cette extension de la loi de Weber aux diffĂ©rences quelconques constitue un fait surprenant, quoique bien connu. On comprend quâun seuil ait une valeur proportionnelle aux grandeurs comparĂ©es, puisquâil sâagit du passage de la diffĂ©rence non perceptible Ă la diffĂ©rence juste perceptible. Mais que des diffĂ©rences quelconques, donc fort bien perceptibles, donnent lieu Ă une loi de relativitĂ©, câest donc quâelles sont dĂ©formĂ©es sur le mĂȘme modĂšle que les perceptions liminaires : or, ce modĂšle se rĂ©fĂšre, lorsquâil sâagit des seuils, aux excĂšs de ressemblances (confusion de valeurs objectivement distinctes mais jugĂ©es Ă©gales, donc R > â D par prĂ©dominance des Ass. R), tandis que les dĂ©formations perceptives impliquĂ©es dans la relativitĂ© des diffĂ©rences quelconques sont des effets de contrastes (donc D > â R par prĂ©dominance des Ass. D). La chose sâĂ©claire, au contraire, dĂšs que lâon conçoit la loi de Weber appliquĂ©e aux seuils diffĂ©rentiels, comme un cas particulier, relatif aux seules assimilations par ressemblance, dâune loi plus gĂ©nĂ©rale intĂ©ressant les effets de contrastes aussi bien que les Ă©galisations. Or, câest prĂ©cisĂ©ment le cas de la loi des centrations relatives, entendue dans le sens combinatoire dâun rapport entre les associations rĂ©elles entre points de fixation et les associations possibles (le terme association Ă©tant naturellement pris dans le sens mathĂ©matique et non pas au sens de lâassociationnisme psychologique). Si la perception Ă©tait adĂ©quate aux donnĂ©es objectives, on aurait, pour une longueur constante A et une longueur variable Aâ, un Ă©quilibre permanent entre les rapports de ressemblance R et de diffĂ©rence D, tel que R = â D ou R + D = 0, câest-Ă -dire Ass. R + Ass. D = 1 (prop. 9). Câest cet invariant qui se manifeste dans la composition opĂ©ratoire ou logique. Mais la perception Ă©tant irrĂ©versible ou dĂ©formante, toutes les combinaisons possibles nâinterviennent pas et seules quelques combinaisons rĂ©elles sâeffectuent selon certaines probabilitĂ©s. Il sâensuit alors deux sortes de dĂ©formations observables, complĂ©mentaires les unes des autres : en dehors du seuil, les diffĂ©rences D lâemportent et produisent des effets de contraste D > â R par suite dâun excĂ©dent relatif dâAss. D, tandis quâau seuil les ressemblances R lâemportent (R > â D) au point dâĂ©liminer toutes les Ass. D. Les premiĂšres dĂ©formations obĂ©issent alors, comme nous lâavons vu (prop. 6), Ă la condition
PD = [(A â Aâ)Aâ]/(AAâ + AÂČ) Ă AÂČ/(A + Aâ)ÂČ
ce qui suppose une proportionnalité se conservant quelles que soient les grandeurs absolues 16. Les secondes obéissent à la condition
PR = 1 â Aâ/A
ce qui implique la proportionnalitĂ© des seuils diffĂ©rentiels et rend compte de la loi de Weber appliquĂ©e au cas particulier de ces seuils. Mais la proportionnalitĂ© ou relativitĂ© Ă©tant donc la mĂȘme dans les deux cas (PD et PR) on comprend alors la gĂ©nĂ©ralitĂ© de la loi de Weber appliquĂ©e aux diffĂ©rences quelconques. Le principe des deux dĂ©formations est en effet identique : il tient Ă lâexistence de centrations privilĂ©giĂ©es (= plus probables) par rapport aux combinaisons possibles des centrations, mais en PD la centration privilĂ©giĂ©e se porte sur le plus grand des deux termes comparĂ©s et en PR (seuil dâĂ©galitĂ©) elle se porte sur le plus petit pour les raisons quâon a vues (rĂ©sonance ou balancement entre les deux centrations).
Seulement, il reste Ă discuter lâopinion rĂ©pandue, suivant laquelle la loi de Weber sâappliquerait dâune maniĂšre dâautant plus satisfaisante que les diffĂ©rences perçues sont plus proches du seuil, et dâautant moins quâelles sâen Ă©loignent. Cette affirmation revient donc Ă attĂ©nuer la gĂ©nĂ©ralitĂ© attribuĂ©e Ă la loi pour les diffĂ©rences quelconques et, en ce sens, elle semble sâopposer Ă la gĂ©nĂ©ralisation sans restriction que nous venons dâadmettre. Mais, en fait, la proposition en question peut ĂȘtre prise en deux sens bien distincts, selon que lâon calcule la proportionnalitĂ© weberienne en fonction des diffĂ©rences initiales objectivement donnĂ©es, ou en fonction des premiĂšres dĂ©formations subjectives constatĂ©es. Câest ce que nous voudrions montrer, Ă titre de conclusion, sur un exemple que nous avons analysĂ© en dĂ©tail mais sur 10 sujets adultes seulement, Ă©tant donnĂ©s le caractĂšre banal de lâexpĂ©rience choisie et surtout la technique grossiĂšre et approximative dont nous nous sommes contentĂ©s Ă dessein pour demeurer sur le plan des observations courantes :
Technique (1) : Soit une ligne A de 20 mm dessinĂ©e au dĂ©but dâune bande de papier blanc et une seconde ligne B de dimension supĂ©rieure B > A dessinĂ©e Ă quelques cm de la premiĂšre pour ne pas trop faciliter la comparaison. On demande alors au sujet de dessiner une troisiĂšme ligne C, qui prĂ©sente, par rapport Ă B, la mĂȘme diffĂ©rence que B par rapport Ă A. Appelons (B â A) la diffĂ©rence entre A et B et (C â B) la diffĂ©rence entre B et C : on demande donc de dessiner une ligne C telle que (C â B) = (B â A). Cette troisiĂšme ligne C dessinĂ©e, on cache A et on prie le sujet de dessiner une ligne D conservant la diffĂ©rence donnĂ©e entre C et B, soit (D â C) = (C â B). Puis on cache B et on demande une ligne E conservant toujours la diffĂ©rence prĂ©cĂ©dente, soit (E â D) = (D â C) ; etc. jusquâĂ 15 reports Ă partir de la ligne C qui est la premiĂšre dessinĂ©e par le sujet lui-mĂȘme.
LâexpĂ©rience a Ă©tĂ© faite sur chaque sujet, verticalement dâabord (les lignes verticales Ă©tant parallĂšles les unes aux autres), puis horizontalement (les lignes A et B se suivant lâune lâautre). Mais, pour abrĂ©ger, nous ne donnerons dans ce qui suit que les moyennes gĂ©nĂ©rales (les dĂ©formations se sont trouvĂ©es semblables dans les deux cas).
La ligne initiale A a Ă©tĂ© de 20 mm pour toutes les expĂ©riences. Quant Ă B elle a Ă©tĂ© de 22 mm, 23 mm, 25 mm et 30 mm, mais ces diverses Ă©preuves ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es en ordre irrĂ©gulier pour Ă©viter que les facteurs dâapprentissage ou de persĂ©vĂ©ration jouent toujours dans le mĂȘme sens. En outre, sur 5 de nos 10 sujets, nous avons fait lâexpĂ©rience au moyen de lignes B de 21 mm et de 40 mm, ce qui fait au total : 1500 mesures. Enfin, Ă titre de contre-Ă©preuve ultĂ©rieure, nous avons repris les mĂȘmes Ă©preuves, mais en faisant choisir au sujet les lignes C, D, E⊠etc., parmi des modĂšles tout prĂ©parĂ©s au lieu de les faire dessiner. Nous appellerons ce second procĂ©dĂ© la technique 2.
Cela dit, on peut se poser deux problĂšmes bien distincts quant Ă lâinterprĂ©tation des rĂ©sultats obtenus, et ces deux problĂšmes correspondent aux deux significations possibles de lâaffirmation selon laquelle la loi de Weber sâapplique de façon dâautant plus prĂ©cise que les diffĂ©rences considĂ©rĂ©es sont plus proches du seuil : on peut, en effet, calculer les proportions des dĂ©formations successives soit en fonction du rapport objectif initial B/A (= les deux lignes donnĂ©es par lâexpĂ©rimentateur), soit en fonction du rapport observĂ© entre les premiers Ă©lĂ©ments dessinĂ©s ou choisis par le sujet, soit C/B, D/C, E/D, etc.
1. Examen des dĂ©formations en fonction du rapport objectif initial (B/A). â Notons dâabord que si les diffĂ©rences entre A, B, C⊠etc., Ă©taient adĂ©quatement perçues et bien rendues par le dessin, on obtiendrait les six sĂ©ries suivantes (jusquâau 15me report), le terme initial A Ă©tant donc de longueur invariable = 20 mm :
| I. | B = 21 mm : C, D, EâŠÂ = 22, 23, 24, 25 ⊠36 mm |
| II. | B = 22 mm : C, D, EâŠÂ = 24, 26, 28, 30 ⊠52 mm |
| III. | B = 23 mm : C, D, EâŠÂ = 26, 29, 32, 35 ⊠68 mm |
| IV. | B = 25 mm : C, D, EâŠÂ = 30, 35, 40, 45 ⊠100 mm |
| V. | B = 30 mm : C, D, EâŠÂ = 40, 50, 60, 70 ⊠180 mm |
| VI. | B = 40 mm : C, D, EâŠÂ = 60, 80, 100, 120 ⊠340 mm |
Â
Les lignes C, D, E⊠dessinĂ©es par le sujet seront donc rapportĂ©es Ă ces sĂ©ries, qui reprĂ©sentent lâaugmentation additive ou progression arithmĂ©tique (B â A) = (C â B) = (D â C) = ⊠demandĂ©e par la consigne. Supposons, par exemple, une ligne C Ă laquelle le sujet attribue 30 mm alors quâelle devrait ĂȘtre de 24 mm : nous dirons que la dĂ©formation est de 30/24, soit de 1,25. Une dĂ©formation nulle sera donc exprimĂ©e par la valeur 1.
Remarquons maintenant que les conditions mĂȘmes de lâexpĂ©rience empĂȘchent lâanalyse de porter sur le report des valeurs intraliminaires : si le sujet ne distingue pas B = 21 mm de A = 20 mm, il maintiendra pour C, D, E des diffĂ©rences de zĂ©ro et dessinera une suite de segments de ± 20 mm. Par contre, il peut se produire que, tout en distinguant mal 21 de 20 mm le sujet, averti (par la consigne) de lâinĂ©galitĂ© de ces lignes, sâapplique Ă reporter malgrĂ© tout des diffĂ©rences mal perçues et mĂȘme Ă les exagĂ©rer. Câest pourquoi nous avons dĂ©butĂ© par des lignes de B = 22 mm (sĂ©rie II), mais le besoin dâune comparaison plus Ă©tendue nous a poussĂ© Ă prendre quelques mesures au moyen de la sĂ©rie I (B = 21 mm) Ă©galement, pour nous rapprocher le plus possible des valeurs liminaires.
Cela dit, supposons que la dĂ©formation observĂ©e dans le cas du rapport C/B soit Ă peu prĂšs du mĂȘme ordre que le rapport objectif des lignes initiales donnĂ©es B/A. On peut sâattendre, en ce cas, Ă ce que la sĂ©rie des dessins obtenus obĂ©isse grosso modo Ă la proportion :
B/A = C/B = D/C = E/D = ⊠etc.
Par contre, si les dĂ©formations obtenues sont de valeurs diffĂ©rentes de celle du rapport objectif B/A on observera un Ă©cart progressif Ă lâĂ©gard des rapports ultĂ©rieurs C/B, D/C, etc. Nous avons donc cherchĂ©, dans le cas des dessins (technique 1), Ă calculer le rapport entre les dĂ©formations obtenues et les valeurs fournies par la proportion idĂ©ale B/A = C/B = D/C = ⊠etc., et avons trouvĂ© au terme des 15 reports :
Â
| I (BÂ =Â 21Â mm) | II (BÂ =Â 22Â mm) | III (BÂ =Â 23Â mm) | IV (BÂ =Â 25Â mm) | V (BÂ =Â 30Â mm) | VI (BÂ =Â 40Â mm) |
| 1,32 | 0,98 | 0,71 | 0,17 | 0,012 | 0,003 |
Â
Ces rapports ont été calculés comme suit. Supposons que pour la série II on trouve au 15me report une ligne de valeur moyenne de 90,9 mm. En progression arithmétique on aurait une ligne de 52 mm : la déformation réelle est donc de 1,74. Selon les proportions B/A = C/B = D/C = ⊠on aurait par contre une déformation théorique de 1,76. Le rapport de 1,74/1,76 est alors de 0,98.
On voit donc, dâaprĂšs ce tableau VI, que, plus la diffĂ©rence Ă reporter est grande, plus la dĂ©formation sâĂ©loigne de celle que donnerait la proportion B/A = C/B = D/C ⊠etc. Pour la sĂ©rie I, la dĂ©formation observĂ©e est un peu supĂ©rieure, pour la sĂ©rie II, elle est Ă©gale, puis pour les sĂ©ries III-VI, elle sâen Ă©carte de plus en plus rapidement.
Or, lorsque lâon dit que la loi de Weber sâapplique avec dâautant moins de prĂ©cision que lâon sâĂ©loigne du seuil, veut-on simplement soutenir ce quâexprime ce tableau VI et se borner Ă affirmer que plus les diffĂ©rences augmentent objectivement moins les dĂ©formations subjectives parviendront Ă les Ă©galer ? Il est clair que ce serait un truisme pur. Supposons, par exemple, que, en comparant les deux longueurs A et B, les sujets prĂ©sentent une dĂ©formation de 10 % due Ă leurs centrations relatives sur B et A : en ce cas, les 2 mm environ de dĂ©formation coĂŻncideraient avec la diffĂ©rence B â A = 2 mm de la sĂ©rie II, dâoĂč lâaccord final de la dĂ©formation aprĂšs 15 reports et de la dĂ©formation conforme aux proportions B/A = C/B ⊠etc. Au contraire la dĂ©formation de 10 % serait supĂ©rieure Ă la diffĂ©rence B â A de la sĂ©rie I (1 mm) mais tout en augmentant proportionnellement au cours des sĂ©ries III-VI elle diffĂ©rerait cependant toujours plus des diffĂ©rences B â A = 3, 5, 10 et 20 mm : dâoĂč lâĂ©cart progressif des dĂ©formations au cours des 15 reports.
La question nâest donc pas lĂ Â : Elle est de dĂ©terminer les dĂ©formations par rapport au tableau des progressions arithmĂ©tiques fourni Ă lâinstant (p. 128) puis de rechercher si les rĂ©sultats ainsi obtenus sont constants 1° au cours des 15 reports et 2° dans les diverses sĂ©ries I-VI dĂ©finies par les diffĂ©rences B â A de 1 Ă 20 mm :
2. Examen des dĂ©formations en fonction de leur constance et des diffĂ©rences B â A de 1 Ă 20 mm. â Appelons x, y et z les dĂ©formations obtenues aprĂšs 5, 10 et 15 reports. Or, pour des diffĂ©rences initiales B â A de 1, 2, 3, 5, 10 et 20 mm, on devrait avoir, en progression arithmĂ©tique, les valeurs suivantes aprĂšs 5, 10 et 15 reports :
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| I | II | III | IV | V | VI | |
| 5 reports : | 5 | 10 | 15 | 25 | 50 | 100 mm |
| 10 reports : | 10 | 20 | 30 | 50 | 100 | 200 mm |
| 15 reports : | 15 | 30 | 45 | 75 | 150 | 300 mm |
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Cherchons donc Ă dĂ©terminer : 1° si lâon obtient les proportionnalitĂ©s suivantes : x/5 = y/10 = z/15 (sĂ©rie I) ; x/10 = y/20 = z/30 (sĂ©rie II) ; x/15 = y/30 = z/45 (sĂ©rie III) ; x/25 = y/50 = z/75 (sĂ©rie IV) ⊠etc. ; et 2° sâil y a Ă©galitĂ© ou non entre les x/5 ; x/10 ; x/15 ⊠etc. propres aux sĂ©ries I-VI, puis entre les y/10 ; y/20 ; y/30 ⊠etc. propres aux mĂȘmes sĂ©ries et enfin entre les z/15 ; z/30 ; z/45, etc.
La premiĂšre de ces deux questions est proprement celle de lâapplication de la loi de Weber aux diffĂ©rences quelconques et la seconde est celle des divers modes de dĂ©formations observĂ©es au fur et Ă mesure que lâon sâĂ©loigne du seuil. Câest, en rĂ©alitĂ©, cette seconde question qui correspond Ă lâhypothĂšse suivant laquelle la loi de Weber est dâautant moins prĂ©cise que lâon sâĂ©carte du seuil, et lâon voit immĂ©diatement que les deux questions sont entiĂšrement distinctes.
Or, malgré le caractÚre grossier de la technique des différences de lignes à reporter par le dessin, nous avons obtenu sur nos 10 sujets (5 pour les séries I et VI) des résultats dont la régularité est satisfaisante eu égard à la nature probabiliste des déformations en jeu :
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Tableau VII
| SĂ©ries : | Diff. (B â A) : | 5 reports : | 10 reports : | 15 reports : | Diff. de x Ă z : |
| I. | 1 mm | x/5 = 2,44 | y/10 = 2,40 | z/15 = 2,36 | â 0,08 |
| II. | 2Â mm | x/10Â =Â 2,16 | y/20Â =Â 2,17 | z/30Â =Â 2,31 | +Â 0,15 |
| III. | 3Â mm | x/15Â =Â 1,90 | y/30Â =Â 1,94 | z/45Â =Â 2,28 | +Â 0,38 |
| IV. | 5Â mm | x/25Â =Â 1,28 | y/50Â =Â 1,46 | z/75Â =Â 1,31 | +Â 0,03 |
| V. | 10 mm | x/50 = 0,97 | y/100 = 1,01 | z/150 = 0,93 | â 0,04 |
| VI. | 20Â mm | x/100Â =Â 0,59 | y/200Â =Â 0,64 | z/300Â =Â 0,69 | +Â 0,10 |
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1° On constate immĂ©diatement que, du cinquiĂšme au quinziĂšme report, les proportions conservent approximativement leur ordre respectif de grandeur pour chacune des sĂ©ries I Ă VI prise Ă part. La dĂ©formation prĂ©sente mĂȘme une lĂ©gĂšre tendance Ă augmenter avec le nombre des reports, mais, chose impressionnante pour une expĂ©rience aussi grossiĂšre, les 6 courbes correspondant aux six sĂ©ries, se superposent sans se couper et conservent ainsi chacune leur niveau, avec des fluctuations oscillant entre â 0,08 et + 0,38 seulement. Cette proportionnalitĂ© approximativement constante (Ă©tant donnĂ© le caractĂšre probabiliste intrinsĂšque de ces rapports) vĂ©rifie donc bien la gĂ©nĂ©ralitĂ© de la loi de Weber appliquĂ©e Ă des diffĂ©rences quelconques.
2° Mais il est tout aussi clair que, si chaque sĂ©rie conserve en gros du cinquiĂšme au quinziĂšme report les dĂ©formations proportionnelles qui la caractĂ©risent, les dĂ©formations sont bien diffĂ©rentes dâune sĂ©rie Ă lâautre. La dĂ©formation nulle ayant pour expression le nombre 1, on constate mĂȘme que les dĂ©formations moyennes (= les surestimations systĂ©matiques et proportionnelles des diffĂ©rences entre les lignes A et B, B et C, C et D, etc.) sont maximum prĂšs du seuil (sĂ©rie I), puis diminuent progressivement au cours des sĂ©ries II Ă IV pour sâannuler en pratique dans la sĂ©rie V et devenir nĂ©gatives (= sous-estimation des diffĂ©rences) dans la sĂ©rie VI.
En bref, les diffĂ©rences Ă reporter ne donnent pas lieu Ă une progression arithmĂ©tique, mais suscitent en chaque sĂ©rie une progression gĂ©omĂ©trique plus ou moins rĂ©guliĂšre (loi de Weber). Seulement la « raison » de cette progression est supĂ©rieure Ă 1 entre le seuil et la sĂ©rie V (diffĂ©rence = 10 mm) Ă©gale Ă 1 pour cette sĂ©rie V et infĂ©rieure Ă 1 pour la sĂ©rie VI (diffĂ©rence : 20 mm) : ce sont Ă©videmment ces variations de la raison des progressions gĂ©omĂ©triques auxquelles on fait allusion lorsque lâon parle dâune application de la loi de Weber dâautant moins prĂ©cise quâon sâĂ©loigne du seuil. En rĂ©alitĂ© la loi de Weber sâapplique toujours avec la mĂȘme prĂ©cision statistique (sauf, nous lâavons vu au § 5, pour les valeurs extrĂȘmes, et pour elles seules) mais la dĂ©formation proportionnelle (= la raison de la progression gĂ©omĂ©trique) varie dâun rapport Ă lâautre en fonction de la loi des centrations relatives.
Avant dâexaminer comment le mĂ©canisme des centrations relatives peut expliquer ces variations inhĂ©rentes aux sĂ©ries I Ă VI, demandons-nous encore si les rĂ©sultats consignĂ©s dans le tableau VII ne seraient pas subordonnĂ©s Ă la technique des lignes Ă dessiner et si lâon nâobtiendrait pas un tableau tout diffĂ©rent en procĂ©dant par perceptions pures, câest-Ă -dire par une mĂ©thode de choix entre modĂšles tout prĂ©parĂ©s dâavance. Câest Ă cet effet que nous avons utilisĂ© la technique 2 : les lignes A et B Ă©tant posĂ©es comme prĂ©cĂ©demment (verticalement et horizontalement), nous donnons Ă choisir un ensemble de lignes en dĂ©sordre, dessinĂ©es sur de petits cartons, et le sujet cherche les Ă©lĂ©ments C, D, E, etc. conservant les diffĂ©rences B â A = C â B = D â C = ⊠etc. Sur 10 sujets (dont la plupart sont les mĂȘmes), nous avons obtenu pour les sĂ©ries II Ă V :
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Tableau VIII
| SĂ©ries : | Diff. (B â A) : | 5 reports : | 10 reports : | 15 reports : | Diff. de x Ă z : |
| II. | 2Â mm | x/10Â =Â 1,14 | y/20Â =Â 1,23 | z/30Â =Â 1,41 | +Â 0,27 |
| III. | 3Â mm | x/15Â =Â 1,17 | y/30Â =Â 1,03 | z/45Â =Â 1,24 | +Â 0,07 |
| IV. | 5Â mm | x/25Â =Â 0,84 | y/50Â =Â 0,92 | z/75Â =Â 0,95 | +Â 0,11 |
| V. | 10Â mm | x/50Â =Â 0,70 | y/100Â =Â 0,75 | z/150Â =Â 0,73 | +Â 0,03 |
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Ă comparer ces rĂ©sultats Ă ceux du tableau VII, on voit que les dĂ©formations sont plus faibles (1,41 pour le total de la sĂ©rie II au lieu de 2,31 ; 1,24 pour la sĂ©rie III au lieu de 2,28 ; etc.). On constate aussi quâavec la mĂ©thode de choix les sĂ©ries IV et V donnent dĂ©jĂ lieu Ă des dĂ©formations nĂ©gatives (sous-estimation de la diffĂ©rence) alors quâil faut attendre la sĂ©rie VI avec la mĂ©thode de reproduction par le dessin. Mais, Ă part ces deux diffĂ©rences, on retrouve les mĂȘmes rĂ©sultats essentiels : constance statistique relative des proportions pour chaque sĂ©rie prise Ă part (avec tendance Ă lâaugmentation de la dĂ©formation au cours des reports) et diminution, puis changement de sens de la dĂ©formation au fur et Ă mesure que lâon sâĂ©loigne du seuil.
Cette contre-Ă©preuve acquise, cherchons maintenant Ă expliquer Ă la fois le changement des dĂ©formations de I Ă VI et la constance des proportions obtenues pour chaque sĂ©rie. Lâun et lâautre tiennent assurĂ©ment aux mĂȘmes causes et celles-ci doivent relever, si tout ce qui prĂ©cĂšde (§ 4 et 5) est vrai, de la loi gĂ©nĂ©rale des centrations relatives dont la loi de Weber exprime la proportionnalitĂ©.
Lorsque le sujet dessine (techn. 1) ou choisit (techn. 2) un Ă©lĂ©ment C conservant par rapport Ă B la diffĂ©rence donnĂ©e entre B et A, il a donc sous les yeux deux lignes inĂ©gales, B > A et il en construit ou cherche une troisiĂšme telle que C > B. Il en est de mĂȘme lorsquâil a dessinĂ© (ou trouvĂ© et placĂ©) C ; B et C sont alors donnĂ©s et il en construit une troisiĂšme : D > C ; puis C et D sont donnĂ©s et E est construit ou cherchĂ©, etc. Par consĂ©quent, en vertu des prop. 6-7 (ou 12-13), il se produira les quatre sortes dâeffets suivants, dont les deux premiers (I 1 et I 2) agiront dans un sens et les deux derniers (II 1 et II 2) dans lâautre sens, la dĂ©formation Ă©tant le rĂ©sultat de leur Ă©quilibre :
I 1. B, Ă©tant plus grand que A, dĂ©value ce dernier, dâoĂč une surestimation de la diffĂ©rence B â A. De mĂȘme C, en cours de construction, dĂ©value B, mais plus encore A, dâoĂč un renforcement de cette surestimation de B â A.
Il en sera naturellement de mĂȘme entre B, C et D par rapport Ă la diffĂ©rence C â B ; etc., etc.
I 2. Toute la question posĂ©e au sujet porte sur le report des diffĂ©rences B â A = C â B = D â C = etc. : il va donc de soi que la centration privilĂ©giĂ©e sera continuellement dirigĂ©e sur les segments B â A ou C â B, etc., dâoĂč un renforcement des combinaisons de diffĂ©rences (Ass. D) par rapport aux Ass. R, câest-Ă -dire Ă nouveau surestimation de la diffĂ©rence.
Ce facteur, I 2, en principe constant, aura pourtant tendance Ă sâaccentuer au cours de la construction de chaque sĂ©rie, par lâeffet cumulatif de la transposition.
II 1. Mais, en vertu mĂȘme du facteur I 1 relatif aux Ă©lĂ©ments donnĂ©s A et B, la surestimation de lâĂ©lĂ©ment C jouera en sens inverse puisque câest un Ă©lĂ©ment non pas donnĂ©, mais construit ou choisi parmi dâautres. En effet, la sous-estimation de A par rapport Ă B et Ă C et celle de B par rapport Ă C aboutissent Ă une surestimation gĂ©nĂ©rale de lâĂ©lĂ©ment C : par consĂ©quent le sujet se contentera dâun C objectivement plus petit quâil ne croit le voir, puisquâil le surestime. DĂšs lors, le C dessinĂ© (ou choisi), tout en Ă©tant objectivement plus grand que B est en fait moins grand que le sujet ne le croyait et, lors de la comparaison ultĂ©rieure entre B, C et D cet Ă©lĂ©ment C aboutira ainsi Ă une sous-estimation de la diffĂ©rence.
Ce facteur II 1 est constant jusquâau terme de chaque sĂ©rie.
II 2. Enfin, la construction de la sĂ©rie sâeffectuant dans un ordre ascendant, il y aura surestimation graduelle des Ă©lĂ©ments Ă construire (ou Ă choisir), par contraste avec les prĂ©cĂ©dents plus petits, ce qui renforce le facteur II 1 et aboutit donc aussi Ă une sous-estimation de la diffĂ©rence.
Ce facteur II 2 augmente dâintensitĂ© en cours de construction de chaque sĂ©rie, mais, les sĂ©ries ne se suivant pas dans lâordre I-VI lors de chaque expĂ©rience, il nây aura pas nĂ©cessairement dâeffet cumulatif de I Ă VI.
Au total, la dispersion statistique des points de fixation et les dĂ©formations par centrations relatives qui en rĂ©sultent aboutissent donc Ă deux effets de surestimation et Ă deux effets de sous-estimation des diffĂ©rences. Sur ces deux couples dâeffets contraires, les facteurs I 1 et II 1 agissent de façon constante, en sens inverse lâun par rapport Ă lâautre, et les facteurs I 2 et II 2 sâaccentuent en cours de construction de chaque sĂ©rie, mais Ă©galement en sens inverse lâun par rapport Ă lâautre. On comprend alors dâemblĂ©e pourquoi la dĂ©formation totale, rĂ©sultant de lâĂ©quilibre de ces quatre facteurs, se conserve en principe au cours de chaque sĂ©rie, les proportions perçues entre les trois segments ABC, puis BCD, CDE, DEF, etc., demeurant les mĂȘmes, puisquâelles rĂ©sultent de combinaisons dâAss. D et dâAss. R en proportions elles aussi permanentes. On comprend de mĂȘme que, selon les prĂ©dominances fortuites du facteur I 2 (centration sur les diffĂ©rences B â A, C â B, etc.) ou II 2 (effet temporel), certaines sĂ©ries marquent en cours de construction une tendance Ă renforcer la dĂ©formation et dâautres Ă lâattĂ©nuer, le facteur I 2 Ă©tant cependant le plus fort en gĂ©nĂ©ral.
Mais il reste Ă expliquer les diffĂ©rences dâune sĂ©rie Ă lâautre. Or, la chose rĂ©sulte elle aussi des facteurs prĂ©cĂ©dents, et les deux phĂ©nomĂšnes de la constance relative des dĂ©formations propres Ă chaque sĂ©rie et de la diminution (avec inversion de sens) des dĂ©formations de la sĂ©rie I Ă la sĂ©rie VI nâen font donc en rĂ©alitĂ© quâun seul puisque tous deux dĂ©rivent du mĂ©canisme des centrations relatives. En effet, de la sĂ©rie I Ă la sĂ©rie VI, les diffĂ©rences B â A augmentent objectivement de 1 mm Ă 20 mm : par consĂ©quent le facteur II 1 (avec son renforcement II 2) lâemportera progressivement sur le facteur I 1 (avec son renforcement I 2). Dans la sĂ©rie I les rapports objectifs entre A, B et C sont de 21/20, 22/21 et 22/20 seulement ; dans la sĂ©rie VI, ils sont par contre de 40/20, 60/40 et 60/20. Il sâensuivra alors deux rĂ©actions opposĂ©es :
1° Pour les petites diffĂ©rences (sĂ©ries proches du seuil), lâĂ©lĂ©ment B Ă©tant lĂ©gĂšrement plus grand que A (21/20 ou 22/20), sera un peu surestimĂ© et A un peu dĂ©valuĂ©, dâoĂč, selon le mĂ©canisme des centrations relatives, une lĂ©gĂšre surĂ©valuation de la diffĂ©rence B â A (effet I 1). Dâautre part, comme la consigne mĂȘme insiste sur cette diffĂ©rence, le segment B â A sera centrĂ© de façon privilĂ©giĂ©e et donc encore surestimĂ©. Lorsque la diffĂ©rence sera peu visible elle attirera dâautant plus le regard, et, tandis que le balancement dĂ©crit au § 4 aboutit Ă lâĂ©galisation illusoire qui constitue le seuil, au contraire, la consigne Ă©tant de reporter la diffĂ©rence, le balancement Ă©ventuel jouera en faveur dâune surestimation de la diffĂ©rence 17. Bref, dĂšs que la diffĂ©rence B â A sera perceptible, elle sera donc lâobjet dâune centration privilĂ©giĂ©e et dâune surĂ©valuation correspondante, aboutissant aux reports sur (C â B), puis (D â C), etc., qui lâexagĂ©reront de proche en proche (effet I 2). Quant Ă la surestimation de C (effets II 1 et II 2), cet Ă©lĂ©ment nâĂ©tant que peu diffĂ©rent objectivement de B, dans les sĂ©ries I, II et mĂȘme III, sa surestimation ne peut ĂȘtre assez forte pour que le sujet se contente dâun dessin trop court : dĂšs que C est raccourci en cours de construction (ou de choix), il est dâautant moins surĂ©valuĂ©. Les facteurs I 1 et surtout I 2 lâemporteront donc sur les facteurs II 1 et II 2 pour les petites diffĂ©rences B/A.
2° Au contraire, avec les sĂ©ries supĂ©rieures, lorsque B/A passe de 21, 22 ou 23/20 Ă 25, 30 et surtout 40/20, les facteurs II lâemportent de plus en plus sur les facteurs I. En effet, Ă mesure de lâaugmentation de la diffĂ©rence, lâĂ©lĂ©ment C est davantage surĂ©valuĂ© par rapport Ă B et Ă A. Ce fait renforce il est vrai la surestimation de la diffĂ©rence B â A (facteurs I). Mais, comme la surestimation croissante de C se traduit par une dĂ©formation perceptive plus grande que la dĂ©formation inverse et corrĂ©lative de B et de A (les dĂ©formations Ă©tant proportionnelles aux longueurs relatives), il sâensuit que C, Ă©tant Ă construire (par opposition Ă A et Ă B qui sont donnĂ©s), sa surĂ©valuation perceptive aboutit Ă un dessin (ou Ă un choix) plus petit : en effet, la diffĂ©rence entre C et B demeurant trĂšs grande (puisque entre B et A il y a objectivement une diffĂ©rence de 5, 10 ou 20 mm surestimĂ©s en, par exemple, 5,5, 11 ou 22 mm), il suffit au sujet de reporter effectivement une diffĂ©rence infĂ©rieure pour que C demeure surĂ©valuĂ© et paraisse par rapport Ă B prĂ©senter la mĂȘme diffĂ©rence que B par rapport Ă A. Dans la mesure oĂč la diffĂ©rence objective entre C et B ou C et A augmente, au cours des sĂ©ries I Ă VI, elle aura donc comme rĂ©sultat effectif un raccourcissement du dessin (ou du choix) des Ă©lĂ©ments C, D, E, etc., dâoĂč lâinversion de sens de la dĂ©formation. Bien entendu ces facteurs II 1 et II 2 jouent dĂšs le dĂ©but, mais lorsque les diffĂ©rences objectives sont petites, le sujet ne peut raccourcir le dessin de C sans cesser de le surĂ©valuer, tandis que plus les diffĂ©rences sâaccroissent et plus il peut se contenter dâun dessin trop court, car il le voit encore beaucoup plus grand que B.
En bref, lâopposition entre les diverses sĂ©ries I Ă VI revient Ă ceci : lors des petites diffĂ©rences, B dĂ©value A, C dĂ©value B, etc., et cette surestimation de la diffĂ©rence aboutit Ă un report qui lâexagĂšre de proche en proche. Par contre, lorsque les diffĂ©rences deviennent trop grandes, la surestimation de C qui en rĂ©sulte aboutit au dessin ou au choix dâun Ă©lĂ©ment objectivement trop petit, mais dont les dimensions par rapport Ă B et Ă A sont encore suffisantes pour que le sujet les surĂ©value fortement. On voit ainsi que les diffĂ©rences dâune sĂ©rie Ă lâautre aussi bien que les constances des proportions perceptives inhĂ©rentes Ă chaque sĂ©rie sâexpliquent au moyen des centrations relatives.
Ajoutons enfin quâĂ lâintĂ©rieur des sĂ©ries construites par chaque sujet on observe des fluctuations intĂ©ressantes de ce mĂȘme point de vue. Le phĂ©nomĂšne des fluctuations perceptives nâa rien de spĂ©cial, il va de soi, Ă ce genre dâexpĂ©riences et il atteste, de façon trĂšs gĂ©nĂ©rale, le caractĂšre statistique de la composition perceptive. Mais, dans le cas particulier, il prĂ©sente une certaine importance en relation avec ce qui prĂ©cĂšde. Voici deux exemples de ces fluctuations individuelles (pour la sĂ©rie III = 3 mm de diffĂ©rence) 18 :
Za : 0,45 ; 1,05 ; 1,30 ; 2,10 ; 2,10 ; 1,70 ; 1,40 ; 2,90 ; 3,90 ; 7,30 ; â 1,00 ; 3,10 ; etc.
Be : 0,20 ; 0,50 ; 0,60 ; 0,50 ; 0,95 ; â 0,15 ; 0,65 ; 0,60 ; 0,30 ; 0,80 ; 0,20 ; 0,15 ; 0,45 ; 0,75 ; 1,10
De tels cas, reprĂ©sentatifs des rĂ©actions habituelles, suggĂšrent trois sortes de rĂ©flexions. On sâĂ©tonne dâabord, une fois de plus, de la constance relative des proportions weberiennes, pour chacune des sĂ©ries prise Ă part, Ă voir combien les rĂ©actions individuelles sont variables dâun sujet Ă lâautre et mĂȘme dâun report Ă lâautre : il est donc Ă©vident que cette constance gĂ©nĂ©rale est affaire de simples compensations statistiques entre des facteurs combinatoires en Ă©quilibre. Or ces compensations sont prĂ©cisĂ©ment visibles au sein des fluctuations dâun report Ă lâautre. On remarque, en effet, en second lieu, que ces reports successifs, au lieu de prĂ©senter des dĂ©formations qui croissent ou dĂ©croissent sans exceptions, sont caractĂ©risĂ©s par des oscillations ou plutĂŽt par des rĂ©gulations pĂ©riodiques dans le sens de lâaugmentation et de la diminution de ces dĂ©formations. Ainsi le sujet Za marque dâabord un accroissement rĂ©gulier de 0,45 Ă 2,10 puis une diminution de 2,10 Ă 1,40, puis nouvelle augmentation de 1,40 Ă 7,30, etc., et Be cinq augmentations entrecoupĂ©es de quatre diminutions. En troisiĂšme lieu, on constate que ces augmentations et diminutions pĂ©riodiques sont, ou bien lentes et graduelles, ou brusques et fortes. En ce dernier cas une augmentation soudaine est suivie dâune diminution profonde et vice versa : par exemple Za aprĂšs une augmentation de 1,40 Ă 2,90 et Ă 3,90 passe brusquement Ă 7,30, mais + 7,30 est suivi aussitĂŽt de â 1,00 lequel est lui-mĂȘme de + 3,10 ; chez Be aprĂšs une lĂ©gĂšre oscillation de 0,50, 0,60, 0,50, il y a passage brusque Ă Â + 0,95 suivi immĂ©diatement de â 0,15 puis Ă nouveau de + 0,65.
Or, ces oscillations tĂ©moignent Ă©videmment de lâexistence de rĂ©gulations dues les unes Ă la simple correction des effets de centration et les autres Ă lâantagonisme des effets (I 1 + I 2) et (II 1 + II 2). Subjectivement, le sujet a lâimpression dâavoir tour Ă tour exagĂ©rĂ© et sous-Ă©valuĂ© la diffĂ©rence, puis de sâĂȘtre corrigĂ© au report suivant, mais il va de soi que cette introspection nâĂ©puise pas le mĂ©canisme de ces surestimations ou sous-estimations et que celles-ci sont toutes deux typiques des effets de centrations combinĂ©es. En outre, cette introspection porte tout au plus sur les fluctuations brusques, qui semblent bien relever de la simple correction des effets de centration. Quant aux oscillations lentes, elles constituent lâindice dâun Ă©quilibre entre deux effets contraires, avec lĂ©gĂšre prĂ©dominance alternative de lâun et de lâautre et câest Ă leur sujet quâil convient dâinvoquer lâantagonisme des facteurs I et II : tantĂŽt lâattention se porte sur les deux plus petits termes dâun trio (soit A < B pour ABC ou E < F pour EFG, etc.) et la centration sur la diffĂ©rence B â A ou F â E conduit Ă sa surestimation, câest-Ă -dire Ă un accroissement de la dĂ©formation, et tantĂŽt lâattention se porte sur le plus grand des trois termes (C ou G), câest-Ă -dire sur lâĂ©lĂ©ment en voie de construction (dessin ou choix) et il y a diminution de la dĂ©formation.