Histoires d'équidés
Pauline Ruegg
1.
Deux amis faisaient une promenade à cheval le matin. Le soleil se levait au loin, colorant les nuages d’innombrables nuances de rose et de jaune pastel. Une vue splendide ! Les préoccupations terrestres semblaient alors dérisoires et si lointaines, de là-haut. Il ne fallait cependant pas trop tarder, Enéas le savait. Aliénor venait encore de lui rappeler qu’ils ne pouvaient pas se permettre d’arriver en retard au banquet du royaume. Le jeune homme soupira et fit brusquement demi-tour. Il était bien décidé à prouver à son amie que son Pégase était suffisamment rapide pour rejoindre l’événement à temps : « Tu verras, j’arriverai au château en deux battements d’ailes ! », dit-il sûr de lui, le sourire aux lèvres.
2.
- Deux amis faisaient une promenade à cheval le matin.
- Non ! tu racontes mal ! Laisse-moi faire : « Il était une fois, dans une contrée lointaine, deux amis partis en quête d’aventures ».
- Oui, bon, c’est pareil. Ils étaient à cheval et ils étaient partis à la recherche de… Oh non ! Vite, regarde par-là bas : l’antre du dragon !!
- Je sors mon épée, ne t’inquiète pas ! Je vais nous protéger.
- Eh ! Mais je n’ai pas besoin que tu me protèges ! Je suis un chevalier courageux, moi ! D’ailleurs mon épée est bien plus grande que la tienne.
- Ah non ! On avait dit que c’était à mon tour d’occire le dragon, c’est pas juste !
- C’est moi qui décide, toi tu n’es qu’un bébé.
- Maman !! Arthur a dit que j’étais un bébé et même que…
- Tu vois ? J’ai raison, tu chouines comme un bébé.
- Tu es méchant, rends-moi mes figurines ! Je ne veux plus jouer avec toi.
3.
Deux amis faisaient une promenade à cheval le matin. Il avait fallu profiter d’un moment de calme et d’inattention, pour monter sur le dos de l’animal en toute discrétion. Puis, il fallait désormais s’accrocher solidement, car l’étalon commençait à prendre de la vitesse : il galopait à travers la prairie située derrière le centre d’équitation. Ici, tous les chevaux commençaient la journée de la sorte, par une promenade matinale à travers champs afin de dégourdir leurs pattes. Cependant, ce jour-là, nos deux intrus étaient de la partie.
Ils n’étaient plus que deux, les seuls qui avaient survécu. La nuit n’avait pas été facile. Il avait fallu se protéger des attaques chimiques, quitte à abandonner le domicile initial et tous ses occupants. Ils avaient été contraints de partir sans se retourner, d’abandonner leur famille et la plupart de leurs autres amis. Quel dommage ! L’hôte qui les hébergeait était si accueillant. Ils s’y étaient rapidement sentis comme chez eux. C’est là-bas qu’ils s’étaient rencontrés tous les deux et qu’ils avaient sympathisé, au milieu de la foule qui proliférait de jour en jour. Mais, le drame était survenu et avait bouleversé ce petit équilibre. Tout le travail de ces dernières semaines venait d’être réduit à néant.
Il n’y avait plus de temps à perdre. Il était temps de fonder une nouvelle colonie, à la suite de ce drame. La prochaine cible était toute trouvée : un autre cheval de l’écurie, un magnifique étalon au pelage noir qui camouflerait à merveille leur présence clandestine. Le transfert avait été possible, car l’écuyère avait utilisé le même peigne pour les deux équidés. Grave erreur ! Les deux parasites restants allaient, sans plus tarder, recommencer le processus de contamination : le cheval serait bientôt infesté de puces.

Photo : © CDD20
Suites et variations
À la manière de Pierre Senges, il s’agit de poursuivre un incipit donné de Kafka. Comment construire un texte nouveau à partir d’un point de départ imposé ?
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Un ciel entre mes doigts
Léna de la Cruz
Insomnie
Margaux Gloor
Attrape mes rêves si tu peux
Chiara Glorioso
Seule sur ma barque
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Mise en abyme
Coralie Leuthold
{½ , 1, 2, ...}
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