Études de paysages
Océane Suhajda
Une demi-lune, une feuille d’érable, deux fusées. Une des deux fusées s’éloigna de sa compagne pour se rapprocher de la demi-lune et commença à tourner en rond autour d’elle. Â sa gauche, l’homme voyait la feuille d’érable grandir, grandir et grandir encore. Soudain, un raton laveur bleu géant attrapa la feuille et commença à s’éventer avec. Il continua pendant quelques secondes avant de remarquer la fusée qui tournait toujours en rond. Il sauta sur un trampoline qui venait d’apparaitre et attrapa la fusée, qui explosa comme un feu d’artifice miniature sous la pression de ses doigts bleus. Le raton laveur rit sous la pluie de lumière. C’est à ce moment que l’homme se rendit compte qu’il perdait tout contrôle de la situation et qu’il prit la résolution de ne plus jamais toucher à la drogue.
Une demi-lune, une feuille d’érable, deux fusées. Il continuait à zapper, changeant de chaine chaque fraction de seconde dans l’espoir de tomber sur autre chose qu’une comédie romantique, un documentaire sur la faune, ou un film de science-fiction. Ah ! Un documentaire sur le tueur en série de Glasgow. Ça, ça avait l’air intéressant ! Il était en train de s’installer plus confortablement dans le canapé quand on frappa à la porte. Il se figea. Puis laissa échapper un petit « oui ? » timide et incertain. « Monsieur Dupont ? C’est la police. Ouvrez ! ». Il sursauta. Quel idiot ! Il ne s’était même pas débarrassé de l’arme du crime. Il fila à la cuisine, attrapa le couteau qu’il avait caché dans son congélateur et le jeta par la fenêtre ouverte. Un beau swing qui aurait rendu fier son ancien professeur de tennis, si ce dernier n’avait pas démissionné après trente minutes de cours. Il entendit un miaulement strident, puis le bruit du couteau qui rebondit sur le goudron. Satisfait, il alla à sa porte et ouvrit aux deux enquêteurs avec une expression qu’il ne pensait sûrement pas suspecte.
Une demi-lune, une feuille d’érable, deux fusées. On s’appuya confortablement et on observa. Il y avait quelque chose de si romantique dans le paysage qui nous entourait. On était dans le noir, on était dans le silence, on était seul, on était en sécurité, sous la protection des étoiles scintillantes. On était calme. Cela faisait si longtemps qu’on n’avait pas été aussi en paix avec soi-même. La lune, même si elle ne se montrait pas en entier, était magnifique. Une sphère parfaite, d’une luminosité magique et d’un blanc presque argenté. Autour d’elle, la nuit totale, à l’exception d’une seule étoile tout aussi lumineuse, qui l’accompagnait dans sa solitude. La feuille d’érable était une des dernières sur son arbre. Elle était encore relativement teintée vert chartreuse, mais le vermeil commençait à se faire voir ça et là. Dans moins d’une semaine elle aurait rejoint ses sœurs au pied de l’arbre, et encore une semaine après, elle serait recouverte par le premier manteau de neige de l’année. Les deux fusées se tenaient droites, l’une à côté de l’autre, accueillantes et veillant sur les touristes du haut de leurs quatre mètres. Elles étaient à la fois si impressionnantes et si familières, chaleureuses. Elles –. L’appareil photo glissa des mains et tomba dans le ruisseau qui courait sous le pont contre lequel on s’était appuyé. Il n’y avait plus de demi-lune, de feuille d’érable et de fusées.

Photo : © Design_Miss_C
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À la manière de Pierre Senges, il s’agit de poursuivre un incipit donné de Kafka. Comment construire un texte nouveau à partir d’un point de départ imposé ?
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