À poings fermés

 

Léa Pfister

 

On m’a dit « à poings fermés », il faut dormir à poings fermés. C’est pourquoi je les observe lorsqu’ils gisent à mes côtés. Mais ils sont toujours « elles », des mains désabusées. Faut-il donc se battre pour atteindre Morphée ?

Plier, il faut plier, ces menottes allongées. Elles paressent désœuvrées, pourtant les tambours ont sonné ! Mon cœur, ce va-t-en-guerre, a compris l’énoncé. Déjà, il claironne, tout à fait emballé, l’hymne de la panique pour effrayer mes pensées.

Recroquevillées, elles sont recroquevillées ces pauvres pognes timorées. Dois-je vraiment les forcer ? Oui ! Elles se doivent d’affronter… Qui ? Quoi ? Ce qui me fera sombrer.

Serrées, elles sont serrées, ces anciennes mains malavisées. Elles sont devenues « ils », des poings exaltés ! J’ai tout fermé, cadenassé, je respire en apnée. Je peux enfin mériter ce sommeil à gagner.

 

On m’a dit « à poings fermés », je suis toujours éveillée.

 

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Photo : ©uello

En vers et en prose

Autour du motif de la main, une expérimentation poétique - en vers métrique ou en vers libre. Se plonger, à travers les mots, dans le secret des paumes et les méandres des doigts...

Manustère
Ibrahim Abloua

Les mains de mon père
Piero Camacho

Mélodie / Tornade / Applaudissement
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Les Mains des Moires
Anaïs Kovacs

La Cathédrale
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À poings fermés
Léa Pfister

Artistiquement main
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À portée de main
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