Introduction. Logique, langage et théorie de l'information (1957) a 🔗
Ce fascicule III des « Études d’épistémologie génétique » ne contient naturellement pas de travaux portant sur la logique proprement dite, et il n’en contient même pas sur les relations entre la « sémantique », au sens des logiciens, et le langage naturel. Son seul objet est de contribuer à la solution de quelques problèmes relatifs au langage en les insérant dans le cadre général des préoccupations de notre Centre durant ses deux premières années d’existence : préciser les relations entre les structures logiques et les activités du sujet. Notre hypothèse centrale étant que la logique du sujet ne tient pas à son langage seul, mais avant tout aux modes de coordinations de ses actions (voir fasc. II et IV), il s’agissait alors de dégager d’autres rapports entre la logique et le langage que ceux sur lesquels on insiste d’habitude.
L’étude de B. Mandelbrot, qui nous décrit d’une façon à la fois large et précise certaines lois du langage sous l’angle « macrolinguistique », soulève à cet égard un problème d’un grand intérêt : celui des relations entre cet aspect macrolinguistique et certaines structures « microlinguistiques » qui sont les structures logiques de classification. Une réflexion sur de telles liaisons est alors de nature à rejoindre la grande question des relations entre la logique et le hasard (qui nous préoccupe aussi, Apostel et moi-même : voir fasc. II).
La recherche de L. Apostel avec la collaboration de B. Mandelbrot sur la logique en tant que système de précorrection des erreurs fait un pas décisif en nous montrant que, si le langage contribue effectivement à l’achèvement des structures logiques, c’est avant tout en tant que système de communication, avec ce que cela comporte de règles de contrôle ou de précorrection. Il s’agit donc, en ce cas, non pas de structures préétablies que le langage reflèterait sans plus, mais de structures engendrées par son rôle fonctionnel d’instrument de communication.
Enfin la recherche expérimentale d’A. Morf montre qu’un enseignement simplement verbal donné aux enfants d’un niveau logique antérieur à l’achèvement des structures propositionnelles ne suffit pas à leur inculquer ces dernières.
L’unité de ces trois études consiste donc en ceci qu’elles aboutissent, chacune sur son terrain, à montrer l’existence, entre la logique et le langage, de liens différents de ceux auxquels nous a accoutumés une interprétation strictement linguistique de la logique : qu’il s’agisse de classifications interprétées en termes d’information, de précorrection ou du développement psychologique des opérations, la construction des formes logiques fait intervenir les activités du sujet et non pas exclusivement la structure d’un langage conçu comme indépendant d’elles et des conditions générales de leur communication.