AIAIA Sweatshop

Une proposition de Béatrice Joyeux-Prunel et David Zerbib

 

Avec :

Melissa Biondo

Collectif Visual Contagions

Bérénice Courtin

Cindy Coutant

Alexandra Galian

Raphaëlle Kerbrat

Ettore Meschi

Celia Noverraz

Gabriel Shields-Hanau

Sabrina Smaili

 

Exposition du 17 mai au 21 juin 2024

Vernissage le vendredi 17 mai à 18h

 

àDuplex

rue des amis, 9

1201 Genève.

 

L’intelligence artificielle fascine et inquiète d’autant plus qu’elle semble l’émanation d’une entité immatérielle, fruit d’une technologie libérée des limites de notre physicalité animale. Une nouvelle forme de « honte prométhéenne » (le sentiment d’infériorité ressenti par l’humain devant la perfection de ses propres productions techniques, selon Gunther Anders) apparaît alors face aux progrès des IA génératives : grâce au flot de la production mondiale d’images numériques, les algorithmes paraissent capables de créer, imaginer et halluciner au-delà des frontières trop humaines des rêves et de la base de données si pauvrement cérébrale de notre imaginaire.

Mais la puissance éthérée du calcul, si grande soit-elle, masque la matérialité de l’IA, sorte d’incarnation refoulée comme un inconscient artificiel. Nous voudrions éprouver ici cette dimension clandestine, à commencer par sa généalogie textile, et le souvenir de sa naissance dans la mécanique d’un métier à tisser. Pour cela, AIAIA Sweatshop ouvre l’atelier clandestin de l’IA, caché derrière le code trop binaire de ces deux lettres et derrière les grands récits d’une puissance technologique qu’il s’agit de détricoter. C’est ici qu’une histoire de conquête médiévale se détisse pour interroger la relation de la machine et de ses serviteurs, ou que le digital retrouve son lien avec le bout des doigts, sur fond de lent processus historiques où se reconfigure l’antique articulation entre texte et image, de façon peu prédictible. Concaténation des temporalités, hybridation des mémoires et des identités, hacking conversationnel, test de Turing incarné, cyberpolitique de cendrier, prompts acryliques… Par tous ses neurones virtuels comme par les pores de la peau qu’on lui prête, l’IA est ici mise au travail pour transpirer une réalité matérielle, spatiale, physique, à partir de laquelle l’imaginaire de sa technologie devient retissable.