Note de l’éditeur
Le lecteur trouvera en tête du dernier ouvrage de Denis de Rougemont publié en 1944 par les éditions françaises Brentano’s, La Part du diable, nouvelle version, une notice sur l’auteur et son œuvre.
Pour dessiner la couverture de ce recueil de Lettres sur la bombe atomique et l’illustrer, Denis de Rougemont a fait appel à Matta. Sur celui-ci, André Breton a récemment écrit1 : « … Il nous convie sans cesse à un nouvel espace, en rupture délibérée avec l’ancien, puisque ce dernier n’a de sens qu’autant qu’il est distributif de corps élémentaires et fermés… Ce qui constitue la richesse de Matta, c’est que, dès ses premières œuvres, il était en possession d’une gamme colorée entièrement nouvelle, peut-être la seule, en tout cas la plus fascinante qui ait été proposée depuis Matisse… Par-dessus tout, l’interprétation symbolique des couleurs, seules ou dans leurs rapports (le bleu est l’ombre, etc.) se trouve chez lui révolutionnée par l’interférence constante du visuel et du visionnaire… »
Né en Patagonie de parents basques, Matta a [p. 12] étudié en France l’architecture. Pendant trois années il a travaillé avec Le Corbusier. En 1936, il voyagea en URSS, puis revint en France. Au début de la guerre, il se trouvait sur ce continent où son œuvre est maintenant bien connue.
Il a toujours été attiré par les travaux des physiciens modernes sur la propagation des ondes et les radiations, et par les transformations gigantesques que les savants viennent de faire subir à la matière. Il cherche, dit-il, à exprimer dans son œuvre, l’inquiétude profonde que ressent aujourd’hui le monde. C’est avec « l’œil de l’angoisse » qu’il veut peindre, or l’angoisse n’est-elle pas le sentiment qui serre le cœur des hommes depuis qu’il y a quelques mois une bombe a réduit en poussière Nagasaki et ses habitants ?