À poings fermés
Léa Pfister
On m’a dit « à poings fermés », il faut dormir à poings fermés. C’est pourquoi je les observe lorsqu’ils gisent à mes côtés. Mais ils sont toujours « elles », des mains désabusées. Faut-il donc se battre pour atteindre Morphée ?
Plier, il faut plier, ces menottes allongées. Elles paressent désœuvrées, pourtant les tambours ont sonné ! Mon cœur, ce va-t-en-guerre, a compris l’énoncé. Déjà, il claironne, tout à fait emballé, l’hymne de la panique pour effrayer mes pensées.
Recroquevillées, elles sont recroquevillées ces pauvres pognes timorées. Dois-je vraiment les forcer ? Oui ! Elles se doivent d’affronter… Qui ? Quoi ? Ce qui me fera sombrer.
Serrées, elles sont serrées, ces anciennes mains malavisées. Elles sont devenues « ils », des poings exaltés ! J’ai tout fermé, cadenassé, je respire en apnée. Je peux enfin mériter ce sommeil à gagner.
On m’a dit « à poings fermés », je suis toujours éveillée.

Photo : ©uello
En vers et en prose
Autour du motif de la main, une expérimentation poétique - en vers métrique ou en vers libre. Se plonger, à travers les mots, dans le secret des paumes et les méandres des doigts...
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