Préface. La Vie affective et morale de l’enfant : douze ans de pratique psychanalytique (1945) a

L’intéressant ouvrage que Mlle Madeleine Rambert me fait l’amitié de me demander de préfacer séduira d’emblée le lecteur par une qualité malheureusement trop rare en bien des études de psychologie appliquée : c’est la saveur toute personnelle des observations faites et des remarques générales : « Douze ans de pratique psychanalytique » et d’une pratique qui a maintes réussites à son actif, c’est ce que l’on sent à chacune des pages écrites par Mlle Rambert.

Il y a longtemps que les spécialistes de la psychanalyse des enfants Mmes Anna Freud, Mélanie Klein, Isaacs, et bien d’autres, ont employé des techniques fondées sur le jeu spontané des petits, à titre d’équivalent de l’analyse des rêves chez l’adulte. Et effectivement, il existe une parenté indéniable entre le rêve et le jeu, comme la psychologie générale y a insisté elle-même (et comme nous venons de le répéter pour notre propre compte en un ouvrage sur le jeu et la formation du symbole chez l’enfant). Mais l’originalité de Mlle Rambert est d’avoir confectionné sa technique à elle sous la forme d’un jeu de guignols tel que la permanence du matériel et des motifs-types dont il déclenche l’apparition permet la comparaison d’un cas à l’autre tout en laissant à chaque sujet son originalité.

À cet égard, les résultats obtenus par Mlle Rambert sur l’évolution de la pensée symbolique sont d’un intérêt certain (et nous ont personnellement frappé par leur convergence avec ce que nous avons observé par ailleurs).

De même les réflexions de l’auteur sur la prise de conscience de l’enfant, au cours de sa rééducation par la psychanalyse, suggèrent quantité de remarques d’ordre général, et l’on peut même se demander si le facteur de mise en commun et de socialisation, inhérent à cette prise de conscience, ne joue pas un rôle essentiel dans la guérison du sujet, c’est-à-dire dans l’abréaction de son conflit.

Enfin, on ne saurait qu’applaudir aux remarques de Mlle Rambert sur le parallélisme du développement intellectuel et du développement affectif de l’enfant. L’interférence des notions artificialistes (selon lesquelles les êtres vivants sont conçus comme fabriqués quoique susceptibles de vie et de croissance) avec le « complexe de castration » en est un bon exemple. Il y en a bien d’autres encore, à commencer par celle entre le « choix de l’objet » affectif, vers la fin de la première année, et la construction même de l’objet, en tant que schème de l’intelligence.

Bref, on ne saurait que féliciter Mlle Rambert pour la parution de cette étude que l’on attendait d’elle, et c’est en me souvenant de notre ancienne collaboration à propos de l’idée de justice et du jugement moral chez l’enfant que je n’ai pas hésité, malgré mon incompétence en psychanalyse appliquée, à prendre la plume pour l’en remercier ainsi que de son utile carrière.