Cadrant

(pastiche inspiré par Michel Leiris)

 

Alexandre Mazuir

 

À l’heure où les enfants ont grandi (petits soldats hauts comme trois pommes, une quatrième sur la tête, chacun pour la sienne, l’œil curieux, la pupille prisée), à l’heure où les gens trébuchent en abordant quoi ? les autres ? les pavés ?, à l’heure où mon train arrivait (celui dont j’avais condamné – comment faire ? – les portes à bras ouverts, le cœur serré, la gorge à sec et la voix de miel coincée) vite, précis, inchangé, aux rails neufs (neuf sur dix, faute éliminatoire, ne passe pas, ne repasse pas avant deux ans), modernes – à l’heure, alors que les pommes tombaient (trop tôt, trop tard, quelle importance ! quelle importance ? déjà pourries sans être mûres, le ver sorti, le verre aussi, enfin !), à l’heure fatidique – « tic », la minute du regret – « tac », la seconde décidée – « … », anticipant ? abordant ? les autres, à l’heure où les paysages (les arbres, les pommiers, les montagnes, les flots, les ombres, les reflets dans la vitre) ralentissaient au pas de course – anticipant les gares improvisées de shrapnel que les nouveaux rails (d’un grain solide, matricule non cacheté, posés en douce, posés mielleux, sous tissu blanc, soit trop rêche, soit soie, décousu du linceul) devraient savoir éviter, à l’heure prévue, donc, elle est restée sur le quai et mon train a pu passer.

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Photo : © wal_172619

Pastiche

Comment raconter un souvenir (réel ou fictif), à la manière de tel-le ou tel-e écrivain-e ? Comment repérer et imiter les caractéristiques qui font la cohérence d'un style ?

Lueurs stériles
Ibrahim Abloua

Tracés d'enfance
Angela Allemand

Nuits d’été albanaises
Tina Haziri

« … -uille ouille ouille ! »
Amelia Ligabue

Cadrant
Alexandre Mazuir

Perles rouges
Natacha Stein