Le problĂšme de la comparaison visuelle en profondeur (constance de la grandeur) et l’erreur systĂ©matique de l’étalon (1943) a

Les rĂ©sultats prĂ©cĂ©dents sur la comparaison des hauteurs vues dans le plan fronto-parallĂšle conduisent naturellement Ă  chercher comment se comportent enfants et adultes Ă  l’égard des mĂȘmes questions et du mĂȘme matĂ©riel, mais en ajoutant Ă  l’écart transversal entre le mesurant et le mesurĂ© un Ă©cart selon la troisiĂšme dimension. On peut, en effet, se demander si l’erreur systĂ©matique, si importante dans les comparaisons Ă  distance, dont l’existence nous a paru rĂ©sulter principalement du rĂŽle d’étalon que prend l’un des objets Ă  comparer, n’intervient pas aussi parfois, et peut-ĂȘtre mĂȘme nĂ©cessairement, dans les comparaisons en profondeur. Si c’était le cas, le problĂšme de la constance des grandeurs et de son Ă©volution Ă©ventuelle avec l’ñge, serait sans doute Ă  poser en termes nouveaux, du double point de vue de la technique expĂ©rimentale et de l’interprĂ©tation thĂ©orique. C’est ce que nous voudrions briĂšvement examiner ici. Il va de soi que nous n’avons nullement l’ambition de fournir, en ce court aperçu, une solution gĂ©nĂ©rale du problĂšme de la constance des grandeurs. Mais les quelques faits dont nous allons donner la description suffisent peut-ĂȘtre Ă  montrer comment l’intervention des processus de « rĂ©gulations », dans la construction de cette cĂ©lĂšbre constance, peut ĂȘtre influencĂ©e par les erreurs systĂ©matiques Ă©tudiĂ©es prĂ©cĂ©demment et notre ambition se borne Ă  cela.

§ 1. Position du problÚme

On sait, en effet, comment se pose aujourd’hui le problĂšme des constances. Contrairement aux essais classiques d’explication empirique de la constance en profondeur, qui s’accordaient, indĂ©pendamment de la variĂ©tĂ© des mĂ©canismes invoquĂ©s, sur l’hypothĂšse d’une acquisition graduelle, les gestaltistes ont cherchĂ© Ă  dĂ©montrer que cette constance est assurĂ©e de maniĂšre permanente par des « lois d’organisation » communes Ă  tous les Ăąges. C’est ainsi que H. Frank et Burzlaff ont Ă©tabli l’existence, chez l’enfant (et H. Frank Ă  11 mois dĂ©jĂ ) de la capacitĂ© de juger plus grands des objets Ă©loignĂ©s, dont l’image rĂ©tinienne est plus petite que celle d’objets rapprochĂ©s mais de dimensions infĂ©rieures 1. La grandeur de l’objet serait donc Ă©valuĂ©e Ă  distance en fonction d’une structuration immĂ©diate de l’ensemble du champ perceptif, et sans que cette structuration donne lieu Ă  une construction progressive avec l’ñge. En opposition avec de tels rĂ©sultats, d’autres travaux expĂ©rimentaux ont mis en Ă©vidence une Ă©volution avec l’ñge. Beyrl 2, d’une part, et Burzlaff 3 lui-mĂȘme, lors des comparaisons deux Ă  deux, ont montrĂ© sur des enfants d’ñge scolaire que si l’on trouvait Ă  tous les niveaux des sujets parvenant Ă  la constance au mĂȘme degrĂ© que l’adulte, il fallait nĂ©anmoins attendre l’ñge de 10 ans pour que ce degrĂ© soit atteint selon les mĂȘmes pourcentages, la grande majoritĂ© des cas tĂ©moignant donc d’une Ă©laboration graduelle. Quant aux autres cas, on peut naturellement se demander s’il ne s’agit pas simplement d’une construction plus prĂ©coce. En particulier, si H. Frank observe certaines constances Ă  11 mois dĂ©jĂ , rien ne prouve qu’elles n’aient pas Ă©tĂ© construites au cours des 10 premiers mois et nous avons Ă©tĂ© nous-mĂȘmes conduits, par l’observation des comportements de la premiĂšre annĂ©e, Ă  admettre que ni la constance des formes ni celle des dimensions de l’objet n’échappaient Ă  la nĂ©cessitĂ© d’une construction vĂ©ritable, au cours de stades dont l’ñge de 11 mois caractĂ©rise le cinquiĂšme dĂ©jà 4 !

En prĂ©sence des contradictions de l’expĂ©rience, il faut naturellement supposer que chaque type de rĂ©sultats est relatif Ă  une technique dĂ©terminĂ©e et c’est ce que Burzlaff, dĂ©jĂ , a bien mis en Ă©vidence pour les deux sortes de rĂ©sultats qu’il a pu recueillir. Mais encore convient-il de distinguer deux questions. Il y a d’abord les cas oĂč le mĂ©canisme perceptif que l’on cherche Ă  atteindre dans l’expĂ©rience est faussĂ© par l’intervention d’autres facteurs que l’on aurait pu Ă©liminer. C’est ainsi que Beyrl qui a repris les expĂ©riences de Mlle Frank, en trouvant une constance beaucoup moins bonne, attribue les rĂ©sultats de cette psychologue Ă  une erreur de mĂ©thode : H. Frank commence par dresser ses sujets sur la boĂźte la plus grande, puis, au lieu de placer celle-ci tantĂŽt en avant tantĂŽt en arriĂšre, elle la prĂ©sente constamment dans cette seconde position, une sorte de conditionnement « arriĂšre » venant alors fausser le conditionnement « grandeur ». Lorsque, au contraire, on prend la prĂ©caution de mettre la grande boĂźte successivement dans les deux positions, ces deux conditionnements interfĂšrent et la constance est nettement infĂ©rieure. Mais, en second lieu, lorsque de telles erreurs techniques sont Ă©vitĂ©es et que l’on atteint ainsi les mĂ©canismes perceptifs eux-mĂȘmes, il reste que les rĂ©sultats diffĂšrent selon les techniques, et c’est le mĂ©rite de Burzlaff d’avoir mis ce phĂ©nomĂšne fondamental en lumiĂšre.

Beyrl a fait comparer Ă  ses sujets deux objets seulement Ă  la fois (« comparaisons singuliĂšres ») et en les disposant Ă  la hauteur du regard. Il trouve ainsi entre 4 et 7 ans, pour un cube modĂšle de 7,5 cm de cĂŽtĂ© des estimations moyennes de 8,010 ; 8,105 ; 8,082 et de 7,345 soit une lĂ©gĂšre Ă©volution, le cube Ă©loignĂ© Ă©tant d’abord vu plus petit et l’estimation se corrigeant avec l’ñge. Avec la mĂȘme technique, mais en fixant le regard Ă  20-30 cm au-dessus de la table (ce qui assure une meilleure visibilitĂ©), Burzlaff retrouve une amĂ©lioration graduelle des comparaisons singuliĂšres avec l’ñge, donnant de 4 Ă  7 ans les moyennes de 7,83 ; 7,78 ; 7,72 et 7,65. Par contre, si, au lieu de procĂ©der par comparaisons singuliĂšres, on prĂ©sente au sujet des objets sĂ©riĂ©s, le rĂ©sultat est tout autre. Burzlaff dispose Ă  cet Ă©gard de deux sĂ©ries identiques de 13 cubes (en papier blanc comme dans les comparaisons singuliĂšres) diffĂ©rant entre eux de 0,5 cm de cĂŽtĂ©. La sĂ©rie B est placĂ©e Ă  4 m, les Ă©lĂ©ments ordonnĂ©s en ordre croissant de droite Ă  gauche sur une table, et la sĂ©rie A est en dĂ©sordre sur une table semblable Ă  1 m (mĂȘmes distances que pour les comparaisons singuliĂšres). En ce cas, la comparaison entre un Ă©lĂ©ment donnĂ© de A et le terme correspondant de la sĂ©rie B n’évolue pas avec l’ñge. Pour le cube de 7,5 les rĂ©sultats sont, entre 4 et 7 ans, de 7,41 ; 7,51 ; 7,45 et 7,46 et pour celui de 6,5 de 6,56 ; 6,54 ; 6,57 et 6,57. Il y a donc pratiquement constance.

Il existe ainsi une diffĂ©rence remarquable entre les deux mĂ©thodes. Elle est en moyenne, pour les rĂ©sultats obtenus entre 4 et 7 ans, de 0,42 ; 0,27 ; 0,27 et 0,19. En outre, fait capital, l’étendue du seuil diffĂšre notablement selon la technique des comparaisons singuliĂšres et la technique des sĂ©ries. Dans le premier cas, le seuil se rĂ©trĂ©cit, de 4 Ă  7 ans, selon les moyennes de 1,41 ; 1,35 ; 1,15 et 1,01. Aux mĂȘmes Ăąges l’étendue du seuil varie entre 0,14 et 0,20 pour les cubes de 7,5 et de 6,5 cm. Cela se trouve confirmĂ© par le fait que les rĂ©ponses « égal » ne varient guĂšre de nombre avec l’ñge dans la mĂ©thode de la sĂ©riation tandis que ce nombre dĂ©croĂźt avec l’ñge pour les comparaisons singuliĂšres.

Burzlaff conclut que selon la mĂ©thode utilisĂ©e il y a Ă©volution avec l’ñge ou pas d’évolution (l’auteur ne nous dit d’ailleurs pas ce qui se produit avant 4 ans !) Quant Ă  la raison de cette opposition Ă©tonnante, il la trouve dans le systĂšme des interprĂ©tations « gestaltistes ». Dans le cas des modĂšles prĂ©sentĂ©s en sĂ©rie, il y a « configuration » d’ensemble du champ perceptif, tandis que dans celui des comparaisons isolĂ©es il n’y a pas configuration : il est donc naturel que dans le premier cas les Ă©valuations soient correctes et que la constance en profondeur rĂ©sulte sans plus de l’organisation du champ total, sans donner prise Ă  une Ă©volution avec l’ñge, tandis que l’absence de configuration explique le contraire. Burzlaff ajoute mĂȘme que, dans la rĂ©alitĂ©, il y a toujours configuration, Ă  cause des nombreux systĂšmes de rĂ©fĂ©rence qu’utilise la perception en profondeur : il y a donc « en rĂ©alité » constance et non-Ă©volution, les faits de comparaisons isolĂ©es et d’évolution avec l’ñge ne constituant que des produits artificiels de laboratoire.

Notons en outre que l’opposition entre les comparaisons isolĂ©es et les comparaisons avec sĂ©ries paraĂźt ĂȘtre un phĂ©nomĂšne gĂ©nĂ©ral, qui dĂ©borde le cas de la constance des grandeurs. Dans le domaine des couleurs, la situation est exactement la mĂȘme. Alors que Katz avait Ă©tabli, avec la prĂ©cision expĂ©rimentale qu’on lui connaĂźt, l’existence de la constance des couleurs dĂšs 4 ans, et niait donc toute Ă©volution Ă  son sujet, Brunswick obtenait au contraire, avec la prĂ©cision qu’on lui connaĂźt Ă©galement, une Ă©volution depuis l’ñge de 3 ans et durant jusque vers 10 ans. Burzlaff, Ă  qui Katz avait proposĂ© de reprendre le problĂšme, a trouvĂ© des rĂ©sultats divergents, selon les quatre mĂ©thodes qu’il a utilisĂ©es et Ă©tudiĂ©es tour Ă  tour. Or, ici encore, il y a Ă©volution dans le seul cas des comparaisons isolĂ©es, tandis que l’enfant rĂ©agit comme l’adulte avec les trois autres mĂ©thodes, qui font intervenir des configurations d’ensembles (Ă©chelles de 48 gris, le problĂšme Ă©tant de savoir si le sujet percevra l’égalitĂ© objective de deux gris dont l’un est Ă©clairĂ© et l’autre dans une pĂ©nombre). L’existence d’une sĂ©riation affine donc la perception dans le cas des couleurs comme dans celui des grandeurs.

Or, si l’on compare les rĂ©sultats ainsi obtenus pour la perception des grandeurs vues en profondeur avec ceux dont nous avons donnĂ© la description dans l’article prĂ©cĂ©dent, pour la comparaison visuelle des grandeurs dans le plan, on est naturellement conduit Ă  se poser deux questions : quelles sont les relations entre les comparaisons isolĂ©es et la sĂ©riation comme telle dans ce que Burzlaff appelle « configuration » (Gliederung) et quel est le rĂŽle Ă©ventuel des rapports du mesurant et du mesurĂ© dans les comparaisons en profondeur ?

Sur le premier point, Burzlaff est portĂ© Ă  nĂ©gliger l’importance des comparaisons isolĂ©es, comme s’il s’agissait d’une situation artificielle et comme si la rĂ©alitĂ© prĂ©sentait toujours une configuration conduisant Ă  des constances indĂ©pendantes de l’ñge. Mais, outre le fait que nous ne savons rien de l’existence de ces constances dans « la rĂ©alité » et les connaissons de façon prĂ©cise par les seules vĂ©rifications en laboratoire, Brunswick a dĂ©jĂ  rĂ©pondu que les comparaisons isolĂ©es sont des faits comme des autres. Or, si l’analyse que nous venons de tenter de la comparaison dans le plan correspond Ă  un schĂ©ma gĂ©nĂ©ral, nous pouvons supposer qu’entre ces faits et ceux que l’on observe en cas de configuration sĂ©riale il existe une continuitĂ© rĂ©elle et non pas une discontinuitĂ© aussi radicale que le voudrait Burzlaff. Nous avons Ă©galement constatĂ©, pour les comparaisons dans le plan, un rĂ©trĂ©cissement du seuil d’égalitĂ©, en cas de sĂ©riation, mais avons vu combien cet affinement de la perception rĂ©sulte alors d’une compensation graduelle des comparaisons successives, dont chacune peut ĂȘtre conçue comme une comparaison de deux termes analogue en cela aux comparaisons « isolĂ©es ». Lorsque deux termes seulement sont comparĂ©s entre eux, l’un dĂ©forme l’autre, voilĂ  le fait gĂ©nĂ©ral : mais, si le « dĂ©formant » est lui-mĂȘme « dĂ©formé » par un troisiĂšme terme, et ainsi de suite au grĂ© des fixations du regard, la marche la plus probable devient celle qui conduit Ă  la compensation. Dans le cas d’une sĂ©riation proprement dite, cette compensation est sans doute maximum, mais rien n’empĂȘche que parmi toutes les « configurations » possibles prĂ©sentĂ©es par « la rĂ©alité » il n’y ait tous les intermĂ©diaires entre cette compensation et la dĂ©formation inhĂ©rente aux comparaisons isolĂ©es, y compris les cas moins probables mais toujours possibles de dĂ©formations cumulatives. Il s’agit donc, dans le problĂšme des perceptions en profondeur, de dĂ©terminer le rĂŽle, non plus de la « configuration » en gĂ©nĂ©ral, mais de la sĂ©riation comme telle et de ses mĂ©canismes de compensation rĂ©gulative, pour voir si le rĂŽle sera analogue, en profondeur, Ă  ce qu’il est dans le plan. Nous nous proposons d’étudier plus tard cette question fondamentale et n’y reviendrons pas dans le prĂ©sent article.

Mais, avant de pouvoir analyser ces analogies Ă©ventuelles de la comparaison sĂ©riale en profondeur et dans le plan, il faut au prĂ©alable chercher Ă  rĂ©soudre la deuxiĂšme des questions que nous soulevions Ă  l’instant : parmi les facteurs expliquant la diversitĂ© des rĂ©sultats obtenus dans l’étude des constances en profondeur, ne faut-il pas faire intervenir l’erreur systĂ©matique due Ă  la dualitĂ© de fonctions du mesurant et du mesuré ? Cette erreur systĂ©matique, dont nous avons observĂ© les variations pour diverses valeurs de l’écart transversal, n’intervient-elle pas nĂ©cessairement aussi dans les comparaisons en profondeur ? C’est Ă  ce problĂšme exclusivement que nous consacrerons le prĂ©sent article.

Notons d’abord, combien il est surprenant que les auteurs n’aient pas Ă©tudiĂ© (du moins Ă  notre connaissance) cette erreur systĂ©matique du mesurant, alors qu’ils ont analysĂ©, avec une patience et une subtilitĂ© admirables, une foule d’autres facteurs susceptibles d’interfĂ©rer avec les mĂ©canismes principaux de la perception en profondeur. Martius dĂ©jà 5 avait signalĂ© une relation entre la constance de la grandeur et les dimensions absolues du comparant, et Burzlaff qui relate la chose, remarque lui-mĂȘme une diffĂ©rence de constance entre les cubes de 7,5 et de 6,5 de cĂŽté : ce dernier n’atteignant jamais la constance idĂ©ale Ă  aucun des Ăąges, Burzlaff en conclut que chaque modĂšle (mesurant) est soumis, comme Ă©lĂ©ment de la sĂ©rie, Ă  une influence spĂ©cifique de la configuration totale, influence dĂ©pendant elle-mĂȘme de la grandeur absolue de l’élĂ©ment. Parmi les Ă©lĂšves de Brunswick, B. E. Holaday Ă©tudie la constance des grandeurs de cubes ou de carrĂ©s sous l’influence de diverses attitudes psychiques en plus de 28 conditions expĂ©rimentales distinctes 6. S. Klimpfinger 7 analyse spĂ©cialement l’effet de l’attitude intentionnelle et de l’exercice sur la constance des formes (malheureusement pas des grandeurs) et trouve une amĂ©lioration trĂšs nette soit vers la constance idĂ©ale soit vers la limite projective (infĂ©rieure). Mais si tous les facteurs ainsi Ă©tudiĂ©s jouent un rĂŽle important (et l’on ne saurait ĂȘtre trop prudent, en particulier, en ce qui concerne l’influence des rĂ©pĂ©titions et de l’exercice involontaire lors de multiples mesures successives), aucun ne se confond cependant avec l’erreur systĂ©matique du mesurant et du mesurĂ© analysĂ© dans notre prĂ©cĂ©dent article. Or, lorsque le sujet compare la variable Ă  un Ă©talon, ou mĂȘme avec Burzlaff et Frank Ă  un ensemble d’étalons sĂ©riĂ©s, il va de soi que les surestimations ou les sous-estimations Ă©ventuelles rĂ©sultant de cette situation peuvent interfĂ©rer, selon toutes les combinaisons, avec les effets de la profondeur.

Bien plus, l’erreur systĂ©matique provenant de la dualitĂ© fonctionnelle entre le mesurant et le mesurĂ© dĂ©pend elle-mĂȘme, comme nous l’avons vu, de l’écart transversal sĂ©parant ces deux termes. Quelle est donc l’influence de cet Ă©cart dans les comparaisons en profondeur ? Paul Guillaume a supposé 8 que les rĂ©sultats diffĂ©raient selon que les objets Ă  comparer Ă©taient situĂ©s dans la mĂȘme direction du regard ou dans des directions opposĂ©es. Mais nous ne sommes pas renseignĂ©s sur les effets prĂ©cis de cet Ă©cart latĂ©ral, et surtout, on n’a pas remarquĂ© sa liaison avec ceux de la dualitĂ© du mesurant et du mesurĂ©.

Bref, les résultats que nous avons obtenus dans le domaine des comparaisons à distance dans le plan nous paraissent conduire à deux sortes de considérations nouvelles en ce qui concerne la question de la constance en profondeur, les unes relatives à la technique des expériences et les autres à la position théorique du problÚme.

Pour ce qui est des techniques adoptĂ©es, il est parfaitement possible, comme l’a prĂ©vu Guillaume, qu’il intervienne une erreur systĂ©matique si les objets Ă  comparer Ă  diffĂ©rentes profondeurs sont situĂ©s dans la mĂȘme direction du regard avec un faible Ă©cart entre eux. Mais cette erreur pouvant ĂȘtre maintenant dĂ©terminĂ©e avec quelque prĂ©cision, il suffira de faire la part, dans les effets bruts en profondeur, des effets de l’écart transversal pour obtenir les effets nets de la troisiĂšme dimension. Seulement, il est illusoire de penser qu’en augmentant les distances transversales entre les objets Ă  comparer en profondeur, jusqu’à disposer les termes en des directions diffĂ©rentes du regard, on Ă©chappera aux facteurs d’effet transversal : on modifiera simplement les seuils d’égalitĂ©, mais on provoquera Ă©galement des erreurs systĂ©matiques, dont il faudra aussi bien tenir compte que de prĂšs, quels que soient leur sens et leur intensitĂ©. De telles expĂ©riences sont donc Ă  reprendre, en dĂ©terminant avec soin tous les facteurs en jeu, parce qu’il est impossible, Ă  n’importe quelles distances, d’éviter l’influence de l’écart transversal. La question est mĂȘme beaucoup plus profonde, puisqu’il s’agit, en derniĂšre analyse, de savoir si, dans les comparaisons en profondeur comme dans les comparaisons dans le plan, l’existence d’un Ă©talon est susceptible de provoquer des erreurs systĂ©matiques : il suffirait alors que le sujet, comparant les objets Ă©loignĂ©s aux Ă©lĂ©ments proches, prenne les uns ou les autres comme Ă©talons pour qu’il les surestime systĂ©matiquement et puisse ainsi parvenir Ă  des rĂ©sultats corrects en apparence quant Ă  la constance en profondeur. La question de la perception des grandeurs selon la troisiĂšme dimension se pose donc en termes techniques nouveaux et il serait prudent de la reprendre dans son ensemble.

Pour ce qui est de la position thĂ©orique du problĂšme, il nous semble qu’il en est de mĂȘme dans la mesure oĂč toute comparaison repose sur des transports et sur leurs rĂ©gulations. C’est une antithĂšse certainement trop facile que d’opposer simplement des lois d’organisation permanentes et indĂ©pendantes de l’expĂ©rience acquise Ă  une construction conçue sur le mode empiriste de l’apprentissage passif en fonction du milieu. Certes il y a des lois d’organisation Ă  tous les niveaux, mais cette organisation peut se transformer sous la double influence d’une tendance interne Ă  l’équilibre et de l’expĂ©rience. Quant au rapport entre ces deux influences, la notion de groupement opĂ©ratoire (terme limite des rĂ©gulations perceptives) permet prĂ©cisĂ©ment de le concevoir sans retomber dans l’alternative : acquisition ou innĂ©itĂ©. Demander si la perception de la troisiĂšme dimension est acquise ou innĂ©e, par exemple, ce sera rechercher, non pas si les premiers rapports perçus en profondeur ont Ă©tĂ© imposĂ©s par les faits extĂ©rieurs ou par les lois du mĂ©canisme perceptif hĂ©rĂ©ditaire — question sans signification, du moins actuellement — mais comment ces premiers rapports en sont venus Ă  se complĂ©ter et Ă  se prĂ©ciser jusqu’à aboutir Ă  des estimations relativement constantes : or, mĂȘme si les formes initiales de tels rapports en profondeur donnent lieu Ă  toutes sortes de corrections en fonction de l’expĂ©rience, il reste que leurs coordinations progressives se rapprochent de plus en plus de ces systĂšmes d’ensemble Ă  composition bien dĂ©terminĂ©e et rĂ©versible qui se traduiront gĂ©omĂ©triquement en un « groupe ». Le vrai problĂšme est alors d’atteindre le mĂ©canisme de cette coordination. À cet Ă©gard, les Ă©carts possibles entre l’enfant et l’adulte ou entre les rĂ©sultats d’une technique et ceux d’une autre technique seront infiniment plus instructifs que l’affirmation ou la nĂ©gation globales de la permanence des estimations. En effet, si la forme permanente d’équilibre est atteinte au terme du dĂ©veloppement et non pas prĂ©supposĂ©e en ses formes primitives, les constances perceptives apparaĂźtront comme l’expression d’une organisation graduelle bien plus dĂ©licate que si elle Ă©tait immuable, et d’une organisation telle que le mĂ©canisme perceptif interne et l’expĂ©rience externe se rapprochent progressivement l’un de l’autre au lieu de soutenir Ă  chaque niveau du dĂ©veloppement les mĂȘmes relations entre eux. C’est de ce point de vue gĂ©nĂ©ral que la traduction des questions d’estimations en profondeur en termes de comparaisons perceptives, c’est-Ă -dire de transports, de rapports entre le mesurant et le mesurĂ©, d’erreurs systĂ©matiques et de compensations, peut ĂȘtre instructive et dĂ©passe l’antithĂšse devenue banale des lois d’organisation et de l’acquisition : une construction par rĂ©gulations progressives est toujours Ă  la fois organisation et acquisition et il n’y a pas de raison de poser la question des constances en profondeur de façon diffĂ©rente et privilĂ©giĂ©e par rapport aux problĂšmes de l’évolution des perceptions en gĂ©nĂ©ral.

§ 2. La technique adoptée

Nous avons travaillĂ© dans la mĂȘme chambre, avec le mĂȘme Ă©clairage, sur la mĂȘme table, avec le mĂȘme fond et les mĂȘmes objets que lors des expĂ©riences dĂ©crites dans l’article prĂ©cĂ©dent (voir sect. II, § 1). La technique a Ă©tĂ© identique aussi, mais nous avons pris soin de noter l’ordre chronologique des rĂ©ponses. L’unitĂ© d’échelon a Ă©tĂ© de 0,5 cm.

Quatre situations différentes ont été étudiées (toujours en une seule séance) :

Situations 1 et 2. — Les objets sont situĂ©s aux deux extrĂ©mitĂ©s de la table, Ă  3 m l’un de l’autre et tous deux sur le bord distal, afin de se dĂ©tacher directement contre le fond constituĂ© par la paroi. Le sujet est assis en face de l’un des objets, contre le bord proximal de la table. Il est Ă  environ 80 cm de l’objet proche, et comme les deux objets sont distants de 3 m, il est donc Ă  environ √ 80^2 × 300^2 = 310 cm de l’objet Ă©loignĂ© (les deux objets et le sujet constituant les trois angles d’un triangle rectangle). Le sujet est donc obligĂ© de dĂ©placer le regard pour comparer les deux objets. Mais Ă  la diffĂ©rence des situations du chapitre prĂ©cĂ©dent, dans lesquelles le sujet Ă©tait Ă  Ă©gale distance des deux objets l’écart transversal Ă©tant alors de 3 m, il n’a, dans les prĂ©sentes situations, Ă  parcourir du regard qu’une distance angulaire moins grande (au lieu d’ĂȘtre situĂ© au sommet d’un triangle isocĂšle de 3 m ; 1 m 80 et 1 m 80 de cĂŽtĂ©s, il est en effet placĂ© au sommet du triangle rectangle dĂ©crit Ă  l’instant) : bien que les objets soient sĂ©parĂ©s par une distance objective de 3 m et, que l’objet Ă©loignĂ© soit Ă  3 m 10 du sujet (en profondeur), l’écart transversal, du point de vue occupĂ© par le sujet, correspond Ă  environ 1 m d’écart dans le plan (1 m = base du triangle isocĂšle de 0,80 m de cĂŽtĂ©s Ă©gaux, dont le sujet occuperait le sommet).

Dans la situation 1 le modĂšle constant ou Ă©talon est proche et les variables sont Ă©loignĂ©es, et dans la situation 2 ce sont les variables qui sont Ă  0,80 m du sujet et l’étalon Ă  3 m 10.

Situations 3 et 4. —  Le sujet est assis cette fois Ă  l’extrĂ©mitĂ© de la table dans le grand axe de celle-ci (face Ă  l’un des petits cĂŽtĂ©s). Les objets sont situĂ©s Ă  peu prĂšs dans ce grand axe, avec un Ă©cart transversal d’environ 5 cm. L’objet proche est Ă  environ 70 Ă  80 cm du sujet et l’objet Ă©loignĂ© est Ă  3 m en arriĂšre du premier. L’objet proche du sujet est Ă  droite du plan mĂ©dian du sujet (grand axe de la table) et l’objet Ă©loignĂ© Ă  gauche de ce plan.

Dans la situation 3 c’est le modĂšle ou Ă©talon qui est Ă  0,80 cm (proche) et les variables qui sont Ă©loignĂ©es, tandis que dans la situation 4 l’étalon est distant et les variables proches. La situation 3 reprĂ©sente donc la situation classique des auteurs qui ont expĂ©rimentĂ© sur la constance en profondeur et la situation 4 constitue le dispositif inverse. (Les situations 1 et 2 reprĂ©sentent une disposition intermĂ©diaire entre celles des expĂ©riences dĂ©crites dans l’article prĂ©cĂ©dent et la situation type d’analyse de la constance des grandeurs.)

Ajoutons que dans ces 4 situations (comme dans celle de la comparaison en plan) les sujets ont le regard environ Ă  mi-hauteur des objets (cette condition Ă©tant assurĂ©e par le rĂ©glage d’un siĂšge mobile). Dans les situations 3 et 4 oĂč l’objet ne se dĂ©tache pas contre la paroi, c’est la table qui fait fond pour l’objet proche. Mais comme l’objet Ă©loignĂ© se trouverait alors sur un fond hĂ©tĂ©rogĂšne, nous ajoutons un Ă©cran de mĂȘme teinte sur lequel il se dĂ©tachera entiĂšrement, Ă©tant placĂ© sur le bord extrĂȘme de la table (pour que sa perception ne soit pas coupĂ©e en deux).

ReprĂ©sentation graphique du rĂ©sultat brut de l’erreur systĂ©matique dans les situations 1 à 4.
Le schĂ©ma de l’expĂ©rience est reprĂ©sentĂ© en plan. Les points reprĂ©sentent l’emplacement des objets sur le plateau de comparaison (rectangle). M = modĂšle ou Ă©talon. V = variable. Les flĂšches indiquent l’emplacement et la direction du regard du sujet (S).
Le résultat est représenté en élévation dans la direction du regard du sujet. M, V, comme ci-dessus.

Les dispositifs 1-4 sont donc destinĂ©s Ă  l’analyse des influences Ă©ventuelles de l’écart transversal sur la constance en profondeur. Les auteurs, n’ayant pas remarquĂ© l’existence d’une erreur systĂ©matique liĂ©e Ă  cet Ă©cart, nĂ©gligent en gĂ©nĂ©ral de spĂ©cifier quel a Ă©tĂ© l’écart transversal intervenant dans leurs expĂ©riences. Or, si cet Ă©cart est facile Ă  prĂ©ciser dans le cas des comparaisons en plan, il est beaucoup plus malaisĂ© de le dĂ©finir tel qu’il apparaĂźt au sujet lorsque les objets Ă  comparer sont situĂ©s Ă  des profondeurs diffĂ©rentes. GĂ©omĂ©triquement, elle est fonction d’une ouverture d’angle. Mais, subjectivement, elle perd toute signification dans les situations 3 et 4 parce qu’en fixant l’étalon le sujet voit la variable dĂ©doublĂ©e et rĂ©ciproquement, chaque Ă©lĂ©ment changeant d’autre part lĂ©gĂšrement de grandeur du fait de l’accommodation. Dans les situations 3 et 4 l’écart transversal n’a donc rien de constant et varie selon que le sujet accommode sur l’objet proche ou l’objet Ă©loignĂ©. Comme il est obligĂ© de faire cette accommodation, ou plus prĂ©cisĂ©ment comme elle s’effectue spontanĂ©ment du fait que les deux objets ne peuvent ĂȘtre perçus simultanĂ©ment Ă  l’état de nettetĂ©, et que la comparaison entraĂźne le mĂ©canisme de vision distincte avec elle, la distance transversale qui sĂ©pare les deux objets apparaĂźtra plus petite (5 cm environ) lorsque le regard fixera l’objet proche et plus grande (23 cm environ) lorsqu’il centrera l’objet Ă©loignĂ©. Si l’on peut dire en gros que l’écart transversal est de 0,05 Ă  0,23 m dans les situations 3 et 4 et de 1 cm dans les situations 1 et 2 il ne s’agit donc lĂ  que d’indications trĂšs approximatives : du moment qu’il y a modification de la grandeur apparente des objets en profondeur il en va de mĂȘme pour les distances transversales formant intervalles.

§ 3. Les résultats obtenus

Les expĂ©riences 1 à 4 ont Ă©tĂ© faites sur 8 enfants de 5-6 ans, 8 enfants de 6-7 ans, 8 enfants de 7-8 ans, soit en tout 24 enfants et sur 14 adultes. En outre, la situation 3, qui fournit sans doute le plus grand contraste entre les enfants et les adultes, a Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©e Ă  part, pour contrĂŽle, sur 12 autres adultes et 12 autres enfants (dont 6 de 5-6 ans et 6 de 6-7 ans). PrĂ©cisons encore qu’à tout Ăąge la moitiĂ© de ces cas ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©s dans l’ordre des situations 1, 2, 3, 4, et l’autre moitiĂ© dans l’ordre 2, 1, 4, 3, de façon Ă  Ă©viter les effets de succession (les deux ordres suivis ont d’ailleurs donnĂ© des rĂ©sultats sensiblement Ă©gaux).

Or, quelles que soient les valeurs envisagĂ©es, le rĂ©sultat constant de ces examens a Ă©tĂ© que l’estimation en profondeur se trouve Ă  tous les Ăąges modifiĂ©e par la position proche ou Ă©loignĂ©e de l’étalon. En d’autres termes, la situation 2 donne toujours un rĂ©sultat diffĂ©rent de la situation 1 et la situation 4 de la situation 3 bien que les distances entre les objets, ou entre le sujet et les objets, soient les mĂȘmes respectivement en 1 et 2 ainsi qu’en 3 et 4.

Cette influence des rĂŽles du mesurant et du mesurĂ© se pressent dĂ©jĂ  en ce qui concerne les seuils d’égalité :

Tableau I. Moyennes des seuils d’égalité 9
Situations 1 2 3 4 1 + 2 3 + 4 1 + 3 2 + 4
5-6 ans 8,10 5,60 11,25 5,00 6,85 8,1 9,65 5,30
6-7 ans 10,60 9,35 5,00 9,35 9,95 7,15 7,80 9,35
7-8 ans 6,25 8,10 3,75 6,85 7,15 5,30 5,00 7,45
Enfants (5-8 ans) 8,31 7,68 6,66 7,06 7,95 6,85 7,45 7,35
Adultes 1,40 2,65 3,75 3,90 2,02 3,82 2,55 3,25

Mais elle devient Ă©vidente en ce qui concerne les moyennes algĂ©briques des erreurs systĂ©matiques, leurs frĂ©quences selon les signes + − et 0 et leurs moyennes arithmĂ©tiques :

Tableau II. Moyenne algébrique des erreurs systématiques 10
Situations 1 2 3 4 1 + 2 3 + 4 1 + 3 2 + 4
5-6 ans 4,05 5,30 8,75 0,60 4,65 4,65 6,40 2,95
6-7 ans 8,45 2,50 5,00 8,10 5,04 6,05 6,70 5,03
7-8 ans 4,35 5,90 2,15 0,00 5,01 1,05 3,25 2,95
Enfants (5-8 ans) 5,60 4,55 5,30 2,90 5,00 4,05 5,45 3,70
Adultes −1,25 6,15 −2,50

11,95

(9,00)

2,45

4,70

(3,25)

−1,85

9,02

(7,55)

Tableau III. Fréquence des erreurs systématiques 11
Situations 1 2 3 4
+ 0 − + 0 − + 0 − + 0 −
5-6 ans (sur 8) 7 1 0 7 1 0 6 1 1 4 2 2
6-7 ans (sur 8) 6 0 2 4 4 0 6 2 0 5 2 1
7-8 ans (sur 8) 7 1 0 6 1 1 4 3 1 3 4 1
Enfants (5-8 ans) en % 83 8,5 8,5 71 24 5 67 25 8 50 33 17
Adultes en % 43 50 7 71 19 0 36 57 7 86 0 14
Tableau IV. Moyenne arithmétique des erreurs systématiques
Situations 1 2 3 4 1 + 2 3 + 4 1 + 3 2 + 4
5-6 ans 5,90 7,15 9,05 5,60 6,50 7,30 7,45 6,35
6-7 ans 8,45 6,85 10,60 10,60 7,65 10,60 9,50 8,70
7-8 ans 6,25 6,55 4,65 5,00 6,40 4,80 5,45 5,75
Enfants (5-8 ans) 6,85 6,85 8,10 7,05 6,85 7,50 7,45 6,90
Adultes 5,85 9,35 5,60

11,95

(9,00)

7,60

8,75

(7,80)

5,70

10,65

(9,15)

De ces tableaux ressort, comme on le voit, un fait fondamental : c’est que selon les situations 1 et 3 ou 2 et 4, c’est-Ă -dire selon que l’étalon est proche ou Ă©loignĂ©, l’erreur systĂ©matique en profondeur apparaĂźt toute diffĂ©rente. Chez l’adulte, en particulier l’erreur systĂ©matique change de signe selon ces deux couples de situations. Cherchons donc Ă  Ă©valuer par une nouvelle mesure, les renversements de l’erreur systĂ©matique qui se produisent lorsque le sujet passe de la situation 1 Ă  la situation 2, ou de la situation 3 Ă  la situation 4 (quel que soit l’ordre effectif des expĂ©riences). Exprimons par zĂ©ro le renversement complet (+ x − x = 0), par > 0 les renversements incomplets ou partiels et par < 0 ce que l’on pourrait appeler les surrenversements. Dans le cas des sujets qui, en situations 1 ou 3, marquent une erreur systĂ©matique dĂ©jĂ  nĂ©gative, il est clair que le renversement complet transforme alors l’erreur systĂ©matique en erreur positive dans les situations 2 et 4. Pour conserver son sens Ă  l’expression du renversement nous ferons donc prĂ©cĂ©der nos calculs, dans ces cas particuliers, du signe −. P. ext. − 1 en (1) ou (3) et + 2 en (2) ou (4) donneront alors − 1 et non pas + 1, soit un surrenversement et non pas un renversement imparfait.

Voici les résultats de ce mode de calcul :

Tableau V. Moyennes algébriques des renversements Fréquences en % des renversements
Situations 1-2 3-4 1-2 3-4
+ − 0 + − 0
5-6 ans + 10,0 + 10,5 100 0 0 87 0 13
6-7 ans + 11,0 + 12,8 75 25 0 87 13 0
7-8 ans + 10,5 + 4,0 87 0 13 75 25 0
Enfants (5-8 ans) + 10,5 + 9,1 88 8 4 83 13 4
Adultes − 1,85 − 0,60 36 50 14 50 36 14

Au total (sit. 1-2 et 3-4), on a les fréquences suivantes (en %) :

Enfants (5-8 ans) 85 (+) 11 (−) 4 (0)
Adultes 43 (+) 43 (−) 14 (0)

Enfin, notons encore qu’au cours des mesures successives exigĂ©es par la dĂ©termination des seuils pour une situation donnĂ©e, on assiste Ă  la fois Ă  une diminution graduelle de l’extension du seuil et Ă  un abaissement progressif de la valeur de l’erreur systĂ©matique (d’oĂč la nĂ©cessitĂ© de tenir compte de l’ordre chronologique des rĂ©actions) :

Tableau VI. RĂ©trĂ©cissement et dĂ©placements du seuil entre les dĂ©buts de l’expĂ©rience et les environs de la dixiĂšme mesure 12
Seuils d’égalité :
Situations 1 2 3 4
Mesures Début 5° 10° Début 5° 10° Début 5° 10° Début 5° 10°
Enfants (5-8 ans) 13,50 10,80 8,70 11,25 9,35 7,80 10,65 9,35 7,90 12,90 10,30 7,70
Adultes 3,30 2,30 2,00 5,00 4,50 4,25 5,00 4,30 4,00 4,65 3,00 2,75
Erreurs systématiques :
Situations 1 2 3 4
Mesures Début 5° 10° Début 5° 10° Début 5° 10° Début 5° 10°

Enfants

(5-8 ans)

7,70 6,75 5,90 4,50 4,50 4,30 5,10 4,45 4,65 1,85 1,75 1,55
Adultes − 0,90 − 1,50 − 1,50 6,00 6,35 8,10 − 4,00 − 3,40 − 4,15 9,60 10,50 11,25

Cela posĂ©, on peut tirer, de ces divers tableaux numĂ©riques, deux sortes de rĂ©sultats : les uns sont indĂ©pendants de l’ñge et du dĂ©veloppement tandis que les autres sont fonction de l’évolution mentale.

I. Les cinq principaux résultats indépendants du développement ont été les suivants :

1. À tous les Ăąges l’erreur systĂ©matique moyenne qui caractĂ©rise l’évaluation en profondeur dans une situation dĂ©terminĂ©e (situation 1-2 ou situation 3-4) change de valeur si l’on intervertit les rĂŽles de mesurant et de mesurĂ© que jouent respectivement les Ă©lĂ©ments Ă  comparer.

Les enfants de 5-8 ans prĂ©sentent p. ex. dans la situation 1 une erreur systĂ©matique de 5,60, c’est-Ă -dire que la variable perçue en profondeur Ă  3 m 10 doit ĂȘtre en moyenne de 0,56 cm plus grande que 10 cm pour ĂȘtre jugĂ©e Ă©gale Ă  un Ă©talon de 10 cm situĂ© Ă  0,80 m du sujet : la variable Ă©loignĂ©e est donc sous-estimĂ©e de 5,60 %. Or, si l’on met l’étalon Ă  la place de cette variable, Ă  3 m 10 du sujet, et la variable Ă  la place de l’étalon, Ă  0,80 m du sujet, l’erreur systĂ©matique tombe Ă  4,55, c’est-Ă -dire que le terme de 10 cm situĂ© Ă  3 m 10 servant cette fois d’étalon n’est plus perçu de la mĂȘme maniĂšre qu’avant et que pour l’égaler, la variable proche doit ĂȘtre augmentĂ©e de 0,45 cm : la variable est donc sous-estimĂ©e de 4,55 % bien que, proche, et l’étalon est surestimĂ© d’autant bien qu’éloigné 13 ! Autre exemple : l’adulte prĂ©sente dans la situation 1 une erreur systĂ©matique de − 1,25 c’est-Ă -dire qu’il faut diminuer de 1,25 mm la variable Ă©loignĂ©e pour qu’il la juge Ă©gale Ă  un Ă©talon proche (autrement dit, il surĂ©value la variable distante). Or, si l’on intervertit les rĂŽles et que l’étalon est placĂ© Ă  distance, l’erreur systĂ©matique change de sens et monte à + 6,15, c’est-Ă -dire qu’une variable proche de 10 cm doit ĂȘtre accrue de 6,15 mm pour ĂȘtre jugĂ©e Ă©gale Ă  l’étalon Ă©loignĂ©.

Or, quels que soient le sens et la valeur de ces dĂ©placements selon les Ăąges (voir tableau V), le rĂ©sultat gĂ©nĂ©ral obtenu dans tous les cas est que la permutation du mesurant et du mesurĂ© modifie l’erreur systĂ©matique : les fonctions de mesurant et de mesurĂ© jouent donc un rĂŽle non nĂ©gligeable dans l’estimation en profondeur.

2. Mais, si l’erreur systĂ©matique observĂ©e Ă  tous les Ăąges varie ainsi selon les positions du mesurant et du mesurĂ©, elle n’est Ă  aucun Ăąge fonction simple de l’écart transversal. En effet, les moyennes algĂ©briques de l’erreur systĂ©matique (tableau II) sont un peu plus fortes chez l’enfant pour le grand Ă©cart transversal (1 + 2 = 5,00) que pour celui de 3-5 cm (3 + 4 = 4,05), mais sans rĂ©gularitĂ© d’un Ăąge Ă  l’autre, et le rapport est inverse chez l’adulte (2,45 et 4,70). Les moyennes arithmĂ©tiques (tableau IV : 1 + 2 = 6,185 et 3 + 4 = 7,50) donnent au contraire, chez l’enfant comme chez l’adulte, une erreur plus grande au total pour le petit Ă©cart transversal que pour le grand mais Ă  nouveau sans rĂ©gularitĂ© notable. Il faut donc constater, et c’est lĂ  un second, rĂ©sultat gĂ©nĂ©ral indĂ©pendant de l’ñge, que si l’erreur systĂ©matique dĂ©pend en partie de l’influence du mesurant et du mesurĂ© la profondeur joue naturellement aussi un rĂŽle dĂ©terminant et que, Ă  profondeurs sensiblement Ă©gales, l’erreur n’est plus proportionnelle Ă  l’écart latĂ©ral.

2 bis. En outre, et ceci aboutit Ă  la mĂȘme conclusion, les erreurs systĂ©matiques, tant pour les situations 3 + 4 (Ă©cart transversal de 4-5 cm) que pour les situations 1 + 2 (Ă©cart transversal d’environ 1 m) se trouvent ĂȘtre beaucoup plus fortes (algĂ©briquement comme arithmĂ©tiquement) que dans le cas des comparaisons en plan avec les mĂȘmes Ă©carts transversaux.

C’est ainsi que chez les enfants les moyennes algĂ©briques de l’e. s. donnent 5,60 et 4,55 pour 1 + 2 alors qu’elles sont en plan de 1,32 − 1,47 pour 1 m d’écart et de 3,17 − 3,34 pour 3 m d’écart transversal. Chez l’adulte les chiffres sont de − 1,25 et 6,15 contre − 0,40 et 1,30. Les moyennes des situations 3 + 4 (Ă©cart de 5 cm) accusent un contraste encore plus frappant : 5,30 et 2,90 chez l’enfant au lieu de − 0,12 Ă  − 0,15 en plan, ou − 2,50 et 11,95 (9,00) chez l’adulte au lieu de 0 ! Les moyennes arithmĂ©tiques donnent lieu aux mĂȘmes constatations.

Il est donc Ă©vident que les erreurs systĂ©matiques observĂ©es traduisent aussi un effet de la vision en profondeur et non pas seulement une influence des rĂŽles du mesurant et du mesurĂ©. Et comme ces erreurs ne sont plus directement proportionnelles Ă  l’écart transversal, il est en outre clair que l’« erreur de l’étalon » et l’erreur en profondeur ne se composent donc pas l’une avec l’autre de façon simplement additive.

3. Quant au sens de l’estimation en profondeur, on constate qu’à tout Ăąge l’élĂ©ment Ă©loignĂ© est surestimĂ© par rapport Ă  l’élĂ©ment proche lorsque le premier joue le rĂŽle de mesurant (= erreur systĂ©matique positive sauf une exception pour 7-8 ans dans la situation 4, oĂč il y a par hasard compensation parfaite). Autrement dit, les situations 2 et 4 donnent toujours lieu Ă  une « surconstance » ou Ă  une constance parfaite en profondeur. Dans les situations 1 et 3, par contre, c’est-Ă -dire lorsque l’étalon est proche et la variable Ă©loignĂ©e en profondeur, les rĂ©sultats cessent d’ĂȘtre communs aux diffĂ©rents Ăąges (= erreurs systĂ©matiques tantĂŽt positives tantĂŽt nĂ©gatives).

3 bis. Ce troisiĂšme rĂ©sultat se retrouve dans la frĂ©quence des « cas de surconstance » (tableau III) : 71 % chez l’enfant et 71 % chez l’adulte pour la situation 2 ; 50 % chez l’enfant et 86 % chez l’adulte pour la situation 4 (tandis que la situation 1 donne 8,5 % chez l’enfant et 50 % chez l’adulte et que la situation 3 aboutit Ă  25 % chez l’enfant et 57 % chez l’adulte).

4. L’examen des seuils d’égalitĂ© donne Ă  tout Ăąge le mĂȘme rĂ©sultat que celui des erreurs systĂ©matiques : modification du seuil lorsque l’on intervertit le mesurant et le mesurĂ© (de 1 à 2 ou de 3 à 4) et indĂ©pendance relative de cette modification par rapport Ă  l’écart latĂ©ral (les seuils moyens sont plus Ă©tendus pour 3-4 que pour 1-2 chez l’adulte et l’inverse chez l’enfant). À tout Ăąge, en outre, les seuils moyens observĂ©s sont plus Ă©tendus que pour l’écart transversal correspondant en plan (5 cm ou 1 m) mais plus faibles que pour un Ă©cart transversal de 3 m en plan.

5. Le seuil d’égalitĂ© (= la diffĂ©rence entre les valeurs extrĂȘmes jugĂ©es Ă©gales Ă  l’étalon) se resserre et s’abaisse en moyenne au cours des expĂ©riences, de telle sorte qu’aprĂšs 10 à 15 mesures on se trouve en prĂ©sence d’autres valeurs qu’au dĂ©but. La technique adoptĂ©e procĂ©dant par approximations concentriques on pourrait croire que ce resserrement du seuil ne tient qu’à l’affinement progressif des mesures. Mais il demeure en partie indĂ©pendant de la technique choisie, car il s’accompagne trĂšs rĂ©guliĂšrement d’un second processus. En effet, au fur et Ă  mesure de son resserrement, le seuil se dĂ©place dans la grande majoritĂ© des cas au cours des expĂ©riences, et cela, dans le sens soit d’une diminution, soit d’une augmentation de l’erreur systĂ©matique. Voici p. ex. un sujet qui, au dĂ©but de l’expĂ©rience, voit les tiges de 11,0 à 11,50 cm Ă©gales Ă  l’étalon de 10 cm : en fin d’expĂ©rience ce sont les tiges de 10,50 à 10,75 qu’il Ă©galise ainsi (resserrement et abaissement du seuil) ; ou encore un sujet voit au dĂ©but comme Ă©gales Ă  l’étalon les tiges de 10,50 à 11,25 cm tandis qu’en fin d’expĂ©rience il ne voit plus comme telles que les tiges de 11,00 à 11,50 (resserrement et Ă©lĂ©vation du seuil).

II. Or, Ă  chacun de ces cinq rapports indĂ©pendants du dĂ©veloppement correspond une transformation en fonction de l’ñge, ou du moins une opposition entre les enfants de 5-8 ans et les adultes :

6. L’évolution des erreurs systĂ©matiques avec l’ñge donne lieu Ă  un phĂ©nomĂšne trĂšs net relatif au mesurant et au mesuré : il y a abaissement des moyennes (arithmĂ©tiques comme algĂ©briques) de l’erreur systĂ©matique pour les situations 1 et 3 (mesurant proche et variables Ă©loignĂ©es) et Ă©lĂ©vation des mĂȘmes moyennes pour les situations 2 et 4 (mesurant Ă©loignĂ© et mesurĂ©s proches).

En effet, pour les situations 1 + 3, la moyenne algĂ©brique des erreurs passe de 5,45 Ă  − 1,85 de l’enfant Ă  l’adulte et la moyenne arithmĂ©tique de 7,45 à 5,70. Pour les situations 2 + 4 au contraire, la moyenne algĂ©brique passe de 3,70 à 9,02 (7,55) et la moyenne arithmĂ©tique de 6,90 à 10,65 (9,15). Puisque les distances en profondeurs et les Ă©carts transversaux restent les mĂȘmes pour les situations 1 + 3 et 2 + 4 il est donc clair que cette Ă©volution spĂ©cifique par diminution dans le premier cas et par augmentation dans le second dĂ©pend, pour une partie au moins, des rĂŽles diffĂ©rentiels du mesurant et du mesurĂ©.

7. Mais il est Ă©galement certain que l’estimation en profondeur varie avec l’ñge, sinon les deux transformations des moyennes de l’erreur systĂ©matique, pour 1 + 2 et 3 + 4, seraient toutes deux orientĂ©es dans le mĂȘme sens. L’examen des renversements de l’erreur entre 1 et 2 et entre 3 et 4 (tableau V) permet de confirmer ce rĂŽle de l’éloignement.

Les renversements de l’erreur sont, en effet, incomplets chez l’enfant (+ 2,1 en moyenne pour 1 à 2 et + 1,82 pour 3 à 4) tandis qu’il y a en moyenne « surrenversement » chez l’adulte (− 0,37 pour 1-2 et − 0,12 pour 3-4) 14. Or, on se rappelle que, dans les comparaisons en plan, les permutations du mesurant et du mesurĂ© donnent, chez l’adulte, des renversements arithmĂ©tiquement plus faibles que chez l’enfant pour un Ă©cart de 3 m et plus forts pour 0,25, ce dernier cas s’expliquant par le fait que l’adulte construit des figures pour les petits Ă©carts et prĂ©sente dĂšs lors une erreur systĂ©matique plus grande que les enfants jusque vers 0,25 à 1,00 ni. Si, en profondeur, les renversements augmentent tous de valeur avec l’ñge, il faut donc supposer que les influences de deux facteurs distincts interfĂšrent dans la production des erreurs systĂ©matiques et dans leurs renversements. Supposons que l’erreur de l’étalon, tout en subsistant chez l’adulte, diminue avec l’ñge, comme nous l’a appris l’analyse des comparaisons en plan. Il suffit alors d’admettre que l’enfant de 5-8 ans sous-estime les objets en profondeur et que l’adulte les surestime pour comprendre : a) que l’erreur systĂ©matique en profondeur diminue avec l’ñge quand la variable est en arriĂšre, parce qu’alors l’étalon proche est surestimĂ© par tous, mais la variable sous-estimĂ©e par l’enfant en tant que mesurĂ© et en tant qu’éloignĂ©e tandis que l’adulte la sous-estime en tant que mesurĂ© mais inversement la surestime en tant qu’éloignĂ©e, d’oĂč compensation relative ; b) que l’erreur augmente au contraire avec l’ñge lorsque l’étalon est en arriĂšre et la variable proche, parce qu’alors l’enfant qui sous-estime l’objet en profondeur sous-estime pour cette raison l’étalon Ă©loignĂ© mais le surestime en tant que mesurant, d’oĂč compensation relative, tandis que l’adulte le surestime Ă  la fois en tant qu’étalon et en tant qu’éloignĂ©, d’oĂč sommation et augmentation gĂ©nĂ©rale de l’erreur systĂ©matique dans les situations 2 et 4 ; c) que le renversement de l’erreur soit par consĂ©quent plus fort chez l’adulte que chez l’enfant.

8. Le bien-fondĂ© de cette interprĂ©tation est confirmĂ© de la maniĂšre la plus claire par une troisiĂšme diffĂ©rence entre les rĂ©sultats adultes et enfantins, laquelle constitue sans doute l’opposition clef dont les prĂ©cĂ©dentes dĂ©coulent : le sens mĂȘme (le signe) des erreurs systĂ©matiques se renverse avec l’ñge lorsque c’est la variable qui est Ă©loignĂ©e et que l’étalon est proche. En effet, tandis que dans les situations 2 et 4 la moyenne algĂ©brique des erreurs systĂ©matiques est positive Ă  tout Ăąge, dans les situations 1 et 3, au contraire, elle est positive chez l’enfant et nĂ©gative chez l’adulte. Cela signifie : a) que dans les situations 2 et 4 le mesurant Ă©loignĂ© est surestimĂ© en tant que mesurant d’une maniĂšre qui dĂ©passe toute sous-estimation Ă©ventuelle due Ă  la profondeur (en effet, la variable proche doit ĂȘtre plus grande que 10 cm pour ĂȘtre vue Ă©gale Ă  l’étalon Ă©loignĂ©, d’oĂč l’erreur de signe positif, mĂȘme chez les petits) ; b) que dans les situations 1 et 3 la variable Ă©loignĂ©e est sous-estimĂ©e par les petits mais surestimĂ©e par les adultes, c’est-Ă -dire que chez les premiers la surestimation de l’étalon proche n’est pas compensĂ©e par une surestimation de la variable Ă©loignĂ©e (la sous-estimation due Ă  l’éloignement s’ajoutant au contraire Ă  sa sous-Ă©valuation comme mesurĂ©), tandis que chez les seconds la surĂ©valuation due Ă  l’éloignement l’emporte sur la sous-estimation due au rĂŽle de mesurĂ©.

8 bis. La chose est Ă©galement claire Ă  l’examen des « cas de surconstance » (tableau III) : 8,5 % chez l’enfant au lieu de 50 % chez l’adulte pour la situation 1 et 25 % au lieu de 57 % pour la situation 3.

8 ter. Le mĂȘme inflĂ©chissement avec l’ñge se retrouve dans la proportion des erreurs systĂ©matiques : chez l’enfant celles des situations 1 + 3 sont plus fortes (moyennes algĂ©briques et arithmĂ©tiques) que celles des situations 2 + 4 (5,45 contre 3,70 et 7,45 contre 6,90), tandis que chez l’adulte on observe l’inverse (tableaux II et IV).

Bref, tous les rĂ©sultats obtenus convergent vers cette constatation gĂ©nĂ©rale que l’adulte surestime l’objet Ă©loignĂ© dans les 4 situations tandis que l’enfant le sous-estime en 1 et en 3 de façon notable et le surestime en 2 et en 4 mais moins que ne le fait l’adulte et en proportions moindres Ă©galement qu’il ne le sous-estime lui-mĂȘme en 1-3. En d’autres termes, l’erreur de l’étalon renforce la sous-estimation en profondeur chez l’enfant en 1 et en 3 et la surcompense lĂ©gĂšrement en 2 et en 4 tandis que la mĂȘme erreur qualitative de l’étalon (plus faible quantitativement) renforce chez l’adulte la surestimation en profondeur en 2 et en 4 mais ne la compense pas en 1 et en 3.

9. Il y a resserrement avec l’ñge, du seuil d’égalitĂ©. C’est le cas pour toutes les valeurs, mais cette diminution est proportionnellement plus forte dans les situations 1 + 3 (moyenne de 7,45 chez l’enfant et de 2,55 chez l’adulte) que dans les situations 2 + 4 (moyenne de 7,35 chez l’enfant et de 3,25 chez l’adulte). La raison de cette disproportion est Ă©videmment que chez l’adulte l’erreur systĂ©matique en 2 + 4 est formĂ©e de deux dĂ©formations additionnĂ©es (surestimations dues Ă  l’étalon et Ă  la profondeur) tandis qu’en 1 + 3 les dĂ©formations se compensent relativement.

10. Le resserrement du seuil au cours des mesures (voir sous 5) est proportionnellement un peu plus faible chez l’adulte que chez l’enfant. Par contre, et bien qu’il y ait toujours rĂ©trĂ©cissement du seuil, l’erreur systĂ©matique augmente rĂ©guliĂšrement chez l’adulte (sauf une exception momentanĂ©e pour la 5e mesure de la situation 3) et diminue rĂ©guliĂšrement chez l’enfant (sauf une petite irrĂ©gularitĂ© au mĂȘme point !).

§ 4. InterprĂ©tation des rĂ©sultats indĂ©pendants de l’ñge

La conclusion la plus Ă©vidente Ă  tirer des faits qui prĂ©cĂšdent est que la « constance en profondeur » rĂ©sulte d’un systĂšme de rĂ©gulations et constitue ainsi un phĂ©nomĂšne essentiellement statistique. Si cette constance Ă©tait assurĂ©e par un mĂ©canisme tout montĂ©, celui-ci devrait jouer d’emblĂ©e et sans ratĂ©. Or, il suffit entre autres d’inverser la position de deux objets dont l’un sert d’étalon pour que s’ensuive un remaniement de l’espace qui les baigne. Tout se passe comme si le champ spatial perceptif Ă©tait plastique et dĂ©formable. Nous savons combien Ă©trange est le sentiment que nous Ă©prouvons devant un espace sans point de repĂšre comme le « Ganzfeld » en constitue un, ou devant certaines photographies dont on ne voit pas Ă  l’instant la signification des objets qui les composent. C’est donc en fonction d’une organisation d’ensemble des donnĂ©es en prĂ©sence que se structure peu Ă  peu la vision en profondeur.

Mais faut-il admettre, avec les gestaltistes, que cette structuration d’ensemble rĂ©sulte d’une mise en Ă©quilibre relativement rapide entre les propriĂ©tĂ©s des objets perçus dans la totalitĂ© du champ, et telle que la constance en profondeur en rĂ©sulte comme un invariant commun Ă  tous les Ăąges et toutes les situations ? Les faits dĂ©crits prĂ©cĂ©demment nous paraissent contredire cette thĂšse autant que celle d’un montage tout prĂ©parĂ©. D’une part, l’équilibre auquel parvient l’estimation en profondeur n’apparaĂźt nullement comme un Ă©quilibre permanent, puisque chaque nouveau changement des conditions extĂ©rieures, y compris l’inversion du mesurant et du mesurĂ© sans modification des positions mĂȘmes des termes Ă  comparer, aboutit Ă  un « dĂ©placement d’équilibre ». D’autre part, l’équilibre n’est atteint ni avec rapiditĂ© ni mĂȘme avec une grande stabilitĂ©. Nous avons Ă©tĂ© surpris, Ă  cet Ă©gard, de constater dans les travaux publiĂ©s sur la constance, que les sujets sont souvent examinĂ©s jusqu’à 10 fois pour chaque grandeur d’excitants (il est vrai Ă  des jours diffĂ©rents). Certes on peut obtenir ainsi une valeur finale statistique, mais elle n’est que statistique et, Ă  voir la difficultĂ© que l’on Ă©prouve, dans ce genre d’expĂ©riences, Ă  stabiliser le seuil, il nous a paru indispensable de tenir compte de l’ordre chronologique des rĂ©ponses et de procĂ©der concentriquement d’aprĂšs les rĂ©actions du sujet (voir art. prĂ©cĂ©dent, § 1), ce qui constitue une sorte de mĂ©thode clinique appliquĂ©e Ă  la perception. Chaque grandeur d’objet n’est donc pas prĂ©sentĂ©e un mĂȘme nombre de fois, mais, si l’on sacrifie ainsi une rigueur d’ailleurs illusoire, nous obtenons du processus de comparaison une vue beaucoup plus vivante. Dans quelques cas, il s’est mĂȘme produit de tels dĂ©placements en cours d’expĂ©rience que nous avons Ă©tĂ© obligĂ©s de tout arrĂȘter et de recommencer Ă  frais nouveaux (il suffit alors, ce que nous faisons du reste entre chaque situation 1 à 4, d’enlever tous les objets de la table et de reposer le modĂšle comme s’il s’agissait d’un autre Ă©lĂ©ment). Nous avons dĂ©jĂ  signalĂ© Ă  propos des comparaisons dans le plan (art. II, § 9) l’existence de rĂ©ponses contradictoires, mais il s’agissait de cas assez rares ou d’inversions du sens de la rĂ©ponse. Or, dans les estimations en profondeur, les dĂ©placements du seuil sont beaucoup plus frĂ©quents, comme si le sujet devait, lors de chaque comparaison, s’adapter Ă  une nouvelle situation et restructurer son champ de perception. Ou plutĂŽt cette structuration graduelle rĂ©sulte des comparaisons successives elles-mĂȘmes, comme s’il y avait exercice et bien qu’il n’y ait pas connaissance des rĂ©sultats obtenus, le mot exercice ne signifiant donc pas ici la marche vers une plus grande constance objective, mais le passage d’un rĂ©sultat labile Ă  un rĂ©sultat plus stable, d’un dĂ©sĂ©quilibre Ă  un Ă©quilibre. Plus encore que les objets en eux-mĂȘmes, comme le voudrait la thĂ©orie de la Gestalt, ce sont donc les comparaisons multiples, rĂ©elles ou virtuelles, et envisagĂ©es dans leur dĂ©roulement historique ou gĂ©nĂ©tique, qui donnent Ă  l’espace perçu ses dimensions psychologiques. Loin de prĂ©senter un canevas rĂ©gulier comme celui d’une cartographie, loin mĂȘme de rĂ©sulter d’une organisation surgissant brusquement dans son ensemble Ă  la maniĂšre des structures gĂ©omĂ©triques qui caractĂ©risent un champ de force, il prĂ©sente des dĂ©formations successives alternant avec des compensations qui les corrigent en partie, et la soi-disant « constance en profondeur » apparaĂźt ainsi comme un produit statistique de rĂ©gulations bien plus que comme une forme commune Ă  toutes les configurations.

Cela dit, cherchons donc Ă  interprĂ©ter Ă  la maniĂšre des comparaisons dans le plan les diffĂ©rents faits observĂ©s Ă  propos de la comparaison en profondeur, mais en procĂ©dant de façon plus schĂ©matique et rapide, puisque nous reviendrons sur d’autres aspects de ce genre de perceptions. Le seul but que nous nous proposions pour le moment d’atteindre est de dĂ©gager les mĂ©canismes communs Ă  ces deux sortes de comparaisons en tant qu’elles donnent lieu toutes deux Ă  des phĂ©nomĂšnes analogues comme celui de l’influence du mesurant.

(0) La comparaison en profondeur

La comparaison dans le plan nous a paru dĂ©pendre au moins de trois sortes de facteurs : 1) la valeur respective des « transports » de l’étalon B0 ou des variables A et C (si l’on a objectivement A < B0 et C > B0), soit Tp (B0) ⋚ Tp (A ; C) ; 2) l’agrandissement, le rapetissement ou la conservation du terme « transporté », soit E2 ⋚ E1 (oĂč E2 est le terme aprĂšs transport et E1 le mĂȘme terme auparavant) ; 3) la possibilitĂ©, selon l’écart transversal entre les termes, de construire ou non une figure, soit Tp ⋚ Fig selon que la longueur des « transports » nĂ©cessaires dĂ©passe ou non le champ de la construction possible d’une figure aidant la comparaison. C’est alors selon les valeurs de l’équation (9) que l’erreur systĂ©matique Pst sera positive, nĂ©gative ou nulle. En est-il de mĂȘme en profondeur et peut-on rĂ©duire les faits de surestimation, de sous-estimation ou de vision constante de l’objet Ă©loignĂ© Ă  trois facteurs analogues ?

Il n’est pas douteux, tout d’abord, qu’il existe un « transport » en profondeur comme dans le plan. En comparant la tige proche et la tige Ă©loignĂ©e, le sujet cherche soit Ă  tirer une ligne conduisant du sommet de l’une Ă  celui de l’autre, soit mĂȘme Ă  appliquer mentalement l’un des objets contre l’autre, comme c’est le cas lors des comparaisons dans le plan. Seulement les mouvements intervenant en un tel transport ne consistent plus en une simple rotation de l’Ɠil et de la tĂȘte : il s’y ajoute une modification de l’accommodation visuelle. DĂšs lors, le problĂšme n’est plus seulement de savoir si le transport du mesurant dans la direction du mesurĂ© Ă©quivaut au transport inverse, soit Tp (B0) = Tp (A ; C), mais si tous deux s’effectuent sur un parcours Ă©quivalent Ă  la distance rĂ©elle qui sĂ©pare les objets l’un de l’autre. Dans le cas de la comparaison en plan ce problĂšme ne se pose pas puisque la distance est donnĂ©e sans plus, ou du moins est perçue indĂ©pendamment de la grandeur respective attribuĂ©e Ă  chacun des deux objets. En profondeur, au contraire, la distance suivant laquelle il convient de transporter les objets pour les comparer l’un Ă  l’autre doit ĂȘtre estimĂ©e en mĂȘme temps que la grandeur de l’objet Ă©loignĂ©, ces deux estimations Ă©tant solidaires l’une de l’autre, mais soulevant deux questions distinctes et de difficultĂ© Ă©gale. Si nous appelons donc Tf le transport en profondeur, il convient donc de dissocier la question Tf (B0) ⋚ Tf (A ; C) et la question de la distance sur laquelle nous reviendrons Ă  l’instant.

En second lieu, la question se pose, pour la comparaison en profondeur comme pour la comparaison en plan, de savoir si les Ă©lĂ©ments comparĂ©s sont agrandis, rapetissĂ©s ou maintenus constants au cours mĂȘme du transport. Mais, ici encore, les termes du problĂšme sont Ă  ajuster aux donnĂ©es nouvelles. Dans le cas de la vision projective, l’objet Ă©loignĂ© apparaĂźt plus petit et l’objet proche plus grand : il s’agit donc, pour les comparer, d’agrandir le premier et de rapetisser le second, tandis qu’en plan il suffirait de les maintenir invariants. Nous dirons ainsi que le transport en profondeur maintient constants les objets « transportĂ©s » si les agrandissements et rapetissements auxquels ils sont soumis ne dĂ©passent pas les agrandissements et rapetissements nĂ©cessaires pour traduire la vision projective en une perception correcte de la grandeur respective de ces objets 15. Nous Ă©crirons en ce cas E2 = E1. Nous dirons au contraire que le transport agrandit l’objet soit E2 > E1 si cet agrandissement est supĂ©rieur Ă  celui qu’exige cette traduction, et que le transport rapetisse l’objet, soit E2 < E1 dans le cas inverse.

Il reste la troisiĂšme condition Tp = Fig, c’est-Ă -dire la question de savoir si la longueur du transport excĂšde ou non la distance Ă  laquelle la construction d’une figure d’ensemble est possible. Or, dans le cas de notre prĂ©sente recherche cette condition n’intervient plus comme telle, puisque mĂȘme avec un Ă©cart transversal de 3-5 cm (situations 3 et 4) une figure d’ensemble ne saurait plus ĂȘtre construite en plan : Ă  3 m de distance l’un de l’autre les deux objets ne peuvent, en effet, ĂȘtre vus distinctement Ă  la fois, l’accommodation visuelle devant se faire tantĂŽt sur l’un tantĂŽt sur l’autre. C’est ce qui explique qu’il n’y ait pas renversement de l’erreur systĂ©matique pour les grands et petits Ă©carts transversaux comme en plan, et que les moyennes pour 1 + 2 et 3 + 4 soient toutes deux positives (le renversement dĂ©pendant seulement de la position, proche ou Ă©loignĂ©e, de l’étalon). En outre l’erreur systĂ©matique est presque toujours plus forte, contrairement Ă  ce qui se passe en plan, pour les petits Ă©carts transversaux (3 + 4) que pour les grands (1 + 2), et ceci pour la mĂȘme raison : le changement d’accommodation est facilitĂ© par le plus grand Ă©cart transversal. Par contre, dans le cas des petits Ă©carts transversaux, la vision projective est plus aisĂ©e et si une figure d’ensemble intervient, ce ne peut ĂȘtre qu’une figure perspective. Or, la vision projective est prĂ©cisĂ©ment celle qui fournit au sujet adulte l’estimation la plus simple de la distance en profondeur. Mais la question se pose, Ă©tant donnĂ©es en particulier les difficultĂ©s de l’enfant jusque vers 7-8 ans de dessiner en perspective ou de se reprĂ©senter projections et perspectives, de savoir si les petits savent traduire aussi bien que nous une longueur projective en distance rĂ©elle. La question se pose naturellement aussi de savoir si tous les adultes la traduisent de la mĂȘme façon ou si des fluctuations se manifestent qui seraient en relation avec celles de l’estimation des grandeurs en profondeur. Dans le cas de l’adulte comme dans celui de l’enfant, il faut donc prĂ©voir une troisiĂšme condition de la perception en profondeur, correspondant dans le plan Ă  celle des rapports entre le transport et la construction d’une figure. Si nous appelons Dist la distance entre les objets Ă  comparer Ă  des profondeurs distinctes, et Tf la longueur des transports tels qu’ils sont effectuĂ©s en fonction de la vision projective, cette troisiĂšme condition s’exprimerait par le rapport Dist ⋚ Tf : selon que le transport effectivement accompli est plus petit, plus grand ou Ă©gal par rapport Ă  la distance en profondeur, l’objet Ă©loignĂ© sera, en effet, estimĂ© de grandeur diffĂ©rente.

Cela dit, la comparaison en profondeur dépend donc au minimum des conditions suivantes :

(1) [Tf (B0) ⋚ Tf (A ; C)] × (E2 ⋚ E1 × [Dist ⋚ Tf] = P’st

oĂč B0 est l’étalon et A ; C des variables telles que l’on ait objectivement A < B0 < C. Le symbole P’st dĂ©signe l’erreur systĂ©matique globale intervenant dans la comparaison en profondeur.

Il est alors possible, en s’appuyant sur l’analyse des erreurs systĂ©matiques en plan contenue dans l’article prĂ©cĂ©dent, de chercher Ă  exprimer selon une telle formule, les rĂ©sultats indĂ©pendants de l’ñge Ă©numĂ©rĂ©s au § 3, et de dĂ©composer en ses Ă©lĂ©ments l’erreur globale P’st.

1. L’erreur de l’étalon

Commençons par faire abstraction des questions de distances, c’est-Ă -dire du troisiĂšme des rapports de l’équation (1) et n’envisageons que les deux premiers, qui sont communs Ă  la comparaison en profondeur et Ă  la comparaison dans le plan. Nous pouvons alors expliquer trĂšs simplement l’erreur systĂ©matique de l’étalon en faisant intervenir les facteurs de centrations diffĂ©rentielles dont nous avons vu (Recherches II, prop. 27) qu’ils conditionnaient les inĂ©galitĂ©s de transports. Comme nous l’avons dĂ©jĂ  vu Ă  propos de l’illusion de DelbƓuf (Recherches I), puis Ă  propos des erreurs systĂ©matiques propres Ă  la comparaison dans le plan, le fait de centrer le regard sur un objet ou une figure suffit Ă  en surestimer les dimensions par opposition Ă  la pĂ©riphĂ©rie de la zone centrale, les termes pĂ©riphĂ©riques Ă©tant sous-estimĂ©s. Lorsqu’un Ă©lĂ©ment demeurant fixe et servant ainsi de mesurant est comparĂ© Ă  des Ă©lĂ©ments variables faisant ainsi fonction de mesurĂ©s, il est clair que le premier sera davantage « centré » que les seconds, soit Ă  cause de sa qualitĂ© d’étalon soit quantitativement Ă  cause des durĂ©es de fixation : Ă©tant davantage centrĂ©, il sera alors surestimĂ© et les variables sous-estimĂ©es, et cela indĂ©pendamment de la profondeur mĂȘme s’ils sont disposĂ©s en profondeur l’un par rapport Ă  l’autre. Or, on a vu (II, prop. 27) qu’en moyenne celui de deux termes comparĂ©s qui est le plus centrĂ© est par le fait mĂȘme davantage « transporté ». On peut donc formuler de la façon suivante l’explication des faits constatĂ©s sous 1 au § 3 :

On a d’abord, en vertu de la prop. 27 (art. prĂ©cĂ©dent) :

(2) Ct (B0) ≶ Ct (A’ ; C) = Tf (B0) ≶ Tf (A’ ; C’)

et Ct (B’0) ≶ Ct (A ; C) = Tf (B’0) ≶ Tf (A ; C)

oĂč B0 est l’étalon proche et B’0 le mĂȘme Ă©talon mais Ă©loigné ; A et C les variables proches plus petites et plus grandes que l’étalon et A’ et C’ les mĂȘmes variables mais Ă©loignĂ©es.

Nous admettrons ensuite que, en profondeur comme en plan, c’est l’étalon qui est davantage « transporté ». Nous ne pouvons l’affirmer en fait. Nous savons seulement qu’il existe un transport en profondeur comme en plan et que dans les moyennes du tableau II l’étalon est toujours surestimĂ©. Il est donc probable, puisqu’il y a erreur systĂ©matique de l’étalon, que ce dernier est « transporté » plus que les variables. Si cela n’était pas le cas, il suffirait d’ailleurs d’inverser les signes de tous les rapports en jeu, puisque c’est leur combinaison qui importe (voir art. prĂ©cĂ©dent, § 4) et non pas la valeur absolue de chacun d’eux.

Quant Ă  l’agrandissement ou au rapetissement du terme transportĂ©, nous pouvons admettre, Ă©galement par analogie avec ce qui se passe en plan, que E2 > E1 (avec les corrections que l’on vient de voir quant Ă  la signification de ce symbole en profondeur).

Cela dit, et en faisant abstraction des questions de distance (en supposant donc pour un instant que Dist = Tf), on obtiendrait, comme interprĂ©tation de l’erreur de l’étalon, les formules :

(3) [Tf (B’0) > Tf (A ; C)] × [E2 > E1] × [Dist = Tf] = [A < B’0 = C]

c’est-Ă -dire que l’étalon Ă©loignĂ© Ă©tant surestimĂ© dans sa comparaison avec A et C proches, il paraĂźtra Ă©gal à C qui est plus grand que lui, et inĂ©gal à A qui est plus petit : il y a en ce cas surestimation en profondeur. Mais on a d’autre part :

(3 bis) [Tf (B0) > Tf (A’ ; C’)] × [E2 > E1] × [Dist = Tf] = [A’< B0 = C’]

ce qui signifie cette fois que l’étalon proche Ă©tant surestimĂ©, les variables vues en profondeur sont sous-Ă©valuĂ©es, d’oĂč l’égalitĂ© apparente de B0 et de C’ et l’inĂ©galitĂ© apparente, supĂ©rieure Ă  l’égalitĂ© rĂ©elle, de B0 et de A’.

Ces propositions (3) et (3 bis) correspondent sans plus Ă  ce que l’on observe pour la moyenne des enfants de 5 Ă  8 ans (tableau II). Chez l’adulte, il se produit le mĂȘme phĂ©nomĂšne mais, pour les situations 1 et 3 (cf. prop. 3 bis) l’erreur de l’étalon prĂ©vue par le calcul (3 bis) se trouve ĂȘtre compensĂ©e, et mĂȘme surcompensĂ©e par une surestimation systĂ©matique en profondeur, sur laquelle nous reviendrons au § 5 sous 8°.

2. Le rĂŽle de l’écart transversal

Nous avons vu que, contrairement Ă  ce qui se produit dans la comparaison en plan, les erreurs systĂ©matiques observĂ©es ne se sont pas trouvĂ©es directement, mais au contraire presque inversement proportionnelles Ă  l’écart transversal. Or, la chose est au premier abord surprenante : dans les situations 1 à 4 l’élĂ©ment Ă©loignĂ© Ă©tant situĂ© Ă  des profondeurs analogues par rapport au sujet (3 m 10 pour 1 + 2 et 3 m 70 pour 3 + 4) et l’élĂ©ment proche Ă  des profondeurs constantes (70-80 cm) il semblerait que la diffĂ©rence d’écart transversal (1 m environ pour 1 + 2 et 3-5 cm pour 3 + 4) dĂ»t jouer un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant. Or, non seulement, nous voyons par les rĂ©sultats numĂ©riques qu’il n’en est rien, mais les sujets ont dans la majoritĂ© des cas Ă©prouvĂ© Ă  l’introspection, une difficultĂ© beaucoup plus grande Ă  faire la comparaison dans le cas du petit Ă©cart que dans celui du grand : dans le premier cas, en effet, le changement d’accommodation doit s’effectuer sur une trĂšs courte distance angulaire, tandis que dans le second, il se fait progressivement au cours d’un transport beaucoup plus long (transversalement).

Cette remarque nous conduit Ă  l’explication du rĂŽle de l’écart transversal, qui est aisĂ©e Ă  fournir. Dans le cas de la comparaison en plan, l’erreur systĂ©matique est fonction de cet Ă©cart pour des raisons, qu’on se rappelle, de relations entre la longueur du transport Ă  fournir et la distance conditionnant la possibilitĂ© de construire une figure : pour les petites distances la comparaison se fait en gĂ©nĂ©ral au moyen d’une figure supposĂ©e (soit Fig > Tp) et alors l’erreur systĂ©matique est Ă  la fois plus faible et nĂ©gative (par surestimation du mesurĂ©) tandis que pour les grandes la figure Ă©tant impossible Ă  construire (soit Tp > Fig) l’erreur est plus forte et positive (par surestimation de l’étalon). Or, dans le cas de la comparaison en profondeur la situation est inverse, pour les raisons que l’on a vues au dĂ©but de ce § , sous (0). Toute figure plane Ă©tant alors exclue, il ne subsiste que la possibilitĂ© d’une figure projective s’accompagnant elle-mĂȘme d’un transport de l’objet en profondeur. D’oĂč la question de savoir si le transport en profondeur, effectivement rĂ©alisĂ© par les mouvements et l’accommodation des yeux, correspond Ă  la distance ou si (Dist ≶ Tf). DĂšs lors, pour un Ă©cart transversal faible, il y a une probabilitĂ© plus grande pour que le transport effectuĂ© ne corresponde pas Ă  la distance et ceci Ă  cause des changements brusques d’accommodation que nĂ©cessite le passage de l’objet proche Ă  l’objet lointain. Pour un Ă©cart transversal plus considĂ©rable, au contraire, les facteurs de distances et de transport en profondeur tendent Ă  s’égaliser et seule la longueur du transport transversal subsiste comme cause d’erreur. On aurait ainsi, pour les petits Ă©carts transversaux (si Pst II est l’erreur en profondeur indĂ©pendamment de l’erreur de l’étalon) :

(4) [Tf (B0) > Tf (A ; C)] × (E2 > E1 × [Dist ≶ Tf] = [Pst II1]

et pour les grands écarts :

(4 bis) [Tf (B0) > Tf (A ; C)] × [E2 > E1] × [Dist ⇄ Tf] = [Pst II2] oĂč Pst II2 < Pst II1

Ă©tant admis, naturellement, qu’il s’agit lĂ , pour les erreurs systĂ©matiques en profondeur Pst II1 ou Pst II2 de simples valeurs statistiques se combinant avec les autres facteurs et en particulier avec l’erreur de l’étalon rĂ©sultant de la longueur mĂȘme du transport, quelle que soit la direction de ce dernier.

2 bis. ExcĂ©dent de l’erreur systĂ©matique en profondeur sur l’erreur systĂ©matique en plan. — L’interprĂ©tation que nous venons de tenter du rĂŽle de l’écart transversal prend d’autant plus de vraisemblance qu’elle s’apparente Ă  celle que nous allons ĂȘtre conduits Ă  donner de l’erreur systĂ©matique en profondeur. Nous avons, en effet, constatĂ© jusqu’ici qu’il existe en profondeur comme en plan une erreur de l’étalon et que tout porte donc Ă  admettre une interprĂ©tation semblable dans les deux cas ; cette erreur rĂ©sulterait donc du mĂ©canisme des « transports » (valeurs Tf B0 ≶ Tf A ; C et E2 ≶ E1). Le rĂŽle de l’écart transversal Ă©tant, d’autre part, diffĂ©rent dans les deux cas, nous l’avons attribuĂ© en profondeur Ă  un rapport (Dist ≶ Tf) distinct quoique parent du rapport qui intervient en plan (Fig ≶ Tp). S’il en est ainsi, c’est prĂ©cisĂ©ment ce facteur (Dist ≶ Tf) dont les valeurs > ou < doivent rendre compte du sens des erreurs en profondeur.

La chose est aisĂ©e Ă  comprendre. Si la comparaison en profondeur rĂ©sulte d’un mĂȘme processus de « transports » qu’en plan, donnant lieu aux mĂȘmes erreurs de l’étalon, comment ce processus expliquera-t-il en outre qu’il y ait surestimation ou sous-estimation systĂ©matiques selon la troisiĂšme dimension, et cela en plus de l’erreur de l’étalon ? Dans la comparaison en plan, en effet, l’erreur de l’étalon est simplement fonction de la distance entre les objets comparĂ©s. En profondeur, au contraire, il intervient deux nouveautĂ©s : 1° l’erreur de l’étalon n’est plus fonction de la distance transversale comme on vient de le voir et 2° elle peut ĂȘtre, selon les cas, renforcĂ©e ou diminuĂ©e par les estimations en profondeur comme si celles-ci Ă©taient indĂ©pendantes du mĂ©canisme entraĂźnant l’erreur de l’étalon. Pour rĂ©tablir l’unitĂ© entre ces deux sortes d’erreurs tout en rendant comprĂ©hensible le fait qu’elles peuvent soit se surajouter l’une Ă  l’autre soit se compenser, il faut donc dĂ©composer P’st (qui est dĂ©fini par la prop. 1), de la maniĂšre suivante :

a) Les inĂ©galitĂ©s de transport, soit (Tf B0 ≶ Tf A ; C) × (E2 ≶ E1), rĂ©sultant elles-mĂȘmes des inĂ©galitĂ©s de centrations, provoqueraient l’erreur de l’étalon.

b) Ces mĂȘmes transports (de B0 sur A ; C ou l’inverse) peuvent ĂȘtre dans leur ensemble trop grands ou trop petits par rapport Ă  la distance rĂ©elle qui sĂ©pare les objets. C’est ce que nous exprimons en disant que la longueur des transports (Tf) Ă©valuĂ©e par le sujet (en vision projective) est trop petite ou trop grande par rapport Ă  (Dist).

On peut alors appeler Pst F l’erreur (a), puisqu’elle est analogue Ă  celle que l’on observe en plan et Pst II l’erreur rĂ©sultant de (b). On a donc :

(5) P’st = (Pst I’) + (Pst II) oĂč (Pst I’ ≶ Pst I)

Ce qui explique pourquoi l’erreur systĂ©matique globale en profondeur dĂ©passe toujours, pour les mĂȘmes distances, l’erreur systĂ©matique dans le plan (voir § 2 n° 2 bis).

Quant Ă  l’erreur Pst II, qui dĂ©pend donc de la quantitĂ© (Dist ≶ Tf), on peut la dĂ©composer elle-mĂȘme comme suit : 1° le degrĂ© d’inĂ©galitĂ© entre Dist et Tf explique, comme on l’a vu par les prop. 4 et 4 bis, le rĂŽle de l’écart transversal dans la comparaison en profondeur (Dist ≶ Tf donne Pst II1 et Dist ≶ Tf donne Pst II2) ; 2° le signe > ou < donne alors le sens de l’erreur d’estimation en profondeur et c’est ce que nous allons voir maintenant.

3. L’erreur systĂ©matique en profondeur

Le sens concret de l’interprĂ©tation que nous proposons est donc fort simple : bien que la comparaison des objets en profondeur repose, comme en plan, sur un mĂ©canisme de transport qui les agrandit ou les rapetisse au cours du dĂ©placement du regard et explique ainsi l’erreur de l’étalon, il subsiste cette diffĂ©rence qu’en profondeur le transport peut situer l’objet Ă©loignĂ© trop loin ou trop prĂšs de l’objet proche, ce qui a pour rĂ©sultat de faire juger le premier des deux plus grand qu’il n’est en rĂ©alitĂ© ou plus petit et cela indĂ©pendamment de son rĂŽle de mesurant ou de mesurĂ©. En effet, s’il est estimĂ© plus Ă©loignĂ© qu’il n’est en rĂ©alitĂ©, sa grandeur apparente fera surĂ©valuer sa grandeur rĂ©elle et s’il est estimĂ© trop proche, sa grandeur apparente fera sous-Ă©valuer sa grandeur rĂ©elle. Dans le premier cas, nous disons que la distance apprĂ©ciĂ©e d’aprĂšs la vision projective dĂ©passe la distance rĂ©elle ou, si l’on prĂ©fĂšre, que le transport en profondeur dĂ©passe la distance, soit Tf > Dist, et dans le second cas nous disons l’inverse, soit Dist > Tf. Comment alors expliquer le dĂ©tail des rĂ©sultats obtenus ?

On a vu (§ 3, n° 3) que dans les situations 2 et 4 l’étalon vu en profondeur est toujours surĂ©valuĂ©, c’est-Ă -dire que la variable est sous-Ă©valuĂ©e. Dans les situations 1 et 3, au contraire, la variable Ă©loignĂ©e est surĂ©valuĂ©e par les adultes et sous-Ă©valuĂ©e par les enfants. En outre, la surestimation de l’étalon lointain en 2 et 4 est plus forte chez l’adulte que chez l’enfant. Tout se passe donc comme s’il existait diffĂ©rentes erreurs systĂ©matiques en profondeur, de sens inverse les unes des autres, c’est-Ă -dire par surestimation ou sous-estimation de l’objet Ă©loignĂ©, et qui peuvent tantĂŽt s’ajouter Ă  l’erreur de l’étalon tantĂŽt la compenser, selon que l’étalon est lui-mĂȘme lointain ou proche. Il s’agit alors pour expliquer ces deux erreurs possibles en profondeur Tf > Dist ou Tf < Dist, de les rĂ©duire Ă  des facteurs analogues Ă  ceux de l’erreur de l’étalon.

Supposons d’abord que la variable Ă©loignĂ©e soit vue plus grande qu’elle n’est en rĂ©alitĂ©. On peut alors indiffĂ©remment admettre que sa grandeur apparente est augmentĂ©e Ă  une distance correcte, ou qu’elle est perçue selon sa grandeur exacte mais Ă  une distance trop grande, car, dans les deux cas, la grandeur apparente donne lieu Ă  une surestimation de la grandeur rĂ©elle. Or, lorsqu’il s’agit de l’erreur de l’étalon, une surestimation peut ĂȘtre due soit Ă  un excĂšs de transport (Tf B0 ≶ Tf A) soit Ă  un agrandissement de l’élĂ©ment en cours de transport (E2 > E1). Si A est surestimĂ© en profondeur (soit A’ > A), on peut donc attribuer ce fait soit Ă  un transport plus grand de A’ que de l’étalon (soit Tf A’ > Tf B0) soit Ă  un agrandissement diffĂ©rentiel de A’ transportĂ© sur B0 et de B0 transportĂ© sur A’ (soit A’2 > A’1 et B2 < B1). Mais d’admettre Tf A’ > Tf B0 soulĂšve cette difficultĂ© que l’erreur de l’étalon, qui n’est nullement abolie par l’erreur en profondeur, implique le rapport inverse Tf B0 > Tf A’. Supposons donc que l’on ait A’2 > A’1 et B2 < B1, ce qui reviendrait Ă  dire que le terme Ă©loignĂ© est agrandi (au cours du transport permettant de le comparer Ă  l’étalon) davantage que l’étalon proche n’est lui-mĂȘme rapetissĂ© (au cours du transport permettant de le comparer Ă  la variable distante). Mais comment expliquer cet agrandissement diffĂ©rentiel des deux termes transportĂ©s ? C’est ici que nous pouvons choisir entre les deux hypothĂšses de dĂ©part : surĂ©valuation de la grandeur apparente avec Ă©valuation correcte de la distance ou surestimation de la distance. Or, la premiĂšre supposerait Ă  nouveau un transport de type Tf A’ > Tf B difficilement compatible avec l’erreur de l’étalon. La seconde, au contraire, rendrait prĂ©cisĂ©ment compte de l’inĂ©galitĂ© (A’2 > A’1) : en effet, si le terme Ă©loignĂ© est perçu selon sa grandeur apparente exacte (rĂ©serve faite de l’erreur de l’étalon qui porte justement et exclusivement sur ce point), mais selon une figure projective qui surĂ©value la distance, alors, il devient naturel, d’une part, que son transport entraĂźne un agrandissement A’2 > A’1, et, d’autre part, que l’erreur en profondeur rĂ©sulte d’un excĂšs de transport Tf > Dist distinct des inĂ©galitĂ©s de transport qui expliquent l’erreur de l’étalon. On peut donc choisir comme modĂšle explicatif le systĂšme :

(6) (B0 + A’) × (Tf > Dist) = (A’2 > A’1) + (B2 < B1) 16

Voyons maintenant le cas de l’étalon Ă©loigné B’0 et de la variable proche A, lorsque la surĂ©valuation en profondeur vient se surajouter Ă  la surĂ©valuation de l’étalon. Le mĂȘme raisonnement donne alors :

(6 bis) (B’0 + A) × (Tf > Dist) = (B2 > B1) + (A2 < A1)

l’excĂšs de transport (Tf > Dist) venant se superposer Ă  l’inĂ©galitĂ© (Tf B0 > Tf A ; C), cause de l’erreur de l’étalon.

Lorsque, d’autre part, la variable Ă©loignĂ©e est sous-Ă©valuĂ©e par rapport Ă  l’étalon proche, on aura :

(7) (B0 + A’) × (Tf < Dist) = (A’2 < A’1) + (B2 > B1)

c’est-Ă -dire qu’il y aura agrandissement trop faible du terme Ă©loignĂ© au cours de son transport vers l’étalon, les transports de B0 sur A et inversement Ă©tant eux-mĂȘmes trop faibles par rapport Ă  la distance rĂ©elle en profondeur, qui est sous-estimĂ©e. L’erreur en profondeur se surajoutera donc ici Ă  l’erreur de l’étalon, ce qui est le cas de la moyenne des enfants.

Enfin, lorsque l’étalon Ă©loignĂ© est sous-estimĂ© en tant que vu en profondeur, on aura :

(7 bis) (B’0 + A) × (Tf < Dist) = (A2 > A1) + (B2 < B1)

c’est-Ă -dire que l’erreur en profondeur tendra Ă  compenser l’erreur de l’étalon.

Si maintenant, l’on compose ces prop. 6 et 7 avec les prop. 3 et 3 bis, selon le cadre gĂ©nĂ©ral de la prop. 1, on obtient les quatre possibilitĂ©s suivantes :

1° Pour Tf > Dist (prop. 6 et 6 bis composées avec 3 bis et 3) :

(8) [Tf (B0) > Tf (A’ ; C’)] × [E2 > E1] × [Tf > Dist] 
= [Tf (B0) > Tf (A’ ; C’)] × [{(B0)2 > (B0)1} + {(A ; C)2 >
 (A ; C)1}] × [{(B0)2 < (B0)1} + {(A’ ; C’)2 > (A’ ; C’)1}] 
= prob. [A’ = B0 < C’]

oĂč le symbole « prob » dĂ©signe la conclusion simplement la plus probable. En effet, si (B0)2 > (B0)1 rĂ©sultant de E2 > E1 est compensĂ© par (B0)2 > (B0)1 rĂ©sultant de Dist < Tf alors (A ; C)2 > (A ; C)1 provenant de E2 > E1 est renforcĂ© sans plus par le mĂȘme rapport issu de Dist < Tf, d’oĂč la surestimation de A’ et de C’ et l’erreur systĂ©matique A’ = B0 < C’.

Si, au contraire, B0 est éloigné et A ; C proches, on a :

(8 bis) [Tf (B’0) > Tf (A ; C)] × [{(B0)2 > (B0)1} + {(A ; C)2 > (A ; C)1}] × [{(B’0)2 > (B’0)1} + {(A ; C)2 < (A ; C)1}] 
= prob. [A < B’0 = C]

2° Pour Tf < Dist (prop. 7 et 7 bis composées avec 3 bis et 3) :

(9) [Tf (B0 > Tf (A’ ; C’)] × [{(B0)2 > (B0)1} + (A ; C)2 
> (A ; C)1}] × [{(B0)2 > (B0)1} + {(A’ ; C’)2 < (A’; C’)1}] 
= prob. [A’ < B0 = C’]

et, si B0 est éloigné et A ; C proches :

(9 bis) [Tf (B’0) > Tf (A ; C)] × [{(B0)2 > (B0)1} + {A ; C)2) 
> (A’ ; C)1)] × [{(B’0)2 < (B’0)1) + {(A ; C)2 > (A ; C)1}] 
= prob. [A = B’0 < C]

Les prop. 8 et 9 correspondent aux situations 1 et 3 et les prop. 8 bis et 9 bis aux situations 2 et 4. On obtient ainsi pour la prop. 8 une surestimation de la variable en profondeur A’ ; pour la prop. 8 bis une surestimation de l’étalon en profondeur B’0 ; pour la prop. 9 une sous-estimation de la variable en profondeur (B0 proche est Ă©galĂ© Ă  C’ plus grand que lui) et pour la prop. 9 bis une sous-estimation de l’étalon en profondeur. Les prop. 8 et 8 bis correspondent Ă  ce qu’on observe chez l’adulte. La prop. 9 correspond aux situations 1 et 3 chez l’enfant. Quant Ă  la prop. 9 bis, qui prĂ©voit la conclusion probable A’ = B0 < C’ par compensation de (B0)2 > (B0)1 et de (B0)2 < (B0)1 elle ne correspond qu’au 33 % des enfants, 50 % d’entre eux faisant dominer (B0)2 > (B0)1 par erreur de l’étalon sur (B0)2 < (B0)1 par sous-estimation Ă  distance.

3 bis. Les « surconstances »

On comprend donc le caractĂšre complexe de l’erreur systĂ©matique globale en profondeur P’st et la nĂ©cessitĂ© de la dĂ©composer en erreurs systĂ©matiques spĂ©ciales susceptibles de se cumuler ou de se compenser.

Si nous introduisons ce que nous ont appris les prop. 8 à 9 bis dans le cadre de la prop. (5), nous obtenons en effet les combinaisons suivantes, qui expliquent la fréquence des diverses erreurs systématiques et en particulier des surconstances :

1° Pour Tl > Dist (nous dĂ©signons par +Pst une erreur systĂ©matique positive et par −Pst une erreur nĂ©gative), on a en vertu des prop. 8 et 8 bis :

a) dans les situations 1 + 3 (étalon proche) :

(10) + Pst I’ − Pst II = − P’st si Pst I’ < Pst II

d’oĂč la surestimation de la variable en profondeur ;

b) dans les situations 2 + 4 :

(10 bis) + Pst I’ + Pst II = + P’st

d’oĂč une double surestimation de l’étalon en profondeur.

2° Pour Tf < Dist, on a, d’autre part, en vertu des prop. 9 et 9 bis :

a) dans les situations 1 + 3 (étalon proche) :

(11) + Pst F + Pst II = + P’st

d’oĂč une forte sous-estimation de la variable en profondeur par addition des deux erreurs systĂ©matiques de mĂȘme signe ;

b) dans les situations 2 + 4 :

(11 bis) + Pst I’ − Pst II = + P’st

si

Pst I’ > Pst II

d’oĂč une surestimation lĂ©gĂšre de l’étalon en profondeur par compensation partielle entre les deux erreurs de signes contraires.

4. L’extension du seuil d’égalitĂ©

On se rappelle (voir II, prop. 24) les rapports que le seuil d’égalitĂ©, dont l’extension s’exprime par la dĂ©formation Prd, soutient dans les comparaisons en plan avec l’erreur systĂ©matique Pst. Dans la mesure oĂč l’un des termes comparĂ©s entre eux, l’étalon B0 ou une variable A ou C, est centrĂ© par le regard, il donnera lieu Ă  un transport plus ou moins important dans la direction de l’autre terme et sera plus ou moins agrandi au cours de ce transport. Si l’on dĂ©signe par Cp (B0) l’agrandissement de B0 au terme de son transport et par Cp (A ; C) celui des variables A ou C au terme du leur, on a alors :

Pst = Cp (B0) − Cp (A ; C)

ou

Cp (A ; C) − Cp (B0)

c’est-Ă -dire que l’erreur systĂ©matique exprime l’asymĂ©trie de ces dĂ©formations (d’oĂč

Pst = 0 si Cp B0 = Cp A ; C)

et

Prd = Cp (B0) + Cp (A ; C)

c’est-Ă -dire que Prd exprime l’extension mĂȘme des dĂ©formations.

Il s’ensuit que, tout en ayant les mĂȘmes causes, l’erreur systĂ©matique et l’extension du seuil soutiennent entre elles des relations complexes : l’existence d’une erreur systĂ©matique implique l’extension du seuil, et rĂ©ciproquement la non-extension du seuil aboutit Ă  la suppression de l’erreur systĂ©matique, mais la suppression de l’erreur systĂ©matique n’entraĂźne pas celle de l’extension du seuil et rĂ©ciproquement la prĂ©sence de cette derniĂšre n’implique pas l’existence d’une erreur systĂ©matique. La chose se comprend aisĂ©ment par l’illustration graphique : si l’on reprĂ©sente la hauteur constante de l’étalon par une horizontale et les agrandissements Cp (B0) ou Cp (A ; C) par des obliques d’autant plus inclinĂ©es que Cp est considĂ©rable, l’extension du seuil Prd est alors reprĂ©sentĂ©e par l’ouverture de l’angle ainsi formĂ© entre les obliques et l’erreur systĂ©matique Pst par leur obliquitĂ© mĂ©diane eu Ă©gard Ă  l’horizontale (voir art. prĂ©cĂ©d., fig. 2).

Or, dans le cas de la comparaison en profondeur, cette interprĂ©tation se confirme pleinement. En plus des dĂ©formations Cp (B0) ou Cp (A ; C) communes aux comparaisons dans le plan et en profondeur (= Prd I), l’extension du seuil dĂ©pendra naturellement aussi de (B’0)2 ≷ (B’0)1 ou de (A’ ; C’)2 ≷ (A’ ; C’)1 c’est-Ă -dire des mĂȘmes dĂ©formations mais en profondeur. Appelons x’ le terme Ă©loignĂ© en profondeur et x le terme proche. On aura donc, si Cp (x’) et Cp (x) sont les accroissements (ou rapetissements) rĂ©sultant de Dist S Tf, donc supĂ©rieurs ou infĂ©rieurs Ă  ceux qui correspondraient Ă  la distance exacte (Dist = Tf) :

Pst II = Cp (x’) − Cp (x) ou Cp (x) − Cp (x’) ;

et

Prd II = Cp (x’) + Cp (x)

Il en rĂ©sulte alors les consĂ©quences suivantes. En premier lieu, l’extension globale du seuil sera plus considĂ©rable en profondeur qu’en plan (et cela pour un mĂȘme Ă©cart transversal). En effet, on a :

(12) P’rd = Prd I’ + Prd II

oĂč

Prd I’ ⇄ Prd I = Cp (B0) + Cp (A ; C) = (B0)2 ≷ (B0)1 + (A ; C)2 ≷ (A ; C)1

et

Prd II = Cp (x’) + Cp (x) = (B’0)2 ≷ (B’0)1 ⇄ (A ; C)2 ≷ (A ; C)1

ou

(B0)2 ≷ (B0)1 + (A’ ; C’)2 ≷ (A’ ; C)1

Les symboles P’rd dĂ©signant l’extension globale du seuil en profondeur ; Prd I l’extension du seuil dans le plan et Prd I’ l’extension du seuil en fonction de l’erreur de l’étalon mais intervenant dans la comparaison en profondeur.

En second lieu, si l’extension du seuil en profondeur rĂ©sulte ainsi de la rĂ©union de ces diffĂ©rentes asymĂ©tries, qui interviennent toutes Ă©galement dans l’erreur systĂ©matique en profondeur, il doit y avoir dans les grandes lignes corrĂ©lations entre les valeurs de l’une et de l’autre. Or, c’est prĂ©cisĂ©ment ce que l’on constate (voir § 3, n° 4) et mĂȘme de la façon la plus claire dans les tableaux I, II et IV dont nous pouvons, extraire les valeurs suivantes :

Situations Enfants Adultes
M. arith. M. alg. Seuils M. arith. M. alg. Seuils
Er. syst. Er. syst. moy. Er. syst. Er. syst. moy.
1-3 ↑ 7,45 ↑ 5,45 ↑ 7,45 ↓ 5,70 ↓ − 1,85 ↓ 2,55
2-4 6,90 3,70 7,35 10,65 9,02 3,25

Les transformations de l’extension du seuil Ă©tant ainsi corrĂ©latives Ă  celles de l’erreur systĂ©matique, on peut donc, en se fondant sur les prop. 10 à 11 bis, formuler les premiĂšres de la façon suivante. Comme le montre la prop. 12, l’extension globale du seuil P’rd se dĂ©compose en Prd I’ et Prd II, la valeur Prd I’ se rapportant aux inĂ©galitĂ©s E2 ≷ E1 qui sont communes aux comparaisons en plan et en profondeur et la valeur Prd II se rapportant Ă  (A ; C)2 ≷ (A ; C)1 + (B0)2 ≷ (B0)1. Il s’ensuit que Prd I’ correspond Ă  Pst I’ et Prd II correspond Ă  Pst II. Si l’on applique alors les prop. 10 Ă  11 bis, on peut admettre que les valeurs Prd I’ et Prd II s’additionnent l’une Ă  l’autre ou se compensent partiellement (par soustraction), selon que les erreurs systĂ©matiques correspondantes se trouvent entre elles dans ces mĂȘmes rapports. D’oĂč :

1° Pour Tf > Dist (correspondant aux moyennes adultes), on a d’abord, dans les situations 1-3 :

(13) + Prd I’ − Prd II = P’rd (1-3)

d’oĂč un seuil moyen pour (1-3) infĂ©rieur Ă  (2-4). En effet : dans les situations 2-4 on a (si Tf > Dist) :

(13 bis) + Prd F + Prd n = P’rd (2-4) > P’rd (1-3)

2° Pour Tf < Dist (correspondant aux moyennes enfantines), les situations 1-3 donnent :

(14) + Prd I’ + Prd II = P’rd (1-3)

d’oĂč un seuil moyen supĂ©rieur Ă  (2-4). En effet, on trouve dans les situations 2-4 :

(14 bis) + Prd I’ − Prd II = P’rd (2-4) < P’rd (1-3)

On constate donc que les quatre valeurs numĂ©riques de l’extension du seuil, rappelĂ©es Ă  l’instant, s’expliquent aisĂ©ment par les compositions de deux seuils Ă©lĂ©mentaires Prd I’ et Prd II correspondant l’un Ă  l’erreur de l’étalon et l’autre Ă  l’erreur d’estimation en profondeur. Le facteur commun Ă  ces deux extensions de seuils est l’agrandissement ou le rapetissement des Ă©lĂ©ments au cours des transports, tels que nous les avons dĂ©taillĂ©s dans les prop. 8 et 8 bis (cf. 13 et 13 bis) et 9 et 9 bis (cf. 14 et 14 bis). On constate alors, et toute l’explication se rĂ©duit Ă  cette cause simple, que quand on a agrandissement de l’étalon Ă  la fois par erreur de l’étalon, soit (B0)2 > (B0)1 et par surestimation Ă  distance, soit (B’0)2 > (B’0)1, l’extension du seuil augmente tandis que si l’erreur de l’étalon agrandit celui-ci pendant que l’erreur en profondeur le diminue, le seuil diminue d’extension. Dans le cas Dist < Tf (adultes) le seuil s’étend donc davantage lorsque l’étalon est Ă©loignĂ© et dans le cas Dist > Tf (enfants) lorsqu’il est proche, d’oĂč les prop. 13 Ă  14 bis et la corrĂ©lation entre les extensions globales du seuil et les erreurs systĂ©matiques globales (prop. 10 Ă  11 bis).

5. Le rĂ©trĂ©cissement du seuil au cours de l’expĂ©rience

Pourquoi, tout d’abord, le seuil d’égalitĂ© tend-il, dans la moyenne de tous les sujets (enfants et adultes), Ă  diminuer d’extension en cours d’expĂ©rience ? P. ex., dans la situation 3 le seuil des enfants passe de 10,65 à 9,35 ; 7,90 et 5,75 des premiĂšres Ă  la quinziĂšme mesure, tandis que celui des adultes passe de 5,00 à 4,50 ; 4,25 et < 2,50, etc. Sans doute, la technique concentrique, au moyen de laquelle l’expĂ©rimentateur resserre peu Ă  peu les mesures, peut jouer un rĂŽle dans la production d’un tel phĂ©nomĂšne. Mais il n’en demeure pas moins que le sujet, jugeant d’abord Ă©gales Ă  l’étalon des hauteurs prĂ©sentant entre elles une diffĂ©rence n initiale se refuse en fin d’expĂ©rience Ă  de telles Ă©galisations et ne les maintient que dans une limite n’ > n. Si la technique concentrique l’a aidĂ© Ă  affiner son estimation, il n’en reste donc pas moins qu’il s’est laissĂ© aider. La preuve qu’il y a lĂ  une rĂ©action active de la part du sujet est prĂ©cisĂ©ment qu’elle n’est pas gĂ©nĂ©rale mais simplement dominante en moyenne. En quoi consiste cette rĂ©action ? On ne peut pas, Ă  strictement parler, invoquer l’apprentissage, puisque le sujet ne connaĂźt pas ses rĂ©sultats successifs et ne saurait donc se corriger intentionnellement. Mais il est clair qu’il est permis, par contre, d’invoquer un certain type d’exercice inhĂ©rent Ă  la rĂ©pĂ©tition mĂȘme de l’action d’estimer (Ă  l’assimilation reproductrice). Que cet exercice ne soit pas rigoureusement gĂ©nĂ©ral, mais simplement probable, cela se comprend de soi selon que les fixations alternatives du mesurant et du mesurĂ© produisent des compensations — cas le plus probable — ou des dĂ©formations — cas moins probable — dans leurs actions successives les unes sur les autres. On est ainsi en prĂ©sence d’un phĂ©nomĂšne analogue Ă  celui que nous avions dĂ©jĂ  dĂ©crit Ă  propos de l’illusion de DelbƓuf (Recherches I, prop. 39, p. 97) et que l’on peut donc formuler de la mĂȘme maniĂšre. Si nous appelons Prd Cp10 l’extension du seuil (Prd) propre Ă  la comparaison (Cp) entre l’étalon (0) et le premier mesurĂ© (1) et P’rd Cpn0 l’extension du seuil propre aux comparaisons entre l’étalon (0) et n termes successifs, on a donc, en moyenne :

(15) P’rd Cp10 > P’rd Cp n0

par analogie avec la prop. (39) :

P Ct1x > P Ctnx (I, p. 97).

Mais comment expliquer ce rĂ©trĂ©cissement gĂ©nĂ©ral en cours d’expĂ©rience ? S’il y avait diminution de toutes les valeurs, y compris celle de l’erreur systĂ©matique, la chose serait aisĂ©e. Or, il est Ă  noter — et cela soulĂšve un problĂšme d’un grand intĂ©rĂȘt — que, si l’extension de tous les seuils adultes et enfantins diminue, l’erreur systĂ©matique s’accentue au contraire chez l’adulte, au cours des mesures, alors que seule l’erreur enfantine diminue. Pourquoi donc, en ce cas, le seuil se resserre-t-il sans exceptions ? Si l’on admet une diminution gĂ©nĂ©rale de Cp (B0) et Cp (A ; C) ainsi que de Cp (x) mais une variation possible de Cp (x’) en + ou en − (le symbole Cp dĂ©signant donc l’agrandissement ou la diminution du terme Ă©loignĂ© x’ et du terme proche x), on peut alors obtenir simultanĂ©ment une augmentation de l’erreur P’st et un rĂ©trĂ©cissement du seuil P’rd. P. ex. si Cp (x) au dĂ©but des mesures Ă©tait de 2 et Cp (x’) de 2 Ă©galement, et que Cp (x) tombe à 0,5 pendant que Cp (x)’ monte à 2,5, on aurait une erreur systĂ©matique (Pst II = Cp x’ + Cp x) de 0 au dĂ©but et de 2 Ă  la fin pendant que le seuil (Prd II = Cp x’ + Cp x) descendrait de 4 à 3. Il suffirait alors que la diminution de Pst I’ soit infĂ©rieure Ă  l’augmentation de Pst II pour qu’il subsiste une augmentation globale de P’st pendant que P’rd diminue. Nous reprendrons la chose sous 10 (§ 5).

§ 5. Interprétation des résultats dépendant du développement

L’analyse qui prĂ©cĂšde rend aisĂ©e l’interprĂ©tation du dĂ©veloppement en fonction de l’ñge, ou, pour parler plus prĂ©cisĂ©ment, l’examen de l’évolution des perceptions en profondeur, de l’enfant de 5-8 ans Ă  l’ñge adulte, Ă©claire et permet de contrĂŽler l’explication des mĂ©canismes indĂ©pendants de l’ñge.

6. Évolution diffĂ©rentielle des erreurs globales en profondeur dans les situations 1 + 3 et 2 + 4

La meilleure preuve que l’erreur d’estimation en profondeur telle qu’elle se prĂ©sente globalement Ă  la mesure (soit P’st) constitue le produit complexe de la composition de deux sortes au moins d’erreurs P’st I et Pst II, est que l’évolution de P’st avec l’ñge se prĂ©sente sous deux formes exactement opposĂ©es l’une Ă  l’autre selon les situations 1 + 3 et 2 + 4. Dans le premier cas, l’étalon Ă©tant proche et la variable Ă©loignĂ©e, la valeur de P’st diminue notablement avec l’ñge (moyennes arithmĂ©tiques comme algĂ©briques), tandis que dans le second (Ă©talon Ă©loignĂ© en profondeur), elle augmente de façon tout aussi notable (voir § 3, n° 6).

Il suffit alors d’utiliser les dĂ©compositions de Ferreur globale P’st que formulent les prop. (10) Ă  (11 bis) pour traduire de la façon suivante sa double Ă©volution avec l’ñge.

1° Situations 1 + 3 :

(16) (Pst I’Ef + Pst IIEf) > (Pst FAd − Pst IIAd)

2° Situations 2 + 4 :

(17) (Pst I’Ef − Pst HEf) < (Pst I’Ad + Pst IIAd)

les indices Ef et Ad désignant les valeurs pour les enfants et pour les adultes.

Mais si la dĂ©composition de P’st en Pst I’ et en Pst II explique ainsi sans plus l’évolution diffĂ©rente avec l’ñge de P’st selon les situations 1 + 3 et 2 + 4, le problĂšme subsiste entier de savoir si les deux erreurs composantes Pst I’ (Ă©talon) et Pst II (profondeur) diminuent ou augmentent chacune avec l’ñge, ou encore si l’une diminue et l’autre augmente, et pourquoi.

Nous constatons d’abord, en comparant les rĂ©sultats obtenus (tableaux II et IV) avec les prop. (10) et (11 bis), que chez l’adulte l’erreur Pst I’ est plus faible que Pst II puisque le produit Pst I’ − Pst II est nĂ©gatif (prop. 10) et que chez l’enfant le rapport est inverse (prop. 11 bis). On a donc :

(18) (Pst I’Ad < Pst IIAd) et (Pst Fei > Pst IIEf)

On a d’autre part, comme le montrent les tableaux II et IV une erreur adulte pour les situations 2 + 4 (9,02 et 10,65 de moyennes alg. et arith.) supĂ©rieure Ă  ce qu’est l’erreur enfantine pour les situations 1 + 3 (5,45 et 7,45). En vertu des prop. (10 bis) et (11) on peut donc Ă©crire :

(19) (Pst I’Ad + Pst IIAd) > (Pst I’Ef + Pst IIEf)

En troisiĂšme lieu, les mĂȘmes tableaux montrent que l’erreur enfantine pour les situations 2 + 4 (soit 3,70 et 6,90 de moyennes alg. et arith.) est plus grande que l’erreur adulte pour les situations 1 + 3 (soit − 1,85 et 5,70). On a donc, en vertu de (11 bis) et de (10) :

(20) (Pst I’Ef − Pst IIEf) > (Pst I’Ad − Pst IIAd)

De ces trois propositions (18), (19) et (20), il est alors possible de conclure que l’erreur de l’étalon Pst I’ est plus forte chez l’enfant que chez l’adulte mais que la surestimation en profondeur est plus forte chez l’adulte que n’est chez l’enfant la sous-estimation correspondante :

(21) (Pst I’Ef > Pst I’Ad) et (Pst IIef < Pst IIAd)

En effet, si l’on admettait que l’erreur de l’étalon est plus faible chez l’enfant et l’erreur en profondeur plus faible chez l’adulte, ce serait contradictoire avec les prop. (18 et 19). Si l’on supposait, d’autre part, que les deux erreurs sont toutes deux plus grandes ou toutes deux plus petites chez l’enfant, ce serait contradictoire avec les prop. (19) et (20).

Mais pourquoi l’erreur de l’étalon diminue-t-elle avec le dĂ©veloppement ? Il suffit de se rĂ©fĂ©rer Ă  ce que nous a appris la comparaison dans le plan, puisque l’erreur Pst I’ est comparable Ă  l’erreur de l’étalon en gĂ©nĂ©ral. Les prop. (38) et (39) de l’article prĂ©cĂ©dent Recherches II peuvent donc servir d’explication sur ce point. Autrement dit la diminution de l’erreur de l’étalon au cours du dĂ©veloppement mental s’expliquerait par un progrĂšs de la capacitĂ© sĂ©riale.

Quant Ă  l’accroissement avec l’ñge de l’erreur en profondeur Pst II, nous allons l’étudier sous les points suivants.

7. L’évolution des renversements

Lorsque, pour des positions en profondeur maintenues constantes et de mĂȘmes Ă©carts transversaux, on permute le mesurant et le mesurĂ© (B0 et A ; C) soit de la situation 1 Ă  la situation 2 soit de 3 à 4, on observe un renversement de l’erreur, incomplet (= + n), complet (= 0) ou surcomplet (= − n). Or, nous avons vu (tableau V) que l’enfant en demeure Ă  des renversements incomplets (+ 2,10 et + 1,82) tandis que l’adulte parvient Ă  des surrenversements de − 0,37 et − 0,12. On pourrait ĂȘtre tentĂ© d’attribuer sans plus cette Ă©volution Ă  ce progrĂšs de la rĂ©versibilitĂ© que nous avons dĂ©jĂ  notĂ© maintes fois dans le mĂ©canisme des perceptions adultes ou intellectualisĂ©es par opposition Ă  celui des perceptions enfantines. Et, en un sens, cela est exact, si la surestimation en profondeur (Tf > Dist) qui semble bien caractĂ©riser les rĂ©actions adultes est due Ă  une compensation d’ordre rĂ©gulatoire. Mais le renversement lui-mĂȘme, qui se produit lors du passage des situations 1 + 3 aux situations 2 + 4, n’est pas dĂ» Ă  cette surcompensation, puisqu’il se produit (sous une forme complĂšte, surcomplĂšte ou partielle) indĂ©pendamment du sens absolu des erreurs. S’il est plus fort chez l’adulte que chez l’enfant, puisqu’il y a surrenversement chez le premier et renversement partiel chez le second, cela s’explique simplement par le fait que chez l’adulte la surestimation en profondeur est plus grande que l’erreur de l’étalon, tandis que chez l’enfant celle-ci dĂ©passe la sous-estimation en profondeur (prop. 18). En effet, le mĂ©canisme du renversement est le suivant chez les adultes :

(22) (Pst I’Ad − Pst IIAd) → (Pst I’Ad + Pst IIAd)

oĂč Pst I’Ad < Pst IIAd

et chez les enfants de 5-8 ans :

(22 bis) (Pst I’Ef + Pst IIEf) ← (Pst I’Ef − Pst IIEf)

oĂč Pst I’Ef > Pst IIEf

Si alors nous dĂ©signons par a1 et b1 les valeurs de Pst I’ chez l’adulte et chez l’enfant et par b2 et a2 les valeurs de Pst II chez l’adulte et chez l’enfant (Ă©tant entendu que b + a = c ; que b > a et que b = a + a’), on a pour l’adulte :

(23) (a1 − b2) → (b2 + a1) donc (− a’ → c)

et pour l’enfant :

(23 bis) (b1 + a2) ← (b1 − a2) donc (c ← + a’)

le renversement (− a’ → c) Ă©tant ainsi plus fort que le renversement (+ a’ → c), ce qui rend compte des faits observĂ©s.

8. Évolution de l’erreur en profondeur (Pst II)

Venons-en au problĂšme capital que soulĂšve le changement de sens avec l’ñge de l’erreur systĂ©matique en profondeur Pst II (par opposition Ă  l’erreur globale P’st). Tous les rĂ©sultats que nous avons obtenus convergent, en effet, qu’il s’agisse des variations de l’erreur globale P’st, des renversements analysĂ©s Ă  l’instant, etc., vers cette conclusion que, dans la comparaison en profondeur de deux Ă©lĂ©ments isolĂ©s, l’enfant de 5 Ă  8 ans sous-estime le terme Ă©loignĂ© et que l’adulte le surestime. MĂȘme dans les cas (situations 2 et 4) oĂč l’enfant le surĂ©value Ă©galement, il s’agit alors d’une interfĂ©rence avec l’erreur de l’étalon, et la dĂ©composition de l’erreur globale rĂ©sultant de telles interfĂ©rences permet de retrouver la sous-estimation en profondeur. Il reste naturellement Ă  Ă©tudier par la mĂȘme mĂ©thode les comparaisons avec sĂ©riations, etc., mais, pour ce qui est de la comparaison isolĂ©e, cette dĂ©composition est de nature Ă  permettre de concilier les rĂ©sultats souvent contradictoires obtenus par les auteurs, et de confirmer l’hypothĂšse d’une Ă©volution des constances avec l’ñge, soutenue par Beyrl, Brunswick, etc. Mais comment expliquer le passage de la sous-estimation Ă  la surestimation, observĂ© chez nos sujets enfantins et adultes ?

Une seconde conclusion nous paraĂźt s’imposer : c’est qu’une telle Ă©volution, dont l’aboutissement n’est pas la constance comme telle, mais cette « surconstance » signalĂ©e par plusieurs auteurs (et comme une sorte d’accident sur lequel on n’insistait pas) ne saurait ĂȘtre le produit ni d’expĂ©riences pures, ni d’une simple maturation, mais suppose un jeu complexe de rĂ©gulations. En effet, la constance exacte ne s’observe chez l’adulte que dans le 7 % des cas, tant dans les situations 1 + 3 (Ă©talon proche) que dans les situations 2 + 4 (Ă©talon Ă©loignĂ©), alors que chez l’enfant elle est de 8,25 et 11 %, au total 9,62 % ! Tout se passe donc comme si, oscillant statistiquement autour du point de constance vraie, les processus perceptifs donnaient lieu Ă  une rĂ©gulation incomplĂšte chez l’enfant et Ă  une surcompensation chez l’adulte. Mais par quelle mĂ©thode atteindre ces rĂ©gulations ?

Essayons de procĂ©der, par analogie, du mieux au moins connu, et de comparer le mĂ©canisme des estimations en profondeur Ă  celui des estimations dans le plan. Quelles que soient les diffĂ©rences, la ressemblance s’impose puisqu’on retrouve dans les deux cas l’erreur de l’étalon, donc le processus des transports en fonction des centrations. Mais lĂ  s’arrĂȘte peut-ĂȘtre l’analogie, puisque cette erreur dĂ©pend de l’écart latĂ©ral dans le plan, tandis qu’en profondeur intervient une distance inconnue selon la troisiĂšme dimension.

Soit deux grandeurs x et x’. Dans le plan, il suffit de centrer x pour le surestimer et pour sous-estimer par le fait mĂȘme x’ en tant que pĂ©riphĂ©rique ; puis il suffira de centrer x’ pour renverser ces rapports : la centration alternative sur x et x’ conduira donc Ă  une dĂ©centration, qui sera absolue si l’intervalle voit ses propres dĂ©formations intercalaires rĂ©duites par le regard oscillant entre les deux termes (voir Recherches I, DĂ©f. VI, § 10). En profondeur, par contre, il s’ajoute Ă  cela, le fait que l’élĂ©ment Ă©loignĂ© prĂ©sente une grandeur apparente distincte de celle que lui attribuera la perception rĂ©gulĂ©e. Entre les grandeurs apparentes des termes Ă  comparer, il s’établit d’abord un jeu de centrations et de dĂ©centrations, qui explique Terreur de l’étalon et sur lequel nous sommes dĂ©jĂ  renseignĂ©s. Mais il reste Ă  rĂ©soudre le problĂšme essentiel : comment le sujet procĂšde-t-il de la grandeur apparente Ă  la grandeur jugĂ©e rĂ©elle ? Essayons de concevoir les rĂ©gulations conduisant Ă  cette derniĂšre sur le modĂšle des dĂ©centrations propres Ă  l’erreur de l’étalon.

Pour ce faire, cherchons Ă  dĂ©crire les centrations et dĂ©centrations en profondeur de la mĂȘme maniĂšre que nous l’avons tentĂ© dans le plan (Rech. I), c’est-Ă -dire en analysant directement et naĂŻvement, sans prĂ©suppositions psychologiques ou, encore moins, physiologiques d’aucune sorte, ce qui est donnĂ© dans l’expĂ©rience immĂ©diate. Oublions donc les mĂ©canismes de l’accommodation, de la parallaxe binoculaire, etc., etc., et demandons-nous sans plus ce qui se produit lorsque l’on fixe alternativement deux objets situĂ©s Ă  des profondeurs inĂ©gales, suffisamment Ă©cartĂ©s l’un de l’autre pour que leurs centrations soient bien distinctes et pas assez cependant pour qu’elles soient indĂ©pendantes.

Voici p. ex. le coin d’un meuble situĂ© Ă  2 m devant moi et le coin d’un autre situĂ© Ă  3 m, sĂ©parĂ©s tous deux par un Ă©cart d’environ 1 m 50. Lorsque je fixe le premier, le second vu dans la pĂ©riphĂ©rie me paraĂźt peu net et Ă©loignĂ©. Je fixe ensuite le second : il semble se rapprocher et s’élever quelque peu, tandis que le premier, en passant dans la pĂ©riphĂ©rie de cette seconde fixation, me paraĂźt brusquement et tout Ă  la fois reculer, diminuer de hauteur et se dĂ©jeter du cĂŽtĂ© opposĂ© au second. Je dĂ©place Ă  nouveau d’un trait le regard sur le premier : il se rapproche alors soudain de moi et s’agrandit, tandis que le second rapetisse, s’éloigne et est rejetĂ© du cĂŽtĂ© inverse, etc. À considĂ©rer naĂŻvement les choses, il semble donc que deux phĂ©nomĂšnes se produisent en de telles fixations : d’une part, un agrandissement du terme fixĂ© et un rapetissement du terme pĂ©riphĂ©rique (c’est le processus que l’on retrouve en plan et que nous avons retenu jusqu’ici comme caractĂ©ristique de la centration) ; d’autre part (et ceci est spĂ©cial Ă  la profondeur) un rapprochement de l’élĂ©ment centrĂ©, comme si sa distance diminuait selon la troisiĂšme dimension, et un Ă©loignement en profondeur de l’élĂ©ment pĂ©riphĂ©rique. Notons encore que si celui-ci est trĂšs Ă©loignĂ© du premier, en Ă©cart transversal, mais assez proche du sujet, il n’est plus reculĂ© en profondeur lorsqu’il est vu en pĂ©riphĂ©rie, mais simplement dĂ©jetĂ© de cĂŽtĂ©.

Rappelons-nous maintenant le champ creux hĂ©misphĂ©rique de fixation lorsque les yeux sont dans la position primaire : tout se passe comme si l’on voyait la calotte centrale sous la forme d’une petite surface Ă  la fois plane et plus rapprochĂ©e de l’Ɠil que la pĂ©riphĂ©rie, ce caractĂšre s’appliquant alors tantĂŽt Ă  l’un, tantĂŽt Ă  l’autre des deux objets comparĂ©s Ă  l’instant, lorsqu’ils sont centrĂ©s alternativement, c’est-Ă -dire prĂ©cisĂ©ment situĂ©s Ă  tour de rĂŽle dans la calotte centrale de ce champ en profondeur.

Cherchons Ă  exprimer les choses sous une forme plus gĂ©nĂ©rale. Appelons x’ l’élĂ©ment le plus Ă©loignĂ© du sujet et x” sa grandeur apparente, et x l’élĂ©ment proche dont la grandeur apparente se confond Ă  peu prĂšs avec la grandeur jugĂ©e rĂ©elle. Lorsque le regard se fixe sur x’, cette centration en x’ agrandit lĂ©gĂšrement x’’ et diminue lĂ©gĂšrement x, comme on vient de le rappeler, mais, en mĂȘme temps, elle donne, par le fait mĂȘme de l’accommodation visuelle, l’impression de rapprocher x’ du sujet, tandis que x, vu dans la pĂ©riphĂ©rie de la zone centrale dont x’ occupe le centre, paraĂźt s’écarter et souvent mĂȘme s’éloigner dans une rĂ©gion peu distincte (faute d’accommodation simultanĂ©e sur x et sur x’). Au contraire, lorsque le regard se fixe sur x, le terme se rapproche et s’agrandit, tandis que x’, vu dans la pĂ©riphĂ©rie de la nouvelle centration, semble s’éloigner (avec rapetissement de x’’). Il y a donc deux mĂ©canismes distincts Ă  considĂ©rer dans les centrations en profondeur : 1° Du point de vue des grandeurs apparentes, il y a surestimation de x’’ et sous-estimation de x en cas de centration sur x’, et l’inverse en cas de centration sur x. C’est ce processus dĂ©jĂ  dĂ©crit (Rech. I et II) qui explique donc l’erreur de l’étalon. 2° Mais, en mĂȘme temps, il y a le processus, spĂ©cial Ă  la profondeur, d’un rapprochement par rapport au sujet de l’élĂ©ment Ă©loigné x’, lorsqu’il est centrĂ©, et d’un Ă©cartement corrĂ©latif de l’objet proche x (vu dans la pĂ©riphĂ©rie de x’ ou zone non accommodĂ©e), puis d’un rapprochement de l’élĂ©ment proche x, lorsqu’il est centrĂ© Ă  son tour, avec Ă©loignement trĂšs distinct de l’objet Ă©loigné x’ perçu alors sans nettetĂ© dans la pĂ©riphĂ©rie non accommodĂ©e de la nouvelle zone centrale. Or, c’est ce second mĂ©canisme, ou, plus prĂ©cisĂ©ment cet aspect caractĂ©ristique de la centration selon la troisiĂšme dimension qui nous paraĂźt expliquer l’erreur initiale en profondeur, alors que la dĂ©centration correspondante expliquera sa correction et son Ă©volution avec l’ñge. En effet, si le terme centrĂ© est trop rapprochĂ© et le terme pĂ©riphĂ©rique trop Ă©loignĂ©, par rapport aux distances rĂ©elles sĂ©parant l’objet du sujet, la dĂ©centration en profondeur consistera Ă  corriger l’une par l’autre les centrations sur x et sur x’ et Ă  attribuer Ă  ces objets des distances plus exactes Ă  l’égard du sujet. C’est ce que nous allons voir plus en dĂ©tail.

Notons d’abord que ce rapprochement apparent de l’objet centrĂ© en profondeur, lors de l’accommodation visuelle, et cet Ă©loignement corrĂ©latif de l’objet vu dans la pĂ©riphĂ©rie non accommodĂ©e des zones centrales, obĂ©issent Ă  un mĂȘme principe que l’agrandissement et le rapetissement des objets centrĂ©s ou vus en pĂ©riphĂ©rie dans le plan : dans les deux cas, la centration consiste Ă  relier l’objet perçu au sujet par un rapport privilĂ©giĂ© (agrandissement, en plan, ou rapprochement, en profondeur), et dans les deux cas, la dĂ©centration consistera Ă  dĂ©tacher l’objet du sujet (objectivation des dimensions, en plan, et de l’éloignement, en profondeur).

Seulement, si la centration et la dĂ©centration relĂšvent ainsi d’un mĂȘme principe, en plan et en profondeur, il n’en reste pas moins que leurs effets sont orientĂ©s en sens contraire dans ces deux cas, quant Ă  l’attribution des dimensions jugĂ©es rĂ©elles de l’objet. En effet, dans le cas de la comparaison en plan, la centration agrandit trop l’objet centrĂ©, la vision pĂ©riphĂ©rique le rapetisse trop et la dĂ©centration lui confĂšre des dimensions plus petites que la premiĂšre et plus grandes que la seconde. En profondeur, au contraire, ce n’est que la grandeur apparente x’’ qui est surestimĂ©e par centration (d’oĂč l’erreur de l’étalon). Pour ce qui est, par contre, du rapprochement de l’objet centrĂ©, il a pour rĂ©sultat non pas une augmentation mais bien une diminution de la grandeur jugĂ©e rĂ©elle. Il est clair que pour une grandeur apparente donnĂ©e (mĂȘme si celle-ci est surĂ©valuĂ©e) l’objet sera estimĂ© d’autant plus grand en rĂ©alitĂ© qu’il semble plus Ă©loignĂ© et d’autant plus petit qu’il paraĂźt plus proche : un mĂȘme chalet vu au loin sur les flancs d’une montagne est ainsi considĂ©rĂ© comme grand si on le croit trĂšs distant, et comme plus petit si on le croit plus proche, et c’est souvent Ă  la taille des sapins qui l’entourent que l’on pourra dĂ©cider tout Ă  la fois de ses dimensions et de son Ă©loignement. La centration sur x’, tout en agrandissant x” (grandeur apparente), aboutit donc Ă  la sous-Ă©valuation de sa grandeur rĂ©elle, s’il est assez distant 17, tandis que la centration sur x proche aboutit Ă  sa surĂ©valuation. L’erreur initiale en profondeur, par sous-estimation de l’élĂ©ment Ă©loignĂ© s’explique ainsi d’emblĂ©e par les caractĂšres de la centration selon la troisiĂšme dimension. Cette centration se manifeste par le rĂ©sultat Tf < Dist, d’oĂč x’2 < x’1 et x’2 > x’1 c’est-Ă -dire par un « transport » trop court par rapport Ă  la distance rĂ©elle (rapprochement excessif de l’objet centrĂ©), d’oĂč l’agrandissement insuffisant de l’objet Ă©loignĂ© au cours du transport (x’2 < x’1) et le rapetissement insuffisant de l’objet proche au cours du transport inverse (x2 > x1).

Quant Ă  la dĂ©centration, son mĂ©canisme est exactement analogue, mutatis mutandis, en profondeur et en plan. En plan, en effet, elle aboutit Ă  corriger l’une par l’autre les deux centrations successives, en percevant l’intervalle sĂ©parant les termes comparĂ©s comme une zone neutre Ă  partir de laquelle ils sont vus l’un en relation rĂ©ciproque avec l’autre : la dĂ©centration absolue, en plan, consiste donc en une suppression des dĂ©formations de l’intervalle lui-mĂȘme. Or, en profondeur, le jeu des rapprochements et Ă©loignements excessifs dus aux centrations successives aboutit Ă©galement Ă  une compensation portant sur l’intervalle : celui-ci n’étant autre que la distance sĂ©parant les objets selon les deuxiĂšme et troisiĂšme dimensions, la dĂ©centration exacte aboutirait donc Ă  Tf = Dist, d’oĂč x’2 = x’1 et x2 = x1. Seulement, tandis qu’en plan, l’intervalle est donnĂ© dans la symĂ©trie des termes comparĂ©s par rapport au sujet, l’égalitĂ© Tp (x) = Tp (x’) suffisant Ă  conduire Ă  la compensation exacte Tp = Dist indĂ©pendamment de l’évaluation de la distance absolue, en profondeur l’asymĂ©trie de la relation unissant le terme proche x au terme Ă©loigné x, explique le fait que, mĂȘme si les transports relatifs sont Ă©gaux (Tf x’ = Tf x) et si le terme Ă©loignĂ© n’est pas plus agrandi au cours de son transport vers le terme proche que celui-ci n’est rapetissĂ© dans le transport inverse (donc E2 = E1), la distance absolue en profondeur n’en est pas pour autant correctement Ă©valuĂ©e : faute de ce frein, la dĂ©centration peut donc aboutir, en profondeur, Ă  un renversement de l’erreur initiale (due Ă  la centration) et l’on a alors surcompensation Tf > Dist, c’est-Ă -dire x’2 > x’1 et x2 < x1, d’oĂč l’erreur par « surconstance » des sujets qui corrigent trop bien la sous-estimation en profondeur.

Il devient donc facile de formuler le mĂ©canisme des erreurs en profondeur et de leur Ă©volution avec l’ñge. Commençons, pour mieux distinguer ce que nous admettrons sans dĂ©monstration et sur la seule foi de l’observation introspective directe, par Ă©noncer deux postulats analogues Ă  ceux qui nous ont servi pour la centration et la dĂ©centration en plan (Rech. I, post. I-III et IV-V) :

Postulat I. Tout Ă©lĂ©ment X’ centrĂ© en profondeur, avec accommodation adĂ©quate, semble par le fait mĂȘme se rapprocher du sujet et sa grandeur apparente X” est lĂ©gĂšrement surĂ©valuĂ©e. Tout Ă©lĂ©ment Y perçu dans la pĂ©riphĂ©rie non accommodĂ©e de la zone centrale de X’ semble alors s’éloigner et sa grandeur apparente Y” est lĂ©gĂšrement sous-Ă©valuĂ©e. Les Ă©lĂ©ments Y comprennent l’élĂ©ment proche X.

Postulat II. Les centrations successives rĂ©elles sur l’élĂ©ment Ă©loigné X’ et l’élĂ©ment proche X aboutissent Ă  une dĂ©centration en profondeur dont les effets contrebalancent ceux de la centration et tendent notamment Ă  augmenter l’éloignement de X’.

Sans revenir sur l’erreur de l’étalon relative Ă  la grandeur apparente x”, on peut alors Ă©crire les propositions suivantes. Si nous appelons Ctf la centration en profondeur, on a d’abord :

(24) Ctf (x’) = (Tf < Dist) = (x’2 < x’1)

et si nous dĂ©signons par Ctf (x) la centration du terme proche mais comparĂ© en profondeur à x’ on a ensuite :

(24 bis) Ctf (x) = (Tf < Dist) = (x2 > x1)

La prop. (24) postule donc que la centration naĂŻve du regard sur un objet Ă©loignĂ© consiste Ă  le rapprocher (Tf < Dist), d’oĂč son agrandissement insuffisant (x’2 < x’1) au cours du transport et par consĂ©quent sa sous-estimation finale.

On a, enfin, par une décentration en profondeur Dtf dont le mécanisme serait analogue à celui de la comparaison en plan :

(25) Dtf (x x’) = (Tf = Dist) = (x2 x’2 = x1 x’1)

Quant Ă  la surcompensation, dont le rĂ©sultat est d’exagĂ©rer la distance, on peut la concevoir comme une centration sur cette derniĂšre, d’oĂč :

(26) Ctf (Dist) = (Tf > Dist) = (x,2 > x,1) + (x2 < x1)

Etant donnĂ© l’objet limitĂ© de cette Ă©tude, nous ne saurions naturellement dĂ©cider encore dans quelles conditions il y a rĂ©gulation exacte (25) et dans lesquelles apparaĂźt la surcompensation (26). Il est possible que celle-ci soit liĂ©e aux comparaisons isolĂ©es et qu’un systĂšme de comparaisons avec sĂ©riation rapproche la perception de l’état (25).

Par contre, il est facile de rendre compte, en s’appuyant sur les prop. (24) à (26), de l’évolution avec l’ñge de l’erreur systĂ©matique en profondeur. Les prop. (24) et (24 bis), tout d’abord, expriment l’erreur initiale par sous-estimation de l’élĂ©ment Ă©loignĂ© (l’erreur des enfants). On a, en effet, si Dist > Tf, l’égalitĂ© suivante :

(27) [Ctf (x’) + Ctf (x)] = [Dist = Tf + Pst II]

oĂč Pst II est la transformation non compensĂ©e par l’accroissement de Tf, lorsque la distance augmente, donc la dĂ©formation en profondeur. Le signe + de cette dĂ©formation est ici sans rapport avec le sens de l’erreur systĂ©matique, calculĂ©e sur l’étalon, dans les prop. 10 à 11 bis et en gĂ©nĂ©ral dans ce qui prĂ©cĂšde : il indique simplement en (27) une dĂ©formation positive.

La décentration (25) donne alors une régulation :

(27 bis) [Dtf (x x’)] = [Dist = Tf + (Pst II = 0)]

puisque Pst II changeant de signe et tendant vers 0 constitue par définition (Rech. I, Déf. IV, p. 38) une régulation.

Il suffit alors d’admettre qu’avec l’ñge la dĂ©centration augmente sous l’influence d’un progrĂšs gĂ©nĂ©ral de la rĂ©versibilitĂ©, inhĂ©rent au dĂ©veloppement intellectuel, et des « rapports virtuels » (cf. Rech. I, DĂ©f. VII-VIII) que cette rĂ©versibilitĂ© croissante entraĂźne, pour comprendre le renversement de l’illusion :

(27 ter) [Dist < Tf] = [Dist = Tf − Pst II]

le signe − indiquant la surcompensation qui prolonge la transformation (27 bis).

Les renversements avec l’ñge dans le % des cas de « sur-constance » (voir § 3, n° 8 bis) et dans les proportions des erreurs systĂ©matiques (n° 8 ter) vont alors de soi.

9. Le rĂ©trĂ©cissement avec l’ñge des seuils d’égalitĂ©

Rien n’est plus propre Ă  confirmer les interprĂ©tations qui prĂ©cĂšdent que l’examen des transformations du seuil d’égalitĂ© avec l’ñge. L’erreur systĂ©matique globale P’st ne diminue en effet, avec l’ñge, que dans les situations 1 et 3, mais elle augmente notablement, de l’enfance Ă  l’ñge adulte, pour les situations 2 et 4. On pourrait donc s’attendre Ă  ce que les seuils d’égalitĂ© se resserrent Ă©galement, avec l’ñge, dans les situations 1-3 mais se dilatent dans les situations 2-4, puisque, sans ĂȘtre identiques les dĂ©formations Pst (erreur systĂ©matique) et Prd (extension du seuil) sont en gĂ©nĂ©ral corrĂ©latives. Seulement, nous venons d’interprĂ©ter les erreurs systĂ©matiques en profondeur de sens nĂ©gatif (− Pst II), que prĂ©sentent les adultes (donc la surestimation des objets Ă©loignĂ©s), non pas comme une transformation non compensĂ©e, c’est-Ă -dire une dĂ©formation illusoire Ă  la maniĂšre des erreurs + Pst II de l’enfant, mais bien comme une illusion par surcompensation, si l’on peut s’exprimer ainsi. En ce cas il n’y a pas de raison pour qu’il y ait extension avec l’ñge du seuil d’égalitĂ©, dans les situations 2-4 pas plus que dans les situations 1 + 3. Or, l’examen des faits (tableau I) donne une rĂ©ponse dĂ©cisive : tous les seuils se rĂ©trĂ©cissent en moyenne avec l’ñge, pour les situations 2 + 4 aussi bien que 1 + 3. Il y a seulement, en vertu des prop. 13 Ă  14 (bis), rĂ©trĂ©cissement moindre pour les derniĂšres de ces situations que pour les premiĂšres, mais il y a, et c’est lĂ  l’essentiel, rĂ©trĂ©cissement gĂ©nĂ©ral. C’est donc bien que l’évolution avec l’ñge se fait dans le sens de la dĂ©centration et de la rĂ©gulation, sans quoi l’extension du seuil devrait augmenter en corrĂ©lation avec la surestimation des objets Ă  distance.

Mais comment expliquer ce paradoxe d’une rĂ©gulation progressive aboutissant Ă  la surcompensation, c’est-Ă -dire, malgrĂ© tout, Ă  une illusion (Ă  une « erreur systĂ©matique » par surestimation) et cela sans accroissement mais au contraire avec diminution gĂ©nĂ©rale de l’extension des seuils ? Il ne suffit pas de constater la chose, ni d’y voir la preuve de l’intervention d’une dĂ©centration : il faut expliquer le double mĂ©canisme de l’augmentation de P’st ou de Pst II et du rĂ©trĂ©cissement de P’rd 0 de Prd II, et cela d’une maniĂšre cohĂ©rente avec les prop. (24) à (27 ter).

Rappelons d’abord que la centration initiale des enfants sur les objets proche (x) et Ă©loignĂ© (x’) a pour effet de trop peu rapetisser le premier dans son transport vers le second (soit x2 > x1) et de trop peu agrandir le second dans le transport inverse (soit x’2 < x’1. Appelons CpEf (x) et CpEf (x’) ces dĂ©formations. On aura donc :

Prd IIEf = CpEf (x) + CpEf (x’) et Pst IIEf = CpEf (x) − CpEf (x’)

Sous l’effet des dĂ©centrations (25) et des rĂ©gulations (27 bis), on aura ensuite une diminution de Cp1 (x) et de Cp1 (x’) mais avec possibilitĂ© d’une exagĂ©ration de la distance Dist (cf. prop. 26) d’oĂč la surcompensation et le renversement de l’erreur systĂ©matique (prop. 27 ter) : soit x’2 > x’1 et x2 < x1. Mais dans quelles proportions vont se faire ces transformations ? Que l’objet distant x’ soit Ă©loignĂ© par la surcompensation plus qu’il ne l’est en rĂ©alitĂ©, cela est conforme à (26) et comme les faits nous montrent qu’il y a plus grande illusion Pst II chez l’adulte que chez l’enfant, on peut donc admettre :

(28) CpAd (x’) > CpE (x’) oĂč CpAd (x’) = (x’2 > x’1) et CpEf (x’) = (x’2 < x’1)

Mais, mĂȘme si nous supposons que l’objet proche (x) est trop rapetissĂ©, pour les mĂȘmes causes, au cours de son transport, soit x2 < x1 (prop. 26), il n’y a aucune raison pour admettre que cette seconde dĂ©formation, donc CpAd (x), soit plus forte que la dĂ©formation correspondante de l’enfant CpEf (x), donc x2 > x1. Au contraire, l’objet proche sera vu plus objectivement en gĂ©nĂ©ral que l’objet Ă©loignĂ© et, puisque le seuil se rĂ©trĂ©cit avec l’ñge, il faut bien, si x’ est dĂ©formĂ© par surcompensation, que l’autre terme x soit moins dĂ©formĂ© encore que chez l’enfant. Posons donc :

(29) CpAd (x) < CpEf (x)

et prĂ©cisons mĂȘme que Cp (x) est minime et que l’on a :

(29 bis) Cp (x) = (x2 ≀ x1) c’est-Ă -dire que CpAd ⇉ 0

En ce cas, on aura :

Prd IIAd = CpAd (x) + CpAd (x’) et Pst IIAd = CpAd (x’) − CpAd (x)

Il suffit alors d’admettre que

(30) [CpAd (x’) − CpAd (x)] > [CpEf (x) + CpEf (x’)]

et que

(30 bis) [CpAd (x) + CpAd (x’)] < [CpEf (x’) + CpEf (x)]

pour que l’on ait Ă  la fois augmentation de l’erreur systĂ©matique Pst II avec l’ñge et diminution de la largeur du seuil Prd II.

L’erreur de l’étalon Pst I’ et le seuil correspondant Prd I’ diminuant tous deux avec l’ñge, il suffit donc de combiner les prop. (28) Ă  (30) avec les prop. (10 à 11 bis) et (13 à 14 bis) pour trouver l’interprĂ©tation de l’augmentation de P’st pour les situations 2 et 4 et de sa diminution pour les situations 1 et 3, sans contredire au rĂ©trĂ©cissement gĂ©nĂ©ral des seuils P’rd pour toutes les situations.

10. Le rĂ©trĂ©cissement des seuils et le dĂ©placement des erreurs systĂ©matiques au cours de l’expĂ©rience

Rien n’est plus propre Ă  augmenter la probabilitĂ© de l’ensemble des interprĂ©tations qui prĂ©cĂšdent que de constater la parfaite opposition (dans les moyennes naturellement) des adultes et des enfants de 5-8 ans en ce qui concerne leur adaptation progressive aux objets prĂ©sentĂ©s successivement en cours d’expĂ©rience : comme nous l’avons vu sous 4, tous, les enfants aussi bien que les adultes, rĂ©trĂ©cissent en moyenne leurs seuils en fonction de l’exercice inconscient qui leur est imposĂ©, mais, tandis que les enfants s’accordent, dans les quatre situations, Ă  diminuer Ă©galement leur erreur systĂ©matique et apprennent donc Ă  estimer de plus en plus objectivement l’élĂ©ment Ă©loignĂ©, il se trouve que les adultes font l’inverse et s’écartent de plus en plus de l’évaluation correcte ! Ce paradoxe serait entiĂšrement incomprĂ©hensible s’il ne s’agissait pas lĂ  d’une surcompensation issue du mĂ©canisme des rĂ©gulations. D’une part l’enfant, sous-Ă©valuant au dĂ©but l’objet Ă©loignĂ© dans les situations 1 + 3, rectifie par dĂ©centration son jugement initial, et lorsqu’il le surĂ©value en apparence, grĂące en fait Ă  l’erreur de l’étalon (situations 2 + 4) il corrige de mĂȘme sa surestimation par dĂ©centration relative Ă  l’étalon. Par contre, l’adulte qui surestime d’emblĂ©e l’objet Ă©loignĂ©, comme s’il avait peur d’ĂȘtre trompĂ© par les grandeurs apparentes, le surestime de plus en plus en cours d’expĂ©rience par un excĂšs croissant de cette compensation initiale : l’erreur systĂ©matique positive augmente ainsi dans les situations 2 et 4 (surĂ©valuation de l’étalon Ă©loignĂ©) et l’erreur nĂ©gative s’accroĂźt de mĂȘme dans les situations 1 et 3 (surĂ©valuation de la variable Ă©loignĂ©e). Mais, d’autre part, tout en s’écartant de la sorte toujours davantage de l’estimation correcte, l’adulte rĂ©trĂ©cit cependant sans cesse ses seuils comme l’enfant, ce qui montre assez combien son erreur croissante s’accompagne elle aussi d’une dĂ©centration graduelle !

L’évolution des rĂ©actions enfantines et adultes au cours de l’expĂ©rience constitue donc, Ă  condition de juxtaposer les secondes aux premiĂšres (et en reconstituant l’intervalle par intrapolation), comme un abrĂ©gĂ© du dĂ©veloppement gĂ©nĂ©tique entier, analysĂ© sous 6-9 : elle est comme une « genĂšse actuelle » selon la juste expression de l’école de Leipzig. En effet, partant de la sous-estimation des Ă©lĂ©ments Ă©loignĂ©s, l’enfant corrige peu Ă  peu cette erreur initiale, tandis que l’adulte, l’ayant dĂ©jĂ  dĂ©passĂ©e, part de la surestimation et accentue toujours plus cette compensation. Nous avons donc lĂ , en abrĂ©gĂ©, la reproduction exacte (en mĂȘme plus rĂ©gulier !) de ce que nous donnent les moyennes observĂ©es entre 5 ans et l’ñge adulte, et cela par une sorte de parallĂ©lisme, non pas onto-phylogĂ©nĂ©tique, mais entre la « genĂšse actuelle » et la genĂšse rĂ©elle.

Aussi bien, les formules Ă©tablies sous 9 (prop. 28 à 30 bis) suffisent-elles, mutatis mutandis, Ă  expliquer cette Ă©volution au cours mĂȘme de l’expĂ©rience. On aura d’abord, pour les enfants :

(31) CpEf (x)2 < CpEf (x1)

et

CpEf (x’)2 < CpEf (x’)1

d’oĂč :

(31 bis) (Prd IIEf)2 < (Prd IIEf)1 et (Pst IIef)2 < (Pst Hef)1

tandis que pour les adultes, Ă©tant donnĂ©e la surcompensation sur x’, on aura :

(32) CpAd (x)2 < CpAd (x)1

mais

CpAd (x’)2 > CpAd (x’)1

d’oĂč

(32 bis) (Prd IIAd)2 < (Prd IIAd)1

mais

(Pst HAd)2 > (Pst IIAd)1

Dans le cas de l’enfant, la modification de P’rd I et de P’rd II en cours d’expĂ©rience se faisant dans le mĂȘme sens que (31 bis) on aura au total abaissement gĂ©nĂ©ral de P’rd et de P’st. Chez l’adulte il suffit d’admettre que la diminution de P’st I est plus faible que l’augmentation de Pst II pour conserver, au total, le sens des transformations (32 bis), soit une augmentation de P’st et une diminution de P’rd.

Table des symboles

(Les chiffres entre parenthĂšses indiquent les propositions » Ă  l’occasion desquelles les symboles employĂ©s sont dĂ©finis dans le texte.)

[Figure et lieu] [Page]
S et T (1) 199
s et t (1 bis) 199
r et d (1 ter) 199
A0 ; B0 ; etc. et D (2) 201
Pst (5) 202
Prd (8) 203
Tp (B0) et Tp (A ; C) (Défin. I) 205
El et E2 (Défin. I bis) 206
Tp ≶ Fig. (DĂ©fin. II) 206
Cp (Défin. III) 206
⇉ (20 bis) 216
⊂ (22) 216
F (27) 230
Dt (27 ter) 230
Ct (28) 231
p (32) 233
Se (34) 234
Cl CtV-VIII et Cl CtAd (37) 249
Tf ; Dist et P’st (1) 281
B’0 ; A’ ou C’ (2) 282
Psr II (4) 284
Psr I’ (5) 285
P’rd ; Prd I’ et Prd II (12) 291
Ctf (24) 303
Dtf (25) 303