Attrape mes rêves si tu peux
Chiara Glorioso
Des flots de rêve se déversaient sur moi, j’étais couché dans mon lit, las et sans espoir. Mon réveil avait sonné depuis plusieurs minutes, ou plusieurs heures, je ne savais plus. Les multiples images qui envahissaient ma tête m’avaient fait perdre la notion du temps. À peine sorti de ma rêverie, je me dis qu’un attrape-rêves me serait peut-être utile. J’appelai ma sœur, parce que je n’avais aucune idée du lieu où je pouvais en trouver un, et j’étais persuadé qu’elle saurait. Et en effet, elle m’en apporta un le lendemain matin. Le cadre était brun, rempli de cordelettes usées, avec des plumes majestueuses et des perles en bois. Je l’aimais bien, il s’intégrait parfaitement à la décoration de ma chambre, il remplissait l’espace vide au-dessus de mon lit et il m’intriguait. En m’endormant ce soir-là, je le fixai avant de fermer les yeux pour quelques heures. Et je me réveillai la tête vidée et l’esprit reposé… mais l’attrape-rêves avait disparu ! Pourtant, je n'avais pas halluciné, il était bien accroché là, avant que je ne m’endorme ! Pris de panique face à ce phénomène inexplicable, je me mis à fouiller ma chambre, afin d’éloigner toute conclusion farfelue et surnaturelle de mon esprit. Deux minutes plus tard, je le retrouvai pris dans mes draps : il avait simplement dû se détacher pendant la nuit !
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Des flots de rêve se déversaient sur moi, j’étais couché dans mon lit, las et sans espoir. Mon réveil avait sonné depuis plusieurs minutes, ou plusieurs heures, je ne savais plus. Les multiples images d’amitiés passées et d’amours manquées qui envahissaient ma tête m’avaient fait perdre la notion du temps. À peine sorti de ma rêverie, je me dis qu’un attrape-rêves me serait peut-être utile. J’appelai ma sœur, parce que je n’avais aucune idée du lieu où je pouvais en trouver un, et j’étais persuadé qu’elle saurait : elle croyait beaucoup au pouvoir des énergies. Et en effet, elle m’en apporta un le lendemain matin. Le cadre était brun, rempli de cordelettes usées, avec des plumes de paon majestueuses et des perles en bois de formes diverses. Je l’aimais bien, il s’intégrait parfaitement à la décoration de ma chambre, il remplissait l’espace vide au-dessus de mon lit et il m’intriguait. La journée passa, je l’oubliai. Lorsque j’entrai dans ma chambre ce soir-là, je me sentis protégé rien qu’à sa vue. J’ouvris la fenêtre et me mis au lit, comme à mon habitude, tout en sentant une présence rassurante. En m’endormant, je le fixai avant de fermer les yeux pour passer quelques heures sereines. Et je me réveillai la tête vidée et l’esprit reposé… mais l’attrape-rêves était devenu violet ! Pourtant je n’avais pas halluciné, il était bien brun ! Je frottai mes yeux, en espérant que ma vue avait simplement besoin d’un petit temps pour se réveiller : non, la couleur ne changea pas. Je le décrochai et l’amenai dans la cuisine, devant la fenêtre sans rideaux : oui, il était bien violet. Intrigué, et plutôt inquiet, j’appelai ma sœur : oui, elle avait bel et bien préféré le brun, parce que les autres couleurs étaient trop criardes. Elle avait même dû le demander expressément à la vendeuse, car elle ne le voyait que dans la vitrine de la boutique. Ma sœur me dit de contrôler ma vue dans la semaine. Mais je voyais bien que les autres couleurs de mon appartement n’avaient pas changé. Je raccrochai. Je fus pris d’inquiétude. Mon cerveau surchauffait, il lui fallait une explication rationnelle. Je décidai de retourner à la boutique, et de questionner la vendeuse sur ce changement inattendu et surprenant de couleur. Peut-être était-ce une question d’énergies ? Elle m’écouta attentivement, d’un air amusé, puis finit par éclater de rire : oui, elle se souvenait du modèle vendu à ma sœur, et non, ce n’était pas un surplus d’énergies négatives. Elle ajouta : « Avez-vous pensé à le retourner, Monsieur ? Votre sœur a opté pour un modèle bicolore ! »
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Des flots de rêve se déversaient sur moi, j’étais couché dans mon lit, las et sans espoir. Mon réveil avait sonné depuis plusieurs minutes, ou plusieurs heures, je ne savais plus. Les multiples images d’amitiés passées et d’amours manquées qui envahissaient ma tête m’avaient fait perdre la notion du temps. À peine sorti de ma rêverie, je me dis qu’un attrape-rêves me serait peut-être utile : cela faisait bientôt une semaine que je perdais de précieuses minutes en me réveillant, car j’avais l’esprit confus et embrumé. J’appelai ma sœur, parce que je n’avais aucune idée du lieu où je pouvais en trouver un, et j’étais persuadé qu’elle saurait : elle croyait beaucoup au pouvoir des énergies. Et en effet, elle m’en apporta un le lendemain matin. Elle le déposa dans ma boite à lait, emballé dans du papier journal, pour le protéger de la pluie. Je le déballai dans mon allée mal éclairée, excité de le découvrir : le cadre était brun, rempli de cordelettes usées, des plumes de paon majestueuses, aux reflets captivants et hypnotisants, pendaient de toutes parts et des perles en bois, de formes diverses, décoraient l’intérieur à la forme de toile d’araignée. Je l’aimais bien, il s’intégrait parfaitement à la décoration boisée de ma chambre, il remplissait l’espace vide au-dessus de mon lit et il m’intriguait. La journée passa, je l’oubliai. Lorsque j’entrai dans ma chambre ce soir-là, je me sentis protégé rien qu’à sa vue. J’ouvris la fenêtre et me mis au lit, comme à mon habitude, tout en sentant une présence rassurante. En m’endormant, je le fixai avant de fermer les yeux pour passer quelques heures sereines. Et je me réveillai la tête vidée et l’esprit reposé… mais l’attrape-rêves brûlait ! Les extrémités des plumes prenaient feu, les cordelettes se consumaient, le cadre fondait ! Une épaisse fumée blanche s’échappait du malheureux objet et envahissait peu à peu la pièce, de telle sorte que la lumière du jour hésitant peinait à parvenir jusqu’à mes yeux encore endormis. La seule lueur qui perçait la fumée était celle du petit incendie. Elle brillait, scintillait, orangée et dorée, éblouissante, fascinante. Je trouvai un peu de poésie dans ce feu qui appelait à lui le bois et les plumes, comme si les éléments naturels cherchaient à se réunir : le feu, la terre, l’air… et de l’eau ! Vite ! Je courus à la cuisine, remplis un verre d’eau et retournai dans ma chambre pour asperger le petit brasier. Je m’attendais à l’éteindre, à la rigueur à créer plus de fumée ; quelle ne fut pas ma surprise lorsque je m’aperçus que l’eau s’évaporait avant même d’avoir atteint sa cible ! Je me dis qu’il me fallait une plus grande quantité d’eau, et allai chercher ma plus grosse casserole. Cette fois encore, l’eau disparut en l’air. Pris de panique, je courus dans tout mon appartement à la recherche d’une idée. N’en trouvant aucune, je me décidai à appeler les pompiers. Mais au moment de composer le numéro… Mince, c’est quoi le numéro des pompiers déjà ? Je n’arrivais plus à m’en souvenir ! Je sentis mon cœur s’emballer, mon esprit s’affoler, lorsque, d’un bond, je me réveillai en sursaut : l’objet pendait tranquillement au mur, il n’y avait aucune fumée dans la pièce. C’était mon cerveau, et non l’attrape-rêve, que les flots de rêve avaient embrasé…

Photo : © blueberrykings111
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