Notice de l’éditeur
La Formation du symbole chez l’enfant vient clôre la trilogie initiée en 1936 avec La Naissance de l’intelligence chez l’enfant. Piaget y étudie l’apparition de la fonction symbolique, c’est-à-dire la capacité de représenter un objet ou un événement absent par un signe ou une représentation. La fonction symbolique, préparée durant la période sensori-motrice se réalise pleinement avec l’apparition de la représentation et du langage entre 18 et 24 mois, lorsque l’enfant devient capable d’imitation différée (reproduire un geste en l’absence du modèle) et de jeu symbolique, et lorsqu’il commence à utiliser des signifiants (mots, gestes) pour désigner des objets. L’usage de symboles permet de se détacher de l’action immédiate caractéristique de l’action sensori-motrice : l’enfant peut désormais évoquer des objets, personnes ou événements en leur absence et son univers spatio-temporel s’élargit. Les deux mécanismes adaptatifs régulant l’interaction de l’enfant avec le monde physique et social — l’assimilation et l’accomodation — prennent respectivement en charge le jeu et l’imitation. Par le jeu symbolique, l’enfant attribue aux objets des significations fictives (un crayon devient une voiture), rejoue des situations vécues et transforme ainsi le réel selon ses désirs. Cette activité de déformation est emblématique de l’assimilation, illustrant le jeu des signifiés pouvant être déplacés d’un objet à l’autre. De manière complémentaire, l’imitation en présence du modèle s’exprime par la déformation des schèmes et constitue le précurseur des signifiants. De la sorte, Piaget articule le modèle saussurien du signe à la théorie de l’adaptation, l’ouvrage étant également le lieu d’une confrontation avec les thèses psychanalytiques. La distinction du symbole (évocation individuelle et subjective) et du signe (convention sociale partagée) permet d’identifier le rôle des facteurs sociaux dans le développement de la fonction symbolique. De ce point de vue le développement consiste à coordonner symboles (individuels) et signes (collectifs), faisant ainsi la part de l’imagination et de la convention sociale. A partir de l’âge de 2 ans, l’accès à la fonction symbolique ouvre un nouvel univers de possibles tels que la représentation et la narration, bases pour l’émergence de la pensée conceptuelle. Toutefois, cette période reste marquée par les caractéristiques du stade préopératoire : égocentrisme, centration, difficulté à se décentrer ou à coordonner plusieurs points de vue. Décrivant à la fois la rupture, entre les structures mentales sensori-motrice et représentative, et la continuité, du fait de l’usage des mêmes mécanismes adaptatifs, le modèle piagétien issu de la trilogie illustre le rôle fondateur de l’intelligence sensori-motrice dans le développement de l’enfant. La période sensori-motrice est ainsi le laboratoire où se préparent les conditions cognitives et sémantiques de la fonction symbolique dans laquelle s’inscrit le langage, loin des modèles innéistes et empiristes.