Donner une gifle : mode d’emploi
Samia Rouijel
Donner une gifle à quelqu’un n’est pas un geste anodin. Ce n’est pas non plus quelque chose qu’on fait de façon désinvolte et quotidienne et c’est, bien souvent, un geste controversé. Pourtant, c’est un geste très libérateur et, parfois même, nécessaire. Il demande cependant des dispositions particulières à ne pas négliger si l’on souhaite qu’il se déroule au mieux.
En premier lieu, sa mise en pratique nécessite un état d’esprit particulier. C’est ce qu’on pourrait appeler un geste émotionnel, une réponse à un taux trop élevé de ressentiments envers quelqu’un. Parce qu’en plus de requérir une émotion particulière – généralement la colère (entre nous, on n’a jamais vu quelqu’un donner une gifle par excès de joie) – ce geste exige aussi une tierce personne à qui l’administrer. Donc, pour résumer, le prérequis indispensable à la bonne exécution du geste est une personne qui vous sort tellement par les yeux que vous êtes prêt à lui faire physiquement ressentir votre colère.
Ensuite, il ne faut pas que vous soyez trop loin de la personne à gifler – une longueur de bras maximum. Sinon, l’exécution du geste sera impossible. D’ailleurs, si vous pensez être trop loin, n’essayez pas de gifler la personne ; si le geste échoue, le ridicule vous guette.
Lorsque la distance est bonne et que la colère est répandue entièrement dans votre corps, vous pouvez initier le mouvement. Commencez par plier votre coude droit, si vous êtes droitier, ou gauche, si vous êtes gaucher, puis levez votre bras, le coude plié vers le ciel. Toujours avec le coude plié, amenez votre main vers l’arrière, afin de lui donner l’impulsion nécessaire au choc, et condensez toute votre colère dans cette main. Votre bras doit normalement se retrouver presque entièrement derrière vous. Lorsque votre main est suffisamment tirée vers l’arrière, vous allez ressentir une tension dans l’épaule : vous avez pris suffisamment d’élan et d’énergie pour bien exécuter le geste. N’oubliez pas de bien tendre vos doigts pour ajouter de la tension dans votre main ; votre gifle n’en sera que plus cinglante. Vous pouvez maintenant lancer la deuxième partie du mouvement. Cette fois, faites repartir votre coude vers l’avant, dans la direction de la personne à gifler. Votre main doit suivre d’elle-même le mouvement, mais sans perdre sa tension. Vous pouvez plier légèrement votre poignet, mais pas trop ; vous y perdriez en force. Enfin, laissez votre main s’écraser sur la joue gauche, si vous êtes droitier, ou droite, si vous êtes gaucher, de la personne giflée. Attention à bien viser son visage. Laissez toute votre colère sortir de votre corps à travers le contact physique que vous venez d’instaurer. Accompagnez légèrement le visage de l’autre personne avec votre main avant de la retirer. Pour finir, laissez un sentiment de soulagement et de satisfaction vous envahir. Savourez l’instant présent, avant que surgisse le remords d’avoir ainsi donné libre cours à votre violence.

Photo : © JacksonDavid
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