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Ière Partie : Introduction générale

      Note liminaire

      Dans les pages qui suivent, les textes anciens cités le sont, sauf indication spéciale, d'après les éditions indiquées dans l'Index du Thesaurus linguæ Latinæ (dont on a aussi repris les abréviations) ; hormis le cas des inscriptions ou extraits de manuscrits donnés, l'orthographe a été normalisée en reprenant les choix, parfois arbitraires mais largement répandus, du Dictionnaire Latin Français de Félix Gaffiot, mais sans distinguer entre les lettres i et j, respectivement u et v.

      Pour les ouvrages modernes, les renvois sont faits à la Bibliographie par nom d'auteur et année de publication - peu d'entre elles vont au-delà du xxème siècle, ces pages (hormis les traductions) ayant été pour l'essentiel rédigées entre 1995 et 1997 ; dans certains cas spécifiques, des références à des articles récents apportant d'utiles compléments ou confirmations ont été mentionnés.

      Les autres abréviations suivent l'usage commun, avec cependant trois particularités :

      DECA renvoie au Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien (dir. Di Berardino, adapt. française Vial, éd. originale Genova 1983), Paris 1990. Pour les autres abré-viations d'instrumenta et de collections, cf. p.ex. les pp. xxiii-xxxi de la Clauis Patrum Latinorum (E. Dekkers et Æ. Gaar, Steenburgis 31995), ouvrage abrégé CPL.


I. Contexte de la composition du Peristephanon


1. L'Auteur


a) Vie de Prudence

      Nom, patrie

      1 Aurelius Prudentius Clemens : le nom du poète est transmis par les manuscrits 3  ; aucun écrivain ou document contemporain ne le mentionne 4 . Ce sont ses oeuvres qui nous renseignent sur sa vie, en particulier la Præfatio, ainsi que le Peristephanon.

      2 Certains poèmes du Peristephanon permettent de déterminer que Prudence fut originaire d'Hispania Tarraconensis, du bourg de Calagurris (Calahorra, patrie aussi de Quintilien), qui appartenait au conuentus Cæsaraugustanus et dépendait admistrativement de Saragosse 5 . L'origine hispanique de Prudence transparaît dans le choix du sujet de ses poèmes : outre l'illustre martyr Vincent, il a célébré ceux de Calahorra, de Saragosse, de Tarragone et de Mérida 6 . Il se présente lui-même comme un provincial (poeta rusticus), séparé de Rome par les Alpes, par les Pyrénées et par l'Èbre 7 .

      3 À cette patrie locale, sa domus 8 , s'ajoute, plus universelle et probablement plus fascinante pour Prudence, celle de Rome : le Contre Symmaque, où il développe une théologie politique, illustre bien ce patriotisme romain parfois extrême 9  ; perist. 2 évoque le rôle providentiel de Rome, et le Peristephanon célèbre, outre saints Pierre et Paul, les martyrs romains par excellence que sont saints Laurent et Agnès, ainsi que d'autres, moins connus, qui reposent dans les catacombes romaines 10 . Prudence ne semble avoir visité la ville de Rome que tardivement et, à ses dires, pour des motifs graves 11  ; ce qui fut aussi un pèlerinage influença l'homme et l'auteur 12 .

      4 Le choix même des martyrs célébrés dans le Peristephanon laisse entrevoir un patriotisme limité à la partie occidentale de l'Empire 13  ; s'il exalte Rome comme creuset des nations et terre des martyrs 14 , Prudence ne dit mot de Constantinople et ignore l'Empire d'Orient lorsqu'il énumère les parties du monde 15 . Cette attitude de Prudence, partagée par ses contemporains, apparaît comme symptomatique de son temps : quand en 395 meurt Théodose 16 , l'Empire perd son dernier dirigeant unique et devient l'objet d'un partage dont l'Histoire montrera qu'il fut définitif.

      La Præfatio et les étapes de la vie de Prudence

      5 Poème autobiographique et programmatique destiné à être placé en tête des oeuvres de Prudence, la Præfatio apporte des renseignements précis, comme l'année de naissance de l'auteur (348) 17  et l'âge tardif auquel il compose ses poèmes (56 ans) 18 . D'autres indications, moins précises, concernent sa carrière : après avoir gouverné deux villes importantes et y avoir rendu la justice, Prudence fut appelé à la cour de l'empereur, avec un rang de proximus 19 . Ce qui concerne sa jeunesse, hormis le fait de la pratique du droit (cf. præf. 13-15), est stéréotypé, peut-être sur le modèle du début des Confessions de saint Augustin 20 .

      6 Prudence, âgé de 14 ans au début de la réaction païenne de Julien l'Apostat, a pu être concerné d'assez près par ses mesures contre les enseignants chrétiens 21 . Plus tard, sa formation rhétorique et son activité au service de l'État n'ont pu ne pas influencer ses oeuvres. Il a probablement résidé à Milan durant l'épiscopat de saint Ambroise ; il a pu être témoin de ses luttes contre le dernier carré païen (affaire de l'autel de la Victoire en 383) 22  et contre des hérétiques (entre 385 et 386, occupation de la basilique Porcienne revendiquée par l'impératrice-mère Justine, arienne) 23 , ainsi que de la découverte des restes de saints Gervais et Protais (en 386) 24  ou de la pénitence publique de Théodose après le massacre de Thessalonique (en 390) 25 .

      7 Prudence conclut la Præfatio par l'affirmation de sa conversion et de son désir de plaire à Dieu, sinon par ses mérites, du moins grâce à ses poèmes, qu'il énumère en évoquant leur propos. On entrevoit dans le Cathemerinon la vie ascétique qu'il mène, avec la célébration des heures (cath. 1-9), l'observation de jeûnes (cath. 7-8) et même un régime édénique fait de produits végétaux, de lait et de miel (cf. cath. 3).

      8 Comment interpréter le programme poétique indiqué comme un projet à la fin de la Præfatio ? Ce passage servant de partitio, le programme devrait être déjà réalisé, au moins en partie, quand l'auteur en rédigeait le sommaire. La date de 404, donnée dans la Præfatio 26 , correspond-elle à la date de la rédaction du poème (et de l'achèvement du corpus) ou à un moment antérieur ? La datation haute de plusieurs poèmes tardifs 27  amène à considérer que 404 marque le moment où le poète décida d'organiser ce corpus à partir de poèmes antérieurs (et où il composa la Præfatio). Les premiers poèmes datables de Prudence semblent effectivement avoir été écrits lors de sa retraite en Hispanie 28 . La virtuosité du poète, qui recourt aux formes métriques les plus diverses, donne à penser qu'il avait écrit des poèmes déjà avant sa pieuse retraite : poèmes perdus - comme un Hexaemeron que lui attribue Gennade 29  -, ou peut-être reniés du fait de leur nature profane ou de défauts littéraires.

      Contemporains, collègues et compatriotes

      9 Prudence est d'origine hispanique, comme le pape Damase et l'empereur Théodose. Ce dernier, qui n'est l'aîné de Prudence que d'un an, a pu le connaître durant une 'retraite' en Hispanie (entre 376 et 378) et lancer peu après sa carrière. Après les 20 ans de service, elle se serait achevée avant 398-399, qui correspond au terminus post quem des deux poèmes les plus anciens du Peristephanon 30 .

      10 À Milan, Prudence a été marqué par la figure de saint Ambroise (cf. § 6). Il deviendra à plusieurs égards son émule. L'un et l'autre ont été hauts fonctionnaires - en 374, Ambroise assistait en qualité de gouverneur de la province d'Émilie-Ligurie à l'élection qui le fit évêque de Milan - et, ayant atteint le faîte de leur carrière civile, ont servi Dieu et l'Église par des hymnes consacrées aux heures ou dédiées aux martyrs, et par des ouvrages polémiques. Prudence a peut-être assisté au baptême d'Augustin par l'évêque Ambroise lors de la vigile pascale de 387 - avant d'en lire l'évocation dans les Confessions (9, 6, 14), composées entre 397 et 401 31 .

      11 Prudence a pu fréquenter des poètes de cour tels Ausone 32  et Claudien (avec lequel il polémique indirectement en perist. 14 : cf. § 105). Il a peut-être rencontré à Rome 33  Paulin de Nole, auquel il rend hommage dans un catalogue de pèlerins 34 .

      12 Prudence semble avoir d'abord puisé son inspiration dans les classiques (Virgile et Horace) et chez nombre de poètes profanes (cf. § 40-41) ; l'influence de ses contemporains fut surtout celle d'Ambroise, qui lui fournit l'essentiel de ses thèmes et - par l'intermédiaire de l'évêque de Milan 35 , puis de manière posthume, à Rome - de Damase, auteur d'épigrammes consacrées aux martyrs 36 .

      13 Bras droit de ce pape, saint Jérôme, né probablement la même année que Prudence, n'en fait pas mention dans son De uiris illustribus (notices relatives aux auteurs chrétiens) composé en 392. Prudence ne semble pas non plus connaître la Vulgate (réalisée entre 391 et 406) à l'époque où il compose ses poèmes, mais il utilise apparemment une notice de la Chronique hiéronymienne comme source de perist. 7 37 .

      14 Les circonstances ont fait qu'aucun de ses contemporains ne nomme ou ne cite Prudence, alors que la première mention à son sujet, qui date de la fin du ve s., sera des plus élogieuses, et laissera à croire qu'il est devenu un classique 38 .


b) OEuvres de Prudence

      Diversité des oeuvres de Prudence

      15 Avec ses 3 762 vers, le Peristephanon totalise plus du tiers des 10 890 vers que comptent les oeuvres conservées de Prudence 39 . Comme Horace, Prudence a écrit une partie de son oeuvre en hexamètres dactyliques, et plus de la moitié dans d'autres formes poétiques 40 . Les poèmes hexamétriques sont didactiques (Apotheosis, Hamartigenia, Psychomachia, Contra Symmachum) 41  et épigraphiques (Dittochæon). Parmi les autres pièces, composées dans des mètres variés, on peut distinguer :

  • les hymnes, regroupées dans des recueils (Cathemerinon, Peristephanon) ;
  • les poèmes servant de cadre aux oeuvres de Prudence (Præfatio, Epilogus) ou de préface à chacun des traités didactiques (præfationes, sans titre) ou encore à l'ensemble de ces traités (Hymnus de Trinitate) 42 .

      L'oeuvre de Prudence est entièrement 'chrétienne' : ses poèmes didactiques ont un contenu théologique et moral (Apotheosis : nature de Dieu - en particulier, doctrine de la Trinité ; Hamartigenia : origine du mal ; Psychomachia : combat de l'âme, et dans l'âme, de Vertus et de Vices personnifiés) ou polémique (Contra Symmachum : contre le paganisme) ; sa partie lyrique ou épigraphique est liée soit à la prière et à la liturgie (Cathemerinon : heures, circonstances de la vie chrétienne, fêtes du Seigneur ; Peri-stephanon : martyrs), soit à leur cadre (Dittochæon, ainsi que perist. 8) 43 .

      16 Un tel éclectisme dans les sujets et dans les formes métriques, mettant les ressources de la poésie profane au service de la culture et de la pensée chrétiennes, n'est pas sans évoquer celui des premiers auteurs latins (Livius Andronicus, Nævius), polygraphes qui transposaient les genres littéraires grecs au domaine romain. Ce qu'il y a de singulier chez Prudence est l'organisation de ses poèmes variés en un ensemble structuré - tentative apparemment sans parallèle dans l'Antiquité. Prudence ne se limitait donc pas à donner une réponse concrète aux attaques dirigées par ceux qui voulaient, pour diverses raisons, dissocier le christianisme de la culture latine, mais, sur le plan littéraire même, il introduisait un concept nouveau.

      Organisation des oeuvres de Prudence

      17 Dans les meilleurs manuscrits 44  et d'après les indications de la Præfatio 45 , les poèmes de Prudence ont la présentation suivante, selon une disposition spéculaire :

      

      Præfatio et Epilogus délimitent un ensemble dont le Dittochæon est implicitement exclu 46  ; Cathemerinon et Peristephanon, respectivement suivi et précédé de pièces de transition 47 , encadrent les cinq livres didactiques. La Psychomachie, coeur de ce corpus hexamétrique 48  et de l'ensemble, apparaît également comme la charnière d'un diptyque : le premier des volets concerne l'Église devant Dieu et en butte à un mal 'intérieur', celui du péché et de l'hérésie (cath. ; apoth. ; ham.) ; le second montre l'Église face aux attaques des gentils (c. Symm. ; perist.) ; la Psychomachie unit et dépasse ces deux combats en plaçant la lutte au coeur de l'âme humaine.

      18 Si diverses lectures de cet ensemble peuvent être proposées, il demeure certain que Prudence n'a pas disposé ses poèmes de manière fortuite : l'existence d'un appareil de préfaces le laisse entendre, ainsi que le fait que l'auteur a laissé de côté certaines de ses oeuvres 49 . Il est non moins certain que ce 'super-poème' n'a pas été conçu comme tel dès le début, et que ce sont - au moins en partie - des livres à l'origine indépendants qui y ont été rassemblés ; les fortes irrégularités dans les dimensions des poèmes constituent un indice de cela, notamment celles des livres du Contre Symmaque, un diptyque dont les volets ont respectivement 657 et 1 132 vers 50 .

      19 De même qu'il faut considérer les poèmes du Peristephanon comme entités propres et comme éléments d'un recueil, il convient d'examiner aussi bien l'économie interne au Peristephanon que ses rapports avec le grand ensemble organisé par le poète : des liens existent entre le Peristephanon et son pendant le Cathemerinon (place, forme et contenu 51 ) ; en outre, l'opposition entre christianisme et paganisme idolâtre qu'illustrent les récits du Peristephanon se prolonge jusqu'à l'époque de l'auteur, avec le Contre Symmaque (placé immédiatement avant le Peristephanon) ; enfin, le combat des martyrs se retrouve, allégorisé, dans les descriptions et récits de la Psychomachie.

      Le Peristephanon : titre

      20 Peristephanon liber : ceux qui ne se limitent pas à transcrire le grec traduisent par 'Livre des Couronnes' 52 . Prudence mentionne plusieurs fois ce symbole du salut des martyrs, parfois avec insistance, mais non systématiquement 53  : il n'y a donc pas là de fil conducteur qui dénoterait un projet d'ensemble au titre préétabli 54  ; du reste, un autre symbole important de la victoire des martyrs, la palme, apparaît dans autant de pièces du Peristephanon 55  que celui de la couronne.

      21 Le choix du terme stefanoV permet un jeu de mots entre le nom commun 'couronne' et le nom propre du Protomartyr, le diacre Étienne 56  (auquel il est fait allusion une fois dans le Peristephanon 57 ). Le titre du recueil peut aussi être entendu comme 'Livre des Étienne', le premier modèle donnant - par antonomase de Voss - son nom à ses émules et successeurs. Il convient donc de suivre l'usage actuel évitant la traduction un peu réductrice de 'Livre des Couronnes', qui a pour défaut supplémentaire de ne pas bénéficier du touch of class que devaient comporter ces titres grecs pour les lecteurs latins auxquels étaient destinés ces poèmes.

      22 À l'exception du Contra Symmachum et de la Præfatio, toutes les compositions de Prudence ont un titre grec. Par sa forme (translittération du grec, amalgame d'une préposition et d'un nom au pluriel : peri stefanwn), le titre Peristephanon est très proche de celui de l'autre recueil lyrique, le Cathemerinon. Ces désignations remontent-elles à l'auteur ? On peut répondre par l'affirmative, dans la mesure où la forme grecque, donc érudite, de ces titres 58  laisse supposer que le poète-éditeur - plutôt qu'un copiste - fut à leur origine. Surtout, l'expression hymnis continuet dies de præf. 37 ('que de ses hymnes [mon âme] emplisse continûment les jours'), sans évoquer tout le contenu du Cathemerinon (qui comporte aussi des poèmes relatifs à des fêtes, et non seulement aux heures), en reflète précisément le titre (kaq' hmerinwn : 'au fil des jours'). Enfin, pour trois des poèmes didactiques, le titre grec transmis par les manuscrits est attesté par Gennade déjà. Cependant, ni ce témoin de la fin du ve s., ni le plus ancien manuscrit de Prudence ne mentionnent le titre des recueils lyriques 59 .

      23 Pour des raisons pratiques, et selon un usage bien attesté 60 , chaque poème recevait de son auteur un titre pour le désigner et le distinguer des autres. Ce qui est évident pour les pièces isolées ne l'est pas forcément pour les recueils : l'achitecture poétique constituée par Prudence ne porte aucun titre. Si l'auteur n'a pas pu ou voulu donner de titre à l'ensemble général, il est possible que les deux recueils lyriques, dont chaque pièce devait déjà avoir son titre propre, n'aient reçu de désignation générale grecque que par analogie et en vertu d'une tradition, dans une phase d'édition à laquelle l'auteur n'avait plus nécessairement part.

      Le Peristephanon : contenu et présentation

      24 Dans sa forme habituelle, le Peristephanon se compose de quatorze poèmes de dimensions et de contenus divers, ayant en commun la célébration de martyrs. La présentation des éditions imprimées 61  est arbitraire concernant l'ordre des poèmes - variant fortement d'un manuscrit à l'autre 62 , mais ne correspondant jamais à l'ordre 'standard' - voire même le contenu du recueil, dont il faudrait écarter perist. 8 et 10.

      25 Par leur genre littéraire (et leur titre), leurs dimensions (18 et 1 140 vers) et d'après certains faits de la tradition manuscrite, ces deux poèmes apparaissent en effet comme des cas extrêmes ou des exceptions dans le Peristephanon. Aux divers indices qui concourent à faire exclure perist. 8 et 10 du recueil (cf. §§ 125-126. 188-189), on peut ajouter la vraisemblance d'un scénario où le Peristephanon aurait 12 pièces, comme son pendant le Cathemerinon 63 . Dans les pages qui suivent, il sera cependant tenu compte de ces deux poèmes, ne serait-ce qu'en raison des rapports étroits (thématiques et stylistiques) qu'ils ont avec le reste du recueil actuel.

      26 À considérer la relative similarité qu'il devait y avoir entre les deux recueils lyriques de Prudence, on regrette l'ordre chaotique présenté par le Peristephanon : le Cathemerinon comporte une structure toute faite de correspondances, d'oppositions et de progressions entre les divers poèmes qui le composent 64 , structure qui pouvait voire devait exister dans le Peristephanon, au vu des multiples combinaisons que permetrait la prise en compte de l'origine ou du statut des martyrs, ou de nombre d'autres caractères des sujets de ces hymnes, y compris le calendrier liturgique 65 .


c) Poétique de Prudence

      Variations formelles et jeux de sens

      27 La uariatio est l'un des principaux caractères du style de Prudence : pour désigner un même objet, il varie son expression 66 , jouant parfois avec la richesse du vocabulaire 67  ; la synonymie peut aussi être un pur moyen au service de l'abundantia (p.ex. expressions pléonastiques comme mortis exitus 68 ). On trouve aussi la figure inverse, consistant à répéter un terme avec des sens différents, le jeu de mots servant souvent à établir une correspondance entre deux passages d'un poème 69 , avec parfois la récurrence d'une même forme à la même place dans le vers 70  - cette manière d'établir une corrélation existe aussi sans jeu de mots 71 .

      28 Le jeu sur le sens des termes, uariatio sémantique, est l'un des moteurs de l'action en perist. 2, où le martyr entretient un malentendu sur la nature des richesses de l'Église. Ce poème donne lieu à une réflexion sur le langage, signe extérieur (paraître) projeté sur la réalité profonde (être) ; en un sens, c'est pour avoir usé de métaphores 72  que le martyr est condamné à une peine particulièrement grave 73 . Le persécuteur fait mine de vouloir convaincre le martyr de la puissance de Vulcain en lui infligeant l'épreuve du feu 74  - et Prudence, évoquant le visage du martyr, laisse entendre que le miracle (visage illuminé), symbolique, est réel, alors que la réalité positive (visage couvert de suie) n'est qu'une apparence résultant d'un aveuglement 75 . Face à l'historiographie, la poésie chrétienne, qui transfigure l'apparence dans le sens de la vérité profonde, est ainsi légitimée et même valorisée. Pour Prudence, une représentation évocatrice actualise le passé disparu ou la réalité cachée - avec la peinture 76  comme avec l'écriture 77 . Il arrive aussi que la représentation devienne plus réelle que son archétype, comme dans le cas du martyre de saint Hippolyte 78 .

      29 Pour Prudence, le réel est complexe : ainsi, l'idole païenne est à la fois pur néant et mal redoutable 79 , et le drame de la passion du martyr se joue sur plusieurs niveaux (événement historique avec un arrière-plan métaphysique et eschatologique : lutte entre le Christ et le démon 80 ) et la force véritable réside dans l'âme du martyr enchaîné et supplicié. Le fait que la réalité la plus concrète se trouve dans le signe peut expliquer l'importance accordée à la connotation des termes, aux symboles et à la forme - métrique 81  et structure des poèmes, seuls 82  ou ensemble (cf. § 17-18).

      30 La uariatio est au coeur de la poétique de Prudence : formelle, elle suggère l'insuffisance du signe (interchangeable), et en même temps la puissance des moyens permettant de représenter le réel en le cernant. Dans le cas du jeu de mots et de la métaphore, uariatio sémantique, le réel est atteint par l'inadéquation même du langage. La force du langage est aussi manifestée par l'ironie tragique, à laquelle Prudence recourt p.ex. en mettant des prophéties involontaires dans la bouche d'un persécuteur 83  ; il utilise lui-même ironiquement les auteurs classiques, transposant par exemple au Christ les expressions que Virgile rapportait à Jupiter, là même où est évoquée la défaite du dieu déchu, considéré comme un démon 84 .

      Descriptions et évocations

      31 Éthopée et ecphrasis sont deux procédés que l'apprentissage de la rhétorique avait enseignés à Prudence. Il fait discourir ses personnages (surtout les martyrs) afin de développer une argumentation et montrer le sens de l'action, mais sa préférence semble aller à la description. L'ecphrasis reine est celle qui prend elle-même pour objet une représentation, une oeuvre d'art : c'est le cas en perist. 9 et 11, avec la description de fresques représentant la passion du martyr. Prudence décrit aussi des sanctuaires, dont les éléments (lumière, couleur) répondent souvent à la fois à un réalisme sensible et à une signification symbolique, comme pour la progression quasi initiatique, sous terre, jusqu'au tombeau lumineux de saint Hippolyte, ou la contemplation des reflets d'un plafond orné sur l'eau d'une vasque baptismale 85 . Le regard de Prudence est contemplatif, et l'évocation des objets les plus humbles, comme des luminaires (torches, cierges, lampes à huile) 86  ou une porte condamnée au moyen de verrous 87 , permet de suggérer la présence de tels objets par la précision de la description, avec l'usage de termes techniques dont la rareté est source de poésie (cf. § 41) ; les détails mentionnés peuvent en outre avoir une certaine valeur symbolique.

      32 On a souvent voulu que Prudence fût attiré par les descriptions sanguinolentes en raison de son tempérament d'Espagnol (!). En fait, la description des souffrances et de la mort du martyr n'est jamais l'essentiel d'un poème : la présence (non systématique) d'un tel motif n'est souvent qu'un faire-valoir pour les paroles du martyr, comme en perist. 2 et 10. La célébration des martyrs n'est pas, pour Prudence et ses lecteurs, prétexte à se complaire, à la manière des spectateurs des jeux du cirque, dans une fascination malsaine - attitude explicitement condamnée par le poète 88 . La description des souffrances des martyrs et du sang qu'ils versent s'explique par des motifs esthétiques, éthiques et symboliques : il s'agit d'un objet sensible 'extrême' (douloureux et laid) 89 , diamétralement opposé au locus amoenus (prisé du poète, qui l'associe parfois paradoxalement au monde de la mort 90 ) ; en outre, la représentation de l'horrible le transfigure et manifeste la puissance de l'art, avec la catharsis des passions 91  ; enfin, le sang versé par les martyrs représente physiologiquement leur âme 92 , symboliquement leur sacrifice 93 , sacramentellement celui du Christ à la passion duquel ils s'associent 94 , si bien que le récit parfait que fera l'ange au Jugement dernier sera, pour saint Romain, le décompte minutieux des blessures et de chaque goutte de sang versé (cf. perist. 10, 1121-1130).

      33 Si Prudence inclut l'horrible dans sa poésie, c'est semble-t-il d'abord par goût de la description (goût du détail évocateur et puissamment suggestif) et par goût du contraste, l'insoutenable étant comme le prix du bonheur plénier ; ce bonheur est souvent évoqué dans l'épilogue des poèmes, avec la description de la gloire céleste du martyr 95  ou, en perist. 3, avec trois tableaux très suggestifs 96 . Cette esthétique du contraste et en quelque sorte du paradoxe reflète l'éthique sous-jacente aux récits de martyres, où l'action la plus glorieuse consiste à pâtir, et où la beauté réside dans l'horreur des supplices : pulchra res ictum sub ense persecutoris pati (perist. 1, 28 : 'c'est une belle chose que de subir le coup du glaive d'un persécuteur'). L'association, fréquente 97 , de l'or et de la pourpre synthétise parfaitement cette tension.

      34 La fresque de la passion de saint Hippolyte exprime non seulement l'événement qu'elle narre et la quête de Prudence qu'elle reflète 98 , mais aussi le style du poète : perist. 11, 124 multicolor fucus digerit omne nefas ('le fard aux multiples couleurs a distribué tout le sacrilège' : variété ; maquillage décoratif servant en même temps d''écriture' narrative ; narration embrassant l'ensemble de la passion) ; 125 picta super tumulum species liquidis uiget umbris ('au-dessus du tombeau, une image peinte tire sa vigueur de l'éclat des ombres' : vigueur des contrastes et des paradoxes) ; 126 effigians (représentation en forme de portrait) ; 127 uidi (témoignage personnel) ; 129-130 docta manus uirides imitando effingere dumos | luserat ('une main experte à représenter les verts halliers en les imitant avait produit un ornement' : imitation réaliste pré-sentant en même temps un caractère de jeu esthétique savant).

      35 S'il aime se borner à la mention de traits saillants propres à évoquer le tout, Prudence recourt parfois au contraire à l'accumulation d'éléments proches ou hétéroclites, marquant là aussi son refus d'une description classique d'un ensemble unique, fixe et uniforme. Plutôt que d'évoquer une foule, il énonce un catalogue 99 , une série d'exemples 100  ; il recourt plusieurs fois, en perist. 5, à l'énumération asyndétique de trois termes plus ou moins hétérogènes pour désigner une réalité complexe 101 . Les termes énumérés, disposés symétriquement ou en crescendo, se prêtent à des jeux sur leurs sonorités ou leurs connotations ainsi qu'à des effets de uariatio synonymique ou au contraire de contraste.

      Prudence, poète alexandrin

      36 Comme les poètes hellénistiques, Prudence vit dans une civilisation qui, dans son extrême maturité, a déjà subi des bouleversements et garde une richesse culturelle presque étouffante et précaire à la fois : l'universalité et la permanence de ce patrimoine immense ne sont pas assurés, car la langue se transforme et le savoir tend à se confiner dans des cercles cultivant un raffinement inégalé. Les connotations des formes littéraires sont si fortes, du fait de leur emploi répété, que la seule manière possible de les utiliser encore semble être le jeu avec leur sens, le mélange ou la superposition des genres, la variété des tons 102 . Parfois, le poète esquisse une réflexion sur son art, au moyen de la métaphore 103 , en se livrant à des jeux mimétiques sur la forme et le contenu 104 , ou par des mises en abyme 105 . En outre, à la manière des constructeurs baroques reprenant des éléments architectoniques et décoratifs des ordres classiques pour les détruire tout en les maintenant (par la déformation et le mouvement), Prudence se sert abondamment de ses modèles littéraires pour obtenir une oeuvre paradoxalement nouvelle ; en perist. 14, comme Claudien, il détruit la strophe pour employer catastichon des vers qui ne l'avaient jamais été, alors que dans une para-tragédie (perist. 10), il regroupe les trimètres iambiques en strophes de cinq vers. La récente hymne ambrosienne n'échappe pas à ce traitement : pour célébrer le même martyr que son modèle (saint Laurent), Prudence fait sauter la structure nouvelle (mais fixe) de huit strophes de quatre vers pour faire atteindre à son poème une longueur de près de 600 vers (perist. 2). Cette créativité formelle s'accompagne de l'usage relativement fréquent de mots rares voire de néologismes 106 .

      37 Chez Prudence, la surabondance est non seulement le fruit de l'accumulation de siècles de littérature latine, mais aussi celui de la rencontre entre culture gréco-romaine et pensée chrétienne. Sans se confiner à la virtuosité et à l'art pour l'art (tels les profanes Ausone et Claudien), il cherche à produire du neuf en synthétisant deux mondes jusqu'alors distincts, dont chacun est néanmoins assumé. Ainsi, quand Prudence s'adresse au martyr qu'il va chanter avec les termes convenus des invocations aux Muses 107 , il énonce, au premier degré, une véritable prière à un être personnel (les Anciens ne l'avaient peut-être plus fait depuis Hésiode) ; par un renversement, le poète honore le martyr plus qu'il ne respecte la tradition littéraire. Alors que ses prédécesseurs se pliaient à l'usage, sans attacher d'importance excessive au contenu de leurs vers, Prudence revivifie un motif éculé, se montrant à la fois pleinement chrétien et respectant, avec plus de sincérité et de profondeur que ses modèles, l'usage païen qu'il transfigure. Il en va de même pour la manière dont il se met en avant dans ses oeuvres : certes parfois en poète, souvent en suppliant, toujours en homme de prière, qui n'apparaît que pour mieux diriger les regards sur le martyr et même, en un sens, pour inviter le lecteur à oublier le poème afin d'accéder à une communion plus parfaite avec le martyr, par la prière. En ce sens, Prudence dépasse la définition commune de l'alexandrinisme.

      38 De ce mouvement, il garde néanmoins un goût pour la virtuosité qui culmine dans l'énigme. Prudence serait-il allé jusqu'à cacher son nom dans ses poèmes 108  ? Même si ce n'est probablement pas le cas, il demeure que p.ex. l'évocation du sol sur lequel repose le bout de la corde par lequel saint Hippolyte sera attaché aux chevaux sauvages s'apparente aux savantes obscurités d'un Lycophron 109 . Il faut se garder de parler, comme Lavarenne pour les passages difficiles, de négligence du poète : son esthétique est celle du clair-obscur, et le contraste entre des passages à l'expression fluide et d'autres plus rocailleux, ou entre des formules lapidaires et une abundatia débordante, est en principe aussi un effet de l'art.

      Modèles et sources

      39 L'alexandrinisme implique un rapport à une tradition littéraire omniprésente et en même temps sans cesse déformée (cf. §§ 29-30. 36-37). Le xixe s. a infligé à Prudence le même traitement parfois réducteur que celui qu'ont pu subir les auteurs latins classiques, étudiés comme imitateurs des Grecs. Ainsi, Bergman, au début du xxe s., joint un index imitationum à son édition. La Quellenforschung reste cependant de mise avec Prudence, où les réminiscences littéraires sont un jeu auquel il se livre parfois sur un mode quasi humoristique 110 , parfois avec une subtilité redoutable 111 .

      40 Horace est l'un des grands modèles de Prudence : on le voit avec la nature des mètres choisis, et la bipartition d'une oeuvre entre poèmes hexamétriques et pièces lyriques de formes variées 112 . Comme il est normal, même et surtout pour un auteur chrétien, à partir du ive s., le modèle poétique par excellence reste Virgile 113 , aux côtés d'autres auteurs classiques 114  ou contemporains (profanes ou chrétiens, cf. § 11-12), dont on a nombre de réminiscences lexicales ou thématiques chez Prudence.

      41 D'un autre ordre est l'inspiration biblique, très présente dans certains passages 115 . Enfin, on constate que, conformément au goût des anciens, affleure ici et là le vocabulaire technique - qui, par sa singularité ou sa rareté, peut prendre une valeur poétique -, emprunté notamment au droit 116  (que Prudence a pratiqué : cf. præf. 13-18), à la critique littéraire 117 , à la médecine 118  et aux arts appliqués 119 .


2. La poésie chrétienne 120 


a) Origines de la poésie chrétienne

      Modèles bibliques et sources liturgiques

      42 Un lieu commun de l'histoire de la littérature veut qu'avant l'Édit de Milan, les chrétiens n'aient pas produit de textes poétiques parce qu'ils n'en éprouvaient pas le besoin. En fait, l'Église possédait dès les origines un tel corpus, hérité de l'Écriture : les Psaumes, le Cantique des Cantiques, les cantiques du Pentateuque et du Livre de Daniel notamment. Le Nouveau Testament contient aussi des pièces de type hymnique, qu'il s'agisse des chants de l'Évangile selon saint Luc (Magnificat, Benedictus, Nunc dimittis) ou de poèmes écrits par saint Paul (I Cor. 13) ou du moins cités dans ses Épîtres 121 . Bien qu'ils ne répondent pas aux canons de la métrique gréco-latine, ces textes, par leur contenu et même par leur forme, ne se réduisent pas à de la prose (sinon peut-être à une prose d'art rythmée, à disposer per cola et commata).

      43 Il est déjà question chez Pline le Jeune de tels poèmes, utilisés par les chrétiens de Bithynie dans leur liturgie 122 . Les hymnes chrétiennes les plus anciennes se distinguent des poèmes vétérotestamentaires par un contenu théologique qui s'ajoute au lyrisme de la prière 123 . La place centrale des Psaumes dans la prière personnelle et dans la liturgie (notamment la première partie de la messe, accessible aux catéchumènes) garantit la continuité avec l'ancienne Alliance - avec une lecture chrétienne qui y reconnaît nombre de prophéties relatives au Christ. De l'héritage hébraïque fut également conservée l'acclamation séraphique du Livre d'Isaïe 124 , ainsi que celle de l'alléluia ; l'hébreu (ou l'araméen) a aussi été maintenu avec les termes hosanna, maranatha ou ephata. Assez tôt, la liturgie chrétienne recourra au grec, langue de la Septante, y compris dans la partie occidentale de l'Empire. Un tel conservatisme linguistique sera très fort à Rome, où il faut attendre le pape Damase pour que la liturgie soit transposée en latin - le grec étant parfois maintenu, comme dans le Kyrie.

      44 Héritée, la liturgie n'est pas en soi objet d'une création artistique, et la traduction n'est pas nécessaire a priori : la liturgie s'adresse non d'abord à la com-munauté, mais à Dieu. Dans le paganisme romain aussi, pour d'autres raisons - le respect scrupuleux de la formule reçue est gage d'efficacité du rite -, la liturgie ne se prêtait pas à la création, conservant même des textes presque inintelligibles 125 . Les poètes n'intervenaient dans le culte que dans des circonstances solennelles, où leurs oeuvres, offrandes collectives, étaient destinées à une représentation unique (p.ex. le Carmen sæculare d'Horace ou, dans l'Athènes classique, les tragédies) ; rien de tel n'existait dans le christianisme, mais rien n'empêchait la production de pièces liturgiques ou d'oeuvres portant sur des thèmes cultuels et religieux ; le modèle des Fastes d'Ovide pouvait être réutilisé, et sera repris, mutatis mutandis, dans le Peri-stephanon de Prudence 126 . La semi-clandestinité et la discipline de l'arcane expliquent peut-être le fait que rien de tel n'ait été créé plus tôt ; c'est du temps de Prudence que le christianisme et sa liturgie deviennent (et se veulent) un élément de la culture.

      Rencontre avec la poésie profane

      45 Le judaïsme hellénisé avait donné aux chrétiens la Septante, puis les Oracles sibyllins, qu'ils reprirent et augmentèrent, opérant une première rencontre, limitée, entre une forme culturelle gréco-romaine (l'hexamètre dactylique) et un contenu prophétique et apocalyptique biblique. Religion nouvelle, le christianisme se fondait sur une tradition ancienne et culturellement étrangère à la plupart de ses adeptes. Sous l'influence de la liturgie, conservatrice, la production poétique gréco-latine du christianisme reste le plus souvent coupée des courants littéraires profanes. Le plus ancien poème chrétien conservé en langue latine est un Psaume (non métrique) à la Vierge précédé d'une invocation au Père et au Christ 127  ; sa forme alphabétique, typiquement hébraïque - on l'observe dans plusieurs Psaumes 128  - se retrouve aussi dans des hymnes chrétiennes en grec, conservées sur papyrus, qui l'allient à l'emploi du mètre anapestique emprunté à la poésie profane 129 .

      46 Toutefois, une profonde méfiance régnait chez les chrétiens face aux poètes : la mythologie s'écrit généralement en vers et émaille la plupart des poèmes, à commencer par la rituelle invocation initiale à telle ou telle divinité. On trouve encore chez Prudence des invectives contre les poètes menteurs 130 . Dans la partie occidentale de l'Empire, l'émergence d'une poésie chrétienne était en outre freinée par l'emploi du grec dans la liturgie et par la place relativement restreinte, par rapport à l'Orient, qu'elle faisait aux hymnes 131 . Aussi les premières figures de poètes latins chrétiens sont-elles toutes ou presque postérieures à la Paix de l'Église.

      Émergence d'une poésie latine chrétienne

      47 Le témoignage de Tertullien laisse cependant entendre qu'à la fin du iie s. déjà il existait une poésie latine chrétienne : si scænicæ doctrinæ delectant, satis nobis litterarum est, satis uersuum est, satis sententiarum, satis etiam canticorum, satis uocum, nec fabulæ, sed ueritates, nec strophæ sed simplicitates. Il se peut même que l'on célébrait les martyrs par des hymnes, comme le suggère un passage d'interprétation délicate : sophia in exitibus cantatur hymnis ; cantatur enim et exitus martyrum 132 .

      48 Le premier poète latin chrétien dont on ait conservé l'oeuvre et le nom pourrait être Commodien ; ses curieux hexamètres fondés sur l'accentuation (respect des six ictus) et le nombre des syllabes plus que sur la quantité illustrent soit l'évolution du genre psalmique primitif vers des formes profanes adaptées à la langue contemporaine (en datant cet auteur du milieu du iiie s.), soit au contraire une désagrégation des formes littéraires classiques (si on le date du ve s.) 133 . Commodien est l'auteur d'une collection de poèmes d'édification acrostiches - ce qui l'apparente au genre du psaume abécédaire et à certaines formes poétiques hellénistiques -, et d'un livre contre les juifs et les païens. Ce dernier pourrait annoncer les livres didactiques de Prudence (écrits en hexamètres classiques, avec une longueur comparable : env. 1 000 vers) ; surtout, l'acrostiche inverse de ses derniers vers (Commodianus mendicus Christi) évoque une conception de l'oeuvre poétique comme humble offrande spirituelle à Dieu, que l'on retrouve chez Prudence 134 . Probablement Syrien domicilié à Carthage, juif converti au christianisme, Commodien n'a pas été formé par la lecture des classiques latins, contre lesquels il lui arrive de tonner 135 . Étrange pour les lettrés romains, son oeuvre restera marginale ; il faudra attendre Gennade pour en trouver une attestation, qui est aussi un jugement sévère 136 .

      Orientations postérieures

      49 Une poésie latine chrétienne de forme classique apparaît avec la Paix de l'Église. Elle se développe dans plusieurs directions, rangées ci-après dans les caté-gories de 'poésie littéraire' et 'liturgique'. Prudence se rattache à la première, mais marque le début d'une convergence avec la poésie 'liturgique' (cf. § 61-62).

      50 Lactance avec les distiques élégiaques de l'Oiseau Phénix et Juvencus avec sa mise en hexamètres de l'Évangile constituent les représentants les plus anciens de la première catégorie, qui s'écarte nettement de la liturgie et tend à convertir au christianisme des formes littéraires profanes : épyllion crypto-chrétien et épopée biblique. La seconde tendance est illustrée par la tentative de saint Hilaire de donner à des pièces liturgiques - en gardant la strophe alphabétique - des formes poétiques empruntées à la littérature gréco-romaine (en l'espèce des mètres lyriques assez recherchés). Ces poètes sont parmi les premiers représentants d'une 'conversion' mutuelle de la romanité et du christianisme (qui tend alors à devenir la religion de l'Empire), dans une symbiose qui assurera la pérennité de l'héritage de l'Antiquité.


b) Poésie littéraire chrétienne

      Vers une christianisation de la culture

      51 La poésie 'littéraire', dépourvue de fonction dans le cadre ecclésiastique, a pour destination première la lecture ; son support ordinaire est le livre - en cela, elle se distingue des pièces inscrites dans la pierre ou chantées dans la liturgie. Quasi profane par sa destination mais chrétienne par son sujet, elle s'inscrit dans la continuité d'une tradition poétique païenne, la christianisant parfois de manière cryptée (Oiseau Phénix de Lactance ; centons virgiliens).

      52 Les frontières de cette poésie chrétienne à caractère littéraire sont assez délicates à définir. On ne peut y ranger les productions profanes d'un Ausone pourtant chrétien, bien que 'mondain' : les quelques passages de l'Ephemeris où il évoque une dévotion assez distraite et peu convaincue 137  ne méritent en effet guère plus d'entrer dans la catégorie de la poésie littéraire chrétienne que le pastiche de prière aux apôtres Pierre et Paul et à d'autres saints que l'on trouve dans le poème que le païen Claudien adresse au magister equitum Jacques 138 .

      53 Alors que les auteurs de poésie liturgique sont tous des clercs, les poètes 'littéraires' appartiennent parfois au clergé (saint Hilaire, Juvencus, saint Paulin de Nole) mais peuvent aussi être des laïcs (Lactance, Proba). Pour Lactance et Juvencus, la mise en oeuvre d'une poésie chrétienne vise aussi à emporter la conviction de ceux qui gardaient leurs liens avec le paganisme par attachement à l'héritage culturel (voire éthique et politique) de la religion ancestrale ; Prudence aura la même préoccupation.

      Poèmes de virtuosité et poèmes personnels

      54 Lactance offre le premier et l'un des meilleurs exemples de la tendance 'littéraire' de la poésie latine chrétienne. Modéré envers une tradition païenne à côté de laquelle est désormais toléré le christianisme, après la plus sanglante des persécutions, il est moins sévère encore à l'égard de la poésie (vecteur traditionnel de la mythologie), à laquelle il reconnaît le droit de voiler la vérité au profit de la beauté 139  - affirmant en même temps la licéité d'une poésie d'inspiration chrétienne : si uoluptas est audire cantus et carmina, Dei laudes canere et audire iucundum sit 140 . Lactance est certainement l'auteur du poème en distiques élégiaques intitulé De aue Phoenice 141 , crypto-chrétien. Le recours au voile de l'allégorie y est gage de continuité esthétique avec la tradition païenne, tout comme le symbole ambigu du phénix, utilisé par les néo-platoniciens païens comme par les chrétiens ; énigmatique et précieux, le poème appartient au courant néo-alexandrin qui marquera encore la poésie latine du temps de Prudence, près d'un siècle plus tard. Le symbolisme de l'Oiseau Phénix participe de la même logique que les lectures chrétiennes de poèmes classiques, dont celle de la Quatrième églogue de Virgile, qui apparaît dans le milieu constantinien.

      55 Dans le genre de la poésie personnelle, on peut aussi ranger certaines pièces épigraphiques du pape Damase, dont la profession de foi en six hexamètres qui constitue sa propre épitaphe 142 . C'est avec saint Damase qu'atteint son apogée le genre épigraphique chrétien, apparu au cours du ive s. avec la conversion massive des milieux lettrés ; il fut également illustré par les épitaphes métriques composées par saint Ambroise 143  et - on est à la limite de la poésie hagiographique - par saint Augustin (en l'honneur du diacre Nabor, assassiné par les donatistes) 144  et par saint Jérôme (en l'honneur de sainte Paule, célébrée pour son ascèse) 145 .

      Poèmes de combat

      56 Durant l'Antiquité tardive, tout poème à sujet chrétien, par son existence même, est engagé, ne serait-ce qu'au titre de la christianisation de la culture. Tel est le cas des hymnes de saint Ambroise, qui sont aussi une arme de guerre contre l'arianisme (cf. § 65). Les poèmes de Prudence (sauf le Cathemerinon et le Dittochæon) attaquent le paganisme ou l'hérésie, surtout le Contre Symmaque, qui reprend en vers la controverse entre saint Ambroise et Symmaque (affaire de l'autel de la Victoire) ; c'est aussi le cas du Romanus contra gentiles (perist. 10) et de l'ensemble du Peristephanon, en particulier perist. 2 (exaltation de la vocation chrétienne de Rome).

      57 Les dernières décennies du ive s. ont livré trois poèmes satiriques contre des aristocrates païens, oeuvres de sénateurs chrétiens, dont s'inspire à l'occasion Prudence 146 . Le Carmen ad senatorem se présente comme une lettre adressée à un ami passé du christianisme au culte isiaque, pour lui reprocher surtout son inconstance ; le Poema ultimum (Ps.-Pavl. Nol. carm. 32) comprend d'abord une vive condam-nation des pratiques et des divinités païennes, ainsi que des philosophes, puis un éloge du Christ maître du cosmos et sauveur de l'homme ; le Carmen contra paganos 147 , plus virulent que les précédents, s'attaque à un défunt, ancien préfet - peut-être Prétextat (mort à la fin de 384), plutôt que Nicomaque Flavien (mort en 392) 148  -, auquel il est reproché d'avoir suscité l'apostasie de sénateurs convertis, en les intéressant. Ce poème sophistiqué est aussi un document concernant les rites païens.

      Poèmes d'inspiration biblique

      58 Une manière manifeste mais problématique de christianiser la poésie est de mettre en vers le contenu des Écritures saintes. L'ont fait en hexamètres et dans le style de Virgile un Cyprien, contemporain de Prudence (Heptateuque reprenant les sept premier livres de la Bible) 149  et, dans la première moitié du ive s., le prêtre Juvencus (épopée inspirée surtout de l'Évangile selon saint Matthieu). La position de ce dernier face à l'idéologie virgilienne relative au destin éternel de Rome est remarquable : alors que Prudence va l'assumer et la transposer 150 , Juvencus la contredit et la nie 151  ; chez l'un et l'autre, on trouve par ailleurs l'idée d'une oeuvre qui est une offrande à Dieu, par laquelle le poète espère pouvoir échappper aux châtiments de l'Enfer 152 . À ces épopées bibliques on peut ajouter des pièces anonymes sur la Genèse, les Maccabées et l'Évangile 153  ; le genre sera encore illustré dans la suite du ve s. et au vie s. par Sédulius, saint Avit et Arator 154 .

      59 Prudence aussi versifie parfois l'Écriture, assez librement : quatrains hexa-métriques du Dittochæon synthétisant deux séries de 24 épisodes des deux Testaments ; reprise dans des mètres lyriques d'épisodes scripturaires, commentés, relatifs à Paul (c. Symm. præf. 1) et à Pierre (c. Symm. præf. 2) ; paraphrases de péricopes bibliques dans des développements plus amples (p.ex. ham. 723-768, cf. V.T. gen. 19, 23-26).

      60 Une autre manière de traduire en vers les récits bibliques est le centon virgilien 155  ; il s'agit là d'une forme extrême de récupération des créations païennes antérieures, comparable à la réutilisation, dans des sanctuaires chrétiens, d'éléments architectoniques de temples païens désaffectés. Le Centon de Proba est plus célèbre de ces poèmes ; comme le fera Prudence, la poétesse confesse ses péchés et déclare vouloir passer du service de César à celui de Dieu 156 .

      Synthèse poétique et ascétisme

      61 Prudence et saint Paulin de Nole ont eu des destins semblables : contemporains, issus de l'aristocratie provinciale de l'aire circumpyrénéenne, ils ont chacun quitté le 'monde' après une carrière civile, pour vivre dans l'ascèse 157 . Leurs oeuvres, en partie consacrées aux martyrs, ne sont ni 'mondaines', ni liturgiques, constituant un tertium quid qui intègre ascétisme et recherche personnelle dans un projet littéraire. Ces poèmes, qui font divers emprunts à ce qui est déjà une tradition poétique spécifique, sont des oeuvres de maturité de la culture de l'Antiquité chrétienne, en ce qu'ils ont pour objet des éléments même de cette culture : évocation de la liturgie, des hymnes, de l'architecture, de la peinture mise au service du culte. Cela est particulièrement vrai du Peristephanon.

      62 Les poèmes lyriques de Prudence et ceux que Paulin de Nole consacre au martyr Félix sont autant des oeuvres d'expression de la foi et de dévotion, para-liturgiques, synthétisant les visées esthétiques et personnelles des poèmes littéraires et la fonction de vecteur d'un message qu'ont les pièces liturgiques. Ces poèmes s'adressent à la fois aux aristocrates lettrés, parfois encore païens, et à ceux qu'anime un idéal ascétique ; ils unissent le pathétique et le pittoresque, avec des réminiscences de poètes profanes et aussi des pièces ambrosiennes et damasiennes.

      63 Dans son Épître à Jovius, saint Paulin trace le programme d'une grande poésie chrétienne, avec une théorie de l'inspiration divine du poète 158 . Élève d'Ausone, il avait composé des pièces profanes avant de se retirer à Nole, près du tombeau de saint Félix, auquel il consacre 13 Laudes annuelles 159  - environ 5 000 vers ! - généralement en hexamètres dactyliques, intégrées dans un corpus de 31 pièces qui, par son caractère anthologique désordonné, n'a rien de l'architecture organique que forment les oeuvres de Prudence. Les autres pièces cet 'Horace dévot' 160 , de genres et de tons variés, sont toujours purement littéraires.


c) Poésie liturgique chrétienne

      Pour l'embellissement du culte

      64 La poésie liturgique a pour cadre habituel les sanctuaires, sous forme d'hymnes (interprétées par les fidèles ou par des clercs) ou d'inscriptions (gravées ou peintes). Il s'agit d'une poésie généralement moins personnelle que la poésie livresque. Ces pièces liées à un culte public sont moins identifiées à un auteur qu'à un temps (heure de l'office, fête) ou à un lieu (tombe d'un martyr, baptistère, etc.). Alors que la poésie littéraire revêt le plus souvent un contenu chrétien d'une forme profane, ce type de poésie (qui existe dès les débuts de l'Église) repose à la fois sur des modèles profanes et sur une tradition poétique d'inspiration biblique. Il ne s'agit pas ici de christianisation de la culture, mais plutôt d'enrichissement du culte par les formes héritées de la tradition profane - ce qui pouvait susciter des oppositions 161 .

      65 Davantage encore que les poèmes littéraires, les poèmes liturgiques répondent à un besoin, mais servent aussi une propagande religieuse (adressée aux foules rassemblées dans les sanctuaires, et indirectement à une élite attachée à la culture traditionnelle) ; ce caractère engagé découle de la nature catéchétique de l'hymne chrétienne, qui se distingue des Psaumes bibliques en alliant le lyrisme de la prière à un contenu dogmatique explicite 162 . L'arianisme avait utilisé ce moyen (à Alexandrie la Thalie d'Arius avait largement diffusé sa doctrine) ; plus tard, les donatistes recoururent à des chansons pour populariser leur Église schismatique ; pour contrer ces derniers, saint Augustin composera en 393 un Psaume abécédaire contre le parti de Donat, délibérément peu classique par sa versification 163 . Plus 'antiques' sont les poèmes composés par deux Pères particulièrement engagés dans la lutte contre l'arianisme : saint Hilaire de Poitiers puis saint Ambroise de Milan, qui donna à l'hymne chrétienne une forme à la fois classique et populaire 164 .

      Créations hilariennes

      66 La liturgie chrétienne de la partie occidentale de l'Empire était très conservatrice et maintenait la langue grecque (cf. § 43). C'est seulement au ive s. que semble s'être fixé le texte du Te Deum, dont certains éléments semblent très anciens, ce qui va de pair avec la forme - non métrique, comme pour les hymnes néo-testamentaires - de ce poème, attribué à saint Ambroise ou à saint Hilaire. De ce dernier, on a retrouvé à la fin du xixe s. trois hymnes, en partie mutilées : les deux premières ont des strophes alphabétiques (modèle des Psaumes) ; les deux dernières ont une prosodie régulière, contrairement à la première, où les licences sont bien plus nombreuses que dans leur modèle horatien 165 . La variété dans la forme donnée à ces hymnes, qui participent de deux poétiques distinctes (biblique, populaire ; gréco-latine), laissent percevoir une relative incertitude : Fontaine parle d''hymnodie expérimentale' 166 . Si, à la différence de saint Ambroise, l'évêque de Poitiers ne semble pas avoir célébré de martyrs dans ses hymnes, la variété formelle de celles-ci (qui contraste avec la forme fixe ambrosienne) évoque par contre l'exploration des genres et des formes qui caractérisera les recueils lyriques de Prudence.

      67 Il est vraisemblable que ces hymnes soient postérieures au retour d'exil de leur auteur (361), et que donc le séjour forcé en Grèce de saint Hilaire l'ait inspiré dans sa création qui est, en Occident, le premier exemple d'une poésie métrique chrétienne 'officielle', car oeuvre d'un évêque qui la compose à ce titre. L'influence orientale semble aussi avoir eu son rôle une génération plus tard, avec saint Ambroise 167  qui, comme saint Hilaire, compose ses hymnes dans le cadre de la lutte contre l'arianisme. Il est difficile de déterminer si les pièces hilariennes ont eu une destination liturgique, quand bien même le fait est probable ; la complexité de leur forme et leur variété laissent toutefois supposer que leur interprétation dut être le fait non de l'ensemble des fidèles, mais d'un choeur ou d'un chantre.

      Poèmes ambrosiens

      68 Instituées dans la liturgie milanaise dans un contexte critique - le siège des catholiques dans une basilique revendiquée par les ariens 168  -, les hymnes ambrosiennes semblent surgir avec une allure déjà classique, détachées des circon-stances de leur éclosion ; la forme que leur donne saint Ambroise (8 strophes de 4 dimètres iambiques) s'adapte à la fois aux canons de la métrique classique fondée sur la quantité 169 , à la perception commune de la langue (répartition régulière des accents d'intensité) et au chant (quasi isosyllabie ; hiatus et élisions évités). Cette forme s'imposera comme la forme normale pour l'hymnodie liturgique de l'Église latine.

      69 Comme les hymnes hilariennes, elles ont un contenu théologique - et un rôle catéchétique, avec leur brièveté et leur relative simplicité. Les hymnes ambrosiennes chantées dans la liturgie occupent le temps : heures du jour 170 , grandes fêtes du Seigneur 171 , d'apôtres 172  ou de martyrs (milanais 173  ou romains 174 ). La simi-litude de ces sujets avec ceux des poèmes lyriques de Prudence est frappante et traduit une évidente influence de saint Ambroise, en particulier dans le cas du Peristephanon, où l'on retrouve une distinction entre apôtres et martyrs, et entre martyrs locaux (ou provinciaux) et romains. La coïncidence de l'égalité du nombre des pièces dévolues au temporal et au sanctoral et le fait que ces dernières soient sept (nombre des Passiones de Prudence) ne constituent cependant que des similitudes fortuites avec les recueils de Prudence : le canon des quatorze pièces retenues aujourd'hui comme ambrosiennes n'a pas eu d'existence stable, comme tel, à la fin du ive s., et fut constitué progressivement puis assez vite augmenté.

      70 À côté de sa production hymnique, saint Ambroise a aussi composé des poèmes épigraphiques ; la Sylloge de Lorsch en a conservé certains, dont l'inscription du baptistère de Sainte-Thècle et la dédicace de l'église de Saint-Nazaire-le-Grand, à Milan 175 . On peut aussi lui attribuer les 21 distiques destinés à servir de légende à des représentations figurées d'épisodes bibliques ornant la basilica maior de Milan 176  ; ces poèmes ont été attribués à Prudence, vraisemblablement du fait que le poète s'est inspiré de ce modèle - ambrosien, directement ou non - dans sa composition du Dittochæon, collection plus développée de poèmes épigraphiques (cf. § 59).

      Damase et la poésie épigraphique

      71 Le représentant le plus illustre de l'épigramme chrétienne est saint Damase : il assigna à de tels poèmes un rôle éminent, qui allait au-delà de l'épitaphe personnelle 177 . L'inscription monumentale, genre romain par excellence, affirme une volonté de puissance et de pérennité ; l'évêque appose ainsi officiellement une marque de propriété, au nom de l'Église, sur les tombes des martyrs, objets jusque là de l'évergétisme impérial et d'une dévotion populaire parfois désordonnée, sans lien avec la liturgie publique et sacramentelle (cf. § 96). Le pape Damase, qui joua un rôle décisif dans la latinisation de la liturgie romaine, n'a semble-t-il pas composé d'hymnes, mais les inscriptions édilitaires sacrées dont il est l'auteur avaient aussi une fonction liturgique : ornements des sanctuaires, visibles de tous les fidèles, in-tangibles, leur contenu n'en est pas moins comme actualisé à chaque lecture. La célébrité de ces inscriptions hexamétriques est due aussi à l'excellence de leur gravure, oeuvre d'un des plus grands lapicides antiques, Furius Dionysius Philocalus 178 .

      72 Damase avait ainsi donné ses lettres de noblesse à un genre dont la christianisation n'allait pas de soi, vu son caractère très mondain. Les principaux poètes chrétiens de son temps - qui, sauf Prudence, sont aussi des évêques bâtisseurs - y ont recouru, non seulement pour des épitaphes, mais aussi, en particulier, pour orner des baptistères : saint Ambroise, Prudence (perist. 8), saint Paulin de Nole et, plus tard, Sixte III, qui décore d'une telle inscription métrique le baptistère du Latran 179 . D'autres supports pouvaient s'offrir à de tels poèmes : on connaît le texte du distique gravé sur la table où saint Augustin prenait ses repas communautaires 180  et son tristique destiné au cierge pascal 181 . Si Damase utilise exclusivement l'hexamètre, employé par Prudence dans le Dittochæon, la tradition liant le distique élégiaque aux carmina epigraphica demeure vivace et cette forme l'emporte ailleurs.

      73 L'oeuvre de Damase n'a pas fait que donner à Prudence l'idée de composer perist. 8 : si l'influence exercée par ces épigrammes ne semble pas affecter les pièces les plus anciennes du Peristephanon (cf. § 100), elle n'en est pas moins décisive ensuite, et, par la variété des domaines qu'elle touche, presque aussi importante que celle de saint Ambroise (cf. §§ 181. 185-187). Les martyrs romains que glorifie Prudence sont aussi ceux auxquels le pape Damase a accordé une importance particulière 182 , et c'est sa politique religieuse que Prudence sert (perist. 7) ou célèbre (perist. 12) ; cf. § 186.


3. Le culte des martyrs


a) Expressions littéraires du culte des martyrs

      Documents

      74 La passion d'un martyr se déroulant normalement dans le cadre d'une procédure publique, réglée par le droit, il devait en exister des compte-rendus officiels 183 , outre les notes prises lors du procès par des auditeurs chrétiens et versés dans les archives de l'Église, comme avec les Actes proconsulaires du martyre de saint Cyprien. Ces archives furent le plus souvent détruites, avec les Écritures saintes, durant la persécution de Dioclétien 184  ; un poème comme perist. 1 tente de suppléer à cette perte en mettant par écrit la tradition orale - Prudence montre une certaine méfiance pour ce qui n'est pas écrit 185 . L'enjeu est important, puisque, selon l'Écriture, les paroles des martyrs sont directement inspirées par l'Esprit Saint 186 , et que leur conservation ajoute au trésor de l'Église, tout comme celle de leurs reliques.

      75 Quand le futur martyr était un évêque, il pouvait avoir l'occasion, durant son incarcération, d'écrire des lettres reçues par sa communauté ou par d'autres comme des témoignages précieux. Ainsi, outre les Épîtres canoniques, on a tôt conservé la correspondance de saints Ignace et Polycarpe, ainsi que celle de saint Cyprien, comme on le fera plus tard pour celle des principaux Pères de l'Église.

      76 À défaut de tels documents, il importait que fussent au moins connus les noms des martyrs, l'emplacement de leur tombe, le jour de leur fête, pour permettre aux fidèles de les célébrer et de recourir à leur intercession. Ces indications minimales étaient fournies par les épitaphes 187 , parfois sommaires, ou refaites - comme c'est le cas du temps de Damase, qui leur donne une forme monumentale - et par les martyrologes, calendriers précisant le jour de leur supplice (ou de la depositio de leur corps) et, généralement, le lieu de leur sépulture, qui est aussi par excellence celui de la célébration de leur natale 188 . Cet anniversaire, mémorial de leur naissance à la vie éternelle, était célébré dès l'année suivant leur martyre, et constitue généralement, après examen critique, une donnée historique très solide.

      77 Contrairement aux martyrologes dits historiques, dont le premier modèle est fourni par Bède (cf. § 260-261), les anciens calendriers ne comprennent aucun récit, aucune information sur la passion des martyrs 189 . Le principal de ces calendriers est le Martyrologe dit hiéronymien 190  ; un autre document précieux est le Calendrier de Polémius Silvius (daté de 448/449), donnant les dates de fêtes païennes, profanes et chrétiennes, dont les natalia de quelques martyrs illustres 191 . Le Martyrologe romain 192  a une histoire complexe qui se poursuit, car il est régulièrement révisé et augmenté : une première étape (antérieure au viie s.) voit sa constitution à partir de la Depositio martyrum (le plus ancien calendrier romain) 193  et du Martyrologe hiéronymien ; une série de compléments intervient aux viiie et ixe s. ; une autre encore, avant l'édition imprimée de 1527, aux xe et xie s. ; la dernière en date eut lieu à l'issue du grand Jubilé de l'an 2000, suite à des recherches sur les 'témoins de la foi' du xxe s.

      Passions littéraires

      78 Les minces données recueillies officiellement par l'Église n'épuisaient pas la curiosité des fidèles et, très souvent, les documents authentiques (Actes des martyrs) avaient disparu, au plus tard lors de la persécution de Dioclétien. Or, l'exemplum des martyrs a eu très tôt une grande importance dans la formation des chrétiens 194  ; avec le développement d'une littérature chrétienne, le besoin se fit donc sentir d'une mise par écrit des 'passions des martyrs', pour garder la mémoire des temps héroïques.

      79 De telles narrations relèvent du genre biographique - cependant, elles racontent non la vie, mais la mort d'un héros dont la patrie est à la fois le lieu du martyre et le Ciel. Les passions de martyrs ont pour archétypes les récits néo-testamentaires de la Passion du Christ ainsi que de celle du Protomartyr Étienne 195  - ce martyre constitue du reste, dans la réalité historique, la première d'une longue série d'imitations du sacrifice du Christ par les chrétiens persécutés. Comme les 'passions' du Nouveau Testament, celles qui sont écrites par la suite (en général entre le ive et le vie s.) s'articulent autour des deux temps forts de l'interrogatoire et de l'exécution (qui parfois ne font qu'un, s'il y a torture ; parfois aussi sont évoqués les moments précédant l'arrestation et ceux qui suivent la mort), et comprennent à la fois une narration et des discours directs. Le récit est susceptible d'être dramatisé voire romancé (intervention du merveilleux), tandis que les discours des martyrs - réputés inspirés - permettent de développer une apologie ou d'exposer une doctrine. Ce genre littéraire populaire peut donc être mis au service d'une catéchèse 196 .

      80 Les communautés schismatiques, qui avaient leurs propres martyrs (non reconnus par l'Église catholique) 197 , semblent avoir joué un rôle important dans l'émergence de ce genre littéraire, moyen efficace de propagande d'un culte et d'une doctrine ('passions donatistes') 198  ; comme pour les hymnes 199 , les évêques catholiques firent eux aussi un grand usage de ce type de textes, peut-être par réaction. Destinées avant tout à la lecture privée, ces passions pouvaient également être lues au cours des célébrations liturgiques, du moins en Afrique 200 .

      Littérature de célébration

      81 Le moyen par excellence de rappeler la passion du martyr dans la liturgie est le sermon, oraison funèbre particulière qui donne l'occasion de narrer la mort glorieuse du martyr. Contrairement aux passions littéraires, l'homélie n'autorise que difficilement le recours au discours direct, mais elle permet des commentaires et comparaisons qui, dans un pur récit, passeraient vite pour des digressions oiseuses.

      82 Les hymnes ambrosiennes chantées le jour de la fête des martyrs constituaient, comme les épitaphes damasiennes, des moyens efficaces - l'un collectif et solennel, l'autre personnel et permanent - de rappeler brièvement, mais sous une forme ornée, l'essentiel de la passion du martyr. Ces poèmes, oeuvres littéraires, étaient recopiés et diffusés plus largement. À mi-chemin entre ces compositions et le genre - circon-stanciel par excellence - de l'homélie figurent les poèmes composés chaque année par Paulin, évêque de Nole, en l'honneur du martyr Félix 201 . Bien qu'il ne soit pas clerc et ne compose pas avant tout pour un usage liturgique, Prudence s'inscrit dans le même mouvement littéraire, consistant à traduire en vers des genres littéraires souvent humbles et spécifiquement chrétiens : il inaugure le genre de la passio metrica.


b) Expressions plastiques du culte des martyrs

      Architecture

      83 Avec la Paix de l'Église, le culte des martyrs cesse d'être confiné aux cata-combes. Celles-ci restent fréquentées et utilisées jusqu'à la fin de l'Antiquité, parfois réaménagées avec des 'circuits' de pèlerinage permettant un accès plus aisé aux corps saints et avec une monumentalisation des tombes vénérées 202 .

      84 L'ancienne discipline romaine de l'intangibilité des sépultures et de l'inter-diction d'ensevelir les morts à l'intérieur du pomoerium s'applique également aux corps saints ; la vénération des reliques des martyrs gardera, du temps de Prudence, le caractère d'un pèlerinage - même si des sanctuaires urbains commencent à être mis sous l'invocation d'un saint, telle la basilique damasienne de Saint-Laurent. Les sanctuaires édifiés autour de tombes maintenues à leur emplacement originel sont parfois l'occasion de prouesses de génie civil, comme, dans le cas de Saint-Pierre, les travaux constantiniens d'arasement et les travaux damasiens de drainage 203 .

      85 Prudence célèbre la grandeur et l'éclat des basiliques, dont la forme est empruntée aux vastes bâtiments civils du même nom ; il évoque les représentations figurées et les inscriptions 204 , documents propres à émouvoir ou à instruire le voyageur. Les aménagements liturgiques intéressent aussi le poète, qui mentionne l'autel eucharistique 205 , souvent uni à la tombe 206  devant laquelle les fidèles se prosternent pour vénérer et implorer le saint 207  ; il parle de l'ambon et de la cathèdre, tribunal Christi qui occupe la place assignée au magistrat dans la basilique profane 208 .

      Portraits de martyrs

      86 Avant la Paix de l'Église, les verres dorés retrouvés dans les catacombes ne semblent comporter, outre des inscriptions, que des portraits anonymes, des représentations d'animaux et, parfois, celle du Christ bon Pasteur. C'est à partir du deuxième quart du ive s. que l'on trouve une plus grande variété des thèmes, bibliques (p.ex. un Hébreu dans la fournaise 209 ) et hagiographiques (en particulier saints Pierre et Paul 210 , Sixte et Timothée 211 , Agnès 212 ). À l'époque où Prudence écrit le Peristephanon, on a de très nombreuses représentations de saints Pierre et Paul, ainsi que de sainte Agnès 213 , les trois étant associés dans un cas 214  ; c'est aussi à la fin du ive s. que l'on trouve une représentation du sacrifice d'Abraham 215 , seul cas avec le type de l'Hébreu dans la fournaise de représentation de 'passion' sur ce support - de telles 'métaphores du martyre' sont fréquentes en peinture (cf. tableau § 90).

      87 On a aussi des portraits de martyrs dans les fresques des catacombes : sainte Agnès avec l'agneau 216 , saint Pierre, et tous les autres martyrs célébrés dans les sept Passions de Prudence (saints Paul, Laurent, Sixte, Vincent, Cyprien), sauf saints Cassien et Hippolyte, mais avec saint Quirin (cf. perist. 7) 217 . D'autres techniques sont également utilisées : mosaïque (portraits des Apôtres surtout 218 ), bas-relief (sainte Agnès en orante 219 ) ou haut relief sur marbre (sarcophages : cf. § 90).

      Représentations du martyre

      88 C'est un lieu commun que d'affirmer l'inexistence de représentations du Christ crucifié et aussi de passions de martyrs avant le Moyen-Âge, en invoquant divers motifs (dont l'un des plus inconsistants serait une sensibilité tardo-antique pleine de pudeur et de retenue). La littérature de l'Empire romain voit régulièrement apparaître un goût de l'horrible, une esthétique du laid, dont on a des exemples chez Sénèque et Lucain, et jusque chez Ausone décrivant l'agonie d'un poisson ou saint Jérôme narrant le déroulement de l'horrible supplice d'une femme accusée d'adul-tère 220  - pour ne pas parler de récits qui comprennent nombre de descriptions de supplices, comme ceux de l'Histoire Auguste 221  ou les passions de martyrs. On remarque aussi un intérêt particulier, durant l'Antiquité tardive, pour les descriptions d'oeuvres d'art 222  ; rien ne s'oppose donc a priori à ce qu'un poète s'inspire dans ces descriptions même d'oeuvres d'art réelles - Prudence l'affirme du reste en perist. 9 et 11.

      89 On n'a pas retrouvé les représentations dont Prudence fait l'ecphrasis. Si les aléas de l'histoire expliquent leur disparition, on peut aussi avancer l'hypothèse d'une fiction poétique. Rien ne permet cependant d'exclure a priori que le portrait de saint Cassien martyrisé ou que la peinture des épisodes du martyre de saint Hippolyte aient réellement existé. Plusieurs documents attestent l'existence de représentations du martyre au début du ve s. ; l'un d'eux est un sermon de saint Augustin montrant à ses fidèles une pictura où est figurée la lapidation du Protomartyr Étienne 223 . Parmi les oeuvres conservées et dont l'authenticité n'est pas mise en cause, il y a un Massacre des Innocents sur un panneau d'ivoire 224  et, à Rome, une colonnette où est sculptée la décollation de saint Achillée 225 , une fresque du Coemeterium Maius où, semble-t-il, sont représentés Maurus et Papia menant le martyr Sisinius au supplice 226  et une autre, sous la basilique du Célius, avec la décapitation de saints Jean et Paul 227 . C'est de cette même époque que date la plus ancienne représentation conservée de la crucifixion du Christ (panneau de la porte en bois de Sainte-Sabine, à Rome).

      90 Prudence vit à l'époque (entre le deuxième quart du IVe et la première moitié du ve s. 228 ) où sont sculptés les sarcophages dits 'de passion', évoquant la Passion du Christ (jugement de Pilate) ou celle des Princes des Apôtres (arrestation de Pierre ou portement de la croix ; décapitation de Paul), associant parfois le Christ et saints Pierre et Paul. Plusieurs de ceux qui représentent l'exécution de saint Paul 229  portent en outre des scènes de 'passions' vétérotestamentaires : sacrifice d'Abraham 230 , Daniel dans la fosse aux lions 231 , les trois Hébreux dans la fournaise (?) 232 , Jonas jeté à la mer 233 . Ces motifs sont fréquents dans les fresques des catacombes romaines 234  et semblent constituer une métaphore de la passion des martyrs, puisqu'ils correspondent à une typologie des supplices :

      
Fer : décapitation, égorgement
(martyrs de perist. 1. 12. 13. 14)
Sacrifice d'Abraham (gen. 22)
(au moins 23 ex. à Rome)
Feu : bûcher, gril
(martyrs de perist. 2. 3. 5. 10)
Les Hébreux dans la fournaise (Dan. 3)
(au moins 20 ex. à Rome)
Fauves : lions dans l'arène
(évocation en perist. 1. 5. 6)
Daniel dans la fosse aux lions (Dan. 6)
(au moins 52 ex. à Rome)
Eau : noyade
(martyr de perist. 7 ; évocation en perist. 5)
Jonas jeté dans la mer (Jon. 1 - 2).
(au moins 25 ex. à Rome)

      Il est à remarquer que les peintres des catacombes observent la même discrétion que Prudence relativement au supplice de la croix 235 , qui a dû pourtant être relativement commun dans les faits jusqu'à son abolition complète au cours du ive s.


c) Signification et enjeux du culte des martyrs

      Exhortation au martyre, glorification des martyrs

      91 Dans l'Iliade, Phénix dit à Achille que Pélée le lui avait confié en définissant ainsi le but de son éducation : muqwn te rhthr' emenai prhkthra te ergwn 236 . Ce double idéal, qui correspondra durant le Moyen-Âge aux services de plaid et d'ost, se retrouve dans la figure du héros chrétien par excellence qu'est le martyr, qui assume paradoxalement les qualités de l'orateur (son témoignage, discours inspiré 237 , n'emporte jamais la conviction du juge) et celles du guerrier (ses exploits ne sont pas accomplis dans l'action, mais dans la passion, avec des secours divins tels que l'attitude de la victime peut parfois impressionner les spectateurs et les amener à se convertir 238 ). Le martyr se bat pour un souverain et une patrie célestes face aux puis-sances de ce monde, dont l'attitude devient à son tour paradoxale devant la violence pacifique de ceux qui les contestent : on reproche aux chrétiens non pas ce qu'ils font (d'hypothétiques crimes), mais ce qu'ils sont (le nomen Christianum) ; on met les accusés à la question non pour qu'ils avouent, mais pour qu'ils renient leur 'crime' 239 .

      92 La monolâtrie stricte des chrétiens ne peut se réduire à l'obéissance à une loi religieuse 'intolérante' 240  : le martyre est vécu comme imitatio Christi (cf. § 99) et comme résistance face à des puissances maléfiques, les dieux du paganisme étant identifiés aux démons (le culte païen y fait allégeance). Aucun compromis n'est donc possible, d'autant plus que l'enjeu de l'épreuve est, pour le martyr, son salut éternel.

      93 Dès lors, avant même d'adresser des apologies aux persécuteurs, les auteurs chrétiens ont exhorté leurs coreligionnaires au martyre, leur montrant la voie royale permettant de quitter ce monde pour celui de la vie éternelle. Les martyrs sont déjà présentés comme des modèles à suivre dans les lettres de saint Clément de Rome et de saint Polycarpe 241 . Tertullien écrira à des chrétiens en prison pour les exhorter au martyre, de même que saint Cyprien 242  ; Origène, qui encore adolescent avait écrit une telle lettre à son propre père, composera plus tard une Exhortation au martyre développée, où il présente le martyre comme une grâce 243  - telle est la doctrine de l'Église : le martyre est un don de Dieu 244 , qu'il ne faut ni rejeter (comme les lapsi, qui cèdent sous la menace des persécuteurs) ni chercher à provoquer (comme les fanatiques qui agissent de manière suicidaire et provocatrice). Il faut agir avec discernement, fuyant la mort quand cela est possible 245  - ne serait-ce que pour ne pas donner aux persécuteurs l'occasion de commettre un crime -, mais l'acceptant avec joie si l'on y est acculé 246 .

      Enjeux du culte des martyrs

      94 Les martyrs sont non seulement des modèles de vie chrétienne mais aussi, en tant qu'élus, des intercesseurs efficaces auprès de Dieu. Leur héroïsme les a unis à la cour céleste 247 , mais leur humanité permet aux pénitents de garder avec eux une certaine familiarité, alors qu'ils se reconnaissent indignes de s'adresser à Dieu 248 .

      95 La popularité et le prestige des martyrs étaient tels qu'ils risquaient de se substituer aux ministres ordonnés dans leur fonction médiatrice entre les autres fidèles et Dieu : durant les persécutions, l'évêque Cyprien dut s'opposer aux confesseurs (futurs martyrs, en prison) qui, ne pouvant ou ne voulant consulter les autorités ecclésiastiques, accordaient parfois hâtivement des billets de réconciliation assurant à tel ou tel des lapsi 'la communion pour lui et les siens' 249 , en l'assurant de son intercession efficace auprès de Dieu. L'intransigeance ou au contraire la tolérance des évêques face aux lapsi furent à l'origine de schismes (montanisme, novatianisme, donatisme), animés par des prêtres qui se réclamaient d'une 'Église des martyrs', face à l'Église 'officielle', même si tous vénèrent les martyrs les plus illustres. Cependant, le baptême de sang aura un statut canonique inverse de celui du baptême d'eau, reconnu même s'il y a schisme : ne peut être honoré comme martyr que celui qui était en communion avec l'Église 250 . Les communautés schismatiques vénéraient leurs propres martyrs, en popularisant leurs cultes avec des productions littéraires 251  qui amenèrent les évêques de la grande Église à réagir par des oeuvres similaires, célébrant les martyrs catholiques.

      96 À l'intérieur même de l'Église, le problème des billets donnés par les confesseurs sans l'avis de la hiérarchie ecclésiastique risquait de se prolonger dans une concurrence entre un culte aux martyrs, populaire du fait même de l'absence de cadres stricts, et une liturgie sacramentelle soumise à la discipline de l'arcane - les catéchumènes ne pouvaient assister au sacrifice eucharistique - et mise en oeuvre par une hiérarchie sacerdotale qui n'hésitait pas à imposer des sanctions, y compris à l'encontre des puissants (excommunication). Constantin avait favorisé la pratique du refrigerium (repas offert sur la tombe du martyr) en construisant des basiliques qui pouvaient servir quotidiennement de salle de banquet 252 , occasion de pratiquer son évergétisme et de canaliser la piété populaire hors de l'influence directe du clergé ; dans son Discours à l'assemblée des saints, il tient des propos quasi apologétiques pour cette pratique, qu'il semble mettre au même niveau que la messe 253 . Évêque anti-arien parfois en butte au pouvoir impérial 254 , saint Ambroise sera l'un des premiers à condamner ce rituel 255  ambigu - il évoque l'usage païen de 'nourrir' le mort lors des Parentalia -, au profit de la seule offrande eucharistique ; la mainmise de l'Église sur le culte des martyrs se manifestera par l'érection d'un autel eucharistique sur les tombes vénérées et par l'insertion de reliques dans les autels.

      Signification spirituelle

      97 Les poèmes du Peristephanon ne font pas que servir la politique religieuse des évêques Ambroise et Damase, et le martyre n'est pas une pure matière à polémique ou à propagande contre les adversaires païens ou hérétiques de l'Église - mais, pour Prudence, un objet de contemplation. Ses héros ne sont pas que des figures littéraires ou historiques, mais des saints auxquels sont adressés hommages et prières.

      98 Les passions des martyrs appartiennent non seulement à l'histoire de Rome ou de telle ville de l'Empire, mais prolongent en outre l'histoire sainte, en reflétant après la venue du Christ les martyres des prophètes qui témoignèrent parfois au prix de leur vie 256  et ceux des Hébreux dans la fournaise et des Maccabées 257 . Ils ont aussi pour modèles le Protomartyr Étienne 258  et ceux qui versèrent le sang peu après la naissance, respectivement le début de la vie publique du Christ : les saints Innocents et saint Jean-Baptiste 259 .

      99 Dans leur passion, les martyrs se conforment parfaitement non seulement aux commandements, mais aussi à la personne même du Christ. À partir de saint Étienne, les martyrs imitent le Christ dans leur action et dans leur être : leurs blessures inscrivent dans leur chair le nom même du Christ 260  et, par leur passion, ils sont associés à la Croix du Christ 261 , participant en quelque sorte à son oeuvre rédemptrice 262 , par le sacrifice de leur vie. Leur récompense est surabondante : pour eux, ils gagnent la vie éternelle 263  et, en vertu de la réversibilité de leurs mérites, le lieu de leur mort ou de leur tombeau est l'objet d'une faveur divine qui rejaillit sur ceux qui implorent l'intercession du martyr 264 . Le sang des martyrs est la matière d'un véritable baptême 265  tout en ayant la vertu durable de chasser les démons 266  : alors que Tertullien voyait, dans une image célèbre, le sang des martyrs comme une semence de chrétiens, c'est-à-dire avant tout un moyen de persuasion 267 , Prudence lui donne une valeur sacrée, efficace dans sa matérialité même. Reflétant poétiquement l'intégration du culte des martyrs dans la liturgie eucharistique, Prudence affirme la valeur sacramentelle du sang versé par les martyrs, image réelle de celui du Christ, signe et moyen de la croissance de l'Église, corps du Christ.


II. Chronologie et organisation du Peristephanon


1. Les poèmes anciens et l'émergence du genre


a) Peristephanon 2 (s. Laurent) et 14 (ste Agnès)

      Ancienneté et contemporanéité de perist. 2 et 14

      100 Les poèmes que Prudence consacre à saint Laurent et à sainte Agnès, deux martyrs romains illustres, semblent être les plus anciens du recueil 268 . Le poète n'y décrit pas de sanctuaires, contrairement à ce qu'il fera par la suite, et y apparaît comme éloigné de Rome 269 , ne connaissant la ville que par ouï-dire 270 . Dans ces deux poèmes, le récit dépend de la tradition ambrosienne, milanaise - avant son déplacement à Ravenne en 402, la cour était à Milan -, et non de ce que Prudence aurait pu apprendre à Rome, par les inscriptions damasiennes notamment 271 .

      101 Les deux poèmes développent une action dramatique à rebondissements. On y trouve aussi deux motifs particuliers, adjoints à la narration proprement dite de la passion : une assimilation du combat du martyr à une lutte contre le démon, et une critique des vanités et des vices du monde.

      102 Le premier de ces traits communs à perist. 2 et 14 consiste en une lecture eschatologique de l'événement du martyre : comme l'archange Michel, saint Laurent terrasse le démon 272  et sainte Agnès, sorte de nouvelle Ève, écrase la tête du dragon 273 . Ces motifs découlent d'une exégèse de l'Écriture selon le sens moral, identifiant les martyrs à de grands acteurs de l'histoire du salut. La même idée est reprise en perist. 5 274 , probablement postérieur à perist. 2 et 14 (cf. § 109-112).

      103 Le second trait commun est propre à ces deux poèmes évoquant la perversité et la vanité du monde dans des énumérations comparables, bien que dans des contextes différents (perist. 2 : discours du martyr au persécuteur ; perist. 14 : regard porté par la martyre sur le monde au moment de la montée de son âme au ciel). Cette thématique proche de celle de la Psychomachie expose le problème moral sous forme d'un catalogue de vices, qui culmine dans la mention de l'irréligion, du paganisme (cf. perist. 2, 261-264 ; 14, 110-111) 275 . Les thèmes moraux traités sont typiques des préoccupations ascétiques du temps de Prudence :

  • soif de l'or, acquis par des crimes : perist. 2, 189. 197-200 ; 14, 102-103,
  • goût du luxe et des privilèges : cf. perist. 2, 233-234. 237-240 ; 14, 104-105,
  • ambition, goût des honneurs : cf. perist. 2, 249-252 ; 14, 100-101,
  • jalousie et malice : cf. perist. 2, 257-260 ; 14, 108-109.

      Datation de perist. 2 et 14

      104 Le motif de la condamnation des pompes du siècle donne un indice sur la date des poèmes : on songe à la Præfatio où Prudence affirme sa conversion et sa volonté de quitter un 'monde' dont il a connu les honneurs. En perist. 2, l'attention qu'il porte à la classe sénatoriale et sa joie de la voir se convertir au christianisme suggèrent que le poète est encore proche du temps où il faisait corps avec ce milieu - perist. 2 s'apparente au Contre Symmaque par les thèmes qu'il traite, et peut être situé non loin de 402-403, date probable de l'achèvement de c. Symm. 2 276 . Plus précisément, on trouve pour perist. 2 un terminus post quem avec les mesures impériales de fin janvier 399 visant à préserver les oeuvres d'art d'inspiration païenne 277  : Prudence y fait notamment allusion en perist. 2, 473-484, dans une prophétie du martyr 278 .

      105 On a une confirmation de cette datation - et une illustration de la proximité chronologique de perist. 2 et 14 - avec les indications données par perist. 14. Dans ce poème, le thème de la vanité du monde, comme celui du mariage mystique de la martyre avec le Christ, est lié à une polémique implicite avec Claudien. Ce dernier avait composé en février 398, à l'occasion du mariage hautement 'politique' de l'empereur Honorius (alors âgé de 14 ans) avec la fille de Stilicon (âgée de 12 ans), un ensemble de poèmes dont l'un utilisait une forme métrique totalement nouvelle 279  ; Prudence la reprend en perist. 14 pour un sujet à la fois diamétralement opposé sur le plan idéologique et analogue à plusieurs égards, notamment l'âge de l'héroïne du poème. On a donc ici un terminus post quem, et il est permis de supposer que perist. 14 n'a été composé et diffusé guère plus tard.

      Antériorité de perist. 14 relativement à perist. 3 et 6

      106 La comparaison de perist. 3 et 14, tous deux consacrés à des vierges martyres, donne des indications précieuses. En perist. 14, Prudence n'utilise pas la version romaine du martyre de sainte Agnès, qu'il transposera dans le récit relatif à sainte Eulalie : indépendamment de l'historicité des faits, force est de constater qu'il y a emprunt littéraire, dépendance d'une inscription damasienne que Prudence semble ignorer quand il écrit perist. 14. Sont communs aux deux versions (et absents de perist. 14) les motifs de la fugue loin du giron familial lors de la persécution 280 , du supplice du feu 281  et du miracle de la chevelure recouvrant le corps dénudé 282 . Perist. 3 est aussi postérieur à perist. 9 et 11, 'poèmes du voyage' (cf. § 142-143) eux-mêmes plus récents que perist. 2 et 14, puisque Prudence semble ne pas encore avoir visité Rome lorsqu'il écrit ces poèmes consacrés à saints Laurent et Agnès.

      107 On peut aussi mettre en évidence un rapport de dépendance entre perist. 6 et 14 avec deux passages présentant un lexique commun, bien que les contextes soient très différents - en outre, la disposition des termes récurrents est semblable :

      
perist. 6, 32-36 perist. 14, 67-72
tandem stant trucis ad tribunal hostis ;
fratres tergeminos tremunt catastæ.
iudex Æmilianus imminebat,
atrox, turbidus, insolens, profanus,
aras dæmonicas coli iubebat.
ut uidit Agnes stare trucem uirum
mucrone nudo, lætior hæc ait :
" Exsulto, talis quod potius uenit
" uesanus,
atrox, turbidus, armiger,
" quam si ueniret languidus ac tener
" mollisque ephebus... "

      En perist. 14, les éléments soulignés amènent un contraste et un paradoxe essentiels ; en perist. 6, ils ne sont qu'un élément topique, qui contredit même l'idée de perist. 6, 33 (les martyrs effraient les instruments de torture) - élément par ailleurs absent de la source utilisée par Prudence. Perist. 14 apparaît donc comme le modèle du texte. Cela semble confirmé indirectement par perist. 6, 37-39 (mention par le juge de la conversion de jeunes païennes, leues puellæ) : cet autre ajout de Prudence à sa source pourrait être une réminiscence : une évocation, par antiphrase, de sainte Agnès.

      Antériorité de perist. 2 relativement à perist. 4

      108 Il semble que perist. 2 soit antérieur à perist. 4 ('poème hispanique', comme perist. 3 et 6 283 ). Ci-après est évoqué le passé glorieux de Rome et de Tingis, avec le lexique utilisé par Virgile pour formuler son idéologie politique de l'Empire romain 284  :

      
perist. 2, 5-8. 11-12 perist. 4, 45-48
reges superbos uiceras
populosque frenis presseras,
nunc monstruosis idolis
imponis imperii iugum. (...)
feritate capta gentium
domaret ut spurcum Iouem.
ingeret Tingis sua Cassianum
festa Massylum monumenta regum
qui cinis gentes domitas coegit
ad iuga Christi.

      Avec leurs motifs topiques, les deux passages pourraient dépendre directement de Virgile, mais leur proximité lexicale laisse supposer un rapport de dépendance. Le plus proche de Virgile, par son caractère politique et romain, est perist. 2 - d'où pourrait découler perist. 4 (transposition à un cas moins illustre et abrègement). Cette interprétation est corroborée par l'antériorité de perist. 2 par rapport à perist. 1 (cf. § 141), contemporain de perist. 4 (cf. § 176-177) et par la postériorité de perist. 4 relativement à perist. 5 (cf. § 113), lui-même dépendant de perist. 2 (cf. ci-après).


b) Peristephanon 5 (s. Vincent) et 13 (s. Cyprien)

      Dépendance de perist. 5 relativement à perist. 2 et 14

      109 Le poème consacré à saint Vincent (perist. 5) a en commun avec perist. 2 et 14 une structure narrative à épisodes, avec des péripéties, une conclusion en forme de prière personnelle ainsi que le motif de la lutte du martyr contre le démon 285 .

      110 On trouve l'idée de double martyre en perist. 5 et 14, mais dans une per-spective différente : en perist. 14, ce thème est repris de saint Ambroise (salut gagné par la virginité et par le martyre) ; en perist. 5, qui peut donc difficilement être le modèle de perist. 14, c'est le cadavre du martyr qui remporte une seconde victoire sur le persécuteur qui voulait le faire disparaître. Chaque fois, la couronne supplémentaire est remportée lors d'une exposition du corps, en état de vulnérabilité totale, protégé par une intervention divine, malgré l'outrage d'un homme de main 286 .

      111 Perist. 5 constitue un parfait pendant de perist. 2, formellement et thématiquement (cf. tableau ci-après). Son mètre est le même (fait unique dans le recueil, hormis la récurrence de distiques élégiaques en perist. 11 et, cas particulier, perist. 8 : cf. § 188) et sa longueur (576 vers), considérable par rapport à celle des autres poèmes du recueil, est proche de celle de perist. 2 (584 vers). Les deux poèmes sont consacrés à des diacres et ont des éléments en commun : discours développant une argumentation polémique (proche de celle du Contre Symmaque 287 ), description de supplices avec signes miraculeux, évocation de la fureur obstinée du persécuteur et de la conversion de témoins, mention de la dévotion du poète pour le martyr.

      112 Outre le mètre et la longueur, les éléments thématiques (typologiques) et lexicaux communs à perist. 2 et 5 (c'est aussi le cas entre perist. 5 et 7, mais avec perist. 5 comme modèle : cf. § 184) peuvent être résumés ainsi :

      
motifs communs : perist. 2 perist. 5
le martyr, l'un des sept diacres v. 37-39 hic primus e septem uiris,|qui stant ad aram proximi, | Leuita sublimis gradu v. 30-32 Leuita de tribu sacra, |minister altaris Dei | septem ex columnis lacteis
objet caché à livrer v. 85-88 (trésor de l'Église) v. 181-184 (Écritures saintes)
double miracle :
- illumination
- parfum (nectar)

vv. 361-362. 373-376 (visage)
v. 385-388, en part. 388

vv. 269-270. 305-308 (cachot)
v. 280
conversion subite
de témoins païens
v. 489-496 (sénateurs)
(cf. v. 493 repens)
v. 345-352 (geôlier)
(cf. v. 348 repente)
cannibalisme des bourreaux ou du juge v. 406-408 coctum est, deuora |
et experimentum cape | sit crudum an assum suauius
v. 100 pastos resectis carnibus
v. 152 riuosque feruentes bibe
analogie : dieu païen / élément du supplice vv. 356. 404 (Vulcain / feu) v. 99 (Pluton / bourreaux)
comparaison : martyr / figure de l'A.T. vv. 363-368. 381-384
(Moïse - Exode)
vv. 371-372 (Abel) ; 405-406 (Élie) ; 523-536 (Isaïe, Maccabées)
comparaison : martyr / figure du N.T. v. 369-372 (s. Étienne) v. 375-376 (s. Jean-Baptiste)

      Le récit de perist. 5 est le plus romanesque du recueil et, comparé à celui de perist. 2, peut sembler marqué d'une volonté de surenchère - tendant à faire de saint Vincent une figure égale sinon supérieure à son modèle romain. Mais il faut se garder de surévaluer le patriotisme local de Prudence et voir plutôt là une volonté d'équilibre : pour soutenir la comparaison avec la figure de saint Laurent, présenté comme un acteur de l'histoire du salut de l'humanité 288 , saint Vincent devait aussi apparaître comme exceptionnel. Prudence insiste donc sur les miracles de sa passion, et, au prix d'une certaine manipulation, sur le caractère unique d'un supplice qui lui est infligé 289  et de l'acharnement du persécuteur après sa mort 290 . Les deux quatrains de moins de ce poème, par rapport à perist. 2, sont peut-être un hommage à la prééminence de saint Laurent - archidiacre, alors que saint Vincent est diacre 291 .

      Antériorité de perist. 5 relativement à perist. 4 et 6

      113 Il est question de saint Vincent non seulement en perist. 5, mais aussi en perist. 4, 77-108. Si perist. 5 narre le détail de la passion, il ne dit rien du lieu des événements 292 , ni du passé du martyr ; en perist. 4, on a au contraire une forte revendication du martyr pour Saragosse et l'indication du lieu de sa sépulture (Sagonte) 293 , mais aucun récit du martyre. Perist. 4, incompréhensible sans les données de perist. 5, lui apporte un complément, voire un rectificatif ; l'inverse n'étant pas vrai, perist. 5 est antérieur à perist. 4 (tout comme perist. 2 : cf. § 108).

      114 Par ailleurs, une différence entre perist. 5 et 6 marque la principale évolution des conceptions de Prudence relatives au culte des martyrs. Alors qu'il célèbre en perist. 5 la dévotion envahissante des fidèles pour le martyr mourant comme une marque de vénération légitime et bonne - elle est à l'origine d'une conversion 294  - et loue ceux qui ne se contentent pas de lécher le sang du martyr, mais en rapportent chez eux, afin qu'il soit conservé pour leurs descendants 295 , sa position est dia-métralement opposée en perist. 6 : saint Fructueux refuse avec hauteur toute assistance 296  et apparaîtra avec ses compagnons afin d'ordonner aux fidèles qui avaient recueilli leurs reliques de les rapporter pour qu'elles reposent toutes dans un tombeau unique 297 . Ces éléments sont fidèlement repris d'une Passion en prose, source de perist. 6. Prudence aurait difficilement pu écrire tel quel perist. 5 après la lecture d'un texte qui lui parut suffisamment vénérable pour qu'il ne procédât à aucune modification notable et n'ajoutât rien au récit fait en perist. 6.

      115 On peut opposer l'accent mis dans les poèmes anciens sur le lien permanent entre le martyr et ses concitoyens 298 , qui fait qu'un étranger demande l'intercession du martyr comme une faveur 299 , et celui qui sera mis plus tard sur l'universalité de ces cultes, destinés à se répandre : on le voit en perist. 1 et 6, 'hymnes hispaniques' 300  et déjà dans les 'poèmes romains' (perist. 9. 11. 12) 301 . Le voyage de Rome a joué un rôle décisif dans cette évolution de la pensée de Prudence (cf. § 138-140).

      Proximité de perist. 13 et 14

      116 Perist. 13 et 14 sont les seuls du recueil à utiliser des vers catastichon. Tous deux célébrent plus qu'un martyr : respectivement un docteur de l'Église et une vierge. Contrairement aux martyrs par excellence que sont les diacres Laurent et Vincent (perist. 2 et 5), les héros de ces deux poèmes ne développent pas de longs arguments face au juge, mais agissent selon leur charisme propre : sainte Agnès proclame et défend sa virginité d'épouse du Christ, saint Cyprien guide ses ouailles et prie pour elles. Tous deux auront la tête tranchée - à la différence des deux diacres qui meurent dans d'atroces tortures -, mais connaissent auparavant des destins opposés : saint Cyprien est enfermé sous terre alors que sainte Agnès est exposée ; le nom d'Agnès évoque la pureté (ce qui correspond à son passé de vierge), alors que celui de Cyprien évoque Cypris, déesse de l'amour (à laquelle il était asservi avant sa conversion) ; un des persécuteurs tente en vain de faire avancer la foule des curieux contre sainte Agnès, qui les repousse, gênés ou affligés, alors qu'en perist. 13, le persécuteur ne parvient à retenir la foule des fidèles d'aller au martyre, enthousiaste, poussée par les paroles et les prières de saint Cyprien, pourtant caché dans une prison 302  ; enfin, l'une est romaine, l'autre, carthaginois 303 .

      117 Outre ces rapprochements thématiques, on a ce parallèle lexical frappant :

  • perist. 13, 95 ille Deo meritas grates agit et canit triumphans
  • perist. 14, 52-53 ibat triumphans uirgo, Deum Patrem | Christumque sacro carmine concinens.

      De même, les deux vers suivants présentent un lexique et une syntaxe parallèles :

  • perist. 13, 11 o niue candidius linguæ genus, o nouum saporem !
  • perist. 14, 124 o uirgo felix, o noua gloria !

      Ce dernier exemple laisse entendre que perist. 14 est le modèle de perist. 13. Alors que pour sainte Agnès, cette expression s'insère dans la thématique du double martyre et reprend l'idée de perist. 14, 29-30 (nouum | ludibriorum mancipium), elle ne relève en perist. 13 que de l'abundantia. L'image niue candidius, curieusement appliquée à l'éloquence, semble suggérée par l'idée de virginité liée au modèle qu'était perist. 14 - cette expression est du reste reprise à propos de la vierge martyre Eulalie 304 .

      Un groupe de quatre poèmes

      118 Il est difficile de situer chronologiquement perist. 13 305  et ses rapports avec perist. 5 ne sont pas aussi nets qu'entre perist. 5 et perist. 14. Avec perist. 2, on a cependant là un groupe de quatre poèmes tous consacrés essentiellement à la narration de la passion du martyr, avec un récit en plusieurs tableaux comprenant péripéties et changements de point de vue. Surtout, ce groupe est marqué par une forte symétrie entre deux passions de martyrs romains (perist. 2 et 14) et leurs reflets provinciaux (perist. 5 et 13 - il est probable que perist. 5 soit postérieur au voyage de Rome, et donc à perist. 2 et 14). Il est intéressant de noter que ces parallélismes sont à la fois formels (mètre, stichométrie, dimensions ; réminiscences lexicales) et thématiques (éléments narratifs, sujet, idées ; jeux de correspondances) 306 .

      119 Il peut sembler logique que Prudence ait voulu célébrer le martyr hispanique le plus illustre, saint Vincent ; son intérêt pour les martyrs de Rome et de Carthage provient du prestige de ces villes, riches de leurs saints - Prudence en témoigne encore en perist. 4, où pour exalter Saragosse, il la compare à ces deux villes, devenues métropoles chrétiennes (perist. 4, 61-64 uix parens orbis populosa Poeni, | ipsa uix Roma in solio locata | te, decus nostrum, superare in isto | munere digna est : 'c'est à peine si la mère populeuse du Punique, à peine si Rome elle-même, installée sur son trône, sont dignes de te surpasser, ô notre honneur, dans cet office.')


c) Peristephanon 10 (s. Romain)

      Proximité entre perist. 10 et perist. 2 et 5

      120 Les trois poèmes les plus longs du Peristephanon sont perist. 2, 5 et 10. Ils sont consacrés à des diacres, ordre par excellence des martyrs, dont le premier, saint Étienne, fut aussi le premier des diacres - le titre même du Peristephanon fait allusion à son nom (cf. § 21). Du fait de la nature de leur ministère, les diacres sont appelés à témoigner (marturein) face au monde ; or, ces trois poèmes sont ceux du recueil qui accordent la plus grande part au discours direct 307 . À ce fait est probablement lié l'emploi du mètre iambique, qui est celui du parlé dans la tragédie, perçu comme le plus proche du rythme naturel de la langue.

      121 D'une certaine manière, les trois poèmes mettent en oeuvre les ressorts de la tragédie définis par Aristote dans sa Poétique : reconnaissance et péripétie 308 . L'action comporte en effet un certain nombre de rebondissements, de sorte que l'on pourrait aller jusqu'à distinguer cinq 'actes' 309  :

      
  perist. 2 perist. 5 perist. 10
I v. 21-52 : scènes d'exposition v. 17-236 : confrontation,
échec des tortures
v. 71-390 : interrogatoire ;
1
ère controverse religieuse
II v. 53-140 : 1ère confrontation (accord entre martyr et juge) v. 237-324 : scène du cachot v. 391-545 : tortures ;
controverse sur le monde
III v. 141-164 : 1ère action
du martyr
v. 325-376 : mort du martyr v. 546-650 : mutilation des joues ; apologie chrétienne
IV v. 165-356 : 2e confrontation (réaction, défi du juge) v. 377-436 : 1ère tentative
contre le cadavre
 
v. 651-845 : martyre d'un enfant pris à témoin
V v. 357-496 : 2e action
du martyr
v. 437-504 : 2e tentative
contre le cadavre
v. 846-1110 : échec des supplices ; controverse religieuse

      La 'reconnaissance' (anagnwrisiV) porte ici non sur un personnage humain mais sur Dieu et sur la vérité ; elle est un des enjeux de ces poèmes, et s'accompagne parfois d'une péripétie radicale, celle de la conversion - sans doute significativement, Prudence utilise agnoscere dans ces trois poèmes et non dans le reste du recueil 310 .

      Perist. 10 : tragédie chrétienne ?

      122 Si l'élément dramatique est présent aussi bien en perist. 2 et 5 qu'en perist. 10, ces premiers poèmes sont avant tout une synthèse entre la passion littéraire et l'hymne ambrosienne, tandis que perist. 10 unit les genres tragique et lyrique au point de pouvoir être défini comme une para-tragédie. À cet égard, le poème consacré à saint Romain est particulièrement intéressant, comme la seule tentative, dans la littérature latine antique 311 , de transposer au domaine chrétien le genre dramatique 312 .

      123 Perist. 10, qui comporte près de 4/5 de discours direct, a le mètre (trimètre iambique), la longueur (1 140 vers) 313  et le titre (Romanus) 314  d'une pièce à la manière de Sénèque, et se présente lui-même indirectement comme une tragédie (cf. perist. 10, 1113 seriemque tantæ digerens tragoediæ) 315 . La narration respecte des contraintes propres à la tragédie classique, comme les trois unités (le drame se déroule sans solution de continuité, sur une scène unique, et embrasse tout le déroulement du martyre de saint Romain) et les caractéristiques du jeu scénique (choeur de figurants 316 , entrées et sorties de personnages 317 , mise à mort du héros tragique hors scène 318 ).

      124 Prudence ne va cependant pas jusqu'à écrire une tragédie : ses choeurs, muets, n'entonnent pas de cantica qui provoqueraient un changement de mètre ; il y a près d'un quart des vers qui ne sont pas des discours, ce qui empêcherait donc la pièce d'être représentée telle quelle. En outre, le poète recourt délibérément à une structure strophique - paradoxalement supprimée en perist. 13 et 14. La métrique souffre beaucoup plus d'exceptions, de licences que le reste du Peristephanon 319 .

      Perist. 10 : poème marginal

      125 Outre une métrique un peu relâchée qui peut laisser entendre que ce poème est antérieur aux pièces du recueil où Prudence semble mieux maîtriser son art 320 , ses dimensions le distinguent de ces poèmes, tout comme son titre 321 . Celui-ci est d'une sobriété toute classique : Romanus 322 , sans précision ni du genre littéraire (passio, hymnus), ni de la qualité du personnage (sanctus, beatus, martyr, etc.) 323  ; il est probable qu'il était suivi du sous-titre contra gentiles 324 , sur le modèle du titre traditionnel des dialogues platoniciens, repris notamment par saint Ambroise dans ses traités exégético-philosophiques (p.ex. De Iacob et uita beata). Le sous-titre souligne le caractère polémique du poème, dont l'argumentation est analogue à celle du Contra Symmachum.

      126 Contrairement à ce qui apparaît dans les éditions modernes suite à une manipulation de Sichard, au xvie s. 325 , perist. 10 n'est jamais inséré par les manuscrits entre deux poèmes du recueil, mais est donné soit en tête (familles aa et ab, avec le ms. M de la famille bb mais sans le ms. A, qui ne donne pas ce poème) soit en queue (familles ba et bb, sauf le ms. M). Ses dimensions font que les copistes estiment souvent nécessaire de rappeler le nom de l'auteur 326  ; il est implicitement voire explicitement distingué du Peristephanon dans une grande partie des manuscrits 327 , certains (c, l ; familles aa ba) parlant de libri nouem et considérant ce poème comme livre à part entière - dans le ms. c, perist. 10 est même séparé du Peristephanon par la Psychomachie qui s'insère entre les deux 'livres'. Il est certes difficile de discerner dans quelle mesure ces indications de la tradition peuvent remonter à une classification de l'auteur et ne procèdent pas d'une logique éditoriale indépendante, liée à la longueur du texte, mais rien ne garantit par contre l'appartenance du poème au Peristephanon.

      127 Perist. 10 serait le seul poème du recueil à être consacré à un martyr de la partie orientale de l'Empire (Antioche, métropole chrétienne et haut-lieu de l'histoire du martyre, puisqu'y sont morts les frères Maccabées), ce qui est remarquable chez un auteur pour qui l'humanité semble se résumer à la chrétienté d'expression latine 328 .

      Perist. 10 : poème de transition ?

      128 Par sa relative imperfection 329 , le Romanus de Prudence peut apparaître comme un essai qui aboutira au genre du Peristephanon. Il est proche à plusieurs égards de pièces anciennes (perist. 2 et 5 ; cf. § 109-112) et semble refléter l'argumentation du Contre Symmaque, dans un Contra gentiles narratif dont le héros est un personnage historique spécifique, mais dont les visées sont moins liées aux circonstances que dans le Contra Symmachum, comme le montrent les titres des poèmes.

      129 Compte tenu du fait que, dans les manuscrits de la classe 'A' (familles aa et ab), qui respecte le mieux la disposition des oeuvres de Prudence (cf. § 219-222), ce poème figure généralement entre c. Symm. 2 et le reste du Peristephanon, on peut supposer qu'il jouait le rôle de pièce de transition entre le bloc de cinq pièces didactiques en hexamètres et le dernier recueil lyrique - de la même manière que l'hymne De Trinitate 330  permettait de passer du premier recueil lyrique aux livres hexamétriques, chacun précédé d'une préface qui lui est propre. Le De Trinitate possède en effet les caractéristiques formelles des pièces du Cathemerinon, mais un contenu dogmatique annonçant l'Apotheosis qui suit ; semblablement, le Romanus participe du Contre Symmaque et du Peristephanon 331 .

      130 Il ne faudrait pas chercher dans l'oeuvre de Prudence une organisation a priori en vue de la constitution d'une sorte de somme unifiée des genres poétiques ; la dis-proportion des deux livres du Contre Symmaque, avec un léger correctif au moyen de leurs préfaces respectives 332 , montre que Prudence vise plutôt à organiser et à bien disposer des éléments préexistants (ou du moins autonomes) qu'à construire un 'super-poème' selon un plan préétabli. Il est donc raisonnable de supposer qu'il a pu disposer deux poèmes de transition aux articulations principales de son oeuvre, ce qui permet a posteriori d'expliquer les anomalies que seraient l'existence de deux préfaces pour l'Apotheosis et l'insertion d'un poème disproportionné dans le Peristephanon.


2. Les poèmes anciens et les sept Passions


a) Peristephanon 9 (s. Cassien), 11 (s. Hippolyte) et 12 (sts Pierre et Paul)

      Un triptyque

      131 Alors que les liens entre perist. 2, 5, 13 et 14 se laissent déduire de la comparaison de ces poèmes, ceux qui existent entre les trois 'poèmes romains' apparaissent dans le texte même de Prudence, qui se réfère à un voyage à Rome. Perist. 9 évoque une étape du voyage aller, perist. 12 est un dialogue 'en direct' dans la ville fêtant les apôtres Pierre et Paul, perist. 11 se présente comme un rapport adressé à l'évêque Valérien suite à ce voyage - les trois poèmes mentionnent le retour de Prudence chez lui 333 , après l'issue heureuse d'une mission qui le remplissait d'inquiétude 334 . On a donc ici un triptyque voulu comme tel par l'auteur.

      132 Ces trois poèmes ont la caractéristique d'être autobiographiques, ce qui explique l'emploi - unique dans les recueils lyriques de Prudence, à l'exception de l'épi-gramme qu'est perist. 8 - du distique, lié à la poésie personnelle. Au lieu d'occuper l'essentiel du poème, entre une introduction et, éventuellement, une conclusion de l'auteur, le récit de la passion des martyrs est inclus dans une narration principale, notamment par le biais de l'ecphrasis d'une fresque (perist. 9 et 11), dans le récit d'un cicérone (perist. 9 et 12) ; la passion est présentée comme l'origine d'une dévotion dont le cadre est le luxe de sanctuaires suggestifs, intimes ou grandioses (perist. 11 et 12). Ces poèmes comprennent deux temps dramatiques (celui du voyage et celui du martyre) dont la contiguïté paradoxale est soulignée par le passage direct, sans épilogue, du moment de la mort du martyr (et, le cas échéant, de ses funérailles) à celui où le poète vient le vénérer, dans son sanctuaire.

      133 Dans ces poèmes, l'alexandrinisme de Prudence est porté à son comble (jeux thématiques subtils, descriptions suggestives et énigmatiques, narration complexe). Leur structure et certains éléments sont analogues, et spécifiques :

      
  perist. 9 perist. 11 perist. 12
Demande / question v. 17a v. 3-4 v. 1-2
Contacts avec l'interlocuteur vv. 17. 93-98 vv. 2-4. 23. 127. 179-180. 197. 233-246 vv. 57. 59-62. 65-66
Description de sanctuaires vv. 5-6. 9-20. 93-94. 99-100 vv. 1-4. 7-22. 123-134. 153-176. 183-188. 215-230 v. 31-54
Description de la dévotion vv. 5-8. 99-104 vv. 175-178. 189-212. 227-233a v. 57-64
Propagation de la dévotion vv. 95-98. 105-106 vv. (179-182). 233b-246 v. 65-66

      Les autres poèmes du recueil ne sont pas un récit adressé à un interlocuteur privilégié et ne font pas de propagande d'un culte. Si l'attitude des fidèles priant le martyr est aussi évoquée en perist. 2 et 5, il n'existe pas, dans les quatre autres Passions, de description de sanctuaires (sinon, sommaire, en perist. 5, 513-520).

      Parallélisme entre perist. 9 et 11

      134 Perist. 9 et 11 fournissent le cadre du poème consacré aux apôtres Pierre et Paul, qui occupe une place unique dans le Peristephanon. À la manière de perist. 2 et 5, ils forment un ensemble symétrique, nonobstant la disproportion de leurs dimensions (perist. 11 a plus du double de la longueur de perist. 9) - ce qui, ailleurs, ne semble pas constituer un problème pour l'auteur 335 . Outre les éléments liés au voyage de Rome (cf. § 132 : notamment, évocation du martyre par l'ecphrasis d'une fresque), on relève que ces martyrs meurent déchiquetés, dans un supplice atypique, ordonné arbitrairement en vertu de réminiscences littéraires liées au nom ou à la profession de l'accusé - cela les distingue de ceux de perist. 2 et 5, torturés cruellement, mais par des bourreaux professionnels, et de ceux de perist. 13 et 14, décapités.

      135 Saints Hippolyte (perist. 11) et Cassien (perist. 9) ne sont ni des martyrs 'typiques' (comme les diacres de perist. 2 et 5), ni des martyrs doués de charismes supplémentaires (comme la vierge Agnès ou l'évêque et docteur Cyprien) - au contraire. Hérésiarque converti au dernier moment ou maître d'école cruel, ils sont, sinon des anti-héros, du moins des cas extrêmes illustrant l'universalité de l'appel au martyre. Alors que les autres martyrs rendent un témoignage chrétien général (diacres) ou lié à leur statut (vierge, évêque), on n'a ici aucun dialogue entre ces martyrs et leur juge, qui ne recueille même pas de confession de foi et n'écoute que le rapport de leurs accusateurs. Silencieusement, ils subiront dans le martyre, chacun à sa manière, comme une sorte d'expiation de la vie menée antérieurement - fait sans autre parallèle dans les sept Passions, qui se retrouvera cependant en perist. 1 336 .

      136 Ces martyrs sont les seuls pour lesquels Prudence évoque non seulement une dévotion spéciale de sa part, mais rend grâces de l'exaucement de ses prières ; l'emploi du distique élégiaque souligne le lien personnel qui existe entre le patronus et un dévot qui fait explicitement la propagande de son culte 337  - élément absent ailleurs.

      137 Saints Hippolyte et Cassien, martyrisés dans des circonstances et des lieux différents, sont morts tous deux un 13 août, devenu jour de leur fête 338 . Cette coïncidence devait apparaître comme particulièrement intéressante pour Prudence : perist. 9 et 11 encadrent un poème dont l'un des motifs principaux est la coïncidence de la fête de saints Pierre et Paul un même jour ; ce qui est exprimé de manière récurrente et insistante en perist. 12 339  n'est pas même suggéré ici - coquetterie relevant de l'alexandrinisme, qui joue sur le non-dit et sur l'énigme, mettant des détails en lumière ou les rejetant dans l'obscurité, en vertu d'un arbitraire apparent.

      Le voyage romain et son influence

      138 Prudence a vraisemblablement visité Rome pour la première fois lors du voyage évoqué dans ces poèmes, comme on a pu le voir à propos de perist. 2 et 14, où il célèbre des martyrs romains en ne se fondant que sur les informations qu'il pouvait connaître à Milan (cf. §§ 100. 106). Ce séjour romain, lié à des circonstances que le poète présente comme dramatiques pour lui 340 , répond aussi à une aspiration de pèlerin qu'il manifeste avant son voyage 341 , et de patriote lié à l'Empire d'Occident 342  - pour qui Rome demeure le centre du monde, plus que Jérusalem 343  et bien sûr que Constantinople, souvent honnie comme usurpatrice 344 , et que Prudence nomme nulle part 345 .

      139 Ce voyage a apporté à l'auteur une inspiration nouvelle et le sentiment d'une mission particulière à accomplir. Non seulement Prudence allait écrire des poèmes probablement votifs, consacrés à des martyrs peu connus (saints Hippolyte et Cassien), en promouvant leur culte, mais il se ferait le chantre (en perist. 11 et 12) 346 , l'imitateur (en perist. 8) 347  et même le propagandiste (en perist. 7) 348  de l'action de Damase et de son entourage dans le domaine du culte des martyrs - et bien sûr, il utilisera les épigrammes damasiennes comme source d'inspiration littéraire 349 .

      140 Un exemple illustre le rôle cardinal de ce voyage romain ; trois poèmes évoquent les conditions de l'exaucement de la prière adressée aux martyrs, avec un lexique en partie semblable, mais en traduisant une pensée sensiblement différente :

  • perist. 1, 13-15 nemo puras hic rogando frustra congessit preces, | lætus hinc tersis reuertit supplicator fletibus, | omne, quod iustum poposcit, impetratum sentiens.
  • perist. 2, 565-568 quod quique supplex postulat | fert impetratum prospere ; | poscunt, iocantur indicant 350  | et tristis haud ullus redit.
  • perist. 9, 95. 97-98 suggere, si quod habes iustum uel amabile uotum (...) audit, crede, preces martyr prosperrimus omnes, | ratasque reddit quas uidet probabiles.

      En perist. 2, le tableau est idyllique et naïf : l'exaucement est inconditionnel et systématique (du moins pour les habitants de Rome ; le poète est loin de la ville). En perist. 9 est présentée en détail une doctrine voulant que l'exaucement ne concerne que des demandes qualifiées par purus et amabile, et il en va de même en perist. 1 (qualification par iustus et par purus) ; dans ces deux cas, l'exaucement concerne aussi bien les habitants du lieu que les pèlerins. La dépendance lexicale de perist. 1 par rapport à perist. 2, poème plus ancien 351 , est claire, tout comme la présence d'un correctif d'après une doctrine expliquée en perist. 9 (postérieur à perist. 2 et antérieur à perist. 1). On constate ainsi une évolution parallèle en deux ou trois temps de la doctrine et de la composition du Peristephanon, articulée autour du voyage de Rome.

      Antériorité de perist. 9 et 11 relativement à perist. 3

      141 Les 'poèmes du voyage' furent probablement écrits peu après le retour de Prudence ; les autres pièces influencées par ce voyage pourraient elles-mêmes leur être postérieures, comme perist. 3 (postérieur aussi à perist. 14, cf. § 106).

      142 En perist. 3 et 9, un supplice est décrit en termes semblables, avec l'image du labour de la terre et la mention du nombre des blessures infligées au martyr :

      
perist. 3, 134-135. 147-148 perist. 9, 52. 55-58
pulsat utrimque et ad ossa secat,
Eulalia numerante notas
(...)
non laceratio uulnifica
crate tenus, nec
arata cutis
qua parte aratis cera sulcis scribitur (...)
hinc foditur Christi confessor et inde secatur,
pars uiscus intrat molle, pars scindit
cutem,
omnia membra manus pariter fixere ducentæ
totidemque guttæ uulnerum stillant simul

      Le contexte est différent : Eulalie est torturée par deux bourreaux professionnels, Cassien est tourmenté par ses deux cents élèves qui utilisent leur matériel scolaire. Dans ce dernier cas, la mention du nombre des blessures est plus significative que pour sainte Eulalie, et constitue un motif davantage développé ici et dans le reste du poème 352  ; l'image du labour est aussi plus naturelle et plus suggestive en perist. 9, où elle est liée à celle de l'écriture sur les tablettes de cire 353 , et filée par sulcis (perist. 9, 52). Il est donc probable que ces deux images, parfaitement adaptées au contexte de perist. 9, ont été reprises et transposées à celui de perist. 3.

      143 Une chronologie semblable se déduit de la comparaison entre un passage essentiel de perist. 11 (mention inattendue de l'ecphrasis) et certains vers de perist. 3 :

      
perist. 3, 46-47. 135. 137-138. 140. 144 perist. 11, 125-128
ingreditur pedibus laceris
per loca senta situ et
uepribus (...)
Eulalia numerante notas (...)
quam iuuat hos apices 354  legere
qui tua, Christe, tropæa notant ! (...)
purpura sanguinis eliciti (...)
membraque picta cruore nouo
picta super tumulum species liquidis uiget umbris,
effigians tracti
membra cruenta uiri.
rorantes saxorum apices uidi, optime papa,
purpureasque notas uepribus impositas.

      L'abondance des parallèles suggère un rapport de dépendance. On imagine mal que les termes dispersés en perist. 3 aient été regroupés dans deux distiques de perist. 11. Ce, d'autant que picta, élément du décor réel de perist. 11, devient une image littéraire en perist. 3 (l'inverse semblerait impossible) ; en outre, la mention de buissons est en perist. 11 un élément récurrent dépendant du modèle de Sénèque 355  ; en perist. 3, il ne s'agit que d'un élément adventice renforçant le pathétique du prologue de ce poème.

      Perist. 12 : poème central et poème à part

      144 Le poème en l'honneur de saints Pierre et Paul est le plus bref des sept 356 , ses 66 vers contrastant avec le large demi-millier de perist. 2 et 5. Les apôtres qu'il célèbre sont distincts des autres martyrs : comme la liturgie, Prudence parle d'apostoli et martyres 357  ; ces deux groupes constituaient alors les seules catégories de saints reconnus et portés sur les autels 358 . L'importance que Prudence accorde à cette distinction, et aussi à ce poème, transparaît dans l'expression même qui désigne le Peristephanon dans la Præfatio (v. 42) : carmen martyribus deuoueat, laudet apostolos ('Que [mon âme] consacre un chant aux martyrs, qu'elle loue les apôtres !')

      145 Ce poème est aussi le seul des poèmes anciens à célébrer non un martyr principal ou unique, mais deux héros 359 , dont la concordia constitue l'un des thèmes de l'idéologie du pape Damase et de ses successeurs 360 . Prudence associe du reste souvent les deux Princes des Apôtres dans son oeuvre 361 .

      146 Enfin, perist. 12 apparaît comme un récit en prise directe avec l'action, sans véritable préface ni conclusion : un échange de paroles, avec une question (2 vv.) et sa réponse développée (le reste du poème), sans même que les interlocuteurs soient nommés ou que le changement de locuteur soit indiqué. Ce poème est pleinement compréhensible grâce aux deux pièces qui l'entourent, en particulier à perist. 9, qui précise le fait du voyage de Rome et montre le poète interrogeant un habitant du lieu, comme cela semble être le cas en perist. 12. Par ailleurs, l'invitation faite au poète à reproduire chez lui la pratique romaine du culte des Apôtres annonce le renversement d'attitude que l'on observe en perist. 11, où c'est Prudence qui devient le guide de son interlocuteur, qu'il invite en outre à introduire dans le calendrier local une fête célébrée à Rome. Poème à part, perist. 12 est cependant tout sauf un poème marginal comme perist. 10 - plus que tout autre, il est intégré dans le recueil.


b) Les sept Passions

      Ancienneté de sept poèmes

      147 Outre perist. 10, les sept autres poèmes examinés précédemment apparaissent comme les plus anciens du Peristephanon : perist. 2 et 14, sont certainement antérieurs à perist. 1, 3, 4 et 6 ('hymnes hispaniques') et même aux 'poèmes du voyage', perist. 9, 11 et 12. Ces derniers, qui forment vraisemblablement dès le début un ensemble, sont au moins antérieurs à perist. 1 et 3, tandis que perist. 5, composé après le voyage de Rome, reste antérieur à perist. 4 et 6 - ce qui amène à considérer les 'poèmes du voyage' comme antérieurs à l'ensemble du groupe des 'hymnes hispaniques'. Quant à perist. 13, on l'a vu (§ 116-117), il y a tout lieu de rapprocher sa rédaction de celle de perist. 14, et donc de lui donner une datation haute.

      148 Deux poèmes sont postérieurs au voyage de Rome et peut-être antérieurs aux 'hymnes hispaniques' : perist. 7 et 8 (cf. § 180-189). Comme perist. 10, ils se distinguent du groupe des sept Passiones (nommées ainsi d'après le titre donné dans les manuscrits) par la différence de leur titre et par celle de leurs forme et contenu, qui les empêche de s'insérer dans l'ensemble cohérent dont il va être question ici.

      Les sept Passions : ensemble organique 362 

      149 Comme on le constate en examinant l'ensemble des oeuvres de Prudence, et en particulier le Cathemerinon, recueil lyrique qui constitue le pendant du Peristephanon, le poète a des ambitions 'encyclopédiques' qui se traduisent par une exploration des possibilités, avec un goût pour la variété, et par une disposition visant à organiser harmonieusement l'ensemble ainsi produit. Si dans sa présentation actuelle, le Peristephanon ne possède pas de structure aussi limpide et suggestive que le Cathemerinon 363 , c'est du fait d'accidents intervenus au cours de la transmission de ce recueil, ce dont attestent les divergences des familles de manuscrits au sujet de l'ordre des poèmes (cf. § 223-226). Le groupe primitif des sept Passions permet par contre de retrouver une construction analogue à ce qui s'observe dans le reste des oeuvres de Prudence ainsi que dans la littérature contemporaine.

      150 À la différence de saint Ambroise qui compose des poèmes à forme fixe dont la destination est liturgique, Prudence écrit des pièces indépendantes, mais destinées à figurer dans un livre. Il procède ainsi à des variations et à des jeux de correspondances aboutissant à une superstructure ayant sa propre signification.

      151 Le choix de Prudence associe trois groupes de poèmes, qui recourent à trois types de mètres avec une disposition illustrant trois types de stichométrie (cf. § 203) :

  • vers éoliens catastichon (perist. 13 et 14),
  • distiques associant des vers dactyliques, iambiques ou éoliens (perist. 9. 11. 12),
  • strophes ambrosiennes (perist. 2 et 5).

      Ces mêmes groupes célèbrent trois types de martyrs (cf. § 204) :

  • des diacres, martyrs par excellence qui discourent contre les persécuteurs (perist. 2 et 5 : le mètre iambique est celui du parlé dans le théâtre),
  • des saints qui ont d'autres charismes et les exercent ou les défendent durant leur épreuve (perist. 13 et 14 : des vers lyriques célèbrent leur triomphe),
  • des pécheurs sauvés in extremis par le martyre (perist. 9 et 11 : le distique de la poésie personnelle marque l'affinité de Prudence avec ces martyrs, où il se reconnaît).

      Ces trois types de martyrs subissent trois types, liés, de mise à mort (cf. § 205) :

  • dans des tortures extrêmes réglées par des bourreaux (perist. 2 et 5 : les avocats de l'Église que sont les diacres sont mis à la question),
  • par décapitation (perist. 13 et 14 : l'excellence de ces martyrs a été manifestée d'une autre manière, antérieurement déjà),
  • par un supplice extraordinaire, ad personam, qui se fonde sur une réminiscence littéraire, pour le persécuteur, et permet une sorte d'expiation, pour le martyr (perist. 9 et 11).

      152 Avec saints Pierre et Paul (perist. 12), les modes d'exécution participent des trois qui ont été évoqués : Paul est décapité (cf. perist. 13 et 14), Pierre est crucifié (supplice cruel, mais légal ; cf. perist. 2 et 5), mais de manière extraordinaire, tête en bas, alors qu'il est la tête de l'Église (supplice ad personam comparé à celui du Christ ; cf. perist. 9 et 11). Dans ce poème, le distique (cf. perist. 9 et 11) unit un mètre éolien (cf. perist. 13 et 14) et un mètre iambique (cf. perist. 2 et 5). Comme du reste pour les martyrs des deux autres 'poèmes romains', saints Pierre et Paul sont à la fois romains et provinciaux 364 , alors que dans les deux autres groupes, on a chaque fois un martyr provincial (perist. 5 et 13) et un martyr romain (perist. 2 et 14), tous illustres.

      153 Au-delà des aspects formel et thématique, la tripartition des poèmes encadrant perist. 12 peut prendre un sens spirituel, qui s'appuie sur le contenu et même sur le mètre : perist. 2 et 5 sont une défense de la foi, perist. 9 et 11 montrent l'exaucement d'une espérance, perist. 13 et 14 célèbrent deux aspects de la charité.

      Les sept Passions : canon de martyrs

      154 Hormis saint Cassien (perist. 9), Prudence ne célèbre dans son recueil primitif que des martyrs dont la renommée est grande, voire universelle - c'est là, avec le titre donné à ces pièces, le principal caractère distinctif des Passiones relativement aux Hymni, consacrés à des martyrs dont le culte est cantonné dans un sanctuaire, une cité ou une région. Il n'y a rien d'étonnant à cela : dans son choix d'un certain nombre de martyrs pris dans une foule considérable, Prudence se devait certes de donner un éventail assez large de 'types' de martyrs, mais était en même temps poussé à sélectionner les plus illustres d'entre eux ou - comme pour saint Cassien et saint Hippolyte 365  - ceux qui lui étaient les plus chers (cf. § 136), donnant une touche personnelle au recueil.

      155 Il est compréhensible que Prudence, créant un nouveau genre poétique, eût souhaité s'inspirer de prédécesseurs immédiats et admirés, voire rivaliser avec eux : saint Ambroise, avec ses hymnes, et le pape Damase, avec ses épigrammes. On a des inscriptions damasiennes en l'honneur de tous les martyrs romains célébrés par Prudence 366  - on sait en outre que ce pape attachait une importance particulière à ces martyrs-là 367  - et des hymnes ambrosiennes pour sainte Agnès, saints Pierre et Paul, et saint Laurent 368 . Le calendrier de Polémius Silvius permet aussi des rapprochements intéressants avec Prudence 369 , ainsi qu'un verre doré de la fin du ive s. 370 .

      156 Le choix du nombre sept n'a rien d'étonnant ; depuis l'époque alexandrine au moins, avec sa manie, imprégnée de pythagorisme, d'opérer des classements et des sélections aboutissant le plus souvent à des ensembles de 7, 10, 12 ou 24, la littérature antique n'a cessé de jouer sur l'esthétique et la symbolique des nombres, quand il s'agissait de diviser ou de réunir un ensemble. C'est en particulier la poésie (cf. le nombre des poèmes dans les recueils virgiliens : 4, 10, 12) et la biographie historique (cf. la Vie des XII Césars de Suétone) qui dans la littérature latine furent concernées par de telles subdivisions ou collections. Caton et surtout Varron jouaient sur de telles architectures numériques fondées sur le chiffre sept, et ils eurent des émules au ive s. 371 . Avec le christianisme, l'habitude fut gardée et 'baptisée' : ainsi, dans l'adaptation du Quatrième Livre des Maccabées dont il fit l'introduction et la conclusion de son De Iacob, saint Ambroise prit encore plus de soin que ses sources à donner sept récits équilibrés et variés de passion pour les sept frères Maccabées, prototypes juifs des martyrs chrétiens, très renommés à la fin du ive s. 372 .

      157 L'intérêt pour de telles hebdomades trouve probablement son origine dans le prestige du groupe grec des Sept sages. Il est significatif à cet égard que dans l'iconographie chrétienne on ait connu, un peu moins d'un siècle avant Prudence, et durant une période assez brève, un type des 'Sept sages chrétiens', consistant en une représentation du Christ-enseignant au milieu de six disciples ; c'est plus tard que le modèle scripturaire, avec les douze Apôtres, s'est imposé 373  - fait qui illustre bien le goût de l'Antiquité tardive pour les combinaisons numériques, en particulier pour le chiffre sept. Prudence avait toutes les raisons d'opter pour ce nombre, d'autant que le genre du Peristephanon participait de la biographie arétalogique et de la poésie, qui recouraient traditionnellement à des structures numériquement symboliques. Peut-être le fait que son 'grand poème' (introduit par la Præfatio) comprenne sept livres n'est-il pas fortuit non plus ; on a un indice du goût de Prudence pour les nombres symboliques avec les douze poèmes du Cathemerinon, nombre que le Peristephanon proprement dit, dans son dernier état, a égalé (cf. § 192-193).

      Reconstitution du recueil primitif

      158 Le poème consacré aux Apôtres devait occuper la place centrale de ce recueil et les deux autres 'poèmes du voyage' qui l'encadrent n'en étaient pas séparés. Très certainement aussi, les poèmes les plus longs (perist. 2 et 5) et qui, comme perist. 9 et 11, présentent une forte symétrie formaient le cadre de cet ensemble : c'est de manière analogue, en effet, que le recueil du Cathemerinon s'ouvre et se conclut sur deux poèmes en dimètre iambique (comme perist. 2 et 5). Entre les trois poèmes centraux et le cadre de l'ensemble devaient donc s'insérer perist. 13 et 14. Une telle structure symétrique est presque commandée par l'ensemble de 'vies parallèles' (martyrs romains et provinciaux) 374  que développe Prudence, et trouve un reflet dans le poème central même, dont la construction est binaire et le sujet double.

      159 En soi, que le premier Peristephanon, livre des Étienne (diacre et martyr, cf. § 21) ait comporté sept pièces, serait tout sauf illogique, puisque c'est précisément le nombre des premiers diacres de l'Église de Jérusalem (repris et transposé notamment dans l'Église de Rome). Or, il est question de ce nombre dans les deux poèmes consacrés aux martyrs par excellence que sont les diacres Laurent et Vincent 375  : perist. 2, 37-38 hic primus e septem uiris, | qui stant ad aram proximi ('celui-ci, le premier des sept hommes qui se tiennent tout près de l'autel') ; 5, 31-32 minister altaris Dei | septem ex columnis lacteis ('ministre de l'autel de Dieu, l'une des sept colonnes blanches comme le lait'). La notation de perist. 2, qui sert d'abord à indiquer la qualité d'archidiacre de saint Laurent, pourrait fort bien aussi faire allusion à la place qu'occupe ce poème dans le septénaire des Passiones 376  ; que ce nombre soit rappelé dans le dernier des poèmes n'est probablement pas fortuit, surtout du fait que, là (où il n'est pas dit que le martyr, présenté ailleurs comme exceptionnel, occupe la première place), on a une allusion à un passage biblique pouvant être appliqué à tout le groupe de sept Passiones : V.T. prou. 9, 1 Sapientia ædificauit sibi domum, excidit columnas septem ('La Sagesse s'est construit une demeure, elle a taillé sept colonnes').

      160 La doxologie finale de perist. 5 (sans parallèle dans le recueil) semble confirmer la position de ce poème, alors que perist. 2 apparaît comme une pièce programmatique, avec la mention de la tension entre Rome et la province, et celle de l'attitude du poète, suppliant le martyr de l'exaucer malgré son absence de Rome 377  - on a du reste en perist. 2, 582 la seule mention explicite du nom du poète : Christi reum Prudentium ('Prudence, l'inculpé du Christ'). Cet indice étant posé, et vu qu'il convient de conserver l'ordre que donne logiquement le contenu des pièces du triptyque central (perist. 9. 12. 11), il reste à identifier la place de perist. 13 et 14. Faut-il unir les martyrs romains (saints Laurent et Agnès : perist. 2 et 14) et les martyrs provinciaux (saints Cyprien et Vincent : perist. 13 et 5), de part et d'autre du triptyque central ? Un telle construction s'imposerait si la structure de ce triptyque était celle d'une sortie de Rome vers la province - or, c'est exactement le contraire, avec, en tête, la mention de saint Cassien sur le chemin menant à Rome. Il semble plus approprié d'unir perist. 2 et 13 au début du recueil (poèmes où sont unis paradoxalement le plus romain des martyrs et un martyr carthaginois, et où est célébrée la langue latine, facteur d'union et d'évangélisation) et perist. 14 et 5 en queue (poèmes où sont évoqués des 'doubles couronnes', crescendo d'autant plus expressif que la comparaison est possible avec ce qui précède, notamment avec le poème 'jumeau' ; de plus, ces pièces ont un dénouement eschatologique dont l'ampleur convient à la conclusion d'un tel recueil). Ces deux paires de poèmes ont en outre certains points communs : le martyre de saint Laurent est prophétisé par son évêque en train d'être supplicié, et saint Cyprien, par ses discours lors de la persécution et sa prière du fond de la prison, suscite le martyre de la Massa Candida (perist. 2 et 13 narrent donc à eux deux quatre passions, la première et la dernière étant celles d'évêques) ; sainte Agnès remporte une couronne supplémentaire avant son martyre, saint Vincent après (perist. 14 et 5 sont donc entourés par des épisodes d'exposition du corps, dans les deux cas, venant s'ajouter à la passion elle-même).

      161 Il convient de relever enfin, à titre de contre-preuve, l'impossibilité d'aboutir à des constructions semblables, faisant intervenir divers critères indépendants mais convergents, si l'on tient compte, de quelque manière que ce soit, des autres poèmes du Peristephanon actuel, hétérogènes à bien des égards. La symétrie entre sainte Eulalie, enfant martyre, et sainte Agnès, vierge consacrée, est toute relative (un rap-prochement explicite serait même problématique : cf. § 106), de même que la coïn-cidence probablement fortuite de la date (21 janvier) de la fête de sainte Agnès (perist. 14) et de celle de saints Fructueux et de ses compagnons (perist. 6). On trouverait en outre des doublets sans symétrie ni correspondances, comme les évêques martyrs de perist. 6 et 7, et les fidèles laïcs de perist. 1 et 3 (ainsi que 9).


c) Le titre des poèmes du Peristephanon

      Présence de deux types de titres

      162 Les sept poèmes que l'on a extraits du recueil actuel pour les regrouper, en vertu de plusieurs critères (chronologie relative aux autres pièces du recueil, sujets et structure du groupe) ne sont jamais mis ensemble dans la tradition manuscrite, qui présente pourtant d'importantes variantes dans l'ordre des poèmes d'une famille voire même d'un manuscrit à l'autre. Il est pourtant possible de retrouver une trace de l'existence de ce groupe primitif dans les manuscrits mêmes : ces sept poèmes y portent le titre de Passio, à la différence des autres, appelés Hymnus comme les pièces du Cathemerinon (sauf pour perist. 8 et 10, qui ont des titres spécifiques) 378 . Si, comme on le montrera, un tel critère est valide, et que ces titres - tels une trace fossile - remontent aux temps de la constitution du recueil, on a là un indice de deux phases d'édition concordant avec les étapes de la composition des poèmes.

      163 Outre cette coïncidence, ce qui frappe dès l'abord est la coexistence de deux types de titres, dont la distinction est arbitraire relativement au contenu narratif ou à la forme du poème : ainsi, le titre de Passio est donné à un poème (perist. 12) consacré principalement à la fête des apôtres Pierre et Paul, où l'évocation de leur passion occupe moins de place que la description de leurs sanctuaires ; inversement, perist. 6, mise en vers de la passion en prose des martyrs de Tarragone, porte le titre d'Hymnus, de même que perist. 7, pure narration de la passion de saint Quirin.

      Fidélité des copistes

      164 Ce fait est d'autant plus remarquable que la tradition manuscrite, sauf rares exceptions 379 , maintient toujours la distinction entre Passio et Hymnus, en dépit des variations de l'ordre des poèmes. Le libellé des titres est généralement conservé par la majorité des manuscrits et dans plusieurs familles, avec parfois des modifications (variantes reportées dans l'apparat critique donné p. 133-138) consistant à abréger le titre (en conservant au moins le nom et la mention hymnus ou passio) ou, plus souvent, à qualifier le nom de sanctus ou beat(issim)us et à préciser le statut (vierge, évêque, etc.).

      165 On peut citer par contre des exemples paradoxaux de conservatisme aveugle ou d'un souci d'exactitude très scrupuleuse de la part des copistes :

  • pour perist. 4, le ms. u (f. 47r) indique : incipit metrum safficum passioque uel hymnus in honore XVIII martirum Cæsaraugustanorum. Après plusieurs poèmes intitulés Passio, le copiste a donné ce même titre à ce poème, avant de se corriger en reportant à la suite le titre qu'il avait effectivement sous les yeux ;
  • le ms. Bruxelles, B. royale 8860-8867 (s. x-xi), f. 56r, donne le titre complet, très long, de perist. 6, à un curieux centon d'extraits de ce poème ;
  • dans un premier temps, le ms. E donnait à perist. 14 le titre passio sanctæ Agnetis ; l'épithète sanctæ, correspondant à l'usage et recommandée par la piété, a pourtant été grattée, par souci d'adéquation avec le modèle qui ne la comprenait pas ;
  • dans le ms. N (f. 125r), une deuxième main a complété le titre de perist. 1 avec la mention de la provenance des martyrs, qui ne pouvait être tirée du texte, mais figure normalement dans le titre complet ; de même, pour perist. 7, le copiste du ms. z (f. 58rb) a commencé d'écrire incipit hymnus Quirini martyris, puis s'est repris pour compléter, par un signe de renvoi : hymnus in honore Quirini martyris, avant de continuer et episcopi ecclesie Susciane.

      166 Semblablement, les indications métriques, même sibyllines 380 , qui accompagnent le titre sont fidèlement reportées, tout comme certains incipit ou explicit devenus sans objet, mais hérités d'un état différent de la tradition pour ce qui est de l'ordre des poèmes (cf. § 222). Les poèmes se devaient d'être accompagnés d'un titre et les copistes prenaient soin de transcrire cet élément marginal, mais nécessaire ; si parfois un titre manque pour l'un ou l'autre poème 381 , du fait de l'inadvertance du rubricateur, rares sont les manuscrits à omettre l'ensemble des titres 382 .

      167 On aurait pu s'attendre à une uniformisation des titres donnés aux poèmes, mais là même où cette différence de titres est flagrante voire gênante, dans les sommaires qui figurent dans certains manuscrits, il n'y a pas standardisation ou simplification 383  : qu'ils se reportent à leur propre travail ou à leur modèle, les copistes lui restent fidèles. Les quelques cas observés de refonte des titres sont tous postérieurs à l'an mil : des manuscrits ne donnent que des titres en Passio, suivis de la désignation reçue 384  ou moderne (sanctus suivi du nom) 385  du saint ; un copiste semble chercher un compromis en intitulant presque tous les poèmes du recueil hymnus et passio 386 .

      Antiquité des titres

      168 Dans plus de la moitié des cas, les titres reçus sont attestés aux vie et viie s. 387 . Remontent-ils à l'auteur ? Le fait est très probable pour le titre de perist. 10 (cf. § 125), et exclu pour perist. 8 (cf. § 189) ; les autres poèmes, appelés Passio ou Hymnus, sont désignés ainsi par analogie avec des genres littéraires en plein essor à la fin du ive s. L'hymnus est normalement réservé à Dieu 388 , la passio est essentiellement un genre narratif en prose - cette acception du terme est du reste toute récente du temps de Prudence 389 , et les précisions apportées par certains auteurs à la définition de hymnus, voire même leurs exigences, montrent qu'il devait dans les faits exister un certain flottement terminologique. Rien ne permet donc d'exclure que, pour désigner ses oeuvres, Prudence ait utilisé ces termes auxquels il semble parfois faire allusion 390 .

      169 La seconde partie de ces titres, comprenant la désignation du martyr, remonte très certainement aux temps de Prudence 391  : le plus souvent en effet, les épithètes sanctus et beat(issim)us n'y qualifient pas le nom propre, mais le substantif martyr. On a des témoignages antérieurs et contemporains de cet usage 392 , alors que celui d'accoler sanctus ou beatus au nom propre, qui s'imposera par la suite, commence à apparaître chez Prudence 393 . Il est peu vraisemblable que les formules de ces titres aient été altérées par la suite dans le sens de l'antiquité : à supposer qu'ils aient été ainsi 'retravaillés', on voit mal dans quel dessein, et il est plus difficile encore de comprendre l'absence dans ce cas d'une formulation identique pour tous les poèmes ; enfin, cette transformation eût dû intervenir suffisamment tôt pour laisser des traces dans tous les manuscrits (et toutes les branches de la tradition), jusqu'au xie s. au moins.

      Authenticité des titres

      170 S'ils sont antiques, ces titres remontent probablement à l'auteur, comme per-met de le supposer la nécessité intrinsèque à ce type de recueil : alors que les pièces du Cathemerinon s'enchaînent selon un ordre relativement logique, les poèmes du Peristephanon sont des pièces indépendantes, quand bien même des correspondances peuvent exister entre elles. Pour que l'on puisse les identifier - le Peristephanon est destiné à la lecture, contrairement au recueil des hymnes ambrosiennes (utilisation principalement liturgique) -, il leur fallait, dès le début, un titre qui pût les distinguer.

      171 De façon générale, l'imposition d'un titre à l'oeuvre que l'on publiait était non seulement une nécessité, mais faisait en outre l'objet d'un choix délibéré, donnant à un auteur comme Prudence l'occasion de manifester un talent ou une idée : utilisation du grec 394 , double sens 395 , reprise du titre d'une oeuvre plus ancienne 396 , etc. Prudence, qui a suivi l'enseignement des rhéteurs - comme le rappelle sa Præfatio 397  et comme il est normal pour un haut fonctionnaire ou un poète cultivé - et en a retenu les enseignements 398 , ne pouvait ignorer que le commentaire du titre d'une oeuvre faisait partie de l'exercice scolaire de l'enarratio 399 . Vu le soin qu'il a pris d'assortir son oeuvre d'une série de préfaces, il n'allait certainement pas laisser la rédaction des titres de ses poèmes à la merci de la fantaisie des copistes. Il est plus que probable qu'il ait donné lui-même le titre des poèmes didactiques que sont l'Apotheosis, l'Hamartigeneia et la Psychomachia (cités à la fin du ve s. par Gennade 400 ).

      172 Gennade ne rapporte pas les titres Peristephanon et Cathemerinon (qui semblent néanmoins authentiques), donnant cependant au sujet de ces recueils une information importante : [Prudentius] fecit et in laudem martyrum sub aliquorum nominibus inuitatorium ad martyrium librum unum et hymnorum alterum ('Prudence a aussi composé à la gloire des martyrs, sous certains noms, un livre invitant au martyre, et un autre livre, d'hymnes'). Dans son oeuvre de continuateur du De uiris illustribus hiéronymien, il donne une liste des oeuvres de ceux auxquels il consacre une notice, en se limitant le plus souvent aux titres ; ici, son expression évoque un livre dont toutes les pièces seraient des hymni (le Cathemerinon), et un autre, consacré au martyre, qui contient visiblement des poèmes analogues (cf. unum... alterum), portant des titres apparemment hétérogènes, incluant des noms propres (sub aliquorum nominibus, littéralement 'sous les noms de certains [martyrs]'). Les pièces du Peristephanon ne pouvaient être exclusivement des hymni (l'expression hymnorum alterum serait peu claire) ni des passiones (Gennade eût pu parler de liber passionum) ; cet auteur semble en fait témoigner de la même perplexité que celle d'un lecteur attentif quinze siècles plus tard.

      173 Puisque l'on sait qu'à la fin du ve siècle, les poèmes du Peristephanon portaient des titres - qui ressemblent apparemment à ceux qui ont été conservés -, que Prudence suivait l'usage antique voulant que ce fût l'auteur qui se chargeât de donner un titre à ses poèmes, et que, vu leur forme, les titres conservés doivent remonter à une époque ancienne, la conclusion retenue en vertu de ce seul dernier argument par Delehaye et Cunningham semble s'imposer : les titres des poèmes du Peri-stephanon, fidèlement transmis par la tradition manuscrite, sont authentiques, et corroborent à la fois la chronologie de rédaction des poèmes (les plus anciens étant intitulés Passio) et la spécificité du groupe des sept Passions.


3. Les poèmes tardifs et le Peristephanon

      


a) Peristephanon 1 (martyrs de Calahorra), 3 (ste Eulalie), 4 (XVIII martyrs de Saragosse) et 6 (s. Fructueux et compagnons)

      Perist. 1, 3, 4 et 6 : hymnes hispaniques

      174 Ces quatre poèmes célèbrent des martyrs hispaniques dont la renommée, certes inférieure à celle de saint Vincent, peut cependant dépasser le cadre de leur cité, comme dans le cas de sainte Eulalie et des martyrs de Tarragone (perist. 3 et 6). Contrairement aux sept Passions (même perist. 9, avec saint Cassien), il s'agit de pièces centrées sur une cité, avec à l'occasion certaines exagérations dans le patriotisme local 401 , absentes des poèmes antérieurs. Ces poèmes semblent du reste être des pièces de circonstance voire de commande, chacun ayant sa logique propre, sans souci d'harmonie avec d'autres poèmes (cf. cependant § 193) : si la narration dramatique de perist. 3 peut rappeler la facture de perist. 2. 5. 13. 14 (mais sans que ce poème soit le pendant de perist. 14, cf. § 161), perist. 1 est la première mise par écrit de la passion de martyrs peu connus, perist. 6 constitue au contraire le calque poétique d'un texte antérieur, et perist. 4 développe un catalogue de martyrs à la gloire de Saragosse et complète voire rectifie implicitement perist. 5 (cf. § 113).

      Contemporanéité des hymnes hispaniques

      175 Deux éléments amènent à considérer que ces poèmes disparates ont été composés grosso modo dans un même temps. Tout d'abord, dans ces quatre pièces, Prudence apparaît non plus comme un suppliant espérant une libération, une puri-fication ou un retour au bercail 402 , mais comme le premier des fidèles : il conclut ces poèmes en tant que coryphée 403  - allant jusqu'à évoquer directement sa propre oeuvre de poète 404 , ce qu'il ne faisait pas auparavant. Par ailleurs, le choix de la forme métrique de ces quatre pièces est comme coordonné avec un choix analogue pour le Cathemerinon (cf. § 193) ; l'adjonction de ces poèmes et de perist. 7 aux sept Passions permet d'égaler le nombre (12) des pièces des deux recueils lyriques.

      176 On peut en outre comparer deux passages de ces poèmes, recourant au même lexique (interpellation de la population locale anciennement païenne, en perist. 1 ; référence à l'étendue des persécutions à Saragosse, en perist. 4) :

      
perist. 1, 94-95 perist. 4, 65-68
iamne credis, bruta quondam Vasconum gentilitas,
quam
sacrum crudelis error immolarit sanguinem ?
omnibus portis sacer immolatus
sanguis exclusit genus inuidorum
dæmonum et nigras pepulit tenebras
urbe piata

      Banale en perist. 1, l'image est bien intégrée et suggestive (référence à la dixième plaie d'Égypte) en perist. 4, qui pourrait donc être le modèle. Rien ne confirmant une telle chronologie, on a au moins un indice de la proximité de ces deux poèmes récents.

      177 Parmi les indications montrant l'antériorité des autres poèmes du recueil relativement aux 'hymnes hispaniques' 405 , il y a celle qui sépare radicalement perist. 5, pourtant consacré à un martyr hispanique, de ce groupe de quatre poèmes, pour des raisons liées à la pratique même du culte des martyrs (cf. § 114-115). Ainsi, d'une part la différence du titre, de l'autre la renommée plus universelle du martyr fournissent des critères d'appartenance à un groupe distinct que confirme la chronologie de rédaction. On constate en outre que Prudence n'a pas cherché à gommer les différences ni même les contradictions qu'il pouvait y avoir entre ses poèmes, ce qui rend possible leur comparaison en vue de l'établissement d'une chronologie relative.

      Datation de perist. 6

      178 Étant établi que les 'hymnes hispaniques' (contemporaines) sont selon toute vraisemblance les poèmes les plus tardifs du recueil, le terminus ante quem qui peut être attribué à l'un d'eux vaut pour le recueil. De même, le terminus post quem de perist. 2 et 14 (398-399 : cf. § 104-105) s'applique aussi aux autres poèmes, réputés postérieurs.

      179 L'année 404 donnée par la Præfatio ne peut pour autant être prise comme terminus ante quem du Peristephanon dans son ensemble, puisque l'expression qui la mentionne (præf. 42) peut s'appliquer aussi bien aux sept Passions qu'à un Peri-stephanon plus développé et même à perist. 10. Cependant, 404 marque aussi la sup-pression des jeux du cirque 406 , ardemment souhaitée par Prudence, qui conclut le Contre Symmaque par un appel au prince en faveur de cette abolition 407 . Or, en composant perist. 6, Prudence trouvait dans sa source la localisation (unique dans les poèmes du Peristephanon) de la passion des martyrs dans un amphithéâtre. Le poète insère à ce point du récit une remarque personnelle, occupant deux strophes (perist. 6, 61-66), où il critique, au présent, le caractère sanglant de ces jeux, la bassesse de ses acteurs et l'immoralité de ses spectateurs. Si Prudence avait alors su que ces jeux venaient d'être supprimés, il eût probablement évoqué cette mesure de politique morale et culturelle - comme il le fait par exemple pour celle, analogue, qui protégeait les oeuvres d'art païennes 408  -, sinon par un hommage explicite, du moins par l'usage du parfait ou d'un adverbe de temps indiquant que la barbarie qu'il dénonce dans cette digression (absente de sa source) est révolue.


b) Peristephanon 7 (s. Quirin de Siscia) et 8 (baptistère de Calahorra)

      Perist. 7 et 8 : poèmes damasiens

      180 Ces pièces se distinguent du reste du recueil par leur caractère impersonnel : aucune d'elles n'a de finale lyrique où le poète se met en avant, comme dans les 'hymnes hispaniques' 409 , et sur ce point, elles tranchent également avec les 'poèmes du voyage', dont elles sont pourtant, chacune à sa manière, un avatar. Perist. 7 et 8 s'inscrivent en effet dans le sillage de perist. 12, poème central du groupe des sept Passions, distingué par Prudence même dans sa Præfatio 410 .

      181 En perist. 12, 37-44, l'un des passages saillants du poème, Prudence évoque un baptistère situé près de la tombe de saint Pierre : interior tumuli pars (perist. 12, 37 'un endroit à l'intérieur du tombeau'). Il y a lieu de croire que celui qu'a construit à Calagurris l'évêque Valérien s'inspire de l'exemple du pape Damase, et tout au moins que l'idée de lui consacrer une épigramme et probablement de l'y faire figurer sous forme d'inscription monumentale - à la fois édilitaire et martyriale - est reprise de la pratique du pape hispanique 411 .

      182 Le cas de perist. 7 est plus complexe, ce qui lie ce poème à perist. 12 n'étant pas un élément positif, mais un silence partagé au sujet d'un sanctuaire controversé : en perist. 12, Prudence 'censure' l'existence d'un culte aux Apôtres dans l'actuelle basilique Saint-Sébastien 412  et cache, au moyen d'une formule ambiguë, le fait que le héros de perist. 7 (saint Quirin de Siscia) soit enseveli dans cette même basilique 413 .

      Perist. 7 : hymnus romain

      183 Le martyr célébré dans ce poème n'a pu être connu de Prudence qu'en raison du transfert de ses reliques à Rome, et non lors d'un hypothétique séjour du poète à Siscia. L'information dont il fait état est en effet toute entière tirée de la Chronique hiéronymienne, non de la Passio sancti Quirini 414 , source primaire datant du ive s. 415 , utilisée par saint Jérôme ainsi que par l'auteur du Martyrologe hiéronymien (qui n'est pas saint Jérôme 416 ). Prudence n'ayant pas de dévotion particulière pour ce martyr peu connu, il y a tout lieu de considérer ce poème comme une pièce de commande 417  - plus encore que les 'hymnes hispaniques'. Perist. 7 a été composé d'après les indications sommaires d'une source secondaire - à cet égard, Prudence part de bases analogues à celles de perist. 1, mais son amplification se limite au discours prononcé par le martyr ; la pièce, qui n'a pas de conclusion indépendante du récit, est essentiellement la narration de la passion du martyr. Cependant, elle porte le titre d'Hymnus, tout comme les 'hymnes hispaniques'.

      184 Perist. 7 est vraisemblablement tardif, Prudence ayant pu connaître le commanditaire lors de son voyage à Rome. Ce poème est postérieur à perist. 5, qui évoque également une tentative avortée de faire disparaître un martyr en le noyant attaché à une meule de pierre, celle-ci se mettant miraculeusement à flotter sur des eaux paisibles. Le lexique utilisé est le même :

      
perist. 5, 459-460. 489-490 perist. 7, 23-25. 30
quem fune conexus lapis
præceps in altum deprimat (...)
saxum molaris ponderis
ut spuma candens innatat
in præceps fluuio datur,
suspensum laqueo gerens
ingentis
lapidem molæ (...)
saxi pondera sustinens

      Dans les deux cas, le miracle est comparé avec celui de la marche du Christ (cf. perist. 5, 475-480 ; 7, 59) ou de saint Pierre (cf. perist. 7, 61-65) sur les eaux du lac de Tibériade, puis avec celui de l'ouverture des eaux de la mer Rouge (cf. perist. 5, 481-484) ou du Jourdain (cf. perist. 7, 60. 66-70), lors de l'Exode. Comme en perist. 5 cette mesure du persécuteur et ce miracle sont implicitement présentés comme inouïs 418 , il est peu probable que perist. 7 ait pu originellement figurer aux côtés de perist. 5 ; l'antériorité de perist. 5 relativement à perist. 7 semble confirmée par la uariatio dans les exemples bibliques précités : visiblement, ceux donnés en perist. 5 sont les plus connus, ceux de perist. 7 étant comme des variantes ou des dérivés 419 .

      185 La composition par Prudence d'un poème consacré à saint Quirin doit être mise en rapport avec la translation de ses reliques à Rome, du fait d'incursions barbares en Pannonie, comme il y en eut entre 395 et 405, quand écrit Prudence 420 . Le silence de Prudence sur la présence à Rome des restes de saint Quirin peut s'expliquer aussi bien par l'optimisme patriotique habituel chez le poète que par le caractère peut-être alors provisoire de cette translation ; de fait, il semble que l'installation des reliques du martyr dans la Platonia, chapelle annexe de la basilique Saint-Sébastien, date du début du ve s. 421 . Le choix de ce sanctuaire, auparavant haut-lieu de la pratique du refrigerium 422  en lien avec la tradition de la sépulture temporaire de saints Pierre et Paul, n'a rien de fortuit, et c'est l'instauration d'un culte de substitution que Prudence soutient discrètement en exaltant saint Quirin.

      186 Ce poème est ainsi comme le pendant d'une épigramme damasienne apposée dans ce sanctuaire, pour préciser que ce lieu n'abritait plus qu'un souvenir 423  ; au moment du voyage de Prudence, la fête des Apôtres semble ne plus comporter - officiellement du moins - de pèlerinage ad Catacumbas 424 . Dès lors, en ne parlant pas de ce sanctuaire, Prudence sert une double stratégie :

  • avec perist. 12, exaltation des sanctuaires apostoliques du Vatican et de la voie Ostienne, en insistant sur la dualité des lieux consacrés aux Apôtres, et déniant, ce faisant, la dignité apostolique à la basilique ad Catacumbas ;
  • avec perist. 7, promotion d'un culte de substitution, par la célébration comme tel du martyr enseveli (ou destiné à être enseveli) dans le sanctuaire controversé, l'hôte (actuel ou futur) de la basilique prenant plus d'importance que le temple qui l'abrite.

      Perist. 8 : poème marginal

      187 Perist. 8 sert un même mouvement ecclésial que perist. 7 (indirectement opposé au refrigerium), visant à lier le culte des martyrs (dévotion essentiellement privée) et la liturgie sacramentelle (communautaire et publique). Prudence met en exergue la pratique (qui tend à s'imposer alors) consistant à lier l'autel eucharistique et la tombe du martyr 425 , en établissant une correspondance entre la Passion du Christ, actualisée dans le sacrifice de la messe, et celle du martyr, qui s'est lui-même offert en sacrifice pour Dieu. En perist. 8, le poète vante un baptistère élevé sur la tombe des martyrs de Calagurris (ou, plus probablement même, sur le lieu de leur exécution), par une inscription vraisemblablement appelée à orner cet édifice ; le poème célèbre les deux portes du salut que sont les baptêmes d'eau et de sang. Un tel lien est traduit physiquement par un édifice, et exprimé par une inscription monumentale : l'une et l'autre idées se trouvent chez Damase déjà.

      188 La particularité de perist. 8 est d'être, à deux titres, un doublet de poèmes du Peristephanon : il célèbre les mêmes martyrs que perist. 1 (ceux de Calagurris, sa ville natale) et utilise le même mètre que perist. 11 (le distique élégiaque). Ces similitudes ne sont pas de pures répétitions : le fait que perist. 8 soit une inscription destinée à un baptistère le distingue clairement, par son objet comme par son genre littéraire, de perist. 1 comme de perist. 11. Même si le recueil admet la variatio et un certain mélange des genres, perist. 8 s'y intègre mal : ce poème, de loin le plus bref de tous (18 vers), est le seul du Peristephanon à ne comprendre aucune narration.

      189 Il est vraisemblable qu'à l'instar de perist. 10 (Romanus), perist. 8 ne faisait à l'origine pas partie du Peristephanon - ni celui des sept Passions, ni même celui (augmenté) de douze pièces égalant le nombre de celles du Cathemerinon (cf. § 192-193). Son insertion dans le recueil peut s'expliquer assez aisément : il fut ajouté à perist. 1, tout comme on adjoignit à perist. 14, au moins dès le ixe s. 426 , deux poèmes épigraphiques également consacrés à sainte Agnès 427 . Les manuscrits conservés qui insèrent perist. 8 dans le recueil ne sont pas non plus antérieurs au ixe s. 428 , mais, comme ils appartiennent à toutes les familles, la présence de perist. 8 dans le corpus des oeuvres de Prudence est certainement plus ancienne, et il n'y a pas lieu de mettre en doute son authenticité. Un indice montre toutefois que ce poème, 'publié' comme inscription, n'était pas forcément destiné à figurer dans un livre : il est le seul du recueil à ne pas posséder de titre authentique - qu'il ne nécessitait pas à l'origine -, puisque sa forme généralement reçue n'a rien de l'antiquité voire de l'archaïsme de ceux des autres poèmes du Peristephanon, mais présente au contraire l'aspect d'une scholie assez maladroite : de loco in quo martyres passi sunt, nunc baptisterium est Calagorra (sic ; la mention de la ville manque parfois).


c) Le Peristephanon et le Cathemerinon

      Le modèle des hymnes ambrosiennes

      190 Les deux recueils lyriques de Prudence recourent à des formes métriques très variées, mais suivent le modèle ambrosien (à forme fixe) pour le choix des sujets 429 . Les hymnes du Cathemerinon sont consacrées essentiellement aux heures du jour, ainsi qu'aux fêtes de la Nativité et de l'Épiphanie ; les pièces du Peristephanon traitent une partie du sanctoral. Si des poèmes isolés concernent parfois la même fête du temporal 430 , la même heure 431  ou les mêmes martyrs 432 , c'est en outre un même esprit qui anime les deux auteurs : de même que saint Ambroise compose une hymne pour le commun des martyrs (Ambr. hymn. 14), Prudence insère dans le Cathemerinon un hymnus omnis horæ (cath. 9).

      191 Il semble que Prudence a songé premièrement à célébrer les martyrs ; on en a un indice avec le probable essai de perist. 10 (cf. § 128), à sujet narratif sacré, qui se prêtait davantage à la uariatio et à l'æmulatio que des pièces consacrées aux fêtes ou aux heures, destinées d'abord à la prière et moins aptes à être composées et lues comme oeuvres littéraires - telle est en effet la différence majeure entre la poésie littéraire de Prudence et celle, liturgique, de saint Ambroise. On peut donc supposer que le Cathemerinon est un développement de la lyrique chrétienne déjà mise en oeuvre dans les sept Passions, d'après le modèle ambrosien.

      Deux recueils de douze poèmes

      192 Que Prudence eût choisi de faire du Cathemerinon un ensemble de douze poèmes, sans doute après avoir groupé entre elles les sept Passions, n'aurait en soi rien d'étonnant : le poète ne faisait alors que suivre un usage traditionnel, particulièrement goûté de son temps, consistant à former ou à diviser des ensembles d'après des nombres symboliques (cf. § 156-157). Ces deux groupes de poèmes gardaient un certain rapport, non seulement par leur source d'inspiration commune, mais aussi du fait de similitudes telles que l'encadrement des recueils par des poèmes composés dans le mètre de cette source ambrosienne (dimètre iambique : perist. 2 et 5 ; cath. 1-2. 11-12).

      193 Que, dans cette hypothèse, le poète ait ensuite décidé de porter à douze le nombre des pièces de son premier ensemble lyrique pour obtenir deux recueils symétriques serait moins étonnant encore, vu le goût pour la symétrie qui s'observe non seulement à l'intérieur du groupe des sept Passions, mais aussi au sein de celui des cinq livres hexamétriques, articulés autour de la Psychomachie (cf. § 17). On a un indice de cette adaptation avec le choix de la forme métrique des quatre 'hymnes hispaniques' : alors que les cinq poèmes 'centraux' du premier Peristephanon recourent à des mètres éoliens ou à des distiques que Prudence n'emploie nulle part ailleurs (hormis le cas particulier des distiques élégiaques de perist. 11, cf. § 188), les 'hymnes hispaniques' ont chacune un pendant formel (et, dans une certaine mesure, thématique) dans le Cathemerinon. La même forme métrique se retrouve en effet en :

  • perist. 1 et cath. 9 (str. 3 ; tétramètre trochaïque catalectique) 433 ,
  • perist. 3 et cath. 3 (str. 5 ; trimètre dactylique hypercatalectique) 434 ,
  • perist. 4 et cath. 8 (str. [4] sapphique) 435 ,
  • perist. 6 et cath. 4 (str. 3 ; hendécasyllabe phalécien) 436 .

      Cette reprise est comme l'écho de ce qui s'est produit pour les dimètres iambiques de cath. 1-2 et 11-12, repris de perist. 2 et 5 (avec une fonction analogue de 'cadre'). Les quatre autres poèmes du Cathemerinon (cath. 5-7. 10) ont tous une structure strophique ; on peut relever que la forme métrique de cath. 7 est la même que celle de perist. 10 (str. 5 ; trimètre iambique) 437 .

      194 La forme métrique de perist. 7 ne se retrouve pas dans le Cathemerinon ; on l'a vu (cf. § 186), ce poème ne présente pas les mêmes caractères, ni la même origine que les 'hymnes hispaniques', ce qui peut expliquer qu'il n'ait pas non plus les mêmes liens formels avec l'autre recueil lyrique. Même s'il ne fait pas partie des sept Passions, rien n'exclut qu'il ait été composé avant le Cathemerinon, et retenu indépendamment de la composition de ce recueil pour augmenter le Peristephanon.

      195 Quoi qu'il en soit, le fait que les poèmes tardifs aient reçu non le titre de Passio, mais, comme l'ensemble des pièces du Cathemerinon, celui d'Hymnus, peut être considéré comme un indice de la proximité de la composition du nouveau recueil lyrique - dont les pièces ne pouvaient être appelées Passio - et de celle du supplément aux sept Passions.

      196 C'est l'insertion de perist. 8 qui, à la fin de l'Antiquité (ou durant le haut Moyen-Âge), a porté le nombre de pièces du Peristephanon à treize. Ensuite, la modification, par un éditeur de la Renaissance 438 , de l'ordre des pièces que Prudence consacre aux martyrs, a finalement produit l'actuel Peristephanon à quatorze poèmes.


4. Récapitulation


a) Éléments de datation des poèmes du Peristephanon 439 

      197 Chronologie absolue : terminus post quem (398-399)

  • perist. 2, 237-252 : imitation de Carm. c. pag. 58-59 (peu après 384 ?) [-> 2, 237]
  • perist. 2, 473-484 : allusion aux mesures de Cod. Theod. 16, 10, 15 (fin janvier 399) ; de même, c. Symm. 1, 499-505 [cf. § 104]
  • perist. 5, 445 : imitation d'Avson. 325, 69-70 ; etc. († 394) [->]
  • perist. 7 : reprise des données de Hier. chron. (composée vers 380), à l'exclusion d'autres sources indépendantes [§ 183]
  • perist. 11, 115 : imitation de Clavd. 15, 472-473 (399) [->]
  • perist. 11, 199-212 : imitation de Pavl. Nol. carm. 14, 55-78 (397) [->]
  • perist. 13, 79 : imitation probable d' Avson. Mos. 265-266 (370 ?) [->]
  • perist. 14 : reprise polémique de la forme métrique de Clavd. 11 (février 398) [cf. § 105]

      198 Chronologie absolue : terminus ante quem (404)

  • præf. 1-4. 25 : composition effective ou projetée d'une partie au moins du Peri-stephanon (dont perist. 12) en 404 [cf. § 8]
  • cath. 7, 163-171 : imitation chez Svlp. Sev. chron. 1, 48, 5 (achevée en 404) ? [cf. § 235]
  • perist. 6, 61-66 : absence d'allusion aux mesures de 404 évoquées chez Theodoret. hist. eccl. 5, 26 et demandées en c. Symm. 2, 1109-1132 [cf. § 179]

      199 Chronologie relative : proximité

  • perist. 1 proche de cath. 9 (titre en hymnus, mètre, dimensions, thèmes) [cf. § 193]
  • perist. 1, 94-95 postérieur à perist. 4, 65-68 (ou contemporain) (lexique) [cf. § 176]
  • perist. 2 et 5, et perist. 10, poèmes 'archaïques' (sujet, mètre, type de narration, thèmes) [cf. § 120-121]
  • perist. 2 et 14, poèmes anciens (thèmes, structures internes, sources) [cf. §§ 100. 104]
  • perist. 3 proche de cath. 3 (titre en hymnus, mètre, dimensions, thèmes, lexique) [cf. § 193]
  • perist. 4 proche de cath. 8 (titre en hymnus, mètre) [cf. § 193]
  • perist. 6 proche de cath. 4 (titre en hymnus, mètre, dimensions, thèmes) [cf. § 193]
  • perist. 13 postérieur à perist. 14 (ou contemporain) (lexique, disposition) [cf. § 116-117]

      200 Chronologie relative : postériorité ou antériorité

  • cath. 8, 33-48 postérieur à perist. 11 et 12 (thèmes, lexique) [-> 11, 241-245]
  • perist. 1, 13-15 et 9, 95-98 postérieurs à perist. 2, 565-568 (lexique, doctrine) [cf. § 140]
  • perist. 2 et 14 antérieurs à perist. 9. 11. 12 (sources, inspiration) [cf. § 100]
  • perist. 3, 134-148 postérieur à perist. 9, 52-58 (thèmes, lexique) [cf. § 142]
  • perist. 3 postérieur à perist. 11, 125-128 (thèmes, lexique) [cf. § 143]
  • perist. 3 postérieur à perist. 14 (sources littéraires) [cf. § 106]
  • perist. 4 postérieur à perist. 13 (utilité de perist. 13 pour éviter une incohérence en perist. 4) [cf. § 118 n. 38]
  • perist. 4, 45-48 postérieur à perist. 2, 5-12 (lexique [thématique virgilienne]) [cf. § 108]
  • perist. 4, 77-108 postérieur à perist. 5 (utilité de perist. 5 pour comprendre perist. 4, qui le complète) [cf. § 113]
  • perist. 5 postérieur à perist. 2 (thèmes, lexique ; correspondance) [cf. §§ 109. 111-112]
  • perist. 5 postérieur à perist. 14 (thèmes) [cf. § 109-110]
  • perist. 6, 32-36 postérieur à perist. 14, 67-72 (lexique, disposition)[cf. § 107]
  • perist. 6, 52-60 postérieur à perist. 5, 337-344 (évolution doctrinale) [cf. § 114]
  • perist. 7, 23-30. 60-70 postérieur à perist. 5, 459-490 (lexique, variations thématiques) [cf. § 184]

      201 Chronologie relative et/ou étapes éditoriales

  • triptyque romain : perist. 9. 11. 12 (contexte, usage du distique, type de narration, thèmes) [cf. § 131-137]
  • double cadre : perist. 2. 5 et 13. 14 (analogies entre les poèmes ; analogie avec cath. 1. 2. 11. 12) [cf. §§ 118. 151-153. 192]
  • sept Passions : perist. 2. 5. 9. 11-14 (titre en passio, complémentarité et structure du groupe) [cf. §§ 147-161. 203-206]
  • Hymnes ajoutées aux Passions : perist. 1. 3. 4. 6. (7) (titre en hymnus, rapprochements avec le Cathemerinon mais absence de structure du groupe) [cf. § 192-194]
  • poèmes adventices : perist. 8 et 10 (caractère marginal : titres, dimensions, genre littéraire) [cf. §§ 120-130. 187-189]

b) Les sept Passions et leur ordre : vue synthétique

      202 Les poèmes anciens du Peristephanon, intitulés Passio, forment un ensemble organique ; en son sein, on peut reconstituer un ordre primitif, avec des symétries et correspondances qui se recoupent entre elles, selon trois types de critères distincts.

      203 Forme du poème (stichométrie, type de mètre) :

  • Répartition symétrique ; perist. 12 synthétise les 3 types formels (cf. § 151).

      
2 strophe ambrosienne métrique iambo-trochaïque
13 catastichon métrique éolienne
9


distique
vers dactylique + vers iambo-trochaïque
12 vers éolien + vers iambo-trochaïque
11 métrique dactylique (distique élégiaque)
14 catastichon métrique éolienne
5 strophe ambrosienne métrique iambo-trochaïque

      204 Martyr célébré (qualité ou ministère, lieu, motifs communs) :

  • Répartition symétrique des qualités ou ministères ; alternance Rome / province autour des 'poèmes du voyage' ; motifs communs par ordre de proximité (cf. § 158-160).

      
2 s. Laurent diacre Rome

pouvoir
de la parole
saint Sixte, évêque,
puis saint Laurent
13 s. Cyprien évêque
et docteur
Province
(Carthage)
Massa Candida, puis
saint Cyprien, évêque
9 s. Cassien maître d'école route
de Rome


pèlerinage,
voyage
voyage vers Rome
12 s. Pierre
s. Paul
apôtres Rome surprise du nouvel
arrivé, Rome 'en direct'
11 s. Hippolyte ancien hérésiarque environs
de Rome
rapport de voyage à Rome
14 ste Agnès vierge consacrée Rome
double
couronne
exposition,
puis mort
5 s. Vincent diacre Province
(Hispanie)
mort, puis
exposition

      205 Thématique et récit (causes et mode du martyre) :

  • Répartition symétrique ; perist. 12 synthétise les trois types de supplice (cf. § 152).

      
2 s. Laurent défense de la foi et de l'Église
(ministère diaconal)
tortures extrêmes (gril)
13 s. Cyprien charisme propre
(évêque et docteur)
décapitation
9 s. Cassien 'expiation'
(dureté du maître d'école)
supplice excentrique, modèle littéraire, représentation peinte
12 s. Pierre (persécution de Néron, supplice excentrique, réf. scripturaire
  s. Paul une année d'intervalle) décapitation
11 s. Hippolyte 'expiation'
(schisme et hérésie)
supplice excentrique, modèle littéraire, représentation peinte
14 ste Agnès charisme propre
(vierge consacrée)
décapitation
5 s. Vincent défense de la foi et de l'Église
(ministère diaconal)
tortures extrêmes (entre autres, gril)


III. Transmission et réception du Peristephanon


1. Tradition manuscrite du Peristephanon


a) Classement des manuscrits de Prudence

      Particularités de la tradition manuscrite

      

      206 Jusqu'à la Renaissance, Prudence est un auteur très lu, apprécié surtout pour sa Psychomachie, qui est seule transmise par certains des manuscrits conservés. Ceux-ci sont en tout plus de 300 440 , dont une partie notable date du ixe et du xe s., époque où Prudence semble avoir atteint sa plus grande renommée (cf. § 241) ; l'intérêt des éditeurs - tout comme leurs controverses - se porte peu sur les manuscrits postérieurs, mais essentiellement sur le plus ancien d'entre eux, qui date du vie s.

      207 Ce manuscrit A (Paris, B. nat., Lat. 8084), qui a appartenu à Vettius Agorius Mavortius, consul en 527 et descendant de Prétextat 441 , est pour Bergman un témoin privilégié - opinion relativisée sinon mise en cause par des éditeurs postérieurs ; ce manuscrit, copié au nord de l'Italie, ne comprend qu'une partie du Peristephanon (perist. 1, 1 - 5, 141), le reste étant perdu 442 . Un autre témoin antérieur à l'époque carolingienne est le manuscrit B (Milano, B. Ambr., D 36 sup.), copié à Bobbio vers 620 ; lui aussi mutilé, il fut complété au xe s., moyennant un bouleversement de l'ordre des cahiers. Les parties anciennes de B comprennent notamment perist. 1 ; 2 ; 3, 1-112 ; 4 ; 5, 343-576 ; 6 ; 7 ; 9 ; 10, 1-205. 454-1140 ; 14.

      208 Le ms. A serait, selon Winstedt (1903), le seul témoin conservé d'une pre-mière recension des oeuvres de Prudence, antérieure à la composition de la Præfatio et du second livre du Contre Symmaque (et donc antérieure à 404). Ce manuscrit ne trans-met ni ces poèmes, ni le premier livre du Contre Symmaque, et omet des vers que Prudence lui-même eût pu ajouter par la suite : perist. 4, 181-188 ; apoth. 160 ; psych. præf. 41-42. D'autres leçons divergentes seraient de véritables variantes d'auteur. Cette théorie, séduisante, doit être nuancée : des leçons de A se retrouvent aussi dans le reste de la tradition (issue selon cette hypothèse d'une seconde recension), y compris des leçons corrompues. Si des traces de deux recensions peuvent subsister, il n'y a pas de frontière imperméable entre les deux traditions ; on le verra (§ 211), malgré sa spécificité, le ms. A s'intègre bien dans une famille (aa) de manuscrits.

      209 Pour la plupart, les manuscrits qui transmettent le Peristephanon comprennent l'ensemble des oeuvres de Prudence, jamais ce recueil isolé, rarement les seuls Cathemerinon et Peristephanon. Certaines pièces hagiographiques de Prudence sont aussi transmises isolément dans des collections de Vies et de Passions de saints 443  ou dans des recueils consacrés à un saint particulier 444 .

      210 Parmi les particularités de la tradition manuscrite de Prudence, il y a en outre l'iconographie de la Psychomachie (et, dans une moindre mesure, de perist. 9), qui pourrait remonter à un modèle du ve s. - éventuellement même, selon Eggen-berger (2000), à une 'mise en page' (texte et image) voulue par le poète en personne. Quoi qu'il en soit, ces illustrations, dont le plus bel exemple est donné par le ms. U de Berne, ont une histoire ancienne et complexe : des légendes sont ajoutées dans un second temps, parfois avec de mauvaises interprétations de l'image, qui sera modifiée par les artistes postérieurs pour correspondre à la légende fautive 445 .

      Histoire et géographie de la tradition manuscrite

      211 Les deux premiers manuscrits connus de Prudence proviennent du nord de l'Italie et appartiennent à la classe 'A' : le ms. A est le premier témoin de la famille aa et le ms. B, le premier de la famille ab. Ces deux familles ont essaimé en Gaule, ab s'y maintenant (p.ex. ms. V, ixe s.), alors que les manuscrits de la famille aa sont copiés au nord de la Gaule (ms. C, ixe s.) et aussi en Grande-Bretagne (ms. D, xe s. ; ce manuscrit a, semble-t-il, le même modèle que C). Cf. le stemma, § 215.

      212 Les deux familles de la classe 'B' (ba et bb), concentrées dans l'aire germanique, dérivent d'un manuscrit de la famille aa (ms. b), copié en Germanie 446  ; leurs témoins les plus anciens datent du ixe et du début du xe s. La famille ba, dont l'aire géographique (Pays-Bas, Belgique, Allemagne occidentale) est relativement proche de celle de la famille ab, trahit dans ses témoins la présence d'éléments tirés d'un ancêtre (ms. d) des manuscrits V et N (famille ab). La famille bb ne dépend que de l'archétype commun de la classe 'B' (ms. b) 447 , et ses représentants, nombreux, se situent à l'origine en Suisse et en Allemagne méridionale.

      213 À partir du xie s., les aires géographiques de ces quatre familles, nettes à l'époque carolingienne (moment de la formation des familles ba et bb) tendent à se recouper et à se confondre, avec l'intensification des échanges. Le ms. M, copié en écriture bénéventaine, au ixe s., au Mont-Cassin, est un premier exemple de ce phénomène, puisqu'il appartient à la famille bb, présente surtout au nord des Alpes.

      214 Le déplacement progressif des centres de production de ces manuscrits durant le haut Moyen-Âge correspond, comme il est normal, à celui des foyers de la culture latine en Europe : on passe du nord de l'Italie à la Gaule (fin de l'Antiquité) puis en Grande-Bretagne, à la faveur des expéditions de moines insulaires, au viie s., emportant des textes de ces deux régions (origine de la famille aa) ; avec la Re-naissance carolingienne, dont l'un des artisans fut Alcuin, venu d'York à Aix-la-Chapelle, la culture latine reprend vie sur le continent, et c'est à ce moment qu'ap-paraissent les manuscrits germaniques de la classe 'B'. Les attestations de la lecture de Prudence (citations, mentions de l'auteur) correspondent également à ce lent aller-retour entre le continent européen et les îles Britanniques (cf. § 238-239).

      215. Le stemma ci-après s'inspire de Bergman, repris par Rodriguez (abréviations et datations : cf. Appendice C, p. 132).

      

      Dans ce stemma, on n'a pas reporté les manuscrits à cheval entre les xe et xie s. (c, w), ni les manuscrits postérieurs (xie - xiie s. : a, hijk, nopquv ; xiiie - xve s. : b, de, f, t).

      Qualité des deux classes et critères de répartition

      216 La distinction (que l'on doit à Bergman) de deux classes de manuscrits divisées chacune en deux familles semble définitivement acquise. L'examen de leçons divergentes montre que la classe 'A', dans laquelle se rangent les manuscrits les plus anciens (A et B), est plus proche de l'original ou du moins plus conservatrice que la classe 'B' ; dans des manuscrits de la classe 'B', on trouve notamment des ajouts textuels (interpolations) et des compléments (insertion de poèmes supplémentaires, cf. § 227-228 ; indications métriques voire musicales, cf. § 229-230).

      217 Un critère décisif pour distinguer les deux classes est l'absence en 'A' de cinq interpolations caractéristiques de la classe 'B' : apoth. 937b ; ham. præf. 43b ; ham. 68b. 191b. 858b-858g. Un second critère est l'ordre dans lequel sont rangés les poèmes du corpus prudentien. La classe 'A' conserve une disposition qui correspond à la partitio de la Præfatio de Prudence 448 , encadrant les cinq libri hexamétriques par les deux recueils lyriques. La classe 'B' répartit différemment ces poèmes, rapprochant les deux recueils lyriques, au point même de les fusionner partiellement (cf. §§ 220. 223-226), et mettant à leur suite les cinq livres hexamétriques de Prudence.

      218 La distinction en familles de manuscrits se fonde sur certaines leçons spécifiques, voire sur des particularités orthographiques, mais le plus évident des critères est l'ordre dans lequel sont rangés les poèmes du Peristephanon, ordre qui diverge nettement d'une classe à l'autre (perist. 10 rangé en tête ou en queue du recueil, dans les classes 'A' ou 'B'), et aussi d'une famille à l'autre.


b) Ordre des poèmes de Prudence dans les manuscrits

      OEuvres de Prudence

      219 Les poèmes de Prudence, qui constituent sept livres, sont organisés selon un jeu de symétries et de liens thématiques et formels, avec un appareil de préfaces et une postface (cf. § 17-18), ainsi que, probablement, deux pièces de transition (cf. § 129-130). Cet ordre, dont on a une esquisse dans la Præfatio 449 , est généralement maintenu par les manuscrits de la classe 'A'.

      220 À la fin du ve s., Gennade semble suggérer une autre distribution, par genre poétique : dans sa notice aux oeuvres de Prudence, il évoque successivement l'Apotheosis, l'Hamartigeneia, la Psychomachie, puis, ensemble, le Peristephanon et le Cathe-merinon, et enfin le Contre Symmaque ; semblablement, le ms. B (famille ab, début du viie s.) faisait se suivre les deux recueils lyriques 450 . Les manuscrits de la classe 'B' regroupent aussi Peristephanon et Cathemerinon, avec en outre une réorganisation partielle de ces recueils : dans un premier Liber hymnorum sont rangées les pièces liées à des circonstances de la vie humaine, heures, activités ou événements (cath. 1-10), dans le second (Peristephanon suivi de cath. 11-12) les poèmes qui peuvent être rapportés à des fêtes du calendrier (sanctoral ou temporal) 451 .

      221 Comme celle du ms. B, la disposition donnée par la classe 'B' apparaît comme une redistribution faite a posteriori, à partir du modèle conservé par la classe 'A', dont restent des traces : les titres des recueils sont maintenus dans les incipit, mais aussi dans les explicit, en dépit du déplacement de cath. 11 et 12. Ainsi, on trouve plusieurs fois 452  l'explicit du Cathemerinon après cath. 12, puis celui du Peri-stephanon après l'Epilogus - plus rarement 453 , l'explicit du Peristephanon suit perist. 10, puis celui du Cathemerinon suit cath. 12 454 . Ici encore, on constate la fidélité aveugle des copistes en matière de titres (cf. § 164-167).

      222 On observe une hésitation dans la tradition, indépendamment des classes et des familles, au sujet des places respectives du Dittochæon et de l'Epilogus 455 , le ms. V répétant même l'Epilogus avant et après le Dittochæon 456 . Cette incertitude provient de la contradiction entre le caractère conclusif de l'Epilogus (qui amène les copistes à le placer après le Dittochæon), et la disposition originelle des poèmes (qui n'incluait pas le Dittochæon dans l'ensemble délimité par la Præfatio et l'Epilogus : cf. § 17).

      Poèmes du Peristephanon

      223 Malgré la fusion partielle des deux recueils lyriques dans les manuscrits de la classe 'B' (cf. § 220), les poèmes du Peristephanon restent presque toujours groupés. Certains témoins de la famille bb insèrent dans le recueil, à la suite de perist. 14, deux épigrammes consacrées à sainte Agnès, mais sans jamais les attribuer à Prudence 457 .

      224 Le tableau ci-après donne l'ordre des poèmes de Prudence dans les manuscrits et familles de manuscrits (avec les conventions suivantes : déplacement ; [adjonction] ; mutilation[ ; - absence d'un poème).

      

      Notes : * =B 458 ; **= Famille bb 459 ; *** = U  460 

      225 Les variations de l'ordre des poèmes sont frappantes ; on n'observe rien de tel pour le Cathemerinon, ni dans la tradition manuscrite de poètes lyriques classiques. Si l'ordre des poèmes de ce recueil constitue un critère simple pour définir les familles de manuscrits, on remarque que des modifications peuvent intervenir à l'intérieur même des familles, avec des interversions (mss Ffm, famille ba), des bouleversements presque complets (ms. M) ou des déplacements ne respectant pas l'intégrité du recueil (mss b, B, Us, familles aa ab bb). À côté de ces altérations accidentelles, il y a des interventions délibérées (insertion de deux épigrammes suite à perist. 14 : famille bb, cf. § 222).

      226 Une partie des modifications est consécutive à la juxtaposition du Peri-stephanon et du Cathemerinon dans la classe 'B', ce qui ôte à perist. 10 sa fonction de poème de transition entre le Contre Symmaque et le Peristephanon proprement dit (cf. § 129-130) et explique donc peut-être son déplacement à la fin de la série des poèmes sur les martyrs. On constate aussi que les poèmes à vers brefs, susceptibles d'être copiés sur deux colonnes (perist. 2-7. 14) sont presque toujours groupés en un ou deux blocs, quelle que soit la famille de manuscrits - ce critère éditorial semble donc avoir joué un rôle. Par contre, on ne trouve aucun principe d'organisation de ces poèmes dans les manuscrits, quel que soit le critère envisagé (forme métrique, origine des martyrs, calendrier liturgique).


c) Modifications et compléments apportés par la tradition manuscrite

      Ajout de poèmes épigraphiques

      227 Dans la Præfatio, Prudence évoque l'ensemble des poèmes inclus entre ce poème et l'Epilogus, sans le Dittochæon. Par sa nature même, ce recueil de 48 quatrains hexamétriques, probablement destinés à illustrer autant de représentations plastiques de scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament, s'intégrait mal dans l'architecture poétique voulue par Prudence. Il est difficile de déterminer si l'auteur en a délibé-rément exclu cet ensemble de poèmes, ou si le Dittochæon est simplement postérieur à la Præfatio. Par sa nature, l'Epilogus, pendant de la Præfatio, est une pièce de conclusion, ce qui amène les copistes de plusieurs manuscrits à l'insérer après le Dittochæon, alors que d'autres gardent la disposition originelle des oeuvres de Prudence, voire font l'un et l'autre (cf. § 223).

      228 Un autre poème épigraphique fut ajouté très tôt au recueil des oeuvres de Prudence : perist. 8. Il pouvait s'insérer plus facilement dans le corpus existant, puisqu'il célébrait indirectement les martyrs de perist. 1. On l'a donc inclus dans le Peristephanon de douze pièces qui constituait le pendant du Cathemerinon (cf. §§ 192-193. 196). Semblablement, plus tard, dans de nombreux manuscrits de la famille bb 461 , on fit suivre perist. 14, consacré à sainte Agnès, du texte de deux inscriptions métriques en relation avec la basilique cimétériale de la martyre 462 .

      Intérêt pour les mètres utilisés par Prudence

      229 À partir de la Renaissance carolingienne, les écoles monastiques ne pouvaient que s'intéresser à l'un des derniers poètes de l'Antiquité à avoir illustré les mètres lyriques les plus variés, tel un Horace, et ce, pour des sujets chrétiens (cf. §§ 15. 40. 241). Ce caractère savant, qui avait d'abord empêché une large diffusion du Peristephanon et du Cathemerinon - contrairement aux hymnes ambrosiennes traitant de sujets analogues avec une forme métrique simple et fixe (cf. § 68-69) - allait susciter un intérêt particulier à cette époque, si bien que les manuscrits de la classe 'B', attestée dès le ixe s., regroupent les deux livres lyriques et présentent souvent, à la suite du titre, des indications relatives à la métrique, fidèlement transmises d'un manuscrit à l'autre (cf. § 166) ; on ne les trouve pas dans la classe 'A' 463 .

      230 On observe aussi des tentatives plus ou moins adroites de retrouver la forme originelle des poèmes, avec, parfois, une notation musicale au moyen de neumes 464 , ou la présentation des deux seuls poèmes catastichon des recueils lyriques de Prudence (perist. 13 et 14) sous forme de distiques 465 , en dépit même du nombre impair des vers de perist. 14.

      Scholies et commentaires

      231 Les gloses du texte de Prudence sont rares avant son arrivée en terre germanique ; si des lecteurs de langue romane n'ont, sauf exception, pas de problème de compréhension et prisent les explications symboliques ou érudites, un public de langue germanique veut surtout saisir la signification première, le sens des mots.

      232 Le nombre exceptionnellement important des manuscrits glosés en vieil allemand de Prudence - il n'est dépassé que par celui des manuscrits de la Bible 466  - laisse entrevoir la popularité de cet auteur et en même temps sa difficulté pour les lecteurs germaniques 467 . On trouve aussi des gloses irlandaises 468  et des gloses anglo-saxonnes 469  au texte de Prudence.

      233 Les commentaires latins à Prudence sont nombreux 470  ; certains semblent être restés isolés 471 , mais la plupart dépendent de scholies dont les unes sont attribuées à Jean Scot Érigène (~817-877) 472  et les autres sont de Rémi d'Auxerre (~841 -~908) 473 . Comme dans leurs commentaires à Martianus Capella, ces auteurs ont leur caractère propre : Rémi fait un étalage de science, d'érudition, que l'on ne trouve pas chez Érigène 474 . Une version augmentée du commentaire de Rémi se trouve entre autres dans les manuscrits l  et m (xe s., famille ba). Les deux commentaires d'Érigène et de Rémi constituent ensemble, à leur tour, la source de deux commentaires, l'un attesté par le manuscrit r (début du xe s., famille bb), l'autre, plus courant 475 , attribué à Ison de Saint-Gall († 871) ou à son disciple Salomon de Constance († 919) - le manuscrit U, dans lequel on trouve ce commentaire, fut copié dans la région du Bodan (à Saint-Gall, Constance ou Reichenau), à la même époque.


2. Le Peristephanon au cours de l'histoire


a) Le corpus prudentien, texte scolaire et modèle littéraire

      Témoignages antiques 476 

      234 Prudence n'a pas connu son heure de gloire dans les décennies qui ont suivi la publication de son oeuvre : ses contemporains n'en parlent pas. Il semble toutefois que Sulpice-Sévère (qui écrit vers 400) 477  et Symphosius (fin ive s. - ve s.) 478  s'inspirent de ses oeuvres, ainsi que peut-être saint Augustin 479  lui-même.

      235 Les premières mentions de Prudence datent de la fin du ve s. et se concentrent en Gaule : Sidoine Apollinaire le considère comme le grand poète chrétien 480  ; continuateur du De uiris illustribus hiéronymien, Gennade consacre une notice à Prudence, qu'il ne connaît que par ses oeuvres 481  ; au début du vie s., saint Avit fait au sujet de Prudence un jeu de mots (prudenti... cecinit Prudentius ore ou arte) 482  qui sera repris un peu moins d'un siècle après par deux autres auteurs de Gaule, Grégoire de Tours (540-594) 483 , qui cite et utilise plusieurs fois Prudence 484 , et Venance Fortunat (seconde moitié du vie s.) 485 .

      236 Né en Gaule, devenu prêtre milanais puis évêque de Pavie, saint Ennode (473-521) est aussi un lecteur de Prudence, dont il reprend une fois un mètre rare 486 . C'est également au nord de l'Italie, semble-t-il, que, sur la base de perist. 9, on rédige en prose la Passio sancti Cassiani, qui se réfère expressément à Prudence 487 . On trouve une citation de la Psychomachie dans une des oeuvres attribuées à saint Colomban (543-615) 488 , fondateur du monastère de Bobbio, où sont copiées, vers 620, les parties originales du manuscrit B. L'Italie septentrionale est aussi le berceau du plus ancien manuscrit conservé de Prudence, le luxueux manuscrit A (milieu du vie s.) ; il est probable que l'archétype de toute la tradition des oeuvres de Prudence soit un manuscrit du ve s., dans la même aire géographique (sud de la Gaule, nord de l'Italie).

      237 Saint Isidore de Séville (560-636) émet au sujet de Prudence le même jugement élogieux que Sidoine Apollinaire, premier auteur qui en parlait : pour l'un et l'autre, il s'agit d'un classique 489 . Isidore cite Prudence dans ses Étymologies 490 .

      Les VIIe et VIIIe siècles

      238 Les îles Britanniques deviennent pour un temps le foyer culturel principal de la chrétienté latine, et c'est en Angleterre que se concentrent, durant les VIIe et VIIIe siècles, la lecture, l'étude et l'utilisation de Prudence. Alors que les manuscrits de la famille ab restent sur le continent, en Gaule, ceux de la famille aa sont pour la plupart insulaires (cf. § 211). Prudence est une des sources utilisées par Aldhelm de Malmesbury (640-709), premier grand écrivain d'Angleterre 491 . Comme Aldhelm, Bède le Vénérable (672-735) est l'auteur d'un traité de métrique et s'intéresse au corpus prudentien, véritable encyclopédie de formes poétiques ; dans son De arte metrica, il cite Prudence et l'appelle nobilissimus Hispanorum scholasticus Prudentius Clemens 492  ; Bède est aussi l'auteur d'un Martyrologe où il mentionne parfois Prudence 493 .

      239 Les contacts de l'Angleterre avec la Germanie, notamment par les missions, en font le point de départ d'une nouvelle diffusion des oeuvres de Prudence. On trouve des allusions à Prudence chez les deux grandes figures de ce mouvement culturel : saint Boniface (672-754), apôtre des Germains (auteur aussi de traités de métrique influencés par Aldhelm) 494 , et Alcuin (730-804), organisateur de la réforme culturelle de Charlemagne 495 . L'un est l'autre sont originaires d'Angleterre et exercent en Germanie une activité d'organisateur doublée d'une oeuvre pédagogique et poétique. C'est probablement de la même époque que date l'archétype de la classe 'B' (continentale) des manuscrits de Prudence (cf. § 212), dont le nombre des rejetons, durant les deux siècles suivants, atteste de l'intérêt rencontré par ces poèmes aux mètres variés (signalés dans ces manuscrits : cf. § 229). La famille ba se diffuse surtout dans l'arrière-pays de la Manche et au nord de l'Allemagne, alors que bb est plus méridionale, puisque ses premiers représentants se situent au sud de l'Alle-magne, en Suisse et même, pour le manuscrit M, au Mont-Cassin - illustration du grand retour de la latinité et de la culture dans son bassin originel, avec une Re-naissance qui est l'occasion d'une unité spirituelle à l'échelle du continent européen.

      240 Parmi les auteurs carolingiens qui lisent et utilisent Prudence, il y a encore le Lombard Paul Diacre 496  (720-799), qui vécut la fin de sa vie au Mont-Cassin, avec une interruption de quatre ans passés à la cour de Charlemagne. Les oeuvres de Prudence constituent, après l'Écriture et le corpus virgilien, la source la plus utilisée (et citée comme telle) dans le traité De dubiis nominibus 497 , écrit entre le viie et le viiie s. ; son auteur semble avoir utilisé un manuscrit analogue à E (famille ba), mais atteste aussi des leçons d'autres manuscrits, comme A, B, T ou S. Plus tardif et d'attribution contestée, le Waltharius (poème latin sur un thème germanique, à l'origine des Niebelungen) est constellé de iuncturæ prudentiennes 498 .

      Les IXe et Xe siècles 499 

      241 Écrite au IXe siècle, la Cantilène de sainte Eulalie (premier texte littéraire français) transpose en langue d'oïl le thème traité en perist. 3 500 . Comme en atteste aussi la tradition manuscrite (cf. stemma § 215), Prudence connaît alors l'apogée de la diffusion et de l'influence de ses oeuvres. Par son mode de vie ascétique 501 , sa pratique de la prière des heures (cf. §§ 7. 15), l'importance accordée aux reliques des saints 502 , et aussi avec son intérêt pour l'art sacré, plastique et lyrique 503 , Prudence préfigure une civilisation monastique qui s'intéressera d'autant plus à ses oeuvres qu'elles sont écrites dans des mètres classiques variés. Ce corpus devient un texte scolaire 504 , comme en atteste la diffusion de plusieurs commentaires, dont le principal est attribué à Ison de Saint-Gall († 871) ou à son disciple Salomon († 919) 505 .

      242 Disciple d'Ison, Notker le Bègue (~840-912), renommé pour ses séquences et auteur d'un martyrologe, reprend au sujet de Prudence les jugements élogieux des siècles précédents et encourage sa lecture 506 . Brunon, archevêque de Cologne († 965) et frère de l'empereur Othon Ier, fait de même, et va jusqu'à envoyer les oeuvres de Prudence à toutes les églises de son diocèse 507 . Proche d'Othon Ier et II, Liutprand de Crémone (~920-972) est également un lecteur de Prudence, dont on a une réminiscence dans son Antapodosis 508 .

      243 Les abbayes jouent aussi un rôle important pour la diffusion des oeuvres de Prudence. Théodulfe d'Orléans (750/760-821) et Abbon (940-1004), qui vantent et citent Prudence 509 , sont abbés de Fleury. Fulda sert aussi de relais : Prudence est utilisé par Raban Maur (780-856) 510 , formé dans cette abbaye où il enseigna avant d'en devenir l'abbé en 822, et dans les oeuvres de ses disciples Loup (~805-après 862) 511 , nommé abbé de Ferrières en 841 par Charles le Chauve, et Walafrid Strabon (808-849) 512 , précepteur du même Charles le Chauve puis abbé de Reichenau dès 838 (où il avait étudié avant de rejoindre Raban à Fulda) ; comme Raban, Walafrid est l'auteur de poèmes en mètres variés, et a pu se servir du modèle de Prudence.

      244 Fulda est aussi alors au coeur d'une querelle provoquée par les positions hétérodoxes (doctrine de la double prédestination) de Gottschalk d'Orbais, et qui oppose des théologiens par ailleurs tous auteurs de poèmes et lecteurs de Prudence. Gottschalk (807-867/869) 513  fut formé à Fulda, contraint à la tonsure par Raban, puis attaqué par Loup de Ferrières et par Hincmar de Reims (806-882), qui invoque même l'autorité de Prudence en matière de dogme 514 . Jean Scot Érigène (~810-877) et Florus de Lyon († ~860) prennent également part à cette querelle ; le premier dirige l'école palatine de Charles le Chauve, et commente les oeuvres de Prudence 515  ; le second est diacre et homme de confiance de saint Agobard (évêque de Lyon qui, comme Florus, est un lecteur de Prudence 516 ). Rathramne de Corbie († après 868) participe également au débat ; lui aussi est un auteur qui cite Prudence 517 .

      245 Ceux qui attestent alors de la lecture de Prudence et qui l'utilisent sont extrêmement nombreux ; on peut encore citer des auteurs de poèmes comme Wandalbert de Prüm (817-~870) 518 , Flodoard de Reims (893/894-966) 519 , Hériger de Lobbes (~950-1007) 520  ; des personnages aux destins variés, comme Dungal († 827) 521 , reclus à Saint-Denis ; Énée évêque de Paris († 870) 522  ; Théodule (xe s. ?) 523 , auteur d'une églogue allégorique célèbre ; Hucbald de Saint-Amand (~840-930) 524 , moine et professeur à Reims. Enfin, parmi les témoins de la culture mozarabe, Euloge de Cordoue († 859) s'inspire à l'occasion du Peristephanon 525  dans son Memoriale sanctorum.

      Le XIe s. et le Moyen-Âge classique

      246 Prudence, encore lu et utilisé au xie s. 526 , est mentionné chez des cardinaux de premier plan comme Humbert de Silvacandida († 1061) 527  et Pierre Damien (~1007-1072) 528  qui fut aussi auteur de pièces hagiographiques et poétiques. Parmi leurs contemporains qui citent Prudence et s'en servent comme auteur de référence, on peut nommer Pierre le Vénérable (1092/1094-1156) 529 , abbé de Cluny. Guillaume de Malmesbury (1080-1142) s'inspire de la mort de saint Cassien, telle que la narre Prudence en perist. 9, pour décrire celle, légendaire, de Jean Scot Érigène 530 .

      247 Au xiie s., les citations de Prudence sont très fréquentes, surtout pour la Psychomachie 531  ; un passage comme le tableau de la Foi s'apprêtant à combattre l'Idolâtrie (psych. 21-22 prima petit campum dubia sub sorte duelli | pugnatura Fides agresti turbida cultu, 'la première à gagner la plaine pour combattre, affrontant les aléas de la guerre, est la Foi, agitée, avec des apprêts rustiques') est cité chez Sicard (~1155-1215) 532 , évêque de Crémone ; Hélinand de Froidmont (1160-1229) 533  ; Gerhoch (1092/1094-1169) 534 , prévôt de l'abbaye de Reichersberg ; Hildebert de Lavardin (1056-1133/ 1134) 535 , l'un des plus grands poètes latins du Moyen-Âge, qui, comme Prudence, illustre dans ses vers une grande variété de sujets chrétiens et montre un intérêt pour la grandeur chrétienne et profane de Rome. Le même passage (psych. 21-22) est encore cité au siècle suivant par Hugues de Trimberg (~1230-1313) 536 , auteur notam-ment d'une histoire de la littérature (antique et médiévale) en vers. Parmi les auteurs qui citent Prudence, on peut encore nommer Rupert (~1070-1129/1130) 537 , abbé de Deutz, et saint Martin de León (xiie s.) 538 .

      248 L'abondance de la production poétique médiévale semble ensuite peu à peu éclipser Prudence, qui apparaît comme un poète chrétien parmi d'autres, même si son antiquité lui confère un caractère vénérable : dans sa Bataille des sept Arts, Henri d'Andeli († ~1240) 539  évoque la figure de Prudence aux côtés de celle de Virgile. On a encore des citations de la Psychomachie chez Conrad de Mure (~1210-1281) 540 , Roger Bacon (~1220-après 1292) 541  et Jean de Viktring († 1345/1347) 542 , et une mention de Prudence chez Eberhard de Brême (ou Évrard l'Allemand : xiiie s.) 543 .

      La fin du Moyen-Âge et les temps modernes

      249 Encore lu et utilisé par Dante 544 , Prudence semble connaître un chant du cygne à la fin du Moyen-Âge. Avec la Renaissance, la diffusion et l'influence de Prudence marquent un net recul, du fait de la réaction classicisante qui la caractérise. Érasme voit encore en Prudence un uir quouis etiam sæculo inter doctos numerandus 545  et, dans une de ses Apologies, veut en faire l'égal des docteurs de l'Église : Prudentius poeta tantum spirans tum sanctimoniæ, tum sacræ eruditionis, ut mereatur inter grauissimos Ecclesiæ doctores annumerari 546 . En outre, Érasme affirme à plusieurs reprises son goût pour les poèmes lyriques de Prudence - non absolument, mais dans des comparaisons 547 . Il annote une édition de Prudence (cf. § 251).

      250 On a de très belles copies des oeuvres de Prudence au xve s. 548 , mais le poète, souffrant peut-être de la réputation de sa Psychomachie, ne figure plus au rang des auteurs classiques qu'il était censé égaler ou remplacer 549 , sa lecture semblant désormais être l'apanage d'un cercle relativement restreint. Le phénomène ne fait que s'aggraver avec la Réforme protestante, qui abandonne notamment le monachisme, promoteur de la lecture de Prudence, et le culte des saints, fondement du Peri-stephanon (cf. § 241). Avant de passer à la Réforme, le chanoine Heinrich Wölflin (1470-1532) offrait à la collégiale de Berne un bel ensemble de tapisseries bruxelloises (1513-1515) illustrant 18 scènes du cycle de saint Vincent, dont il conçut le programme iconographique et composa la légende, s'inspirant de perist. 5 550 .

      251 Prudence ne tombe cependant pas dans l'ignorance, et est déjà imprimé à Deventer (Pays-Bas) vers 1492, puis connaît 19 éditions au cours du xvie s., dont la plus importante, par son influence sinon par sa qualité, est celle de Johann Sichard (Bâle, 1527), qui impose la numérotation moderne du Peristephanon 551 . Ces éditions de la Renaissance sont souvent annotées ; celle d'Henricus Petrvs (Bâle, 1540 ; reprise en 1553 et 1562 à Lyon et à Bâle) comprend ainsi des notes dont l'auteur est Érasme. L'oeuvre de Prudence devient généralement un objet d'étude, non de formation ou d'inspiration littéraires. Il y aura cependant des exceptions : outre les écrivains qui s'inspirent de Prudence et le traduisent à partir des extraits intégrés dans le Bréviaire romain (cf. § 255), Baudelaire a utilisé Prudence comme une source (notamment perist. 3 et 14, consacrés à des martyres), ainsi que le montre Gosserez (2000).


b) Les poèmes lyriques de Prudence, source liturgique

      Chant des poèmes de Prudence ?

      252 La question de la destination liturgique des poèmes lyriques de Prudence a été posée (cf. Sanford 1936) : certains manuscrits assortissent le texte de neumes (cf. § 230) et le sujet de ces poèmes s'apparente à celui des hymnes de saint Ambroise (cf. §§ 68-69. 82). La forme de six d'entre eux (perist. 2. 5 ; cath. 1. 2. 11. 12 : strophe ambrosienne) permet sans difficultés qu'ils soient chantés ; cependant, là, la récurrence d'une forme qui deviendra classique visait en l'occurrence moins à rendre ces poèmes aptes à une utilisation liturgique qu'à fournir comme un cadre aux recueils de poèmes (les sept Passions et le Cathemerinon). Si les deux hymnes du matin (cath. 1 et 2) étaient destinées au chant, il devrait en être de même de celles du soir (cath. 5 et 6) ; or, ces poèmes sont certes composés de strophes de quatre vers, mais il s'agit respectivement de petits asclépiades et de dimètres iambiques catalectiques - ces derniers pouvant être très gênants pour qui voudrait les chanter, puisqu'ils sont identiques aux vers ambrosiens, mais qu'il leur 'manque' une syllabe finale.

      253 D'autres poèmes lyriques de Prudence ne pouvaient en aucun cas avoir été composés pour le chant, tels perist. 13, avec ses vers longs (grand archiloquien) ou perist. 11, écrit en distiques élégiaques : dans ce cas, non seulement la tradition litté-raire attachée à cette forme s'y opposait, mais les substitutions nombreuses de la métrique dactylique comportaient en soi une difficulté à une époque où la quantité des syllabes tend à se modifier dans la langue courante 552  et où le lecteur devait faire l'effort de retrouver la prosodie classique, parfois devenue artificielle. À l'instar des tragédies de Sénèque, destinées principalement à la lecture et non à la représentation, les hymnes de Prudence devaient nourrir la dévotion privée ou semi-publique, mais n'étaient pas faites pour être chantées : la nature même de ces recueils, où les pièces s'organisent selon un réseau subtil de correspondances pour former un tout, montre en Prudence un auteur de livres poétiques, destinés à être goûtés par un lecteur. La présence d'extraits de Prudence dans le Bréviaire romain (cf. § 255) leur donnera une renommée universelle et suscitera très tôt leur mise en musique, puis leur traduction, y compris en vers français. Dès la Renaissance et jusqu'à nos jours, des compositeurs mettront en musique des poèmes de Prudence, surtout du Cathemerinon 553 .

      Reprise d'extraits dans les liturgies latines 554 

      254 La liturgie mozarabe reprend, en les adaptant, certains poèmes de Prudence (perist. 1-6. 10. 14) 555 , parfois intégralement, parfois sous forme de centons, avec le cas échéant certaines modifications. La nature de perist. 8 (inscription), le mètre de perist. 11, 12 (auquel est préféré Ambr. hymn. 12) et 13 (d'après lequel le poème est recomposé selon la forme ambrosienne), le sujet de perist. 7 et 9 (martyrs peu connus) font que ces pièces du Peristephanon ne seront pas reprises. Quant au Cathemerinon, il est également très largement utilisé dans la liturgie mozarabe.

      255 Dans la liturgie romaine 556 , on trouve aussi des extraits de Prudence, arrangés en hymnes chantées dans l'office : elles sont tirées de trois des poèmes du Cathemerinon en dimètres iambiques, qui se prêtaient aisément au chant liturgique 557 . Cette insertion dans le Bréviaire romain a valu à certains extraits de Prudence une diffusion universelle, une traduction par Corneille et par Racine ; on a une citation de cath. 12, 125-132 (Saluete, flores martyrum...), accompagnée d'une traduction méditée, à la fin du Mystère des saints Innocents de Péguy. La Liturgia horarum promulguée par le pape Paul VI après le concile Vatican II comporte un nombre accru d'extraits de ce poète, empruntés à toutes ses pièces en dimètres iambiques (sept strophes de Prudence et une doxologie) 558  et même à un poème en tétramètres trochaïques (transformés en dimètres trochaïques, les tercets devenant des strophes de six vers ; elles sont cinq, suivies d'une doxologie) 559 . Prudence est le seul laïc connu dont les compositions aient été retenues dans la liturgie de l'Église universelle.

      Promotion du culte de martyrs

      256 Prudence, qui voulait promouvoir le culte de certains martyrs, tels saint Cassien 560 , semble y être parvenu parfois de manière étonnante, puisque la re-nommée de ce martyr passa la barrière des Alpes et qu'il fut particulièrement honoré dans le Tyrol, en tant qu'apôtre et premier évêque de Saben (Sabiona) 561 . Le texte justifiant ce culte, en expliquant le lien entre Saben, lieu de prédication de saint Cassien, et Imola, lieu de son martyre, fait explicitement référence à Prudence 562 .

      257 On peut voir un lien entre l'oeuvre de Prudence et le culte des martyrs, au nord de l'Italie, au cours des ve et vie s., sans qu'il soit toujours possible de déterminer s'il résulte d'une communauté de contexte (inspiration ambrosienne dans la composition des sept Passions) ou d'une influence effective de Prudence (dont la lecture est bien attestée dans cette région à cette époque précisément) ; cf. §§ 211. 236. Au milieu du ve s. est édifiée à Milan, près de la basilique Saint-Laurent, une petite église dédiée aux saints Hippolyte et Cassien, deux martyrs mis en parallèle par Prudence dans ses sept Passions (cf. § 134-137), où il en promeut le culte ; cette chapelle abrite la sépulture de deux évêques morts à la fin du ve et au début du vie s. À Pavie, l'évêque Ennode (473-521), qui fut aussi un poète et un imitateur de Prudence 563 , fait de saint Cassien le co-patron d'une église secondaire.

      258 Au siècle suivant, à Ravenne, l'évêque catholique Maximien (546-556) fait construire une église consacrée à saint Étienne, où l'on trouve une représentation de saints Pierre et Paul et aussi de saint Quirin de Siscia (martyr peu connu, célébré dans perist. 7) ; son successeur Agnellus (557-570), qui prend possession de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf édifiée par les ariens, la décore de la célèbre double théorie de 26 martyrs et de 22 martyres, parmi lesquels figurent tous ceux que Prudence célèbre dans les sept Passions (sauf saints Pierre et Paul, représentés ailleurs) 564 . Ces coïncidences laissent entendre que Prudence eut une influence, directe ou non, sur le renom de ces martyrs, et donc sur le programme iconographique des basiliques ravennates. On constate que dans les centres urbains du nord de l'Italie (Milan, Pavie, Ravenne), des évêques - lettrés, tel Ennode - honorent des martyrs dont la renommée ne semble pas être avant tout due à la dévotion populaire, mais résulter, comme pour saint Cassien, des poèmes de Prudence et, en définitive, de la dévotion du poète : il est frappant de constater que l'église milanaise mentionnée ci-dessus est consacrée aux deux seuls martyrs dont Prudence fasse activement la propagande 565 .

      259 S'il a vraisemblablement réussi à introduire ou à renforcer en Hispanie le culte de martyrs italiques 566 , à la suite de la publication de ses sept Passions, Prudence a certainement aussi eu un rôle dans la diffusion du culte de martyrs hispaniques en Italie, avec son Peristephanon : sans aucune exception, le Martyrologe hiéronymien, probablement constitué en Italie du nord au milieu du ve s., mentionne tous les martyrs cités dans les poèmes de Prudence, y compris ceux, nombreux, qui figurent dans le catalogue de perist. 4, 17-48.


c) Le Peristephanon, document historique

      Martyrologes historiques

      260 Prudence demandait à l'évêque Valérien que la fête de saint Hippolyte figurât dans le calendrier de Calagurris (cf. perist. 11, 231-238) ; de telles listes, comprenant le nom du martyr et le jour de sa fête, avec parfois le lieu de sa sépulture, peuvent permettre de remonter au temps même du martyre (cf. § 76). Ces martyrologes anciens connaissent un développement nouveau avec Bède, qui assortit 114 de ses articles de notices biographiques sur le saint en question : on a là le début du genre du 'martyrologe historique' 567 , qui connaîtra une sorte de point culminant dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. Bède se base sur les sources liturgiques (notam-ment le Martyrologe hiéronymien) pour établir son calendrier et reprend les données de la littérature hagiographique pour la partie narrative de son oeuvre.

      261 Les auteurs de martyrologes nomment parfois Prudence, comme Bède dans la notice relative à saint Quirin (pour laquelle il utilise cependant moins perist. 7 que la Passio sancti Quirini) 568  ou Adon dans celle qu'il consacre à saint Cassien (où il se base sur perist. 9, dont on a des réminiscences verbales) 569 . Il arrive aussi que Prudence n'exerce d'influence que par tradition indirecte, comme pour les martyrs Hémétère et Chélidoine, dont la notice, chez Bède et ses successeurs, dépend en partie d'une notice de Grégoire de Tours qui résume perist. 1 et en cite un extrait 570 .

      Collections hagiographiques modernes

      262 Le genre du martyrologe historique est encore illustré de nos jours avec un Martyrologium Romanum régulièrement révisé, et s'oriente dans deux directions : celle de la Bibliotheca sanctorum et des dictionnaires des saints, qui donnent, comme les auteurs antérieurs, la biographie de chaque saint (mais dans un classement par ordre alphabétique), et celle des Acta sanctorum, qui maintiennent le classement par dates, mais ont pour objet la présentation de documents, comme avec les Acta sincera de Ruinart et, au xiie s., dans des collections hagiographiques consacrées à un saint 571 .

      263 L'hagiographie contemporaine utilise des poèmes du Peristephanon comme documents de base quand ils sont la source la plus ancienne : pour saints Hémétère et Chélidoine (perist. 1), sainte Eulalie (perist. 3), les martyrs de Saragosse (perist. 4), saint Cassien (perist. 9) voire même saint Vincent, dont la passion en prose est conservée, semble-t-il, dans un état postérieur à celui du moment de la composition de perist. 5. Des épisodes célèbres et traditionnels, sur lesquels on jette, parfois un peu vite, un regard soupçonneux, apparaissent pour la première fois chez Prudence : sainte Agnès au lupanar (perist. 14), saint Hippolyte traîné par les chevaux (perist. 11). Prudence est l'un des premiers témoins d'autres épisodes fameux, comme saint Laurent sur le gril (perist. 2) et saint Vincent dans son cachot, puis, mort, protégé par un corbeau (perist. 5). À ce titre, il est étudié au moins comme source littéraire.

      Histoire culturelle

      264 On peut reprocher à Lavarenne des jugements décrétés à l'aune d'une esthétique classique, qui l'ont amené à affirmer que l'intérêt des oeuvres de Prudence est essentiellement documentaire 572 . Quoi qu'il en soit, Prudence offre ef-fectivement un témoignage intéressant sur la pensée, les mentalités et l'art de son époque (cf. § 270-279). Sa figure plus humaine parmi les géants que sont Ambroise, Jérôme et Augustin semble mieux à même de donner une image de son temps.

      265 On entrevoit chez Prudence une certaine communauté spirituelle des lettrés - il est plein de mesure dans les jugements portés sur ceux dont il combat les idées et l'action, Julien l'Apostat et Symmaque 573  ; sans être un poète profane comme Ausone, il partage avec les derniers païens une admiration sans bornes pour Rome, dont il proclame comme eux la nouvelle jeunesse 574 , et recourt à une esthétique qui est celle de son temps : le 'jeweled style' de Roberts 575 . En même temps, on voit en lui un témoin de la dévotion populaire, dont il célèbre les manifestations orthodoxes et en même temps poétiques : prière sur la tombe, offrandes de parfums ou de fleurs - mais non le refrigerium proprement dit -, hymnes, pèlerinages 576 .

      266 Prudence reflète les apparentes contradictions de la mentalité de son temps :

  • condamnation des jeux du cirque et même profession de végétarisme par dégoût du sang versé, mais intérêt pour les récits sanglants des passions de martyrs 577  ;
  • condamnation des artistes païens menteurs 578 , mais recours à ces mêmes auteurs (réminiscences) et approbation du maintien des idoles comme oeuvres d'art 579  ;
  • propos ascétique, en particulier pour ce qui regarde la richesse 580 , mais émerveillement devant l'éclat de l'or et des gemmes 581 .

      La cohérence sous-jacente de cette mentalité réside dans une attitude (que déve-loppera le thomisme) fondamentalement assimilatrice, où l'analogie et la distinction permettent d'ordonner ce qui semble s'opposer - poétiquement, cela se traduit, pour la forme, par la métaphore, et pour le fond, par la catharsis. Si Prudence n'est pas un philosophe, ni un théologien, il possède néanmoins dans ces domaines une culture qui correspond à celle de son temps, marquée par une volonté d'orthodoxie 582  tout en ayant, en arrière-plan, une vulgate philosophique platonicienne 583 .

      267 L'archéologie et l'histoire de l'art trouvent en Prudence un document intéressant, puisqu'il décrit des monuments contemporains actuellement altérés ou détruits (basiliques romaines ou hispaniques, crypte de saint Hippolyte) 584  et donne un témoignage précieux relativement à un type de représentations picturales mal attesté, et alors tout à fait nouveau : la représentation sanglante du martyre 585 .


3. Le Peristephanon aujourd'hui


a) Intérêt du Peristephanon

      Que lire dans le Peristephanon ?

      268 Il y a dans le Peristephanon des chefs-d'oeuvre, tels les poèmes 11 et 12, qui valent d'être lus et appréciés comme tels. L'ensemble du recueil est également d'intérêt pour qui étudie la littérature de ce temps : poésie ou passiones de martyrs. Enfin, plus d'un passage du Peristephanon est susceptible d'intéresser, à titre docu-mentaire, des domaines aussi divers que l'histoire de l'art, le droit canon, la spiritualité ou l'archéologie - et ce, par le lexique utilisé, par les réalités décrites ou par la pensée exprimée ou sous-jacente. Une sélection de ces passages est donnée ci-après, complétée d'une liste d'extraits typiques de la littérature du martyre 586 , étant entendu que certains motifs récurrents des passiones ('kérygme' ; techniques de torture ; etc.) peuvent aussi intéresser le théologien ou l'archéologue, et que certains documents utiles à l'histoire des idées apparaissent dans maint récit de passion.

      Lecture interdisciplinaire du Peristephanon : passages pertinents

      269 Prudence aime faire des descriptions (cf. § 31-33), et le vocabulaire technique, par sa rareté, prend pour lui une valeur poétique (cf. § 41). En outre, le juriste lettré qu'il est souhaite faire passer un message (religieux, politique, moral, esthétique) dans plus d'un passage de ses poèmes. Les références d'un ensemble d'extraits susceptibles d'intéresser d'autres disciplines que la philologie ou l'hagiographie sont rangés ci-après par catégories (civilisation de l'Antiquité tardive, archéologie, aspects du christianisme antique et du martyre), celles qui présentent un intérêt particulier étant marquées d'un astérisque (*) ; on trouvera tout d'abord un répertoire des principaux motifs tirés de l'Écriture, ainsi que les exemples d'un genre prisé de Prudence, celui du 'catalogue'.

      270 Exempla et motifs scripturaires 587  :

      Genèse

  • - perist. 5, 193-200 : destruction de Sodome et Gomorrhe (allusion, preuve)
  • - perist. 5, 371-372 : mort d'Abel (allusion, comparaison implicite)
  • - perist. 10, 746-750 : sacrifice d'Isaac par Abraham (exemplum à suivre)

      Exode

  • - perist. 2, 363-368 : Moïse au visage resplendissant (comparaison)
  • - perist. 2, 381-384 : sortie d'Égypte, ténèbres et lumière (comparaison)
  • - perist. 3, 51-55. 59 : sortie d'Égypte, colonne de lumière (comparaison)
  • - perist. 4, 65-68 : protection sanglante contre la 10e plaie d'Égypte (allusion)
  • - perist. 5, 481-484 : passage de la mer Rouge (rappel)
  • - perist. 6, 85-91 : épisode du Buisson ardent (allusion)

      autres livres de l'Ancien Testament

  • - perist. 5, 521-536 : Isaïe martyr et les Maccabées (comparaison)
  • - perist. 6, 109-114 : les trois Hébreux dans la fournaise (comparaison)
  • - perist. 7, 66-70 : Josué et la traversée du Jourdain (rappel)
  • - perist. 10, 751-778 : les Maccabées (exemplum à suivre)

      Évangiles et Actes des Apôtres

  • - perist. 2, 369-372 : s. Étienne martyr (comparaison)
  • - perist. 5, 373-376 : mort de s. Jean Baptiste (allusion)
  • - perist. 5, 475-480 : le Christ marchant sur les eaux (allusion)
  • - perist. 7, 56-65 : le Christ et s. Pierre marchant sur les eaux (rappel)
  • - perist. 8, 15-18 : la Crucifixion et l'épanchement d'eau et de sang
  • - perist. 10, 736-745 : les saints Innocents (exemplum à suivre)

      271 'Catalogues' du Peristephanon :

  • - perist. 2, 141-164 : mendiants secourus par le diacre (description médicale)
  • - perist. 2, 233-264 : hommes corrompus, princes de ce monde (description médicale)
  • - perist. 2, 489-500. 509-528 : Romains païens convertis
  • - perist. 4, 17-64 : martyrs des cités
  • - perist. 4, 145-184 : martyrs de Saragosse
  • - perist. 10, 326-335 : créatures de Dieu
  • - perist. 11, 53-76 : 'jardin des supplices'
  • - perist. 11, 199-212 : pèlerins se rendant à Rome le jour de la fête du martyr

      272 Aspects de l'Antiquité tardive :

      institutions et civilisation

  • - perist. 2, 237-244 : luxe, avarice et vanité de l'aristocratie
  • - perist. 6, 61-66 : jeux du cirque et passion du public
  • - perist. 10, 111-150 : privilèges de la noblesse, véritable noblesse
  • - perist. 10, 1111-1115 : mise ad acta du compte-rendu officiel des supplices

      sciences et techniques

  • - perist. 2, 189-202 : critique de l'or ; extraction de l'or
  • - *perist. 9, 21-28. 35-36. 47-54. 71-82 : sténographie (enseignement, matériel)
  • - perist. 10, 886-905. 926-945. 968-1000 : ablation 'médicale' de la langue du martyr

      273 Religion païenne :

      descriptions

  • - perist. 2, 445-452 : le paganisme à Rome
  • - perist. 10, 151-165 : cultes païens (cultes orientaux, lupercales)
  • - *perist. 10, 1006-1050 : taurobole
  • - perist. 10, 1051-1090 : aspects sanglants du paganisme (sacrifices, mutilations)

      polémique contre le paganisme (cf. aussi références indiquées dans l'Appendice B, p. 130-131)

  • - perist. 3, 61-85 : vanité du paganisme et des persécuteurs
  • - perist. 10, 176-265 : immoralité et inanité des dieux du paganisme
  • - perist. 10, 266-305 : idolâtrie, art et superstition

      identification des dieux avec les démons

  • - perist. 2, 465-472 : exorcisme de Jupiter
  • - perist. 5, 33-36. 65-92 : dieux morts, dieux vains et dieux-démons

      274 Archéologie paléochrétienne :

      monuments

  • - perist. 2, 173-176 : atrium et portiques d'une basilique
  • - perist. 3, 191-200 : sanctuaire de ste Eulalie
  • - perist. 11, 1-22 : inscriptions funéraires
  • - perist. 11, 153-170 : descente dans le tombeau souterrain du martyr
  • - perist. 11, 171-194 : tombe du martyr et manifestations de piété
  • - perist. 11, 215-226 : description d'une grande basilique
  • - perist. 12, 31-44 : sanctuaire de s. Pierre (eaux, jeux de lumières, figures)
  • - perist. 12, 47-54 : S.-Paul-hors-les-Murs, aménagement intérieur

      représentations plastiques

  • - perist. 9, 9-16. 93-94 : représentation de la passion du martyr
  • - perist. 11, 123-144 : ecphrasis, recueillement des restes de s. Hippolyte

      275 Christianisme antique (pratiques, culte) :

  • - *perist. 1, 97-111 : description d'un exorcisme
  • - perist. 2, 45-108 : le christianisme vu par un païen (liturgie ; biens amassés)
  • - perist. 6, 52-60 : jeûne
  • - perist. 8, 5-8. 11-12 : baptême
  • - perist. 13, 21-34. 57-60 : conversion, de la magie à l'épiscopat
  • - perist. 14, 21-62 : virginité consacrée, attentat manqué contre la martyre

      276 Christianisme antique (idées, spiritualité) :

      -profession de foi ('kérygme') : cf. références indiquées dans l'Appendice B, p. 130-131.

      -théologie

  • - perist. 10, 311-340 : Dieu transcendant, créateur par son Verbe
  • - perist. 10, 586-590. 621-645 : la Croix au coeur de l'histoire
  • - perist. 10, 596-610 : économie de la Rédemption

      spiritualité (cf. aussi § 279, 'sens spirituel du martyre')

  • - *perist. 10, 1-25 : inspiration divine du poète
  • - perist. 10, 23-50 : sens spirituel de la persécution
  • - perist. 10, 341-365 : culte spirituel à Dieu

      christianisme et platonisme : corps et âme

  • - perist. 2, 205-232. 265-292 : santé intérieure et santé extérieure
  • - perist. 5, 357-364 : la mort, visions platonicienne et chrétienne
  • - perist. 9, 85-92 : description du processus physiologique de la mort

      christianisme et romanité

  • - *perist. 1, 25-69 : de la militia Cæsaris à la militia Christi
  • - *perist. 2, 1-20. 413-484 : accomplissement chrétien du destin de Rome
  • - perist. 10, 400-420. 611-635 : querelle sur l'antériorité des traditions religieuses

      277 Droit canon :

      organisation de l'Église

  • - perist. 2, 37-44 : diaconat
  • - perist. 2, 297-308 : femmes consacrées
  • - perist. 6, 7-27 : l'évêque et ses diacres
  • - perist. 13, 1-20. 96-106 : inspiration et office d'un docteur de l'Église

      martyre

  • - perist. 4, 89-108 : appartenance d'un martyr à une cité
  • - perist. 4, 109-144. 181-188 : martyrs survivants et confesseurs
  • - perist. 7, 16-20 : mode de mise à mort et validité du martyre
  • - perist. 11, 19-40 : conversion et martyre in extremis d'un schismatique
  • - perist. 11, 231-238 : inscription de la fête d'un martyr au calendrier

      278 Culte des martyrs :

      le martyr au Ciel

  • - *perist. 2, 553-572 : le martyr, dignitaire généreux au ciel
  • - perist. 4, 1-16. 65-76. 193-200 : dimensions civique et eschatologique du martyre
  • - perist. 14, 7-9. 61-63. 119-129 : double couronne, virginité et martyre
  • - perist. 14, 91-111 : ascension de la martyre et victoire sur le monde

      vénération des reliques

  • - perist. 4, 137-140 : ostension d'une relique
  • - perist. 5, 333-344 : vénération du martyr mourant, collecte de reliques
  • - perist. 5, 553-556 : vénération d'une relique de la passion d'un martyr
  • - perist. 6, 130-141 : collecte des reliques et admonition des martyrs

      culte public des martyrs

  • - perist. 6, 142-156 : chant collectif pour les martyrs
  • - perist. 11, 211-212. 227-230 : affluence des pèlerins le jour de la fête du martyr
  • - perist. 12, 57-64 : double célébration liturgique pour sts Pierre et Paul

      prière sur la tombe du martyr

  • - perist. 9, 5-8. 95-104 : prière au martyr, prosternation
  • - perist. 11, 175-182. 189-194 : prière dans les catacombes

      279 Passion des martyrs

      préparation au martyre

  • - perist. 3, 11-25 : la martyre, puer-senex
  • - perist. 10, 735-780 : l'exemplum comme encouragement au martyre
  • - perist. 13, 41-48 : exhortation au martyre

      scènes de supplices (cf. aussi références indiquées dans l'Appendice B, p. 130-131)

  • - perist. 2, 329-362. 397-412 : s. Laurent sur le gril
  • - perist. 10, 481-520 : comparaison entre torture et chirurgie
  • - *perist. 11, 111-152 : l'Hippolyte chrétien ; supplice et ecphrasis
  • - perist. 12, 11-20 : supplice de s. Pierre
  • - perist. 13, 76-87 : martyre par suicide collectif forcé, la Massa candida

      le persécuteur (cf. aussi références indiquées dans l'Appendice B, p. 130-131)

  • - perist. 5, 201-204. 325-328. 377-382 : fureur du persécuteur

      prophéties, miracles (cf. aussi références indiquées dans l'Appendice B, p. 130-131)

  • - perist. 2, 473-484 : prophétie relative à l'avenir chrétien de Rome
  • - *perist. 3, 161-185 : 'symphonie en blanc' lors de la mort de la martyre
  • - *perist. 5, 237-328 : miracle dans le cachot
  • - perist. 5, 397-420 : le corps du martyr protégé par les animaux
  • - perist. 5, 485-508 : le corps du martyr protégé par les éléments

      sens spirituel du martyre (cf. aussi références indiquées § 97-99)

  • - perist. 2, 501-508 : le martyre, combat contre le démon
  • - perist. 3, 131-140 : le martyre et la présence du Christ
  • - perist. 5, 213-216. 221-224 : le martyr athlète de la foi
  • - perist. 5, 265-268. 297-300 : le persécuteur, le démon, le Christ, le martyr
  • - perist. 5, 541-544 : le martyre, victoire sur le démon
  • - *perist. 8 : le martyre, baptême sanglant
  • - perist. 14, 67-84 : le martyre, noces avec le Christ
  • - perist. 14, 112-118 : le martyre, victoire sur le démon

b) État de la recherche

      Orientations de la recherche

      280 Bien qu'à partir de l'époque moderne il fût et reste considéré comme le plus grand poète chrétien de l'Antiquité latine, Prudence continue de souffrir de n'être ni un Père de l'Église, ni un poète classique - ou du moins un poète profane, donc 'antique'. Comme victime de son succès médiéval, il n'est plus vraiment étudié comme poète avant les travaux de Puech : cinquante ans après, Lavarenne voit encore dans ses oeuvres surtout un intérêt historique, le poète illustrant les préoc-cupations et l'esthétique d'une époque troublée, sinon décadente. Les études propre-ment littéraires sur Prudence sont alors essentiellement tournées vers ses sources et ses modèles ; son oeuvre est jugée à l'aune des critères classiques, et plus d'une fois, on se choque de son esthétique baroque, attribuée à un 'tempérament espagnol'.

      281 Les auteurs les plus récents, tels Kah (1990), considèrent encore Prudence selon les habituelles catégories scolaires, en voulant faire le départ entre ce qu'il y a chez le poète de spécifiquement chrétien (et donc théologique, et pré-médiéval) et de spécifiquement profane (et donc littéraire, et antique). D'autres, telles Palmer (1989) et Malamud (1989), situent Prudence dans le prolongement de la poésie profane essentiellement, et l'étudient d'après ses critères. Le préjugé voulant que Prudence use d'une forme traditionnelle (profane) pour exprimer un contenu nouveau (chrétien) doit toutefois être fortement nuancé 588 , et voire même renversé : comme le montrent Fontaine et Roberts - dont le point de vue est probablement le plus prometteur pour l'étude des poèmes prudentiens -, les pièces lyriques de Prudence s'inscrivent dans le mouvement littéraire de son temps, un alexandrinisme baroque où les formes classiques sont reconnaissables, mais radicalement transformées 589 . Les sujets traités par Prudence n'ont par contre rien de radicalement neuf : le poète reprend les thèmes et les motifs de la littérature chrétienne, opérant p.ex. une retractatio poétique de la polémique entre saint Ambroise et Symmaque (Contra Symmachum) ou de la littérature hagiographique déjà existante (passions de martyrs, hymnes ambrosiennes), dans une forme poétique nouvelle ; surtout, l'idéologie politique romaine qu'il véhicule reprend (et adapte) celle des poètes augustéens.

      282 Un angle sous lequel Prudence a été particulièrement bien étudié est celui de la paléographie ; en raison de son succès à l'époque carolingienne, la tradition manu-scrite du poète est particulièrement riche, et la valeur même des témoins en présence a suscité des controverses (prééminence du manuscrit A ; existence de deux re-censions - cf. § 207-208) et fait éclore des hypothèses plus ou moins audacieuses, comme, ici, celle de l'authenticité des titres ou, dans le cas du manuscrit U, celle d'une édition mise en page et enluminée selon un concept défini par le poète lui-même (pages en regard illustrées de manière cohérente et originale, dans la Psychomachie : les modèles des illustrations sont clairement antiques, cf. § 210). La question de l'ordre des poèmes et de leur probable organisation en une structure cohérente, posée par les divergences mêmes des manuscrits et l'existence d'un appareil de préfaces, a suscité des modèles d'architecture poétique globale, comme celui de Ludwig (1977) et celui qui a été exposé ici - question surtout étudiée, récemment, à propos du Cathemerinon 590 .

      283 Parmi les études significatives concernant le Peristephanon figurent aussi celles qui ne se consacrent qu'à l'un des poèmes, en examinant l'ensemble du dossier (litté-raire, historique, archéologique notamment) dans une approche pluridisciplinaire, qui tient aussi compte de la 'réception' du poème : tel est notamment le cas des travaux de Frutaz (1960 : perist. 14) puis de Bless-Grabher (1978 : perist. 9). Vu l'intérêt marqué du poète pour les arts plastiques et son insertion dans des débats et un mouvement esthétique propres à son époque, il importe en effet de mettre en situation chacune des pièces du Peristephanon, en recherchant l'occasion de sa composition, son enjeu propre, ses sources d'inspiration.

      Questions

      284 S'il ne faut pas réduire les oeuvres de Prudence à un pur document, il importe néanmoins de les situer dans le contexte contemporain : événements histo-riques, controverses religieuses, évolution des mentalités et de la sensibilité, et surtout histoire de la culture. Des éléments mal connus ou peu pris en compte, comme la liturgie ou les courants artistiques de son époque, ont sans conteste plus d'influence sur l'auteur du Peristephanon (en particulier pour ce qui concerne ses aspects les plus originaux) que les Fastes d'Ovide ou les scènes sanglantes de la Pharsale de Lucain. Pour comprendre Prudence, il importe probablement moins d'identifier des modèles et des sources que de connaître l'esprit du temps ; ce qui paraît véritablement significatif est la motivation du poète, ce qui l'a amené composer telle oeuvre et à y insérer tel motif - le recours à tel modèle n'est qu'une conséquence presque mécanique de ces choix, la poésie antique se devant d'être imitatio et re-tractatio. Quand bien même l'exercice est difficile, il faudrait obtenir davantage d'indices au sujet des rapports de Prudence avec trois sièges épiscopaux : celui de Milan (influence de saint Ambroise sur Prudence haut fonctionnaire), celui de Rome (influence damasienne à partir du voyage de Rome) et celui de Calagurris (rapports avec l'évêque Valérien durant la pieuse retraite de Prudence) et d'autres villes his-paniques ; ceux-ci semblent avoir évolué 591  et avoir perduré 592 .

      285 Si elle s'inscrit dans des débats d'actualité et constitue au moins en partie un arrangement organique de poèmes de circonstance, l'oeuvre de Prudence ne répond pas qu'à une attente de la part de commanditaires, mais aussi à la sensibilité et au goût d'une époque, qui se modifient profondément à la charnière des ive et ve s. Un des aspects les plus intéressants de ce fait est l'apparente contradiction entre, d'une part, un certain puritanisme, qui se traduit dans les mesures législatives de l'époque (sévérité envers toute forme de débauche sexuelle ; interdiction des jeux de gla-diateurs) et, chez Prudence, par la récurrence d'une vulgate platonicienne (où le corps est la prison de l'âme) et d'un discours moralisant voire ascétique, et d'autre part le goût du poète pour la description d'oeuvres d'art luxueuses ou de supplices ef-froyables (cf. § 31-33) et, dans la politique impériale, une dureté brutale de l'État en même temps qu'un faste aulique inouï (cf. aussi § 266). Prendre en compte la complexité de l'époque est une condition sine qua non pour comprendre de la complexité propre à l'oeuvre de Prudence.

      286 En cernant les conditions de l'émergence des poèmes de Prudence et en relevant ce que cette oeuvre a de 'normal' à son époque, il est possible de discerner ce qui reste vraiment original : non la synthèse entre culture traditionnelle et religion chrétienne, ni même une expérimentation poétique jouant avec les genres littéraires, mais l'organisation d'un ensemble de poèmes, avec des dimensions et une hétéro-généité telles que, malgré ses symétries et ses jeux de correspondance subtils, l'archi-tecture poétique du corpus prudentien, sorte de polyptique aux multiples volets, n'a rien de classique.

      287 Dans les études prudentiennes, il est enfin un aspect qui devrait être déve-loppé, indépendamment même d'une tendance aujourd'hui à la mode : la 'réception' de l'oeuvre de Prudence. L'auteur écrivait davantage pour son temps que pour la postérité, comme le montre son engagement dans des controverses contemporaines ; cependant, après une éclipse de plus d'un demi-siècle - la seule avant l'époque moderne - qui suivit, semble-t-il, pour des raisons qui nous sont peu claires, immédiatement la publication de ses oeuvres, Prudence apparaît comme un classique et devient véritablement un auteur de premier plan à l'époque 'romane' du Moyen-Âge, dans la civilisation monastique. Les motifs de ce succès tardif et la nature de l'influence de Prudence à cette époque méritent une attention toute particulière.

      Conclusion

      288 Le premier discours du persécuteur à saint Laurent se conclut par l'invitation ironique 'Estote uerbis diuites !' (perist. 2, 108 : ' Soyez à l'avenir riches de mots !') ; le dernier discours du martyr se conclut par ce quatrain prophétique (perist. 2, 481-484) : 'Tunc pura ab omni sanguine | tandem nitebunt marmora, | stabunt et æra innoxia, | quæ nunc habentur idola' ('Alors, purs de tout sang, brilleront enfin les marbres, se dresseront aussi les bronzes inoffensifs, qui maintenant sont traités comme des idoles'). Sarcastique et cynique, le préfet laisse aux chrétiens la liberté de dire et de croire ; avec la clémence du vainqueur, le martyr espère la sauvegarde de l'art profane, débarrassé des croyances perverses. On pourrait entrevoir ici le paradigme fréquemment énoncé à propos de Prudence : forme profane, sujet chrétien. En fait, le même poème montre en saint Laurent le champion de la romanité, et assimile l'action du persécuteur à celle des barbares - il semble donc y avoir une dialectique relativement complexe ; en fait, Prudence dépasse cette opposition, en voyant dans l'Empire le moyen providentiel d'une præparatio euangelica (ou ecclesiastica), et en attribuant au martyr triomphant une couronne (cf. perist. 2, 556) dont il serait vain de décréter qu'il s'agit davantage de la corona ciuica christianisée ou de la couronne du martyre romanisée. Pour comprendre la synthèse, voire la fusion opérée par Prudence, il importe de dépasser l'analyse univoque de ses poèmes et de les considérer selon l'analogie : le Peristephanon assume en effet totalement l'héritage de la poésie latine, jusque dans ses thèmes traditionnels, et n'en n'est pas moins authen-tiquement chrétien. Ainsi, l'invocation au martyr de perist. 10, 1-25 répond à la fois aux traditions poétiques les plus éculées et à la piété chrétienne la plus sincère : cette sincérité religieuse donne une vigueur inouïe au motif profane, et le caractère convenu d'une telle invocation montre en même temps à quel point le christianisme n'est pas pour Prudence un élément hétérogène dans une culture antique devant être abolie, mais peut s'y incarner et la continuer.

      289 Dans son oeuvre d'adaptation et de transposition, Prudence est conscient d'être pleinement dans la logique de la romanité, à la fois assimilatrice et missionnaire - face à la culture traditionnelle, le poète adopte une attitude généralement sans compromission ni manichéisme. Il opère avec ses modèles classiques de la même manière que les architectes chrétiens : même si le plan de l'église-basilique reproduit celui d'édifices profanes où parfois des martyrs avaient été condamnés à mort, même si ses colonnes peuvent être reprises de temples païens où étaient honorés les démons, ces dernières n'en demeurent pas moins dans leur emploi et dans leur aspect effectivement des colonnes gréco-romaines, et la basilique est véritablement et totalement un sanctuaire chrétien.

      290 Enfin, il reste un fait qu'il ne faudrait en aucun cas sous-estimer : Prudence, poète théodosien 593  comme (mutatis mutandis) Virgile et Horace sont poètes augus-téens, ne se veut pas qu'un artiste, mais produit son oeuvre en tant qu'élément d'une civilisation, reflétant ou même contribuant à forger la sensibilité et les valeurs culturelles, civiques et spirituelles de son temps. En même temps, Prudence se veut moins le porte-parole d'un système ou d'une idée qu'un chrétien qui s'offre lui-même, dans son activité de poète, pour l'édification de ses contemporains et finalement pour son salut éternel.


Bibliographie


Généralités

      Le texte du Peristephanon est établi ici sur la base des éditions de Bergman, de Cunningham et de Lavarenne, d'éventuelles divergences entre eux ou avec eux étant signalées. On a souvent utilisé l'Étude sur la langue du poète Prudence de Lavarenne, qui fournit aussi de précieuses indications bibliographiques 594 , ainsi que l'index des général aux oeuvres de Prudence établi par Deferrari & Campbell 595 .

      Au sens strict, la liste des ouvrages écrits sur le Peristephanon se limite pour l'essentiel à ceux d'Ermini (1914), Marchesi (1917), Bayo (1946), Malamud (1989), Palmer (1989) et Roberts (1993), auxquels on doit ajouter les études, plus brèves ou plus spécialisées, de Paronetto (1957), Pellegrino (1960-1961), Cunningham (1963), Opelt (1967), Richard (1969), von Kennel (1975), Riposati (1979), Henderson (1983/1990), Petruccione (1985) et Evenpoel (1996). Une importante partie du reste des ouvrages cités ci-après concerne le poète Prudence et l'ensemble de son oeuvre 596  : biographie 597 , spiritualité et pensée 598 , style et conceptions poétiques 599 , langue et métrique 600 , sources 601 , transmission du texte 602 , commentaires médiévaux 603 . Les articles qui concernent plus particulièrement un ou certains poèmes du recueil sont signalés dans les Notices de ceux-ci (cf. les notes liminaires pp. 4. 148 pour les abréviations utilisées) ; tel est généralement aussi le cas des études relevant de l'archéologie ou de l'histoire de l'art, pour lesquels le choix - très restreint - qui a été fait peut paraître arbitraire : bien sûr, de Rossi y figure, en raison des nombreuses références à Prudence qu'il fait dans ses articles, mais on a préféré ne pas ouvrir l'ensemble du dossier de la tombe de saint Pierre, même si perist. 12 pouvait y inviter. Les études proprement hagiographiques s'insèrent mieux dans la problématique envisagée ici 604 .

      Les histoires de la littérature et les encyclopédies, depuis Gennade (ve s.), répètent grosso modo les données figurant aux §§ 1-14, y ajoutant trop souvent des erreurs flagrantes, minimes (datation de la Præfatio en 405 au lieu de 404 ; cf. § 5) ou plus substantielles (théorie des deux 'heptades' de poèmes du Peristephanon, et de leur composition successive selon l'ordre numérique moderne : cf. § 252).

      Éditions des oeuvres de Prudence

      Une liste détaillée des éditions, à commencer par l'incunable de 1492, ainsi que des traductions des oeuvres de Prudence dans diverses langues est donnée par Rodriguez dans son introduction à l'édition indiquée ci-dessous (p. 71*-75*).

  • Arevalo Faustinus : M. Aurelii Clementis Prudentii V. C. carmina... , Romæ 1787-1788 [= PL 59-60]
  • Bergman Johannes : Aurelii Prudentis Clementis carmina = CSEL 61, Vindobonæ - Lipsiæ 1926
  • Cunningham Maurice P. : Prudentii carmina (= CCL 126), Turnhout 1966
  • Lavarenne Maurice : Prudence, texte établi et traduit, Paris 1943-1951 (4 t.) ; t. 4 : Le livre des Couronnes (Peristephanon liber) - Dittochæon - Épilogue (11951 ; 21963)
  • Ortega A. & Rodriguez Isidoro : Obras completas de Aurelio Prudencio, Madrid 1981
  • Petrvs Henricus : Aurelii Prudentii Clementis... opera, cum Sichardi et Erasmi commentariis, Basileæ 1540
  • Sichardvs Iohannes = Sichard Johann : Aurelii Prudentii Clementis, uiri consularis, Psychomachia, Cathemerinon, Peristephanon, Apotheosis, Hamartigenia, Contra Symmachum præfectum Vrbis libri duo, Enchiridion noui et ueteris Testamenti, Basileæ 1527
  • Thomson Henri John : Prudentius. With an English Translation (2 t.), Cambridge Mass.-London 1949-1953

Études et autres ouvrages utilisés

      Dans cette liste (par auteurs, puis ordre chronologique), les revues sont citées selon les abréviations de l'Année Philologique.

  • AA.VV. 1977 : Ricerche su Ippolito, Roma
  • AA.VV. 1969 : Sæcularia Petri et Pauli (Studi di antichità cristiana 28), Città del Vaticano
  • Alamo M. 1939 : 'Un texte du poète Prudence. Ad Valerianum episcopum (Perist., hymn. xi)', RHE p. 750-756
  • Aldana García Maria Jesús & Herrera Roldán Pedro 1997 : 'Prudencio entro los mozárabes cordobeses : algunos testimonios', Latomus 56 p. 765-783
  • Alfonsi Luigi 1951 : 'Nota prudenziana', Latomus 10 p. 27-28
  • Amore Agostino 1954 : 'Note su Ippolito martire', RAC 30 p. 63-97
  • -- 1975 : I martiri di Roma, Roma
  • Argenio Raffaele 1967 : 'Prudenzio a Roma visita le basiliche di S. Pietro e di S. Paolo', RSC 15 p. 170-175
  • -- 1968 : 'Due corone di Prudenzio' [perist. 6.14], RSC 16 p. 257-283
  • -- 1970 : 'Due corone di Prudenzio : S. Quirino e S. Cassiano, pres. e trad.', RSC 18 p. 58-79
  • -- 1973 : 'Roma immaginata e veduta dal poeta cristiano Prudenzio', StudRom 21 p. 25-37
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  • Wieland Gernot R. 1983 : The latin glosses on Arator and Prudentius in Cambridge U.L. ms. Gg 5.35, Toronto & Leiden
  • -- 1994 : 'The Prudentius manuscript CCCC 223', Manuscripta 38 p. 211-227
  • Wilson Anna 1995 : 'Reflections on ekphrasis in Ausonius and Prudentius', in Ethics and rhetoric: classical essays for Donald Russel (édd. Innes, Hine & Pelling), Oxford, p. 149-159
  • Wilson Nigel G. : cf. Reynolds Leighton D. & Wilson Nigel G.
  • Winstedt Eric Otto 1903 : 'The double recension in the poems of Prudentius', CR 17 p. 203-207
  • -- 1904 : 'Notes on the mss of Prudentius', JPh 29 p. 166-180
  • Witke Charles 1968 : 'Prudentius and the tradition of Latin poetry', TAPhA 99 p. 509-525
  • -- 1971 : Numen Litterarum. The Old and the New in Latin Poetry from Constantine to Gregory the Great, Leiden - Köln
  • Woodruff Helen 1930 : The illustrated manuscripts of Prudentius, Cambridge Mass.
  • Wytzes Jelle 1977 : Der letzte Kampf des Heidentums in Rom, Leiden
  • ,Zanchi Roppo Franca 1969 : Vetri paleocristiani a figure d'oro conservati in Italia, Bologna
  • Zehnacker Hubert & Fredouille Jean-Claude 1993 : Littérature latine, Paris

Appendice A : liste des oeuvres de Prudence

      (abréviation ; titre ; mètre ; dimensions)

      
præf. Præfatio str. 3 : glyconique
+ asclépiade mineur
+ asclépiade majeur
45 vv.
 
cath. Liber Cathemerinon   1654 vv.
cath. 1 Hymnus ad galli cantum str. 4 : dimètre iambique 100 vv.
cath. 2 Hymnus matutinus str. 4 : dimètre iambique 112 vv.
cath. 3 Hymnus ante cibum str. 5 : trimètre dactylique
hypercatalectique
205 vv.
cath. 4 Hymnus post cibum str. 3 : hendécasyllabe
phalécien
102 vv.
cath. 5 Hymnus ad incensum lucernæ str. 4 : asclépiade mineur 164 vv.
cath. 6 Hymnus ante somnum str. 4 : dimètre iambique
catalectique
152 vv.
cath. 7 Hymnus ieiunantium str. 5 : trimètre iambique 220 vv.
cath. 8 Hymnus post ieiunium str. (4) sapphique 80 vv.
cath. 9 Hymnus omnis horæ str. 3 : tétramètre trochaïque
catalectique
114 vv.
cath. 10 Hymnus circa exsequias defuncti str. 4 : dimètre anapestique
catalectique
172 vv.
cath. 11 Hymnus viii Kal. Ianuarias str. 4 : dimètre iambique 116 vv.
cath. 12 Hymnus Epiphaniæ str. 4 : dimètre iambique 208 vv.
 
de Tr. Hymnus de Trinitate hexamètre dactylique 12 vv.
 
apoth. præf. (præfatio) dist. : trimètre iambique
+ dimètre iambique
56 vv.
apoth. Apotheosis hexamètre dactylique 1084 vv.
ham. præf. (præfatio) trimètre iambique 63 vv.
ham. Hamartigenia hexamètre dactylique 966 vv.
psych. præf. (præfatio) trimètre iambique 68 vv.
psych. Psychomachia hexamètre dactylique 915 vv.
c. Symm. Contra Symmachum   1944 vv.
c. Symm. 1 præf. (præfatio) asclépiade mineur 89 vv.
c. Symm. 1 (liber primus) hexamètre dactylique 657 vv.
c. Symm. 2 præf. (præfatio) glyconique 66 vv.
c. Symm. 2 (liber secundus) hexamètre dactylique 1132 vv.

      
perist. Peristephanon liber   3742 vv.
perist. 1 Hymnus in honorem sanctorum martyrum Emeteri et Chelidoni Calagurritanorum str. 3 : tétramètre trochaïque
catalectique
120 vv.
perist. 2 Passio Laurentii beatissimi martyris str. 4 : dimètre iambique 584 vv.
perist. 3 Hymnus in honorem passionis Eulaliæ beatissimæ martyris str. 5 : trimètre dactylique
hypercatalectique
215 vv.
perist. 4 Hymnus in honorem sanctorum decem et octo martyrum Cæsaraugustanorum str. (4) sapphique 200 vv.
perist. 5 Passio sancti Vincenti martyris
str. 4 : dimètre iambique 576 vv.
perist. 6 Hymnus in honorem beatissimorum martyrum Fructuosi episcopi ecclesiæ Tarraconensis et Augurii et Eulogii diaconorum str. 3 : hendécasyllabe
phalécien
162 vv.
perist. 7 Hymnus in honorem Quirini beatissimi martyris episcopi ecclesiæ Siscianæ str. 5 : glyconique 90 vv.
perist. 8 De loco in quo martyres passi sunt,
nunc baptisterium est Calagorra
distique élégiaque 18 vv.
perist. 9 Passio Cassiani Forocorneliensis dist. : hexamètre dactylique
+ trimètre iambique
106 vv.
perist. 10 Romanus
contra gentiles
str. 5 : trimètre iambique 1140 vv.
perist. 11 Ad Valerianum episcopum
de passione Hippolyti beatissimi martyris
distique élégiaque 246 vv.
perist. 12 Passio Apostolorum
dist. : archiloquien,
+ trimètre iambique
catalectique
66 vv.
perist. 13 Passio Cypriani
archiloquien catastichon 106 vv.
perist. 14 Passio Agnes
hendécasyllabe alcaïque
catastichon
133 vv.
 
epil. Epilogus dist. : dimètre trochaïque,
+ trimètre iambique
catalectique
34 vv.

      
ditt. Dittochæon
(Tituli historiarum)
str. 4 : hexamètre dactylique 192 vv.


Appendice B : motifs propres aux 'passions littéraires' dans le Peristephanon

      Cette comparaison permet de constater le caractère généralement récurrent de ces nombreux motifs narratifs ou thématiques (sauf pour perist. 4 et 8, sans structure narrative comparable), malgré la diversité des poèmes (style, forme, dimensions, ton, abondance ou rareté du parlé, etc.). Le facteur chronologique joue un rôle, mis en évidence avec les cases vides ombrées.

      

      
Passio : perist. 2
(Laurent)
5
(Vincent)
9
(Cass.)
11
(Hippol.)
12
(P./P.)
13
(Cypr.)
14
(Agn.)
Passé du martyr 37-44 30-32 21-28 19-24   16-34  
La persécution (58-60)   29-30 25-38   35-48 10-14
Arrestation, comparution 53-56   31-36 39-86 27 49-50. 88-89  
Édit de persécution   13-16. 21-28   (5-6) 11 81-82  
Le juge : menaces, propos captieux 57-108 17-20. 47-52. 175-184         15-30
Le juge : fureur, invectives 182-184. 313-328. 353-356 41-46. 97-108. 129-136. 201-204. 325-328. 377-384   60. 63 23   63-64
Le juge (ou les bour-reaux) : étonnement 182. 314 129-136. 309-310. 325          
Le juge : sentence, ordres aux bourreaux 333-356. 405 109-116. 137-144. 205-208. 329-332.
385-396. 433-464
37-42 64-76. 87-88 11-12. 24 92-94 65-66
Torture : par le fer   113-116. 173-174 44-64 57-58      
Torture : par le feu 341-349. 397-398 206-208. 217-220. 225-231          
Autres supplices   109-112. 251-264   55-56 76-79. 84-85    
Le martyr : défi, invectives 261-264. 399-409 53-64. 117-120. 145-172 (65-66)   (15-16)   31-37. 67-80
Le martyr : polé-mique anti-païenne 261-264. 445-456 33-36. 65-92          
Le martyr : kérygme   37-40. 57-60       90-91  
Le martyr : sermon moral ou religieux 113-132. 185-312 157-160     41-48    
Le martyr : hymne, prière 413-472 235   110 55-69. 95   52-56. 81-87
Le martyr : prophétie 21-32. 473-484 185-200     25-26. 28   36-37
Bourreaux épuisés   121-124. 133-140 67-68 59      
Le public 489-496 309-324. 345-352 35-36 79-84     40-60
Les autres chrétiens   333-344   133-152      
Les anges   281-304         92-93
Apparitions, visions              
Autres miracles 361-392 269-324. 397-420. 473-504         57-60
Incarcération   238-332   53   51-75  
Exécution       119-122 17. 27 83-85 89
Mort, montée au ciel 485-488. 553-560 353-376 85-92   19-20 86 91-123

      
Hymnus : perist. 1
(Calahor.)
3
(Eulalie)
6
(XVIII)
7
(Quir.)
Romanus : perist. 10
Passé du martyr 31-33. 37-39 1. 11-25     112-113. 123-124
La persécution 34-45 26-65   6-10 51-60
Arrestation, comparution   64-65 10-15. 32-33   36-45. 61-70
Édit de persécution 40-45 26-30 34-42   31-35. 176-177. 916-920
Le juge : menaces, propos captieux   101-120     76-95. 173-175. 421-425. 573-585. 686-695
Le juge : fureur, invectives   96 49   108. 111. 171-172. 391-425. 547. 679. 811-815. 866-875. 962-975. 1003
Le juge (ou les bour-reaux) : étonnement 91-92 173-175     571-572. 676. 961
Le juge : sentence, ordres aux bourreaux   97-100 50   446-450. 548-555. 794-795. 821-825. 876-895. 1101-1107
Torture : par le fer 49 131-135. 146-148     451-455. 484-485. 557-560. 796-799. 896-905
Torture : par le feu 50. 56 118-120. 149-160 67-72. 100-117 12 486-490. 576-577. 846-852
Autres supplices 56-57. 70-72. 81 117   12-13 109-110. 114-120. 491-493. 696-705
Le martyr : défi, invectives 64-69 66-95. 126-130     51-52. 71-75. 96-100. 136-150. 386-390. 458-465. 516-520. 561-570. 651-670. 800-810. 816-820. 928-960. 1091-1095
Le martyr : polémique anti-païenne 69 69-84     101-107. 147. 151-170. 176-310. 371-385. 611-620. 1007-1090
Le martyr : kérygme     44-47   466-470. 586-587. 672-675
Le martyr : sermon moral ou religieux     51. 54-60. 76-84 41-45 53-55. 122-135. 311-370. 426-445. 466-545. 586-610. 621-650. 681-685
Le martyr : hymne, prière   136-140 106-117 56-85 122
Le martyr : prophétie         853-855. 1096-1100
Bourreaux épuisés         456-457. 706-707. 809-810
Le public 91       707-710
Les autres chrétiens     52-53. 73-75. 130-135 31-35. 38 56-60
Les anges   48     1121-1130
Apparitions, visions 82-90 171-175 121-129. 136-141    
Autres miracles     91-99 26-30. 46-50 856-865. 928-960
Incarcération 46. 81   16-31   794. 1106-1107
Exécution 55. 93 116   11-15. 21-25 835-836. 1108-1109
Mort, montée au ciel   161-170 118-120 86-90 1110


Appendice C : titre des poèmes dans la tradition manuscrite

      Pour évaluer la valeur des titres transmis, on s'est basé sur un nombre assez important de mss, même tardifs (liste ci-dessous avec abréviation utilisée ; cf. § 211-218) 605 .

      
Famille aa
a Boulogne-s.-Mer, B. mun., 189 (s. xi) b London, Brit. Libr., Harley 4992 (s. xiii)
C Cambridge, Corpus Christi, 223 (s. ix) c Oxford, Bodl. Libr., auct. F 3. 6 (s. xi)
D Durham, Dean and Chapter Libr.,
B 4. 9 (4446) (s. xin)
A Paris, B. nat., Lat. 8084 (s. vi)

      
Famille ab
d Arras, B. mun., 670 (727) (s. xiii) N Paris, B. nat., Lat. 8305 (s. xin)
e Avranches, B. mun., 241 (s. xii) V Roma, B. Ap. Vat., Reg. Lat. 321 (s. ix)
B Milano, B. Ambr., D 36 sup. (s. viiin) J Saint-Omer, B. mun., 306 (s. x)
T Paris, B. nat., Lat. 8087 (s. ix)    

      
Famille ba
f Auxerre, B. mun., 484 (a. 1472) F Paris, B. nat., Lat. 8085 (s. ix)
g Bern, Burgerb., 394 (s. x uel ix) P Paris, B. nat., Lat. 8086 (s. xin)
h Bruxelles, B. royale, 9987-9991 (s. xi) k Paris, B. nat., Lat. 8306 (s. xi)
E Leiden, B. Rijksuniv., Burm. Q 3 (s. xin) l Roma, B. Ap. Vat., Vat. Lat. 3859 (s. x)
Trier, Stadtb., 1093 (s. x)
i London, Brit. Libr., Harley 3023 (s. xii) m
j Oxford, Bodl. Libr., auct. T 2.22 (s. xiin)    

      
Famille bb
U Bern, Burgerb., 264 (s. ixex) O Oxford, Bodl. Libr., Oriel 3 (s. x)
n Bruxelles, B. royale, 9968-9972 (s. xi) t Paris, B. Mazar., 3858 (25) (s. xivex)
o Genève, B. Bodmer, 142 (s. [xi-] xii) u Paris, B. nat., Lat. 8088 (s. xii)
p London, Brit. Libr., addit. 15090 (s. xi-xii) v Paris, B. nat., Lat. 8307 (s. xi)
q London, Brit. Libr., addit. 16894 (s. xi) w Paris, B. nat., n. acqu. Lat. 241 (s. x-xi)
r London, Brit. Libr., addit. 34248 (s. xin) w' = sommaire ajouté en tête de w
B' = B, compléments (s. x) x Roma, B. Ap. Vat., Vat. Lat. 3860 (s. x)
Roma, B. Ap. Vat., Vat. Lat. 5821 (s. x)
M Monte Cassino, 374 (s. ix) y
M' = M, compléments (s. xi) z St. Gallen, Stiftsb., 135 (s. x)
s Montpellier, B. fac. méd., H 219 (s. x) S St. Gallen, Stiftsb., 136 (s. ix-xin)

      La présentation ci-après du libellé des titres ignore certaines variantes orthographiques (noms propres ou noms martyr ou hymnus) 606 , des éléments syntaxiques mineurs (in honore ou in honorem) et même l'usage du positif ou du superlatif (beatus ou beatissimus). Le jeu des abréviations vise à faire ressortir les éléments structurels essentiels :

      La dédicace de perist. 11 et sa préposition de liaison suivie du titre (Ad Valerianum episcopum de... : Ded. +) sont également abrégées, de même que la conjonction et (&).

      Sauf mention contraire, les explicit et corrections d'une 2e main n'ont pas été retenus.

      Perist. 1 : Hymnus in honorem sanctorum martyrum Emeteri et Chelidoni Calagurritanorum

      Le titre retenu est bien attesté dans 3 familles de mss, notamment dans d'importants mss. Les variantes en omettent ou en déplacent des éléments. Absence de titre : Dac 607  (fam. aa) ; absence du poème : U (fam. bb) ; absence du début du poème : y (fam. bb).

      
Hymn. i.h. sanct. mart. E. & Ch. Ca. ACb, BJTVd, npst 608  aa ab bb
Hymn. sanct. mart. E. & Ch. Ca. EFPfghijklm 609  ba
Hymn. i.h. sanct. mart. E. & Ch. N, O ab bb
Hymn. i.h.       mart. E. & Ch. Ca. Soqrvwx 610  bb
Hymn. i.h.       mart. E. & Ch. Mv 611  bb
      i.h.       mart. E. & Ch. Ca. u bb
Hymn. i.h. sanct. mart. Ca. E. & Ch. e ab
Hymn. i.h. E. & Ch. mart. Ca. z bb
Hymn. mart. w' 612  bb

      Perist. 2 : Passio Laurentii beatissimi martyris

      Le titre retenu est bien attesté par d'importants mss de 2 familles, nonobstant la variante ajoutant 'Hymnus in honorem' à ce titre dans 2 mss importants. Les autres variantes consistent surtout à remplacer beatissimus accordé à martyr par sanctus accordé au nom propre (lectio facilior) et comportent parfois l'ajout du nom diaconus. Absence de titre : Da, F, u 613  (fam. aa ba bb).

      
Pass. L. beat. mart. BJNTVd, EPghjk ab ba
Hymn. i.h. pass. L. beat. mart. ACc aa
Pass. L. mart. m ba
Pass. sanct. L. mart. b, OSnoprsy aa bb
Pass. sanct. L. f, Uqvwx w'  614  ab bb
Pass. sanct. L. diac. & mart. e, M' ab bb
Pass. sanct. L. mart. & diac. t bb
Pass. beat. L. l ba
Pass. sanct. mart. L. i ba
Hymn. i.h. L. diac. & mart. z bb

      Perist. 3 : Hymnus in honorem passionis Eulaliæ beatissimæ martyris

      Le titre retenu est très bien attesté par des mss importants de toutes les familles. Les variantes, nombreuses, n'existent que dans des mss isolés. Absence du poème : h (fam. ba).

      
Hymn. i.h. pass. E. beat. mart. ACDac, JNTVd, EFPgjklm, S 615  aa ab
ba bb      
Pass. E. beat. mart. M' bb
Hymn. i.h. E. beat. mart. B ba
Hymn. i.h. E. mart. i, x ba bb
Hymn. i.h. pass. E. O bb
Hymn. pass. sanct. E. uirg. U bb
Hymn. i.h. sanct. E. uirg. e, v ab bb
Hymn. i.h. sanct. E. uirg. & mart. tu w' bb
Hymn. i.h. sanct. E. n bb
Hymn. i.h. E. uirg. q bb
Pass. E. uirg. z bb
Pass. sanct. E. uirg. p bb
Hymn. i.h. beat. mart. E. y bb
Hymn. i.h. beat. E. mart. rsw (o) 616  bb
Hymn. i.h. pass. beat. E. mart. b aa
Hymn. i.h. pass. beat. E. mart. & uirg. f ba

      Perist. 4 : Hymnus in honorem sanctorum decem et octo martyrum Cæsaraugustanorum

      Le titre retenu est très bien attesté par des mss importants de toutes les familles. Les variantes en omettent des éléments, en particulier l'épithète sanctus. Absence de titre : F (fam. ba).

      
Hymn. i.h. sanct. XVIII mart. C. ACDabc, BJNTVd, EPf, M'OSnopqrsty 617  aa ab
ba bb
Hymn. i.h. sanct. XVIII C. e ab
Hymn. XVIII mart. C. U bb
Hymn. i.h. XVIII mart. C. ghijklm, wz w' (u) 618  ba bb
Hymn. i.h. mart. C. x bb
Hymn. i.h. C. v bb

      Perist. 5 : Passio sancti Vincenti martyris

      Le titre retenu est très bien attesté par la plupart des mss de toutes les familles. Les quelques variantes, diverses, n'existent généralement que dans des mss isolés. Absence de titre : F (fam. ba) ; titre mutilé : h, y (fam. ba bb) ; absence du début du poème : U (fam. bb).

      
Pass. sanct. V. mart. ACDac, JNTVd,
EPfgijl, B'OSnopqrsuvwx
aa ab
ba bb
Pass. sanct. V. m, M (w')  619  ba bb
Pass. V. mart. k, z ba bb
Pass. sanct. V. diac. & mart. e ab
Pass. beat. V. mart. t bb
Hymn. i.h. V. mart. b aa

      Perist. 6 : Hymnus in honorem beatissimorum martyrum Fructuosi episcopi ecclesiæ Tarraconensis et Augurii et Eulogii diaconorum

      Le titre retenu est bien attesté par des mss de toutes les familles. Les variantes, nombreuses, en omettent le plus souvent certains des nombreux éléments (in honorem ; conjonctions). Absence de titre : F 620  (fam. ba) ; absence du poème : A (fam. aa).

      
Hymn. i.h. beat. mart. F. ep. eccl. T.
& A. & E. diac.
CDc, BJNTVd,
f, s 621 
aa ab
ba bb
Hymn. i.h. beat. mart. F. ep. eccl. T.
& A. & E.
a aa
Hymn. i.h. beat. mart. F. ep.
A. & E. diac.
jm ba
Hymn. i.h. beat. mart. F. ep.
A. & E.
EPghikl ba
Hymn. beat. mart. F. ep. eccl. T.
& A. & E.
U bb
Hymn. beat. mart. F. ep. eccl. T.
& A. & E. diac.
Snopqruwxy 622  bb
Hymn. beat. mart. F. ep.
& A. & E. diac.
v bb
Hymn. mart. F. ep. eccl. T.
& A. & E. diac.
M bb
Hymn. mart. F. ep.
A. E. diac.
O bb
Hymn. i.h. sanct. mart. F. ep. eccl. T.
A. quoque & E. diac.
t bb
Hymn. i.h. sanct. mart. F. ep. eccl. T.
& A. & E. diac.
e ab
Hymn. sanct. mart. F. ep.
A. & E. diac.
w' bb
Hymn. beat. mart. F. ep. T. eccl.
& A. & E. diac.
b aa
Hymn. i.h. mart. F. T. ep.
A. & E. diac.
z bb

      Perist. 7 : Hymnus in honorem Quirini beatissimi martyris episcopi ecclesiæ Siscianæ

      Le titre retenu est bien attesté par d'importants mss de 3 familles ; les variantes, diverses, en omettent ou en déplacent des éléments ou remplacent beatissimus accordé à martyr par sanctus accordé au nom propre (lectio facilior). Absence du poème : A (fam. aa).

      
Hymn. i.h. Q. beat. mart. ep. eccl. S. CDac, BJNTVd (e), Efghkl (i) 623  aa ab
ba
Hymn. i.h. Q. mart. ep. eccl. S. F, z ba bb
Hymn. i.h. beat. mart. ep. eccl. S. j ba
Hymn. i.h. Q. beat. mart. & ep. eccl. S. P, s ba bb
Hymn. i.h. Q. mart. & ep. eccl. S. b, SUnopr (M) 624  aa bb
Hymn. i.h. sanct. Q. mart. m, O ba bb
Hymn. i.h. sanct. Q. mart. & ep. eccl. S. qtuy (w) bb
Hymn. sanct. Q. mart. (ep.) eccl. S. w' bb
Hymn. i.h. sanct. Q. mart. & ep. S. eccl. x bb
Hymn. i.h. Q. mart. & ep. S. eccl. v bb

      Perist. 8 : De loco in quo martyres passi sunt, nunc baptisterium est Calagorra

      Ce titre très différent des autres ne remonte probablement pas à l'auteur ; perist. 8, inscription qui ne nécessitait pas a priori de titre, a été intégré tardivement dans le recueil (cf. § 189).

      Perist. 9 : Passio Cassiani Forocorneliensis

      Le titre est bien attesté par des mss de toutes les familles. Le plus souvent, les variantes augmentent ce titre ; la variante la plus répandue ajoute l'adj. sanctus avant le nom (lectio facilior d'apparence plutôt tardive). Absence du poème : A, v (fam. aa bb).

      
Pass. C. F. CDab, JNTVde, EPghjkm, n aa ab ba bb
Pass. C. mart. F. (i), p 625  ba bb
Pass. C. F. mart. z bb
Pass. sanct. C. F. c, B, (l), M'OSorstuxy w' (U) 626  aa ab ba bb
Pass. sanct. C. q bb
Pass. sanct. mart. C. F. w bb
Pass. beat. mart. C. F. f ba
Pass. beat. C. mart. F. F ba

      Perist. 10 : Romanus contra gentiles

      Ce titre sensiblement différent des autres remonte probablement à l'auteur ; perist. 10, para-tragédie, servait de pièce de transition entre les poèmes hexamétriques et le Peristephanon, dans lequel il a été artificiellement intégré à l'époque moderne (cf. § 125).

      Perist. 11 : Ad Valerianum episcopum de passione Hippolyti beatissimi martyris 627 

      Le titre est bien attesté par des mss de toutes les familles. Certaines variantes portent sur la formule de dédicace ; les plus fréquentes substituent à l'épithète beatissimus, accordée avec martyr, l'épithète sanctus, accordée avec le nom propre (lectio facilior d'allure assez tardive). Absence de titre : F (fam. ba) ; absence du poème : A (fam. aa).

      
Ded. + pass. H. beat. mart. Ca, JNTVd, EPfghjm (l), M' 628  aa ab
ba bb
Ded. pass. H. beat. mart. k ba
Ded. + pass. H. mart. e, i, orvxyz ab ba bb
Ded. + pass. sanct. H. beat. mart. Dc aa
Ded. + pass. sanct. H. mart. b, B'OSUnpqsuw aa bb
Pass. sanct. H. w' bb
Ded. + pass. beat. H. mart. f ba
Pass. sanct. H. mart. ded. t bb

      Perist. 12 : Passio Apostolorum

      Le titre retenu est attesté dans des mss importants issues de 3 familles différentes ; sa brièveté est à mettre en parallèle avec celle du titre de perist. 13 et 14. Les variantes augmentent ce titre d'éléments présents dans d'autres titres de poèmes, ici notamment le nom des deux Apôtres (Petrus ; Paulus) désignés par leur seule fonction, conformément à l'usus auctoris (cf. Comm., -> 2, 460). Absence de titre : a, F (fam. aa ba) ; absence du poème : A, p (fam. aa bb).

      
Pass. Apost. C, Ne, EPghijkm aa ab ba
Pass. sanct. Apost. b, B'Mn aa bb
Pass. sanct. Apost. Pe. & Pa. Sst w'  629  bb
Pass. beat. Apost. Pe. & Pa. TVJd ab
Pass. Apost. Pe. & Pa. Dc, fl, OUquwxyz aa ba bb
Pass. sanct. Pe. & Pa. or bb
Pass. Pe. & Pa. v bb

      Perist. 13 : Passio Cypriani

      Le titre retenu est attesté dans des mss importants issus de 2 familles différentes ; sa brièveté est à mettre en parallèle avec celle du titre de perist. 14, mieux attesté, ainsi que de perist. 12. Les variantes augmentent ce titre d'éléments présents pour d'autres poèmes. Absence de titre : a, Fm (fam. aa ba) ; absence du poème : A (fam. aa).

      
Pass. C. CDc, Eghjk aa ba
Pass. C. mart. Pi, z ba bb
Pass. C. sanct. mart. N ab
Pass. sanct. C. mart. e, uv ab bb
Pass. sanct. C. l, qwxy w' 630  ba bb
Pass. beat. C. b, B'MSUnor aa bb
Pass. beat. C. mart. JTVd, Ops ab bb
Pass. beat. C. mart. & episc. t bb
Pass. sanct. C. episc. f 631  ba

      Perist. 14 : Passio Agnes

      Le titre retenu est bien attesté dans 3 familles de mss et constitue clairement une lectio difficilior (génitif Agnes) ; sa brièveté est à mettre en parallèle avec celle du titre de perist. 13 ainsi que de perist. 12. Les variantes augmentent ce titre d'éléments présents dans d'autres titres de poèmes. Absence de titre : a, F, q (fam. aa ba bb) ; absence du poème : A (fam. aa).

      
Pass. A. Cc, BJNTVd, E, ghk 632  aa ab ba
Pass. sanct. A. Pijm, p ba bb
Pass. A. uirg. f ba
Pass. sanct. A. uirg. Db, e, l, OSUnorstwxy w' aa ab ba bb
Pass. sanct. A. uirg. & mart. uv bb
Pass. sanct. A. mart. z bb
Pass. sanct. uirg. A. M' bb


Index des manuscrits

      Manuscrits cités dans l'Introduction (renvois aux paragraphes, le cas échéant aux notes) ; le cas échéant, leur désignation par une lettre correspond à la classification donnée à l'Appendice C, p. 132. Les références faites à tous les manuscrits ou à l'essentiel d'entre eux, dans le stemma (§ 215) et dans les tableaux récapitulatifs (§ 224 ; App. C), ne figurent pas dans cet Index, sauf si elles portent spécialement sur le manuscrit en question.

Arras, B. mun., 670 (727) = d : §§ 25 nn. 55. 57 ; 126 nn. 59. 60 ; 222 n. 16

Auxerre, B. mun., 484 = : §§ 125 n. 55 ; 222 n. 16 ; 230 n. 26

Avranches, B. mun., 241 = e : §§ 125 nn. 55. 57 ; 126 nn. 59. 60 ; 222 n. 16 ; App. C n. 19-20

Bern, Burgerb.,

-- 264 = : §§ 210 ; 212 n. 8 ; 222 n. 16 ; 224 n. 21 ; 230 n. 26 ; 232 n. 28 ; 233 et n. 36 ; App. C n. 21-22

-- 394 = : §§ 222 n. 16 ; 230 n. 26

Boulogne-sur-Mer, B. mun., 189 = a : §§ 166 n. 114 ; 222 n. 16 ; 232 n. 30 ; 233 nn. 32. 34

Bruxelles, B. royale,

-- 5339-5344 : § 167 n. 117

-- 5354-5361 : App. C n. 11

-- 8860-8867 : § 165 ; App. C nn. 13. 16

-- 9332-9346 : § 209 n. 5

-- 9742 : § 209 n. 4

-- 9968-9972 = n : §§ 125 nn. 55. 57 ; 126 nn. 59. 60 ; 232 n. 28 ; 233 n. 36

-- 9987-9991 = h : §§ 125 n. 55 ; 230 n. 26 ; 232 n. 28 ; 233 nn. 34. 36

-- 14586-1590 : § 167 n. 117,

Cambridge, Corp. Christi, 223 = C : § 125 n. 55 ; 164 n. 112 ; 211 ; 212 n. 8,

Douai, B. mun., 290 : § 167 n. 119

Durham, Dean & Chapter libr., B 4. 9 (4446) = : §§ 125 n. 57 ; 166 n. 114 ; 211 ; 222 n. 16 ; App. C nn. 8. 10,

Firenze, B. Laur., Plut. 23.15 : §§ 166 n. 114 ; 167 n. 118 ; 250 n. 109,

Genève, B. Bodmer, 142 = o : §§ 221 nn. 13. 15 ; 222 n. 16 ; 228 n. 22 ; App. C n. 12,

Leiden, B. Rijksuniv., Burm. Q 3 = E : §§ 125 n. 55 ; 165 ; 212 n. 8 ; 240 ; App. C n. 28

London, Brit. Libr.,

-- addit. 15090 = p : §§ 125 n. 55 ; 126 nn. 59. 60 ; 164 n. 112 ; 222 n. 16 ; 228 n. 22 ; 232 n. 28 ; App. C n. 21

-- addit. 16894 = q : §§ 125 n. 55 ; 126 n. 59 ; 166 n. 114 ; 221 nn. 13. 15 ; 222 n. 16 ; 228 n. 22 ; 232 n. 28 ; App. C n. 17

-- addit. 34248 = r : §§ 125 n. 57 ; 126 nn. 59. 60 ; 221 nn. 13. 15 ; 222 n. 16 ; 228 n. 22 ; 230 n. 26 ; 233

-- Burn. 247 : §§ 125 n. 55 ; 167 n. 118

-- Harley 3023 = i : § 125 n. 55 ; App. C nn. 18. 21

-- Harley 4992 = b : §§ 125 nn. 55. 57 ; 164 n. 112 ; 222 n. 16 ; 230 n. 25,

Milano, B. Ambr., D 36 sup. = : §§ 126 n. 60 ; 168 n. 120 ; 189 n. 161 ; 207 ; 211 ; 216 ; 220 et n. 11 ; 224 n. 19 ; 229 n. 24 ; 230 n. 26 ; 236 ; 240 ; 282

Monte Cassino, 374 = : §§ 126 ; 164 n. 112 ; 212 n. 8 ; 213 ; 224 n. 20 ; 228 n. 22 ; 239 ; App. C n. 20

Montpellier, B. fac. méd.,

-- H 35 : § 167 n. 119

-- H 219 = s : §§ 125 nn. 55. 57 ; 126 n. 59 ; 228 n. 22 ; 230 n. 26 ; 232 n. 28,

Oxford, Bodl. Libr.,

-- auct. F 3.6 = : §§ 125 n. 55 ; 126 et n. 60 ; 164 n. 112 ; 166 n. 114 ; 222 n. 16

-- Oriel 3 = : §§ 125 n. 55 ; 126 nn. 59. 60 ; 167 n. 116 ; 212 n. 8 ; 221 nn. 13. 15 ; 222 n. 16 ; 228 n. 22,

Paris, B. s. Gen., 134 : § 209 n. 4

Paris, B. Mazar., 3858 (25) = : §§ 125 nn. 55. 57 ; 126 n. 60 ; App. C n. 22

Paris, B. nat.,

-- Lat. 1647 A : App. C n. 27

-- Lat. 1656 A : § 209 n. 5 ; App. C n. 26

-- Lat. 2335 : § 166 n. 115

-- Lat. 3879 : § 260 n. 128

-- Lat. 8084 = A : §§ 22 n. 57 ; 57 n. 145 ; 126 ; 164 n. 112 ; 168 n. 120 ; 189 n. 161 ; 207-208 et n. 2-3 ; 211 ; 216 ; 236 ; 240 ; 281

-- Lat. 8085 = F : §§ 125 n. 55 ; 166 n. 114 ; 230 n. 26 ; App. C n. 18

-- Lat. 8086 = P : §§ 125 n. 55 ; 212 n. 8 ; 230 n. 26 ; 233 n. 34

-- Lat. 8087 = T : §§ 125 nn. 55. 57 ; 126 nn. 59. 60 ; 240

-- Lat. 8088 = u : §§ 125 n. 55 ; 126 n. 59 ; 165 ; 166 n. 114 ; 189 n. 161 ; 228 n. 22 ; 230 n. 26 ; 233 n. 34 ; App. C nn. 14. 17

-- Lat. 8305 = N : §§ 125 nn. 55. 57 ; 126 nn. 59. 60 ; 165 ; 212 et n. 8 ; 222 n. 17 ; App. C n. 3

-- Lat. 8306 = : §§ 125 n. 55 ; 230 n. 26

-- Lat. 8307 = : §§ 222 n. 16 ; 228 n. 22 ; App. C n. 6

-- Lat. 13026 : App. C n. 23

-- Lat. 13953 : § 233 n. 33

-- n. acqu. Lat. 241 = w : §§ 125 n. 55 ; 167 n. 116 ; 221 n. 14-15 ; 228 n. 22 ; 230 n. 26 ; 232 n. 28 ; 233 n. 36 ; App. C nn. 1. 7. 9. 15. 17. 20,

Roma, B. Ap. Vat.,

-- Pal. Lat. 235 : § 233 n. 33

-- Pal. Lat. 833 : § 70 n. 173

-- Reg. Lat. 74 : §§ 166 n. 114 ; 167 n. 118

-- Reg. Lat. 321 = V : §§ 125 nn. 55. 57 ; 126 nn. 59. 60 ; 211 ; 212 et n. 8 ; 222 ; 230 n. 26

-- Reg. Lat. 348 : App. C n. 5

-- Reg. Lat. 1702 : § 166 n. 115

-- Vat. Lat. 3859 = : §§ 125 n. 55 ; 126 et n. 60 ; 129 n. 64 ; 230 n. 26 ; 233 ; App. C nn. 4. 22. 24

-- Vat. Lat. 3860 = x : §§ 125 n. 55 ; 126 nn. 59. 60 ; 189 n. 161 ; 221 n. 15 ; 222 n. 16 ; 228 n. 22 ; App. C n. 17

-- Vat. Lat. 5821 = : §§ 125 n. 55 ; 126 nn. 59. 60 ; 189 n. 161 ; 222 n. 16 ; 228 n. 22 ; 232 n. 28 ; App. C n. 17

-- Vrb. Lat. 666 : §§ 167 nn. 116. 118 ; 250 n. 109,

Saint-Omer, B. mun., 306 = J : §§ 222 n. 16 ; 230 n. 26

St. Gallen, Stiftsb.,

-- 134 : App. C nn. 5. 15

-- 135 = z : §§ 125 n. 55 ; 164 n. 112 ; 165 ; 221 n. 15 ; 222 n. 16 ; 228 n. 22 ; 232 n. 28

-- 136 = S : §§ 125 nn. 55. 57 ; 126 n. 60 ; 212 n. 8 ; 221 nn. 13. 15 ; 222 n. 16 ; 228 n. 22 ; 230 n. 25 ; 240 ; App. C n. 25,

Trier, Stadtb., 1093 = m : §§ 125 n. 55 ; 126 nn. 59. 60 ; 230 n. 26 ; 233,

Valenciennes, B. mun.,

413 (394) : § 233 n. 34


Index des auteurs anciens et médiévaux

      Auteurs anciens et médiévaux, le cas échéant oeuvres collectives ou anonymes, cités dans l'Intro-duction (renvois aux paragraphes, le cas échéant aux notes). Les références à s. Cyprien et à s. Hippolyte en tant que martyrs (et héros de perist. 13, respectivement 11) et non en tant qu'auteurs ne figurent pas dans cet Index.

Abbon de Fleury (s.) : § 243 et n. 70

Abbon de S.-Germain (s.) : § 244 n. 74

Acta des martyres : §§ 74 ; 78

Adémar de Chabannes : § 244 n. 74

Adon (s.) : §§ 20 n. 50 ; 260 n. 128 ; 261 et n. 129-131

Ælius Stilon : § 44 n. 123

Agobard de Lyon (s.) : § 244 et n. 77

Alcuin (s.) : §§ 214 ; 239 et n. 56

Aldhelm de Malmesbury : § 238 et n. 52

Ambroise (s.) : §§ 6 et n. 20-23 ; 10 ; 12 et n. 33 ; 36 ; 43 n. 120 ; 55 et n. 141 ; 56 ; 62 ; 65 et n. 162 ; 66-67 ; 68-69 ; 72 ; 73 ; 82 ; 96 et n. 253 ; 97 ; 100 et nn. 1. 4 ; 110 ; 122 ; 125 ; 150 ; 155 et n. 101 ; 156 et n. 105 ; 168 n. 121 ; 170 ; 171 n. 179 ; 185 n. 155 ; 186 n. 157 ; 190-191 et n. 163-165 ; 200 ; 229 ; 246 n. 90 ; 252 ; 254 ; 257 ; 264 ; 281 ; 284

Arator : §§ 58 et n. 152 ; 243 n. 71

Aristophane : § 68 n. 167

Aristote : § 121 et n. 41-43

Arius : § 65

Astérius (s.) : § 89 n. 221

Augustin (s.) : §§ 3 n. 7 ; 5 et n. 18 ; 6 n. 22 ; 10 ; 21 n. 54 ; 43 n. 120 ; 55 et n. 142 ; 65 et n. 161 ; 72 et n. 178-179 ; 80 n. 198 ; 89 et n. 221 ; 96 nn. 250. 253 ; 156 n. 105 ; 168 n. 121-122 ; 169 n. 125 ; 171 n. 128 ; 185 n. 155 ; 234 et n. 40 ; 235 n. 41 ; 264 

Ausone : §§ 11 ; 37 ; 52 et n. 135 ; 63 ; 68 n. 167 ; 88 et n. 218 ; 144 n. 89 ; 159 n. 109 ; 197 ; 265 

Avit (s.) : §§ 58 ; 235 et n. 43 ; 243 n. 71,

Basile de Césarée (s.) : § 89 n. 221

Bède le Vénérable (s.) : §§ 20 n. 50 ; 77 et n. 187 ; 238 et n. 53 ; 260 et n. 128 ; 261 et n. 129-131

Bible : §§ 13 ; 41 et n. 113 ; 41 n. 113 ; 42 et n. 119 ; 43 et n. 122 ; 45 et n. 126 ; 50 ; 58-60 ; 65 ; 66 ; 74 et n. 184 ; 79 et n. 193 ; 86 ; 90 ; 91 n. 235 ; 92 n. 238 ; 93 n. 243-244 ; 98 ; 99 nn. 260. 263 ; 102 et n. 5-6 ; 112 ; 159 ; 176 ; 184 ; 232 ; 240 ; 270 et n. 148

Boniface (s.) : § 239 et n. 55

Brun(on) de Cologne (s.) : § 242 et n. 69,

Cantilène de ste Eulalie : § 241 et n. 61

Carmina liturgiques païens : § 44 n. 123

Carmina anti-païens : §§ 11 n. 32 ; 57 et n. 144-146 ; 183 n. 150 ; 197

Carmina triumphalia : §§ 29 n. 79 ; 66 n. 163

Caton : § 156

Centons virgiliens : §§ 51 ; 60 et n. 153 ; cf. Proba

Cicéron : §§ 28 n. 71 ; 39 n. 108 ; 48 n. 133 ; 64 n. 159 ; 171 nn. 129. 131 

Claudien : §§ 11 ; 29 n. 179 ; 36 ; 37 ; 52 et n. 136 ; 105 et n. 12 ; 138 n. 77 ; 197 ; 265 n. 135 ; 281 n. 150 

Clément de Rome (s.) : § 93 et n. 239

Code Théodosien : §§ 104 n. 10 ; 197

Colomban (s.) : § 236 et n. 49

Commodien : §§ 48 et n. 132-134 ; 55 n. 142

Conciles régionaux : §§ 65 n. 162 ; 80 n. 198 ; 168 n. 122

Conrad de Mure : § 248 et n. 101

Cosmas de Prague : § 247 n. 92

Constantin : §§ 96 et n. 251 ; 155 n. 100 ; 185 n. 155

Constantina : § 228 n. 23

Cyprien de Carthage (s.) : §§ 4 nn. 11. 13 ; 75 ; 93 et n. 240 ; 95 et n. 247 ; 118 n. 38 ; 156 n. 105

Cyprien le Gaulois : § 58 et n. 147,

Damase (s.) : §§ 9 ; 12 et n. 33-34 ; 27 n. 64 ; 28 n. 75 ; 43 ; 55 et n. 140 ; 62 ; 71-73 ; 76 ; 77 n. 191 ; 83 et n. 200-201 ; 97 ; 100 et n. 1 ; 106 et n. 13-15 ; 112 n. 22 ; 139 et n. 79-82 ; 145 ; 55 et n. 99-100 ; 181 ; 185 n. 155 ; 186 et n. 156 ; 187 ; 200 ; 228 n. 23 ; 284 

Dante Alighieri : § 249 et n. 105

Démosthène : § 171 n. 129

De dubiis nominibus : § 240 et n. 57

Dungal : § 245 et n. 82,

Eberhard de Brême : § 248 et n. 104

Énée de Paris : § 245 et n. 83

Ennode (s.) : §§ 236 et n. 47 ; 257 ; 258

Euloge de Cordoue (s.) : § 245 et n. 86

Eusèbe de Césarée : § 96 n. 251

Évrard l'Allemand : § 248 et n. 104,

Flodoard de Reims : §§ 245 et n. 80 ; 261 n. 131

Florus de Lyon : § 244 et n. 77

Fulgence de Ruspe (s.) : § 65 n. 161,

Gennade : §§ 1 n. 2 ; 8 et n. 27 ; 18 n. 47 ; 22 et n. 57 ; 48 et n. 134 ; 171 et n. 133 ; 172 ; 220 ; 235 et n. 42

Gerhoch de Reichersberg : § 247 et n. 95

Gottschalk d'Orbais : § 244 et n. 74-75

Grégoire de Nazianze (s.) : §§ 122 n. 44 ; 156 n. 105

Grégoire de Nysse (s.) : § 89 n. 221

Grégoire de Tours (s.) : §§ 20 n. 50 ; 54 n. 139 ; 235 et n. 44-45 ; 261 et n. 131

Guibert de Gembloux (s.) : § 247 n. 92

Guillaume de Malmesbury : § 246,

Hélinand de Froidmont (s.) : § 247 et n. 94

Henri d'Andeli : § 248 et n. 100

Hériger de Lobbes : § 245 et n. 81

Hésiode : § 37

Hilaire (s.) : §§ 50 ; 53 ; 65 et n. 162 ; 66-67 ; 69 

Hildebert de Lavardin : § 247 et n. 96

Hincmar de Rheims : § 244 et n. 75

Hippolyte (s.) : § 4 n. 11

Historia Augusta : § 88 et n. 219

Homère : §§ 46 n. 128 ; 91 et n. 234 ; 266 n. 139

Horace : §§ 12 ; 15 et n. 37-38 ; 40 et n. 110 ; 44 ; 64 n. 159 ; 66 n. 163 ; 124 n. 52 ; 207 n. 2 ; 229 ; 235 n. 41 ; 237 n. 50 ; 290

Hucbald de Saint-Amand : § 245 et n. 85

Hugues de Trimberg : § 247 et n. 97

Humbert de Silvacandida : § 246 n. 88,

Ignace d'Antioche (s.) : § 75

Isidore de Séville (s.) : §§ 237 n. 50-51 ; 243 n. 71 ; 250 n. 110

Ison de Saint-Gall : § 233 et n. 36 ; 241,

Jacques de Voragine : § 260

Jean Chrysostome (s.) : § 156 n. 105

Jean Scot Érigène : §§ 233 et nn. 33. 35 ; 244 et n. 76 ; 246

Jean de Viktring : § 248 et n. 103

Jérôme (s.) : §§ 1 n. 2 ; 13 ; 21 n. 54 ; 41 n. 113 ; 45 n. 126 ; 48 n. 134 ; 55 et n. 143 ; 64 n. 159 ; 88 et n. 218 ; 168 n. 122 ; 172 ; 183 et n. 147 ; 235 ; 264

Juvénal : § 40 n. 112

Juvencus : §§ 50 ; 53 ; 58 et n. 149-150 ; 243 n. 71 ,

Lactance : §§ 50 ; 51 ; 53 ; 54 et n. 137-138 ; 121 n. 42

Liber pontificalis : §§ 89 n. 221 ; (96 n. 250) ; 258 n. 125

Liutprand de Crémone : § 242 n. 69

Livius Andronicus : § 16

Liturgie chrétienne : §§ 43-44 ; 46 ; 64-69 ; 81-82 ; 122 n. 45 ; 144 ; 154 n. 98 ; 253 ; 254-255 et n. 115-120

Loup de Ferrières : §§ 243 n. 72 ; 244

Lucain : §§ 40 n. 112 ; 88 ; 237 n. 50 ; 284

Lucrèce : § 40 n. 112

Lycophron : § 37,

Maccabées (4e livre des) : § 156

Marius Victorinus : § 45 n. 125

Martianus Capella : § 233

Martin de León (s.) : § 247 et n. 99

Martyrologia : §§ 76-77 ; 183 ; 259 ; 260-261 et n. 128-131,

Nævius : § 16

Notker le Bègue : §§ 8 n. 27 ; 242 et n. 68 ; 250 n. 110 ; 261 n. 130-131,

Oracles sibyllins : § 45

Origène : § 93 et n. 241

Ovide : §§ 40 n. 112 ; 44 ; 171 n. 127 ; 237 n. 50 ; 284,

Passiones de martyrs : §§ 78-80 ; 81 ; 95 et n. 249 ; 114 ; 115 n. 33 ; 183 et n. 147 ; 185 et n. 153 ; 236 et n. 48 ; 256 et n. 123 ; 261 ; 281

Paul Diacre : § 240 et n. 57

Paulin de Milan : § 6 n. 23

Paulin de Nole (s.) : §§ 11 et n. 31-32 ; 36 n. 100 ; 53 ; 61-63 et n. 156-157 ; 72 et n. 177 ; 82 ; 197 ; 243 n. 71

Paulin de Périgueux : § 58 n. 152

Perse : § 237 n. 50

Pierre le Chantre : § 247 n. 92

Pierre Damien : § 246 et n. 89

Pierre le Vénérable : § 246 et n. 90

Platon : §§ 125 ; 266 et n. 144 ; 276

Plaute : § 124 n. 52

Pline le Jeune : §§ 43 et n. 120 ; 91 n. 237

Polémius Silvius : §§ 77 ; 155 et n. 102 ; 156 n. 105

Polybe : § 171 n. 128

Polycarpe (s.) : §§ 75 ; 93 et n. 239

Possidius (s.) : § 72 n. 178

Proba : §§ 53 ; 60 et n. 154

Properce : § 40 n. 112

Prudence : passim

Psaumes alphabétiques : §§ 45 et n. 125-126 ; 65 et n. 161,

Quintilien : § 2

Quintus de Smyrne : § 121 n. 42,

Raban Maur : §§ 243 et n. 70-71 ; 244 ; 260 n. 128 ; 261 n. 130

Rathramne de Corbie : § 244 et n. 78

Rémi d'Auxerre : § 233 et n. 34

Rhétorique à Hérennius : § 171 n. 131

Roger Bacon : § 248 et n. 102

Roswitha : § 122 n. 44

Ruotger de Cologne : § 242 n. 68

Rupert de Deutz : § 247 et n. 98

Rutilius Namatianus : § 265 n. 135,

Salomon de Constance : §§ 233 et n. 36 ; 241

Sédulius : §§ 58 ; 243 n. 71

Sénèque : §§ 27 n. 65 ; 40 n. 112 ; 88 ; 143 ; 171 n. 127 ; 253

Servius : § 171 n. 132

Sicard de Crémone : § 247 et n. 93

Sidoine Apollinaire (s.) : §§ 1 n. 2 ; 14 n. 36 ; 235 et n. 41 ; 237 ; 250 n. 110

Sixte iii (s.) : § 72 et n. 177

Stace : §§ 40 n. 112 ; 237 n. 50 ; 240 n. 59

Suétone : § 156

Sulpice-Sévère : §§ 58 n. 152 ; 72 n. 177 ; 168 n. 122 ; 197 ; 234 et n. 38

Symmaque : §§ 6 n. 20 ; 56 ; 246 n. 90 ; 265 et n. 134 ; 281

Symphosius : § 234 et n. 39,

Térence : §§ 48 n. 133 ; 122 n. 44

Tertullien : §§ 43 n. 120 ; 47 et n. 130 ; 91 n. 237 ; 93 et n. 240 ; 99 et n. 265

Théodoret de Cyr : §§ 179 n. 139 ; 197

Théodule : § 245 et n. 84

Théodulphe d'Orléans : § 243 et n. 70

Trajan : § 91 n. 237,

Usuard : § 260 n. 128 ; 261 nn. 129. 131,

Varron : § 156 ; 231 n. 41

Venance Fortunat (s.) : §§ 58 n. 152 ; 235 et n. 46 ; 243 n. 71

Virgile : §§ 12 ; 15 n. 37 ; 30 et n. 82 ; 39 n. 108 ; 40 et n. 111 ; 48 n. 133 ; 54 ; 58 ; 58 n. 149 ; 64 n. 159 ; 108 et n. 17 ; 156 ; 171 n. 127 ; 200 ; 237 n. 50 ; 240 n. 59 ; 248 ; 290 ,

Walafrid Strabon : § 243 et n. 73

Waltharius : § 240 et n. 59

Wandalbert de Prüm : §§ 245 et n. 79 ; 260 n. 128


Index des ouvrages modernes

      Ouvrages des auteurs modernes cités dans l'Introduction (renvois aux paragraphes, le cas échéant aux notes), à l'exception de la Bibliographie où seules les mentions spécifiques dans le texte (Bibl.) ou les notes (Bibl. n.) sont reportées ; la désignation par l'auteur suivie de l'année correspond aux indications de la Bibliographie.

Aldana García & Herrera R. 1997 : § 245 n. 86

Argenio 1973 : § 3 n. 7

van Assendelft 1984 : Bibl. n. 6,

Bardy 1949 : § 3 n. 7

Bastiænsen 1993 : Bibl. n. 1

Bayo 1946 : Bibl.

Beer 1980 : § 210 n. 6 ; Bibl. n. 9

Bergman 1910 : § 206 n. 1 ; Bibl. n. 9

-- 1922 : Bibl. n. 3

-- 1926 (éd.) : §§ 39 ; 207 ; 215 ; 270 n. 148 ; App. C n. 1 ; Bibl.

Bieler 1962 : § 246 n. 91

Bless-Grabher 1978 : §§ 232 n. 27 ; 236 n. 48 ; 256 n. 122-123 ; 258 n. 125 ; 283

Brakman 1920 : § 40 n. 112

Brown 1981 : Bibl. nn. 5. 11

Brozek 1954, 1957-1958 : Bibl. n. 6

-- 1983 : §§ 22 n. 57 ; 171 n. 127

de Bruyne 1969 : § 157 n. 106

Buchheit 1966 : Bibl. n. 5

Burnam 1900, 1905, 1910 : Bibl. n. 10,

Cacitti 1972 : § 3 n. 7 ; Bibl. n. 5

Callu 1981 : § 8 n. 25

-- 1984 : § 88 n. 219

-- 1985 : § 156 n. 104

Cameron 1995 : § 38 n. 106

Carcopino 1956 : § 185 n. 154 ; Bibl. n. 5

Carletti, Guyon & Charlet 1986 : § 89 n. 223

Cerri 1964 : Bibl. n. 5

Charlet 1980a : Bibl. n. 6

-- 1980b : § 11 n. 30

-- 1982 : § 26 n. 62

-- 1983 : § 41 n. 113

-- 1986 : Bibl. n. 6

Colombo 1927 : Bibl. n. 9

Corneille --- : § 255

Costanza 1976, 1977 : § 11 n. 32 ; Bibl. n. 6

-- 1983 : 11 n. 32

Cracco Ruggini 1979 : § 57 n. 145-146

Cunningham 1958 : Bibl. n. 9

-- 1963 : § 169 n. 124 ; 173 ; Bibl.

-- 1966 (éd.) : § 166 n. 113 ; 270 n. 148 ; Bibl.

-- 1976 : § 181 n. 144,

Defferrari & Campbell : Bibl.

Delehaye --- : Bibl. n. 11

-- 1927 : § 169 n. 124-125 ; 173

-- 1934 : § 77 n. 188 ; 260 n. 128

Dexel 1907 : § 40 n. 111

Diaz y Diaz 1975 : § 259 n. 127

Dölger 1932 : § 102 n. 5

Doepp 1986 : § 8 n. 25

-- 1988 : Bibl. n. 6

Dolbeau 1977 : § 245 n. 85

Dubois 1965, 1976, 1984 : § 260 n. 128 ; Bibl. n. 10,

Eggenberger 1986, 2000 : § 210 n. 6 ; Bibl. n. 9

Erasmvs --- : §§ 249 et n. 106-108 ; 251

Ermini 1914 : Bibl.

Ernesti 1998 : § 190 n. 154

Evenpoel 1982 : § 40 n. 112

-- 1996 : § 99 n. 262,

Ferrua 1942 : § 185 n. 154

-- 1979 : § 185 n. 154

Fontaine 1964b : §§ 31 n. 83 ; 145 n. 93 ; Bibl. n. 5

-- 1970b : Bibl. n. 6

-- 1972 : Bibl. n. 5

-- 1975, 1976 : § 281 ; Bibl. n. 6

-- 1981 : §§ 15 n. 39 ; 17 n. 46 ; 43 n. 121 ; 48 n. 131 ; 54 n. 137 ; 57 n. 146 ; 58 n. 152 ; 60 n. 153 ; 61 n. 155 ; 63 n. 157-158 ; 65 n. 160 ; 66 et n. 164 ; 68 n. 167 ; 70 n. 173 ; 121 n. 42 ; 149 n. 96 ; 281 ; Bibl. n. 6

Fontanier 1986 ; 1987 : Bibl. n. 5

Franchi de' Cavalieri --- : Bibl. n. 11

Frend 1965 : Bibl. n. 5

Frutaz 1960 : §§ 86 nn. 210. 212 ; 87 nn. 214. 217 ; 283

Fuchs 1938 : Bibl. n. 5,

de Gaiffier --- : Bibl. n. 11

-- 1937 : § 260 n. 128

Gelsomino 1973 : § 249 n. 105

Giovini 1998 : § 242 n. 69

-- 2000 : § 240 n. 57

Gnilka 1975 : Bibl. n. 9

-- 1990 : § 40 n. 112

-- 1994 : § 3 n. 7

Gomez Pallares 1996 : § 12 n. 34

Grasso 1972 : § 41 n. 113

Guerreiro 1992 : § 259 n. 127 ; Bibl. n. 11

Guyon 1987 : § 96 n. 250 ; 155 n. 100,

Hanley 1962 : § 40 n. 112

Harries 1984 : § 9 n. 28

Henderson 1983/1990 : Bibl. ; Bibl. n. 6

Henriksson 1956 : § 171 n. 127

Herzog 1966 : Bibl. n. 6

-- 1989 : §§ 95 n. 249 ; 183 n. 148

Hoppenbrouwers 1961 : Bibl. n. 7,

Jannaccone 1948 : §§ 207 n. 2 ; 212 n. 8 ; Bibl. n. 9  ,

Kah 1990 : § 3 n. 7 ; 281 ; Bibl. n. 5

Katscher 1973 : § 240 n. 59

von Kennel 1975 : Bibl.

Klein 1986 : 3 n. 7 ; Bibl. n. 5

Kudlien 1962 : § 41 n. 116,

de Labriolle 1920 : Bibl. n. 6

Lana 1962 : §§ 2 n. 3 ; 4 n. 13 ; 5 n. 17 ; 9 n. 28 ; 100 n. 1 ; 131 n. 67 ; Bibl. nn. 3. 4. 6

Lavarenne 1933 : §§ 38 ; 280 ; Bibl. ; Bibl. nn. 3. 7

-- 1949 : Bibl. n. 9

-- 1943-1951 (éd.) : §§ 247 n. 97 ; 248 n. 100 ; 254 n. 115 ; 264 et n. 133 ; Bibl.

Lazzati 1941-1942 : Bibl. n. 9

-- 1956 : Bibl. n. 6

Lease 1895 : § 124 n. 52 ; Bibl. n. 7

Leclercq 1907 : § 89 nn. 221. 225

Liébana Pérez 1981-1983 : § 233 n. 36 ; Bibl. n. 10

Lo Porto 1957 : § 1 n. 2

Longosz 1997 : § 122 n. 45

Ludwig 1977 : § 282 ; Bibl. n. 6

Luque Moreno 1978 : Bibl. n. 7,

Magazzù 1977 : Bibl. n. 1

Mahoney 1936 : § 40 n. 111

Malamud 1989 : §§ 38 n. 106 ; 281 ; Bibl. ; Bibl. n. 6

-- 1990 : Bibl. n. 6

Marchesi 1917 : Bibl.

Merkle 1896 : § 234 nn. 38. 40

Messenger 1962 : Bibl. n. 4

Micaelli 1984 : Bibl. n. 5

Mohrmann 1958-1977 : Bibl. n. 7

Momigliano 1963 : Bibl. n. 5,

Nestori 1975 : §§ 87 n. 215 ; 89 n. 224 ; 90 et n. 232

Norberg 1967 : Bibl. n. 6,

Opelt 1965 : Bibl. n. 7

-- 1967 : Bibl.

-- 1970 : § 40 n. 110

-- (DECA) : §§ 48 n. 131 ; 57 n. 145

Orselli 1965 : Bibl. nn. 5. 11

Ortega & Rodriguez 1981 : §§ 2 n. 3 ; 215 ; 232 n. 27 ; 234 n. 37 ; 241 n. 60 ; 245 n. 84 ; 246 n. 87 ; 249 n. 106 ; 251 n. 112 ; 254 n. 115 ; Bibl. n. 3 ,

Padovese 1980 : Bibl. n. 5

Palmer 1989 : §§ 5 n. 18 ; 40 n. 112 ; 44 n. 124 ; 281 ; Bibl. ; Bibl. n. 1

Paratore 1985 : Bibl. n. 6

Paronetto 1957 : Bibl.

Paschoud 1967 : §§ 3 n. 7 ; 138 n. 77

Peebles 1951 : Bibl. n. 3

Péguy --- : § 255

Pellegrino 1960-1961 : Bibl.

Pelosi 1940 : Bibl. n. 9

Perler 1951 : § 70 n. 173

Petruccione 1985 : Bibl.

-- 1995 : § 32 n. 91

Petrvs 1540 : § 251

Pietri 1961 : Bibl. n. 5

-- 1976 : § 145 n. 93 ; Bibl. n. 5

Poinsotte 1982 : §§ 11 n. 32 ; 57 n. 144

Puech 1888 : § 280 ; Bibl. nn. 3. 6,

Racine --- : § 255

Rand 1920 : § 233 n. 34

Rapisarda C. 1948 : § 41 n. 113

Rapisarda E. 1950 : § 40 n. 112 

-- 1963 : Bibl. n. 5

Recanatini 1991 : §§ 26 n. 62 ; 149 n. 96 ; 282 n. 151 ; Bibl. n. 9

Richard 1969 : § 40 n. 111 ; Bibl.

Riposati 1979 : Bibl.

Roberts 1989 : §§ 88 n. 220 ; 89 n. 222 ; 265 et n. 136 ; 281 ; Bibl. n. 6

-- 1993 : 281 ; Bibl. ; Bibl. nn. 1. 6

Rodriguez-Herrera 1936 : Bibl. n. 5

Rösler 1886 : § 232 n. 27 ; Bibl. n. 5

Ross 1990 : § 142 n. 86

de Rossi 1881 ; 1882 : Bibl.

Ruinart --- : § 261,

Sabattini --- : Bibl. n. 11

Saggiorato 1968 : § 90 nn. 226-228. 231

Salvatore 1959 : § 40 n. 112

Sanford 1936 : § 252 ; Bibl. n. 6

Saxer 1980 : §§ 80 n. 198 ; 94 n. 246 ; 96 n. 250

Schanz 1914 : Bibl. n. 6

Schetter 1986 : § 166 n. 113

Schmid 1953 : Bibl. n. 9

Schwen 1937 : § 40 n. 111

Seng 2000 : §§ 26 n. 62 ; 149 n. 96 ; 282 n. 151 ; Bibl. n. 7

Shackleton Bailey 1952 : § 40 n. 112

Shanzer 1989 : § 8 n. 25

Sichardvs 1527 : §§ 125 et n. 58 ; 251

Silvestre 1956 : §§ 233 n. 33 ; 244 n. 76 ; Bibl. n. 10

-- 1957a : §§ 232 n. 29 ; 233 nn. 31-33. 35 ; 241 n. 65 ; Bibl. n. 10

-- 1957b : Bibl. n. 9

Sixt 1892 : § 40 n. 112

Steinmeyer 1872/1873 : Bibl. n. 10

Steinmeyer & Sievers 1882 : § 232 n. 28

Stettiner 1895 : § 210 n. 6 ; Bibl. n. 9

Strzelecki 1935 : § 40 n. 110 ; Bibl. n. 7,

Thraede 1965 : § 142 n. 86 ; Bibl. nn. 6. 7

Toohey 1991 : §§ 26 n. 62 ; 149 n. 96 ; 282 n. 151 ; Bibl. n. 9

Torro 1976 : Bibl. n. 5

Torti 1970 : Bibl. n. 5,

van Uytfanghe 1992 : § 266 n. 144 ; Bibl. n. 5

Valmaggi 1893 : § 40 n. 112,

Ward 1993 : § 240 n. 59

Wieland 1983 : Bibl. n. 10

-- 1994 : Bibl. n. 9

Wilson 1995 : Bibl. n. 6

Winstedt 1903 : §§ 208 ; 232 nn. 27. 30 ; Bibl. n. 9

-- 1904 : § 210 n. 6 ; Bibl. n. 9

Witke 1968, 1971 : Bibl. n. 6

Wölflin --- : § 250 et n. 111

Woodruff 1930 : Bibl. n. 9

Wytzes 1977 : Bibl. n. 5,

Zanchi Roppo 1969 : §§ 86 n. 207-213 ; 155 n. 103

Zehnacker & Fredouille 1993 : § 122 n. 45 ; Bibl. n. 6


IIe Partie : Commentaire

      Note liminaire

      Dans le Commentaire, les citations, les renvois internes et références biblio-graphiques, les abréviations et l'orthographe suivent les conventions utilisées dans l'Introduction générale, comme indiqué dans la note de la p. 4.

      Dans les Notices de chaque poème est donnée une bibliographie sommaire relative au poème et au martyr, avec les références hagiographiques fondamentales :


Peristephanon 2
Première Passion : Passion du bienheureux martyr Laurent (Passio Laurentii beatissimi martyris)

      Consacré à saint Laurent, perist. 2 est le seul poème où Prudence se nomme (v. 582) ; il devait ouvrir les sept Passions, et perist. 5, consacré à saint Vincent, le clore (cf. Introd. § 158-160). Ces diacres martyrs renvoient au Protomartyr Étienne (cf. vv. 369-372 et le titre Peristephanon ; cf. § 21) - mais c'est son pendant romain qu'exalte Prudence : pour lui, Rome a comme pris la place de Jérusalem ; le peuple élu, dont la conversion parachève un office universel, n'est pas celui des Juifs (N.T. Rom. 11, 25-32), mais celui de l'Vrbs (perist. 2, 416-444). Perist. 2 (proche à cet égard de la per-spective providentialiste du Contre Symmaque) est le seul poème du recueil à se placer sur le plan de l'histoire du salut, dépassant la description des faits (à la différence de perist. 5) 633 . Perist. 2 est, avec perist. 14, l'un des plus anciens poèmes du recueil (cf. §§ 100-104. 108) ; l'un et l'autre évoquent une sainteté accessible non seulement par le martyre, mais aussi par l'ascèse (pauvreté, virginité consacrée) et font du martyr un triomphateur (sur le monde et le démon) et un protecteur des Romains 634 .


Le martyr 635 

      

      Laurent, martyrisé sous Valérien, le 10 août 258 636  (trois jours après le pape Sixte II et d'autres membres du clergé romain) 637 , est enterré sur la voie Tiburtine.

      Tradition hagiographique et liturgique

      Prudence reprend la version ambrosienne 638  de la passion de saint Laurent, avec les épisodes de l'entrevue avec Sixte II, de la présentation des pauvres, et du gril. Cette version, transmise dans un récit en prose, aura une postérité remarquable ; tous les épisodes (sauf l'entrevue avec Sixte) se retrouvent p.ex. chez saint Augustin 639 . Comme pour sainte Agnès, Prudence semble ne pas connaître l'inscription damasienne (carm. 33). Léon le Grand (serm. 85) prolongera la tradition qui fait état d'une succession de supplices avant celui du feu et compare le martyr à saint Étienne.

      La tradition hagiographique s'enrichira de développements romanesques (p.ex. chez le poète Marbod de Rennes : xie - xiie s.) ou de récits de miracles (cf. Greg. Tvr. glor. mart. 42 où est cité Venance Fortunat et dont s'inspirera Flodoard au xe s.) 640 . Notker le Bègue et Adam de Saint-Victor ont composé des séquences en l'honneur de saint Laurent 641 . Perist. 2 fut utilisé dans la liturgie mozarabe 642 . En outre, on trouve des allusions ou des emprunts à perist. 2 p.ex. chez Walafrid Strabon (ixe s.), Dungal (ixe s.), Rupert de Deutz (xie - xiie s.), Sicard de Crémone (xiie - xiiie s.) 643 .

      Témoignages archéologiques et artistiques du culte

      Une basilique Saint-Laurent, édifiée par Constantin, communiquait avec les cata-combes par des escaliers à sens unique. Pélage II (579-590) en construisit une, plus petite, au-dessus de la tombe, où il plaça les reliques de saint Étienne, amenées de Byzance ; Honorius III (1216-1227) édifia la basilique actuelle en prolongement de la deuxième (transformée en presbyterium abritant la tombe vénérée, dans une crypte). À Rome, il y a aussi S.-Laurent-in-Panisperna (lieu du martyre), S.-Laurent-in-Damaso (intra muros : cf. Introd. § 84) et, au Latran, le Sancta Sanctorum : S.-Laurent-in-Palatio 644 .

      Le culte de saint Laurent, nommé au canon de la messe, est universel. Le martyr est souvent représenté dans des catacombes 645 , en mosaïques (basilique de Pélage II ; mausolée de Galla Placidia à Ravenne) et sur des verres dorés. Son attribut est le gril.

      Bibliographie : cf. Fontaine 1992, p. 559 [de Montgolfier, Nauroy] ; Nauroy 1989, Boscaglia 1938, Courcelle 1948, Leclercq 1925a et 1929, Franchi de' Cavalieri 1895. Cf. DECA 1414-1415 (Saxer, Marinone) ; BSS 8, 108-130 (Carletti, Celetti) ; AA. SS. 36 (août t. 2), 485-532 ; BHL 708-712, suppl. 518-521 ; Fros p. 355-356 ; BHG 2, 51-52, app. 113 ; MHier 431-432 ; MRom (299-300). 331-332.


Le poème

      

      Résumé

      Après une évocation de l'ultime triomphe de Rome, remporté par Laurent (v. 1-20) dont le martyre avait été prophétisé par Sixte II (v. 21-32), et après un exorde (v. 33-36), sont présentés les adversaires : l'archidiacre (v. 37-44) et le préfet (v. 45-52). Celui-ci demande à Laurent l'or de l'Église (v. 53-108), ce qu'il fait mine d'accepter (v. 109-140) ; il rassemble les pauvres (v. 141-164), qu'il présente au préfet (v. 165-184), avant de lui expliquer sa mise en scène (v. 185-312) ; furieux (v. 313-328), le juge décide de le faire mourir à petit feu (v. 329-360). Le visage du martyr apparaît illuminé aux seuls baptisés (v. 361-396). Après un sarcasme (v. 397-409), il prie pour la conversion de Rome, l'exorcise et fait une prophétie (v. 410-484), puis il meurt (v. 485-488). Sa prière commence tout de suite à être exaucée : peu à peu, les Romains entrent dans l'Église (v. 489-528). Prudence demande au martyr d'avoir part aux faveurs qu'il leur accorde (v. 529-584).

      Dynamique et thématique du récit

      Poème à épisodes (comme perist. 5 et 10), perist. 2 confronte deux personnages prêts à aller jusqu'au bout : le diacre veut le martyre ou la conversion du préfet (et de Rome) ; ce dernier veut l'or ou le châtiment exemplaire du chrétien. Au long du récit s'opèrent des retournements, suite à des malentendus. Ces quiproquos ne sont pas qu'un ressort narratif (cf. § 28) : ils découlent du problème de la nature du véritable or, question qui en pose deux autres : celles de la perception de la réalité d'une part, et d'autre part celle des vraies 'valeurs'. Par ses éléments de satire de la classe séna-toriale (paganisme, luxe) et avec la mention de la conversion de sénateurs, perist. 2 renvoie à l'époque voire à l'expérience de Prudence. L'archidiacre Laurent, qui durant le supplice a exorcisé Rome du roi des dieux-démons, Jupiter, est l'origine d'un pro-cessus de conversion de la tête de l'Empire 646 , qui s'achève avec les mesures prises par Honorius en 399. Dans ce processus de Rome, les sénateurs jouent le même rôle d'alpha et d'omega : certains furent les premiers à se convertir, et d'autres, les Symmaque du temps de Prudence, seront les derniers à le faire, parachevant le tout.

      Bibliographie : cf. Shanzer 1986, MacCarthy 1982, Thraede 1973, Cameron 1968, Kudlien 1962, Kranz 1961, Lavarenne 1949 ; sur l'idéologie, cf. Buchheit 1966/1971 et 1986, Fuchs 1938.

      Mots rares (seules occurrences chez Prudence) : monstruosis (v. 7), turbulentis (v. 13), Cossi (v. 14), Sixtus (v. 22), discessu (v. 25), dolenter (v. 26), præcedo (v. 27), prænuntiatrix (v. 30 ; ->), clauibus (v. 43), exactor (v. 48), conqueri (v. 57), cereos (v. 72), prædia (v. 77), occuluntur (v. 81), deprome (v. 85), exaggeratos (v. 87), nomisma (v. 96), obtemperanter (v. 112), plurimum adv. (v. 115), uulgabo (v. 123), flagito (v. 125), indutiarum (v. 126), paululum (v. 126), promissionis (v. 128), calculanda (v. 131), subnotanda (v. 132), summula (v. 132), semipes (v. 150 ; ->), promus (v. 160), uiritim (v. 162), poenalis et excudit (v. 192), insolescat (v. 208), robustior (v. 210), optio (v. 217), lepra (v. 230), claudicat (v. 231), aduncis (v. 243), mendicat (v. 248), strumas (v. 258), purulenta (v. 259), malignitatum (v. 260), contemptor (v. 262), despicis (v. 264), interim (v. 274), facultas et suppetat (v. 277), mucculentis (v. 282), leprosum et putidum (v. 286), proxime (v. 294), furcifer (v. 317), scurra (v. 320), concinna et urbanitas (v. 321), egon (v. 323), acroma et festiuum (v. 324), austeritas (v. 325), lenitas (v. 328), persuasionis (v. 332), compendiosus (v. 335), inextricabilis (v. 339), semustulati (v. 348), mysteriarches (v. 350 ; ->), decumbe (v. 354), adfatu (v. 400), experimentum (v. 407), assum (v. 408), ludibundus (v. 409), congemiscens (v. 411), Quirinali (v. 419), confoederantur (v. 437), symbolum (v. 438), aduertat (v. 441), Troicus (v. 445), Sterculum (v. 449), absterge (v. 453), recludit (v. 463), exterminat (v. 469), exturbat (v. 470), ualuas (v. 478), nefasta (v. 479), obdens (v. 480), adlectus (v. 554), municeps (v. 554), consequi (v. 580) - et Prudentium (v. 582).

      Mètre : 584 dimètres iambiques, répartis en 146 quatrains 647 .

      Schéma métrique :

      Parmi les substitutions : celle de l'anapeste au spondée du 1er ou même du 3e pied 648 .


Commentaire

      Passio Laurentii beatissimi martyris : cf. Introd., App. C, p. 133-134.

      1-20 : dans un crescendo, l'adversaire est désigné comme une pratique (v. 4 ritum... barbarum), un objet (v. 7 monstruosis idolis) et une personne (v. 12 spurcum Iouem) ; la victoire du martyr, définie en termes de soumission (vv. 4 triumphas ; 8 imponis... iugum ; 12 domaret), devient une destruction de la mort (v. 19). Lexique et thèmes rapprochent ces vv. d'Ambr. hymn. 10 (martyrs passés de la militia Cæsaris à la militia Christi ; -> 5, 117) ; cf. Buchheit 1986.

      

      
Ambr. hymn. 10 Prvd. perist. 2
20. 22 pro Christo pati... Christi milites 2-3 Christo dedita | Laurentio uictrix duce
21-22 non tela quærunt ferrea, | non arma Christi milites 13-14 non turbulentis uiribus | Cossi, Camilli aut Cæsaris
23-25 munitus armis ambulat | ueram fidem qui possidet. | scutum uiro sua est fides. 17 armata pugnauit fides
26 mors triumphus 19 morte mortem diruit

      

      Sur ce passage, cf. aussi Thraede 1973 ; perist. 4, 45-48 s'en inspire (cf. Introd. § 108).

      1-8 : comme aux vv. 13-16, confrontation de 2 aspects de la suprématie (en 2 temps de l'histoire) : gloire militaire (contre l'orgueil des rois, vv. 1. 5-6) et spirituelle (contre la barbarie païenne, vv. 2-4. 7-8). La personnification de Rome est rare chez Prudence (c. Symm. 2, 441-442 subdita Christo seruit Roma Deo | cultus exosa priores) ; sa connotation païenne fait réagir p.ex. s. Augustin (serm. 81, 8 Romam enim quid est nisi Romani ? ; cf. ici v. 433-434).

      
1-4 Antiqua fanorum parens,
iam Roma Christo dedita,
Laurentio uictrix duce
ritum triumphas barbarum.
Ancienne mère des temples, désormais offerte au Christ, Rome, victorieuse sous la conduite de Laurent, tu triomphes du culte barbare.

      

      1-2 : vv. parallèles, Christo répond à fanorum, dedita à parens. L'opposition entre passé (antiqua) et présent (iam) évoque discrètement le thème de Roma renascens (cf. c. Symm. 2, 655-665).

      1 : l'antique paganisme est caduc (cf. v. 496 nugas pristinas ; perist. 5, 24 ; c. Symm. 1, 7-8. 39). Prudence a une vision 'progressiste' de l'histoire (cf. c. Symm. 2, 277-369), s'opposant à Symmaque qui invoque le mos maiorum. fanorum parens : quasiment 'créatrice de divinités', Rome est vue comme le berceau du paganisme (fanum ; de même, fanaticus, perist. 10, 1061).

      2 : Prudence sait qu'à Rome, la victoire du christianisme est acquise ; cf. Pavl. Nol. carm. 19, 63 tota pio Christi censetur nomine Roma. Roma : Rome est aussi interpellée en perist. 9, 3 ; 10, 167 ; præf. 41 ; cath. 12, 202. Christo dedita : cf. ham. 551 alieno et dedita regno. La capitulation de la Rome païenne est comme une victoire militaire (v. suiv. uictrix) pour la ville.

      : Laurentio : -> 14, 1. uictrix : cf. Liv. 5, 40, 1 urbis... omnibus bellis uictricis ; Cic. Phil. 13, 7 ; motif repris par uiceras au v. 5. duce : titre militaire (et impérial : -> v. 47) donné au défenseur de la cité, qui, dans la Rome céleste, est orné de la couronne civique (v. 556), d'une toga picta (v. 557-558) et revêtu d'un consulat perpétuel (v. 560) ; l'archidiacre (v. 37-40) mène la ville au triomphe, mais ses souverains restent les Apôtres (v. 457-460). D'autres martyrs, ministres ordonnés et pasteurs, sont appelés dux (cf. perist. 10, 62 ; 11, 37 ; 13, 46).

      4 : les motifs religieux (ritum) et militaire (triumphas) sont unis autour d'un terme politique et éthique (barbarum : 'barbare' et 'grossier'). Prudence tend à identifier chrétienté, romanité et humanité, cf. c. Symm. 2, 816-819 tantum distant Romana et barbara, quantum | quadrupes abiuncta est bipedi, uel muta loquenti. | tantum etiam, qui rite Dei præcepta sequuntur, | cultibus a stolidis et eorum erroribus absunt. Tels les barbares, les païens menacent l'Empire en résistant à ses progrès civilisateurs. Au v. 382, les barbari sont les Égyptiens poursuivant les Hébreux. ritum : par synecdoque, l'ensemble d'une religion ; cf. perist. 1, 98 lupino capta ritu ; 5, 26 rudemque ritum spernite. triumphas : ce n'est pas le martyr (-> 14, 52), mais Rome qui triomphe.

      5-12 : passage d'inspiration virgilienne imité en perist. 4, 45-48 (cf. Introd. § 108).

      
5-8 Reges superbos uiceras
populosque frenis presseras ;
nunc monstruosis idolis
imponis imperii iugum.
Tu avais vaincu les rois orgueilleux et avais contenu les peuples par tes freins ; maintenant, c'est aux idoles monstrueuses que tu imposes le joug de ton empire.

      

      5-6 : vv. parallèles, cf. la position (avec rime) de uiceras et de presseras. La conversion de Rome est une révolution (v. 5 ; cf. Verg. Æn. 6, 817-818 Tarquinios reges animamque superbam | ultoris Bruti fascesque...receptos ; 6, 853) et une conquête (v. 6 ; cf. Verg. Æn. 6, 756-859, en part. 851-853 tu regere imperio populos, Romane, memento | - hæ tibi erunt artes -, pacique imponere morem, | parcere subiectos et debellare superbos ; cf. aussi 1, 522-523 o, regina, nouam cui condere Iuppiter urbem | iustitiaque dedit gentes frenare superbas), toutes deux civilisatrices. Cette idéologie classique (cf. p.ex. Octavia 676-682 ubi Romani uis est populi, | fregit claros quæ sæpe duces | dedit inuictæ leges patriæ, | ... | iussit bellum pacemque, feras | gentes domuit, | captos reges carcere clausit ?), christianisée, est réaffirmée dans le Contre Symmaque ; cependant, l'idée de pérennité de Rome (c. Symm. 1, 541-542 nec metas statuit nec tempora ponit, | imperium sine fine docet, qui reprend Verg. Æn. 1, 278-279) n'apparaît pas en perist. 2, où l'éternité véritable de Rome est au Ciel (v. 553-560).

      5 : reges superbos : même début de v. en psych. præf. 27 ; cf. aussi v. 65 (->).

      6 : de l'idéologie virgilienne, Prudence retient moins la clémence que l'hégémonie romaine (cf. c. Symm. 2, 638-640 excellentia Romæ, | quæ motus uarios simul et dicione coercet | et terrore premit), instrument d'une fin qui la dépasse : l'unification de l'humanité (v. 416-432). frenis presseras : de même, Ov. met. 4, 24 ; Sen. Phædr. 1075. Premere désigne une emprise forcée, sinon violente (-> 14, 113) ; cf. c. Symm. 2, 500 (image du frein pour la soumission à Rome).

      7 nunc : cf. v. 484 (où nunc... idola répond à nunc... idolis ici), moment proche de celui de la réouverture des temples comme monuments artistiques, mesure consacrant le triomphe du christianisme. monstruosis idolis : cf. v. 451 tot monstra deum ; reprise ironique de Verg. Æn. 8, 699 omnigenumque deum monstra (critique ne visant pas que le paganisme égyptien, mais tout paganisme ; v. cité chez Avg. conf. 8, 2, 3 ; cf. Lact. inst. 1, 20, 36). Sur idolis, -> v. 484.

      8 imponis... iugum : de même, Ov. epist. 9, 6 ; Sen. epist. 80, 50 (cf. Thraede 1973, p. 326 n. 17). Prudence file sa métaphore, passant de l'image du frein (v. préc.) à celle du joug, aussi applicable à des chevaux (-> 11, 89-90) ; cf. perist. 4, 47-48 gentes domitas coegit | ad iuga Christi ; cath. 12, 160. imperii : ce mot-clef du passage où est annoncée la grandeur de Rome (Verg. Æn. 6, 756-859) désigne ici son empire en tant qu'État 'universel'.

      

      
9-12 Hæc sola derat gloria
Vrbis togatæ insignibus,
feritate capta gentium
domaret ut spurcum Iouem,
Cette gloire seulement manquait aux titres de la Ville en toge : après avoir capturé la sauvagerie des gentils, de dompter l'immonde Jupiter, ...

      

      9 : derat : leçon de la plupart des mss, préférable à deerat (cf. Lavarenne § 9). gloria : le prestige propre à Rome - ni la vaine gloire du monde (cf. v. 201), ni seulement celle du martyr (vv. 30. 370 ; -> 14, 9) qui rejaillit sur sa cité (de même, au début de perist. 13 et perist. 1, 4-6 ; 3, 6-10 ; 4, 33. 59-60. 99 ; 6, 1-3).

      10 : Vrbis togatæ : de même, perist. 12, 56 ; cf. vv. 46 Vrbi regiæ ; 310. 412 Vrbem Romulam ; Verg. Æn. 1, 282 Romanos, rerum dominos gentemque togatam (imité en c. Symm. 1, 35). Parfois, urbs seul suffit à désigner Rome (-> v. 141). La toge, symbole de romanité (v. 419 Quirinali togæ), est entre autres (-> 12, 56) le vêtement du temps de paix (Cic. Pis. 73 pacis est insigne et oti toga). Critiquée en perist. 10, 142-145, elle est prisée ailleurs (c. Symm. 1, 8. 538. 546. 623) : marque de civilisation (c. Symm. 2, 696-699) voire d'excellence (perist. 4, 75-76).

      11 : abl. absolu (capta n'est pas un nomin., contrairement à ce que laisse entendre la traduction de Lavarenne). gentium : les païens (cf. perist. 4, 47 ; 5, 15 ; 12, 24), appelés aussi nationes (perist. 10, 372), ethnici, impii (-> v. 377), paganus (perist. 10, 1009), pago deditus (perist. 10, 296).

      12 : domaret : désigne parfois la domination de Rome (-> v. 424), utilisé à propos de lutte contre le démon (perist. 4, 103-104 horrendum didicit domare | uiribus hostem ; cath. 3, 152), en part. l'exorcisme (perist. 1, 97 ; 10, 24). Ici, Jupiter est à la fois un démon (-> 5, 78-92) et un hostis (cf. c. Symm. 1, 455 ; 2, 609. 749). spurcum Iouem : cf. c. Symm. 1, 60 Iuppiter incesta spurcauit labe Lacænas. Spurcus peut prendre un sens moral (v. 248) ou esthétique, qualifiant les démons (perist. 1, 106) ou les dieux (perist. 13, 37), dont Jupiter est le chef emblématique (-> 13, 93). Prudence adapte l'idéologie romaine de Virgile (Æn. 1, 522-523 nouam cui condere Iuppiter urbem | iustitiaque dedit gentes frenare superbas), mais s'y oppose aussi, puisque le Christ est substitué à Jupiter, assimilé aux monstruosa idola (v. 7-8) barbares.

      

      
13-16 non turbulentis uiribus
Cossi, Camilli aut Cæsaris,
sed martyris Laurentii
non incruento proelio.
non pas grâce aux forces tumultueuses de Cossus, de Camille ou de César, mais par celles du martyr Laurent, dans un combat d'où le sang ne fut pas absent.

      

      13 : les figures du patriotisme romain sont amoindries au profit du héros chrétien (cf. v. 501-502 sic dimicans Laurentius | non ense præcinxit latus). uiribus : relatif aux généraux (v. suiv.), uiribus désigne leurs armées ou la force des armes ; relatif au martyr (v. 15), sa propre vigueur.

      14 : série allitérante ; ces figures historiques (nommées resp. aux vv. 825, 841 et 834 du chant 6 de l'Énéide) incarnent la Rome conquérante. Cossi : A. Cornélius Cossus, consul en 428, a battu les Véiens, détruit leur cité et ramené leurs dépouilles opimes, remportées sur le roi Lars Tolumius lors d'un combat singulier (Liv. 4, 19, 1-6). Un autre Cossus, dictateur en 385, a triomphé des Volsques (Liv. 6, 11, 10-13). Camilli : M. Furius Camillus, réorganisateur de l'armée, remporta 2 triomphes (396 et 389) et devint un personnage de légende, appelé parens patriæ conditorque alter Vrbis en Liv. 7, 1, 10. Prudence loue sa valeur militaire en c. Symm. 2, 721-725 (analogie avec la victoire d'Honorius sur les Goths) et le cite dans une autre liste de guerriers illustres : Fabricios, Curios, hinc Drusos, inde Camillos (c. Symm. 2, 558). Cæsaris : probablement Jules César (cf. Verg. Æn. 6, 789-792), à la fois conquérant et fauteur de guerre civile ; une mention d'Auguste (cf. Buchheit 1971, p. 465) est improbable (même si Prudence reconnaît son rôle, c. Symm. 2, 430-435), car il évoque ici surtout une manière de se battre, distincte de celle du martyr. Ailleurs, Cæsar est un titre impérial (-> v. 95).

      15 : Prudence romp la symétrie, en ne qualifiant pas les uires mises en oeuvre par s. Laurent (cf. v. 13 turbulentis), mais en donnant un titre à ce dernier (martyr : -> v. 169).

      16-17 : thème de la 'victoire sans combat' (cf. Heim 1974) : cf. Ambr. in psalm. 43, 9, 2 uictorias pietatis eius enumerat, quæ non in brachio neque in gladio suo feras expulit gentes (cf. v. 11 feritate... gentium), et non certamine bellico turmas fugauit hostiles, sed mansuetudine ac fide terras inimicorum sine ullo cruore (cf. v. 16) possedit ; fides enim sola pugnauit (cf. v. 17), et ideo triumphos (cf. v. 4) meruit... non ergo pugnauit militaribus armis et ferreis telis populus Ecclesiæ... nos pugnamus in spiritu.

      16 : cf. Liv. 2, 56, 15 haud incruento proelio. Spirituel, le combat du martyr n'est pas qu'une métaphore, mais revêt une valeur symbolique (v. 17-20) et quasi sacramentelle (ici), au moyen de la parole et, arme suprême, de son sang ; cf. v. 470 te [= Iouem] sanguis exturbat Petri. non incruento : insistance sur la réalité de l'effusion de sang, sans qu'il soit dit de quel sang il s'agit (cf. ensuite v. 18 proprii cruoris prodiga). Dans l'anthropologie biblique, le sang est le siège de la vie ; le martyre est à la fois don de sa vie et baptême sanglant - Prudence croit devoir expliquer que l'on peut être martyr par noyade (perist. 7, 16-20) ; celui qui survit à ses blessures n'est pas 'martyr', mais 'confesseur' (cf. perist. 4, 182-184 quibus incruentum | ferre prouenit decus ex secundo | laudis agone). proelio : ici et v. 506, seuls ex. de ce nom dans le recueil.

      

      
17-20 Armata pugnauit Fides
proprii cruoris prodiga ;
nam morte mortem diruit
ac semet impendit sibi.
En armes, la Foi a mené le combat, prodigue de son propre sang ; en effet, elle détruisit la mort par la mort, et fit pour elle la dépense d'elle-même.

      

      17 : cf. N.T. Eph. 6, 16 in omnibus sumentes scutum fidei, in quo possitis omnia tela nequissimi ignea extinguere ; I Ioh. 5, 4 hæc est uictoria, quæ uincit mundum, fides nostra. Ce quatrain donne une clef de lecture des faits relatés ; cf. perist. 1, 43-45, en part. 43 liberam succincta ferro pestis urgebat Fidem. armata : marque de puissance et d'efficience ; cf. c. Symm. 2, 179 Lex armata sedet, sed nescit crimen opertum (ironique). La Foi a pour armes le martyr, qui l'incarne (v. 18-20), et la persécution, retournée contre le démon (v. 501-508). Cf. psych. 25-26 nec telis meminit nec tegmine cingi, | pectore sed fidens ualido membrisque retectis (duel entre Foi et Idolâtrie). Ici, on a peut-être un contraste entre armata... Fides et, au v. 10, Vrbis togatæ (cf. Liv. 4, 10, 8 æquauit... consul togatus armati gloriam collegæ). pugnauit Fides : cf. psych. 21-22 prima petit campum dubia sub sorte duelli | pugnatura Fides ; seul ex. de pugnare dans le recueil. Sur fides, -> 5, 214.

      18 : la générosité de la Foi se mesure dans l'effusion de sang et dans la générosité pour les pauvres - à l'opposé, le juge (vv. 45-56. 133-136. 166-168) et sa suite (v. 241-244) sont avares et cupides. proprii : adj. remplaçant le possessif (soulignant parfois, comme ipse, un para-doxe), cf. perist. 4, 115 ; 5, 299 ; 11, 16 ; Lvcr. 3, 991 ; Hor. epist. 1, 7, 5 (cf. Lavarenne § 513-514). cruoris prodiga : cf. perist. 3, 68 ; Hor. carm. 1, 18, 16 arcani... fides prodiga.

      19-20 : 2 polyptotes (cf. Lavarenne § 1542-1544), faisant varier le sens des termes : grâce à la mort du corps (morte), la mort de l'âme (mortem) est empêchée ; la foi sacrifie le corps (semet) pour sauver l'âme (sibi). Cf. perist. 1, 27 morte et mortem uincere ; 10, 644 moritur et mortem domat.

      19 : cf. N.T. I Cor. 15, 54-55 absorpta est mors in uictoria. ubi est, mors, uictoria tua ? ubi est, mors, stimulus tuus ? ; cf. Ambr. hymn. 10, 26 et mors triumphus ; Tert. apol. 50, 3. Par son baptême sanglant (cf. Introd. § 99 et n. 263), le martyr participe à la victoire du Christ sur la mort. nam : introduction d'une vérité générale (à l'indicatif prés.) expliquant la portée du martyre (v. 17 pugnauit). morte mortem : la mort (du corps ou de l'âme) est comme réifiée ; de même, mors est sujet aux vv. 330 uotiua mors est martyri ; 339-340 ; 509-510 mors illa sancti martyris | mors uera templorum fuit (double sens de mors). diruit : les victoires de Rome domptaient le vaincu (vv. 6 presseras ; 8 imponis... iugum ; 12 domaret), sans le détruire, comme ici.

      20 : cf. Avg. serm. 31, 2, 2 se ipsos impenserunt (les martyrs). semet : même forme en perist. 5, 279. 363 ; cath. 5, 76. Cf. aussi memet en perist. 10, 399 ; temet en ham. 705 ; sibimet en perist. 12, 25 (cf. Lavarenne § 60). impendit : cf. perist. 4, 122 sanguis impensus ; 10, 78.

      21-32 : l'entrevue entre Sixte et Laurent (reprise du De officiis ambrosien) marque le 1er acte de l'action dramatique. Ce tableau évoque 2 passages johanniques : présence du disciple bien-aimé au pied de la Croix (Ioh. 19, 26-27) et prédiction du martyre de s. Pierre (Ioh. 21, 18-19). Sixte II fut martyrisé avec plusieurs diacres le 6 août 256, lors d'une célébration dans les catacombes de Prétextat ; s. Laurent ne sera mis à mort que le 10 août, d'où ici son dépit. Un tel dialogue est possible si p.ex. le pape a été crucifié ; cette tradition (Ps.-Fvlg. Rvsp. serm. 60 [= PL 65, 931a] iuxta equuleum pendentis pontificis ; Max. Tavr. hom. 74) semble résulter d'une mélecture de Damas. carm. 25, 3-4 hi crucis inuictæ comites pariterque ministri | rectoris sancti meritum fidemque secuti (à propos de diacres de Sixte II, qui semble en fait avoir été décapité : cf. Damas. carm. 17, 4-6 militibus missis tunc colla dedere. | mox ubi cognouit senior quis tollere uellet | palmam, seque suumque caput prior obtulit ipse ; cf. aussi Cypr. epist. 80).

      

      
21-24 Fore hoc sacerdos dixerat
iam Sixtus adfixus cruci,
Laurentium flentem uidens
crucis sub ipso stipite :
Que cela adviendrait, un prêtre l'avait dit : Sixte, désormais cloué sur la croix, voyant Laurent en pleurs au pied du poteau même de la croix.

      

      21. fore : s. Laurent prophétisera aussi (v. 473-484) ; cf. perist. 12, 25 ipse prius sibimet finem cito dixerat futurum ; 10, 853-855 scio... non futurum, ut concremer, | nec passionis hoc genus datum est mihi, | et restat ingens quod fiat miraculum ; 14, 36-37. Dans les poèmes tardifs, insistance plutôt sur l'exaucement des prières. hoc : ce qui précède (v. 1-20). sacerdos : l'évêque, revêtu de la plénitude du sacerdoce (Tert. bapt. 17 summus sacerdos, qui est episcopus ; Ambr. epist. 17, 10 sanctus Damasus Romanæ ecclesiæ sacerdos) ; cf. perist. 4, 79 ; 6, 14. 43. 52 ; 11, 179 ; 12, 63.

      22. Sixtus : sur s. Sixte, cf. AA. SS. 36, 130-142 (en part. 130-131). Les mss donnent les formes Sixtus, Syxtus et Xystus. adfixus cruci : cf. Plavt. Pers. 295 ; N.T. Col. 2, 14 adfigens illud cruci ; cf. apoth. 5 obiectare neci duroque adfigere ligno ; ici, l'expression n'est pas métaphorique ('souffrant pour le Christ' : -> 5, 299), cf. v. 24 crucis sub ipso stipite. Avec s. Pierre (perist. 12, 11-20), Sixte II est le seul pape martyr cité par Prudence, et l'un comme l'autre sont crucifiés ; dans les listes détaillées de supplices (perist. 1, 55-57 ; 3, 116-120 ; 7, 11-15), la crucifixion n'est pas mentionnée ailleurs (sinon en perist. 11, 65 : ->), malgré son caractère fréquent dans la réalité ; il pourrait s'agit d'une marque d'honneur délibérée pour ces 2 martyrs.

      23 : s. Laurent pleure par crainte d'avoir la vie sauve (et de perdre une occasion de salut) et se moquera de ses bourreaux ; il gémira sur la perte de Rome (v. 410-412). flentem uidens : tour classique ; cf. perist. 5, 128 te, Christe, præsentem uidens ; 6, 53. 111 ; 10, 239 ; -> 12, 44.

      24. stipite : le poteau de la croix (cf. perist. 12, 16), désignée concrètement.

      

      
25-28 " Desiste discessu meo
fletum dolenter fundere !
Præcedo, frater ; tu quoque
post hoc sequeris triduum.
"
" Cesse de répandre de douloureuses larmes du fait de mon départ ! Je te précède, mon frère : toi aussi, tu me suivras, après ces trois jours. "

      

      25-26 : s. Sixte sait que ce n'est pas le deuil, mais la crainte de ne pas être martyr qui affecte s. Laurent. D'autres évêques martyrs doivent rassurer leurs ouailles à leur sujet (cf. perist. 7) ou les encourager au martyre (perist. 13, 72-75), même s'il s'agit de diacres (perist. 6, 19-27).

      25 : discessu : euphémisme désignant la mort (cf. Cic. diu. 1, 47 discessus e uita) ; l'emploi absolu de discessus n'est attesté que tardivement (cf. Apring. in apoc. 2, 10).

      26 : fletum... fundere : cf. v. 23 flentem ; perist. 9, 99 ; Verg. Æn. 2, 271 uisus... effundere fletus ; Ov. met. 11, 672. dolenter : le martyr ne laissera pas transparaître la douleur, réelle (cf. vv. 218. 340), du supplice, mais exprimera à nouveau sa douleur morale au v. 411.

      27 : præcedo : -o est abrégé (-> v. 297). En tant qu'évêque, s. Sixte donne l'exemple et devient la première victime de la persécution (Ps.-Max. Tavr. hom. 75 p. 411a nocendi artifex inimicus peruigilis prius molitur custodiam pastoris eripere. et ideo Sixtum ante omnes summum Domini sacerdotem furor gentilis aggreditur ; cf. perist. 13, 46-48). frater : désignation des chrétiens (-> v. 73) prenant un sens fort durant les persécutions, les hommes devenant frères d'armes (-> 5, 288). Corrigeant la version ambrosienne (-> 13, 48), Prudence remplace les rapports de filiation (Ambr. off. 1, 41, 205 quo progrederis sine filio, pater ? quo, sacerdos sancte, sine diacono properas tuo ? ; hymn. 13, 7 mærere, fili, desine) par des rapports de fraternité. (En l'espèce, il eût été difficile de faire précéder tu quoque par fili : allusion déplacée à la mort de César).

      28 : sequeris : -> 14, 83 ; cf. perist. 13, 48 qui sociare animam Christo uelit, ut comes sequatur. triduum : décalage temporel attesté par les martyrologes ; exécuté après le reste du clergé romain, le diacre-trésorier a de fait échappé à la mise à mort immédiate. Le délai prédit et celui qui sera convenu (vv. 137 pepigere tempus tridui ; 141-142) sont les mêmes. La comparution de s. Laurent a donc eu lieu le même jour, ce qui donne un ton particulier à l'affirmation de clémence par laquelle le préfet commence son discours (v. 57-64).

      

      
29-32 Extrema uox episcopi,
prænuntiatrix gloriæ,
nihil fefellit ; nam dies
prædicta palmam prætulit.
Les derniers mots de l'évêque, annonciateurs de gloire, à l'avance, n'ont en rien été trompeurs ; en effet, le jour prédit apporta la palme.

      29 : extrema uox : cf. perist. 11, 109 ultima uox audita senis uenerabilis. Le diacre prophétisera aussi avant de mourir (v. 473-474) ; ailleurs, on a une dernière prière de demande (perist. 7, 79-85 ; 11, 110 ; 14, 81-84) ou d'action de grâces (perist. 3, 136-140 ; 13, 95), un macarisme (perist. 6, 97-99), un constat de victoire (perist. 10, 1091-1100). uox : nom repris au v. 33 (la voix du poète, qui célèbre a posteriori ce qui est ici prophétisé). episcopi : l'évêque (cf. perist. 7, 22. 51), désigné aussi par gregis pastor (perist. 6, 47), sacerdos (-> v. 21).

      30 : prænuntiatrix : seule occurrence du terme dans la littérature latine ; cf. prænuntius (cath. 7, 102), prænuntiatus (perist. 10, 625). gloriæ : la gloire du martyre ; -> v. 9.

      31 : nihil fefellit : cf. perist. 12, 28 non hora uatem, non dies fefellit. L'acc. nihil est quasi adverbial. dies : providentiel, le jour de ce martyre (fixé par le juge : -> v. 165-166) marque le début du déclin du paganisme (v. 497-498 refrixit ex illo die | cultus deorum turpium). Ce jour est vu d'abord comme une date historique unique (en perist. 3. 5. 11. 12 : fête liturgique, surtout).

      32 : palmam : symbole du martyre, -> 5, 539. prætulit : cf. v. 369-370 talemque et ille prætulit | oris corusci gloriam. Cette leçon des mss ACD est retenue par Bergman et Lavarenne ; se basant sur d'autres mss (notamment BTES), Cunningham préfère præstitit.

      
33-36 Qua uoce, quantis laudibus
celebrabo mortis ordinem,
quo passionem carmine
digne retexens concinam ?
Par quels mots, par quel déploiement de louanges célébrerai-je le déroulement de sa mort ? En quel poème, retissant le fil de sa passion, la chanterai-je dignement ?

      

      33-36 : contrairement à ce que traduit Lavarenne, ce prélude retardé n'est pas une adresse au martyr (cf. perist. 10, 1-4 Romane..., | elinguis oris organum fautor moue, | largire comptum carmen infantissimo, | fac ut tuarum mira laudum concinam !), mais un monologue intérieur. Cf. de même le postlude de perist. 3, 208-210 ; præf. 36 uoce Deum concelebret ; cf. aussi apoth. 741-742.

      33 : laudibus : cf. perist. 10, 565 ad laudes Dei ; (sur le sing., 'gloire', -> 13, 75).

      34 : celebrabo : -> 11, 198 ; -o est abrégé (-> v. 297). mortis ordinem : cf. ThlL s.v. ordo, 956, 62-65) ; équivalent de passionem (v. 35 ; cf. perist. 1, 77 ordinem, tempus modumque passionis), la mort (-> v. 19) étant vue ici moins comme fait ponctuel que comme processus.

      35 : Prudence évoque son genre littéraire : passio (cf. titre) poétique (cf. Introd. § 168 et n. 122). passionem : repris à la même position au v. 550, soit à une place symétrique dans le poème (35 vv. avant la fin) ; même jeu en perist. 12, 2 et 65 avec Romam / Romæ. carmine : même désignation des poèmes du Peristephanon en perist. 3, 215 ; 4, 165 ; 10, 3 ; præf. 42. Martyrs (perist. 5, 314 ; 14, 53) et fidèles (perist. 6, 156 ; 10, 838) chantent des carmina.

      36 : retexens : même image aux vv. 257-258 quid inuidorum pectorum | strumas retexam turgidas ; cf. perist. 3, 208-209 serta... | texta feram pede dactylico ; 10, 408. 944 ; cath. 5, 80-81 quæ... poterit lingua retexere | laudes, Christe, tuas ; Avson. 38, 1 Licia qui texunt et carmina. concinam : cf. perist. 4, 150 mors et Vrbani tibi concinatur ; 10, 4 ; 14, 53.

      
37-40 Hic primus e septem uiris,
qui stant ad aram proximi,
Leuita sublimis gradu
et ceteris præstantior,
Celui-là était le premier des sept hommes qui se tiennent tout près de l'autel : lévite le plus haut par son rang et plus excellent que tous les autres, ...

      

      37-38 : périphrase quasi énigmatique désignant l'archidiacre (archidiaconus : Hier. epist. 146, 1 ; Sidon. epist. 4, 25, 4) ; cf. l'épitaphe de Sabinus : altaris primus per tempora multa minister | elegi sancti ianitor esse loci (pronaos de S.-Laurent-hors-les-Murs ; Inscr. christ. Diehl I 1194). Le nombre 7 évoque celui des lampes brûlant devant le trône divin (N.T. apoc. 4, 5 septem lampades ardentes ante thronum quæ sunt septem spiritus Dei) ; cf. perist. 5, 30-32 (Introd. §§ 112. 159).

      37 : septem : à Rome, l'usage d'avoir 7 diacres (origines : -> 5, 32) est attesté dès les premiers temps (cf. Liber Pontificalis, t. 1 pp. 118. 126) ; au milieu du iiie s., ils seront préposés à des régions ou 'diaconies' (ibid., t. 1, p. 148) pour l'assistance aux pauvres - ici, l'archi-diacre, seul survivant, parcourra toute la ville (vv. 141. 157) ; cf. DECA, s.v. archidiacre, p. 221-222 (Di Berardino). uiris : uir (connotation militaire voire héroïque) se retrouve dans tous les poèmes, sauf perist. 3. 14 (uirgines ; -> 14, 4), et 12 (apôtres Pierre et Paul ; absence aussi du terme martyr, -> v. 169) : vv. 491. 558 et perist. 1, 25. 81 ; 4, 161 ; 5, 222 ; 6, 16. 22. 123 ; 7, 49 ; 8, 4 ; 9, 34. 84 ; 10, 125. 387. 452. 753 ; 11, 11. 40. 103. 126 ; 13, 42 (->). 49.

      38 : périphrase précisant l'office liturgique des diacres. stant : le diacre assiste le prêtre, se tenant debout près de l'autel. aram : ara désigne aussi bien l'autel chrétien (ici) que les autels païens (-> 5, 518). proximi : allusion possible à la hiérarchie de l'État (cf. le 'consulat' de s. Laurent, v. 560) - Prudence acheva sa carrière comme 'proxime' (cf. Introd. § 5 et n. 17).

      39 : Leuita : cf. perist. 5, 30 ; 6, 3. 15 ; à côté de cette forme (Vulgate ; LXX ; hébreu), les dérivés de Leui ont dans certains mss un double -u- (Vetus Latina et, semble-t-il, s. Cyprien ; cf. Lavarenne § 7 ; Charlet 1983, p. 14) ; on a Leuites en perist. 5, 145. Prudence est le 1er témoin latin de l'usage (courant par la suite) de 'lévite', attesté en grec dès Clem. epist. 1, 40, 5 ; cf. Sidon. epist. 2, 9 ; Isid. orig. 7, 12 Leuitæ ex nomine auctoris uocati : de Leui enim Leuitæ exorti sunt, a quibus in templo Dei mysteria explebantur. hi Græce diaconi, Latine ministri dicuntur. L'analogie entre diacres et lévites provient de la similitude de leurs fonctions : assistance du prêtre dans la liturgie, relations avec le peuple (V.T. II chron. 29, 34), intendance du sanctuaire et garde des objets sacrés (num. 3, 8), gestion des offrandes (num. 18, 26-32) ; cf. II Esd. 12, 1 sacerdotes et Leuitæ. Il y a encore un certain flou chez Prudence, puisque gentis Leuitidis (psych. 502) désigne les prêtres. Diaconus n'apparaît jamais chez Prudence, si ce n'est dans le titre de perist. 6. gradu : rang (-> 14, 100) dans la hiérarchie sacerdotale.

      40 : vu l'étymologie de præstantior, ce v. résume les vv. 37-38 et introduit l'idée d'une plus grande excellence personnelle, complétant sublimis gradu (v. préc.). præstantior : ce comparatif se rapporte au ministère liturgique de l'archidiacre ; au v. 569, præsto concernera son attitude de père nourricier, au Ciel. ceteris : complétant un comparatif, cet adj. est utilisé dans des expressions équivalant à un superlatif ; cf. perist. 10, 830 puriorem ceteris.

      
41-44 claustris sacrorum præerat,
cælestis arcanum domus
fidis gubernans clauibus,
uotasque dispensans opes.
il présidait aux serrures des choses sacrées, tenant avec ses clefs fidèles le gouvernail de ce que la demeure céleste a de secret, et répartissant les ressources données par voeu.

      41 : sacrorum : les vases et ustensiles liturgiques que convoitera le préfet (v. 65-72) - peut-être aussi les Écritures (perist. 5, 181-190) ou la réserve eucharistique (v. suiv. arcanum).

      42 : cælestis... domus : le bâtiment de l'église (perist. 10, 102 sanctam salutis... nostræ domum), -> v. 82. Sur cælestis, -> 14, 62. arcanum : adj. substantivé (cf. c. Symm. 2, 75. 926 ; Liv. 39, 13, 1 ; Ivv. 9, 115), désignant un trésor secret ; év. référence à l'Eucharistie, mysterium fidei - le juge voit la messe comme un culte à mystères (cf. vv. 65 orgiis ; 350 mysteriarches).

      43 : fidis... clauibus : hypallage (c'est le sujet de gubernans qui est fidus) ; de même, à propos d'un autel, custos fida sui martyris apposita (perist. 11, 172). Fidus se retrouve au v. 458 à propos de sts Pierre et Paul, obsides | fidissimos huius spei. Par son pouvoir symbolisé et exercé par les clefs, le martyr est à l'image de s. Pierre (v. 463-464 recludit creditas | æternitatis ianuas ; ->), qu'il invoquera pour chasser Jupiter (v. 470 te sanguis exturbat Petri). gubernans clauibus : év. jeu de mots, clauus (c. Symm. 2, 419), proche de clauis, désignant la barre, le gouvernail.

      44 : uotasque... opes : les offrandes faites à l'Église, 'vouées' à Dieu, peut-être suite à un voeu (-> v. 536) ; le juge critiquera de telles donations (v. 73-88). uotasque : participe passé ; ailleurs, on a uotiuus (cf. v. 330), moins susceptible d'être confondu avec le nom uotum. (Le texte notasque de Lavarenne est une faute d'impression.) dispensans : verbe utilisé en c. Symm. 1, 582 à propos des distributions de pain faites à la plèbe. L'office du diacre est de distribuer (vv. 158-160. 569-572) des biens que le juge croit être cachés et thésaurisés.

      
45-48 Versat famem pecuniæ
præfectus Vrbis regiæ,
minister insani ducis,
exactor auri et sanguinis,
La faim de l'argent agite le préfet de la Ville reine, serviteur d'un prince insensé et percepteur d'or et de sang : ...

      

      45-48 : ce quatrain est rimé (vv. 45-46 en -iæ ; vv. 47-48 en -is).

      45 : uersat : verbe régissant à la fois famem et l'interrogative indirecte qua ui latentes eruat nummos (v. 49-50) ; trait de style tacitéen. famem pecuniæ : cf. v. 189 aurum, quod ardenter sitis ; év. allusion à Verg. Æn. 3, 57 auri sacra fames (repris en ham. 257 auri namque fames parto fit maior ab auro). La condamnation de la cupidité (-> v. 18 ; tirade contre l'or, cf. v. 189-204) est typique du milieu ambrosien (cf. Pavl. Med. uita Ambr. 41 ; Ambr. off. passim).

      46 : præfectus Vrbis : magistrat parvenu au faîte de la carrière sénatoriale, chargé surtout de l'ordre public à Rome et dans le territoire inscrit dans un rayon de 100 milles. On retrouve præfectus (employé seulement en perist. 2 et 10) en début des vv. 134. 182. 314. 405 et au v. 357. De très bons mss (ABTV) ont ici præfectus Vrbi (Bergman, Cunningham). Il vaut mieux, comme Lavarenne, suivre le texte de la majorité des mss, vu la symétrie avec le v. suiv. minister insani ducis : le préfet est à la tête de Rome et subordonné à l'empereur. Vrbis regiæ : Rome (-> v. 10), appelée regina en c. Symm. 1, 430. 464. Regia, marque d'excellence (-> 12, 47), évoque aussi le pouvoir impérial (-> 14, 66).

      47 : persécuteurs et démons tendant à être assimilés (perist. 5, 265-268), le préfet, serviteur de l'empereur (minister), peut apparaître comme le suppôt de Satan (dux pour Satan, c. Symm 2, 889 ; minister pour des démons, ham. 392. 958), l'adversaire du martyr (-> v. 505). Comme en perist. 5 (-> 5, 176), le juge sera présenté comme un possédé : vv. 166 furebat feruidus ; 182. 184 horrescit stupens... oculisque turbatis minax ; 185 frendens. insani : -> 5, 203 ; cf. v. 316 et uiuit insanum caput ! (le préfet, contre le martyr). ducis : l'empereur (cf. v. 92 ; perist. 3, 86 ; 7, 6).

      48 : cf. ham. 396 sanguinis atra sitis et sitis auri. Le juge verse le sang des martyrs et recherche l'or matériel - les martyrs offrent leur sang et gagnent l'or incorruptible du Ciel : cf. perist. 1, 1-3 (nom des martyrs, en lettres d'or au ciel, de sang sur terre) ; cf. v. 275-276 purpurantibus stolis | clari et coronis aureis. exactor : celui qui fait rentrer l'argent (Cæs. ciu. 3, 32, 4 ; Vlp. dig. 22, 1, 33) ; cf. psych. 950-951 (Purgatoire) cuncta exacturus adusque | quadrantem minimum damnosæ debita uitæ. auri : l'or est sans cesse mentionné, dans un sens concret (ici et aux vv. 68. 71. 101. 135. 189-200. 365) ou métaphorique (vv. 115. 174. 203. 276. 293). sanguinis : le sang des martyrs a une valeur sacrée (cf. vv. 470. 546), au contraire du sanguis in culpam calens (v. 213) du pécheur ou du sang des sacrifices païens (v. 481).

      
49-52 qua ui latentes eruat
nummos, operta existimans
talenta sub sacrariis
cumulosque congestos tegi.
par quel coup de force allait-il tirer la monnaie au dehors ? Il pense que des lingots sont dissimulés sous les lieux saints et que des tas amoncelés y sont abrités.

      

      49-51 : latentes... nummos, operta... talenta : répétition, avec rejet du substantif au v. suiv. (syntaxe différente) ; cf. perist. 5, 181-182 latentes paginas | librosque opertos detege.

      50 : nummos : cf. v. 107 nummos libenter reddite et vv. 96. 120. 293. operta : ce qui est caché sous le choeur des églises n'est pas de l'or, mais les reliques ; cf. perist. 4, 194-196 ; 5, 517 ; 11, 169 talibus Hippolyti corpus mandatur opertis (operta désigne une crypte) ; cf. v. 52.

      51 : talenta : unité monétaire grecque (poids élevé de métal précieux : -> 12, 48), mentionnée aux vv. 176. 309, à côté des philippes (v. 102 ; ->) et des sesterces (v. 76). Ces indications vagues suggèrent la valeur du trésor. sacrariis : le choeur de l'église (-> 5, 517).

      52 : cumulosque congestos : termes redondants ; cf. ham. 254 cumulos nummorum ; c. Symm. 2, 151 nimium ne congerat aurum ; 718 in cumulos congesta iacent (cadavres des ennemis de Rome). congestos : ce qui est amassé dans les églises n'est pas l'or, mais les prières (perist. 1, 13 nemo puras hic rogando puras congessit preces) et aussi les corps de défunts (perist. 11, 11 quanta uirum iaceant congestis corpora aceruis). tegi : souvent, sens funéraire (perist. 3, 178 ; cath. 10, 62. 133), ce qui peut amener à voir ici une allusion involontaire au véritable trésor de l'Église (les saints et leurs reliques) ; de même pour condere, utilisé au v. 56 (cf. perist. 10, 525 ; 14, 3).

      53-488 : narrations, dialogues et discours alternent dans le récit de la 'passion'. Le martyr relève successivement un défi à l'Église, puis un défi à sa propre personne (torture).

      
1. ordre du préfet 2. réaction du martyr 3. défi du martyr 4. discours du martyr
v. 53-140 : livrer les biens de l'Église v. 141-164 : mise en scène des pauvres v. 165-184 : présentation des pauvres v. 185-312 : discours moral explicatif
v. 313-360 : mettre le martyr sur le gril v. 361-396 : illumination du visage v. 397-409 : moquerie relative au gril v. 410-488 : grande prière avant la mort

      53-140 : la 1ère confrontation des protagonistes constitue un nouvel 'acte' de l'action (cf. Introd. § 121). Le juge expose sa volonté, son analyse de la situation et ses demandes (v. 53-108). Le martyr n'obéira et ne répondra qu'à l'injonction du v. 85 deprome thesauros (->). Faisant mine d'accepter, il attise la soif d'or du préfet, qui accepte, joyeux (v. 133-140), la demande d'un délai (v. 109-132). Le martyr a un plan pour duper le juge - à cette fin, il donne à tous ses mots une valeur métaphorique.

      
53-56 Laurentium sisti iubet ;
exquirit arcam ditibus
massis refertam et fulgidæ
montes monetæ conditos.
Il ordonne de faire comparaître Laurent ; il s'enquiert de la cassette remplie de riches métaux et des monceaux cachés de pièces brillantes.

      

      53: sisti : cf. perist. 1, 100 ; 11, 39 ; 13, 89 ; 14, 38-39 iubet | ... sistere uirginem.

      54 : exquirit : cf. v. 157-158 tales plateis omnibus | exquirit ; ici, le préfet recherche l'or caché dans l'église, là, le martyr recherche dans Rome les pauvres qu'il présentera comme le vrai trésor de l'Église. arcam : nom repris dans la réponse (même position du v.) : nec recuso prodere | locupletis arcam numinis (v. 121-122). Arca, contenant des trésors de l'Église, suggère une correspondance avec l'arche d'Alliance (psych. 813) ; arca désignant aussi le sarcophage, la tombe (cf. Avg. ciu. 18, 5, 262), son contenu peut être humain (-> v. 113-120).

      54-55 : ditibus massis : le métal précieux destiné à être travaillé (perist. 10, 284) ; massa désigne l'homme dans sa matérialité en perist. 13, 87 ; apoth. 1030. Sur la richesse de cette 'masse', cf. vv. 116 nec quisquam in orbe est ditior (le Christ) ; 309. 311-312 eccum talenta, suscipe... ditabis et rem principis, | fies et ipse ditior.

      55 : et : épidictique ou pur coordonnant, et avec ce qui suit suggère la surenchère des espérances du préfet qui, malgré l'incertitude, se représente un immense trésor (cf. v. 65-80).

      55-56 : fulgidæ... monetæ : cf. psych. 526-527 sordet Christicolis rutilantis fulua monetæ | effigies. Le serviteur de César, qui ne veut voir que l'effigie de son maître sur sa monnaie (v. 95-98), ne pourra percevoir la transfiguration du visage du martyr (v. 362 fulgorque circumfusus est).

      56 : montes monetæ : expression allitérante, proverbiale. montes... conditos : cf. cumulosque congestos tegi (v. 52 ; ->). conditos : cf. v. 135-136 [præfectus] aurum, uelut iam conditum | domi maneret, gestiens (correspondance suggérant que le juge évoque son propre vice).

      
57-60 " Soletis ", inquit, " conqueri
sæuire nos iusto amplius,
cum Christiana corpora
plus quam cruente scindimus.
" Vous avez coutume ", dit-il, " de vous plaindre que nous fassions preuve d'une cruauté plus grande que de juste, quand nous déchirons les corps des chrétiens de manière plus que sanguinaire.

      

      57 : soletis : le préfet, qui se prétend bien informé (cf. vv. 65-84. 329-332), évoque les griefs habituels des chrétiens. conqueri : le préfixe con- a un sens intensif, év. aussi collectif.

      58 : sæuire : verbe utilisé à propos du juge (perist. 5, 381 ; c. Symm. 2, 683) ou des bourreaux (perist. 9, 62 ; 10, 457. 481 ; 14, 17). nos : le préfet use des 1ère (v. 60) et 2e (soletis) pers. du plur. : 2 'camps' s'affrontent. iusto amplius : 'au-delà ce ce qui est juste', et non 'avec plus de justice' (iustius ; cf. perist. 5, 188) ; cf. v. 60 plus quam cruente. Les chrétiens se plaindraient non d'une cruauté en soi admissible mais de son excès ; ajouté à l'hypocrisie des vv. 61-64, cet euphémisme contraste avec le cynisme de l'aveu de sa cruauté - le préfet vient de supplicier s. Sixte. iusto : sens abstrait (cf. ham. 703) ; au v. 98, individuel et concret.

      59 : Christiana corpora : équivalent de Christianorum corpora, voire de Christianos, avec év. une ironie involontaire, le pouvoir du préfet atteignant le corps, non l'âme (cf. perist. 5, 153-172). Le martyr accepte de se soumettre à ce pouvoir (v. 218-220). Moins fréquent que Christicola (-> 11, 39), Christianus est utilisé aux vv. 430. 434 (même place du v.) et en perist. 5, 64. 377 ; 9, 30 ; 10, 57. 406. 443. 1002. Les formes fléchies de corpus font aussi une fin de v. aux vv. 229. 348. 583 et en perist. 5, 339. 425. 470. 486. 530. 544.

      59-60 : corpora... scindimus : cf. perist. 1, 104 scinditur per flagra corpus (exorcisme). Scindere est utilisé à propos de supplices en perist. 5, 150 ; 9, 56 ; 10, 451. 560 ; 11, 119. Expressions analogues en perist. 3, 89 ; 6, 70 ; 10, 1093 ; 13, 86 ; 14, 19.

      60 : le préfet, cynique, reconnaît l'horreur (plus quam cruente) des persécutions comme un fait objectif et actuel (cf. l'indicatif scindimus). plus quam cruente : expression à valeur superlative, indiquant l'excès (cf. apoth. 37 plus quam mortale). Sur cruentus, -> 5, 153.

      

      
61-64 " Abest atrocioribus
censura feruens motibus ;
blande et quiete efflagito,
quod sponte obire debeas.
" Loin de moi une répression bouillonnant d'élans trop violents ; c'est sur un ton caressant et calme que je sollicite avec empressement ce pour quoi tu devrais spontanément prendre les devants.

      61 : abest : même tour impersonnel en perist. 3, 143 ; c. Symm. 2, 737. atrocioribus : comparatif employé comme un intensif (cf. perist. 10, 921), proche du positif.

      62 : censura : cf. v. 325-326 adeone nulla austeritas, | censura nulla est fascibus... ? (cri du préfet, qui tombe le masque). feruens : même emploi au v. 249 et en perist. 5, 468.

      63 : blande et quiete : cf. perist. 5, 17-18 uerba primum mollia | suadendo blande effuderat ; 14, 16 ore blandi iudicis illice (->) ; Cic. Rosc. 49 rogare coepit blande et concinne ; Tusc. 4, 49 leniter et quiete. Le préfet commence par flatter celui dont il veut obtenir quelque chose et se prétend sans passions et raisonnable. efflagito : Prudence n'utilise ce verbe qu'ici (demande déguisant un ordre) et au v. 168 (promissa solui efflagitans). Le martyr dira : unum sed orans flagito (v. 125).

      64 : sponte obire : le préfet en appelle à la réaction spontanée du martyr - obéissance accordée à Dieu seul (-> 5, 221). Ici, obire a le sens étymologique d''aller au-devant' (cf. sponte) ; sens de 'mourir', -> 13, 5. debeas : conclusion menaçante de la captatio beneuolentiæ.

      65-72 : le juge est précis dans son évocation de la vaisselle liturgique - ce trait, même peu vraisemblable, relève du portrait de l'avare. Même si, dans la liturgie du iiie s., l'emploi de vases sacrés en métaux précieux est probable, Prudence recourt à l'anachronisme (cf. vv. 73-84. 237-240. 445-452. 513-528), afin de toucher son public ; les objets évoqués ici (patène ou ciboire en or, calices en argent, chandeliers en or), correspondent p.ex. à ceux de la donation de Constantin à la basilique de S.-Laurent : in crypta posuit lucernam ex auro purissimo... candelabra duo... patenam auream..., patenas argenteas duas..., scyphum ex auro purissimo..., scyphos argenteos duos..., calices ministeriales argenteos decem... (AA. SS. 36, 486c = Athan. biblioth. 1, 34, 47).

      

      
65-68 " Hunc esse uestris orgiis
moremque et artem proditum est,
hanc disciplinam foederis,
libent ut auro antistites.
" Tels sont l'usage et la pratique, dans vos orgies, m'a-t-on rapporté, telle est la règle de cette alliance : que les prêtres sacrifient dans l'or.

      

      65 : hunc : accord avec le nom le plus proche (moremque, v. 66) ; cf. hanc, v. 67. orgiis : le juge parle du christianisme comme d'un culte à mystères (cf. aussi v. 350 mysteriarches). Orgia, utilisé pour la messe, désigne des cultes païens (c. Symm. 1, 188 ; cf. Stat. silu. 5, 5, 4 ; Ivv. 2, 91) ; ici sans connotation négative, appliqué aux rites d'hérétiques par Hier. epist. 84, 3, 7.

      66-67 : moremque et artem... disciplinam foederis : la liturgie, usage traditionnel (mos) et savoir pratique (ars) et théorique (disciplinam), scellant une alliance (foederis ; ce gén. dépend des 3 noms). Lavarenne voit moremque et artem comme un hendyadyn ('le procédé habituel'), dont disciplinam foederis ('la méthode rituelle') serait un doublet ; cependant, on explique mal l'emploi de -que s'il y a un hendiadyn - on a plutôt ici l'équivalent de et morem et artem (même tour au v. 115 p.ex.), et chaque terme a un sens précis.

      66 : moremque : cf. perist. 6, 107 ; 10, 401. artem : cf. cath. 2, 49-52. 54 te mente pura et simplici,| te uoce, te cantu pio | rogare curuato genu | flendo et canendo discimus... hac arte tantum uiuimus.

      67 : disciplinam : la liturgie comporte des principes et un enseignement spirituel (lex orandi, lex credendi). Disciplina désigne la doctrine chrétienne en perist. 10, 45. 366. 687. foederis : dans la tradition biblique, l'acte sacrificiel scelle une alliance avec Dieu ; cf., durant la messe, les paroles de la consécration du calice (hic est enim calix sanguinis mei, noui et æterni testamenti...). La messe est tradition et usage (mos) de l'Alliance, pratique et actualisation (ars) du sacrifice de cette Alliance, et enseignement du mystère qui la fonde (disciplina).

      68 : parlant de 'libation', le préfet ne songe qu'à la consécration du calice ; il se fonde sur son imagination (cf. v. 69-70 ; incohérence, avec les mentions ici de vases en or et là de coupes d'argent) et sur des on-dit (vv. 66 proditum est ; 69 ferunt ; 74 ut sermo testatur loquax ; 93 audio). libent... auro : cf. Verg. Æn. 7, 245 hoc... auro libabat ad aras ; georg. 2, 192 [latex] qualem pateris libamus et auro. Ici et au v. 71, auro est utilisé par synecdoque ; seule sa matière (l'or : -> v. 48) intéresse le préfet. libent : employé non au sens dérivé profane de 'boire' (perist. 6, 53. 60), mais par analogie avec son sens religieux païen (perist. 10, 255). L'emploi de la 3e pers. (et non de la 2e) laisse entendre que le préfet sait que s. Laurent, diacre, n'est pas habilité à célébrer la messe (il l'appelle cependant mysteriarches au v. 350). antistites : nom désignant le prêtre (perist. 11, 226 ; apoth. 406 ; Tert. fug. 2 ; nat. 1, 11), parfois l'évêque (Cypr. laps. 22 ; epist. 66, 5) ; utilisé aussi dans un contexte païen (apoth. 499), comme sacerdos. Prudence utilise aussi presbyter (perist. 11, 20), sacerdotes Domini (psych. 498), gens Leuitis (psych. 502).

      
69-72 " Argenteis scyphis ferunt
fumare sacrum sanguinem

auroque nocturnis sacris
adstare fixos cereos.
" On dit que c'est dans des calices d'argent que fume le sang sacré et que c'est dans l'or que, durant les cultes nocturnes, sont maintenus les cierges qui se dressent.

      

      69 : argenteis scyphis : scyphus, coupe à boire (epil. 15) ; ici, calices d'argent contenant le Sang du Christ (v. suiv. sacrum sanguinem) ; Prudence mentionne moins l'argent (pièces : v. 118 ; plats : epil. 18) que l'or, qui lui est parfois associé (-> 14, 102). ferunt : -> v. 68.

      70 : fumare... sanguinem : peut-être vaguement informé à propos de la trans-substantiation ou songeant à l'égorgement d'un animal, le préfet évoque concrètement le sang encore chaud (cf. ditt. 115 ; psych. 808 fumarat calido regum de sanguine dextra ; c. Symm. 2, 296 ; cf. perist. 5, 152 ; 10, 1028-1029 ; 11, 143) ; -> 9, 92. sacrum sanguinem : le préfet parle du culte chrétien avec respect (cf. sacrum ; au contraire, -> 5, 26), sans faire état de rumeurs (infanticide, débauche) que Tertullien (apol. 7-9) devait réfuter 60 ans plus tôt ; il garde ses sarcasmes pour ce qui l'intéresse, les questions financières (v. 73-108). Sur l'Eucharistie chez Prudence, cf. p.ex. perist. 11, 171. Sacer (-> 14, 14) est repris, substantivé, au v. suiv.

      71 : le juge voit l'or là où l'Église voit l'homme, considérant les chandeliers dressés autour du prêtre (v. suiv. adstant), non les diacres (cf. v. 37-38 e septem uiris | qui stant ad aram proximi). auroque : -> v. 48 ; abl. de moyen dépendant de fixos (v. suiv.) ; même tour au v. 68 ; la 1ère moitié du quatrain commençait par argenteis - parallélisme et gradation. nocturnis sacris : les vigiles, célébrations (sacra : -> v. 423) nocturnes s'achevant à l'aube ; cf. Plin. epist. 10, 96, 7 quod essent soliti stato die ante lucem conuenire ; cf. cath. 5, 137-140 nos festis trahimus per pia gaudia | noctem conciliis, uotaque prospera | certatim uigili congerimus prece, | extructoque agimus liba sacrario.

      72 : adstare : cf. v. 164, à propos des pauvres réunis par le martyr, adstare pro templo iubet. cereos : dans son hymnus ad incensum lucernæ, Prudence évoque les types de luminaires : lampes à huile (cath. 5, 13-14 pinguis quos oleis rore madentibus | lychnis ; 17-18 ; 141-144), torches (cath. 5, 14. 19) et cierges (cath. 5, 15-16 ; 20 ceram teretem stuppa calens bibit).

      73-84 : sur les legs (N.T. act. 4, 34-35), question alors débattue (-> v. 65-72), cf. DECA, s.v. donations à l'Eglise, p. 715-716 (Munier) ; cf. Hier. epist. 60, 11 alii nummum addant nummo, et marsuppium suffocantes matronarum opes uenentur obsequiis, sint ditiores monachi quam fuerant sæculares, possideant sub Christo paupere quas sub locuplete diabolo non habuerant, et suspiret eos Ecclesia diuites quos tenuit mundus ante mendicos. En 370, Valentinien notifie à Damase l'interdiction aux clercs de visiter vierges et veuves pour en obtenir des dons (Cod. Theod. 16, 2, 20). Du temps de s. Laurent, l'Église, ne pouvait figurer dans un testament (sinon comme collège funéraire).

      

      
73-76 " Tum summa cura est fratribus,
ut sermo testatur loquax,
offerre fundis uenditis
sestertiorum milia.
" Et puis, le souci principal des chers frères, comme en attestent des propos bavards, c'est d'offrir des milliers de sesterces, suite à la vente de leurs terrains.

      

      73 : tum : sans valeur temporelle ou logique. summa cura : ironique, venant d'un homme cupide ; cf. v. 83 summa pietas creditur. fratribus : désignation ironique des chrétiens (au quatrain suiv., reproche d'un manque de piété familiale) ; cf. vv. 27. 374 ; perist. 6, 133.

      74 : incise rappelant que le préfet s'appuie sur les dires d'autrui (-> v. 68). sermo : syllabe finale abrégée (fréquent pour des noms en -o : cf. perist. 3, 147 ; 4, 82 ; 5, 111 ; 6, 1 ; 10, 493. 759. 896 ; 11, 64. 196. 219 ; 12, 23) ; id., formes verbales (-> v. 297). Cf. Lavarenne § 168-169. loquax : cf. Ov. Pont. 2, 9, 3 fama loquax. Cet adj. est une sorte d'epitheton ornans de sermo ; de même, avec lingua (c. Symm. 2 præf. 45) et avec cornix (apoth. 298).

      75 : offerre : cf. v. 523-524 offerre uotis pignera | clarissimorum liberum (enfants voués à Dieu) : ici aussi (-> v. 113-120), l'homme prend la place de l'or comme valeur ultime. uenditis : souvent utilisé par le préfet, obsédé par l'argent : vv. 105-106 dictorum fidem, | qua uos per orbem uenditis ; 323-324 egon cachinnis uenditus | acroma festiuum fui ?

      76 : sestertiorum : gén. de la 2e décl., plus rare que -um ; cf. Colvm. 3, 3, 8. Le sesterce, encore en circulation à l'époque impériale, désigne une pièce de monnaie quel-conque ; au v. 102, des philippes. milia : grand nombre, indéterminé (-> 13, 37).

      
77-80 " Addicta auorum prædia
foedis sub auctionibus
successor exheres gemit,
sanctis egens parentibus.
" Les domaines ancestraux sont adjugés lors d'enchères honteuses, le descendant déshérité en gémit, privé qu'il est de saints parents.

      

      77 : addicta : même emploi, à propos d'une vente, en psych. 874. auorum : seule occurrence dans le recueil. prædia : synonyme de fundus (v. 75).

      78 : foedis : une dilapidation ou une spoliation prend pour le préfet le caractère d'une souillure physique. Le martyr utilise aussi foedus : v. 223-224 carnisne morbus foedior, | an mentis et morum ulcera ? sub auctionibus : cf. Cod. Theod. 10, 17, 1 quæcumque sub auctione licitanda sunt.

      79 : successor exheres : oxymore (successor est synonyme d'heres : cf. Qvint. inst. 12, 10, 6 ; Ov. met. 13, 51) ; la transmission du patrimoine aux générations suivantes est inter-rompue. gemit : régit une proposition infinitive (v. 77-78 : addicta [esse]) ; cf. Cic. Phil. 13, 23.

      80 : double jeu de mots, sur egere (l'héritier, 'appauvri par de saints parents' et 'privé de saints parents') et sur sanctus (regret de la mort de ses 'parents chrétiens' ou de l'absence de 'parents soucieux de leurs devoirs familiaux'). sanctis : comme iustus (-> 5, 83), sanctus désigne les chrétiens (N.T. Eph. 1, 4 ; 5, 3 ; Col. 1, 22). Le préfet joue sur ce sens technique (v. 172 ; perist. 5, 509) et sur celui de 'vertueux' ; sens de 'saint' aux vv. 509. 542 (->). 549.

      
81-84 " Hæc occuluntur abditis
ecclesiarum in angulis,
et summa pietas creditur
nudare dulces liberos.
" Ces richesses sont dissimulées dans les recoins cachés des églises, et l'on croit que la piété suprême consiste à dépouiller sa douce progéniture.

      81 : occuluntur : seul emploi de ce verbe chez Prudence, hormis le participe occultus (cf. v. 447). occuluntur abditis : juxtaposition de synonymes, mais sans redondance.

      81-82 : abditis... in angulis : autres cachettes aux vv. 50-52 operta existimans | talenta sub sacrariis | cumulosque congestos tegi ; 88 nigrante quos claudis specu. Cf. epil. 13-14 multa diuitis homo | sita est per omnes angulos supellex. On a abditis en fin de v. à propos de corps saints (v. 541-542 uix fama nota est, abditis | quam plena sanctis Roma sit) : une telle reprise de termes s'appliquant aussi bien à des richesses matérielles qu'aux reliques des martyrs s'observe déjà aux vv. 49-56.

      82 : ecclesiarum : -> v. 114 ; le bâtiment de l'église (Cypr. epist. 59, 16 ; Avg. symb. 4, 1) ; de même, cælestis... domus (v. 42), templum (v. 164), ædes (v. 527), Christi atria (v. 515).

      83 : summa pietas : reprise de summa cura (ironique, v. 73). Pietas prend le double sens de piété à l'égard de Dieu (perist. 4, 59 ; 10, 713 ; 11, 175) et de piété familiale (perist. 3, 112).

      84 : expression d'un pathétique outré ; si moquerie il y a, ce n'est pas l'excès de l'image, mais l'hypocrisie du préfet cruel et avare qui est visée. dulces liberos : même fin de dimètre iambique chez Hor. epod. 2, 40 (imitation probable). Dulcis exprime une marque d'affection habituelle à propos d'enfants (epitheton ornans) : cf. perist. 11, 209-210 dulcibus et cum | pigneribus ; cath. 11, 13. liberos : également en fin de vers, cf. v. 523-524 offerre uotis pignera | clarissimorum liberum ; ces passages se correspondent, cf. aussi la récurrence d'offerre au v. 75 (->).

      
85-88 " Deprome thesauros, malis
suadendo quos præstigiis
exaggeratos obtines,
nigrante quos claudis specu.
" Mets au jour les trésors que, suite aux méchantes ficelles de tes conseils, tu tiens accumulés par-devers toi, que tu enfermes dans les ténèbres d'une cavité.

      

      85 : deprome thesauros : cessant d'utiliser la 2e pers. du plur., le préfet s'adresse au martyr ; il obéira à cette demande (répétée aux vv. 97-100), ignorant la suite, comme si le préfet ne voulait que voir les richesses de l'Église. Le préfet dira : hoc poscit usus publicus, | hoc fiscus, hoc ærarium (v. 89-90) ; ce triple hoc, pour le martyr, reprend deprome thesauros, et non thesauros seul (qui eût été désigné par hos, et l'est par quos aux vv. 86. 88). On a une autre ambiguïté involontaire dans les propos du préfet, avec nummos libenter reddite (-> v. 107). thesauros : Bergman et Cunningham éditent thensauros, leçon des mss Aa.c., TF.

      86 : suadendo : même forme en début de v., en perist. 5, 18 (syllabe finale abrégée dans les 2 cas). On a aussi des gérondifs en en perist. 6, 20 ; 9, 72 ; 10, 28 ; 12, 13 (cf. Ivv. 3, 232 ; Sen. Tro. 264). Suadendo prend une nuance d'antériorité ('pour avoir su persuader', 'par la persuasion'), non la valeur conative qu'il a en perist. 5, 18. præstigiis : abl. de moyen ; à cette forme, les éditeurs préfèrent præstrigiis, plus proche de l'étymologie (præstringere, 'éblouir'), donnée par les mss A et B notamment.

      87 : exaggeratos : cf. v. 52 congestos (sens proche). obtines : cf. perist. 11, 46.

      88 : nigrante... specu : cf. v. 50-52 operta existimans | talenta sub sacrariis | cumulosque congestos tegi. L'obscurité caractérise aussi les prisons (-> 5, 242), au contraire des cryptes chrétiennes, lumineuses (cf. perist. 11, 155-168). nigrante : de même, v. 379 nigrante sub uelamine (ceux qui ne peuvent percevoir l'éclat du visage du martyr). claudis : dépositaire des clefs (v. 43) et responsable des serrures (v. 41), le martyr est personnellement mis en cause.

      

      
89-92 " Hoc poscit usus publicus,
hoc fiscus, hoc ærarium,
ut dedita stipendiis
ducem iuuet pecunia.
" Cela, l'usage public le réclame, le fisc (im-périal), le trésor (sénatorial) le réclame, afin que l'argent consacré aux soldes vienne en aide au prince.

      

      89-90 : hoc... hoc... hoc : triple anaphore de hoc, reprenant deprome thesauros (-> v. 85).

      89 : poscit : employé aussi à propos des mendiants (v. 143 qui poscunt stipem ; à stipem correspond stipendiis, v. 91) et des fidèles qui prient le martyr (v. 567). usus publicus : précisé aux vv. 91-92 - les confiscations ne visent pas à rembourser les héritiers spoliés (cf. v. 73-84), mais à aider l'État. Cf. Vlp. dig. 43, 9, 1, 1 publicæ utilitatis causa.

      90 : le préfet, qui médite un détournement de fonds (-> v. 135) et violera les décrets en relâchant s. Laurent, utilise des termes officiels pour impressionner l'accusé. fiscus : le fisc impérial est au iiie s. le véritable trésor de l'État. ærarium : au iiie s., l'ærarium est la caisse municipale de Rome, administrée par le Sénat (nombreuses allusions : -> v. 513-528), mais en fait confiée par l'empereur à 2 préfets ; une partie de l'ærarium (appelée sanctius ou sanctum) comprenait des réserves spéciales de guerre (cf. Cic. Att. 7, 21, 2 ; Liv. 27, 10, 11). Moins probablement, il pourrait s'agir de l'ærarium militare (destiné à entretenir et à récompenser les troupes ; cf. Tac. ann. 1, 78, 2) créé par Auguste.

      91 : l'entretien des troupes est une charge importante, surtout en 258, alors que l'Empire est menacé : 2 ans auparavant, il subissait les attaques des Perses en Orient (prise d'Antioche par Sapor) et des Goths en Dacie ; 2 ans après, Valérien sera fait prisonnier par Sapor, les Alamans pénétreront en Rhétie et les Francs en Gaule. stipendiis : cf. perist. 1, 66 clara... angelorum... stipendia (service militaire des martyrs dans les cohortes angéliques).

      92 : ducem : l'empereur (-> v. 47), avec une nuance militaire que n'a pas princeps (vv. 311. 473). iuuet : la puissance temporelle de l'Église est censée 'aider' l'empereur ; avec en arrière-fond le rapport passionnel que le préfet entretient avec l'argent, une allusion au sens de 'faire plaisir' n'est pas exclue. pecunia : cf. v. 100 pecuniam (dernier mot du quatrain).

      
93-96 " Sic dogma uestrum est, audio :
'Suum quibusque reddito.'
En, Cæsar agnoscit suum
nomisma nummis inditum.
" Telle est votre doctrine, à ce que j'entends : 'Qu'à chacun soit rendue sa part.' Eh bien voilà, César reconnaît son empreinte marquée sur les monnaies.

      93 : dogma uestrum : cf. perist. 13, 32 dogma nostrum (->). Dogma ne désigne pas ici un dogme de la foi (cf. apoth. præf. 3 ; apoth. 2, 552. 952 - dogmes hérétiques) mais une opinion (sens du grec dogma ; cf. Cic. Luc. 106 ; Sen. epist. 95, 10 ; Ivv. 13, 121) ; pour les chrétiens, les préceptes moraux (dogma ici et en cath. 7, 197 ; 8, 8), révélés, ont force de loi. audio : le préfet se réfère à une tradition orale (-> v. 68) ; même emploi en c. Symm. 2, 921.

      94 : cet adage (non scripturaire) généralise le précepte des vv. 95-98 (->). L'idée de justice distributive (Plato resp. 1, 331e ; Arist. fr. 85 R), une des bases du droit romain (Vlp. dig. 1, 10, 1 ; Inst. Iust. 1, 1, 3), est souvent exprimée avec les termes suum cuique (Cato orat. 218a ; Cic. off. 1, 5, 15), plutôt que suum quibusque (ici). suum : adj. substantivé ; on retrouve suum à la fin du v. suiv., mais comme épithète de nomisma (v. 96). reddito : -> v. 107.

      95-98 : cf. N.T. Luc. 20, 24 ostendite mihi denarium : cuius habet imaginem et inscriptionem ? respondentes dixerunt ei : Cæsaris. et ait illis : Reddite ergo quæ sunt Cæsaris, Cæsari, et quæ sunt Dei, Deo (Matth. 22, 20-21 ; Marc. 12, 16-17). Cf. aussi les paroles des soldats martyrs de perist. 1, 62-63 debitum persoluit omne functa rebus Cæsaris ; | tempus est Deo rependi quidquid est proprium Dei.

      95 : quasi prosopopée de l'empereur. en : -> v. 293. Cæsar : comme Augustus au v. 119, Cæsar (répété au v. 97) n'est pas un nom propre (sauf v. 14 : Jules César), mais désigne l'empereur par un titre ; cf. perist. 1, 34. 62 ; 5, 66. 108 ; 6, 41. agnoscit : sens de 'reconnaître (quelqu'un)', cf. c. Symm. 2 præf. 24 ; ham. 276. Au v. 455, 'reconnaître (l'autorité de)' (->).

      96 : nomisma nummis : paronomase avec jeu étymologique ; nomisma (Hor. epist. 2, 1, 234 ; Mart. 12, 62, 11) et nummus (-> v. 50) peuvent chacun signifier 'pièce de monnaie'. Ici, comme ænigma au v. 118, nomisma désigne l'effigie représentée sur la monnaie. Prudence utilise effigies en psych. 526-527 sordet Christicolis rutilantis fulua monetæ | effigies, sordent argenti emblemata.

      
97-100 " Quod Cæsaris scis, Cæsari
da, nempe iustum postulo ;
ni fallor, haud ullam tuus
signat deus pecuniam,
" Ce que tu sais appartenir à César, donne-le à César, car oui, je réclame ce qui est juste ; si je ne m'abuse, ton dieu ne bat pas la moindre monnaie, ...

      97-98 : quod Cæsaris scis, Cæsari da : claire allusion à l'Évangile (reddite ergo quæ sunt Cæsaris, Cæsari), encourageant indirectement le martyr à exécuter la suite : [reddite] quæ sunt Dei, Deo (-> v. 95-98). Le préfet utilise à nouveau la 2e pers. du sing. (cf. v. 85-88), mais reprend la 2e pers. du plur. au v. 107 nummos... reddite - ordre qui, lui, ne sera pas exécuté.

      98 : nempe : par erreur ou par conjecture, Lavarenne donne namque. iustum : adj. substantivé au sens individuel et concret de 'chose juste' (sens général abstrait v. 58 ; ->).

      99 : ni fallor : cette incise (perist. 10, 91 ; præf. 2 ; c. Symm. 2, 965) est ici fortement ironique (cf. Sen. Ag. 960 ; sur le sens restrictif ou au contraire affirmatif de cette expression, cf. Gnilka 1987, p. 234-237). haud ullam : périphrase pour nullam ; cf. v. 568 haud ullus (= nemo). Haud, rare chez Prudence, se retrouve en perist. 10, 584 ; 11, 153. 214 ; 14, 31.

      99-100 : tuus... deus : irrévérencieux (le martyr dira tuus Vulcanus, v. 403-404) ; les vv. suiv. évoquent la pauvreté du Christ sur le mode sarcastique ; s. Laurent rétorque en affirmant la richesse de l'Église (v. 113-116) et du Christ (v. 121-124). Cf. aussi v. 171 noster Deus.

      100 : signat... pecuniam : signare est utilisé à propos de métaux précieux chez Liv. 4, 60, 6 ; Plin. nat. 18, 12. Cf. apoth. 51-52 figura hominis nondum sub carne Moysi | obiecta effigiem nostri signauerat oris (incarnation du Christ). Cf. N.T. apoc. 7, 3-4 'Nolite nocere... quoadusque signemus seruos Dei nostri in frontibus eorum.' Et audiui numerum signatorum : CXLIV milia signati (cf. cath. 6, 131-132 frontem locumque cordis | crucis figura signet). Le juge ne pense qu'à l'argent, dont il parle de telle façon qu'il pourrait aussi s'agir d'hommes (inversément, -> v. 113-120) ; le martyr répondra avec l'expression univoque cui nummus omnis scribitur (v. 120).

      

      
101-104 " nec, cum ueniret, aureos
secum Philippos detulit,
præcepta sed uerbis dedit
inanis a marsuppio.
" ... et quand il est venu, il n'a pas apporté avec lui des philippes d'or, mais a donné ses préceptes avec des mots, la bourse vide.

      

      101 : cum ueniret : la venue du Christ, motif chrétien (de même, avec uenire, perist. 4, 10). aureos : employé aussi en fin des vv. 174. 276. 293 et 365 ; sur l'or, -> v. 48.

      102 : Philippos : pièces d'or à l'effigie de Philippe de Macédoine, père d'Alexandre le Grand ; le terme grec, utilisé dans la comédie nouvelle, est repris par Plaute (p.ex. Bacch. 230), puis par Horace (epist. 2, 1, 234 rettulit acceptos, regale nomisma, Philippos) dont Prudence s'inspire peut-être ici (cf. v. 96 nomisma). Le préfet veut faire du Christ un personnage de comédie, mais sera lui-même, de son propre aveu (v. 313-324), victime d'une mise en scène.

      103 : præcepta... dedit : de même, perist. 10, 17 ; c. Symm. 2, 1023. Præcepta désigne l'enseignement (perist. 9, 25), en part. la doctrine révélée (cath. 9, 65 ; c. Symm. 2, 270. 818). uerbis : même forme au v. 108 estote uerbis diuites.

      104 : inanis : 'vide', au sens concret (cf. perist. 10, 977) ; il peut signifier 'désargenté' (Plavt. Bacch. 517 ; Cic. Att. 7, 20, 1) ; son emploi avec ab ('sous le rapport de') semble sans parallèles. marsuppio : mot transcrit du grec marsipion, cf. psych. 598-601 auri | sordida frusta rudis, nec adhuc fornace recoctam | materiam, tiniis etiam marsuppia crebris | exesa, et uirides obducta ærugine nummos ; Plavt. Cas. 490 ; Varro Men. 391 ; Hier. epist. 6, 11, 3.

      
105-108 " Implete dictorum fidem,
qua uos per orbem uenditis,
nummos libenter reddite,
estote uerbis diuites ! "
" Remplissez les engagements de vos paroles, moyen de votre commerce à vous dans le monde, rendez de plein gré la monnaie, soyez à l'avenir riches de mots ! "

      105: implete... fidem : cf. perist. 5, 407 munus implet ; 10, 556 implet... dicta. fidem : -> 9, 20 ; le martyr reprendra ce terme, avec le même sens profane, dans sa critique de l'or (v. 199).

      106 : qua : abl. de moyen dépendant de uenditis (cf. les meilleurs mss) ; certains mss ont quæ (antécédent dictorum) ou quam (antécédent fidem ; uos serait apposé au sujet : 'comme vous le recommandez'). uos... uenditis : s'il n'est pas apposé au sujet, uos pourrait être objet de uenditis (= se uenditare, 'se vanter') ; cf. uenditis en fin du v. 75 (->). per orbem : de même, perist. 1, 4. Orbis n'a pas ici de connotation péjorative (cf. vv. 116. 415. 439 ; -> 13, 2).

      107 : nummos libenter reddite : au nom de l'Église, le martyr se désaisit de biens temporels (nummos, -> v. 50) au profit des pauvres (v. 157-160), non de l'empereur (sur l'ambiguïté des propos du préfet, -> v. 85). libenter : reprise de l'idée exprimée au v. 64 quod sponte obire debeas. Cf. aussi v. 94 (la mort acceptée comme une grâce) dicis 'Libenter oppetam...'. reddite : la confiscation est présentée comme une restitution volontaire de biens appartenant à l' État ; cf. v. 94 suum quibusque reddito (-> v. 97-100).

      108 : fin du discours lourde d'ironie, volontaire ou non. Le martyr paiera le préfet de mots, ce qui lui sera reproché (v. 313-324) ; contrairement aux soldats de César qui ont besoin d'or et d'armes (cf. vv. 13-14. 91-92. 502), le soldat du Christ vainc par la parole (prière et exorcisme, -> v. 457-472). estote : seul emploi chez Prudence. uerbis diuites : le préfet, matérialiste, ne s'intéresse qu'à l'or, et laisse aux chrétiens ce qu'il croit inconsistant, les paroles : cf. v. 103-104 præcepta sed uerbis dedit | inanis a marsuppio (uerbis à la même position du v.).

      
109-112 Nil asperum Laurentius
refert ad ista aut turbidum,
sed ut paratus obsequi
obtemperanter adnuit.
Laurent ne rétorque à cela rien de désagréable ou d'emporté, mais, comme s'il était prêt à obéir, acquiesce en ob-tempérant.

      109 : asperum : s. Vincent n'observe pas la même retenue qu'ici lors de sa première comparution : cf. perist. 5, 42-44 (paroles du juge) audesne... | ius hoc deorum et principum | uiolare uerbis asperis... ? De même, il est dit de ste Eulalie : terruit aspera carnifices (perist. 3, 14).

      110 : refert ad ista : s. Vincent est plus agressif, cf. perist. 5, 145 his contra... refert.

      112 : v. redondant, avec 2 termes reprenant obsequi (v. préc.). obtemperanter : rare, cf. Avg. ciu. 16, 25. adnuit : fin de v. analogue à propos de l'exaucement des prières adressées au martyr : v. 564 quibus rogatus adnuis (-> ; correspondances, opposition apparence / réalité).

      113-120 : le défi pourrait faire surgir des soupçons chez le préfet s'il n'était aveuglé par sa cupidité ; le martyr lui fait miroiter des biens considérables, attribués au Christ (-> v. 122). Ces richesses sont humaines : les ascètes par nécessité ou par vocation (v. 289-308), peut-être aussi les martyrs, dont les reliques constituent le trésor des basiliques (cf. vv. 529-536. 541-544). Leur évocation reprend les termes du préfet : or (v. 115 auri, cf. vv. 68. 71), argent (v. 118 argenteorum enigmatum, cf. v. 69), monnaie avec une effigie (v. 120 cui nummus omnis scribitur, cf. vv. 96. 100), cassette (v. 122 locupletis arcam numinis, cf. v. 54-55). Il est question dans les 2 cas de vaisselle précieuse : vv. 68-72 (vases liturgiques, chandeliers) et 130 (Christi supellex).

      
113-116 " Est diues, " inquit, " non nego,
habetque nostra Ecclesia
opumque et auri plurimum
nec quisquam in orbe est ditior.
" Elle est riche ", dit-il, " je ne le nie pas, notre Église, et elle possède des ressources et de l'or en très grande quantité ; personne sur terre n'est plus riche.

      113 : est diues : le martyr 'avoue' ce que lui impute le préfet, en reprenant ses termes conclusifs (v. 108 estote uerbis diuites ; ->) ; diues est aussi employé à propos du nombre des martyrs romains, v. 543-544 quam diues urbanum solum | sacris sepulcris floreat (-> v. 543). non nego : cf. perist. 10, 207 ; la réponse, paradoxale, n'est ni une dénégation, ni un refus.

      114 : habetque : repris au v. 117 (richesses de l'empereur) et dans l'invitation à voir les richesses de l'Église, v. 171-172 quas noster Deus | prædiues in sanctis habet. Ecclesia : l'institution (vv. 159. 305), au v. 82, l'édifice (->) ; Ecclesia n'apparaît ailleurs qu'en cath. 12, 187.

      115 : opumque et auri : équivalent d'et opum et auri (cf. v. 66). L'or est comme l'emblème des opes (-> v. 48 ; cf. la diatribe contre l'or, v. 189-204). Avec argenteorum enigmatum (v. 118 : le numéraire), on a une triade qui se retrouve quand le martyr invite le préfet à voir les trésors de l'Église : coramque dispositas opes (v. 170), uasis aureis (v. 174), structos talentis ordines (v. 176).

      116 : in orbe : expression renforçant nec quisquam ; cf. perist. 4, 115-16 sola tu morti propriæ superstes | uiuis in orbe (sur orbis, -> v. 106). ditior : Prudence n'utilise ce comparatif qu'ici et à la fin du v. 312 (et ipse fies ditior), qui conclut le discours de s. Laurent ; reprise de l'idée des vv. 108 (diuites) et 113 (diues ; ->). Utilisés en lien avec l'adj. diues, ditior et ditissimus dérivent formellement de dis (équivalent de diues employé au v. 54 et en ham. 796. 859).

      
117-120 " Is ipse tantum non habet
argenteorum enigmatum
Augustus arcem possidens
cui nummus omnis scribitur.
" Celui-là même ne possède pas autant d'ef-figies en argent, Auguste, qui possède le trône élevé, au nom de qui toute monnaie est frappée.

      117 : is ipse : même début de v., v. 395. tantum : corrélatif de quantité avec le gén. partitif enigmatum (v. 118) ; second terme de la comparaison (quantum Ecclesia) sous-entendu.

      118 : argenteorum enigmatum : cf. psych. 527 argenti emblemata ; la mention de l'argent suit celle des richesses et en part. de l'or (-> v. 115) ; de même, v. 68-69 (-> 14, 102). enigmatum : nom d'origine grecque (ainigma), ici l'effigie de l'empereur sur les monnaies (cf. cath. 10, 133-140). Prudence se réfère au sens d'enigma en N.T. I Cor. 13, 12 et, en général, à l'homme image de Dieu (V.T. gen. 1, 27), cf. cath. 10, 4 hominem, Pater, effigiasti ; apoth. 807.

      119-120 : apposition au sujet is ipse (v. 117), rejetée à la fin de la phrase.

      119 : Augustus : désignation de l'empereur (de même, Cæsar : -> v. 95) ; rare, cf. Ov. met. 15, 860 ; Sen. clem. 1, 14, 2 ; Ivv. 10, 74. En c. Symm. 2, 764, le poète interpelle l'empereur régnant en l'appelant Auguste. arcem : sens proche de celui d'imperium ('pouvoir' et 'empire' : cf. ham. 18) ; utilisé à propos du Royaume des cieux aux vv. 272 in arce... Patris ; 555 æternæ in arce curiæ (-> 14, 125). possidens : cf. v. 462 alter cathedram possidens (s. Pierre) ; à l'opposition ciel/terre suggérée par la correspondance entre 2 acceptions d'arx se superpose une opposition entre Église et Empire (thèmes développés et explicités chez Avg. ciu.).

      120 : le martyr exprime son accord avec le préfet (v. 95-96 en Cæsar agnoscit suum | nomisma nummis inditum) et fait écho à son ordre (v. 107 nummos libenter reddite). cui : dat. d'intérêt. nummus omnis : cf. v. 481 tum pura ab omni sanguine ; sur nummus, -> v. 50. scribitur : même forme en fin du v. 130 (acception différente : ->). Le fait d'inscrire son nom constitue une marque de propriété ; ste Eulalie blessée par les bourreaux dira de même : scriberis ecce mihi, Domine (perist. 3, 136). De même, à propos de Constantin : Christus purpureum gemmanti textus in auro | signabat labarum, clipeorum insignia Christus | scripserat (c. Symm. 1, 486-488).

      
121-124 " Sed nec recuso prodere
locupletis arcam numinis,
uulgabo cuncta et proferam,
pretiosa quæ Christus tenet.
" Mais je ne refuse pas de produire la cassette de notre opulente divinité, je publierai et présenterai tout ce que le Christ possède de précieux.

      121 : nec : emploi au sens de non (cf. apoth. 976 ; c. Symm. 2, 512 ; Verg. ecl. 9, 6 quod nec uertat bene). nec recuso prodere : cf. Verg. Æn. 2, 126 recusat prodere. Usant d'une double négation (cf. v. 113), s. Laurent accepte de montrer les richesses du Christ - non de les donner (cependant, cf. v. 310-314) ; l'ambiguïté de prodere ('produire' ou 'livrer') sera partiellement levée au v. 123. On retrouve prodere en fin du v. 254 (silenda prurit prodere : le bavard) ; sans dévoiler des silenda, le martyr 'prêche' en montrant les richesses de l'Église.

      122 : locupletis... numinis : le martyr contredit le préfet (v. 95-104, pauvreté du Christ) ; cf. v. 298 ne pauperem Christum putes ; les richesses de l'Église (v. 113-116) sont en fait sa dot au Christ-Époux (v. 305-308). locupletis : cf. cath. 3, 171 locuples Deus. arcam numinis : év. double jeu de mots avec arcem (v. 119) et nummus (v. 120). Par opposition à l'arx, lieu fixe (terrestre ou céleste), l'arca (-> v. 54) est mobile, comme l'arche de Noé ou l'arche d'Alliance. numinis : le Christ (perist. 10, 946) ; ailleurs, Dieu (p.ex. cath. 1, 42) ou le Saint-Esprit (cath. 3, 142), et surtout des divinités païennes (perist. 3, 84 ; 5, 33. 68 ; 10, 211. 225. 265. 293).

      123 : uulgabo cuncta et proferam : suggérant que la faute provient de l'aveuglement du préfet, Prudence évite de faire du martyr un menteur et laisse transparaître ses intentions (se borner à montrer les richesses de l'Église). uulgabo : dernière syllabe abrégée (-> v. 297).

      124: pretiosa : cf. perist. 4, 14-15 quæque pretiosa portans | dona canistris (les martyrs, dons apportés au Christ par les cités lors du Jugement).

      
125-128 " Vnum sed orans flagito :
indutiarum paululum,
quo fungar efficacius
promissionis munere,
" Je ne réclame qu'une chose, mais en t'en priant : un petit peu de délai, afin que je m'acquitte avec plus d'efficacité du service de ma promesse, ...

      126 : indutiarum : 'répit' (ailleurs, 'trève'), cf. Cassiod. uar. 5, 34, 1 ; Cassian. inst. 2, 9, 2. Indutiæ désigne le délai, pour un débiteur, chez Ambr. Tob. 7, 27.

      127 : quo : subordonnant à valeur finale ; cf. ici le comparatif efficacius ; cf. v. 429 ; perist. 13, 19 ; 14, 13. efficacius : Prudence n'utilise efficax qu'ici et en perist. 5, 547 ; 10, 271. 807.

      128 : munere : même emploi, à propos de la fonction d'intercesseur exercée par le martyr glorifié, aux vv. 561-562 quæ sit potestas credita | et muneris quantum datum.

      

      
129-132 " dum tota digestim mihi
Christi supellex scribitur ;
nam calculanda primitus,
tum subnotanda est summula. "
" ... le temps que tout le mobilier du Christ soit inscrit dans l'ordre par mes soins ; car il faut d'abord faire le calcul, et puis inscrire au-dessous la petite somme. "

      

      129 : dum : 'le temps que' ; ailleurs (vv. 248. 263. 320. 505), 'pendant que'. digestim : 'en ordre', hapax legomenon dans la littérature latine. Sur les adv. en -im, cf. Lavarenne § 1210-1211. mihi : datif complément d'agent de scribitur (v. 130). Sur ce tour (cf. perist. 5, 105 ; 10, 952), rare en prose classique (p.ex. Cic. off. 3, 38), cf. Lavarenne § 299.

      130 : Christi supellex : attribution au Christ des biens de l'Église (-> v. 122). Supellex (au sens propre de 'vaisselle' en epil. 14) prend le même sens élargi en ham. 207 mundique omnis labefacta supellex (le mal dans le monde, après le péché originel). scribitur : même forme en fin du v. 120, désignant la marque du propriétaire ; ici, on a un inventaire (-> v. 162).

      131 : calculanda : 'calculer' ; rare tardif, cf. Ambr. epist. 23, 1 ; Symm. orat. 2, 2 ; Sidon. epist. 7, 9. primitus : adv. désignant ici une simple antériorité ('d'abord', 'en premier lieu') ; il évoque des événements du passé lointain en apoth. 1044 ; ham. 172.

      132 : subnotanda : cf. p.ex. Plin. epist. 1, 10, 9. summula : cf. Sen. epist. 77, 8 ; Ivv. 3, 7, 174 ; Cypr. epist. 6, 2, 5 ; Avson. 396, 23. Après la mention de richesses considérables, ce diminutif conclut le discours sur une note familière et aimablement ironique.

      

      
133-136 Lætus tumescit gaudio
præfectus ac spem deuorat,
aurum, uelut iam conditum
domi maneret, gestiens.
Joyeux, le préfet s'enfle de joie et dévore son espérance, transporté du désir de l'or, comme s'il demeurait déjà caché dans son foyer.

      133 : lætus : cf. perist. 10, 921 irridet hoc Asclepiades lætior ; ailleurs, se rapporte au martyr (perist. 3, 142 ; 10, 791) ou aux fidèles (perist. 1, 14. 119 ; 11, 209) ; redondance avec gaudio. tumescit : le préfet est un personnage passionné. Cf. c. Symm. 2, 154 pulchroque inflata tumescat honore. L'image de l'enflure (analogue à uapor : -> v. 345) suggère la vanité (-> 14, 101) : vv. 208 mens... turgida ; 238 inflatum ; 240 tendit ueneno intrinsecus ; 258 struma turgida. gaudio : ici, passion propre au monde (-> 14, 107) ; au v. 563, la joie de l'exaucement des prières.

      134 : præfectus : -> v. 46. spem deuorat : cf. Cvrt. 8, 6, 18 adeo pertinax spes est, quam humanæ mentes deuorauerunt ; Verg. Æn. 10, 648 spem turbidus hausit inanem. Inversion : on attendrait p.ex. spes auri deuorat eum gestientem La leçon spem, retenue par les éditeurs (cf. Cunningham 1971, p. 67), est celle des meilleurs mss ; d'autres ont spe (préférée par Meyer 1932), qui modifie l'équilibre de la phrase : aurum serait objet de deuorat, et gestiens, soit intransitif (comme exsultans ; -> v. 136), soit complété par conditum (aurum sous-entendu) ; expression bien attestée (Cic. Verr. II 1, 135 ; Att. 1, 16, 10), spe deuorat serait une lectio facilior banalisante. spem : ailleurs dans le recueil, spes n'a pas ce sens profane et est lié à la vertu théologale d'espérance, y c. (de manière atténuée) au v. 458 (-> 13, 43). deuorat : reprise, avec une idée de sauvagerie, de l'image du v. 45 uersat famem pecuniæ. Le martyr emploiera deuorare à propos de sa chair (v. 406 coctum est, deuora ; même place dans le v.) ; ici aussi, cor-respondance entre l'or espéré par le préfet et l'humanité offerte par l'Église (-> v. 113-120).

      135 : aurum : mise en évidence d'aurum (-> v. 48), quelle que soit la ponctuation du v. préc. : anastrophe s'il dépend de maneret, hyperbate s'il dépend de gestiens, rejet s'il dépend de deuorat. conditum : le préfet veut faire ce qu'il reproche aux chrétiens (-> v. 56 montes monetæ conditos), mais prétend que l'État exige cet argent pour financer la guerre (v. 89-92) ; cf. v. suiv.

      136 : domi maneret : il s'agit de thésauriser durablement (et secrètement, v. préc. conditum) l'or confisqué, au domicile du préfet. gestiens : insistance sur la force des passions.

      
137-140 Pepigere tempus tridui,
laudatus inde absoluitur
Laurentius, sponsor sui
et sponsor ingentis lucri.
Ils déterminèrent un temps de trois jours et dès lors, couvert d'éloges, Laurent est relâché, répondant de lui-même et répondant d'un gain considérable.

      137 : tempus tridui : délai prédit par s. Sixte (v. 28 : triduum en fin de v.) ; en demandant indutiarum paululum (v. 126), le martyr n'a pas forcé cet accomplissement.

      138 : laudatus : indication ironique de la servilité du préfet. inde : adv. à valeur locale et temporelle atténuées, qui marque avant tout une étape dans la progression du récit.

      139 : sponsor sui : thème classique (cf. Régulus : -> 5, 263) du héros se portant garant de son retour et tenant parole même au prix des pires souffrances après avoir déçu les attentes de l'ennemi. sponsor : terme répété au v. suiv. (seuls emplois chez Prudence), mettant sur le même plan le martyr et les richesses promises ; point de convergence des 2 interprétations de la richesse (humanité ; or), qui jusqu'ici se superposent dans l'ambiguïté (-> v. 113-120).

      140 : sponsor ingentis lucri : le martyr affirmera implicitement ne pas manquer à sa parole en concluant son discours (v. 309-312 eccum talenta, suscipe, | ornabis urbem Romulam, | ditabis et rem principis, | fies et ipse ditior). ingentis : adj. reprenant les expressions hyperboliques des vv. 113-120. lucri : péjoratif chez Prudence : cf. cath. 2, 44 ; c. Symm. 2, 1017.

      141-164 : dans ce '3e acte' du drame (cf. Introd. § 121), le martyr recrute des acteurs jouant leur propre rôle, disposés selon une mise en scène devant servir de leçon au préfet. Ce tableau rappelle la parabole du festin nuptial : N.T. Luc. 14, 21 'Exi cito (ici v. 141 cursitat) in plateas (v. 157 plateis omnibus) et uicos ciuitatis, et pauperes (cf. v. 143) ac debiles (cf. v. 142) et cæcos (cf. v. 145-148) et claudos (cf. v. 149-152 ; v. 149 claudus) introduc huc.' ; 23 'Exi in uias et sepes et compelle (v. 144 cogens) intrare ut impleatur domus mea' ; Matth. 22, 10 et egressi serui eius in uias congregauerunt (v. 144 congregans) omnes (v. 143 omnesque) quos inuenerunt malos et bonos.

      
141-144 Tribus per Vrbem cursitat
diebus, infirma agmina
omnesque qui poscunt stipem
cogens in unum et congregans.
En trois jours, il ne cesse de courir à travers la Ville, poussant à se réunir en un seul groupe les troupes infirmes et tous ceux qui mendient le sou.

      141-142 : tribus... diebus : abl. de durée (reprenant tempus tridui, v. 137) indiquant le temps requis pour l'accomplissement d'une action ; même tour p.ex. en perist. 6, 31.

      141 : per Vrbem : Rome (cf. v. 530 ; perist. 9, 105 ; c. Symm. [nombreux ex.]). cursitat : à côté de cursitare (perist. 10, 164 ; 12, 2), on a le fréquentatif simple cursare en cath. 7, 143.

      142 : infirma agmina : -> v. 342 ; expression désignant tout le genre humain en apoth. 1020 (cf. N.T. I Cor. 1, 27 infirma mundi elegit Deus ut confundat fortia ; chacun est infirmus relativement au Christ qui le sauve, même les martyrs : psych. 69 infirmos... ministros). Avant la pauvreté ou la maladie, qui appellent pitié ou justice distributive, c'est la faiblesse que le diacre vient secourir. agmina : s. Laurent, appelé dux (v. 3), organise de manière quasi militaire (cf. v. 161-164) les cateruæ pauperum (v. 179). Agmen désigne aussi les fidèles durant la persécution (perist. 10, 57), martyrs (perist. 11, 53) ou spectateurs (perist. 7, 35).

      143 : omnesque : hyperbole ; -que empêche d'identifier les infirma agmina aux seuls pauvres (cf. v. 296-304). qui poscunt stipem : périphrase (les mendiants ; cf. Ambr. Nab. 2, 8 stipem publicam postulare). stipem : stips (cf. c. Symm. 2, 911) désigne l'obole, pièce de peu de valeur (par opposition à l'or ou à l'argent, vv. 101-102. 118) ; le sing. souligne le contraste avec les talents (v. 51), monceaux de pièces (vv. 52. 56. 87), milliers de sesterces (v. 76).

      144 : redondance ; evergète, le martyr se substitue à l'État auquel est dévolu l'entretien de la plèbe annonaire. cogens : l'idée de contrainte inhérente à ce verbe exprime l'autorité du martyr (cf. perist. 4, 47-48 qui cinis gentes domitas coegit | ad iuga Christi), év. en référence au passage scripturaire cité plus haut (N.T. Luc. 14, 23 compelle intrare). in unum : le martyr est un artisan d'unité, qui rassemble des êtres disparates. Son oeuvre annonce son éloge du rôle unificateur de Rome, préparant l'union de l'humanité dans l'Église (cf. vv. 424. 432. 436).

      145-154 : évocation de l'aveugle (v. 145-148), du boiteux (v. 149-152) et du lépreux (v. 153-154). Ces affections physiques sont transposées sur le plan moral, dans l'ordre inverse, aux vv. 229-232 : uestros ualentes corpore | interna corrumpit lepra, | errorque mancum claudicat, | et cæca fraus nihil uidet. Ici, le poète prend soin de susciter la pitié (v. 145-152) avant le dégoût (v. 153-154) ; quand le martyr évoquera les puissants du siècle, il parlera surtout de leur aspect repoussant (vv. 237-260. 281-288). Cf. Introd. § 41 n. 116.

      
145-148 Illic utrisque obtutibus
orbes cauatos præferens
baculo regebat præuio
errore nutantem gradum
Là, celui qui met en avant les orbites vides des deux regards, dirigeait du bâton qui lui ouvrait la route sa marche chancelante dans ses détours ...

      145 : utrisque : au lieu du sing. (p.ex. v. 522), emploi du plur., peut-être (ici et en perist. 1, 71) pour des raisons métriques (non en perist. 10, 821). obtutibus : cf. v. 278 coram tuis obtutibus. Ce nom désigne aussi les yeux en perist. 10, 288. 433 (cf. Ambr. bon. mort. 3, 11).

      146 : orbes : cf. cath. 9, 36 apertis hac medella lux reducta est orbibus. cauatos : métaphorique (on a comme 'creusé' les orbites pour en retirer les yeux ou, métaphoriquement, le regard) ; cf. psych. 483 effossisque oculis. præferens : l'aveugle, exhibant son invalidité, veut susciter la pitié des passants (usage analogue de præferens en perist. 9, 12, contexte différent).

      147 : cf. psych. 482-485 lumine adempto | effosisque oculis, uelut in caligine noctis | cæcum errare sinit, perque offensacula multa | ire, nec oppositum baculo temptare periclum. baculo... præuio : le bâton guidant l'aveugle se trouve devant ses pas (præuio) ; præuius qualifie toute sorte de guide (cf. perist. 6, 10). baculo regebat : ironique - peut signifier 'il commandait avec son sceptre'.

      148 : cf. apoth. præf. 37 dum plura temptat, cæcus incerto gradu (un aveugle). errore nutantem : cf. vv. 231-232 errorque mancum claudicat | et cæca fraus nihil uidet ; 456 errans Iuli cæcitas ; psych. 569-570 nutabat uirtutum acies errore biformis | portenti. nutantem gradum : objet de baculo regebat.

      
149-152 et claudus infracto genu,
uel crure trunco semipes,
breuiorue planta ex altera
gressum trahebat imparem.
et le boiteux du fait d'un genou brisé, ou estropié avec une jambe raccourcie, ou encore avec un pied plus court que l'autre, traînait un pas inégal.

      149 : et : transition aisée, après la marche hésitante de l'aveugle ; cette succession reflète le modèle de N.T. Luc. 14, 21 (-> v. 141-164). claudus : plutôt que 1er d'une série (avec ensuite semipes et breuiorue), sing. collectif, sujet de trahebat. La claudication peut ici avoir 3 sources (cf. uel ; -ue) : genou brisé (v. 149), jambe amputée (v. 150), jambes de longueur inégale (v. 151).

      149-151 : genu, uel crure... planta : même séquence de genu et de crus en perist. 11, 140 ; sur la séquence de crus et de planta, -> 5, 251-252. C'est l'ordre a capite ad calcem des traités de médecine (-> 11, 137-140).

      150 : crure trunco : 2e cause de claudication accidentelle (comme la 1ère), mais liée à la longueur du membre estropié (comme la 3e). semipes : seul emploi dans la littérature latine du sens concret de cet adj., ailleurs unité de longueur (Vitr. 2, 3 ; Plin. nat. 17, 80) ou de mètre (Gell. 18, 15, 2 ; Avg. mus. 5, 47). Prudence utilise aussi p.ex. semustulatus (v. 348), semicombustus (perist. 10, 859), seminex (perist. 14, 50). Semipes est apposé à claudus (v. 149).

      151 : 3e cause de claudication, congénitale. planta : par synecdoque, la jambe (le pied, en Verg. Æn. 4, 259 ; cf. perist. 5, 251 ; 11, 104 ; de même, perist. 12, 17 sola). L'accent est mis sur la partie de l'objet en cause : si tel homme boite, c'est que la plante d'un de ses pieds est trop haute par rapport à l'autre ; cf. perist. 5, 479 (->). ex : idée de provenance.

      152 : cf. v. 147-148 regebat... errore nutantem gradum ; ici, la démarche des boiteux est plus difficile (trahebat au lieu de regebat) mais moins hésitante (imparem au lieu de errore nutantem). gressum : synonyme de gradus (v. 148). imparem : idée d'asymétrie, cf. v. préc.

      
153-156 Est, ulcerosis artubus
qui tabe corrupta fluat ;
est, cuius arens dextera
neruos in ulnam contrahat.
Il y a celui dont les membres couverts d'ulcères laissent s'écouler une sanie corrompue ; il y a celui dont la main droite, desséchée, contracte ses tendons vers l'avant-bras.

      153-154 : cf. v. 267-270 ulcerosos exuent | artus... | ... carne corruptissima | tandem soluti ac liberi.

      153 : artubus : le corps (synecdoque, -> 13, 13) ou plutôt les membres (v. 149-152, jambes ; v. 154-156, bras) ; abl. instrumental de point de vue (cf. perist. 3, 23).

      154 : tabe... fluat : cf. Verg. Æn. 3, 626 membra fluentia tabo ; 8, 487 ; Lvcan. 2, 166 cum iam tabe fluunt ; Cypr. patient. 18. corrupta : corrumpere est repris dans le discours du martyr aux vv. 230 interna corrumpit lepra ; 289-290 animabus... | corrupta forma infligitur ; cf. aussi v. 269.

      155-156 : les traits de ce rhumatisant souffrant d'arthrose sont repris (parfois à la même place du v.) dans le portrait de l'avare (v. 241-244 contrahit | manus recuruas, et uolam | plicans aduncis unguibus | laxare neruos non ualet), sujet de contrahere (et de plicare), contrairement à ce patient.

      155 : arens dextera : cf. N.T. Luc. 6, 6 erat ibi homo et manus eius dextra erat arida ; Matth. 12, 10 ; Marc. 3, 1. Fait aggravant, il s'agit de la main droite (-> 5, 139).

      156 : neruos : les tendons, les ligaments, voire les muscles, cf. v. 244 ; cath. 9, 102 ossa, neruos et medullas glutino cutis tegi ; ham. 940-942. ulnam : l'avant-bras, partie du corps par laquelle on exerce sa force (psych. 590) ou la perd, si l'on est enchaîné (perist. 10, 492 ; psych. 357). contrahat : cf. vv. 216. 241 (en fin de v.), formes non participiales de contrahere.

      
157-160 Tales plateis omnibus
exquirit, adsuetos ali
Ecclesiæ matris penu,
quos ipse promus nouerat.
Tels sont ceux que, sur toutes les places, il recherche, ceux que, habitués d'être nourris du garde-manger de l'Église mère, il connaissait lui-même comme intendant.

      157 : plateis : cf. N.T. Marc. 6, 56 in plateis ponebant infirmos. Cf. perist. 4, 71 Christus in totis habitat plateis (où totis équivaut à omnibus) ; 10, 164 plateas... per omnes cursitans ; 12, 57 ; 14, 39. 49. Dans tous ces cas, la syllabe -te- est longue, contrairement à l'usage de Catvll. 15, 7 ; Hor. epist. 2, 2, 71 ; prosodie artificielle, même si elle correspond au grec plateia. omnibus : ces recherches sont exhaustives et scrupuleuses (cf. aussi omnes, v. 143).

      158-159 : agissant ici pour l'Ecclesia mater, le diacre sera après sa mort un père nourricier, v. 569-572 ceu præsto semper adsies | tuosque alumnos urbicos | lactante complexus sinu | paterno amore nutrias. L'Église est aussi présentée comme mère en perist. 11, 229-230 maternum pandens gremium, quo condat alumnos | ac foueat, fetos adcumulata sinus.

      158 : exquirit : reprise de la forme utilisée au début du v. 54 (enquête du préfet ; ->).

      159 : Ecclesiæ matris : -> v. 114 ; cf. Tert. orat. 2 ; Cypr. epist. 9, 3 ; Ambr. hex. 6, 13 matri dedit Ecclesiæ nutriendos ; Avg. serm. 217, 6.

      160 : ipse : la relation de s. Laurent avec chacun des pauvres est personnelle, et non seulement fonctionnelle. promus : l'intendant qui distribue les secours (cf. N.T. act. 6, 1-6).

      
161-164 Recenset exim singulos
scribens uiritim nomina,
longo et locatos ordine
adstare pro templo iubet.
Ensuite, il les recense un à un, écrivant les noms de chaque homme et, les ayant rangés en une longue file, il leur ordonne de se tenir devant le sanctuaire.

      161 : recenset : à ce recensement correspond celui des puissants, cf. v. 280 ; la rationalité de l'action du diacre s'oppose aux prétentions du préfet, fondées sur des on-dit (-> v. 68). exim : rare (à côté de exin), cf. cath. 7, 126 ; uiritim (v. suiv.) semble lui faire écho.

      162 : le martyr connaît chacun des pauvres (v. préc. singulos, ici uiritim, cf. v. 129-130 dum tota digestim mihi | Christi supellex scribitur). scribens... nomina : paraphrase de recenset (v. préc.). Cf. perist. 1, 1-3 scripta sunt cælo duorum martyrum uocabula, | aureis quæ Christus illic adnotauit litteris ; | sanguinis notis eadem scripta terris tradidit ; 4, 161-172.

      163 : longo... ordine : cf. perist. 9, 79 ; expression récurrente chez Virgile (Æn. 2, 766 ; 6, 482. 754 ; cf. Clavd. 24, 328-329), suggérant le grand nombre des pauvres et la colonne des chiffres évoquée aux vv. 131-132 ; cf. v. 176 structos talentis ordines. locatos : -> v. 418.

      164 : adstare pro templo : cf. Verg. Æn. 8, 653 stabat pro templo. Ici, templum désigne une église (cf. vv. 173 ingens atrium [->] ; 178 sacratam ianuam). L'anachronisme, relatif (il y avait déjà des biens-fonds ecclésiastiques - confisqués), permet un parallèle avec la mention d'hymnes chantées dans l'atrium des églises (v. 515-516). Par rapport à la version (p.ex. Avg. serm. 303) selon laquelle le martyr fait défiler les pauvres dans la ville jusqu'au tribunal, la perspective est inversée : le préfet (v. 233-264) vient voir les pauvres. adstare : -> v. 72.

      165-356 : dans ce '4e acte' (cf. Introd. § 121), l'action (v. 165-184) cède vite la place aux discours : explications du martyr (v. 185-312), réplique du préfet (v. 313-356) ; les vv. 357-360 décrivent l'exécution de ses ordres (préparation du supplice).

      
165-168 Præscriptus et iam fluxerat
dies : furebat feruidus
iudex auaro spiritu,
promissa solui efflagitans.
Le jour prescrit s'était déjà écoulé : fébrile, le juge à l'esprit cupide était en fureur, ré-clamant avec empressement que ce qui avait été promis fût accompli.

      165-166 : præscriptus... dies : le 3e jour après la comparution, moment providentiel (-> v. 31), prédit par s. Sixte (v. 28) et décrété ensuite par le préfet ; dies est mis en évidence par son rejet. fluxerat dies : seul recours chez Prudence de l'image de l'écoulement du temps.

      166 : furebat feruidus : cf. perist. 5, 468 furore feruens ; 12, 23 feruidum furorem. L'émotion du préfet (-> v. 313 furens), semblable à la fureur d'un possédé (-> v. 47) et à celle de l'ambitieux (vv. 249. 251-252 ille feruens ambitu... mersisne anhelat febribus | atque igne uenarum furit), contredit ce qu'il disait, cf. v. 61-62 abest atrocioribus | censura feruens motibus.

      166-167 : feruidus iudex auaro spiritu : un groupe important de mss (en part. BVNEMOSU) a la leçon feruido iudex auarus spiritu, intervertissant la fonction des épithètes.

      167 : iudex : le préfet ; cf. v. 399 ; perist. 5, 6. 94 ; 6, 34 ; 10, 386. 447. 866. 997. 1102 ; 11, 59 ; 13, 65 ; 14, 16 ; on a aussi præfectus, -> v. 46. auaro spiritu : équivalent d'auarus (cf. cath. 11, 85 fideli spiritu). L'auaritia du préfet (cf. v. 45 uersat famem pecuniæ) sera comme illustrée par le portrait de l'avare (v. 241-244 ; cf. v. 241, avec auarus à la même position qu'ici dans le v.) ; il s'agit non pas de lésinerie, mais de cupidité (cf. psych. 254-255 ; c. Symm. 2, 1017).

      168 : promissa solui : même expression chez Cic. fam. 12, 30, 4 (cf. perist. 13, 69 ; cath. 12, 176). efflagitans : de même, la 1ère demande du préfet, v. 63 blande et quiete efflagito (->).

      
169-172 Tum martyr : " Adsistas uelim
coramque dispositas opes
mirere, quas noster Deus
prædiues in sanctis habet.
Alors, le martyr : " J'aimerais que tu te présentes et que tu admires les ressources qui ont été disposées publiquement, celles que notre Dieu, richissime, possède dans ses saintes demeures.

      

      169 : martyr : le 'martyre' (témoignage, souffrances et mort) commence. Martyr, utilisé au v. 15, se retrouve aux vv. 330. 359. 509. 516. 519. 579. Il est utilisé dans tous les poèmes du recueil, sauf perist. 8 et 12 (d'où uir est aussi absent [-> v. 37]). uelim : verbe régissant (sans subordonnant) adstistas et mirere ; cf. perist. 10, 880. 1136-1139 ; Cic. fam. 9, 12, 2.

      170 : coramque : cf. vv. 278 coram tuis obtutibus ; 547. dispositas opes : cf. v. 176 structos talentis ordines (par opposition à l'idée du préfet de richesses amassées en vrac, vv. 52 cumulosque congestos ; 87 exaggeratos) ; les pauvres ont été alignés (v. 163 longo... locatos ordine).

      171 : mirere : jeu sur les sens d''admirer' (v. 302 miraris intactas anus : discours du martyr) ou d''être étonné' (v. 314 mirus : réponse du préfet). noster Deus : cf. v. 99-100 tuus... deus.

      172 : prædiues : de même, v. 122 locupletis... numinis (le Christ ; ->). sanctis : soit le sanctuaire, soit les 'saints', c'est-à-dire les chrétiens (-> v. 80). Les 2 sens convergent avec la doctrine paulinienne de l'homme, temple de l'Esprit-Saint (I Cor. 3, 16 nescitis quia templum Dei estis et Spiritus Dei habitat in uobis ? ; 6, 19 ; II Cor. 6, 16 uos enim estis templum Dei uiui ; Eph. 2, 22), évoquée en perist. 10, 346-350 ; cath. 4, 16-18 ; c. Symm. 2, 249-255 ; psych. 819. 822.

      
173-176 " Videbis ingens atrium
fulgere uasis aureis
et per patentes porticus
structos talentis ordines. "
" Tu verras un péristyle immense resplendir de vases dorés et, à travers les portiques béants, les piles de lingots entassés. "

      173-174 : le motif de l'éclat de l'atrium comporte év. un jeu de contrastes avec l'étymologie ater du nom ; cf. perist. 3, 192 atria luminat alma nitor ; cath. 5, 25-26 ; psych. 912-913.

      173 : uidebis : comme promis (vv. 121 nec recuso prodere ; 123 uulgabo cuncta et proferam), le martyr dit au préfet qu'il pourra voir les richesses de l'Église, non s'en emparer. Videre est fréquent dans ce poème où l'opposition entre être et paraître constitue, avec l'idée du regard sur les réalités invisibles, un moteur de l'action : vv. 23. 232. 281. 380. 473. 521. 547. 557. ingens atrium : cf. Pavl. Nol. epist. 32, 15 atria spatiosa patebant ; évocation anachronique des grandes basiliques du ive s., avec leur péristyle (atrium ; v. 175 porticus, ->). Au plur, atrium semble désigner (par synecdoque) l'église au v. 515 et en perist. 3, 192 ; apoth. 447.

      174 : fulgere : le préfet espérait des fulgidæ | montes monetæ conditos (v. 55-56) - mais il ne verra même pas (v. 373-380) le seul fulgor dont il sera question, celui du visage du martyr (v. 362 fulgorque circumfusus est). uasis aureis : les vases sacrés précieux, mentionnés par le préfet (v. 65-72) ; image reprise en epil. 25. 29, où Prudence se compare à un vase d'argile (cf. Costanza 1976, n. 27 p. 135-136). aureis : -> v. 101.

      175 : triple allitération en p-. patentes porticus : probable allusion aux grilles de bois, amovibles, fermant l'entrecolonnement des portiques ; ici, elles sont ouvertes, pour permettre au préfet de voir les pauvres mis à l'abri. Cf. Evs. Cæs. hist. eccl. 10, 4, 39 ('... quatre portiques fermés sur eux-mêmes... une sorte d'enceinte à quatre côtés, avec des colonnes qui s'élèvent de partout : les intervalles qui séparent ces colonnes sont fermés par des barrières de bois, disposées en réticule, qui s'élèvent à une hauteur convenable') ; Pavl. Nol. carm. 28, 44-47 circumiectis in porticibus spatiari | copia larga subest interpositisque columnas | cancellis fessos incumbere et inde fluentes | aspectare lacus. C'est là que se tenaient catéchumènes et pénitents (cf. Greg. Tvr. hist. 5, 49). En perist. 11, 164, on a des atria et porticus souterrains. patentes : contrairement aux dires du préfet (cf. vv. 81-82. 88), l'Église ne cache rien, est un lieu ouvert.

      176 : structos... ordines : cf. vv. 163. 170 (->). Structos évoque l'empilement de nombre de lingots, tels les briques d'un édifice. talentis : cf. v. 309 eccum talenta, suscipe ; -> v. 51.

      
177-180 It ille nec pudet sequi ;
uentum ad sacratam ianuam,
stabant cateruæ pauperum,
inculta uisu examina.
Celui-là y va et n'a pas de vergogne à le suivre ; l'on arriva à la porte sacrée : des bandes de pauvres s'y tenaient debout, essaims d'apparence débraillée.

      

      177 : nec pudet sequi : attiré par l'or, le préfet suit le martyr sans vergogne ; ce dernier lui dira (v. 197) : pudor per aurum soluitur:

      178 : uentum : est sous-entendu (cf. perist. 5, 213). sacratam ianuam : la porte symbolise l'office du diacre (vv. 41. 43 claustris sacrorum præerat... fidis gubernans clauibus) et constitue le lieu de passage du profane au sacré (perist. 10, 351 sacrato in limine).

      179 : stabant : en restant immobiles, les pauvres obéissent au diacre (cf. v. 164 adstare pro templo iubet) sans menacer aucunement préfet, même s'il est humilié (cf. v. 181). On a une correspondance avec le v. 483, qui commence avec stabunt (statues devant les temples) : devant l'église, les pauvres sont repoussants mais vertueux, alors que les oeuvres d'art païennes sont belles mais pernicieuses. cateruæ : terme à connotation militaire (cf. agmina, v. 142), désignant des foules (-> 11, 213) ; cf. v. suiv. examina.

      180 : inculta uisu : supin en -u avec un adj. ; de même avec uisu, perist. 9, 13 ; 10, 1043. L'aspect des pauvres contraste avec leur beauté intérieure, promise à se manifester dans la vie éternelle (cf. v. 273-276) ; de même, à propos de la voie droite, c. Symm. 2, 885-888 prima uiæ facies inculta, subhorrida, tristis, | difficilis, sed fine sui pulcherrima, et amplis | prædita diuitiis, et abundans luce perenni, | et quæ præteritos possit pensare labores. À cette apparence s'oppose celle de l'escorte du préfet (cf. vv. 234. 237). examina : ce terme peut suggérer le bourdonnement, la rumeur de la foule.

      

      
181-184 Fragor rogantum tollitur ;
præfectus horrescit stupens,
conuersus in Laurentium
oculisque turbatis minax.
La clameur des quémandeurs s'élève ; le préfet, stupéfait, est horrifié ; il se tourne vers Laurent, avec les yeux troublés, menaçant.

      

      181 : rogantum : participe prés., gén. plur. en -um (fréquent en poésie ; cf. Lavarenne § 94) ; ici substantivé, il désigne les mendiants (v. 143 qui poscunt stipem).

      182 : præfectus : -> v. 46. horrescit stupens : cf. perist. 10, 961 horror stupentem persecutorem subit ; cf. Verg. Æn. 2, 204 horresco referens. L'horror se retrouve chez les païens avec l'odeur du bûcher du martyr (v. 390-392), et chez le martyr à propos des dieux (v. 450).

      184 : tel un possédé (-> v. 47), le préfet est sous l'emprise de passions violentes et contra-dictoires ; le martyr fera mine de s'en étonner (v. 185-186 quid frendens, ait, | minitaris aut quid displicet ?), sans tenir compte de la menace. oculisque turbatis : ce trouble (cf. perist. 5, 203 insana torquens lumina) est un signe de faiblesse ; au contraire, v. 193-194 nil asperum Laurentius | refert ad ista aut turbidum. minax : cf. v. 185-186 quid frendens... | minitaris (-> 14, 17).

      185-312 : le martyr explique sa mise en scène, disant d'abord la véritable nature de l'or (v. 185-202) ; cf. Ambr. off. 2, 28 hi sunt thesauri Ecclesiæ : et uere thesauri, in quibus Christus est, in quibus Christi fides est. denique Apostolus ait : 'Habemus thesauri in uasis fictilibus'. quos meliores thesauros habet Christus, quam eos, in quibus esse dixit ? (...) quos meliores Iesus habet thesauros, quam eos, in quibus amat uideri ?

      
185-188 Contra ille : " Quid frendens, ait,
minitaris aut quid displicet ?
Num sordida hæc aut uilia,
num dispuenda existimas ?
Mais celui-ci : " Pourquoi ", dit-il, " me menaces-tu en grinçant des dents ? qu'y a-t-il qui te déplaise ? Ce que tu vois, l'estimes-tu par hasard sordide ou vil, l'estimes-tu méprisable ?

      185-188 : quid... quid... num... num : 2 doubles questions rhétoriques ironiques.

      185 : rendens : cf. perist. 5, 204 spumasque frendens egerit (le juge ; le v. préc. est proche aussi de perist. 5, 203) et 393 ; ce trait se retrouve chez les possédés, -> v. 47.

      186 : minitaris : reprise de l'idée exprimée par minax (v. 184 ; -> 14, 17).

      187 : sordida... uilia : avec ses valeurs esthétique et éthique, la catégorie du sordide est évoquée par le préfet, qui considère les pauvres comme sordidi ou sordidati (v. 273), et par le martyr, qui qualifie ainsi l'or (v. 195) et utilise sordes à propos du paganisme (vv. 263. 475).

      188 : dispuenda : dans les bons mss, on trouve souvent le préfixe di- remplaçant de- (cf. Lavarenne §§ 19. 21), comme ici, pour le verbe despuere. existimas : même forme en fin de v. dans la réponse du préfet, cf. v. 317-319 impune tantas... | strophas... | te nexuisse existimas ?

      189-196 : cf. ham. 259-260 dum scatebras fluuiorum omnes et operta metalla | eliquat ornatus soluendi leno pudoris ; Manil. 5, 520-537 ; Ov. met. 1, 138-140 ; Rvt. Nam. 351-368. En perist. 5, 69-70, le martyr parle de métallurgie pour suggérer la grossièreté des idoles. L'or (-> v. 48) figure le destin des pauvres : leur valeur est invisible au préfet et leur éclat ne peut être dégagé de sa gangue terreuse que dans la souffrance (v. 192 poenalis... labor) et par une purification (v. 196 flammis necesse est decoqui) ; comme le martyr torturé ainsi (v. 361-380), ils brilleront, glorieux.

      
189-192 " Aurum, quod ardenter sitis,
effossa gignunt rudera,
et de metallis squalidis
poenalis excudit labor,
" L'or, dont la soif te brûle, ce sont des gravats extraits du sol qui le produisent, et un labeur de forçat l'extrait de mines affreuses, ...

      189 : aurum, quod... sitis : cf. vv. 45 famem pecuniæ (->) ; 250 sitimque honoris æstuans ; perist. 14, 102-103 argenti et auri uim rabida siti | cunctis petitam ; ham. 396 sitis auri ; Hor. epist. 1, 18, 23 argenti sitis importuna famesque. L'image de la soif s'applique aussi à la vaine gloire (cf. v. 250) ; ambivalente, comme l'idée de boire (-> 5, 152), elle exprime le désir, bon ou mauvais. Sitire a aussi un objet direct (cf. Cic. Phil. 5, 20) en perist. 12, 44 ; ham. 587. ardenter sitis : cf. Cic. Tusc. 5, 16 eo grauius ardentiusque sitientem ; sur la soif et de la brûlure, expressions de désir, -> 5, 356. Ardens se retrouve au v. 404 (Vulcanus ardens) à propos du bûcher du martyr (feu visible inoffensif, par opposition au feu caché et douloureux).

      190 : gignunt : à cette génération naturelle de produits du sol (cf. Cic. nat. 1, 4 ; Ac. 1, 26) s'oppose la production au moyen de techniques humaines (cf. v. 192 excudit).

      191 : metallis : les mines, d'où sont extraits les métaux (ham. 104. 259 ; c. Symm. 2, 287) ; ailleurs, ce nom a le sens (tardif) de 'métal' (-> 11, 193). squalidis : proche de sordidus (v. 187), employé en ham. 261-262, après le passage sur la recherche de l'or : dum uenas squalentis humi scrutatur inepta | ambitio scalpens naturæ occulta latentis (recherche de pierres précieuses).

      192 : poenalis... labor : des condamnés étaient envoyés aux mines (Tac. Agr. 32, 5 tributa et metalla et ceteræ seruentum poenæ), peine infligée à s. Hippolyte (cf. perist. 11). Poenalis labor désigne un travail difficile, un 'travail de forçat' ; cf. les souffrances des pauvres (v. 228 : -> v. 189-196). excudit : avec de au lieu du dat. (Verg. Æn. 1, 174) ou de ex (Cic. nat. 2, 129).

      
193-196 " torrens uel amnis turbidis
uoluens harenis implicat ;
quod terrulentum ac sordidum
flammis necesse est decoqui.
" ... ou bien c'est une rivière torrentueuse qui, en le roulant, l'enveloppe dans les sables qui la troublent ; cet or, limoneux et crasseux, il est nécessaire de le fondre dans les flammes.

      193 : torrens uel amnis : torrens est épithète d'amnis (uel est postposé).

      194 : uoluens... implicat : cf. perist. 14, 97 quod mundus omnis uoluit et implicat.

      195-196 : cf. cath. 7, 77-78 non secus quam si rudis | auri recocta uena pulchrum splendeat (baptême).

      195 : terrulentum : cet adj. n'est employé dans la littérature latine que chez Prudence, ici et en perist. 10, 378 rem spiritalem terrulente quærere ; ham. præf. 5. sordidum : -> v. 187.

      196 : l'image de l'or purifié au feu est fréquente dans l'Écriture : Iob 23, 10 probauit me quasi aurum quod per ignem transit ; prou. 17, 3 ; 27, 21 ; Sir. 2, 5 in igne probatur aurum..., homines uero receptibiles in camino humiliationis ; Is. 1, 25 excoquam ad purum scoriam tuam ; Zach. 13, 9. Cf. Cypr. op. et el. 14 sordibus tuis tamquam igne decoctis. flammis : allusion aux flammes du bûcher, qui n'est pas reprise dans la narration de l'épisode du gril (au contraire de decoqui, cf. v. 398 decoxit exustum latus). decoqui : cf. c. Symm. 2, 286 ; 331 (au figuré) ; apoth. 725.

      
197-200 " Pudor per aurum soluitur,
uiolatur auro integritas,
pax occidit, fides perit,
leges et ipsæ intercidunt.
" La vertu se brise en recourant à l'or ; avec l'or, la probité est altérée, la paix meurt, la loyauté périt, les lois elles-mêmes trépassent.

      197-200 : cf. perist. 10, 356-358 frontis pudorem, cordis innocentiam | pacis quietem, castitatem corporis, | Dei timorem, regulam scientiæ ; 14, 102-103 argenti et auri uim rabida siti | cunctis petitam per uarius nefas (cf. Introd. § 103) ; ham. 257-258 ; l'or (-> v. 48) anéantit des valeurs morales et aussi les valeurs chrétiennes. Ce motif (p.ex. Tert. cult. fem. 2, 3) a des modèles profanes : Verg. Æn. 3, 56-57 quid non mortalia pectora cogis | auri sacra fames ; 8, 364 ; Hor. carm. 3, 495-498 aurum irrepertum et sic melius situm, | cum terra celat, spernere fortior | quam cogere humanos in usus | omne sacrum rapiente dextra ; Plin. epist. 7, 26 ; Ov. met. 1, 129-131 (fuite de pudor et de fides, arrivée de l'amor sceleratus habendi) ; Prop. 1, 1 ; Tib. 1, 9, 17-20. 31-32.

      197-198 : Jupiter, qui se transforme en pluie d'or pour posséder Danaé (c. Symm. 1, 78 nummos fieri et gremium penetrare puellæ), sera chassé par le martyr (v. 465-472, cf. v. 465 adulter Iuppiter).

      197 : pudor... soluitur : cf. perist. 10, 509 ; Verg. Æn. 4, 55 soluitque pudorem ; Manil. 4, 508 ; Avson. 28, 2, 100. Le martyr évoque peut-être l'attitude du préfet (v. 177 it ille nec pudet sequi) ou du débauché (portrait, v. 245-248). Pudor n'apparaît dans le recueil que dans les 'passions dramatiques' et en perist. 14 (motif récurrent, -> 14, 23). per aurum : per exprime l'instrument de l'action (repris au v. suiv. par auro : polyptote et uariatio). Sur aurum, -> v. 48.

      198 : uiolatur... integritas : uiolare a une connotation sexuelle, comme uiolabile en perist. 14, 55 (->) ; sens plus général en perist. 5, 44. 158. Integritas n'est employé chez Prudence qu'ici et en perist. 14, 35. La chasteté est aussi mentionnée au v. 302 miraris intactas anus.

      199 : pax : dans le recueil, pax désigne la sérénité et l'ordre plutôt que l'absence de conflits armés (-> 5, 514) ; ici, tous les sens sont possibles, y compris 'paix civile'. fides : -> v. 105.

      199-200 : occidit... perit... intercidunt : synonymie, reprenant soluitur (v. 197) ; l'usage instransitif de ces 3 verbes tend à personnifier leurs sujets pax, fides et leges.

      200 : leges et ipsæ : il est question des leges civilisatrices au v. 424 (->). On a une mise en évidence comparable de ipse par la postposition de et, au v. 517 ipsa et senatus lumina.

      
201-204 " Quid tu uenenum gloriæ
extollis et magni putas ?
Si quæris aurum uerius,
lux est et humanum genus.
" Toi, pourquoi portes-tu aux nues ce poison de la gloire et lui prêtes-tu une grande valeur ? Si tu cherches un or plus vrai, il y a la Lumière, et le genre humain.

      201 : uenenum : métaphore (cf. Catvll. 44, 12 ; Prop. 2, 12, 19) ; uenenum, repris par uirus (v. 216), se retrouve au v. 240 tendit ueneno intrinsecus ; cf. perist. 5, 378-379 (->). gloriæ : la vaine gloire (cath. 1, 89-95 falsa et friuola, | quæ mundiali gloria | ceu dormientes egimus | ... | aurum, uoluptas, gaudium, | opes, honores, prospera, | quæcumque nos inflant mala).

      202 : putas : cf. v. 298 ne pauperem Christum putes.

      203-204 : brachylogie (si quæris [quid] uerius aurum [dici possit]), avec en outre une ambiguïté de quæris (le préfet veut-il voir ou avoir les richesses de l'Église ?).

      203 : aurum uerius : ces 2 mots résument l'explication du martyr : aurum (-> v. 48), au figuré, désigne un or 'plus vrai' (à ce sujet, -> v. 510). Le comparatif de uerus ne peut du reste être utilisé que s'il existe une pluralité de niveaux sémantiques (ainsi, en cath. 12, 173).

      204 : lux : repris au v. suiv. par lumen, les 2 termes désignant le Christ : N.T. Ioh. 1, 8 non erat ille [= Iohannes] lux, sed ut testimonium perhiberet de lumine ; cf. perist. 10, 318-319. humanum genus : même fin de v. en perist. 5, 46 ; cath. 1, 55 ; cf. mortale genus (v. 426), genus hominum (-> 13, 6). L'humanité forme le corps mystique de l'Église, dont tous sont membres en puissance ou en acte ; refuser le Christ revient à s'exclure de l'humanité (et de la romanité).

      
205-208 " Hi sunt alumni luminis,
quos corpus artat debile,
ne per salutem uiscerum
mens insolescat turgida.
" Ceux-ci sont des nourissons de la Lumière, qu'un corps infirme amoindrit, de peur que dans la santé des chairs l'esprit enflé ne devienne arrogant.

      205 : alumni luminis : jeu de sonorités et hébraïsme (cf. perist. 5, 137 alumni carceris [->] ; Tert. apol. 39, 6). Le lien des chrétiens avec la Lumière (au contraire des païens, enténébrés) se retrouve aux vv. 232. 377-380 ; cf. v. 299 gemmas corusci luminis (vierges et veuves). alumni : ces pauvres sont nourris par l'Église (v. 158-159 adsuetos ali | Ecclesiæ matris penu). Cf. v. 570-572 tuosque alumnos urbicos | lactante complexus sinu | paterno amore nutrias. luminis : reprise de lux (v. préc. ; ->) ; lumen peut désigner le Père ou le Fils (cf. le Credo de Nicée : Lumen de Lumine).

      206-208 : la vie des pauvres, martyre atténué, exacerbe la situation de tout mortel (perist. 10, 478-480 membra parui pendo quo pacto cadant, | casura certe lege naturæ suæ ; | instat ruina ; quod resoluendum est, ruat) ; leur faiblesse corporelle est presque la condition de la santé spirituelle et lui est proportionnée (perist. 12, 18 hoc mente maior, quo minor figura ; N.T. II Cor. 12, 10 cum enim infirmor, tum potens sum). Face au matérialisme s'affirme une vision ascétique (-> 5, 157).

      206 : corpus... debile : cf. Lvcan. 4, 951 debile fit corpus ; idée reprise aux vv. 225 per artus debiles ; 273 non sordidati aut debiles. Ici, il est question de la faiblesse des pauvres (cf. v. 142) ; le tableau des riches évoquera la maladie, la corruption (sauf v. 235 magis probabo debilem).

      207 : salutem : nom pouvant désigner aussi bien la santé (ici et p.ex. perist. 1, 119) que le salut éternel (p.ex. perist. 10, 471). uiscerum : le corps (par synecdoque) - en soi, désignation non péjorative (cf. perist. 3, 89 uiscera sobria ; 5, 506-507 sacra... uiscera).

      208 : mens : l'intériorité de l'homme, ici le siège des décisions morales (cf. v. 224 mentis et morum ulcera), ailleurs son âme immortelle (v. 552) ; au v. 436, sens collectif de 'mentalité', 'esprit' : mens una sacrorum foret. insolescat : inchoatif, cf. Sall. Catil. 6, 7 ; Hilar. Matth. 18, 1. turgida : cf. v. 258 strumas retexam turgidas (portrait de l'envieux). L'enflure est un signe pathologique d'immoralité (cf. apoth. 354 cum fermentati turgescant crimine mores ; cf. aussi v. 238).

      
209-212 " Cum membra morbus dissicit,
animus uiget robustior,
membris uicissim fortibus
uis sauciatur sensuum.
" Lorsque la maladie disloque les membres, la vigueur de l'âme est plus forte ; inversement, avec des membres robustes, la force des pensées est entamée.

      209 : membra : -> 14, 37 ; repris au v. 211 membris (polyptote) ; aux vv. 219 (fragmenta membrorum) et 360 (uincire membra), au sens propre. Le martyr comparera l'humanité à un corps, lui attribuant mens (v. 436 ; cf. v. 208) et membra (v. 438). dissicit : cf. cath. 1, 97.

      210 : relativisée, la douleur semble soutenir la vie intérieure (vv. 220 pulcher intus uiuere ; 226-228 intus decoris integri | sensum uenusti innoxium | laboris expertes gerunt) ; les païens sont dans la situation inverse (cf. vv. 224. 230). Cf. Cic. diu. 1, 63 iacet... corpus dormientis... uiget autem et uiuit animus ; Ivv. 10, 240 ut uigeant sensus animi. animus : reprend mens (v. 208) ; cf. perist. 3, 94. 143 ; 10, 54. 732. 771 ; 11, 177 ; 13, 38. uiget robustior : cf. v. suiv. fortibus et v. 212 uis.

      211 : membris... fortibus : cf. v. 229 ualentes corpore ; opposé de corpus debile (v. 206) et d'artus debiles (v. 225). uicissim : seul emploi dans le recueil. Cette idée d'opposition et de compensation fonde le raisonnement du martyr ; cf. aussi v. 289 inuersa uice.

      211-212: fortibus uis : cf. perist. 9, 65 este, precor, fortes et uincite uiribus annos ; cath. 1, 71.

      212 : uis... sensuum : sensuum reprend animus (v. préc.) : cf. perist. 10, 771 interpres animi, enuntiatrix sensuum ; cf. aussi perist. 1, 99 strangulant mentes et ipsas seque miscent sensibus. Vis est repris au v. 214 (minus ministrat uirium), sensus au v. 227 (sensum... innoxium).

      
213-216 " Nam sanguis in culpam calens
minus ministrat uirium,
si feruor effetus malis
elumbe uirus contrahat.
" En effet, le sang qui s'échauffe procure moins de forces pour fauter, si son bouil-lonnement, épuisé dans les maladies, contracte un venin dès lors sans vigueur.

      213 : sanguis et culpa sont aussi associés en apoth. 69 (sang du Christ : tristes purgantur sanguine culpæ). nam : la proportionnalité inverse entre santé physique et santé morale (quatrain préc.) reçoit une explication physiologique, basée sur la théorie médicale des humeurs. sanguis... calens : cf. v. 70 fumare sacrum sanguinem ; perist. 1, 7 ; psych. 50-51. 808. Ailleurs, calens exprime la vigueur de la passion (-> 14, 12). sanguis : le sang (-> v. 48), siège de la vie et de l'âme (-> 9, 89-92), joue un rôle important dans le processus décrit ici. in culpam : in (suivi de l'acc.) indique le but ou le résultat. Dans le recueil, culpa n'apparaît qu'ici et en perist. 9, 81.

      214 : minus ministrat : jeu de sonorités (homéoarques). minus... uirium : gén. partitif (seul ex. chez Prudence ; même tour avec plus en perist. 9, 64 ; 10, 700). Par ses sonorités, uirium (reprise de uis, v. 212) permet un éventuel rapprochement avec uirus (v. 216).

      215 : cf. c. Symm. 2, 1045-1046 ne pectoris æstus | flagret et effetis urat charismata uenis. feruor : même forme au v. 342 (->). malis : adj. substantivé à l'abl. de moyen. Ces maux sont physiques (par opposition à culpam, v. 213) : mutilations, maladie, douleur (v. 145-156).

      216 : elumbe : anticipation du résultat de contrahat. Elumbis (cf. psych. 314 elumbem mollire animum) a ici un sens actif. uirus : cf. v. 201 uenenum (->). Virus (venin d'un serpent) évoque souvent le démon, cf. cath. 3, 152 ; c. Symm. 1 præf. 32. 53. 78 ; ham. 531-532 maior inest uis illa homini, quæ flatile uirus | ingerit et tenuem tenui ferit ære mentem. contrahat : -> v. 156.

      

      
217-220 " Si forte detur optio,
malim dolore asperrimo
fragmenta membrorum pati
et pulcher intus uiuere.
" Si d'aventure on me donnait le choix, je préférerais subir, dans la plus cruelle des souffrances, que l'on me brisât les membres et avoir une belle vie intérieure.

      217 : detur optio : euphémisme présentant un dilemme imposé comme un libre choix.

      218 : malim : le martyr s'applique ce qu'il vient d'affirmer, manifestant sa libertas (-> v. 491) et lançant un défi. dolore asperrimo : au contraire, vv. 336 perire raptim non dabo ; 339-340 mors inextricabilis | longos dolores protrahet.

      219 : fragmenta : Prudence emploie aussi fragmen (apoth. 716) avec le même sens rare de 'brisure' (cf. Hil. in psalm. 2, 38 ; Ps.-Soran. quæst. med. 224 ; Petr. Chrys. serm. 160, p. 622b), au lieu de fractio (Hier. epist. 108, 8) ou fractura (Cels. 8, 10). membrorum : -> v. 209.

      220 : cf. v. 271 pulcherrimo uitæ statu (la béatitude éternelle ; ->) pulcher : de même, v. 291 pulcher aspectus. intus : adv. repris aux vv. 225-226 nostri, per artus debiles, | intus decoris integri ; cf. aussi, à propos de l'âme inaccessible aux tortures, perist. 5, 157 (->).

      

      
221-224 " Committe formas pestium
et confer alternas lues :
carnisne morbus foedior,
an mentis et morum ulcera ?
" Confronte les types de fléaux et compare ces pestes l'une après l'autre : est-ce la maladie de la chair qui est la plus affreuse, ou les ulcères de l'âme et des moeurs ?

      221-222 : construction du distique analogue à celle des versets des Psaumes : le second v. répète les termes du 1er, avec, parfois, une précision (alternas précise qu'il y a une alternative).

      221 : committe : s'étant appliqué sa doctrine sur le rapport entre beauté (ou santé) intérieure et extérieure, le martyr invite (question rhétorique, v. 223-224) le préfet à faire de même. formas pestium : la précision formas est amenée par l'usage de committere : committere pestes eût pu signifier 'lancer un fléau l'un contre l'autre'. Ailleurs (-> 11, 42), pestis désigne la persécution ; ici, les maux aussi bien physiques (cf. cath. 10, 105) que moraux (cf. psych. 259).

      222 : alternas : idée de succession de 2 éléments (cf. v. 223-224). lues : cf. Plin. nat. 29, 27 lues morum. En psych. 508. 558, lues désigne la Cupidité (vice du préfet, ici).

      223-224 : les termes de l'alternative seront chacun l'objet d'un quatrain (vv. 225-228 et 229-232, ce dernier étant développé aux vv. 233-264. 277-288 : vices cachés des puissants).

      223 : carnisne morbus : morbus est, au sens propre, toujours physique ; la métaphore du v. suiv. explique cette précision (v. 229 ualentes corpore ; ->). Sur caro, -> v. 269. foedior : péjoratif aussi bien sur les plans esthétique qu'éthique (cf. v. 78 ; opposé de pulcher, cf. v. 220).

      224 : cette métaphore ouvre une longue série de vices moraux, assimilés à des infirmités physiques ; cf. v. 230 par interna... lepra. mentis et morum : association sur un même plan de l''esprit' (mens ; -> v. 208), opposé à la chair (caro, v. préc), et de la vie morale (morum), dont la mens est le siège, opposée à la vie végétative et animale. ulcera : cf., au sens propre, vv. 153 ulcerosis artubus ; 267-268 ulcerosos... artus.

      
225-228 " Nostri, per artus debiles,
intus decoris integri,
sensum uenusti innoxium
laboris expertes gerunt ;
" Nos gens sont maladifs dans leur corps, mais ont leur noblesse intérieure intacte ; avec grâce, ils portent une sensibilité innocente, sans éprouver de peine ;

      225 : nostri : martyr et préfet apparaissent comme chefs de partis, non comme l'accusé face à son juge. De même, le quatrain suiv. commence par uestros et décrit l'apparence au 1er v., tandis que la réalité intérieure est l'objet des 3 vv. suiv. debiles : -> v. 206.

      226 : intus : -> v. 220. decoris integri : gén. avec integer (cf. Hor. serm. 2, 3, 65) ; écho du thème de l'integritas gâtée par l'or (v. 198), gardée chez les pauvres. decoris : comme pour pulcher (v. 220) et foedior (v. 223), connotations éthiques et esthétiques. Quand le martyr monte sur le bûcher, le decus caché se manifeste aux baptisés (v. 361 illi os decore splenduit).

      227 : sensum : quasi équivalent de mens ou animus (-> v. 212). uenusti : cf. cath. 10, 97-100 hæc quæ modo pallida tabo | color albidus inficit ora, | tunc, flore uenustior omni, | sanguis cute tinguet amoena (visage des ressuscités). innoxium : cf. v. 483 stabunt et æra innoxia (-> v. 482).

      228 : laboris : dans certains mss, on a lang(u)oris (Cunningham), probablement glose passée dans le texte. Labor peut prendre le sens de morbus, de uitium (ici) ou celui de 'travail' (v. 192 poenalis excudit labor - l'extraction pénible de l'or ; -> v. 189-196). expertes : -> 5, 246. gerunt : cf. perist. 1, 59 Dei formam gerentes ; 9, 11 ; psych. 767.

      
229-232 " uestros ualentes corpore
interna corrumpit lepra
errorque mancum claudicat
et cæca fraus nihil uidet.
" ... les vôtres, physiquement vigoureux, sont corrompus par une lèpre intérieure : l'erreur boite comme un estropié et la perfidie aveugle ne voit goutte.

      229 : uestros : opposé à nostri (v. 225 ; ->), repris au v. 233 par tuorum. ualentes corpore : faux pléonasme (cf. v. 223 carnisne morbus) suggérant l'existence aussi d'une santé et de maladies morales. ualentes : à la fois santé et force (cf. v. 244) ; les pauvres sont faibles et malades.

      230-232 : les 3 images décrivant la laideur intérieure des puissants reprennent, dans l'ordre inverse, les types d'affections physiques des vv. 145-154 : l'aveugle, le boiteux, le lépreux.

      230 : cf. v. 153-154 est, ulcerosis artubus, | qui tabe corrupta fluat. interna : cet adj. reprend intus (vv. 220. 226) ; cf. c. Symm. 1, 19-21 studuit quo pars hominis generosior intus | uiueret atque animam letali peste piatam | nosset ab interno tutam seruare ueneno. corrumpit : employé aussi à propos du corps des pauvres (-> v. 154) ; cf. v. 289-290 animabus inuersa uice | corrupta forma infligitur. lepra : seul emploi chez Prudence (cf. v. 286 leprosum [->]) ; lepra (au plur. chez Pline) est au sing. ici et dans la Vulgate (V.T. leu. 13-14) ; comme scabies (v. 256), maladie interprétée allégoriquement (cf. Method. Olynth. lepr. ; Theodoret. quæst. in leu. 15).

      231 : cf. le boiteux des vv. 149-152 claudus... gressum trahebat imparem. errorque : repris dans le portrait de l'aveugle (v. 148), désigne le paganisme au v. 445 (-> ; cf. v. 546 errans Iuli cæcitas). Comme fraus (v. suiv.), error est personnifié (sujet de claudicat). mancum : adj. employé adverbialement ; absent du portrait du boiteux (comme cæcus, v. suiv., de celui de l'aveugle).

      232 : opposition avec les chrétiens (alumni luminis, v. 205 ; ->) et parallèle avec l'aveugle (v. 145-148) ; la métaphore montre que la volonté et l'intelligence des païens sont atteintes ; cf. v. 377-380 impiorum cæcitas | os oblitum noctis situ, | nigrante sub uelamine | obducta, clarum non uidet. Le martyr voudrait que le préfet voie (-> v. 301-302). cæca : adj. qualifiant souvent le paganisme (-> v. 456) ; pléonasme avec nihil uidet. fraus : gradation par rapport à error (également personnifié) : on passe de l'erreur à la faute. uidet : -> v. 173.

      
233-236 " Quemuis tuorum principum,
qui ueste et ore prænitent,
magis probabo debilem,
quam quis meorum est pauperum.
" N'importe lequel de tes princes, qui brillent par l'habit et par l'allure, je prouverai qu'il est plus maladif que ne l'est l'un de mes pauvres.

      233 : quemuis : début d'une énumération de types de comportements ; ici l'indéfini (cf. v. 252 quiquis), ailleurs le démonstratif (vv. 237. 241. 245. 249) ou le plur. (v. 257-260). tuorum : pendant de meorum (v. 236), reprend l'idée de partis opposés (vv. 225. 229 nostri... uestros). principum : certains mss ont diuitum (parallélisme avec meorum... pauperum, v. 236) préféré par Cunningham, alors que Bergman et Lavarenne retiennent la leçon principum, qui est une lectio difficilior. Aux vv. 311. 473, princeps désigne l'empereur, au v. 460, sts Pierre et Paul.

      234 : ueste : habits précieux tels la toga picta (cf. v. 557-558 ; -> 14, 105) ou la soie (v. 237 serico) ; contraste avec l'apparence des pauvres (v. 273 sordidati) et avec l'aspect intérieur des pécheurs (v. 281 pannis... obsitos). ore : leçon de la plupart des mss ; pour Bergman, la leçon oro (ms. V) pourrait être la trace d'un texte auro (arguments : régularité métrique, spondée mieux que trochée ; intégration dans la thématique générale et dans une description visuelle ; correspondance avec le tableau des pauvres glorifiés : v. 275-276 purpurantibus stolis | clari et coronis aureis) ; mais une double corruption (auro > oro > ore) ancienne est peu probable, d'autant que l'erreur était aisée à corriger (prænitent appelle plus facilement auro qu'ore). Ore met en parallèle la jactance des païens et l'éloquence du martyr et, par son ambivalence (-> 5, 283), lie le visage illuminé du martyr (v. 361-362 illi os decore splenduit | fulgorque circumfusus est) et celui de s. Étienne (v. 370 oris corusci gloriam). prænitent : cf. cath. 7, 78-80 auri recocta uena pulchrum splendeat | micet metalli siue lux argentei, | sudum polito prænitens purgamine (le baptisé).

      235 : magis... debilem : Prudence n'utilise pas le comparatif debilior (Tac. hist. 4, 62, 2 ; Clavd. 2, 318), peut-être pour inister sur debilis (-> v. 206) ; cf. perist. 3, 9-10 ; ham. 710. probabo : le martyr promet une démonstration de ses affirmations (-> v. 563).

      236 : meorum... pauperum : correspondant de tuorum principum (ou, selon certains mss, tuorum... diuitum), v. 233 ; le martyr se pose en chef des pauvres de Rome, qu'il sert. est : mise en évidence la valeur indéfinie de quis (est est facultatif, cf. aphérèse avec de meorum).

      237-260 : comme à propos de l'or (v. 197-200), satire d'ordre moral. Cf. cath. 1, 89-95 falsa et friuola, | quæ mundiali gloria | ceu dormientes egimus | ... | aurum, uoluptas, gaudium, | opes, honores, prospera, | quæcumque nos inflant mala. Sauf le bavardage (v. 253-256) et la malignitas (v. 259-260), les vices critiqués sont contemplés par ste Agnès du haut des cieux ou se retrouvent, personnifiés, dans la Psychomachie : superbia (v. 237-240 ; perist. 14, 104-105 ; psych. 186-309) ; auaritia (v. 241-244 ; psych. 454-628) ; libido (v. 245-248 ; psych. 310-453) ; ambitus (v. 249-252 ; perist. 14, 100-101) ; inuidia (v. 257-258 ; perist. 14, 108-109). Le comble de l'immoralité est l'irréligion, le paganisme (attribué au préfet, v. 261-264) ; cf. perist. 14, 110-111 quod malorum tætrius omnium est, | gentilitatis sordida nubila ; psych. 799-822, où la lutte morale s'achève sur une allocution de la Foi, uirtutum regina Fides (psych. 716). De tels catalogues, fréquents chez Prudence et chez ses contemporains, dépeignent un fait complexe par des traits saillants plutôt que de manière abstraite et globale (cf. Introd. §§ 35. 103 ; Roberts 1989, p. 41).

      237-252 : 4 vices et 4 'caractères' sont présentés chacun dans un quatrain, avec des images empruntées aux éléments matériels (cf. la théorie médicale antique et aussi la démonologie) :

  • le vaniteux : air (v. 238 inflatum) et eau (v. 239 hydrops aquosus) ; cf. apoth. 411 uentose liquor (démoniaque) ;
  • le cupide : resserrement (vv. 241 contrahit ; 243 plicans) ; cf. perist. 1, 99 strangulant mentes (possesssion) ;
  • le libertin : boue et saleté (cf. v. 247 luto et cloacis) ; cf. le qualificatif spurcus de Jupiter, v. 12 ;
  • l'ambitieux : brûlure, feu (vv. 249 feruens ; 250 æstuans ; 251 febribus ; 252 igne) et soif (v. 250 sitimque) ; cf. le démon exorcisé (perist. 1, 109 faucibus siccis fugit ; 111 confitens ardere sese).

      Prudence reprend des éléments du Carmen contra paganos, v. 58-59 : inflatus (cf. v. 238 inflatum) diues, subito mendicus (cf. v. 248 mendicat) ut esset | obsitus et pannis (cf. v. 281 pannis... obsitos).

      
237-240 " Hunc, qui superbit serico,
quem currus inflatum uehit,
hydrops aquosus lucido
tendit ueneno intrinsecus.
" Un tel, qui se drape orgueilleusement de soie, qui s'enfle dans le char qui le transporte, c'est l'aqueuse hydropisie, avec son venin clair, qui le tend de l'intérieur.

      237 : hunc : év. allusion à Prétextat, mort d'hydropisie en 384, cible probable du Carmen contra paganos (cf. Cracco Ruggini 1979, pp. 82-83. 116) ; il s'était soumis à la cérémonie du taurobole (décrite en perist. 10, 1007-1055) ; cf. Poinsotte 1982, p. 54-55. superbit : malgré l'insistance sur l'hydropisie, c'est la superbia qui est visée (le préfet est appelé superbus, v. 265) : cf. perist. 10, 148-150 aquila ex eburna sumit adrogantiam | gestator eius, ac superbit beluæ | inflatus (cf. v. suiv. inflatum) osse cui figura est alitis ; ham. 399 ambitio uentosa tumet, doctrina superbit. serico : la soie, importée de Chine, est par excellence le produit de luxe : cf. Hier. epist. 79, 9 in serico et in pannis (cf. v. 281 pannis) eadem libido dominatur ; le prêtre taurobolié est vêtu ainsi : perist. 10, 1015 cinctu Gabino sericam fultus togam.

      238 : le véhicule de fonction du préfet de la Ville, incrusté d'argent, était luxueux (év. allusion à Symmaque, préfet de la Ville lors de la mort de Prétextat). Peu avant la composition de perist. 2 fut écrite la satire de Palladas (Anth. Palat. 11, 292) contre un magistrat se pavanant sur son char : Thémistios, philosophe païen et préfet de la Ville à Constantinople - Thémistios y répondit vers 395, par son célèbre Discours 34. currus... uehit : cf. psych. 334-339 (char de la Sensualité) dum currum uaria gemmarum luce micantem | mirantur, dum bracteolis crepitantia lora | et solido ex auro pretiosi ponderis axem | defixis inhiant obtutibus et radiorum | argento albentem seriem, quæ summa rotarum | flexura electri pallentis continet orbe. Ces chars sont à l'origine ceux des triomphateurs, cf. p.ex. c. Symm. 2, 556-558 frustra... currus summo miramur in arcu | quadriiugos stantesque duces in curribus altis | Fabricios, Curios, hinc Drusos, inde Camillos (texte inspiré de Ivv. 8, 4-5). inflatum : même idée, à propos d'insignes du pouvoir, en perist. 10, 145 quibus tumetis moxque detumescitis ; la Superbia est qualifiée d'inflata en psych. 178.

      239 : hydrops aquosus : quasi pléonasme, aquosus équivalant au grec hydrops. L'hydropisie (Hippocr. aff. morb. 23-26 ; Cels. med. 3, 21) s'accompagne d'une soif sans bornes, vue comme la cause de son symptôme, l'enflure des membres. Platon (resp. 439a-d) et Diogène (cf. Lært. 6, 2, 29) utilisent cette image, appliquée par Bion à l'assoiffé de pouvoir (cf. Stob. flor. 4, 2) ; Aristote compare le vice invétéré à l'hydropisie (eth. Nic. 1150 b 29-36) ; ce motif littéraire (Polyb. 13, 2) est utilisé par les Latins (Ov. fast. 1, 215-216 ; Sen. dial. 12, 11, 3), y compris les chrétiens (Avg. serm. 61, 3 ; Mamert. st. an. 3, 7 hydrops superbiæ tumuit). Bien qu'Horace (epist. 2, 2, 146-148) en fasse une image de la cupidité plus que de l'orgueil, c'est de lui que semble s'inspirer Prudence : cf. Hor. carm. 2, 2, 13-16 crescit indulgens sibi dirus hydrops, | nec sitim pellit, nisi causa morbi | fugerit uenis et aquosus albo | corpore languor.

      239-240 : lucido... ueneno : cf. v. 201 uenenum gloriæ (->) ; ce poison d'aspect 'translucide' (cf. ham. 868) et 'luminescent' (cf. perist. 6, 9 ; 11, 22) est inquiétant. Cet éclat correspond à l'idée du faux prestige du luxe (vv. préc.), exprimée par prænitent au v. 234. Lucidus évoque aussi l'aspect séduisant de ce poison ; cet adj. peut signifier 'pur', 'irréprochable' (cf. Avg. ord. 2, 5, 14) - on serait alors ici proche de l'oxymore.

      240 : l'idée de tension extrême, au bord de l'éclatement, contraste avec celle de contraction au quatrain suiv. (cf. l'usage de ast au v. 241). intrinsecus : la source du mal réel est intérieure.

      
241-244 " Ast hic auarus contrahit
manus recuruas, et uolam
plicans aduncis unguibus
laxare neruos non ualet.
" Quant à cet avare, il contracte ses mains recourbées et, repliant sa paume sous ses ongles crochus, il n'a pas la force de relâcher ses tendons.

      241 : hic auarus : ce personnage n'est pas le préfet (malgré le v. 167 iudex auaro spiritu). contrahit : cf. v. 155-156 est, cuius arens dextera | neruos in ulnam contrahat (->).

      242 : manus : la main symbolise l'action humaine, -> 5, 69. recuruas : adj. désignant en quelque sorte le résultat de contrahit, v. préc. uolam : nom rare, employé aussi en apoth. 860.

      243 : aduncis unguibus : jeu de sonorités voire jeu étymologique (ad-uncis ; unguibus) ; cf. psych. 462-463 uelox nam dextra rapinas | abradit, spoliisque ungues exercet ænos ; Cic. Tusc. 2, 24.

      244 : laxare neruos : de même, Plin. nat. 23, 157 ; sur neruus, -> v. 156. non ualet : même tour avec ualere (au sens de posse) suivi de l'infinitif en perist. 10, 314. Cf. aussi v. 229 ualentes ('bien portants') : la santé et la force des puissants du siècle n'est qu'apparente.

      
245-248 " Istum libido foetida
per scorta tractum publica
luto et cloacis inquinat,
dum spurca mendicat stupra.
" Cet autre, traîné parmi les femmes publiques, une répugnante sensualité le souille de boue et d'immondices, tandis qu'il mendie d'ignobles débauches.

      245 : libido foetida : cf. perist. 14, 37 non inquinabis (cf. v. 247 inquinat) membra libidine ; cath. 7, 13. libido : appétence irrationnelle, souvent lascive (perist. 10, 197. 229. 509 ; 14, 37).

      246 : tractum : utilisé au v. 152 à propos de la marche pénible de l'estropié, sujet (actif) de trahere ; l'esclave de ses passions a plus de peine à se mouvoir, il est lui-même traîné (objet passif de trahere), sans autonomie. publica : cf. perist. 14, 25 in lupanar trudere publicum (->).

      247 : luto et cloacis : hendiadyn ; l'idée de souillure, suggérée par la fange, est liée à l'amour lascif (cf. v. 245) ; cf. perist. 13, 61 si luteum facili charismate pectus expiasti ; c. Symm. 1, 172 ; præf. 12 nequitiæ sordibus et luto. inquinat : cf. perist. 14, 37 ; verbe utilisé au v. 366 à propos de la souillure provenant de l'adoration du Veau d'or ; cf. aussi perist. 1, 39 ; 10, 1046.

      248 : spurca... stupra : paronymie ; spurcus qualifie Jupiter au v. 12 (->) et comporte souvent une connotation païenne et démoniaque ; cf. v. 466 stupro sororis oblite (Jupiter ; ->). mendicat : ce verbe (repris du Carmen contra paganos : -> v. 237-252) permet un parallèle de plus entre le groupe des puissants du siècle et celui des pauvres et des malades (vv. 143. 181).

      
249-252 " Quid ? Ille feruens ambitu
sitimque honoris æstuans
mersisne anhelat febribus
atque igne uenarum furit ?
" Et que dire de celui-là, bouillant d'ambition et altéré d'une soif d'honneurs : sont-ce des fièvres profondes qui le font haleter, et le feu de ses veines qui le met en fureur ?

      249 : quid ? : cf. perist. 10, 206. 231. 1076. feruens ambitu : cf. Tac. ann. 12, 1, 2 nec minore ambitu feminæ exarserant. Sur feruens, -> v. 62. ambitu : synonyme ici d'ambitio (-> 11, 200) ; l'ambition, critiquée si elle vise à une gloria vaine (cf. v. 201 ; perist. 14, 100-101 reges, tyrannos, imperia et gradus | pompasque honorum stulta tumentium ; præf. 14-15 ; ham. 399), peut être transfigurée (v. 492 ambire Christum).

      250 : sitimque... æstuans : acc. avec æstuare, cf. Stat. silu. 1, 3, 8 et perist. 9, 96 ; cath. 7, 156 (cf. Lavarenne § 233-258). La soif exprime la force des passions (-> v. 189). honoris : souvent connoté positivement (-> 13, 39), parfois négativement (ici ; perist. 14, 101).

      251-252 : la fièvre, symbole, symptôme ou cause des passions, est vue comme un échauffement de l'air circulant dans les veines : cf. perist. 10, 487-489 ut febris (cf. v. 251 febribus) atro felle uenas (cf. v. 252 uenarum) exedit, | uel summa pellis ignis obductus coquit | papulasque feruor æstosus excitat ; apoth. 839-840 flatum tepidum calor exhalatus anhelat (cf. v. 251 anhelat), | rorantes nebulas udis de faucibus efflans. Prudence parle cependant aussi des veines comme vaisseaux sanguins (-> 9, 89 ; cf. apoth. 917). Cf. Hor. serm. 1, 2, 33 uenas inflauit tætra libido.

      251 : mersisne : -ne a la valeur de nonne, la réponse attendue étant positive (cf. perist. 10, 376 ; cf. Lavarenne § 57). Mersus est pris absolument ('caché' ; cf. perist. 5, 243 ; 11, 154). febribus : cf. ham. 157 consecrasse deas Febrem Scabiemque (cf. v. 256 scabiemque) sacellis.

      252 : igne : ce feu intérieur, symbolisant les passions (morales ; cf. de même v. 304) s'oppose à celui que le martyr devra subir, lors de sa passion (physique). furit : -> v. 166.

      
253-256 " Quisquis tacendi intemperans
silenda prurit prodere,
uexatur et scalpit iecur
scabiemque cordis sustinet.
" Quiconque, trop intempérant pour se taire, est démangé de l'envie de révéler ce qui requiert le silence, subit la torture, se ronge le foie et endure une irritation du coeur.

      253 : quisquis : le martyr n'évoque plus des types précis (cf. démonstratifs des vv. 237. 241. 245. 249), mais généralise son propos. tacendi intemperans : intemperans est employé avec un curieux complément au gén. Sur le vice du bavard, cf. Hor. epist. 1, 18, 69-71 percontatorem fugito, nam garrulus idem est, | nec retinent patulæ commissa fideliter aures, | et semel emissum uolat irreuocabile uerbum ; Cato orat. 81 (p. 57, 29 J) numquam tacet, quem morbus tenet loquendi, tamquam ueternosum bibendi atque dormiendi. Le martyr songe peut-être aux délateurs qui ont dévoilé le déroulement des mystères chrétiens (cf. v. suiv. silenda et prodere à la fin des vv. 66. 254) ; le préfet se référait à ces bruits (-> v. 68). S. Laurent se défend peut-être aussi de parler hors de propos, la prédication faisant partie du ministère du diacre.

      254 : prurit prodere : construction sans parallèles de prurire avec un infinitif complément.

      255 : uexatur : lexique de la torture (perist. 1, 108 ; 4, 82 ; 10, 693 ; 11, 40) ; cf. Tert. ad Scap. 4 ; Pass. Claud. Ast. 2 tunc Lysias præses ungulis eum uexari præcepit. iecur : le siège des sentiments (-> 14, 131), de l'intériorité en général (repris par cordis, v. suiv.) ; élément peut-être emprunté à Hor. epist. 1, 18, 72 (juste après le passage sur le bavard, cité plus haut). Le foie, mentionné dans les descriptions de tortures, souligne leur violence (-> 5, 116).

      256 : scabiemque : comme lepra (v. 230), maladie de la peau. Cf. Hor. epist. 1, 12, 14 cur tu inter scabiem tantam et contagia lucri ; ars 453-456 ut mala quem scabies aut morbus regius (cf. v. 264) urget | aut fanaticus error et iracunda Diana, uesanum tetigisse timent fugiuntque poetam | qui sapiunt ; cf. Avg. conf. 9, 1 scabies libidinum. La démangeaison provoquée par cette maladie explique les blessures évoquées au v. préc. Cf. ham. 157 consecrasse deas Febrem Scabiemque sacellis ; -> v. 251. cordis : de même, v. 575 (le coeur comme siège des décisions morales).

      
257-260 " Quid inuidorum pectorum
strumas retexam turgidas,
quid purulenta et liuida
malignitatum uulnera ?
" À quoi bon retracerais-je les scrofules gonflées des coeurs jaloux ? les plaies purulentes et noirâtres des mesquineries ?

      257 : quid : ce pronom, répété au v. 259, introduit retexam (v. suiv.), sous-entendu après. inuidorum pectorum : inuidorum est soit épithète, soit complément (gén. au second degré) de pectorum. L'inuidia, attribuée aux persécuteurs et aux païens p.ex. en perist. 13, 66 (->), est un vice démoniaque : cf. perist. 4, 66-67 genus inuidorum | dæmonum ; 14, 108-109 liuoris (cf. v. 259 liuida) atri fumificas faces | nigrescit unde spes hominum et decus. pectorum : quasi synonyme de cor (v. 256) et de iecur (v. 255), au sens moral ; concret mais symbolique au v. 535.

      258 : strumas : même image chez Cic. Vatin. 16, 39 ; Sest. 65, 135 (cf. Kudlien 1962, p. 108-109). retexam : -> v. 36. turgidas : cf. v. 208 mens insolescat turgida (->).

      259 : purulenta : cf. Cels. 2, 8, 1 ; Sen. epist. 57, 5. liuida : cette couleur bleuâtre ou noirâtre évoque une blessure sanglante et corrompue (cf. perist. 10, 705 quem plaga flerat roscidis liuoribus). Liuor prend aussi un sens éthique (-> 14, 108), comme liuidus (cf. Hor. sat. 1, 4, 93 ; carm. 4, 9, 33) ; cf. en part., à propos du démon, perist. 5, 379-380 fellis uenena et liuidum | cor efferata exusserant. On a peut-être ici un rappel de la jalousie, v. 257-258.

      260 : malignitatum : plur. poétique, s'expliquant comme un distributif, vu la pluralité des uulnera. Cf. Sen. dial. 5, 8, 4 offendet te superbus contemptu, ... liuidus (v. préc. liuida) malignitate.

      
261-264 " Tute ipse, qui Romam regis,
contemptor æterni Dei,
dum dæmonum sordes colis,
morbo laboras regio.
" Et toi-même, qui gouvernes Rome, contempteur du Dieu éternel, tandis que tu rends un culte à la crasse des démons, tu souffres de la royale jaunisse !

      261: tute ipse : cf. perist. 9, 69 ; 10, 957 ; apoth. 674. Avec cette adresse insistante, le catalogue des vices atteint un sommet : le paganisme, perversion religieuse ; cf. perist. 14, 110-111 quod malorum tætrius omnium est, | gentilitatis sordida nubila (cf. Introd. § 103). regis : jeu de mots entre la fonction du préfet et le morbus regius ; regis et regio (v. 264) en fin de v.

      262 : cf. Verg. Æn. 7, 648 contemptor diuum Mezentius ; 8, 7 contemptorque deum Mezentius ; honorer les dieux, c'est mépriser Dieu, cf. v. 443-444 fiat fidelis Romulus | et ipse iam credat Numa. æterni Dei : de même, fin du v. 393. Æternus qualifie les noms divins rex (perist. 1, 18), princeps (perist. 6, 44), Pater (perist. 7, 55), uindex (perist. 11, 173), rector (perist. 14, 81).

      263 : cf. perist. 6, 36 aras dæmonicas coli iubebat. dæmonum : cf. perist. 1, 97 ; 4, 67 ; 5, 92 ; 10, 101. 920. Ce nom, au sing., désigne Satan en perist. 10, 24. 1088. Identifiant démons et dieux païens (-> 5, 78-92), Prudence emploie aussi monstra (perist. 1, 69 ; 10, 241). sordes : -> v. 187 ; repris dans la prophétie opposant implicitement le préfet à l'empereur chrétien Honorius (v. 474-476 qui seruus Dei | tætris sacrorum sordibus | seruire Romam non sinat). colis : -> 11, 231.

      264 : morbo... regio : la maladie du préfet est significative (jeu de mots avec regis, v. 261). Distinct du morbus sacer (épilepsie), le morbus regius (jaunisse ; cf. Cels. 3, 24, 1 ; Plin. nat. 20, 15 ; cf. Kudlien 1962, p. 109-111) est associée à l'égarement, voire à la folie : Hor. ars 453-455 ut mala quem scabies (cf. v. 256 scabiemque) aut morbus regius urget | aut fanaticus error et iracunda Diana, | uesanum tetigisse timent. morbo laboras : de même, Cic. fin. 1, 59.

      265-292 : reprenant le diptyque des vv. 225-232 dans une perspective eschatologique, le martyr fait le tableau des 2 groupes : la réalité intérieure correspond au sort promis à l'âme immortelle. Même si les vv. 277-288 ne parlent pas de damnation et prolongent le discours moral des vv. 229-260, il y est aussi question du sort éternel de ces hommes, cf. v. 289-292.

      
265-268 " Hi, quos superbus despicis,
quos exsecrandos iudicas,
breui ulcerosos exuent
artus et incolumes erunt,
" Ceux-ci, que dans ton orgueil tu méprises, que tu juges dignes d'être maudits, sous peu, dépouilleront leurs membres couverts d'ul-cères et seront indemnes, ...

      265-268 : quatrain à structure répétitive ; forme verbale à la fin des vv. (ind. prés., 2e pers. du sing. aux vv. 265. 266 ; ind. fut. simple, 3e pers. du plur. aux vv. 267. 268), précédée d'un adj., au nomin. (vv. 265. 268) ou à l'acc. (vv. 266. 267) ; après le démonstratif hi, 2 relatives introduites par quos. Le rejet d'artus au v. 268 évite cependant la monotonie.

      265-266 : cf. début du discours, v. 187-188 num sordida hæc aut uilia | num dispuenda existimas ?

      265 : superbus : cf. vv. 5 reges superbos uiceras (cf., au v. préc., le morbus regius dont souffre le préfet - il apparaît presque comme un ennemi de Rome) et 237 hunc, qui superbit serico.

      266 : iudicas : rappel de la fonction judiciaire du préfet, appelé iudex au v. 399.

      267-268 : breui... exuent... erunt : avec le passage au futur, changement de perspective (eschatologie). ulcerosos exuent artus : périphrase évoquant la mort comme un processus désirable, les mendiants se dépouillant (exuere, -> 13, 29) de leurs ulcerosos... artus (expression reprise du v. 153). Sur la synecdoque artus (pour 'corps'), -> 13, 13.

      268 : incolumes : la résurrection, salut et recouvrement de l'intégrité (-> 13, 69).

      
269-272 " cum, carne corruptissima
tandem soluti ac liberi,
pulcherrimo uitæ statu
in arce lucebunt Patris,
" ... quand, enfin détachés et délivrés de leur chair si corrompue, dans le plus bel état que puisse avoir la vie, ils resplendiront dans la citadelle du Père, ...

      269 : triple alitération en c-. carne corruptissima : cf. v. 267-268 ulcerosos... artus. Cf. perist. 10, 506-507 quis nescit autem, quanta corruptela sit | contaminatæ carnis ac solubilis ? ; apoth. 816-818 (création de l'âme : vision assez négative du corps) corruptela putris nascentem turbida carnis | concipit, ac membris tabentibus interfusam | participat de fæce sua. corruptissima : -> v. 154.

      270 : tandem : -> v. 482. soluti ac liberi : la libération de l'âme la fait sortir du corps-prison (-> 5, 357-560) et aussi du monde, pour lui faire gagner la vraie patrie, céleste. En décrivant la mort, Prudence utilise solutus aussi bien à propos de l'âme ('libérée' : ici et ham. 911) que du corps ('brisé' : perist. 5, 163 uas est solutum et fictile). Sur liber, -> 14, 92.

      271 : pulcherrimo : comme corruptissima (v. 269), reprend le positif utilisé à propos de la vie temporelle (intériorité des chrétiens, v. 220 pulcher intus uiuere ; apparence des païens, v. 291-292 quas pulcher aspectus prius | in corpore oblectauerat). uitæ statu : de même, c. Symm. 2, 632. Le préfet, matérialiste, ne considère que la vie ici-bas (cf. v. 337 uitam tenebo et differam).

      272 : adaptation du motif homérique de l'Olympe (citadelle de Jupiter) et de la doctrine stoïcienne du catastérisme (terminologie évocatrice, autant pour le personnage du préfet que pour les contemporains de Prudence). in arce... Patris : cf. apoth. 177-178 Patris arcem | sumpta caro ascendit (-> 14, 125). Cette citadelle éternelle s'oppose à celle, terrestre, de l'empereur (v. 119 Augustus, arcem possidens). Cf. aussi v. 555-556 æternæ in arce curiæ | gestas coronam ciuicam. lucebunt : cf. v. 276 clari et coronis aureis (martyrs glorieux).

      
273-276 " non sordidati aut debiles,
sicut uidentur interim,
sed purpurantibus stolis
clari et coronis aureis.
" ... non pas déguenillés ou maladifs, comme on les voit pour le moment, mais magnifiques, avec leurs robes empourprées et leurs couronnes d'or.

      273 : sordidati : pseudo-participe, équivalent de sordidus (v. 187) ; cf. v. 275 purpurantibus au lieu de purpureis (tournures 'actives' suggérant la volonté des sujets). debiles : -> v. 206.

      274 : uidentur interim : un dégoût fondé sur une apparence ephémère est vain.

      275-276 : les élus sont comme des triomphateurs montant au Capitole, arx (vv. 272. 555) ; cette vision politique (liée à l'idée de militia Christi) contraste avec celle du Paradis (locus amoenus) : cf. cath. 3, 101-105 ; 5, 113-124 (l'explication de Kah 1990, p. 343, opposant otium intime et negotium grandiose, est peu satisfaisante). Au Ciel où tout est vérité, il n'y a plus de vanité à porter les emblèmes luxueux d'une excellence réelle ; le martyr y aura plus d'éclat que les mendiants (cf. v. 556-558). La pourpre et l'or symbolisent le sang versé et l'éternelle lumière conquise ; cf. perist. 1, 1-3 ; 11, 22. Le costume décrit est celui des empereurs portant le diadème et, dès Domitien, se vêtent de pourpre. Cf. aussi les ornements donnés aux martyrs par la Foi : psych. 38-39 fortes socios parta pro laude coronat | floribus, ardentique iubet uestirier ostro. De même, dans l'Écriture : stola éclatante, apoc. 7, 13-14 ; coronæ aureæ, apoc. 4, 4).

      275 : purpurantibus : cf. perist. 5, 339 purpurantem cruorem (purpurans : Arnob. nat. 5, 7 ; Pervig. Ven. 12) ; ailleurs, purpura (perist. 3, 140 ; 10, 512) ou purpureus (-> 11, 128). Purpurare signifie 'rendre pourpre' (Gell. 18, 11, 3), 'embellir' (Apvl. met. 6, 24), 'être resplen-dissant' (Colvm. 10, 100), toutes acceptions convenant à ce contexte ; on a simultanément les symboliques triomphale (toge pourpre) et apocalyptique (toge blanche) ; -> 5, 10. stolis : robe couvrant l'ensemble du corps ; cf. perist. 5, 10 collucis insigni stola ; 6, 139 niueis stolis.

      276 : clari : terme en rejet (suivi de et). Clari évoque un rang de noblesse précis, les sénateurs portant le titre de clarissimes ; cf. v. 524 clarissimorum liberum. coronis aureis : l'or convoité par le préfet est ici attribué aux mendiants. La couronne, emblème du salut, est 'gagnée' par le martyre ou par l'ascèse (-> 14, 119-123) ; il faut ici la distinguer de la corona ciuica propre à s. Laurent (-> v. 556), nonobstant Kah 1990, p. 230 n. 592. aureis : -> v. 101.

      
277-280 " Tunc, si facultas suppetat,
coram tuis obtutibus
istos potentes sæculi
uelim recensendos dari.
" Alors, si la possibilité se présentait, je voudrais que devant tes yeux, l'on procédât au recensement de ces puissants du siècle.

      277 : tunc : le moment où les mendiants seront en gloire, soit en fait l'éternité. si facultas suppetat : demande polie teintée d'ironie ; facultas et suppetere sont aussi associés chez Svet. Tit. 8, 3). Suppetat a la nuance du potentiel, comme le verbe principal uelim (v. 280).

      278 : coram : ici peut-être préposition, adv. aux vv. 170. 547. obtutibus : -> v. 145.

      279 : le motif des puissants du siècle, lié à celui, biblique, du Prince de ce monde (N.T. Ioh. 12, 31 ; 14, 30), apparaît chez Damas. carm. 7, 2 ; 31, 2 ; 39, 7 ; 43, 4. istos : groupe proche du préfet (opposé à hi, v. 265). sæculi : cf. perist. 1, 58-59 nosne Christo procreati Mammonæ dicabimur, | et Dei formam gerentes seruiemus sæculo ? ; 5, 5 ; 10, 88. 386. 608 ; -> 14, 99. De même, avec mundus, perist. 10, 545 uince mundum et sæculum.

      280 : après le recensement des pauvres (vv. 115-132. 161-162), le martyr fera de même avec les puissants (v. 281-288) ; ces actes d'autorité seront suivis de l'adhésion de l'aristocratie au christianisme (vv. 489-492. 517-524). uelim : cf. v. 169-171 adsistas uelim | coramque (cf. v. 278 coram) dispositas opes | mirere. recensendos dari : cf. perist. 5, 388 carpendum dare (->).

      
281-284 " Pannis uideres obsitos
et mucculentis naribus,
mentum saliuis uuidum
lipposque palpebra putri.
" Tu les verrais chargés de haillons et avec les narines morveuses, le menton couvert de salive et les yeux chassieux, avec des paupières purulentes.

      281 : pannis... obsitos : de même, Ter. Haut. 294 ; Eun. 236. Prudence semble cependant ici s'inspirer du Carmen contra paganos (-> v. 237-252) ; cf. Lact. Phoen. 19. La laideur du costume s'oppose aux habits luxueux des princes dans le monde (cf. vv. 234. 237).

      282-283 : contruction relâchée : entre les acc. obsitos et lipposque, on a un abl. de qualité (v. 282) et un tour à l'acc. de relation (v. 283).

      282 : mucculentis : rare, cf. Arnob. nat. 3, 107 ; Fronto p. 62, 17. naribus : -> v. 391.

      283 : mentum... uuidum : détail suggestif. saliuis : Prudence emploie toujours saliua au plur. (p.ex. perist. 1, 101) ; même plur. poétique avec les noms de matière lymphæ (perist. 7, 14), mella (perist. 10, 740) ; cf. Lavarenne § 872. Répandre la salive, déréglement patho-logique, év. indice de possession : perist. 1, 101 spumeas efflans saliuas, cruda torquens lumina.

      284 : lipposque : adj. substantivé ; cf. perist. 10, 592. palpebra : rare au sing. (cf. Cels. 5, 26, 23) ; dans les mss, à côté de cette graphie (retenue par Lavarenne), on a aussi palfebra (Bergman, Cunningham) ; c'est le phénomène inverse de l'hyper-urbanisme consistant à noter sulpur pour sulphur = sulfur (perist. 5, 198) ; cf. Lavarenne § 71.

      
285-288 " Peccante nil est tætrius,
nil tam leprosum aut putidum ;
cruda est cicatrix criminum
oletque ut antrum tartari.
" Rien n'est plus hideux que celui qui pèche, rien n'est si lépreux ni fétide ; elle saigne, la plaie des crimes, et son odeur est comme celle de l'antre du Tartare.

      285 : peccante : participe prés. substantivé (cf. Cypr. op. et el. 5 ; Ambr. epist. 64, 48) ; on a peccare en perist. 10, 221, peccamen en perist. 10, 517. tætrius : repris au v. 475 (à propos du culte païen) ; cf. perist. 14, 110-111 quod malorum tætrius omnium est, | gentilitatis sordida nubila.

      286 : leprosum : cf. Rvfin. Orig. in Leu. 8, 10 immundam ac leprosam animam ; Avg. serm. 176, 2, 2 emundatos in cute, leprosos in corde. Cf. lepra, v. 230. putidum : cf. v. 284 putri.

      287 : triple allitération en c-. cruda... cicatrix : cf. perist. 4, 129 cruda te longum tenuit cicatrix ; cf. perist. 5, 336 cruda uulnera. Cicatrix désigne ici non la cicatrice (c. Symm. 1, 15 ; psych. 167), mais la plaie (perist. 5, 142-143 dum se cicatrix colligit | refrigerati sanguinis) ; on est entre les 2 sens en perist. 10, 796. Crudus est repris au v. 408. criminum : équivalent de peccata (cf. Mohrmann 1958-1977, t. 2 p. 105), repris au v. 575 cordis fatentem crimina ; cf. perist. 1, 102 ; 5, 78. 194 ; 13, 58. Au sens de 'crime', perist. 13, 92.

      288 : cf. Verg. Æn. 6, 201 ad fauces graueolentis Auerni. oletque : l'odeur de l'Enfer où brûlent les damnés (v. 396) s'oppose au parfum de la chair brûlée du martyr (v. 385-392), suave pour les baptisés (-> 5, 280), désagréable pour les païens insensibles à leur propre puanteur morale. antrum tartari : désignation de l'Enfer, d'origine païenne (cf. Lvcan. 6, 712 in Tartareo... antro ; cf. perist. 5, 200 ; 10, 475 ; 13, 52) ; tartarus est pour Prudence un nom commun (de même que p.ex. lares, -> v. 511), comme adhV dans la Septante et le Nouveau Testament. Prudence fait coexister les terminologies biblique et profane en cath. 11, 111-112 his lucis usum perpetis | illis gehennam et tartarum. antrum : -> 13, 51.

      
289-292 " Animabus inuersa uice,
corrupta forma infligitur,
quas pulcher aspectus prius
in corpore oblectauerat.
" Par un retour des choses, un aspect dégradé est infligé aux âmes qu'une belle apparence avait auparavant flattées dans leur corps.

      289-292 : même idée de proportionnalité inverse entre le sort éternel de l'âme et le sort temporel du corps aux vv. 206-212 (santé physique et santé morale), ainsi qu'en perist. 12, 18.

      289 : animabus : forme du dat. plur. fréquente p.ex. dans la Vulgate (évitant la confusion avec le dat. plur. d'animus) ; cf. c. Symm. 1, 531. inuersa uice : équivalent d'inuicem ; cf. alterna uice chez Plin. epist. 9, 33, 2 ; uersa uice chez Sen. Herc. O. 470 ; Apvl. flor. 20.

      290 : corrupta forma : au contraire, v. suiv. pulcher aspectus ; la forma de l'âme est plus qu'une simple 'apparence' (aspectus), cf. perist. 1, 59 Dei formam gerentes ; de même, l'idée morale exprimée par corrupta (-> v. 154) va au-delà de pulcher. infligitur : infligere signifie à la fois 'faire subir' et 'imprimer'. L'âme pécheresse reçoit une marque qui la flétrit et la punit.

      291 : pulcher aspectus : cette beauté n'était qu'apparente, contrairement à la beauté intérieure (v. 220 pulcher intus uiuere), éternelle (v. 271 pulcherrimo uitæ statu). Aspectus prend un sens passif ('apparence') ; ailleurs (perist. 5, 464 ; 10, 839), sens actif de 'vue', 'regard'.

      292 : in corpore : expression dépendant logiquement non d'oblectauerat, mais de quas (c'est-à-dire d'animas), précisant prius. oblectauerat : cf. v. 392 mulcet oblectamine.

      
293-296 " En ergo nummos aureos,
quos proxime spoponderam,
quos nec fauillis obruat
ruina nec fur subtrahat.
" Voici donc les pièces d'or que tout ré-cemment je t'avais promises, qu'un désastre ne saurait ensevelir sous les cendres et qu'un voleur ne saurait soustraire.

      293 : en... nummos aureos : même construction en apoth. 503 (cf. Verg. ecl. 5, 65). En seul aux vv. 95. 425 et en perist. 3, 72 ; 14, 46 ; en tibi en perist. 11, 69 (->). Sur nummus, -> v. 50. ergo : syllabe finale abrégée (perist. 4, 145 ; 5, 54. 105 ; 11, 87 ; 12, 17). aureos : -> v. 110.

      294 : proxime : soit le moment de l'arrivée du préfet (v. 169-176, en part. 173. 176 uidebis... structos talentis ordines), soit plutôt celui de la promesse, 3 jours plus tôt (v. 139-140).

      295 : fauillis : possible allusion anticipée au bûcher du martyr (cf. perist. 6, 130 ; 10, 815. 863). obruat : cf. perist. 10, 85 uictique flammis obruantur montium.

      296 : ruina : mis en évidence par le rejet ; figure étymologique avec obruat (v. préc.) ; cf. perist. 10, 1118 ruinis obruit ; ditt. 159-160. nec fur subtrahat : cf. cath. 12, 107 ne qua furtim subtrahat ; N.T. Matth. 6, 19-20 nolite thesaurizare uobis thesauros in terra, ... ubi fures effodiunt et furantur. thesaurizate autem uobis thesauros in cælo, ubi neque ærugo neque tinea demolitur et ubi fures non effodiunt nec furantur (évoqué en c. Symm. 2, 1053-1054, avant une mention des vierges consacrées ; de même ici, v. 301). L'image des mites et des vers est remplacée ici par celle de l'incendie (v. 295, évoquant autant le sort de Troie que le châtiment divin de Sodome).

      
297-300 " Nunc addo gemmas nobiles,
ne pauperem Christum putes,
gemmas corusci luminis,
ornatur hoc templum quibus.
" Et maintenant, j'ajoute de nobles joyaux, de peur que tu ne penses que le Christ est pauvre, des joyaux aux feux lumineux, avec lesquels ce temple est orné.

      297 : nunc : opposé à proxime (v. 294) : le martyr va au-delà de sa promesse (montrer l'or). addo : prosodie ; cf. vv. 27. 34. 123 ; perist. 3, 66. 74 ; 5, 101 ; 6, 54. 56 ; 10, 301. 466. 467. 478. 522. 573. 925 ; 14, 69 (formes attestées dès l'époque classique, cf. Lavarenne § 170). gemmas : répété au v. 299, repris au v. 306 ; les joyaux surpassent l'or par l'éclat et par leur prix - image appliquée aux martyrs en perist. 4, 22. 25-26. Ici, cet ornement est destiné à un édifice (-> v. 300) ou à une femme, figure de l'Église (-> v. 307). Les pauvres vivent un ascétisme de fait, les vierges consacrées le font par choix. nobiles : le thème de la noblesse des vierges chrétiennes se retrouve en perist. 3, 1-2 et 14, 124-125, év. polémique contre les vestales (-> v. 303-304). La foi ennoblit ses confesseurs (cf. perist. 4, 74-76 ; 10, 111-145).

      298 : on a aussi putare avec un adj. attribut à l'acc. (ici pauperem) en perist. 10, 248. 491. 608 ; 13, 22. Malgré son amour des pauvres, le martyr n'admet pas que le Christ soit qualifié comme tel par le préfet (v. 99-108) : comme l'Église (v. 113-120), le Christ (v. 121-124) est riche. L'ex. des vierges montre que le Christ n'est pas l''anti-divinité' de parias.

      299 : même image en perist. 4, 27-28 (joyaux auxquels sont comparés les martyrs) ardet et splendor parilis duorum | igne corusco. gemmas corusci : cf. v. 558 gemmis coruscantem uirum. corusci luminis : même iunctura en perist. 14, 48 ; apoth. 327. Sur lumen, -> v. 205.

      300 : bâtiments ornés de gemmes, cf. c. Symm. 2, 838 (sens propre) ; psych. 851-867 (temple spirituel). ornatur : repris aux vv. 308. 310, utilisé aussi à propos des martyrs, ornement des cités (-> 9, 5). hoc templum : soit le bâtiment concret devant lequel a lieu la scène, soit la société que représente l'Église (cf. perist. 4, 83) : cf. N.T. I Petr. 2, 5 ipsi tamquam lapides uiui superædificamini, domus spiritalis. quibus : rejet du relatif à la fin de la proposition qu'il introduit.

      
301-304 " Cernis sacratas uirgines,
miraris intactas anus
primique post damnum tori
ignis secundi nescias.
" Tu vois des vierges consacrées, tu admires de chastes vieilles femmes qui, après la perte d'un premier mariage, ignorent la flamme d'un second.

      301-302 : cernis... miraris : malgré les invitations répétées du martyr à voir et à s'émerveiller (ici ; vv. 169-171 adsistas uelim | coramque... | mirere ; 173. 278. 281), le préfet est aveuglé (-> v. 232) et son étonnement devient colère. Il pourrait év. s'agir de questions (sans nonne ou -ne).

      301 : sacratas uirgines : cf. perist. 3, 3 sacra uirgo ; 14, 34-35 sacræ integritatis. Sacratus suggère une consécration rituelle (en perist. 10, 226, sacratus substantivé : un prêtre païen) ; il est parfois délicat de déterminer dans quelle mesure les vierges que Prudence mentionne (perist. 3 ; 4, 109-144 ; 6, 38-39 ; 10, 57-58) appartiennent à un ordre au sein de l'Église.

      302 : miraris : le juge sera étonné, mais non admiratif (cf. v. 314-315 miris modis | tot figuris ludimur) - jeu sur le sens de mirari (cf. perist. 14, 94). intactas : cf. perist. 14, 8 intactum... uirginal ; cath. 11, 55. anus : le personnage de la vieille femme étant souvent grotesque (cf. perist. 9, 18), par ses désirs immodérés (cf. perist. 10, 249-250 ; c. Symm. 2, 1082-1085), les veuves chrétiennes n'en paraissent que plus vertueuses.

      303-304 : réponse indirecte aux reproches de manque de pietas familiale (v. 77-80) ; les vierges chrétiennes (c. Symm 2, 1055-1063) sont supérieures aux vestales (c. Symm. 2, 1064-1113) dont la consécration n'est pas définitive (c. Symm. 2, 1082 : retraitée cherchant un amant).

      303 : l'Église autorise le remariage des veuves ; leur vie consacrée est un choix ascétique.

      304 : ignis secundi : -> v. 252 ; comme tori (-> 14, 10), image du mariage ; le feu désigne plus généralement les passions, en part. l'amour (cf. Verg. Æn. 1, 660) - image utilisée à propos des vestales (cf. c. Symm. 2, 1075). On a peut-être ici une prophétie voilée du sort du martyr : il connaît le feu du bûcher (v. 341-344), non celui de l'Enfer (v. 393-396 ; N.T. apoc. 21, 8 in stagno ardenti igne et sulfure, quod est mors secunda). nescias : cf. perist. 5, 234 ; -> 13, 5.

      
305-308 " Hoc est monile Ecclesiæ,
his illa gemmis comitur,
dotata sic Christo placet,
sic ornat altum uerticem.
" Tel est le collier de l'Église, c'est avec ces joyaux qu'elle se pare, c'est ainsi dotée qu'elle plaît au Christ, c'est ainsi qu'elle orne sa tête altière.

      305 : hoc est : au lieu de hæ sunt (attraction de l'attribut monile). monile : terme filant la métaphore des gemmæ désignant le groupe des vierges et veuves, alignées pour être présentées (cf. vv. 163-164. 176). Objets de luxe (perist. 3, 22 ; cath. 7, 148-149), les monilia peuvent aussi désigner, comme ici, une réalité spirituelle ; de même, la toga picta attribuée à s. Laurent (-> v. 558). Ecclesiæ : l'institution (-> v. 114) et peut-être aussi, par métaphore, le bâtiment (-> v. 82 ; cf. v. 300), même si la suite (v. 306-307) exclut cette interprétation.

      306 : gemmis : -> v. 297. comitur : seul emploi de comere dans le recueil.

      307 : cf. N.T. apoc. 21, 2 ciuitatem sanctam Hierusalem nouam uidi descendentem de cælo a Deo, paratam sicut sponsam ornatam uiro suo. Le thème de l'Église, épouse du Christ (N.T. Ioh. 3, 29 ; apoc. 19, 7 ; 21, 9 ; 22, 17) est repris en perist. 4, où les cités se présentent, avec en dot leurs martyrs (perist. 4, 9-56, en part. 25-29 : image des bijoux de perist. 6, 1-3. 6) ; cf. aussi perist. 14, 79 nupta Christo. dotata : cf. perist. 3, 110. sic : ici postposé, sic est répété au début du v. suiv. ; anaphore semblable en perist. 10, 524 ; 11, 239-245. placet : cf. perist. 4, 50 ; 14, 74.

      308 : des représentations (mosaïques de S.-Vital, Ravenne ; ivoires) de l'impératrice Théodora illustrent peut-être la parure évoquée ici : un double rang (v. 305 monile) de pierres précieuses ou de perles (v. 306 gemmis) tombant des cheveux (où ces colliers sont fixés : v. 306 comitur) jusqu'à la poitrine, par-devant un bijou pectoral. Lavarenne, qui parle de collier (monile) et de diadème (comitur) distingue (artificiellement ?) 2 bijoux différents. ornat : même verbe aux vv. 300 et 310. altum uerticem : même sens de uertex en perist. 3, 155 ; 4, 55 ; 5, 535 ; 10, 761. 875. 1044 ; 14, 85. 118. Il ne s'agit pas forcément du haut de la tête (Lavarenne). Cf. c. Symm. 1, 418-421 (Rome personnifiée) attollis caput, et multo circumfluis auro ; | sed nebulis propter uolitantibus obsitus alti | uerticis horret apex, ipsas quoque liuida gemmas | lux hebetat.

      
309-312 " Eccum talenta, suscipe,
ornabis Vrbem Romulam,
ditabis et rem principis,
fies et ipse ditior. "
" Voici les lingots, prends-les, tu orneras la Ville romuléenne, tu enrichiras également la fortune du prince et deviendras, toi-même aussi, plus riche. "

      309 : eccum : équivalent d'ecce (cf. Lavarenne § 64) ; cf. perist. 10, 1006. talenta : -> v. 51 ; cf. perist. 11, 188 addidit ornando (cf. v. 310 ornabis) clara talenta operi. suscipe : le martyr ne se contente pas de montrer (comme promis, v. 297) les richesses de l'Église, mais invite le préfet à les prendre, pour que cet ornement de l'Église (v. 297-308) devienne celui de Rome (v. 310), enrichissant prince et préfet (v. 135-136) - offre ambiguë : l'État devrait entretenir les mendiants (remplaçant l'Église qui, telle une mère, les prend à sa charge ; de même, avec suscipere, p.ex. cath. 10, 125) et officialiser l'ordre des vierges et des veuves chrétiennes.

      310 : ornabis : -> v. 300. Vrbem Romulam : périphrase désignant Rome (-> v. 10) ; cf. v. 412 miseratus Vrbem Romulam ; perist. 11, 1 Romula in Vrbe. Romulam : comme Romuleus (-> 14, 1), 'romain' ; cf. perist. 12, 57 ; Verg. Æn. 6, 876-877 Romula... tellus.

      311-312 : et... et : répétition de et postposé au verbe. Le martyr répond d'abord au désir affiché du préfet (v. 89-92 : des richesses pour l'empereur), puis, ironiquement, à celui, caché, de détourner cette somme (-> v. 135). S'il amenait l'empereur à faire preuve de charité envers ceux qu'assiste l'Église, le préfet en serait lui-même (ipse, v. 312) récompensé par Dieu.

      311 : ditabis : cf. v. suiv. par fies ditior, paraphrase étymologique. rem principis : le préfet utilisait fiscus, ærarium (v. 90) et stipendia (v. 91) pour impressionner le martyr qui, lui, utilise un terme général, pouvant désigner une richesse intérieure. Sur princeps, -> 13, 35 ; cf. v. 473.

      312 : ditior : même forme à la fin du v. 116 nec quisquam in orbe est ditior.

      
313-316 " Ridemur ", exclamat furens
præfectus, " et miris modis
per tot figuras ludimur,
et uiuit insanum caput !
" On ne moque de nous ", s'exclame, furieux, le préfet, " et merveilleusement, par tant de métaphores, on se joue de nous - et cet effronté vit encore !

      313 : ridemur : rire et moquerie (v. 315 ludimur) sont des armes des protagonistes ; la première attaque du préfet (v. 99-108) a un ton comique, que l'on retrouve dans l'ultime échange (vv. 353-356. 401-409). furens : même introduction aux paroles d'un persécuteur en perist. 5, 130 ; 10, 547 ; 11, 63 ; cf. v. 167-168 furebat feruidus | iudex auaro spiritu. À la leçon furens (mss ACN ; Bergman et Lavarenne), Cunningham préfère fremens (ms. B).

      314 : præfectus : -> v. 46 ; cf. v. 325-328. et : éditeurs et mss sont partagés entre cette leçon et ac. miris modis : reprise ironique ou involontaire de mirere (v. 171) et de miraris (v. 302), avec un sens négatif. Mirus sera repris in bonam partem au v. 491 mira libertas uiri.

      315 : per tot figuras : per exprime, outre le moyen, l'idée de succession et de durée. Figuras (sens technique, cf. Qvint. inst. 9, 1, 1) évoque un mode d'expression 'oblique', allégorique (cf. Sen. contr. 7, 1, 20 ; Svet. Vesp. 13, 1). ludimur : même motif dans le récit ambrosien (off. 1, 41 illuso tyranno) ; cf. vv. 322 ludicris ; 409 hæc ludibundus dixerat.

      316 : motif repris aux vv. 325-328 - celui des vv. 313-315 l'est aux vv. 321-324. et uiuit : expression de fureur reprise de Cic. Catil. 1, 2 senatus hæc intelligit, consul uidit, hic tamen uiuit. uiuit ? (cf. Introd. § 39 n. 108). caput : désignation d'une personne, attestée dans la tragédie grecque (Soph. Antig. 1) et chez Plavt. Mil. 725 ; Hor. carm. 1, 24, 2 ; ici, avec un relief particulier, car caput peut aussi désigner la vie mise en péril (cf. perist. 13, 36 poenam capitis).

      
317-320 " Impune tantas, furcifer,
strophas cauillo mimico
te nexuisse existimas,
dum scurra saltas fabulam ?
" Est-ce impunément, pendard, que tu imagines avoir tramé de tels artifices, avec tes balivernes de mime, en jouant ta comédie de bouffon ?

      317 : impune : cf. v. 511-512 Vesta Palladios lares | impune sensit deseri ; perist. 5, 103-104 impune ne nostris sibi | dis destruendis luserit. tantas : équivalent de tot (-> 11, 5). furcifer : fréquent en comédie, cf. Plavt. Capt. 563 ; Ter. Eun. 989 ; la furca tient du gibet et du pilori.

      318 : strophas : une ruse, un artifice (cf. Hier. epist. 133, 2), en part. dans un contexte théâtral (cf. Tert. apol. 15, 1 ; Hier. Iou. 15). cauillo mimico : év. repris d'Amm. 26, 6, 15 mimicam cauillationem. La forme cauillo est soit masc., soit neutre (cf. Apvl. met. 1, 7 ; fém. chez Plavt. Aul. 638) ; comme strophas, ce nom peut revêtir ici ses sens obvie ('plaisanterie') et rhétorique ('sophisme') ; mimico a ses sens propre ('relatif à un mime') et figuré ('simulé').

      319 : nexuisse : image du tressage, convenant aux créations littéraires (-> v. 36) et aux ruses (cf. ham. 400). Nectere semble spécialisé dans le second de ces emplois (cf. Liv. 27, 28, 4). existimas : interrogatif ou exclamatif sans particule (cf. v. 321-322 ; -> 5, 105-108).

      320 : scurra : outre le 'bouffon', ce terme désigne chez Plaute l'esclave rusé (Most. 15 urbanus... scurra) ou les bavards et vantards qui font les importants sur les places (Trin. 202). Le préfet ne condamne pas que le grotesque de la mise en scène, mais aussi les côtés roué et hâbleur du martyr. saltas fabulam : saltare ('exprimer par la danse' ou '... la pantomime', cf. v. 318 mimico), avec l'acc. désignant l'oeuvre (Svet. Cal. 57, 9 tragoediam saltare). fabulam : les paroles du martyr, jeu quasi littéraire (fabula, pièce de théâtre) ou sornettes (cf. perist. 9, 18).

      
321-324 " Concinna uisa urbanitas
tractare nosmet ludicris ?
Egon cachinnis uenditus
acroma festiuum fui ?
" Cela parut être une finesse élégante, que de nous manipuler avec des amusements ? Et moi, livré à la risée, ai-je fait un numéro joyeux ?

      321 : concinna : la disposition harmonieuse et symétrique des parties qu'évoque cet adj. se retrouve dans le discours (structures binaires). uisa : -> 9, 25 ; reprise sur un ton impersonnel d'existimas (v. 319) ; le préfet cesse peu à peu d'interpeller le martyr (il le refera au v. 329), adressant ses réflexions à la cantonnade. urbanitas : 'langage spirituel' (Cic. fin. 2, 103) ou 'plaisanterie' (Tac. hist. 2, 88) ; c'est l'urbanitas du scurra (v. préc.) parcourant la ville en y tenant ses discours, à la manière du martyr rassemblant les mendiants (v. 157-158).

      322 : tractare : ce verbe a aussi le sens littéraire de 'traiter (un sujet)' : le préfet est sujet et victime des ludicra. nosmet : cf. ham. 326 ; psych. 86 ; autres pronoms avec l'enclitique -met en perist. 4, 147 ; 10, 1059. ludicris : comme fabula, ce terme reprenant ludimur (v. 315) a un sens technique ('jeu public [cirque ou théâtre]') et un sens général ('amusement' : cath. 2, 34 ; 3, 18). De même, perist. 10, 164-165 (à propos des Lupercales) : nudus plateas si per omnes (cf. v. 157 plateis omnibus) cursitans (cf. v. 141 per urbem cursitat) | pulset puellas uerbere ictas ludicro.

      323 : egon : forme apocopée de egone (cf. Ter. Heaut. 1050), avec le sens de nonne ego (-> v. 251) ; pastiche probable du genre comique (où egon exprime l'indignation). Au v. 327, la forme apocopée adeon suit la forme pleine (v. 325 adeone). cachinnis uenditus : la métaphore de la vente rappelle la cupidité obsessionnelle du préfet (-> v. 75 ; cf. v. 106). Cachinnis est employé dans un contexte théâtral en perist. 10, 226.

      324 : acroma festiuum : repris de Cic. Verr. II 4, 49 (avec la forme habituelle acroama). acroma : contraction vocalique (raisons métriques) ; cf. Not. Tir. 106, 77 ; Gloss. v 162, 21. En grec et en latin, ce terme désigne aussi bien le concert (le récit) que l'artiste qui se produit (Svet. Aug. 74, 5) - ici, le préfet se l'applique à lui-même, bien qu'il soit resté en retrait.

      
325-328 " Adeone nulla austeritas,
censura nulla est fascibus ?
adeon securem publicam
mollis retudit lenitas ?
" À ce point, donc, n'y a-t-il aucune gravité, aucune sévérité dans les faisceaux ? À ce point, la hache publique a-t-elle été émoussée par une molle indulgence ?

      325-328 : cf. perist. 1, 44. 55-56 ; 5, 101-102 iam faxo ius prætorium | conuiciator sentiat ; 107-108 tu porro solus obteras | Romam, senatum, Cæsarem.

      325 : adeone : forme reprise, apocopée, au v. 327. Adeo n'est pas employé ailleurs chez Prudence. nulla : terme répété à la même place du v. suiv., avec est, ici sous-entendu.

      326 : censura : métaphore pour 'sévérité' (reprise d'austeritas, v. préc.) ; -> v. 62.

      326-327 : fascibus... securem publicam : hache et faisceau de verges portés par des licteurs symbolisent l'imperium des magistrats (cf. perist. 10, 143) ; ils sont autant emblèmes officiels (perist. 1, 55 ad bipennem publicam) qu'instruments répressifs (ham. 440-442 trementes | exanimare reos, miserorum in corpore fasces | frangere, terribiles legum exercere secures) ; la hache est citée comme moyen d'exécution p.ex. en perist. 1, 44. Cf. perist. 3, 65 fascibus adstat et in mediis.

      327 : adeon : apocope d'adeone (v. 325), cf. Ter. Eun. 225 ; cf. v. 323 egon ; fréquent dans les comédies (cf. aussi Verg. Æn. 12, 503 tanton placuit), surtout devant une consonne (cf. Lavarenne, § 59). securem : classique (c. Symm. 1, 557), mais plus rare que securim.

      328 : mollis... lenitas : redondance ; cf. cath. 8, 2-4 mollibus qui nos moderans habenis | leniter frenas facilique sæptos | lege coerces. retudit : si l'on ne retient pas la leçon retundit (mss TS) mais suit les meilleurs mss (p.ex. AB), allongement de la syllabe -tu-, peut-être par analogie avec refudi. Cf. c. Symm. 2, 467 cedite, si pudor est, gladiumque retundite uestrum (invective ironique contre les lois romaines). lenitas : rime avec austeritas (v. 325), terme opposé.

      
329-332 " Dicis : 'Libenter oppetam,
uotiua mors est martyri.'
Est ista uobis, nouimus,
persuasionis uanitas.
" Tu dis : 'C'est volontiers que je fais le pas, la mort est le voeu du martyr.' Telle est pour vous, nous le savons, cette vaine conviction.

      329-332 : la position alléguée du martyr, sous forme de maxime, est citée avec les mêmes précautions que l'Écriture, aux vv. 93-94 sic dogma uestrum est, audio : | 'Suum quibusque reddito. '

      329 : libenter oppetam : cf. Ivl. Val. 1, 18 libens oppetam. Cf. perist. 5, 64 mors Christianis ludus est (->) ; 10, 60 fidem tueri uel libenter emori ; 219. Oppetere est employé absolument (cf. c. Symm. 2, 570) au sens de 'mourir' ; de même, obire -> 13, 5.

      330 : uotiua : la mort, 'souhaitée' (cf. Apvl. met. 7, 13 ; -> 5, 356) et 'votive' (vv. 19 morte mortem diruit [->] ; 509-510) ; le préfet aux paroles lourdes d'ironie tragique ignore cette deuotio du martyr, qui lui vaudra la couronne civique (v. 556) ; -> 14, 9. martyri : -> 5, 392.

      331 : ista uobis : se distanciant de ses propos, le juge les attribue au martyr (v. 329 dicis) et à tous les chrétiens. nouimus : chef des cohortes urbaines, le préfet de la Ville aime faire état de son information relativement à ceux qu'il poursuit (cf. aussi v. 65-84).

      332 : persuasionis uanitas : équivalent de uana persuasio ; cf. perist. 5, 65 ; 10, 251.

      333-348 : contrairement à Dioclétien, Valérien ne veut pas l'abjuration des chrétiens, mais fait exécuter les 'cadres' de l'Église. Le supplice de Laurent, justifié par le désir de faire un exemple (cf. v. 349-352), dans une sorte de défi (cf. v. 353-356), serait un cas particulier - expliquant un renom dépassant p.ex. celui du pape Sixte. Plutôt que de nier la possibilité du supplice du gril, en invoquant son illégalité ou en citant des récits parallèles (pouvant être interprétés diversement : attestation d'une pratique réelle ou d'une topique littéraire), comme p.ex. Franchi de' Cavalieri (1895, p. 383-399), il est préférable de considérer cet épisode à la lumière de données établies (décalage entre la mort du diacre et celle du reste du clergé romain) et du contexte historique (coûteuse guerre contre les Perses, cf. v. 89-92, et intérêt particulier à faire parler le trésorier de l'Église). Prudence, qui semble évoquer la torture du chevalet (v. 360), a stylisé son récit, ne retenant que la torture létale (cf. perist. 5, 206-208 ; Leo M. serm. 72, 3), alors que Damase (carm. 33) évoque aussi d'autres tourments.

      
333-336 " Sed non uolenti impertiam
præstetur ut mortis citæ
compendiosus exitus,
perire raptim non dabo.
" Mais à qui le veut, je ne permettrai pas que l'on procure l'issue rapide d'une prompte mort, je n'accorderai pas de trépasser à la hâte.

      333 : non : négation portant sur impertiam, non sur uolenti. uolenti : la mort du martyr sera volontaire (v. 487-488 erupit uolens... spiritus), marque non d'un fanatisme suicidaire, mais de la liberté (v. 491) de celui qui accepte son destin (cf. perist. 12, 25-26).

      334 : præstetur ut : mis en anastrophe, præstare est un peu redondant avec impertiam ; cf. v. 336 non dabo ; cf. perist. 5, 527-528 finem malorum præstitit | mortis supremus exitus.

      334-335 : mortis citæ compendiosus exitus : double pléonasme, repris au v. 336 par perire raptim ; de même, p.ex. perist. 5, 291 mortis exitus (->). Une mors cita est accordée à ste Agnès (-> 14, 90) ; celle de s. Laurent sera au contraire une mors inextricabilis (v. 339).

      335 : compendiosus : 'raccourci' (cf. Apvl. met. 11, 22 ; Ambr. Isaac 6, 50), cf. citæ (v. préc.) et 'avantageux' (sens premier, cf. Colvm. 1, 4, 5 ; Avg. quant. anim. 7, 11 tit.).

      336 : perire... dabo : sur ce tour, -> 13, 27 (ailleurs, on a dare ut : cf. p.ex. v. 433-436). Prudence n'emploie pas ailleurs perire à propos de la mort du martyr (anéantissement pour le préfet, matérialiste ; cf. perist. 10, 636-637 hinc nos et ipsum non perire credimus | corpus ; 13, 56).

      
337-340 " Vitam tenebo et differam
poenis morarum iugibus,
et mors inextricabilis
longos dolores protrahet.
" Je retiendrai la vie et la ferai durer dans des tourments continuellement prolongés, et la mort à laquelle tu ne peux te soustraire prolongera longtemps tes souffrances.

      337 : laissant le martyr en vie (uitam tenebo), le préfet diffère non sa vie, mais sa mort (mortem, sous-entendu a contrario). À la ruse du martyr, il oppose sa science en matière de supplices

      338 : poenis : -> 14, 22 morarum : génitif explicatif (nature du châtiment ; cf. iugibus) ; cf. perist. 9, 87 difficilesque moras animæ et retinacula uitæ. En perist. 10, 813-814, le juge dit au contraire : si te morarum pænitet, finem citum | subeas licebit ; cf. perist. 5, 355 (->). iugibus : cf. iugiter, v. 401-402 : conuerte partem corporis | satis crematam iugiter (le martyr, durant son supplice).

      339 : mors : -> v. 19. inextricabilis : cf. Nicet. symb. 12 [martyres] labores inextricabiles sustulerunt. Le supplice sera irrévocable et sans fin (cf. perist. 5, 200 imo implicabunt tartaro).

      340 : longos dolores : -> 14, 107 ; expression s'opposant à mortis citæ (v. 334 ; cf. v. préc.) et contrastant le dolor asperrimus (v. 218) accepté par le martyr.

      
341-344 " Prunas tepentes sternite,
ne feruor ignitus nimis
os contumacis occupet
et cordis intret abdita.
" Étendez des braises tièdes, de peur qu'une ardeur excessive du feu ne saisisse la face du rebelle et ne pénètre les tréfonds de son coeur !

      341 : prunas tepentes : le feu n'est pas vif (-> 5, 219-220), on laisse refroidir (tepentes) les charbons ardents (prunæ). sternite : peut signifier 'dresser un lit' (le garnir de tapis ; cf. Plin. epist. 7, 27, 7). Le préfet ironisera (v. 354 decumbe digno lectulo) - cependant, -> v. 508.

      342-343 : le martyr mourrait asphyxié si le feu atteignait son visage ; une lumière surnaturelle (v. 361-362 illi os decore splenduit | fulgorque circumfusus est), invisible au païen, l'illuminera.

      342 : ne... nimis : comme le montre nimis, cette proposition finale se rapporte pour le sens à tepentes (v. préc.), non à sternite. feruor : même forme au v. 215 (feu intérieur des passions) ; ici, le feu, extrinsèque, est bénin (cf. N.T. Marc. 7, 15. 21-23). ignitus : adj. dérivé (cf. ham. 269 ; ailleurs, igneus [-> 5, 229]) au lieu du gén. de ignis ; tour poétique, cf. vv. 142 infirma agmina ; 371 per imbrem saxeum ; 503 hostile... ferrum ; perist. 7, 81-82 amnicus | ... liquor.

      343 : os... occupet : cf. perist. 3, 156-158 flamma crepans uolat in faciem, | ... caput | occupat exsuperatque apicem ; Verg. Æn. 10, 699 ; 12, 300 ; Val. Fl. 3, 168. contumacis : autant que sa foi, voire davantage, le préfet reproche au martyr son insoumission ; cf. perist. 5, 105.

      344 : proposition coordonnée à une subordonnée en ne (v. 342), introduite par et (cf. c. Symm. 1, 14-18) au lieu de neu. abdita : adj. substantivé (-> 13, 51) désignant les entrailles (cf. perist. 5, 114 nudate costarum abdita). intret : même verbe dans des descriptions de torture par le fer (ici : par le feu), en perist. 5, 120 [quod] intraret artus ungula ; 9, 56.

      
345-348 " Vapor senescens langueat,
qui fusus adflatu leui
tormenta sensim temperet
semustulati corporis.
" Qu'une chaleur sur le déclin reste lan-guissante pour que, se répandant en bouf-fées légères, elle tempère graduellement les tourments d'un corps à moitié consumé !

      345 : cf. perist. 3, 167 rogus igneus emoritur. uapor : ce feu, moins fort que celui, intérieur, des passions (v. 213-216 ; -> v. 342), n'a pas la vigueur de celui que subit s. Vincent (perist. 5, 219-220 cui multa carbonum strues | uiuum uaporat halitum). Le juge assimilera ce uapor senescens à Vulcain (ironie tragique, -> v. 356) ; cf. v. 397 uapor diutinus. senescens langueat : redondant.

      346 : fusus : cf. v. 536 qui uota fundit murmure (murmures et larmes touchent davantage le martyr que le feu). adflatu : le souffle qui émane du feu (Liv. 28, 23, 4 adflatu uaporis ; cf. ThlL i 1228, 83) ne parviendra pas au coeur du martyr, alors que celui de l'Esprit embrasera les sénateurs (v. 493-496 repens medullas indoles | adflarat et coegerat | amore sublimis Dei | odisse nugas pristinas). leui : cf. c. Symm. 2, 815 leui... flatu (-> 5, 418) ; idée d'atténuation (cf. v. préc.).

      347 : sensim temperet : légère redondance ; cf. v. 341 tepentes ; sensim, auquel s'oppose repens (v. 493), se retrouve en perist. 5, 232 ; 10, 903 (mise en oeuvre méticuleuse de supplices).

      348 : semustulati : cf. Cic. Mil. 33 ; Cypr. epist. 40 ; on a plus souvent sem(i)ustus, cf. Verg. Æn. 3, 578 Enceladi semustum fulmine corpus. Composés en semi-, -> v. 150. corporis : cf. v. 401-402 conuerte partem corporis | satis crematam iugiter (réplique du martyr) ; -> v. 59.

      
349-352 " Bene est, quod ipse ex omnibus
mysteriarches incidit,
hic solus exemplum dabit,
quid mox timere debeant.
" Il est bon que l'on soit tombé, entre eux tous, sur le président des mystères en per-sonne : celui-là seul donnera un exemple de ce qu'ils devraient craindre bientôt.

      349-352 : même syllogisme à propos de s. Hippolyte (-> 11, 79-84). Aveuglé ou de mauvaise foi, le juge dit profiter d'une occasion, alors qu'il est à l'origine du sursis accordé au trésorier.

      349 : bene est : seul emploi chez Prudence de cette locution classique. ipse ex omnibus : ipse renforcé par ex omnibus. Cf. perist. 11, 80 ipsum Christicolis esse caput populis.

      350 : mysteriarches : néologisme pompeux, légèrement comique ; hapax en latin comme en grec, ce nom désigne ici l'archidiacre (cf. v. 37-40). Assez bien informé (cf. v. 65-84. 331), le préfet ne connaît cependant le christianisme que de l'extérieur et s'exprime par analogies maladroites avec des catégories connues (ici, les cultes à mystères ; cf. v. 65 orgiis).

      351 : hic solus : cf. v. préc. ipse ex omnibus ; être d'exception sur qui tout repose (-> 5, 105 ; cf. perist. 10, 66-68), le martyr est seul contre tous. exemplum dabit : cf. ham. 250 ; psych. præf. 10. Le supplice du martyr suscite un effroi (perist. 7, 38 ; 10, 465 ; 11, 85) qui se trans-formera en courage (v. 489-496) - ironie tragique, l'exemplum se retourne contre le juge (cf. Introd. § 30 n. 81). L'exemplum des martyrs sert de protreptique, p.ex. pour s. Vincent (cf. perist. 4, 101-108) et pour le compagnon de s. Romain (cf. perist. 10, 736-780).

      352 : mox : la persécution de Valérien procède par décrets toujours plus sévères ; le préfet laisse entendre qu'elle pourrait devenir générale. timere : la crainte de Dieu est légitime (-> 13, 20) ; les martyrs dissuadent de succomber à celle des persécuteurs (perist. 6, 19 ; 13, 40).

      
353-356 " Conscende constratum rogum,
decumbe digno lectulo ;
tunc, si libebit, disputa
nil esse Vulcanum meum ! "
" Monte sur le bûcher que l'on a étendu, allonge-toi sur cette digne couchette ; puis, si cela t'agrée, soutiens que mon Vulcain n'est rien ! "

      353-354 : débuts de vers allitérants (cons- ; d-). Les impératifs sont mis en asyndète, de même qu'aux vv. 453-454 et en perist. 11, 29-30 ; cath. 12, 99-100 ; apoth. 594.

      353 : conscende constratum : comme sternite (v. 341) et decumbe (v. suiv.), constratum et conscende (cf. c. Symm. 1, 474) se disent à propos d'un lit. conscende... rogum : cf. perist. 5, 221 hunc sponte conscendit rogum. constratum rogum : cf. v. 341 prunas tepentes sternite. Ce bûcher est plat, à la différence celui de perist. 6 (cf. construere en perist. 6, 69) ; cf. aussi perist. 5, 260.

      354 : decumbe : verbe utilisé aussi à propos du gladiateur vaincu se laissant tomber pour le coup de grâce (Cic. Tusc. 2, 41 ; Phil. 3, 35). digno lectulo : abl. de lieu (év. de direction) ; les 2 termes sont, chacun dans son ordre, ironiques. Le diminutif lectulo, qui désigne le lit de douleur et de mort, semble familier voire affectif, ce qui n'est pas le cas en perist. 5, 353. 556.

      355-356 : le préfet répond par un défi au martyr qui disait ne pas craindre la douleur (v. 217-220) et niait l'efficacité des instruments de répression symbolisant l'État (v. 325-328).

      355 : le préfet ne s'inquiète pas du discours religieux du martyr (v. 107-108 nummos libenter reddite, | estote uerbis diuites), mais exige sa soumission à l'État. tunc : valeur chronologique et logique. si libebit : reprise du v. 329 dicis : 'libenter oppetam.' disputa : cf. perist. 10, 404-405 (le préfet) quis hos sophistas error inuexit nouus, | qui non colendos esse diuos disputent ? Le martyr obéira à cette invitation (v. 401-408), mais conclura sur une prière, un exorcisme et une prophétie.

      356 : cf. perist. 3, 76-80 Isis, Apollo, Venus nihil est, | Maximianus et ipse nihil, | illa nihil, quia facta manu, | hic manuum, quia facta colit ; | friuula utraque et utraque nihil. Vulcanum : pas plus qu'il n'est loyal à l'empereur (-> v. 135), le préfet n'est dévot ; il use à son tour de métaphores ('antonomase de Voss' qui revient à une vue rationnaliste de la mythologie) ; cf. c. Symm. 1, 297-308, en part. 304-307 ipse ignis, nostrum factus qui seruit ad usum | Vulcanus perhibetur et in uirtute superna | fingitur ac delubra deus et nomine et ore | adsimulatus habet ; cf. Avg. ciu. 7, 35 ; figure semblable, un peu forcée, en perist. 5, 98-100 (Pluton et les bourreaux). L'identification du dieu des enfers au uapor émanant des charbons ardents (v. 345) recèle une ironie in-volontaire ; d'un point de vue chrétien, uapor évoque les démons, réputés habiter l'air (N.T. Eph. 2, 2 secundum principem potestatis æris huius, spiritus qui nunc operatur in filios diffidentiæ ; 6, 12), et la vanité du néant (N.T. Iac. 4, 15 quæ enim uita uestra ? uapor est, ad modicum apparens, deinceps exterminabitur) ; cf. McCarthy 1982. meum : de même, à propos du Dieu de s. Laurent (v. 99-100 tuus | ... deus). Cf. v. 403-404 (réponse) fac periclum, quid tuus | Vulcanus ardens egerit.

      357-496 : le dernier acte du drame (cf. Introd. § 121) est le supplice du martyr, dont il sortira victorieux, mourant sans avoir apostasié, exorcisant même Rome des démons du paganisme.

      
357-360 Hæc fante præfecto truces
hinc inde tortores parant
nudare amictu martyrem,
uincire membra et tendere.
À ces paroles du préfet, brutaux, les bourreaux, de part et d'autre, font leurs préparatifs : ôter les vêtements du martyr pour le mettre à nu, ligoter ses membres et les tendre.

      357 : hæc fante præfecto : abl. absolu marquant une transition. On trouve aussi le part. prés. de fari en perist. 6, 43. Præfectus désigne le persécuteur ès fonctions (-> v. 46).

      357-358 : truces... tortores : termes topiques (trux, -> 14, 21 ; tortor, -> 5, 6), mimétique-ment séparés par hinc inde. Cf. Hor. carm. 3, 5, 50 quæ... barbarus tortor pararet (v. suiv. parant).

      358 : hinc inde : cette expression (-> 11, 163 ; à la même place, v. 438 et perist. 5, 374) laisse entendre que les bourreaux sont au nombre de 2 (fréquent, -> 5, 138). parant : de même, à propos de supplices, perist. 3, 114 ; 6, 68 ; 11, 105. Les infinitifs compléments nudare (v. suiv.) et uincire... et tendere (v. 360) décrivent les préparatifs plus qu'ils n'expriment leur but.

      359-360 : pour l'humilier autant que pour des raisons pratiques, les bourreaux mettent à nu le patient et lui lient les mains ; cf. perist. 9, 43 uincitur post terga manus spoliatus amictu.

      359 : nudare amictu : réponse indirecte aux méfaits imputés aux chrétiens (v. 84 nudare dulces liberos) ; par rapport aux fins dernières (cf. v. 267-268 exuent | artus), l'action du préfet reste limitée. Cet outrage, infligé au cadavre de s. Vincent (perist. 5, 395 nudum negato tegmine), est miraculeusement atténué pour les vierges (cf. perist. 3, 151-155. 176-180 ; 14, 40-49).

      360 : le supplice du chevalet (-> 5, 109-112), torture préliminaire que le martyr était prêt à subir (v. 219 fragmenta membrorum pati), aggrave le supplice, comme pour s. Vincent les pointes acérées du gril (perist. 5, 217-218). uincire membra : cf. perist. 5, 109. 236 ; 6, 103-104 ; 9, 43. Sur membra, -> v. 209. S. Laurent, comme s. Vincent (perist. 5, 235-236), ne peut étendre les mains pour prier (un miracle le permet aux martyrs de Tarragone, cf. perist. 6, 103-108). tendere : cf. v. 240 tendit ueneno intrinsecus (l'hydropique ; ici, tension externe : -> v. 342).

      361-409 : le récit du supplice est celui d'un double miracle : l'illumination du visage du martyr (perçue par quelques-uns, v. 361-372) et sa résistance (patente, cf. vv. 397-409 et 491-492).

      361-372 : les traits transfigurés, le martyr évoque Moïse (champion de la vraie religion face à l'idolâtrie) et s. Étienne (protomartyr et premier diacre). S. Laurent, membre des cohortes des martyrs (cf. psych. 21-39) combat aux côtés de, et pour la Fides (cf. v. 16-20).

      
361-364 Illi os decore splenduit
fulgorque circumfusus est ;
talem reuertens legifer
de monte uultum detulit,
Quant à lui, sa figure brille magnifiquement et il est auréolé d'un éclat ; tel était le visage qu'à son retour de la montagne ramenait le Législateur, ...

      361-362 : l'illumination du visage du martyr est réelle (et non métaphorique : perist. 5, 125-128) et contredit la volonté du préfet (cf. v. 342-343 ne feruor ignitus... | os... occupat). Dans l'iconographie du temps de Prudence, le nimbe n'est pas encore réservé aux saints ni systématique ; de tels récits de miracles ont pu jouer un rôle dans cette évolution.

      361 : à ce visage s'oppose l'aveuglement du juge et des siens (v. 378-380 os oblitum noctis situ | nigrante sub uelamine | obducta clarum non uidet). decore splenduit : la beauté intérieure (cf. v. 226 intus decoris integri) du martyr devient manifeste, anticipant sa gloire céleste (cf. v. 557-558).

      362 : cf. la promesse des vv. 173-174 uidebis ingens atrium | fulgere uasis aureis.

      363-368 : cf. V.T. exod. 34, 29-30 cumque descenderet Moses de monte Sinai, tenebat duas tabulas testimonii et ignorabat quod cornute esset ex consortio sermonis Dei. uidentes autem Aaron et filii Israhel cornutam Mosi faciem timuerunt prope accedere (cf. cath. 12, 153-156, autre allusion à cet épisode).

      363-364 : talem... uultum : comparaison (v. 363-368) avec Moïse, uultum reprenant os (v. 361) ; de même, avec s. Étienne, talemque et ille prætulit | oris corusci gloriam (v. 369-370).

      363: legifer : cf. apoth. 51 dator legis diuinæ. Legifer (cf. Verg. Æn. 4, 58) se retrouve à propos de Moïse chez Lact. inst. 4, 17, 7 ; Hier. adu. Iouin. 1, 20 ; Pavl. Nol. carm. 26, 35.

      364 : de monte : le mont Sinaï, lieu des théophanies. Ce complément dépend à la fois de reuertens (v. préc.) et de detulit. detulit : même forme en fin du v. 102 secum Philippos detulit.

      
365-368 Iudæa quem plebs aureo
boue inquinata et decolor
expauit et faciem retro
detorsit impatiens Dei.
[visage] dont le peuple juif, souillé et terni par le veau d'or, prit peur ; il détourna alors sa face vers l'arrière, incapable qu'il était de supporter Dieu.

      365-368 : l'éblouissement des Hébreux infidèles (V.T. exod. 34, 29-30) préfigure in-directement l'aveuglement du persécuteur et des païens (v. 377-384 ; autre allusion à l'Exode).

      365 : Iudæa... plebs : désignation anachronique du peuple hébreu, appelé ailleurs chez Prudence Hebræi (v. 383), gens Hebræorum, Israhel, Iacob genus, ainsi que populus Iudaicus et Iudæa.

      365-366 : aureo boue : mis en évidence par le rejet de boue ; aureo (-> v. 48) s'oppose à decolor.

      366 : le Veau d'or symbolise la souillure causée par l'idolâtrie (cf. v. 475) et par l'or (-> v. 197-200). inquinata et decolor : cf. c. Symm. 1, 504-505 nec decolor usus | in uitium uersæ monumenta coinquinet artis. L'adj. inquinata relève plutôt du religieux, decolor de l'esthétique. inquinata : cf. v. 247 à propos du débauché (inspiré du Carmen contra paganos, allusion au taurobole ; cf. aussi inquinatus en perist. 10, 1046) ; un év. lien entre taurobole et Veau d'or serait ici fortuit.

      367 : expauit : cf. cath. 7, 45 expauit ignem non ferendum uisibus (Moïse et le buisson ardent).

      367-368 : faciem retro detorsit : mouvement de torsion vers l'arrière ; même emploi de retro en perist. 11, 99. Cf. ham. 747-748 flexam in tergum faciem paulumque relata | menta retro (femme de Loth). Le sing. faciem a une valeur distributive, il se rapporte au collectif plebs (v. 365).

      368 : detorsit : connotation morale ; cf. perist. 11, 35 his ubi detorsit læuo de tramite plebem ; ham. 554. impatiens Dei : les baptisés en état de grâce sont Christi capaces (v. 376), mais les pécheurs ne supportent pas la manifestation de Dieu, douloureuse ou désagréable (-> 13, 68).

      
369-372 Talemque et ille prætulit
oris corusci gloriam
Stephanus per imbrem saxeum
cælos apertos intuens.
Telle était encore la gloire qu'arborait la figure étincelante de l'illustre Étienne également, quand sous la pluie de pierres il voyait les cieux ouverts.

      369 : talemque et : -que et n'est pas pléonastique (et : valeur d'etiam) ; talemque est coor-donné avec talem, v. 363. ille : hyperbate avec Stephanus (v. 371). prætulit : cf. v. 32.

      370 : gloriam (-> v. 9) est complété du gén. exégétique oris corusci. Par cette gloire anticipant celle du Ciel s'accomplit déjà la prophétie de s. Sixte (v. 30 ; cf. v. 557-558). oris corusci : cf. v. 299 gemmas corusci luminis (les pauvres) ; perist. 6, 2 attollit caput ignibus coruscum (Tarragone).

      371-372 : seule mention dans le recueil de s. Étienne, modèle pour s. Laurent (cf. Introd. § 21 ; cf. Leo M. serm. 72, 4 ita per uniuersum mundum clarificauit gloriam suam, ut a solis ortu usque ad occasum, Leuiticorum numerum coruscante fulgore, quam clarificata est Ierosolyma Stephano, tam illustris fieret Roma Laurentio). Prudence unit 2 épisodes successifs (vision durant l'interrogatoire ; lapidation) de la passion de s. Étienne (N.T. act. 7, 55-59) ; cf. aussi ditt. 172-175.

      371 : Stephanus : mise en évidence par le rejet ; le titre du Peristephanon ('Livre des Étienne' ou 'des couronnes') évoque s. Étienne. imbrem saxeum : de même, Stat. Theb. 7, 408 ; Sil. 13, 181. L'adj. saxeus est utilisé au lieu du gén. saxorum (cf. perist. 7, 89 pondus... saxeum ; -> v. 342) ; même image en ditt. 173-174 imbri | afflictus lapidum ; 175 inter saxa.

      372 : cf. NT. act. 7, 56 'Ecce uideo cælos apertos.' L'ouverture des cieux symbolise le salut ; cf. perist. 5, 369-370 (->) ; 6, 122 cælum martyribus patere apertum. cælos : acc. plur. de cælum, régulier. Objet du regard des suppliants (-> v. 548), les cieux, demeure de Dieu (perist. 14, 125 arx cælestis) et des élus (v. 559 Roma cælestis), sont source de visions et de miracles (perist. 1, 85-92 ; 3, 161-165. 171-175 ; 6, 91-99. 121-129 ; 10, 852-865 ; 14, 46-49). apertos : attribut de cælos. intuens : le lieu où se porte le regard montre les intentions : bonnes chez le poète (v. 548 cælum intuemur), non chez les païens (perist. 10, 375 subiecta semper intuens, numquam supra).

      
373-376 Illuminatum hoc eminus
recens piatis fratribus,
baptisma quos nuper datum
Christi capaces fecerat ;
Il apparut illuminé de la sorte aux frères récemment purifiés, que le baptême conféré peu de temps auparavant avait rendus à même d'accueillir le Christ ; ...

      373 : illuminatum : cf. perist. 5, 126-127 omni uacantem nubilo | frontem serenam luminat. hoc : abl. de manière. eminus : cf. v. 548 ; cet adv. suggère ici la portée du rayonnement du martyr, ailleurs (perist. 7, 31 ; 10, 719) la peur ou l'impuissance des spectateurs d'un martyre.

      374 : recens : nomin. neutre à valeur adverbiale (cf. Verg. georg. 3, 156) ; recens lié à piatis constitue un pendant à baptisma... nuper datum (v. suiv.). piatis : cf. cath. 7, 73 (baptême d'eau) et perist. 5, 361 (baptême de sang). fratribus : -> v. 73 ; la suite confirme qu'il s'agit des témoins du martyre de s. Laurent (non de s. Étienne). En état de grâce, ceux qui viennent d'être baptisés perçoivent l'éclat du martyr (celui des corps transfigurés des élus : v. 275-276) ; de même, s. Vincent a le regard purifié, et voit la présence du Christ (perist. 5, 125-128).

      375 : baptisma : technique (apoth. 697. 881 ; psych. 103) ; on a plus souvent lauacrum (-> 5, 362). datum : cf. psych. 361 unguentum regale datum est et chrisma perenne ; cath. 9, 87.

      376 : Christi capaces : cf. Pavl. Nol. epist. 16, 6 Dei capax ; cf. aussi perist. 10, 743. Les baptisés peuvent recevoir les sacrements par lesquels Dieu se donne à eux ; ici, ils sont à même de percevoir la passion glorieuse du Christ dans celle du martyr (-> 5, 128).

      
377-380 ast impiorum cæcitas
os oblitum noctis situ,
nigrante sub uelamine
obducta, clarum non uidet ;
par contre, l'aveuglement des impies, recouvert d'un voile ténébreux, voit ce visage souillé par la crasse de la nuit, et non dans sa clarté ; ...

      377 : impiorum cæcitas : cf. v. 456 errans Iuli cæcitas ; perist. 10, 371 cæcitas gentilium ; image fréquente chez les auteurs chrétiens (cf. ThlL iii 39, 74 - 40, 40) ; cf. v. 232 cæca fraus nihil uidet. Impius (perist. 10, 556. 1001 ; 11, 5 ; 14, 12) désigne les païens (-> v. 11). L'hyperbate cæcitas... obducta confère au quatrain son unité, liant le sujet principal cæcitas à uidet (v. 380).

      378 : les païens ne voient qu'un visage noir de suie, et non son illumination. oblitum : cf. v. 466 (Jupiter) stupro sororis oblite. noctis situ : la métaphore suggère l'inconsistance du phénomène perçu par les païens au regard est obscurci (v. 379-380). Sur situs, -> 11, 53.

      379-380 : nigrante sub uelamine obducta : apposition à cæcitas (v. 377) mimétiquement intercalée entre oblitum noctis situ et clarum, attributs d'os (v. 378 ; uidet sous-entendu) ; un voile (v. 365-368 ; V.T. exod. 34, 33 ; N.T. II Cor. 3, 13 Moses ponebat uelamen super faciem suam ut non intenderent filii Israhel in faciem eius) empêche les impies de voir la gloire du Christ (cf. v. 376).

      379 : nigrante : même forme au début du v. 88 nigrante quos claudis specu.

      380 : obducta : cf. perist. 10, 1117 puluis obducit situ (situs est employé au v. 378). clarum : cet adj. qualifie les martyrs Cucufat (perist. 4, 33) et Fructueux (perist. 6, 12), le sang des martyrs (perist. 4, 86) ainsi que les cohortes angéliques (perist. 1, 66). Il est ici employé au sens propre : l'éclat du martyr est visible, concret, bien que surnaturel. non uidet : -> v. 173.

      
381-384 Ægyptiæ plagæ in modum,
quæ, cum tenebris barbaros
damnaret, Hebræis diem
sudo exhibebat lumine.
c'était comme lors de la plaie d'Égypte qui, tandis qu'elle condamnait les barbares aux ténèbres, montrait aux Hébreux le jour avec sa lumière sereine.

      381 : Ægyptiæ plagæ : de même, apoth. 360 ; il s'agit de la 9e plaie d'Égypte (V.T. exod. 10, 22-23 extendit Moses manum in cælum et factæ sunt tenebræ horribiles in uniuersa terra Ægypti tribus diebus ; nemo uidit fratrem suum nec mouit se de loco in quo erat ; ubicumque autem habitabant filii Israhel lux erat). in modum : de même, perist. 14, 46 fulminis in modum.

      382 : barbaros : les Égyptiens sont des barbares pour la Bible (psalm. 113, 1 in exitu Isræl de Ægypto, domus Iacob de populo barbaro) comme pour Rome (Verg. Æn. 8, 685-688, Antoine et Cléopâtre face à l'Occident ; 698-700, le chien Anubis opposé aux dieux anthropomorphes). Prudence ne distingue pas 2 types de paganisme (v. 4 ritum... barbarum ; perist. 10, 253-255).

      383 : Hebræis : adj. substantivé (cf. ditt. 89 ; apoth. 379) désignant les Israélites (-> v. 365). diem : la lumière du jour (cf. perist. 3, 57 ; 10, 327. 955 ; 11, 158 ; 13, 43) ; ailleurs, dies indique sa durée (v. 142) ou un moment dans le temps (vv. 31. 166. 497).

      384 : sudo... lumine : cf. Apvl. met. 11, 7. La forme lumine est aussi employée en fin de v. dans l'expression des vv. 395-396 is ipse complet lumine | iustos et urit noxios.

      
385-388 Quin ipsa odoris qualitas,
adusta quam reddit cutis,
diuersa utrosque permouet :
his nidor, illis nectar est.
Bien plus, la nature même de l'odeur qui émane de la peau grillée affecte les uns et les autres de manière opposée : pour ceux-ci, du brûlé, pour ceux-là, une fragrance.

      385 : quin ipsa : quin adv. (cf. perist. 4, 177 ; 5, 165. 253. 281. 401 ; 6, 124 ; 10, 1036) est souvent renforcé par et ou, comme ici, par ipse, qui souligne un miracle supplémentaire.

      386 : adusta... cutis : cf. perist. 3, 91 ergo age, tortor, adure, seca ; 6, 105 intacta cute decidunt adusti ; 10, 486. Il est aussi question de tortures infligées sur la peau (cutis) en perist. 3, 148 ; 9, 12. 56 ; 10, 559. 761. reddit : même emploi à propos d'une odeur chez Plin. nat. 22, 51.

      387 : diuersa : adj. apposé à qualitas (valeur adverbiale ; de même, v. 409 ludibundus). utrosque : aux uns, en état de grâce (illis ; v. 373-376) correspondent les Israélites et les justes (vv. 383 Hebræis ; 396 iustos), aux autres, en état de péché (his ; v. 377-380), les Égyptiens et les coupables (vv. 382 barbaros ; 396 noxios). permouet : affection sensible, peut-être émotion.

      388 : opposition entre nidor et nectar (paronomase). nidor : l'odeur de ce qui brûle (apoth. 759 ; Lvcr. 6, 792 extinctum lumen ubi acri nidore offendit naris). nectar : plus souvent utilisé pour un goût (perist. 10, 345. 783 ; cath. 3, 72 ; 9, 35) que pour un parfum (ici ; cf. perist. 5, 280 ; cath. 11, 68). Cf. Lvcr. 2, 848 nardi florent, nectar qui naribus halat.

      
389-392 Idemque sensus dispari
uariatus aura aut adficit
horrore nares uindice
aut mulcet oblectamine.
Et la même odeur, dont les émanations contraires varient, soit remplit les narines d'une horreur vengeresse, soit les flatte par son agrément.

      389 : cf. perist. 10, 825 sit his sub uno fine dispar exitus. idemque sensus : l'objet sensible, non sa perception ; le rayonnement du martyr était caché aux païens aveuglés, mais ici, ce sont les chrétiens qui perçoivent miraculeusement un suave parfum dans une odeur de chair brûlée.

      390 : uariatus : employé à propos d'une alternative (cf. psych. 894 ; en c. Symm. 2, 436. 846, par contre, multitude de possibilités). aura : sens figuré attesté p.ex. chez Verg. georg. 3, 251 ; cf. apoth. 759-760 nec de corporeo nidorem sordida tabo | aura refert.

      390-391 : adficit horrore : cf. Plavt. Amph. 1068 ea res me horrore adficit.

      391 : horrore... uindice : uindex (-> 11, 173) montre que l'horror n'est pas la crainte (cf. perist. 10, 722. 961), mais un frisson de répulsion, sorte de châtiment qui endurcit des pécheurs, à l'opposé des chrétiens et des païens qui se convertiront (v. 489-496). nares : les narines (v. 282 ; ham. 312-313), nommées dans la liste d'organes sensoriels de ham. 300.

      392: mulcet : cf. cath. 8, 20 (en mauvaise part, psych. 331). oblectamine : contrairement aux prosateurs qui préfèrent oblectamentum, Prudence utilise plusieurs fois cette forme (p.ex. cath. 7, 18) attestée chez Ov. met. 9, 342 ; Stat. Ach. 1, 185. Sur les noms en -men, -> 5, 215.

      
393-396 Sic ignis æternus Deus
- nam Christus ignis uerus est - :
is ipse complet lumine
iustos et urit noxios.
Ainsi en est-il du feu qu'est le Dieu éternel - car le Christ est le vrai feu - : lui-même comble de lumière les justes et brûle les coupables.

      393-394 : l'analogie entre feu et principes spirituels (âme, divinité), à coloration stoïcienne (cf. Torro 1976, p. 42-43), se trouve aussi en V.T. deut. 4, 24 Dominus Deus tuus ignis consumens est ; N.T. Hebr. 12, 29 Deus noster ignis consumens est. Cf. perist. 1, 60 cælestis ignis ; 6, 71 feruentes animas ; 10, 439-440 feruentissimæ | diuinitatis uim coruscantem ; apoth. 72 lumen imago Dei, Verbum Deus et Deus ignis (-> 5, 297). Ce que les spectateurs perçoivent équivaut au sort qui les attend : illumination ou brûlure éternelles. Le feu divin est réel, contrairement au Vulcain du bûcher (v. 356), que le martyr ne semble pas ressentir. ignis æternus : cf. perist. 6, 99 (perennis ignis auquel sont livrés les damnés). æternus Deus : -> v. 262.

      394 : précision, parenthèse interrompant l'argument. ignis uerus : au vrai feu s'oppose le feu matériel, apparent (-> v. 510), identifié au faux dieu Vulcain (cf. vv. 356. 404). La veritas (attribut divin : -> 5, 39) est liée à l'éternité (v. préc. æternus) du feu, cf. l'emploi de nam.

      395 : is ipse : de même, v. 117. complet lumine : Dieu comble l'homme (cath. 4, 35-36 artus atque animas utroque pastu | confirmas, Pater, ac uigore comples), illuminant déjà ici-bas le martyr (v. 373) ; la lumière symbolise vie et fécondité (-> 11, 168). Lumine conclut le v. 384.

      396 : cf. ham. 704 lux comes est iusti, comes est mors horrida iniqui ; 863-864 inter | damnatas iustasque animas. iustos : les chrétiens (c. Symm. 2, 667), non seulement les saints (ici ; perist. 1, 29 ; 10, 539), mais aussi les martyrs subissant leur épreuve (perist. 1, 51) et, de façon générale, les fidèles (perist. 5, 83. 515 ; 11, 5) ; outre iustus, on trouve dans le même sens sanctus (-> 2, 80). urit noxios : l'allusion au feu brûlant les damnés (noxii : cf. perist. 5, 134) permet de renouer avec le récit proprement dit (le martyr sur le bûcher).

      
397-400 Postquam uapor diutinus
decoxit exustum latus,
ultro e catasta iudicem
compellat adfatu breui :
Après que la chaleur eut bien longuement cuit le flanc qu'elle a brûlé, prenant l'offensive, de sur le gril, il apostrophe le juge par ces brèves paroles : ...

      397-398 : Prudence ne décrit pas le déroulement du supplice (au contraire, perist. 5, 225-236) et, après une digression, évoque ici directement sa phase avancée.

      397 : diutinus : cf. Plavt. Mil. 503 supplicium... longum... diutinumque ; rappel de la décision de faire mourir le martyr à petit feu (vv. 333-340. 345-349). L'éternité du feu divin (v. 393 ignis æternus) est distinguée de la relative permanence du uapor de Vulcain (-> v. 356).

      398 : decoxit et exustum constituent presque un hysteron-proteron, l'objet de l'action étant présenté comme son effet. decoxit : repris au v. 406 (coctum est), employé au v. 196 (flammis necesse est decoqui) à propos de l'affinage de l'or ; une correspondance n'est pas exclue, avec un recours à une thématique alchimique qui est aussi une image biblique : I Petr. 1, 7 ut probatum uestræ fidei multo pretiosius sit auro quod perit per ignem probato, inueniatur in laudem et gloriam et honorem in reuelatione Iesu Christi. Cf. Cypr. eleem. 14 sordibus tuis tamquam igne decoctis. latus : ne désigne pas ici le flanc du martyr (trad. Lavarenne), mais une partie, un côté de son corps (v. 401-402 partem corporis | ... crematam) ; en perist, 5, 263, le dos. Une correspondance reste possible avec le v. 502 non ense præcinxit latus (->). Peut-être en rapport avec la blessure du Christ crucifié (cf. N.T. Ioh. 19, 34, repris en perist. 8, 15-16 ; ditt. 165-166), Prudence parle souvent de blessures au côté, latus (perist. 3, 133. 150 ; 4, 121 ; 5, 263 ; 10, 452. 484).

      399 : ultro : -> 14, 20. catasta : désigne aussi le gril en perist. 1, 56 (grabatus en perist. 5, 207) ; en perist. 10, 467, le chevalet (ce supplice semble être infligé sur le même instrument, cf. v. 360). Chez les auteurs antérieurs (Tib. 2, 3, 60 ; Svet. gram. 13), ce nom grec désigne l'estrade destinée à la vente des esclaves. iudicem : -> v. 167.

      400 : compellat : cf. perist. 5, 284. adfatu breui : la réponse au défi du juge est cinglante (v. 401-404) ; plus brève et sarcastique encore sera la suite (v. 406-408). L'explication sur les pauvres (v. 185-312 : 128 vv.) et la prière finale (v. 413-484 : 72 vv.) sont plus développées.

      401-409 : le supplice permet au martyr de s'adresser ironiquement au juge (cf. perist. 3, 86 ; 10, 246). Cf. Ambr. off. 1, 41, 206 ipse, post triduum, cum illuso tyranno impositus super craticulam exureretur, " Assum est ", inquit, " uersa et manduca ! ". ita animi uirtus uincebat ignis naturam ; hymn. 13, 31-32 " Versate me ", martyr uocat, | " uorate, si coctum est ! ", iubet.

      
401-404 " Conuerte partem corporis
satis crematam iugiter
et fac periclum, quid tuus
Vulcanus ardens egerit. "
" Tourne complètement la partie de mon corps suffisamment exposée à la brûlure continuelle et fais l'épreuve de ce que ton Vulcain ardent a accompli ! "

      401 : partem corporis : cf. cath. 2, 82 ; ici, le dos du martyr, exposé au feu.

      402 : satis : pour le préfet, le martyr ne sera 'assez' brûlé qu'à sa mort (v. 339-340) ; le sens culinaire de satis n'apparaît qu'aux vv. 406-408. crematam : de même, perist. 1, 51 ; 6, 50 ; 10, 760. Ici, ensuite, variation lexicale : vv. 396 urit ; 397 decoxit exustum ; 406 coctum.

      403 : fac periclum : de même, Plavt. Bacch. 63 ; Cic. Phil. 5, 14 ; cf. perist. 10, 991 ; même idée au v. 407 avec experimentum cape. Aveuglé, le juge ne voit pas l'inefficacité du supplice, manifestée par cette demande même, et obéira à cette invitation.

      403-404 : quid... egerit : l'action du feu, purement physique, n'atteint pas le martyr dans sa détermination. tuus Vulcanus : cf. v. 355-356 tunc, si libebit, disputa | nil esse Vulcanum meum (-> v. 356) ; le préfet utilisait le même ton à propos du Christ (v. 99-100 tuus | ... deus).

      404 : Vulcanus ardens : reprise d'un début de v. horatien : Hor. carm. 1, 4, 8.

      
405-408 Præfectus inuerti iubet ;
tunc ille : " Coctum est, deuora
et experimentum cape,
sit crudum an assum suauius ! "
Le préfet donne l'ordre de le retourner ; alors, celui-là : " C'est cuit, avale, et profite de goûter si c'est meilleur cru ou grillé ! "

      405 : præfectus : -> v. 46. inuerti iubet : même s'il donne des ordres, le juge n'est qu'un exécutant (v. 47), obéissant ici même au martyr (v. 401 conuerte partem corporis).

      406 : coctum est, deuora : cf. Ambr. hymn. 13, 32 " uorate, si coctum est ! ", iubet ; Petr. Chrys. serm. 135, 2 " ... si una pars cocta est, uorate ! ". Sur (de)uorare, -> 11, 68 ; ce verbe montre la cruauté bestiale des persécuteurs (-> 5, 100). La plaisanterie assimilant le supplicié sur le gril à de la viande rôtie sur cet instrument est relativement naturelle et se trouve dans d'autres récits de martyres (Socrat. hist. 3, 15 ; Sozom. hist. 5, 11), sans qu'il soit besoin de rechercher une filiation littéraire. Ici se poursuit en outre le parallèle entre l'or et les hommes : (de)coquere est utilisé à propos de l'or et du martyr (-> v. 398) et deuora(t) est en fin de v. ici et au début du poème, à propos du préfet (v. 134-135) : spem deuorat | aurum.

      407 : experimentum cape : de même, Sen. dial. 2, 9, 3 ; reprise du v. 403 fac periclum. Face à un positiviste, le martyr fait appel à l'expérience sensible (experimentum) : voir les vraies richesses de l'Église (v. 169-176), constater de même l'effet de 'Vulcain' sur son dos brûlé.

      408 : interrogation indirecte double, avec an mais sans -ne introductif (classique). crudum : -> v. 287 ; ici, mêmes valeur et connotations que 'saignant' en français.

      409-488 : déjà glorieux, le martyr met à profit son long supplice pour prier (cf. Buchheit 1971, p. 473-475 ; Hagenauer 1955, p. 36) : invocation du Christ pour la conversion de Rome (v. 413-456), exorcisme de la ville (v. 457-472), ultime prophétie (v. 473-484).

      
409-412 Hæc ludibundus dixerat ;
cælum deinde suspicit
et congemiscens obsecrat
miseratus Vrbem Romulam :
Il avait dit cela, goguenard ; ensuite, il lève les yeux au ciel et, gémissant profondément, il émet une supplication, pris de pitié pour la Ville romuléenne : ...

      409 : ludibundus : joyeux (-> 14, 68) et surtout moqueur, le martyr apparaît tel un sage cynique ou stoïcien. Ce détachement (cf. v. 109-110) de l'avocat de l'Église (-> 5, 545-548) s'oppose à l'attitude qu'adoptait Prudence en tant qu'avocat (cf. præf. 13-15).

      410 : cælum... suspicit : cf. Verg. Æn. 12, 196 ; même attitude de prière chez s. Étienne (v. 372) et chez le poète lui-même (v. 548) ; cf. aussi perist. 5, 235 tenditque in altum lumina (->) ; 9, 9 erexi ad cælum faciem. deinde : changement de ton et d'interlocuteur.

      411 : congemiscens : cf. Tert. spect. 30 ; Ambr. hex. 4, 1, 14 ; (la forme congemescens des éditeurs se trouve notamment dans les mss ABC). Ce n'est pas la douleur, mais l'erreur de sa cité qui fait gémir le héros ; de même, voyant s. Sixte martyrisé, il pleurait (v. 23), croyant que la couronne du martyr lui échappait. obsecrat : cf. perist. 1, 9 obsecrantes uoce, uotis, munere.

      412 : Vrbem Romulam : périphrase pour Rome (-> v. 10), avec une allusion indirecte à Romulus (de même, Quirinali au v. 419 ; cf. aussi v. 443) ; même expression en fin du v. 310.

      413-432 : l'idéologie d'une Rome civilisatrice et unificatrice, sans être ici anachronique (-> v. 73-84), est importante du temps de Prudence (qui lui reconnaît une mission providentielle, cf. c. Symm. 2, 578-640). Ces vv. sont comparables à l'éloge de Rome de Rvt. Nam. 1, 47-164.

      413-420 : invocation comparable à l'adresse à Jupiter chez Verg. Æn. 1, 229-230 o qui res hominumque deumque | æternis regis imperiis - ici, le Christ prend la place du dieu vaincu.

      
413-416 " O Christe, nomen unicum,
o splendor, o uirtus Patris,
o factor orbis et poli
atque auctor horum moenium,
" Ô Christ, Nom unique, ô splendeur, ô force du Père, ô créateur de la terre et du ciel et fondateur de ces remparts, ...

      413-415 : emphatique (quadruple invocation en o ; cf. perist. 10, 371-373) ; o accompagne des invocations au Christ (ici) ou aux martyrs (v. 573 ; perist. 5, 537 ; 14, 124), ou de simples adresses au vocatif dans un dialogue (p.ex. perist. 5, 293 ; 11, 2. 29).

      413 : Christe : ce vocatif revient régulièrement ici (cf. vv. 433. 453 ; la prière de demande s'achève aussi 20 vv. après, au v. 472) ; cf. perist. 3, 135-138 ; 7, 56-85 ; 11, 110 ; 13, 56 ; 14, 83 ; cf. aussi le premier v. de cath. 3 ; 5 ; 7 ; 8. nomen unicum : cf. V.T. psalm. 8, 2 ; N.T. act. 4, 12 nec enim aliud nomen est sub cælo datum hominibus, in quo oportet nos saluos fieri ; Phil. 2, 9 Deus... donauit illi nomen super omne nomen (cf. cath. 6, 99-100 ; ham. 28-29). Sur le nom, -> v. 162 et 13, 54. Cf. v. 430 ius Christiani nominis.

      414 : Patris complète splendor et uirtus, traits communs au Père et au Fils (perist. 10, 321-325) ; le martyr a part au splendor (v. 361 illi os decore splenduit ; perist. 4, 27 ; 10, 132) et à la uirtus (-> 5, 91) divins. splendor... Patris : cf. perist. 10, 468 Christus, paternæ gloriæ splendor, Deus (allusion à Ambr. hymn. 2, 1 splendor paternæ gloriæ) ; N.T. Hebr. 1, 3.

      415 : paraphrase de l'un des articles du Symbole de Nicée-Constantinople : qui fecit cælum et terram ; cf. c. Symm. 2, 241-243. factor : de même, perist. 6, 45 ; 10, 788. 943. orbis et poli : même distinction du ciel et de la terre au v. 552 hic corporis, mentis polo. Sur orbis, -> v. 106.

      416 : Prudence christianise les traditions attribuant à Saturne les premiers remparts de Rome (c. Symm. 1, 50-51), reprenant le lexique relatif aux fondations de villes (Verg. Æn. 8, 134 Dardanus, Iliacæ primus pater urbis et auctor). Cf. c. Symm. 1, 288-290. 427-429. auctor : ici, ce terme est distinct de factor et ne désigne pas le créateur (perist. 5, 37. 360 ; 10, 318), mais l'instigateur d'une action accomplie par autrui (perist. 10, 680. 795 ; 11, 38 ; 13, 9. 71 ; c. Symm. 2, 1022) ; aux vv. 503-504 l'auctor est celui qui agit en premier : hostile sed ferrum retro | torquens in auctorem tulit. horum moenium : les remparts de Rome (cf. perist. 11, 43 ; 14, 3) sont devenus l'enceinte de toute l'humanité, cf. c. Symm. 2, 610-612.

      
417-420 " qui sceptra Romæ in uertice
rerum locasti, sanciens
mundum Quirinali togæ
seruire et armis cedere,
" ... toi qui as placé le sceptre de Rome au sommet du monde, décrétant que l'univers obéirait à la toge quirinale et céderait à ses armes, ...

      417-420 : les victoires de Rome (Verg. Æn. 1, 263-264 populosque feroces | contundet moresque uiris et moenia ponet ; Rvt. Nam. 1, 72 quos timuit superat, quos superauit amat) préparaient l'avènement du Christ et de l'Église (c. Symm. 1, 278-290 ; 2, 23-38). En perist. 5, 21-24, le préfet use du même lexique à propos de l'empereur : rex... orbis maximus, | qui sceptra gestat publica, | seruire sanxit omnia | priscis deorum cultibus.

      417 : qui sceptra : de même, perist. 5, 22. uertice : sommet, ici abstrait (ici) ; -> v. 308.

      418: rerum : cf. perist. 9, 3 rerum maxima Roma ; 14, 98. locasti : cf. perist. 4, 62 Roma in solio locata ; cf. aussi v. 163 longo et locatos ordine. sanciens : cf. perist. 5, 23 ; c. Symm. 1, 28-29 hic imperium protendit latius æuo | posteriore, suis cupiens sancire salutem.

      419-420 : transformation de l'adage cedant arma togæ (Cic. off. 1, 77) en faveur de l'usage de la force (cf. Introd. § 39 n. 109).

      419 : mundum : reprise de rerum (v. préc.). Quirinali togæ : métonymie désignant les Romains par leur vêtement emblématique ; l'adj. Quirinalis (cf. Verg. Æn. 7, 612 Quirinali trabea ; Varro ling. 5, 51) évoque Quirinus (autre nom de Romulus, c. Symm. 1, 539 ; 2, 305) et les Quirites, citoyens romains (-> v. 513) ; expression reprise au v. 425 par regnum Remi.

      420 : seruire : en soi, la soumission à l'Empire n'est pas aliénante comme l'est celle au paganisme (v. 475-476 tætris sacrorum sordibus | seruire Romam non sinat) ou à la matière (v. 583-584 seruientem corpori | absolue uinclis sæculi). armis cedere : Rome se soumettra de même au Christ (apoth. 506-508 gentibus emicuit, præfulsit regibus, orbem | possidet, imperii dominam sibi cedere Romam | compulit et simulacra deum Tarpeia subegit).

      421-428 : cf. Plin. nat. 3, 6 [Italia] numine deum electa, quæ sparsa congregaret imperia ritusque molliret et tot populorum discordes ferasque linguas sermonis commercio contraheret breuiterque una cunctarum gentium in toto orbe patria fieret ; Clavd. 24, 150-151 hæc est in gremium uictos quæ sola recepit | humanumque genus communi nomine fouit ; Rvt. Nam. 1, 63-64 fecisti patriam diuersis gentibus unam | profuit iniustis te dominante capi. Cf. c. Symm. 2, 578-640 ; Ambr. in psalm. 45, 21 didicerunt omnes homines sub uno terrarum imperio uiuentes unius Dei omnipotentis imperium fideli eloquio confiteri. La conception voyant dans la pax Romana une soutien voire une condition pour l'évangélisation apparaît chez Origène (c. Cels. 2, 30) ; cf. Evs. Cæs. præp. euang. 1, 4, 1-6.

      
421-424 " ut discrepantum gentium
mores et obseruantiam
linguasque et ingenia et sacra
unis domares legibus !
" ... afin de soumettre à des lois uniformes les moeurs qu'observent des nations différentes, leurs langues, leur génie et leurs cultes !

      421-424 : l'empire chrétien, unifiant l'humanité dans la foi, accomplit la prophétie de Jupiter à Junon, Verg. Æn. 12, 834-837 sermonem Ausonii patrium moresque tenebunt, | utque est, nomen erit ; commixti corpore tantum | subsident Teucri ; morem ritumque sacrorum | adiiciam faciamque omnes uno ore Latinos ; cf. c. Symm. 1, 455-456 domitis leges ac iura dedisti | gentibus ; 2, 586-588 discordes linguis populos et dissona cultu | regna uolens sociare Deus subiungier uni | imperio (cf. Fuchs 1938).

      421 : discrepantum : gén. plur. en -um, forme poétique ; hypallage, l'épithète de gentium se rapportant, pour le sens, à mores (v. suiv.). gentium : même forme en fin des vv. 11 et 461, où ce nom désigne les païens ; cf. perist. 4, 47-48 gentes domitas coegit | ad iuga Christi.

      422-423 : polysyndète assez relâchée, reflètant le regroupement d'élément épars ; cf. perist. 11, 139-140. La civilisation romaine est aussi décrite par ses éléments constitutifs en perist. 10, 166-167 sacrorum et principum | morumque ; c. Symm. 1, 303-304 sacris, ornatu, legibus, armis.

      422 : mores : unifier les mores est une mission de Rome ; Symmaque y faillit, déclarant : suus est mos cuique genti, | per quod iter properans eat ad tam grande profundum (c. Symm. 2, 89-90). obseruantiam : l'observation de coutumes ou le respect de lois (Val. Max. 2, 6, 7 ; Dig. 1, 2, 2) ; cf. Rvfin. hist. 1, 4, 5 religionis cultus et obseruantia ; Ambr. epist. 57, 6.

      423 : linguasque : liée à l'ingenium, la langue qualifie une civilisation : l'Égypte païenne est aussi barbara linguis (apoth. 194). L'unité linguistique (v. 427 idem loquuntur dissoni) est celle de la partie occidentale de l'Empire, où le latin aide à la diffusion de l'Évangile (perist. 13, 4. 102-104). ingenia et sacra : cf. c. Symm. 1, 574-575 uix pauca inuenies gentilibus obsita nugis | ingenia obtritos ægre retinentia cultus. Sacra désigne le culte païen (v. 475 ; perist. 3, 73 ; 5, 106 ; 10, 155. 166. 200. 579. 1059), parfois aussi le culte chrétien (vv. 71. 436 ; perist. 10, 176 ; 12, 63).

      424 : unis... legibus : à cet universalisme s'oppose le particularisme de Symmaque (cf. v. 422 ; c. Symm. 2, 69-71 nil dulcius esse | affirmat solitis, populosque hominesque teneri | lege sua). domares : la domination (-> v. 12) de Rome correspond sur le plan religieux à l'évan-gélisation (perist. 4, 47 ; c. Symm. 1 præf. 2) ; de même avec mansuescere -> v. 439-440. legibus : l'importance des leges, même profanes, est citée dans la diatribe contre l'or (v. 200). La loi, que Prudence fit appliquer (præf. 16-17), est le signe et le moyen de la domination romaine sur les peuples conquis (c. Symm. 1, 455. 462) ; cf. perist. 10, 419-420.

      
425-428 " En omne sub regnum Remi
mortale concessit genus,
idem loquuntur dissoni
ritus, id ipsum sentiunt.
" Voici que tout le genre des mortels s'est rangé sous la royauté de Rémus : les usages discordants parlent le même langage, ils ont la même sensibilité.

      425-426 : cf. vv. 419-420 mundum Quirinali togæ | seruire et armis cedere ; c. Symm. 1, 35-36 contigit ecce hominum generi gentique togatæ | dux sapiens ; Rvt. Nam. 1, 66 Vrbem fecisti quod prius orbis erat.

      425 : en : -> v. 293. regnum Remi : allitérant (cf. Catvll. 58, 5 Remi nepotes ; Prop. 4, 6, 80 ; Mart. 10, 76, 4) ; cf. c. Symm. 1, 946 Remi populo. Le patronage de Rémus, mort lors de la fondation de la ville (Liv. 1, 7, 1-3), peut suggérer le caractère transitoire de l'Empire païen, avant une conversion qui rend Rome éternelle (c. Symm. 1, 587-590). Sur Romulus, -> v. 443.

      426 : mortale... genus : cf. c. Symm. 2, 883 ; apoth. 993 ; -> v. 204. concessit : seul ex. chez Prudence de l'acception 'se ranger à' ; cum- peut exprimer l'idée de mouvement collectif.

      427-428 : la mission providentielle de Rome tend à réparer le fléau infligé à l'humanité suite à l'érection de la tour de Babel (V.T. gen. 11, 6-9). idem... id ipsum : même sens donné à idem et à ipse ; fréquente chez les auteurs chrétiens, cette confusion pourrait provenir de l'influence du grec autoV, ambivalent (cf. Lavarenne §§ 474. 476) ; cf. perist. 5, 481 ; cath. 9, 11. Is ipse prend le sens classique de 'lui-même' aux vv. 117. 395. loquuntur... sentiunt : l'ordre des termes suggère que le langage forge les mentalités (-> v. 423). Sentire indique une conviction relevant presque de l'évidence (v. 513 ; perist. 1, 15 ; 3, 99 ; 5, 85. 102. 567 ; 13, 14). dissoni ritus : ritus est soit un acc. de relation (dépendant de dissoni substantivé), soit un nomin. (dis-soni épithète ; dans ce cas, métonymie). Ritus évoque les usages religieux (-> v. 4), mais peut avoir le sens général de mores (ham. 455-456 natali... ritu, | moribus et patriis ; c. Symm. 1, 457).

      
429-432 " Hoc destinatum, quo magis
ius Christiani nominis,
quodcumque terrarum iacet,
uno illigaret uinculo.
" Cela fut résolu pour que la juridiction du nom chrétien assemblât mieux, d'un lien unique, toute l'étendue de la terre.

      429-432 : l'unification civile de l'Empire (c. Symm. 2, 608-609 ius fecit commune pares, et nomine eodem | nexuit, et domitos fraterna in uincla redegit) prépare l'unité religieuse (c. Symm. 2, 623-625).

      429 : destinatum : tour impersonnel (l'agent implicite est le Christ) avec est sous-entendu. quo magis : quo final (-> v. 127) ; le complément uno... uinculo s'accorde mal avec magis (artius ou melius, p.ex., iraient mieux), dont la valeur faible est analogue à celle de minus dans quominus.

      430 : ius : ici, une organisation et une juridiction sacrées. Christiani nominis : de même, perist. 5, 377 ; 10, 443 ; cf. c. Symm. 2, 551 Romanum nomen ; Tert. test. anim. 6. Le pouvoir unificateur du christianisme provient du nomen unicum (-> v. 413). Sur Christianus, -> v. 59.

      431 : quodcumque terrarum : même tour au v. 513 quidquid Quiritum (->). On a aussi le plur. de terra dans le sens de 'terre', 'monde' en perist. 1, 3. 11. 19 ; 10, 253 ; 13, 15. 100.

      432 : uinculo : avec un sens positif, ce nom désigne le lien du uinculum caritatis (cf. N.T. Col. 3, 14 caritatem, quod est uinculum perfectionis) qui trouve sa source au sein de la Trinité (cf. ham. 348-349 quippe unum natura facit, quæ constat utrique | una uoluntatis, iuris, uirtutis, amoris).

      433-456 : ayant évoqué le plan providentiel qui règle l'histoire de Rome et de l'humanité, le martyr formule sa prière, dont l'objet (la conversion des Romains) parachève ce plan.

      
433-436 " Da, Christe, Romanis tuis,
sit Christiana ut ciuitas,
per quam dedisti, ut ceteris
mens una sacrorum foret !
" Donne, ô Christ, à tes chers Romains, que soit chrétienne leur cité, par l'entremise de laquelle tu as donné à toutes les autres qu'il y ait une conception unique des choses sacrées !

      433-436 : parallélisme entre 2 formes de dare ut. La demande du martyr constitue le noyau de sa prière, qui sera pleinement exaucée du temps de Prudence avec la conversion de l'aristocratie sénatoriale (cf. c. Symm. 2, 441-444. 655-665. 1114-1132) et commence à l'être au moment même de la mort du martyr (cf. vv. 489-496. 513-528), dont le rôle est décisif.

      433 : Christe : -> v. 413. Romanis tuis : le possessif montre un rapport d'affection et presque de familiarité ; les Romains (seule ex. dans le recueil de l'adj. substantivé Romanus, repris par Quirites, v. 563) ont la même faveur auprès du martyr (v. 570 tuosque alumnos urbicos).

      434 : Christiana : reprise de Christe (v. préc.) par l'adj. dérivé ; on avait déjà ius Christiani nominis au v. 430 (-> v. 59). ciuitas : les citoyens d'une ville (cf. perist. 4, 198).

      435 : per quam : Rome est instrument de la Providence ; cf. de même v. 579 per patronas martyras. ceteris : à la ciuitas de Rome sont opposées toutes les autres, qu'elle avait unies.

      436 : mens... sacrorum : la mentalité ou le sentiment religieux ; sacrorum est très général (-> v. 423) et per quam (v. préc.) peut désigner aussi bien une médiation qu'une action directe ; ici, il s'agit plutôt de la contribution indirecte de Rome à la christianisation qu'une unification religieuse préalable dans un monothéisme vague (apoth. 186-216) voire dans le culte impérial. mens una : de même, Verg. Æn. 10, 182 ; Ov. epist. 19, 126 ; Lact. mort. pers. 8, 1 ; Ambr. hex. 5, 21, 68. 71. Cf. c. Symm. 2, 591-592 nec enim fit copula Christo | digna, nisi implicitas societ mens unica gentes ; il n'y a pas lieu de voir ici une allusion à la doctrine stoïcienne de l'âme du monde (l'idée d'unification marque l'ensemble des vv. 421-444).

      
437-440 " Confoederantur omnia
hinc inde membra in symbolum,
mansuescit orbis subditus :
mansuescat et summum caput !
" Toutes les parties [de l'univers], de ci, de là, se fédèrent en un symbole de la foi, le monde assujetti s'adoucit : que sa haute capitale, elle aussi, s'adoucisse !

      437 : le christianisme apporte l'unité parmi les hommes (-> 11, 199-202), voire avec les anges (-> 5, 373-374). confoederantur : cf. Leo M. serm. 82, 2 ut multa regna uno confoederentur imperio (confoederare n'est attesté que chez les auteurs chrétiens) ; cf. v. 442 coire in unam gratiam.

      437-438 : omnia... membra : reprise des vv. 425-426 omne... mortale... genus. L'union des membra (-> v. 209) en un corps, image paulinienne : cf. N.T. Rom. 12, 4-5 ; I Cor. 12, 12-27.

      438 : hinc inde : -> 11, 163 ; même début de vers, v. 358 et perist. 5, 374. symbolum : désignation courante du Symbole des Apôtres (objet p.ex. de l'Explanatio Symboli de s. Ambroise et des sermons 212-214 de s. Augustin), qui tend à être supplanté par celui de Nicée-Constantinople, arrêté en 381. Jeu étymologique (sumbolon, 'signe de reconnaissance', c'est-à-dire objet brisé dont on rapproche les moitiés), avec confoederantur omnia | hinc inde membra.

      439-440 : mansuescit... mansuescat : anaphore et polyptote. Cf. Verg. Æn. 1, 291 aspera tum positis mitescent sæcula bellis. Prudence fait une analogie entre romanisation du monde et christianisation des païens : à la barbarie païenne (c. Symm. 1 præf. 4-5) fait place la douceur chrétienne (apoth. 426-432) ; probable reprise de c. Symm. 1, 455-457 te, quæ domitis leges (cf. v. 424 unis domares legibus) ac iura dedisti | gentibus, instituens magnus qua tenditur orbis | armorum morumque feros mansuescere ritus (cf. v. 428 ritus). Il y a un renversement dialectique : civilisatrice du monde, Rome se fait dépasser par l'orbis et doit le rejoindre ; anti-Babel (vv. 423. 427-428), Rome devient une sorte de Jérusalem - Prudence transpose l'idée de la conversion finale des Juifs, parachèvement de la Nouvelle Alliance (N.T. Rom. 11, 25-26 quia cæcitas ex parte contigit in Israhel, donec plenitudo gentium intraret, et sic omnis Israhel saluus fieret ; cf. apoth. 421-488).

      439 : Rome apporte la civilisation aux peuples : cf. Hor. carm. 1, 12, 53-57 ; Verg. Æn. 1, 263-264 bellum ingens geret Italia populosque feroces | contundet moresque uiris et moenia ponet ; Prop. 4, 4, 11 ; Ov. met. 15, 833. 877. mansuescit : de même, perist. 5, 435. orbis subditus : Rome s'est soumis le monde (vv. 419-420. 425-426) et se soumettra à Dieu (c. Symm. 2, 441-442 subdita Christo | seruit Roma Deo cultus exosa priores). La vraie domination sur le monde est p.ex. celle de ste Agnès (perist. 14, 94 miratur orbem sub pedibus situm). Sur orbis, -> v. 106.

      440 : summum caput : cf. perist. 10, 167 Roma sæculi summum caput. Le titre caput orbis (c. Symm. 1, 496 ; 2, 662 ; cf. Liv. 1, 16, 7 ; Ov. am. 1, 15, 26) est partagé avec Bethléem (ditt. 101).

      
441-444 " Aduertat abiunctas plagas
coire in unam gratiam,
fiat fidelis Romulus
et ipse iam credat Numa.
" Qu'elle remarque que les contrées éloignées se rencontrent dans une même et unique grâce, que Romulus devienne fidèle et que Numa lui-même croie désormais !

      441-444 : la conversion des derniers païens permettra l'unité spirituelle de l'Empire - idée reprise à propos du Sénat, en c. Symm. 1, 591-607. S. Augustin l'espère encore après 410 (ciu. 2, 29), Orose la croit acquise en 417 (5, 1, 14-16 ubique patria, ubique lex et religio mea ; 5, 2, 1-3).

      441 : plagas : cf. c. Symm. 2, 613-614 distantes regione plagæ diuisaque ponto | litora conueniunt.

      442 : unam gratiam : encore plus que le Symbole (v. 438), la grâce unit par la parti-cipation à l'amour divin (-> v. 432). Cf. vv. 424 unis... legibus ; 432 uno... uinculo ; 436 mens una.

      443 : fidèle à sa parole jusqu'à tuer son frère, Romulus (cf. perist. 10, 413. 611) n'est pas fidus (cf. v. 457-458 obsides | fidissimos, à propos des Apôtres) ni fidelis (adj. se rapportant souvent aux chrétiens, -> 5, 334). Cf. aussi les adj. Romulus (vv. 310. 412) et Quirinalis (v. 419 ; ->).

      443-444 : Romulus... Numa : les 2 premiers rois de Rome désignent par métonymie le peuple romain, avec peut-être les plans militaire (Romulus) et religieux (Numa) ; la distinction faite par Lavarenne entre Romulus (= Rome) et Numa (= les Romains) est erronée.

      444 : cf. c. Symm. 2, 3 nostro Romam iam credere Christo. Ici, ipse et iam soulignent l'ironie et le paradoxe voulant que le roi qui fonda la religion romaine (Liv. 1, 18-21) se mette enfin à croire. iam : 1er d'une série de iam ponctuant la prière, dont l'efficacité sera immédiate (vv. 457. 459. 468), cet adv. marque le point de départ d'un mouvement de conversion (cf. v. 497-498 refrixit ex illo die | cultus deorum turpium). credat : intransitif, au sens d''avoir la vraie Foi' ; cf. perist. 10, 470 spondet salutem perpetem credentibus ; 13, 27 implet amore sui, dat credere. Numa : nom presque synonyme de 'païen' (apoth. 215 ; c. Symm. 2, 47) et de 'romain' (c. Symm. 1, 103 ; 2, 543) ; ce roi (mentionné aussi au v. 514) ayant été divinisé (cf. c. Symm. 1, 193), l'expression, ironique et imagée, n'est pas forcément une pure antonomase.

      445-452 : les paroles du martyr trouvent tout leur sens du temps de Prudence (-> v. 65-72), où un paganisme réactionnaire (cf. l'archaïsme des ex. cités) perdure dans le milieu sénatorial.

      
445-448 " Confundit error Troicus
adhuc Catonum curiam,
ueneratus occultis focis
Phrygum penates exsules.
" L'erreur troyenne trouble encore aujour-d'hui la curie des Catons, avec sa vénération, par des feux cachés, des Pénates exilés des Phrygiens.

      445 : confundit : la confusio, absence d'ordre et d'unité, est caractéristique du siècle (cath. 2, 2) et du paganisme (ici ; psych. 760-763 ; c. Symm. 2, 889-891) ou de l'hérésie (ham. 57). error Troicus : jeu de mots sur les errances (-> 5, 80) d'Énée et l'erreur du paganisme (cf. perist. 1, 95 ; 10, 271. 373. 461 ; c. Symm., passim) amené de Troie à Rome ; -> v. 456. Une polémique implicite contre Constantinople est également possible (cf. Introd. § 138 et n. 78).

      446 : adhuc : cet adv., opposé à iam (-> v. 444), souligne l'archaïsme et la caducité du paganisme. Catonum curiam : les sénateurs (c. Symm. 1, 545 conciliumque senum ... Catonum ; 550 [ruit] ad apostolicos Euandria curia fontes). Par antonomase de Voss, 'Caton' désigne tout homme intègre (Cic. fam. 15, 6, 1 ; Mart. 11, 39, 15) ; allusion discrète à l'affaire de l'autel de la Victoire (cf. Contre Symmaque) et contraste avec la curie éternelle (v. 555).

      447 : ueneratus : part. passé avec le sens du prés. (cf. Lavarenne § 699) ; verbe utilisé à propos du culte païen (ici) et de celui rendu à Dieu (p.ex. c. Symm. 2, 841) ou aux martyrs (-> 5, 562). occultis focis : le feu perpétuel de Vesta sera abandonné (v. 511-512). Occultis, dépréciatif comme exsules (v. suiv.), répond év. à l'accusation de cacher de l'or (cf. v. 81-82).

      448 : Phrygum : les Troyens (c. Symm. 2, 497). penates exsules : quasi oxymore, l'exil équivalant à l'éloignement des pénates (c. Symm. 2, 735 senex laris exsul auiti). Cf. Verg. Æn. 1, 68 Ilium in Italiam portans uictosque Penates (scholié par Avg. serm. 81, 9 id est, deos uictos portans secum in Italiam. iam quando dii in Italiam uicti portabantur, numen erat, an omen ?). Les Pénates du peuple romain sont les pignera imperii (-> v. 511-512), avec le palladium, apporté par Énée (ramené à Constantinople : Procop. hist. bell. 5, 15, 9-14) et le feu de Vesta (c. Symm. 2, 972).

      
449-452 " Ianum bifrontem et Sterculum
colit senatus ; horreo
tot monstra patrum dicere
et festa Saturni senis.
" C'est Janus aux deux fronts, et Ster-culus que le Sénat honore d'un culte ; je frémis à l'idée de nommer tant de monstres des Pères et les fêtes du vieux Saturne.

      449-452 : le paganisme archaïque est monstrueux (Ianum bifrontem ; monstra), grotesque (Sterculum) ou immoral (festa Saturni senis ; cf. v. 465-466 adulter Iuppiter, | stupro sororis oblite). Cf. l'explication evhémériste de c. Symm. 1, 232-234 : adsistunt etiam priscorum insignia regum : | Tros, Italus, Ianusque bifrons, genitorque Sabinus, | Saturnusque senex, maculoso et corpore Picus.

      449 Ianum bifrontem : de même, Verg. Æn. 7, 180 ; 12, 198. Comme les Saturnales (v. 452), les fêtes de Janus sont critiquées (c. Symm. 1, 237-240). Sterculum : Sterculus (Tert. apol. 25 ; ad nat. 2, 9, 20) ou Stercutus (Plin. nat. 17, 50 ; Macrob. sat. 1, 7, 25), ici un dieu, ailleurs, surnom de Saturne (v. 452), inventeur de la fumure des terres (cf. stercus, 'fumier').

      450 : colit : verbe utilisé aussi bien dans des contextes aussi bien païens que chrétiens (-> 11, 231), comme uenerari (v. 447). senatus : les sénateurs, mentionnés aussi aux vv. 446 Catonum curiam ; 451 patrum ; 490 quidam patres ; 517 ipsa et senatus lumina ; 524 clarissimorum.

      450-451 : horreo... dicere : cf. Verg. Æn. 2, 204 horresco referens ; situation inverse de celle du poète (v. 33-36 qua uoce, quantis laudibus | celebrabo mortis ordinem, | quo passionem carmine | digne retexens concinam ?). La répulsion du martyr est instinctive, comme celle des païens pour l'odeur du bûcher (v. 390-391 adficit | horrore nares uindice). Dicere signifie 'nommer' (perist. 11, 86), ce qui est dangereux face à un démon - sauf pour le chasser, par un autre nom (cf. v. 465-472).

      451 : tot : les dieux païens sont innombrables, cf. perist. 10, 177-178 : ut... adorem feminas mille atque mares, | deas deosque ; apoth. 453 ter centum milia diuum. monstra : cf. v. 7 monstruosis idolis ; perist. 1, 69 ; 10, 241. Virgile appelle ainsi les seuls dieux égyptiens (Æn. 8, 699 omni-genumque deum monstra), distinction que refuse Prudence (-> v. 382). patrum : ambivalent, les Romains du passé (c. Symm. 1, 197-198 patrum | uana superstitio) ou les sénateurs (patres conscripti ; -> v. préc.), champions de ce passé. Rome et Bethléem se partagent le titre caput orbis (-> v. 440), et patres désigne des 'pères' romains (ici) ou bibliques (p.ex. perist. 3, 51).

      452 : périphrase (cf. v. 450-451 horreo... dicere !) évitant la reproduction du cri io Saturnalia (cf. Mart. 5, 84, 11 ; Petron. 58, 2) des Saturnales (cf. c. Symm. 2, 859). Festa désigne des fêtes païennes (ici ; c. Symm. 1, 215. 240. 499) ou celles des martyrs (-> 12, 58). Saturni senis : de même, c. Symm. 1, 234. 627 ; senex (ici epitheton ornans) évoque la caducité du paganisme.

      
453-456 " Absterge, Christe, hoc dedecus,
emitte Gabriel tuum,
agnoscat ut uerum Deum
errans Iuli cæcitas !
" Efface, ô Christ, cette ignominie, envoie ton ange Gabriel, afin que reconnaisse le vrai Dieu l'errance aveugle de Iule !

      453-454 : absterge... emitte : impératifs en asyndète (-> v. 353-354).

      453 : Christe : -> v. 413. dedecus : caractère honteux du paganisme, -> v. 449-452.

      454 : emitte : cf. apoth. 585 ; ham. 731 (anges). L'archange n'est pas envoyé pour se battre (même si emittere a une connotation guerrière : cf. Cæs. Gall. 5, 51, 5), mais pour porter un message (office habituel de Gabriel ; Michel est l'archange guerrier). Gabriel tuum : Gabriel se tient, disponible (cf. tuum), auprès du trône divin (cf. apoth. 585 ; ditt. 97-98).

      455 : cf. V.T. Iudith 9, 19 ut omnes gentes agnoscant quia tu es Deus. agnoscat : un des enjeux de la passion est la reconnaissance par Rome du vrai Dieu (cf. Introd. § 121) ; cf. perist. 10, 341 ; c. Symm. 1 præf. 6 Deo... agnito ; 1, 464 agnoscas, regina, libens mea signa necesse est. Il y a év. ici une allusion aux paroles du préfet (v. 95-96) en Cæsar agnoscit suum | nomisma nummis inditum ; à cette attitude orgueilleuse s'oppose celle du poète (v. 577) indignus, agnosco et scio. uerum Deum : cf. perist. 5, 39 qui solus ac uerus Deus (->). Alors que le vrai Dieu est invisible, les païens, obnubilés par les sens (v. 377-392) se lient à des dieux visibles et illusoires ; -> v. 510.

      456 : errans... cæcitas : même motif, vv. 231-232. 445 (->) ; perist. 11, 111 ; cath. 2, 93-96 ; psych. 482-485. 569-570. Sur cæcitas, -> v. 377 impiorum cæcitas ; le jeu sur les 2 sens d'errare est le même qu'avec error, v. 445 (->). Iuli : après Remus (v. 425), Romulus (v. 443) et Numa (v. 444), autre métonymie désignant le peuple romain. Iule (ou Ascagne) est le fils d'Enée, ancêtre éponyme de la gens Iulia qui fut celle de César et d'Octave-Auguste (cf. c. Symm. 2, 533).

      457-472 : le martyr chasse Jupiter par la vertu du nom de sts Pierre et Paul, garants de l'ordre providentiel qu'il a évoqué (cf. Shanzer 1986). Ils sont aussi invoqués par s. Hippolyte comme garants de l'unité contre les schismes (perist. 11, 32) ; cf. Introd. § 145 et n. 94.

      457-464 : comme dans sa prière au Christ, le martyr énonce d'abord des faits à l'appui de sa demande. Les noms des Apôtres ne sont pas encore cités, par jeu poétique (explicitation pro-gressive) et par référence à l'exorcisme (utilisation du nom au moment solennel, v. 469-470).

      
457-460 " Et iam tenemus obsides
fidissimos huius spei,
hic nempe iam regnant duo
apostolorum principes ;
" Et déjà, nous possédons des garants très fidèles de cette espérance, car ici désormais règnent les deux Princes des Apôtres ; ...

      457-460 : parallèle implicite entre les fondateurs de la Rome chrétienne, frères selon l'esprit, et Romulus et Rémus (nommés, vv. 443 et 425), dont l'un tue l'autre lors de la fondation de Rome ; cf. c. Symm. præf. 1 ; Leo M. serm. 82, 1 (cf. Buchheit 1971, p. 477-478).

      457 : et iam : et prend une valeur adversative, le martyr semblant revenir sur sa demande d'envoi de l'archange Gabriel : Rome bénéficie déjà (iam, ici et v. 459 ; -> v. 444) du patronage de deux illustres martyrs. tenemus : le martyr s'exprime au nom des Romains. Tenere a aussi un sens funéraire (il est question de reliques ; cf. perist. 1, 5 ; 11, 152 ; 12, 31). Symétriquement, le martyr 'tient' sa cité en son pouvoir (perist. 4, 175) ; c'est aussi le Christ qui 'tient' les saints (v. 124 pretiosa quæ Christus tenet) en même temps qu'ils 'tiennent' le Royaume des cieux (perist. 13, 99). obsides : terme proche de sponsor (v. 139-140), évoquant la fonction des pignera imperii (-> v. 511-512). Les Apôtres, n'étant pas natifs de Rome (même si s. Paul en avait le droit de cité), se trouvent dans la situation d'ambassadeurs ou d'otages (thème évoqué chez Damas. carm. 20) ; de même, à propos des restes de s. Pierre, c. Symm. 1, 583-584 Vaticano tumulum sub monte frequentat, | quo cinis ille latet genitoris amabilis obses.

      458 : fidissimos : épithète répondant à l'adj. fidelis au v. 443 fiat fidelis Romulus (->). huius spei : c'est-à-dire la conversion de Rome (demande répétée, cf. vv. 434. 443-444. 455-456).

      459 : regnant : c'est par délégation que les Apôtres ont une royauté à Rome. Il n'est plus question du pouvoir civil exercé par le préfet (v. 261 qui Romam regis), vaincu dans son dernier défi (v. 401-408) ; la lutte du martyr prend une tout autre dimension, il va exorciser Rome.

      459-460 : duo... principes : le partage de l'autorité entre 2 personnes, traditionnel (p.ex. consulat), prend du temps de Prudence la forme de la division de l'Empire entre Honorius et Arcadius. Cette dualité dans l'union et la concorde, qui structure perist. 12, contraste avec celle de Romulus et de Rémus.

      460 : apostolorum : ce nom seul désigne sts Pierre et Paul dans le titre de perist. 12 et en præf. 42, ainsi que probablement aux vv. 519-520 apostolorum... limina. Sans faire partie des Douze, s. Paul porte ce titre d'Apôtre ('envoyé', 'missionnaire'), qu'il se donne en tête de toutes ses Épîtres, sauf Philip. ; I et II Thess. ; Philem. principes : désignation des empereurs (vv. 311. 473 ; -> 13, 35) appliquée aux membres les plus éminents du collège apostolique ; sens encore plus général au v. 233 quemuis tuorum principum.

      
461-464 " alter uocator gentium ;
alter cathedram possidens
primam, recludit creditas
æternitatis ianuas.
" ... l'un est celui qui appelle les gentils ; l'autre, qui occupe la première chaire, ouvre les portes de l'éternité qui lui ont été confiées.

      461 : uocator gentium : cf. perist. 12, 24 gentium magistrum (->) ; N.T. II Tim. 1, 11 positus sum ego prædicator et apostolus et magister gentium ; même sens de uocator chez Ambr. in Luc. 3, 33.

      462-463 : cathedram... primam : la primauté du siège romain continue celle de son 1er détenteur, chef des Douze (cf. c. Symm. 2 præf. 2 summus discipulus Dei) et reflète celle de Rome, tête de l'Empire. La cathedra Petri (cf. perist, 11, 32 ; -> 13, 33-34) est l'objet d'une fête liturgique (cf. Pietri 1976, p. 381-389).

      462 : possidens : même forme à la fin du v. 119 Augustus arcem possidens.

      463 : primam : leçon des mss ACDTVNMO, relative à la primauté du siège épiscopal romain (cathedram), préférable à celle de PESU (primus ; référence historique au fait que Pierre a été le 1er détenteur de ce siège ; cf. Avson. rhop. 32 dans claues superas cathedrali inchoatori).

      463-464 : recludit creditas æternitatis ianuas : s. Pierre est celui qui ouvre les portes du Ciel (N.T. Matth. 16, 18-19), pouvoir des clefs qui lui est délégué par le Christ (-> 14, 81-82) et dont celui de l'archidiacre Laurent, qui ouvre l'église (cf. v. 175 patentes ; ici recludit), est comme l'image (v. 42-43 cælestis arcanum domus | fidis gubernans clauibus). On peut aussi voir une analogie avec le rite païen de l'ouverture des portes du temple de Janus (cf. v. 449) au début d'une guerre ; la lutte de s. Laurent aboutira à la fermeture des portes de l'Enfer, celles de tous les temples païens (cf. v. 477-480), dans un exorcisme.

      463 : creditas : même participe à la fin du v. 561, à propos du pouvoir confié à s. Laurent en gloire ; c'est en lien avec ce mandat que s. Pierre est dit fidissimus (v. 458).

      465-472 : la décision de mettre fin à l'emprise de Jupiter à Rome est attribuée au Sénat en c. Symm. 1, 608-610. Laurent agit en diacre exorciste et en nouvel Auguste, consul perpétuel (v. 560) et princeps d'un Sénat dont des membres lui rendront les honneurs funèbres (v. 489-496).

      
465-468 " Discede, adulter Iuppiter,
stupro sororis oblite,
relinque Romam liberam,
plebemque iam Christi fuge !
" Écarte-toi, Jupiter adultère, sali du stupre avec ta soeur, abandonne une Rome libérée, fuis loin du peuple qui désormais appartient au Christ !

      465-468 : discede... relinque... fuge : triple ordre, matière de l'exorcisme ; quatrain ouvert et clos sur un impératif, tout comme dans l'exorcisme d'apoth. 406-411 : fuge, callide serpens... Christus iubet, exi !

      465 : discede : même impér. dans l'adjuration au démon de cath. 6, 141-148. adulter : référence non aux infidélités de Jupiter (perist. 10, 201-205 ; c. Symm. 1, 59-78), mais à ses rapports conjugaux incestueux (sens d'adulter p.ex. chez Cic. Sest. 39), Junon étant comme lui fille de Saturne. Iuppiter : le 1er des dieux est le démon infestant la 1ère des cités (-> 13, 93).

      466 : l'insulte et l'invective font partie de l'exorcisme ; cf. apoth. 406 callide serpens ; 408 fur corruptissime ; 411 uentose liquor. stupro... oblite : la souillure caractérise les dieux païens (perist. 10, 180 tot stuprorum sordidam prosapiam ; 221 stuprator [Jupiter]) ; leurs sectateurs sont à leur image, cf. v. 248 dum spurca mendicat stupra. Oblitus montre que l'empreinte de ce péché est durable (cf. v. 378).

      467 : hysteron-proteron, l'objet de relinque exprime le résultat de l'action (cf. liberam). relinque : cf. perist. 1, 108 prædo uexatus relictis se medullis exuit (un exorcisé). Romam liberam : même idée, négativement, aux vv. 475-476 (cf. aussi v. 9-12). Cf. les 2 prosopoppées de Roma opposées du Contre Symmaque : dans celle de Symmaque, la liberté de Rome est pure indétermination (c. Symm. 2, 83 libera sum, liceat proprio mihi uiuere more) ; dans celle que Prudence adresse à Honorius, la liberté est le fruit d'une lutte (c. Symm. 2, 729-730 inmunis tanti belli, ac te stante sub armis | libera ; ici, cf. v. 491 mira libertas uiri) ; même doctrine dans une comparaison entre chevaux domestiques et sauvages (-> 11, 94). Romam est à la même place du v. 476.

      468 : plebemque : plebs désigne souvent la communauté chrétienne (perist. 5, 84 plebem piorum ; 7, 22 sanctæ plebis ; 9, 30 ; 10, 43-44 ecclesiasten... plebem ; 98 fideli plebe ; 11, 27. 35), tout comme populus (-> 11, 5). iam : -> v. 444. Christi : gén. à valeur attributive ; la mention du Christ est plus insistante dans l'exorcisme d'apoth. 408-410. fuge : l'ordre qui conclut ce quatrain introduit un exorcisme en apoth. 406. Fugere désigne aussi la réaction du démon vaincu ou de ses instruments en perist. 1, 109 ; 3, 175 ; 5, 419 ; cath. 6, 134. Après sa fuite, Jupiter sera encore terrassé et écrasé par s. Laurent (cf. v. 505-508).

      
469-472 " Te Paulus hinc exterminat,
te sanguis exturbat Petri,
tibi id, quod ipse armaueras,
factum Neronis officit.
" Paul te bannit d'ici, le sang de Pierre t'en expulse : ce qui te fait obstacle, c'est le crime de Néron, que toi-même avais armé.

      469-470 : te... te : anaphore (prolongée avec tibi) soulignant le parallélisme (construction semblable en perist. 11, 32) ; comme dans les Psaumes, le second v., elliptique (hinc sous-entendu) comprend une uariatio et une précision (cf. sanguis), qui introduit ici les vv. 471-472.

      469 : Paulus : déjà cité avant Pierre au v. 461. hinc : Rome (v. 459 hic) et ses habitants (v. 468). exterminat : cf. N.T. Iac. 4, 15 quæ enim uita uestra ? uapor est ad modicum apparens ; deinceps exterminabitur ; or, Vulcain est assimilé au uapor du gril de s. Laurent (-> v. 356). Exterminare est repris au v. suivant par exturbat, dont le sens est plus fort. Cf. Shanzer 1986.

      470 : sanguis... Petri : le sang des martyrs, encore évoqué aux vv. 546-547, a une vertu toute particulière (-> v. 16) ; cf. perist. 12, 4 [dies] Pauli atque Petri nobilis cruore (-> 12, 8).

      471-472 : cf. v. 503-504 hostile sed ferrum retro | torquens in auctorem tulit. L'arme de la Foi est le martyre (v. 17-18 armata pugnauit Fides | proprii cruoris prodiga), conféré par les persécuteurs.

      471 : Jupiter lui-même (ipse) est à l'origine de la persécution de Néron (cf. c. Symm. 2, 666-672), comme de tous les crimes de Rome (c. Symm. 2, 679-683). Sur armare, -> 5, 262.

      472 : factum Neronis : les Apôtres sont morts lors de la 1ère persécution ordonnée par les Romains, celle de Néron (-> 12, 11) ; Lavarenne voit ici à tort une mention générale des persécutions. Factum équivaut ici et au v. 576 à facinus. officit : non pas une condamnation morale (Lavarenne), mais un obstacle quasi physique. Par sa vertu, le sang des martyrs chasse les démons : cf. perist. 4, 65-68 sacer immolatus | sanguis [martyrum] exclusit genus inuidorum | dæmonum et nigras pepulit tenebras | urbe piata.

      473-484 : Prudence espère et évoque ces mesures anti-païennes modérées en c. Symm. 1, 499-510 (en part. 501-502 marmora tabenti respergine tincta lauate, | o proceres ! liceat statuas consistere puras). Ici, leur prédiction (-> v. 21) rappelle celles que Virgile plaçait dans son Énéide en faveur du principat augustéen ; ces mesures furent prises le 29 janvier 399 par Honorius (empereur régnant, que Prudence évite de nommer ; cf. perist. 12, 47) : Cod. Theod. 16, 10, 15 sicut sacrificia prohibemus, ita uolumus publicorum operum ornamenta seruari (mesures complétant celles de Gratien, qui interdit de démolir les monuments anciens : Cod. Theod. 15, 1, 19). Contrairement à ce qu'avance Kah (1990, p. 221), Prudence ne rend pas ici hommage à Théodose (comme en c. Symm. 1, 9-21), même si son fils Honorius a confirmé ses mesures (fermeture des temples en 391 ; interdiction des cérémonies païennes en 392 : cf. Cod. Theod. 16, 10, 10 et 12).

      
473-476 " Video futurum principem
quandoque, qui seruus Dei
tætris sacrorum sordibus
seruire Romam non sinat,
" Je vois qu'un jour il y aura un prince qui, serviteur de Dieu, ne permettra pas que Rome soit l'esclave des abominables ordures des sacrifices, ...

      473 : uideo : le regard du martyr porte sur les réalités invisibles (-> v. 173) ; Prudence, qui voit Honorius de ses yeux, entrevoit le martyr glorieux (v. 557 uideor uidere). Alors que le pécheur est aveuglé (v. 232 cæca fraus nihil uidet ; cath. 6, 49-56), le martyr est un prophète (-> v. 21). futurum principem : objet direct de uideo (futurum épithète de principem) ou pro-position infinitive avec esse sous-entendu. principem : un empereur (cf. v. 311 ; -> 13, 35).

      474 : quandoque : la vision du martyr est vague quant à la date, mais précise quant aux faits ; d'autres prédictions indiquent le moment de leur réalisation (v. 28 post hoc... triduum ; perist. 12, 25 cito). seruus Dei : expression biblique (Dan. 6, 20 ; act. 16, 17), fréquente chez les auteurs chrétiens (Tert. pænit. 6, 15 ; Avg. in euang. Ioh. 10, 7) ; chez Prudence, seruus a toujours un sens religieux, chrétien (perist. 5, 59 ; 10, 840) ou païen (perist. 10, 101).

      475: tætris... sordibus : cf. perist. 14, 110-111 quod malorum tætrius omnium est, | gentilitatis sordida nubila. Sur sordes ou sordere, -> v. 263 ; cf. aussi v. 285 peccante nil est tætrius.

      475-476 : cf. v. 11 feritate capta gentium ; au contraire, vv. 7-8 monstruosis idolis | imponis imperii iugum ; 467 Romam liberam. sacrorum sordibus seruire : allitération en s- ; sur sacra, -> v. 423.

      476: seruire : cf. perist. 5, 23-24 [princeps] seruire sanxit omnia | priscus deorum cultibus. non sinat : cf. c. Symm. 1, 7-8 ne [Deus] sinat antiquo Romam squalere ueterno | neue togas procerum fumoque et sanguine tingui ; 2, 897-898 [dæmon] qui non sinat ire salutis | ad Dominum.

      
477-480 " qui templa claudat uectibus,
ualuas eburnas obstruat,
nefasta damnet limina
obdens aënos pessulos.
" ... qui fermera les temples en les ver-rouillant, murera leurs portes d'ivoire, condamnera leurs seuils néfastes, mettant devant des verrous d'airain.

      477 : templa : des temples païens (cf. v. 510), non des églises (vv. 164. 300). claudat uectibus : cf. perist. 5, 349-352 obseratis uectibus... specum... clausum ; Verg. Æn. 7, 609 centum ærei claudunt uectes. Ouvrir ou fermer une porte est un acte d'autorité attribué à l'archidiacre Laurent (v. 39-44), à s. Pierre (v. 462-464) et ici à Honorius fermant définitivement tous les temples païens (-> v. 473-484) - alors qu'Auguste le pacificateur n'avait rituellement fermé que le temple de Janus.

      478 : ualuas... obstruat : cf. Nep. Paus. 5, 2 ; comme damnet (v. suiv.), obstruere évoque une fermeture définitive (Cæs. ciu. 1, 27, 3). ualuas eburnas : l'ivoire, matériau précieux (epil. 19) dont est fait l'aigle des triomphateurs (perist. 10, 148), évoque le luxe des temples (perist. 5, 73-74). Ici, ce motif est surtout symbolique : chez Homère (Od. 19, 562-567), la porte des songes véridiques est de corne, celle des songes mensongers est d'ivoire, idée reprise par Horace (carm. 3, 27, 40-42) et par Virgile, avec en part. la mention d'une porta eburna (Æn. 6, 898) à la fin de la descente d'Énée aux enfers : Æn. 6, 895-896 altera candenti perfecta nitens elephanto, | sed falsa ad cælum mittunt insomnia Manes. Pour Prudence, le paganisme est un ensemble de songes trompeurs : perist. 10, 250 ; cath. 6, 137-138 ; c. Symm. 2, 45-47.

      479 : damnet limina : si limina est pris au sens concret de 'seuil' (les païens [cf. perist. 10, 201] comme les chrétiens [cf. v. 520] vénéraient, semble-t-il, le seuil de leurs sanctuaires) ou désigne la porte par synecdoque (Cic. nat. 2, 67 ; Hor. epist. 1, 18, 73), damnare signifie concrètement 'interdire l'accès' (apoth. 753 ; Fvlg. æt. mund. p. 176, 16 Iani belligeri limina perenni securus clausura damnauit). Limina peut aussi désigner l'ensemble d'un bâtiment (Liv. 34, 1 ; Verg. Æn. 7, 759), avec dans ce cas un jeu de mots sur damnare, qui indiquerait à la fois l'obstruction matérielle du temple et la condamnation légale de ce qui s'y déroulait (même double sens de damnare en apoth. 438).

      480 : obdens... pessulos : de même, Ter. Eun. 603 ; Haut. 278 ; il ne s'agit pas de la fermeture normale d'une porte mais de son obstruction permanente ; obdere reprend 3 autres verbes désignant cette action : claudat, obstruat et damnet. aënos pessulos : aënus évoque la solidité de l'airain (psych. 463), contrastant avec la fragilité de l'ivoire (v. 478). Comme uectis (v. 477), pessulus désigne un verrou, une barre, non une serrure (Lavarenne, à tort).

      
481-484 " Tunc pura ab omni sanguine
tandem nitebunt marmora,
stabunt et æra innoxia,
quæ nunc habentur idola. "
" Alors, purs de tout sang, brilleront enfin les marbres, se dresseront aussi les bronzes inoffensifs, qui maintenant sont traités comme des idoles. "

      481 : le sang des sacrifices païens est une souillure ; celui des martyrs, tribut aux démons (de la part des persécuteurs) est une offrande au Christ (de la part des martyrs) pura : cf. c. Symm. 5, 502 liceat statuas consistere puras. ab omni sanguine : il n'y a plus la moindre goutte de sang sur ces marbres ; omnis renforce une expression de sens négatif (pura ab ; -> 5, 121).

      482 : tandem : mêmes soulagement et impatience à propos de la gloire céleste des mendiants (v. 270-271 carne corruptissima | tandem soluti ac liberi), dont l'éclat futur (v. 272 lucebunt) est analogue à celui des marbres (nitebunt) - les deux se tiennent (vv. 179 stabant ; 483 stabunt) devant un templum (vv. 164. 477), reçoivent l'épithète innoxius (vv. 227. 483) et seront purifiés de la chair corrompue. nitebunt marmora : cf. c. Symm. 1, 501 marmora tabenti respergine tincta lauate ; cath. 2, 63-65 (à propos du baptême) quales remotis sordibus | nitere pridem iusseras | Iordane tinctos flumine. Le motif de l'éclat des marbres se retrouve à propos de sanctuaires païens (perist. 5, 73-74) et chrétiens (perist. 3, 191-192 ; 11, 185-186).

      483 : stabunt... innoxia : chassés par le sang des martyrs (-> v. 470), les démons ne peuvent plus être attirés par celui des sacrifices (sur cette antinomie, cf. perist. 10, 1006-1095) et n'habitent plus les idoles (-> 5, 71-72). Celles-ci, moyen d'une propagande trompeuse (cf. perist. 10, 267-305), étaient condamnables, malgré leur valeur esthétique (perist. 10, 266 ; c. Symm. 2, 64) - ce, avant la victoire du christianisme : Prudence n'est pas iconoclaste comme un Firmicus Maternus (err. rel. prof. 28, 6 ; -> 5, 67-76). stabunt æra : l'urgence n'existant plus, on peut laisser au temps faire son oeuvre : cf. c. Symm. 2, 751-753 membra statuis effingere uile est |... uile, quod ætas | eripit : æra cadunt.

      484 : le martyr tait la forme (mensongère) des idoles, ne citant que leur matière (vv. 482 marmora ; 483 æra) ; cf. perist. 10, 148-150 (l'aigle d'ivoire du triomphateur, morceau d'os taillé). Ce v. correspond au v. 7 (nunc... idolis ; ->). nunc : proche de adhuc (v. 446), cet adv. s'oppose à iam (-> v. 444) en évoquant le présent non comme point de départ, mais comme aboutissement de ce qui perdure. idola : les idoles sont caractérisées par la noirceur (perist. 10, 431 ; c. Symm. 1, 424 ; au contraire, cf. v. 481-482) ; elles sont la pierre d'achoppement entre les martyrs (perist. 13, 94 hostis idolorum) et les persécuteurs (perist. 5, 13 satelles idoli) ; cf. v. 7-8 et perist. 1, 42 ; 3, 74 ; 14, 13. Cf. aussi præf. 41 labem, Roma, tuis inferat idolis.

      
485-488 Hic finis orandi fuit
et finis idem uinculi
carnalis : erupit uolens
uocem secutus spiritus.
Telle fut la fin de sa prière et la fin aussi de son lien charnel : en volant s'échappa, suivant la voix, son esprit.

      485-488 : la conclusion du dernier discours du martyr est en même temps le moment de sa mort ; on trouve d'autres mentions de la séparation de l'âme et du corps en perist. 10, 1110 ; 11, 110 ; 12, 20 ; 13, 86 ; on a de brefs récits en perist. 3, 161-180 ; 5, 365-376 ; 6, 118-129 ; 7, 86-90 ; 9, 85-92 ; 14, 91-123.

      485-486 : hic finis... et finis idem : cf. perist. 10, 1096-1097 iam silebo, finis instat debitus, | finis malorum, passionis gloria (glissement sémantique) ; ici, finis est répété à la même place du v., avec des compléments au gén. (vv. 485 orandi ; 486-487 uinculi carnalis) ; autres jeux sur finis : perist. 5, 527 ; 10, 825. La vie et la prière du martyr prennent fin simultanément (cf. perist. 7, 86-87).

      485 : cf. Verg. Æn. 10, 116 hic finis fandi. orandi : jeu sur orare (-> 11, 178 ; de même, orator en perist. 5, 548), le discours étant adressé à Dieu, mais ne se limitant pas une demande.

      486-487 : uinculi carnalis : mêmes motifs platoniciens en perist. 5, 358 corporali ergastulo (->) ; 6, 72 ; 10, 1110 anima absoluta uinculis cælum petit ; 13, 63-64 eripe corporeo de carcere uinculisque mundi | hanc animam ; cath. 10, 21-22. Ces uincula correspondent à une réalité physique (cf. perist. 9, 86-88 ; 10, 888). Le corps n'est pas mauvais en soi, puisqu'il peut coopérer au salut (et qu'il ressuscitera : perist. 5, 569-576). Cette description de la mort est comme reflétée dans la prière des vv. 583-584 : seruientem corpori | absolue uinclis sæculi (->).

      487 : carnalis : cf. vv. 223-224. 269-270. erupit : de même, perist. 3, 161 emicat... repens ; 169-170 plaudit ouans | ... petit uolucer ; 14, 91-92 exutus... emicat | ... exsilit. uolens : le martyr semble avoir une emprise sur la mort (cf. v. 19 morte mortem diruit) et, au contraire de l'idée du préfet (cf. v. 333-335), agit jusque dans son agonie, la mort étant le terme du témoignage.

      488 : emploi imagé de sequi (avec léger zeugma sémantique) faisant se suivre dans le temps et dans l'espace les derniers mots du martyr et son âme ; cf. præf. 43-45 (cf. Gnilka 1987, p. 248-249). secutus : la liberté de l'âme consiste à suivre la voie choisie et désirée : en apparence les astres (perist. 3, 163 uisa... astra sequi), en réalité le Christ (perist. 10, 474 Christum secuta Patris intrat gloriam ; -> 14, 83). spiritus : siège des sentiments et de la volonté (v. 167 iudex auaro spiritu ; perist. 3, 32 ; 5, 240. 430 ; 9, 34) ou souffle vital (ici ; perist. 1, 96 ; 3, 164 ; 5, 368. 571 ; 7, 88 ; 10, 533. 729. 1081 ; 12, 20 ; 14, 91) ; de même, mens et animus.

      
489-492 Vexere corpus subditis
ceruicibus quidam patres,
quos mira libertas uiri
ambire Christum suaserat.
Son corps fut emporté sur la nuque de certains sénateurs, que l'admirable liberté de l'homme avait convaincus de briguer l'entourage du Christ.

      489-490 : les funérailles, début du culte au martyr (perist. 5, 390-392), ne sont mentionnées que lorsqu'elles ont un caractère exceptionnel (perist. 6, 130-141 ; 11, 135-152 ; 13, 96-98), avec parfois l'intervention des éléments naturels (perist. 3, 178-180 ; 5, 505-512).

      489 : uexere corpus : l'aristocrate est porté par un char luxueux (v. 238), le martyr l'est par des aristocrates : son triomphe, paradoxal, transcende ceux du monde.

      489-490 : l'Esprit agit sur la moelle des sénateurs (v. 493-494), mettant fin à leur orgueil (au contraire, perist. 11, 85 supinata... ceruice ; V.T. exod. 33, 3 populus duræ ceruicis), prêts à porter le joug du Christ (N.T. Matth. 11, 30) - image que suggère leur posture (perist. 11, 90 subdere colla iugo ; Prop. 2, 14, 11 ; Stat. Theb. 1, 175). Avec subditis en fin de v., correspondance avec mansuescit orbis subditus, v. 439 : le Sénat se soumet au Christ, comme le monde à Rome.

      490 : quidam patres : ces sénateurs étaient dans l'escorte décriée par le martyr (vv. 229-260. 277-288) ; rejetant ce qui leur était reproché (v. 496), ils seront suivis par la plèbe (v. 499).

      491 : mira libertas : cf. N.T. act. 4, 13 uidentes... Petri constantiam et Iohannis... admirabantur et cognoscebant eos quoniam cum Iesu fuerant. L'étonnement des sénateurs les amène à se convertir, celui du préfet l'avait endurci (v. 314-315) ; la liberté du martyr (N.T. Gal. 2, 4 libertatem nostram, quam habemus in Christo) rejoint des valeurs romaines (franchise de l'orateur : Cic. Brut. 173 ; Qvint. inst. 8, 6, 30) et stoïciennes (liberté intérieure du sage face à la douleur et à la mort). Osant honorer le martyr, les sénateurs jouissent de la libertas de la Rome exorcisée (v. 467). uiri : le martyr (vv. 37 [->]. 558), héros (heros, utilisé en perist. 10, 52) en qui se retrouvent les qualités du guerrier et du sage (cf. Svlp. Sev. Mart. 1, 3-5).

      492 : ambire : contrairement à l'ambition mondaine (v. 249), celle-ci prend un sens religieux (perist. 11, 200 ; c. Symm. 1, 556-557). Emploi analogue chez Tert. apol. 39, 2 et déjà chez Hor. carm. 1, 35, 5 ; il se peut qu'ambire prenne ici en outre un sens concret, les sénateurs entourant le martyr, figure christique. suaserat : cf. v. 86 suadendo... præstrigiis.

      
493-496 Repens medullas indoles
adflarat et coegerat
amore sublimis Dei
odisse nugas pristinas.
Le souffle d'un inclination soudaine avait pénétré dans leurs moelles et les avait forcés, par amour du Dieu sublime, à haïr leurs antiques niaiseries.

      493 : repens : -> 5, 348 ; valeur adverbiale (cf. perist. 3, 161). medullas : l'intimité de la personne (Hier. tract. in psalm. I p. 231, 21 ; Avg. in psalm. 65, 20), lieu des influences décisives, -> 13, 14.

      493-494 : medullas... adflarat : tour poétique avec l'acc. (cf. Lavarenne § 231-232) ; cf. v. 346 qui fusus adflatu leui (le souffle de Vulcain, extérieur, inopérant) : le souffle de l'Esprit (-> 13, 9) pénètre jusqu'à la moelle, agissant vigoureusement (v. 494 coegerat).

      494 : coegerat : la contrainte de l'Esprit, suscitant l'amour, unit (v. 144 cogens in unum et congregans) : ces 2 sens de cogere coexistent en perist. 4, 47-48 gentes domitas coegit | ad iuga Christi.

      495-496 : cf. c. Symm. 1, 513-514 erubuit, pudet exacti iam temporis, odit | præteritos foedis sub religionibus annos ; 523 inque fidem Christi pleno transfertur amore. L'amour divin rejaillit sur le prochain et devient haine de l'erreur. Cet amour a Dieu pour objet (gén. objectif sublimis Dei) et n'est pas médiat comme en perist. 3, 40 ; 6, 71 ; 10, 71. 388 ; 11, 192 ; 13, 75.

      496 : nugas pristinas : cf. c. Symm. 1, 10 pristinus error ; 433 ueteres nugas ; 574 gentilibus... nugis ; cath. 7, 98 ueteresque nugas. L'épithète pristinas (dépréciative, cf. cath. 5, 57 ; -> v. 1) porte moins sur le passé récent des sénateurs qu'elle n'indique l'antiquité du paganisme ; cf. c. Symm. 2, 274-276 (Symmaque) potior mihi pristinus est mos, | quam uia iustitiæ, pietas quam prodita cælo, | quamque fides ueri, rectæ quam regula sectæ.

      497-536 : délaissant les temples (v. 499), les Romains gagnent l'atrium (v. 515-516) et les limina (v. 519-520) de l'église puis, baptisés (v. 521-526), peuvent entrer dans l'ædes (v. 527-528) et y vénérer la tombe du martyr (v. 531-536) ; cette progression reflète les étapes de l'initiation chrétienne (-> 12, 31-44). Au centre du tableau sont évoquées dans un ordre progressif les hiérarchies sociale (vv. 513 Quiritum ; 517 senatus lumina ; 521-522 illustres domos | ... nobiles ; 523 clarissimorum) et sacerdotale païenne (vv. 518 luperci aut flamines ; 525 pontifex) ; cf. c. Symm. 1, 544-577 (cf. Evenpoel 1990) ; l'ensemble reçoit un double cadre : 1° abandon général des temples par la foule (v. 499-500) allant sur la tombe du martyr (v. 529-536 ; sur la suite, -> v. 529-584) ; 2° cas de Vesta abandonnée par ses prêtresses (vv. 511-512. 527-528).

      
497-500 Refrixit ex illo die
cultus deorum turpium :
plebs in sacellis rarior,
Christi ad tribunal curritur.
À partir de ce jour-là, le culte des dieux infâmes perdit de sa ferveur : le peuple se fait plus rare dans les sanctuaires, on accourt à la tribune du Christ.

      497 : refrixit : accomplissement ce que figurait le bûcher, dont les charbons, assimilés à Vulcain, tiédissaient (v. 345-346). ex illo die : le jour providentiel (-> v. 31) du martyre, début (-> v. 444) du mouvement de conversion qui parachève l'unification de l'humanité.

      498 : cf. perist. 5, 24 priscis deorum cultibus ; cf. v. 4. deorum turpium : le scandale et le ridicule des dieux (vv. 449-452. 465-466) rejaillit sur leur culte (perist. 10, 161 turpis pompa) et sur leurs sectateurs (perist. 10, 1034). Cf. c. Symm. 1, 567-568 ad Christi signacula uersas, | turpis ab idolii uasto emersisse profundo.

      499 : la persécution produit l'effet inverse de ce que décrit Plin. epist. 10, 97, 10 certe satis constat prope iam desolata templa coepisse celebrari et sacra sollemnia diu intermissa repeti, passimque uenire uictimarum carnem. plebs : cf. v. 468 plebemque iam Christi. sacellis : sacellum (péjoratif, cf. cath. 4, 21) désigne un sanctuaire païen (apoth. 500 ; c. Symm. 2, 41) de petites dimensions, ce qui rend rarior plus suggestif. rarior : cf. c. Symm. 1, 591-592 non moueor quod pars hominum rarissima clausos | non aperit sub luce oculos (les païens du temps de Prudence).

      500 : -> 11, 215 ; cf. v. 515 Christi frequentans atria. Christi ad tribunal : la cathedra épiscopale occupe dans les basiliques chrétiennes la place dévolue au juge (-> 11, 77) dans les basiliques civiles (-> 11, 225-226). S. Laurent quittait le Pape pour affronter le tribunal du préfet, les catéchumènes font le mouvement inverse. curritur : cette course enthousiaste (perist. 6, 18 ; 12, 2 ; 13, 83) évoque celle du martyr rassemblant les mendiants devant l'église (v. 141 cursitat).

      501-508 : s. Laurent victorieux du démon est comparable à l'archange Michel (N.T. apoc. 12, 7-9) ; cf. Introd. § 102 et n. 5. Même dimension apocalyptique en perist. 5, 544 ; 14, 112-118.

      
501-504 Sic dimicans Laurentius
non ense præcinxit latus,
hostile sed ferrum retro
torquens in auctorem tulit.
En menant un tel combat, Laurent ne ceignit pas son flanc d'une épée, mais, renvoyant le fer hostile, il le jeta contre son propriétaire.

      501 sic : introduit une explication métaphysique du lien entre la passion du martyr et la conversion des Romains. Laurentius : il n'y a pas ici une parenthèse purement allégorique (cf. vv. 17-20) : ce martyr lutte à la fois contre le préfet et contre Satan (cf. v. 505-508).

      502 : le martyr n'est pas muni des armes qu'avait le juge (cf. v. 13 non turbulentis uiribus). ense præcinxit : de même, Ov. trist. 2, 271. Præcingere désigne l'équipement nécessaire à l'action (cf. perist. 5, 14 ; V.T. psalm. 17, 33 Deus, qui præcinxit me uirtute) ; l'épée est souvent l'instrument des persécuteurs (-> 13, 47). latus : le flanc (ou plutôt le dos : cf. v. 398) du martyr a subi la brûlure du feu, mais a prouvé sa résistance à 'Vulcain' (cf. v. 401-404).

      503-504 : cf. apoth. 566 ausus in auctorem generis qui stringere ferrum, inspiré d'Avson. 283, 1-2.

      503 hostile... ferrum : cf. perist. 1, 27 hostico... ferro ; adj. au lieu du gén. de hostis (cf. c. Symm. 1, 653 ; -> v. 342) ; l'ennemi est moins le juge (armé de fer : -> 14, 36) que le démon.

      503-504 : ferrum... torquens : même expression chez Sen. epist. 82, 24.

      504 : auctorem : même emploi chez Ov. met. 12, 419 ; Stat. Theb. 9, 752 ; -> v. 416.

      
505-508 Dum dæmon inuictum Dei
testem lacessit proelio,
perfossus ipse concidit
et stratus æternum iacet.
En attaquant au combat le témoin invaincu de Dieu, le démon lui-même, transpercé, s'effondra et gît, terrassé, pour l'éternité.

      505 : dæmon : dernière syllabe abrégée (par rapport au grec daimwn), cf. perist. 10, 1058 ; c. Symm. 2, 889. Les dieux sont identifiés aux démons (-> 5, 78-92), implicitement au moins, au v. 263 dum dæmonum sordes colis. Sur le martyre, lutte contre le diable, cf. Dölger 1932.

      505-506: inuictum... testem lacessit : cf. perist. 5, 169-170 hunc, hunc lacesse, hunc discute | inuictum, inexsuperabilem (le martyr parlant de son âme). testem : équivalent non technique de martyr (cf. perist. 1, 21-22 ; 5, 11. 59 ; 8, 9 ; 10, 133) ; on a aussi Christi confessor en perist. 9, 55.

      506 : lacessit proelio : de même, Cæs. Gall. 4, 11, 6 ; Cic. orat. 1, 17, reprenant l'idée de provocation au combat, d'attaque exprimée par auctorem (v. 504). Cf. ham. 513 oppugnat sensus liquidos belloue lacessit. Proelium n'apparaît ailleurs dans le recueil qu'au v. 16 non incruento proelio.

      507 : perfossus : évoque un coup d'épée profond (cf. psych. 154. 597). ipse : le pronom souligne un fait surprenant (-> v. 444). concidit : cf. ham. præf. 18-19 sacro | cruore Christi, quo peremptor concidit. Il semble que concidit soit ici un parfait (temps utilisé avant et après ce passage à propos du martyre), non un prés. (employé pour la conversion des Romains).

      508 : stratus... iacet : de même, Qvint. inst. 6, 1, 34. Il y avait une ironie tragique dans l'ordre prunas tepentes sternite (v. 341 : étaler 'Vulcain' et donc en quelque sorte de le terrasser). æternum : neutre adverbial ; cf. Verg. Æn. 6, 617 ; 11, 97-98 ; cf. ham. 706 ; psych. 915. iacet : la fin du paganisme est irréversible, et la défaite du démon définitive : iacet résume les termes stratus et æternum (cf. perist. 11, 11 [->] ; 14, 59 ; ditt. 170 mors illi [= Christo] deuicta iacet).

      
509-512 Mors illa sancti martyris
mors uera templorum fuit,
tunc Vesta Palladios lares
impune sensit deseri.
Cette mort d'un saint martyr fut en réalité la mort des temples ; alors, Vesta remarqua que l'on désertait impunément les Lares de Pallas.

      509-510 : du fait de l'anaphore de mors, parallélisme assez strict entre le sujet (v. 509) et l'attribut (v. 510) ; on a un autre jeu sur le nom mors au v. 19 : morte mortem diruit (->).

      509 : sancti martyris : de même, perist. 10, 661 et titre de perist. 1 et 4.

      510 : uera : la métaphore de la mort des temples semble paradoxalement plus vraie que la mort (au sens propre) du martyr, constatable mais sans consistance (cf. v. 19). De même, le Dieu véritable est invisible, contrairement aux vaines idoles (v. 455) - et le feu divin est plus à craindre que celui que le préfet appelle Vulcain (-> v. 394). templorum : métonymie, le paganisme (cf. v. 499 sacellis ; -> v. 477).

      511-512 : l'abandon sinon du feu de Vesta, du moins, de la subvention officielle de ce culte, n'a pas entraîné la ruine de l'Empire dont il était censé garantir la pérennité, avec les autres pignera imperii, comme le palladium (Cic. Scaur. 47 ; Verg. Æn. 5, 744 ; -> v. 448), prototype de l'idole païenne (cf. Firm. Matern. err. 15, 1-5). Cf. c. Symm. 1, 195 sic Vesta est, sic Palladium, sic umbra penatum ; 2, 911-913. 966-967. 970-972.

      511 : tunc : le moment de la mort du martyr. Vesta Palladios : termes également as-sociés en c. Symm. 1, 95 ; 2, 966. Palladios lares : cf. c. Symm. 2, 911 Palladiis... focis ; 966-967 quam Palladium, quam Vesta penates | sub lare Pergameo seruarent igne reposto ; cf. v. 447-448. Lares est pour Prudence un nom commun, au point qu'il se moque en perist. 10, 261 de la divinisation d'objets communs, comme les lares (= le foyer).

      512 : impune : -> v. 317. sensit : les démons ont une capacité de perception ; sentire dénote une impression forte et diffuse (-> v. 427-428 ; 5, 85). deseri : la désertion des vestales (v. 527-528 ; cf. c. Symm. 2, 1083 desertisque focis quibus est famulata iuuentus), celle des païens (vv. 499-500. 513-516).

      513-528 : reflétant l'actualité de son temps (-> v. 65-72), Prudence évoque surtout la conversion de l'aristocratie (cf. déjà v. 489-496). Dans le Contre Symmaque, il l'appelle encore de ses voeux (c. Symm. 2, 441-444. 655-665. 1114-1132) et y voit l'effet d'un discours de Théodose (c. Symm. 1, 415-505). Ici, la prière du martyr apparaît comme l'agent principal.

      
513-516 Quidquid Quiritum sueuerat
orare simpuuium Numæ,
Christi frequentans atria
hymnis resultat martyrem.
Des Quirites, tous ceux qui avaient coutume d'adresser des prières à la coupelle de Numa, visitant en nombre les demeures du Christ, célèbrent le martyr par des hymnes.

      513: quidquid Quiritum : cf. v. 413 ; cath. 12, 201 gaudete, quidquid gentium est. Quiritum désigne les habitants de Rome ; ce gén. plur. (cf. v. 563 ; c. Symm. 2, 947) est moins commun que Quiritium (perist. 14, 4). sueuerat : une conversion implique le rejet ou la modification d'habitudes (cf. perist. 1, 33 ; c. Symm. 2, 1007 antiquus... sueuerat error).

      514 : orare : employé pour la prière païenne (ici ; perist. 10, 423) ou chrétienne (v. 485 ; -> 11, 178). simpuuium Numæ : reprise ironique de Ivv. 6, 342-345 quis tunc hominum contemptor numinis ? aut quis | simpuuium ridere Numæ... | ausus erat ? Par sarcasme ou par ignorance, Prudence dit que le simpuuium (coupe utilisée dans les sacrifices ; rare, cf. Cic. rep. 6, 11 ; Varro Men. 115 ; Arnob. nat. 7, 29) est l'objet de prières. Sur Numa, -> v. 444.

      515-516 : les églises sont au Christ (v. 500), mais peuvent être mises sous l'invocation d'un saint (vv. 519-520. 527) ; cf. Damas. carm. 55 hæc Damasus tibi, Christe Deus, noua tecta dicaui | Laurentii sæptus martyris auxilio ; Avg. serm. 273, 7 non eis [= sanctis] templa, non eis altaria, non sacrificia exhibemus. Cf. perist. 11, 170 ara dicata Deo (autel abritant les restes d'un martyr).

      515 : Christi... atria : cf. v. 500 ; référence au péristyle (-> vv. 173. 175) précédant les grandes basiliques (où se tenaient les mendiants montrés au préfet) ; cf. le jeu de progression spatiale (-> v. 497-536). frequentans : cf. c. Symm. 1, 583. 585 aut Vaticano tumulum sub monte frequentat... coetibus aut magnis Laterani adcurrit ad ædes. Au contraire, v. 499 plebs in sacellis rarior.

      516 : cf. perist. 6, 151 laudans Augurium [= martyrem] resultet hymnus. Sts Ambroise (off. 1, 45, 221) et Augustin (in psalm. 72, 1) précisent qu'hymnus est réservé aux chants louant Dieu (cf. Introd. § 168 n. 121) ; les poèmes du Cathemerinon sont intitulés ainsi, tout comme les poèmes récents du Peristephanon, chants (carmen : -> v. 35) célébrant des martyrs. resultat : transitif, cf. apoth. 388 ; Apvl. met. 5, 7 ; Ambr. in psalm. 1, 9 ; de même, persultare, perist. 11, 77. martyrem : probablement s. Laurent (1ère mention de son culte).

      
517-520 Ipsa et senatus lumina,
quondam luperci aut flamines,
apostolorum et martyrum
exosculantur limina.
Même les ténors du Sénat, autrefois luperques ou flamines, déposent leurs baisers sur les seuils des apôtres et des martyrs.

      517 : senatus lumina : de même, Paneg. 2, 48, 2 ; Lact. mort. pers. 8, 4 ; cf. c. Symm. 1, 544-545 exsultare patres uideas, pulcherrima mundi | lumina, conciliumque senum gestire Catonum ; 548-550 iamque ruit, paucis Tarpeia in rupe relictis, | ad sincera uirum penetralia Nazareorum | atque ad apostolicos Euandria curia fontes. On a une gradation par rapport au v. 490 quidam patres et év. une correspondance avec Ianum bifrontem et Sterculum | colit senatus (v. 449-450).

      518 : quondam : comme olim au v. 525, adv. évoquant moins un passé lointain (-> 5, 475) que son caractère révolu. luperci : les Lupercalia, au cours desquelles les luperques, nus, frappaient les femmes avec une lanière en peau de bouc, sont évoquées en perist. 10, 161-165 ; c. Symm. 2, 862-863. flamines : à Rome, chaque flamine était principalement responsable du culte d'une divinité (p.ex. le flamen Dialis, pour Jupiter) ou d'un empereur (c. Symm. 1, 245-247). Le chef de la religion romaine était le pontifex, mentionné au v. 525 (->). En perist. 10, 1042, flamines est pris au sens général de 'prêtres païens'.

      519 : les saints vénérés étaient rangés dans les catégories des apôtres et des martyrs (distinction subsistant dans l'Ordo Missæ actuel) ; cf. præf. 42 carmen martyribus deuoueat, laudet apostolos. Prudence élargit à l'ensemble des saints la perspective ouverte au v. 516 hymnis resultat martyrem. apostolorum : à Rome, sts Pierre et Paul, apostolorum principes (-> v. 460), honorés d'abord dans les basiliques du Vatican et de la voie Ostienne. martyrum : parmi les nombreux (cf. v. 541-544) martyrs romains, sts Laurent et Agnès ont chacun une basilique.

      520 : exosculantur : cf. perist. 5, 556 exosculamur lectulum (-> ; vénération du gril du martyr ?) ; -> 11, 193. limina : comme la porte (v. 178), le seuil, limite entre le monde profane et le sanctuaire, est vénérable (perist. 10, 105. 351-352) ; même idée chez les païens (perist. 10, 201), ce qui montre la portée de la mesure évoquée au v. 479 nefasta damnet limina.

      
521-524 Videmus illustres domos,
sexu ex utroque nobiles,
offerre uotis pignera
clarissimorum liberum.
Nous voyons d'illustres maisons où les deux époux sont nobles faire l'offrande votive de leurs gages d'amour : leurs très-illustres enfants.

      521 : uidemus : faits vérifiables par tous (-> v. 173). illustres domos : iunctura rare (Tac. ann. 3, 24, 1 ; Avson. 319, 50) ; comme pour Claudien en perist. 14 (cf. Introd. § 105), reprise dans un contexte religieux du poème où Ausone évoque des honneurs mondains (cf. Charlet 1980b, p. 64-65).

      522 : sexu ex utroque : même expression (ici, cacophonique) en perist. 6, 148 ; elle peut désigner soit des nobiles des 2 sexes, soit des nobles de père et de mère. nobiles : de même, illustres (v. préc.) ; clarissimorum (v. 524). Ailleurs, cette noblesse est relativisée (perist. 3, 1-2) voire dénigrée (perist. 10, 123-140) par rapport aux mérites de saints qui ont versé le sang ou ont gardé la chasteté (-> v. 297).

      523-524 : vv. encadrés par offerre et par liberum (cf. vv. 75 offerre fundis uenditis [->] et 84 nudare dulces liberos) ; les chrétiens ne dépouillent pas leurs enfants, mais s'en défont pour l'Église.

      523 : référence au baptême des enfants ou à une pratique votive les mettant sous la protection d'un martyr (mais non, comme le laisse entendre Lavarenne, à une entrée de mineurs dans la vie religieuse, pratique païenne critiquée en c. Symm. 2, 1066-1074). offerre uotis : de même, cath. 12, 63, où uotum désigne l'offrande ; uotum désigne l'Eucharistie en perist. 12, 64 (->), ailleurs la prière, publique (-> 11, 198) ou privée (-> v. 536). pignera : jeu sur le sens du terme ('objet chéri', -> 11, 209-210 ou 'gage', -> 5, 491) ; le rite manifeste autant l'amour des parents pour leurs enfants que pour Dieu. On a peut-être aussi ici une allusion a contrario aux pignera imperii évoqués aux vv. 447-448 ; 511-512.

      524 : clarissimorum liberum, gén. explicatif de pignera (cf. Lavarenne § 261), désignant des descendants de familles de rang sénatorial. liberum : dans cette acception de 'fils et filles', liberi n'apparaît chez Prudence qu'ici et au v. 84 (passages qui se répondent : -> v. 523-524). On a d'autres gén. plur. en -um de la 2e décl. en perist. 4, 46. 85 ; 10, 270 ; Prudence utilise aussi bien deum (perist. 10, 241 ; 10 ex.) que deorum (v. 498 ; 20 ex.), diuum (8 ex.) que diuorum (1 ex.), uirum (-> 13, 49 ; 6 ex.) que uirorum (14 ex.) ; cf. aussi duum en perist. 12, 29.

      
525-528 Vittatus olim pontifex
adscitur in signum crucis,
ædemque, Laurenti, tuam
Vestalis intrat Claudia.
Le pontife autrefois orné de bandelettes se laisse admettre au signe de la croix, et dans ton sanctuaire, Laurent, pénètre la vestale Claudia.

      525-526 : cf. c. Symm. 1, 545-547 conciliumque senum gestire Catonum | candidiore toga niueum pietatis amictum | sumere, et exuuias deponere pontificales.

      525 : uittatus : prêtre et victime sont ornés de uittæ, bandelettes sacrées (perist. 10, 1013-1014. 1043-1045 ; apoth. 461-465) ; de même, une vestale au spectacle (c. Symm. 2, 1094-1095) et l'allégorie du paganisme (psych. 30). pontifex : à la différence de sacerdos et d'antistes (-> v. 68), pontifex n'est jamais utilisé par Prudence dans un contexte chrétien. Le terme, dans son sens précis (cf. perist. 10, 223), désigne des prêtres païens de haut rang en perist. 5, 36.

      526 : l'initiation chrétienne aboutit à l'incorporation (cf. adscitur) du converti sous la bannière du Christ (cf. perist. 1, 34 ; c. Symm. 1, 566-567 sescentas numerare domos de sanguine prisco | nobilium licet, ad Christi signacula uersas). signum crucis : le baptisé reçoit le sacrement de confirmation par une onction (sur son front) en forme de signe de croix ; cf. psych. 360-361 post inscripta oleo frontis signacula, per quæ | unguentum regale datum est et chrisma perenne ; c. Symm. 1, 585-586 Laterani adcurrit ad ædes, | unde sacratum referat regali chrismate signum. Le signe de croix et ses effets (exorcisme) sont décrits en cath. 6, 131-136 (cf. apoth. 492-494. 498).

      527 : Prudence ne semble pas encore connaître Rome, ni la pluralité des sanctuaires consacrés à s. Laurent. Laurenti : s'étant adressé à Rome aux vv. 1-8, le narrateur conclut le poème en interpellant le martyr (cf. v. 549 sancte Laurenti ; ->).

      528 : Vestalis : probablement adj. substantivé plutôt qu'épithète (c. Symm. 2, 913. 970. 1001. 1064) de Claudia. intrat : interdite aux païens (perist. 10, 101-102), l'entrée dans le sanctuaire marque l'étape ultime du chemin terrestre vers le Christ, avant l'entrée dans la gloire divine (perist. 10, 474). Claudia : inconnue, membre d'une des gentes romaines les plus illustres ; Prudence se plaît à relever de telles conversions (c. Symm. 1, 566-567), citant des noms en c. Symm. 1, 551 Amniadum ; 554 Olibriaci ; 556 Bruti ; 558 Paulinorum... Bassorum ; 561 Gracchos. Cf. Cic. Cæl. 34 non uirgo illa Vestalis Claudia ; si l'indication de Prudence n'est pas purement proverbiale et correspond à un fait précis, il se pourrait que le nom gratté sur un piédestal de statue, dans la Maison des vestales, sur le Forum romain, soit celui de cette Claudia (cf. CIL vi 3299, 32422 ; inscription datée de 364).

      529-584 : on peut prier le martyr partout, mais de manière privilégiée sur sa tombe (-> v. 533-536) - thème introduit par un macarisme (v. 529-536) qui conclut aussi l'évocation de la conversion des Romains (-> v. 497-536). À ce motif correspond une consolatio pour ceux qui sont loin de Rome (v. 537-560) ; dans un autre diptyque, le poète évoque l'exaucement des prières des Romains (v. 561-572) avant de demander celui des siennes propres (v. 573-584). Le ton est toujours plus personnel (vv. 537-556 'nous' ; 557-584 'je'), avec même la citation du nom de Prudence au v. 582.

      
529-532 O ter quaterque et septies
beatus Vrbis incola
qui te ac tuorum comminus
sedem celebrat ossuum,
Ô trois, quatre et sept fois bienheureux, l'habitant de la Ville, qui, de tout près, te fréquente ainsi que l'emplacement de tes ossements, ...

      529-530 : macarisme topique de l'habitant de Rome (Ov. trist. 3, 12, 25-26 o quater, o quotiens non est numerare, beatum, | non interdicta cui licet Vrbe frui ; Rvt. Nam. 1, 5-6), solennel - à l'habituel ter quaterque (Prop. 3, 12, 15 ; Verg. Æn. 1, 94 ; Ov. Pont. 4, 9, 34 ; Sen. Phædr. 694 ; Avson. 332, 51) est ajoutée leur addition symbolique, septies. Sur o, admiratif, -> 13, 11.

      530: beatus : cf. cath. 9, 19-20 o beatus ortus ille, uirgo cum puerpera | edidit nostram salutem (Nativité du Christ). Vrbis incola : désignation des Romains, plus explicite que Quirites (vv. 513. 563), reprise au v. 570 par alumnos urbicos. Sur Vrbs, -> v. 141.

      531-532 : la personne du martyr (te) et son tombeau (tuorum... sedem... ossuum) sont mis sur le même plan, et quasi identifiés, même si, de fait, il y a bilocation du martyr (cf. v. 551-552 est aula nam duplex tibi, | hic corporis, mentis polo). En perist. 5, 521-522, la personne du martyr est identifiée à son âme : sic corpus, ast ipsum Dei | sedes receptum continet.

      531 : qui : la relative introduite par ce pronom est la plus développée des cinq qui indiquent les motifs de la béatitude des Romains (avec cui au v. 533 et la triple anaphore de qui, v. 534-536). comminus : idée de contact avec les reliques, développée aux vv. 533-535.

      532 : sedem : terme repris plus loin par locum (v. 534) et aula (v. 551) ; de même, à propos de l'âme, perist. 5, 522. celebrat : synonyme de frequentare (-> v. 515), 'fréquenter (en nombre)' ; -> 11, 198. ossuum : les reliques, -> 5, 516 ; gén. plur. archaïque (cf. perist. 5, 111 ; cf. Lavarenne § 96).

      
533-536 cui propter aduolui licet,
qui fletibus spargit locum,
qui pectus in terram premit,
qui uota fundit murmure !
à qui il est permis de se prosterner à proximité, qui verse ses pleurs sur ce lieu, qui presse sa poitrine contre ce sol, qui répand ses voeux dans un murmure !

      533-536 : tableau semblable de la vénération des corps saints en perist. 4, 193-198 ; 5, 563-564 ; 9, 5-6. 99-100 ; 11, 177-178. 193-194. Cf. Damas. carm. 21, 12 ; 31, 4 ; 42, 1 ; 46, 11.

      533 : cui... aduolui licet : cf. perist. 10, 101-102. propter : cf. perist. 11, 170 propter ubi apposita est ara dicata Deo. aduolui : cf. perist. 9, 5 stratus humi tumulo aduoluebar (-> 5, 564).

      534 : le martyr, qui n'avait pas émis de plaintes sous la torture, priait en gémissant (v. 411-412 ; cf. cath. 1, 81-83 ; 2, 50-52) ; même motif des larmes d'émotion sur la tombe du martyr en perist. 4, 193-194 ; 9, 99 ; 11, 194. Exaucé, le fidèle sèche ses larmes (perist. 1, 14 lætus hinc tersis reuertit supplicator fletibus), qui sont comme une offrande sur la tombe (cath. 10, 171-172).

      535 : pectus : le siège des sentiments et de la volonté (-> 5, 562 ; 13, 26) ; cf. perist. 14, 6 puro ac fideli pectore supplices. in terram : le sol abritant les martyrs est diues (v. 543) et permet un contact avec leurs sanguinis uestigia (v. 546) : cf. perist. 1, 3. 7-9 ; 4, 90-92 ; 8, 13.

      536 : uota fundit : transposition du motif du v. 534 fletibus spargit ; de même, c. Symm. 1, 209-210 (contexte païen ; cf. Lvcan. 9, 989) ; même emploi de fundere en perist. 1, 17 ; 14, 57-58. Vota désigne soit une prière votive (cf. v. 44 uotasque... opes), soit les souhaits d'une prière de demande (perist. 9, 95 ; 10, 344 ; 11, 198). murmure : la prière privée est comme chuchotée aux reliques ; cf. perist. 1, 17 non sinunt ut ullus uoce murmur fuderit ; 9, 102.

      537-556 : priés localement surtout, les martyrs n'en ont pas moins une puissance universelle ; cf. perist. 1, 12 hic patronos esse mundi ; 6, 83-84. Prudence n'a pas encore visité cette tombe.

      
537-540 Nos Vasco Hiberus diuidit
binis remotos Alpibus
trans Cottianorum iuga
trans et Pyrenas ninguidos.
Nous, l'Èbre basque nous en sépare, écartés par de doubles Alpes, au-delà des crêtes Cottiennes et au-delà des Pyrénées neigeuses.

      537 : Prudence est à Calagurris (appelée nostra, perist. 4, 31) au bord de l'Èbre (perist. 1, 117), chez les Vascones (perist. 1, 94) (Saragosse commande un pont sur l'Èbre et se situe chez les Editani : Plin. nat. 3, 3, 24). diuidit : cf. perist. 12, 29 diuidit ossa duum Tybris sacer ex utraque ripa.

      538 : le point de vue du poète est celui de Rome (cf. aussi v. 552 hic) : c'est lui qui est remotus, non la ville. Alpes est utilisé à la fois au sens propre et métaphoriquement (cf. Sil. 2, 333 geminæ Alpes). binis : équivalent de duo ; cf. perist. 12, 8 ; ham. 8 ; Verg. Æn. 1, 313.

      539-540 : l'anaphore de trans souligne l'existence de 2 obstacles. L'expression en partie métaphorique binis Alpibus (v. 538) est explicitée par une synecdoque (Cottianorum iuga : Tac. hist. 1, 61, 1 ; Amm. 15, 10, 2 - la région des sources du Pô) et par le terme propre Pyrenas.

      540 : Pyrenas ninguidos : cf. Avson. 269, 4-5 confinia propter | ninguida Pyrenes ; 417, 69 bimaris iuga ninguida Pyrenæi ; Pavl. Nol. carm. 10, 203-204 Vasconiæ saltus et ninguida Pyrenæi | ... hospitia. L'adj. ninguidus (cf. cath. 5, 97 ; apoth. 661) n'est pas attesté antérieurement ; Prudence s'inspire ici du 1er ex. cité, avec la forme grecque Pyrene (masc. ; fém. chez Lvcan. 1, 689) ; ailleurs, niueus (perist. 4, 75 ; 6, 139 ; 11, 137 ; 13, 78) et niualis (perist. 12, 38).

      
541-544 Vix fama nota est, abditis
quam plena sanctis Roma sit,
quam diues urbanum solum
sacris sepulcris floreat.
C'est à peine si la renommée en est connue : combien Rome est remplie de saints cachés, combien, riche, elle voit fleurir de sépultures sacrées le sol de la ville !

      541 : fama : la renommée traverse l'espace (ici ; perist. 1, 11-12) et le temps (-> 13, 76). abditis : aussi en fin de v. à propos des trésors de l'Église convoités par le juge (-> v. 81-82).

      542-543 : anaphore de quam et uariatio entre les 2 propositions, où l'on passe des entités 'personnelles' (sanctis et Roma) à des objets matériels (sepulcris et urbanum solum).

      542 : plena sanctis : cf. perist. 4, 5 plena magnorum domus angelorum (Saragosse, comparée à Rome : cf. perist. 4, 53-64). Sanctis désigne ici les saints (-> v. 519 ; cf. perist. 4, 53. 167. 173 ; 5, 374 ; 10, 839 ; 11, 1), non les chrétiens en général (-> v. 80).

      543: diues : cf. perist. 4, 29-30. 145-146 ; ultime réponse aux dires du préfet sur les richesses de l'Église. urbanum : comme urbicus (v. 570), suffit à désigner Rome (-> v. 141).

      544: sacris sepulcris : cf. perist. 4, 197-198 sanctis | ... tumulis ; 12, 30 sacrata... sepulcra. La sainteté des reliques se communique par contact (-> 12, 29). floreat : le motif de la floraison du sol se retrouve à propos d'un miracle en perist. 5, 277-280. 321-322, ou d'un pavement en mosaïques en perist. 3, 198-200. On a év. ici une allusion au célèbre semen est sanguis Christianorum de Tertullien (apol. 50, 13).

      
545-548 Sed qui caremus his bonis
nec sanguinis uestigia
uidere coram possumus,
cælum intuemur eminus.
Mais nous qui sommes privés de ces biens et ne pouvons voir devant nous les traces du sang, de loin, nous regardons vers le ciel.

      545 : his bonis : les tombeaux des saints et le contact avec les reliques (-> v. 533-536).

      546 : sanguinis uestigia : la terre de Rome est imprégnée du sang des martyrs (-> v. 16 ; cf. v. 535), qui chasse les démons (cf. v. 470) et protège les fidèles (-> 5, 341-344).

      547 : uidere coram : une perception directe, non la fama (v. 541) ; en Hispanie, Prudence peut voir des reliques (perist. 4, 137-138 : uidimus partem iecoris reuulsam | ungulis longe iacuisse pressis), et en Italie, ce désir sera comme comblé par des représentations picturales (cf. perist. 9 et 11). Ici, on aura une sorte de vision mystique (v. 557-558 uideor uidere illustribus | gemmis coruscantem uirum).

      548 : faute de mieux, Prudence lève les yeux au ciel, suivant l'attitude même du martyr avant sa mort (v. 410 cælum deinde suscipit), celle des suppliants et des contemplatifs (perist. 9, 9 ; cath. 12, 1-2 ; apoth. 501-502). cælum intuemur : attitude analogue à celle de s. Étienne (v. 372) : cælos apertos intuens (au contraire, les païens, perist. 10, 375 subiecta semper intuens, numquam supra). Sur cælum, -> v. 372. eminus : adv. opposé à comminus (v. 531, à propos des Romains) ; il est aussi employé au v. 373, à propos de la contemplation par les baptisés du visage rayonnant du martyr - Prudence semble bénéficier du même miracle (cf. v. 557-558).

      549-560 : Prudence est certain de la gloire céleste du martyr, moins du fait de sa vision (v. 557-560) que du témoignage de ceux qu'exauce s. Laurent (v. 563 probant Quiritum gaudia) ; de même, à propos du geôlier de s. Vincent, qui se convertit non à la vue de miracles, mais à celle de la dévotion des chrétiens, cf. perist. 5, 333-352. Cf. Cameron 1968 (-> v. 560).

      
549-552 Sic, sancte Laurenti, tuam
nos passionem quærimus,
est aula nam duplex tibi,
hic corporis, mentis polo.
C'est ainsi, saint Laurent, que nous cherchons (le souvenir de) ta passion : tu possèdes en effet un double palais, celui-ci pour ton corps, le firmament pour ton âme.

      549 : sancte Laurenti : expression de forme récente (-> 13, 53). Laurenti, tuam : même fin de v. à propos de l'aula corporis du martyr (v. 527 ædemque, Laurenti, tuam) ; ici c'est son aula mentis (cf. v. 551-552)

      550 : passionem : cette forme se trouve à la même place du v. 35 (->) - symétriquement, on est ici 35 vv. avant la fin. Le terme désigne ici l'équivalent céleste de la sépulture du martyr (cf. v. suiv. aula), voire sa personne même (tuam... passionem équivalant à te passum ; même emploi de passio en perist. 11, 196), ce que laissent entendre les objets de uidere aux vv. 546 sanguinis uestigia ; 558 gemmis coruscantem uirum. quærimus : dénuée d'évidence, la présence céleste du martyr doit être l'objet d'une quête.

      551 : même idée de bilocation (liée à la dualité corps-âme) en perist. 1, 1-3 ; 13, 99-100 ; 14, 1. 125 ; elle est simultanée et permanente, non alternative (cf. perist. 5, 565 paulisper huc inlabere). aula : terme employé aussi bien à propos d'un sanctuaire (cf. Pavl. Nol. carm. 18, 352 ; 23, 112) ou de son atrium (-> v. 515) que pour le Paradis, cælestis aula (-> 14, 62). nam : postposé, anaphore est aula ; cf. perist. 5, 517 subiecta nam sacrario. tibi : par une sorte de polyptote, tibi reprend tuam (v. 549), aussi en fin de v. ; cf. perist. 5, 2-3 (->).

      552 : les noms désignant les 2 modes d'existence du martyr (corporis et mentis : même association p.ex. en perist. 10, 582 ; 13, 86) sont accolés, formant le lien entre hic et polo (aux extrêmités du v.). hic : même si le point de vue de Prudence est 'romain' (-> v. 538), hic désigne, plutôt que Rome, la terre par opposition au ciel (cf. perist. 13, 106 instruit hic homines, illinc pia dona dat patronus). polo : le ciel (poétique).

      553-560 : artisan de paix et d'unité (v. 410-440), le martyr est revêtu d'un consulat perpétuel (v. 560) et reçoit, outre la couronne civique (v. 556 ; Auguste s'en glorifiait, cf. R. Gest. diu. Aug. 34, 2), les ornements promis aux mendiants (-> v. 275-276). C'est dans cette Rome céleste, seule véritable Roma æterna, que s'accomplit radicalement la promesse de Verg. Æn. 1, 278-279 : his ego nec metas rerum nec tempore pono : | imperium sine fine dedi.

      
553-556 Illic, inenarrabili
adlectus Vrbi municeps,
æternæ in arce curiæ
gestas coronam ciuicam.
Admis là-haut, comme libre citoyen de la Ville ineffable, dans la citadelle de la curie éternelle, tu portes la couronne civique.

      553 : illic : reprise de polo (v. préc.), par opposition à hic, 'ici-bas' (v. préc.). Cet adv. dépend de gestas (v. 556), non d'allectus (v. suiv.), qui eût demandé illuc.

      553-554 : inenarrabili... urbis : la Roma cælestis (v. 559) ; Prudence n'en donne pas de description, mais suggère sa splendeur, avec le vêtement qu'y porte le martyr (v. 557-558).

      553 : adlectus : verbe évoquant la procédure de l'adlectio, qui permettait à l'empereur de faire passer quelqu'un à un ordre supérieur ; pour désigner une apothéose, Sénèque dit aussi (Ag. 813) cælo adlegi. municeps : citoyen d'une ville autre que la capitale de l'Empire ; de fait, la tête du Royaume des cieux n'est pas la Roma cælestis, mais Dieu même. Il se peut que municeps prenne ici un sens étymologique (munus capere) : les citoyens du ciel, avec leurs ornements de magistrats, ont aussi un munus (v. 562 muneris quantum datum) ; consul au ciel, Laurent est aussi saint patron des Romains - ici-bas, il était déjà archidiacre et en même temps père nourricier (vv. 44. 157-160).

      555 : æternæ... curiæ : cf. Pavl. Nol. epist. 13, 15 prophetæ, apostoli, martyres, id est cæli senatus ; le martyr sera le princeps de ce sénat de la Roma cælestis (v. 559) qui n'est autre que l'ensemble des élus de cette ville (c. Symm. 2, 442 Romam dico uiros ; Avg. urb. exc. 6, 6). La curie d'ici-bas est mentionnée au v. 446 Catonum curiam. in arce curiæ : la curie céleste semble occuper toute l'arx, désignation du Royaume des cieux (-> 14, 125 ; cf. v. 272 in arce lucebunt Patris). Cette citadelle céleste s'oppose à celle de la terre, cf. v. 119 Augustus arcem possidens.

      556 : cf. Svet. Iul. 45, 2 ius laureæ coronæ perpetuo gestandæ. coronam ciuicam : seule mention chez Prudence de la couronne civique, ornement décerné à celui qui a sauvé un citoyen au combat. S'étant battu pour Rome (cf. vv. 1-16. 501-508), s. Laurent l'a exorcisée, et est à l'origine de la conversion de plusieurs sénateurs (v. 489-496) : la couronne de son martyre (-> 5, 4) mérite donc en même temps d'être appelée couronne civique, selon le langage métaphorique de la militia Christi.

      
557-560 Videor uidere illustribus
gemmis coruscantem uirum,
quem Roma cælestis sibi
legit perennem consulem.
Il me semble voir cet homme étincelant de joyaux brillants, lui que la Rome céleste se choisit comme consul perpétuel.

      557 : uideor uidere : polyptote, avec uariatio sur le sens. Cette vision, assez peu importante pour le poète (-> v. 549-560) et introduite prudemment, semble être une pure fiction poétique.

      558 : gemmis coruscantem : motif appliqué aux vierges (v. 299 gemmas corusci luminis) et aux martyrs eux-mêmes (perist. 4, 21-28) ; cf. c. Symm. 1, 465 ; psych. 334. 851-852. La toga picta des magistrats portait, brodées, des pierres précieuses (-> 14, 105). coruscantem uirum : durant sa passion déjà, le martyr avait cet éclat glorieux (cf. v. 361-376), anticipation et participation de la gloire divine (sur coruscans appliqué à Dieu, -> 14, 48) que les élus (cath. 11, 102 ; c. Symm. 2, 210) ont en commun avec les anges (-> 5, 288) et communiquent à leur cité (cf. perist. 6, 1-3).

      559 : Roma cælestis : cette Rome céleste, inenarrabilis urbs, est la seule Roma æterna (-> v. 553-560). La tête de l'Empire semble prendre la place de la Jérusalem céleste de l'Apocalypse. On a aussi arx cælestis (perist. 14, 125 ; cf. v. 555) et cælestis aula (perist. 14, 62 ; cf. v. 551).

      560 : l'élection des martyrs est évoquée avec les termes propres à celle des consuls chez Tert. ad mart. 1, qui parle de martyres designati à propos de confesseurs. legit : transposition à ce verbe de la construction du verbe legare (Cic. Att. 15, 11, 4 me sibi legauit). perennem consulem : faussement banale (perennis, 'qui dure toute l'année'), cette expression est paradoxale, puisqu'elle évoque un consulat perpétuel (sens de perennis, ici). Édile (v. 41-44) et censeur (v. 161-164) pour l'Église de Rome, s. Laurent est son avocat devant l'autorité civile (-> 5, 547-548), sa carrière atteignant son point culminant. Cette idée du perpetuus consulatus sera reprise dans la lettre Humanæ referunt, traité pélagien anonyme (cf. Cameron 1968).

      
561-564 Quæ sit potestas credita
et muneris quantum datum,
probant Quiritum gaudia,
quibus rogatus adnuis.
Quelle puissance t'a été confiée et quelles hautes fonctions t'ont été accordées, la reconnaissance joyeuse des Quirites en apporte la preuve, eux que tu exauces quand ils te prient.

      561-562 : vers synonymiques, avec une uariatio ; cf. v. 33 qua uoce, quantis laudibus.

      561 : cf. c. Symm. 1, 150-151 cæli imperium retinere potestas | credita. potestas : propre à certaines magistratures plébéiennes (non au consulat, v. préc.), la potestas introduit la suite, où il est question de l'intercession du martyr pour le peuple de Rome (v. 565-572).

      562 : muneris : comme en perist. 5, 209 (->), Prudence joue sur le double sens du terme : 'charge officielle', 'tâche' (-> v. 128), et 'faveur', 'don divin' (cf. cath. 3, 34 munera data).

      563 : probant : Prudence souligne le caractère démontrable, objectif, de ce qu'il allègue (cf. v. 235 ; perist. 7, 81-82 ; 10, 820. 960 ; cath. 9, 7) - caractère que n'ont pas ses impressions (v. 557). Quiritum gaudia : ceux qui fêtent le martyr (cf. perist. 12, 1) ou qu'il exauce (perist. 1, 14-15) ressentent une joie légitime, qui est aussi un témoignage. Sur Quirites, -> v. 513.

      564: quibus... adnuis : cf. perist. 11, 181-182. Au début du poème, l'assentiment du martyr était fictif (v. 111-112 ut paratus obsequi | obtemperanter adnuit), bien qu'explicite, et la joie du préfet vaine (v. 133 lætus tumescit gaudio ; cf. v. préc. gaudia). rogatus : au lieu d'orare (prière à Dieu), Prudence utilise rogare, qui peut désigner la prière adressée aux martyrs (ici ; perist. 1, 13), à Dieu (cath. 2, 51 ; 4, 53) ou par les martyrs à Dieu (perist. 6, 84). Il peut aussi être employé dans un contexte profane (v. 181, à propos des mendiants ; cf. la continuité de la mission secourable du martyr, sur terre et dans les cieux).

      
565-568 Quod quisque supplex postulat,
fert impetratum prospere ;
poscunt, iocantur, indicant,
et tristis haud ullus redit,
Ce que chaque suppliant te demande, il en emporte l'heureux accomplissement ; ils réclament, ils badinent, ils précisent, et pas un n'en revient affligé, ...

      565-568 : retractatio doctrinale de ces vv. en perist. 9, 95. 98 ; 1, 13-15 (cf. Introd. § 140).

      565 : même structure que cath. 2, 14 quod quique fuscum cogitat ; cf. perist. 11, 182. supplex : cf. v. 580-581 audi benignus supplicem | Christi reum Prudentium ; perist. 5, 546 ; 14, 6 (aux martyrs) ; 14, 86 (au Christ). postulat : verbe employé par le préfet (v. 98).

      566 : impetratum : cf. perist. 1, 15 omne, quod iustum poposcit, impetratum sentiens. prospere : cf. perist. 5, 1-2 beate martyr prospera, | diem triumphalem tuum (->) ; 9, 97 martyr prosperrimus.

      567 : ce texte, édité par Bergman et Cunningham, est celui des mss (sauf DEO : lætantur, qui n'entre pas dans le vers, au lieu de iocantur). Gênés par iocantur, Arevalo puis Dressel le corrigent en litantur (sans parallèles), et Alfonsi (1951) en precantur (cf. perist. 5, 546 uoces precantum supplices ; cath. 8, 77 supplex precor : souci de symétrie entre les 2 moitiés du quatrain, precantur permettant de reprendre supplex, v. 565). Lavarenne (1949, p. 282) propose de lire poscunt, rogant et uindicant, avec une correction légère, mais remplaçant de façon malheureuse indicant (admissible) par uindicant (sans parallèles) qui sied mal à une humble supplication. Même s'ils ne sont employés qu'ici chez Prudence, indicant et même iocantur peuvent être maintenus. La mention d'un badinage sur la tombe d'un martyr est unique chez Prudence (qui parle plutôt de larmes : -> v. 534), tout comme l'exaucement inconditionnel (cf. Introd. § 140). Cf. Avg. serm. 302, 1 quis ibi orauit et non impetrauit ? ... quædam enim... parua et ludicra concedit pater paruulis filiis... ludentibus et de quibusdam ludicris se oblectantibus cedit paterna pietas, ne deficiat ætatis infirmitas. poscunt : verbe utilisé par le préfet (v. 89) et à propos des mendiants (v. 143 omnesque, qui poscunt stipem) - le martyr les exauce ici-bas et du haut du ciel. Cf. aussi perist. 1, 15. indicant : cf. perist. 9, 101-102 tunc arcana mei percenseo cuncta laboris, | tunc, quod petebam, quod timebam murmuro ; cf. aussi v. 575-576.

      568 : cf. perist. 1, 14 lætus hinc tersis reuertit supplicator fletibus ; 11, 179. haud ullus : -> v. 99.