Note sur lâillusion des droites inclinĂ©es (1955) a đ
En reprenant le problĂšme de lâillusion des angles, dĂ©jĂ examinĂ© lors de la Recherche X, lâun de nous sâest demandĂ© sâil ne serait pas possible de rĂ©duire simultanĂ©ment la surestimation des angles aigus et la sous- estimation des angles obtus Ă un effet unique, qui serait le renforcement de lâinclinaison des obliques. Du point de vue de la perception, une oblique est une ligne droite pouvant servir de diagonale Ă un rectangle prĂ©sentĂ© selon les meilleures formes compatibles avec cette figure (cĂŽtĂ©s horizontaux et verticaux). En doublant, selon les deux symĂ©tries possibles, de tels rectangles dont, par hypothĂšse, la diagonale serait donc perçue sous une forme un peu plus oblique quâelle nâest en rĂ©alitĂ© (fig. 1), on obtiendrait, en effet, soit un angle aigu surestimĂ© (fig. 2) soit un angle obtus dĂ©valuĂ© (fig. 3).
Avant dâexaminer si lâillusion illustrĂ©e par la fig. 1 existe en rĂ©alitĂ©, il importe encore de montrer que, contrairement aux apparences, elle ne sâexplique pas elle-mĂȘme par lâaction des angles en prĂ©sence. Si lâeffet prĂ©vu dans le cas de la fig. 1 sâexpliquait lui-mĂȘme par lâintervention des angles, lâutilisation que lâon pourrait faire dâune telle figure, en vue de rendre compte des dĂ©formations angulaires (fig. 2 et 3), perdrait naturellement tout intĂ©rĂȘt, en tant que reposant sur un cercle vicieux.
Or, il est facile de constater que la diagonale dâun rectangle ne saurait prĂ©senter de tendance systĂ©matique au renforcement de son inclinaison sâil nâentrait en jeu lâaction des quatre angles en prĂ©sence (fig. 4 et 5). En effet, ces quatre angles (a, b, c et d) sont nĂ©cessairement aigus et donnent par consĂ©quent lieu Ă une surestimation, câest-Ă -dire Ă un plus grand Ă©cartement de leurs cĂŽtĂ©s. Nous admettrons dâabord que les cĂŽtĂ©s AB, BD, CD et CA, qui sont identiques aux cĂŽtĂ©s du rectangle lui-mĂȘme, ne sauraient ĂȘtre dĂ©viĂ©s de façon sensible puisquâun rectangle Ă cĂŽtĂ©s horizontaux et verticaux est une forme relativement « bonne » et assez prĂ©gnante pour rĂ©sister aux Ă©cartements Ă©ventuels dus aux angles a, b, c et d (ce que lâobservation confirme immĂ©diatement). Seuls les cĂŽtĂ©s BC ou CB, donc la diagonale elle-mĂȘme, pourrait ĂȘtre dĂ©viĂ©e sous lâaction de tels effets. Or, lâangle a (ABC), par sa surestimation, devrait donner une dĂ©viation de la diagonale dans le sens BCâ (fig. 4), câest- Ă -dire dans le sens dâune diminution et non pas dâun renforcement de son inclinaison. Il en est de mĂȘme de lâangle b (soit BCD) dont la surestimation engendrerait la dĂ©viation dans le sens CBâ (fig. 4). Par contre les angles c et d (fig. 5, soit CBD et BCA), engendreraient respectivement les dĂ©viations marquĂ©es en pointillĂ© sur la fig. 5, qui auraient pour rĂ©sultat dâaugmenter lâinclinaison de leur cĂŽtĂ© commun BC, donc de la diagonale. Mais, si les angles a et b tendent Ă diminuer lâinclinaison de la diagonale et si les angles c et d tendent au contraire Ă lâaugmenter, il va de soi que les actions de ces quatre angles rĂ©unis aboutiront Ă une compensation plus ou moins complĂšte. Nous allons constater en effet (Rech. XXV) que le maximum dâillusion des angles aigus est sans doute situĂ© Ă 45°, conformĂ©ment dâailleurs Ă lâopinion admise en gĂ©nĂ©ral, et que les surestimations de ces angles prĂ©sentent une distribution symĂ©trique dans les deux directions >45° et <45° (par exemple 0,204 pour 50° et 40° ; 0,183 pour 60° et 30°, etc.). Or, les angles a et b (Ă©gaux entre eux) et les angles c et d (Ă©gaux entre eux), sont prĂ©cisĂ©ment distribuĂ©s symĂ©triquement par rapport Ă 45° et leurs effets se compensent par consĂ©quent. On ne saurait donc expliquer lâillusion de la fig. 1, si elle sâavĂšre rĂ©elle, par lâaction des angles a, b, c et d.
Cela dit, le problĂšme que nous nous sommes dâabord posĂ© est de vĂ©rifier lâexistence de lâillusion prĂ©sumĂ©e de la surestimation des inclinaisons (fig. 1). Nous nâavons pas trouvĂ© opportun de chercher Ă obtenir une dĂ©termination quantitative exacte de cette illusion Ă©tant donnĂ© lâinterfĂ©rence des facteurs en jeu dans les figures permettant de la dĂ©celer (voir plus loin). Nous nous sommes donc contentĂ©s dâune dĂ©termination qualitative, en indiquant simplement le pourcentage des sujets qui Ă©prouvent lâillusion par rapport Ă ceux qui lui demeurent insensibles.
Nous avons dâabord prĂ©sentĂ© trois rectangles fermĂ©s (F) de 2 sur 5 cm, dont le premier (AF) ne comporte ni diagonale ni mĂ©diane, dont le second (BF) est divisĂ© par une mĂ©diane longitudinale et dont le troisiĂšme (CF) est divisĂ© par une diagonale conformĂ©ment Ă la fig. 1. Les consignes ont Ă©tĂ© de comparer AF et CF, puis AF et BF et enfin BF et CF du point de vue de la largeur du rectangle.
Nous ne voyons guĂšre, en effet, quelle autre mĂ©thode employer pour Ă©valuer la surestimation de lâinclinaison dâune ligne oblique que mesurer la largeur apparente du rectangle dont cette oblique est la diagonale. Mesurer lâinclinaison apparente dâune oblique au moyen dâautres obliques ne conduirait Ă rien si lâinclinaison de toutes les obliques est surestimĂ©e : le mesurant prĂ©sentant alors la mĂȘme dĂ©formation perceptive que le mesurĂ©, on ne saurait que conclure. Par contre si la diagonale dâun rectangle est vue plus inclinĂ©e quâelle ne lâest en rĂ©alitĂ©, la consĂ©quence doit en ĂȘtre une surestimation de la largeur de ce rectangle par rapport Ă celle du rectangle correspondant non pourvu de diagonale. Seulement cette mĂ©thode prĂ©sente lâinconvĂ©nient suivant : en cas de surestimation de la largeur, cet effet ne serait-il pas dĂ» simplement Ă lâintervention dâune division coupant la largeur en deux (cf. lâillusion dâOppel) ? Câest pourquoi nous avons ajoutĂ© au rectangle vide et au rectangle pourvu de diagonale un rectangle muni dâune mĂ©diane longitudinale pour permettre les comparaisons deux Ă deux.
Les résultats obtenus sur 40 sujets adultes ont été les suivants :
On constate dâabord que le rectangle divisĂ© par une mĂ©diane (BF) prĂ©sente une largeur trĂšs lĂ©gĂšrement surestimĂ©e par rapport au rectangle vide (AF) : si les deux largeurs sont vues Ă©gales par 16 sujets, celle de BF est jugĂ©e supĂ©rieure par 15 sujets contre 9 qui voient celle de AF comme Ă©tant la plus grande. Cette diffĂ©rence, dâailleurs presque insignifiante, est conforme Ă ce que lâon sait de la surestimation des espaces divisĂ©s. Si lâon compare maintenant le rectangle Ă mĂ©diane (BF) au rectangle Ă diagonale (CF) la diffĂ©rence revient un peu plus nettement Ă lâavantage de ce dernier : 13 cas dâĂ©galitĂ©, 7 cas surestimant la largeur de BF et 20 cas celle de CF. Enfin, Ă comparer le rectangle Ă diagonale CF au rectangle vide AF, les cas dâĂ©galitĂ© tombent Ă Â 4, la surestimation de la largeur de CF par rapport Ă celle de AF monte Ă 36 cas sur 40 et aucun sujet ne donne le jugement inverse. Lâillusion propre Ă la fig. 1 est ainsi vĂ©rifiĂ©e.
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Mais les trois figures prĂ©cĂ©dentes prĂ©sentent lâinconvĂ©nient de constituer des rectangles complets, dont les quatre cĂŽtĂ©s sont dessinĂ©s en traits pleins. Or, on sait quâen tout rectangle les petits cĂŽtĂ©s sont dĂ©valuĂ©s par les grands, ce qui tend Ă contrecarrer lâillusion de la diagonale que nous Ă©tudions ici. Nous avons donc dessinĂ© trois mĂȘmes figures de 2 Ă 5 cm, mais sans les petits cĂŽtĂ©s, le premier de ces rectangles ouverts (AO) ne comportant ni mĂ©diane ni diagonale, le second (BO) comportant une mĂ©diane et le troisiĂšme (CO) une diagonale (fig. 6). Voici les rĂ©sultats obtenus :
Cette fois le rectangle divisé par une médiane (BO) présente une largeur assez clairement surestimée par rapport à celle du rectangle vide AO (21 surestimations contre 12 égalités et 7 sous-estimations). Mais la largeur du rectangle à diagonale (CO) est encore plus valorisée que celle du rectangle à médiane (BO) : 27 surestimations contre 12 égalités et 1 sous-estimation. Enfin le rectangle à diagonale (CO) paraßt plus large que le rectangle vide à 38 sujets contre 2 égalités et aucune estimation contraire.
Nous avons, dâautre part, fait la mĂȘme expĂ©rience avec des rectangles de 2 Ă 5 cm sans petits cĂŽtĂ©s et dont les grands cĂŽtĂ©s sont figurĂ©s par trois points (fig. 7) la premiĂšre de ces figures (AP) ne comportant ni mĂ©diane ni diagonale, la seconde (BP) prĂ©sentant une mĂ©diane et la troisiĂšme (CP) une diagonale. Les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© les suivants :
On voit que, si la comparaison de AP et de CP donne encore une nette surestimation de lâinclinaison (32 surestimations de la largeur contre 8 égalitĂ©s et aucune sous-estimation), la diffĂ©rence entre les figures B et C est moins nette que prĂ©cĂ©demment.
La raison en est vraisemblablement que la figure CO (fig. 6), en supprimant le petit cĂŽtĂ© des rectangles, laisse subsister les angles c et d (fig. 5), qui tendent Ă augmenter lâinclinaison de la diagonale, et suppriment lâun des cĂŽtĂ©s des angles a et b (fig. 4), qui agissent en sens inverse. Câest en ce cas, et en ce cas seulement, que lâon court le risque du cercle vicieux dont il a Ă©tĂ© question, puisque en CO lâeffet des angles c et d sâajoute Ă celui de la diagonale comme telle. Câest pour rĂ©pondre Ă cette objection que nous nous sommes faite, en mĂȘme temps que pour dĂ©pouiller encore davantage le cadre rectangulaire de ses Ă©lĂ©ments linĂ©aires, que nous avons imaginĂ© les figures Ă points (AP, BP et CP). Le fait que lâon a encore, en ce dernier cas, 32 jugements CP > AP contre aucun AP > CP (et 8 égalitĂ©s) montre que lâillusion subsiste indĂ©pendamment des angles c et d.
Mais on peut faire mieux et comparer entre elles les trois figures Ă diagonales CF (rectangles fermĂ©s), CO (ouverts = sans petits cĂŽtĂ©s) et CP (avec points). Si lâillusion de la diagonale existe effectivement, et indĂ©pendamment des angles C et D, on doit alors trouver dans le cas CP une surestimation de lâinclinaison qui soit au moins Ă©gale au cas CF (fermĂ©) et qui soit de peu infĂ©rieure au cas CO (sans petits cĂŽtĂ©s).
Voici les résultats obtenus sur 20 sujets (mais nous les ramenons à  40 pour faciliter la comparaison avec les autres tableaux) :
On constate alors que lâinclinaison de la diagonale est davantage surestimĂ©e dans la figure Ă points (CP) que dans le rectangle fermĂ© (CF) : 36 contre 2 et 2. Ce rĂ©sultat favorable sâexplique par le fait quâun rectangle en traits pleins rĂ©siste sans doute mieux quâun rectangle composĂ© de points Ă un facteur sâopposant Ă la dĂ©valuation habituelle des petits cĂŽtĂ©s. LâinĂ©galitĂ© des effets CP > CF nâen est pas moins intĂ©ressante, car elle montre que la surestimation de lâinclinaison dâune oblique est dâautant plus forte que cette oblique appartient Ă une figure moins prĂ©gnante : la surestimation des obliques semble donc constituer un phĂ©nomĂšne indĂ©pendant, et non liĂ© Ă la prĂ©sence dâun cadre rectangulaire fermĂ©. Quant aux figures CP et CO, elles sont Ă©quivalentes en leurs rĂ©sultats, tandis que lâeffet CO semble un peu plus fort que lâeffet CF (18 contre 8, avec 14 égalitĂ©s). Il y a donc une certaine contradiction entre les deux rĂ©sultats : lâeffet CO est un peu plus fort que lâeffet CF ; lâeffet CP est beaucoup plus fort que lâeffet CF ; mais les effets CO et CP sont par ailleurs Ă©gaux ! Mais cette contradiction nâest naturellement pas de nature Ă mettre en cause ces rĂ©sultats : du point de vue perceptif, lâeffet CO comparĂ© Ă lâeffet CP nâest pas identique Ă lâeffet CO comparĂ© Ă lâeffet CF, puisque, perceptivement, le mesurĂ© est toujours plus ou moins relatif Ă son mesurant.
Ătant donnĂ© cette relativitĂ© perceptive dĂ©formante, nous avons Ă©galement comparĂ© CO, CP, AO et CO selon les trois relations suivantes :
Les comparaisons COCP et AOCO confirment ce que nous avons dĂ©jĂ vu. Lâautre comparaison montre que la diagonale avec points (CP) comparĂ©e au rectangle vide sans petits cĂŽtĂ©s (AO) prĂ©sente une inclinaison fortement surestimĂ©e.
Il reste Ă examiner le rĂŽle de la longueur des diagonales et de leur plus ou moins grande inclinaison. Pour ce qui est de leur longueur, nous avons fait comparer Ă une figure CO quatre figures de mĂȘmes dimensions CO1, CO2, CO3 et CO4 dont les diagonales demeurant partielles (mais Ă point mĂ©dian coĂŻncidant avec le centre de la figure) ont Ă©tĂ© respectivement de 4, 3, 2 et 1 cinquiĂšmes de la diagonale complĂšte :
On constate quâun raccourcissement trop grand (CO4) de la diagonale tend Ă attĂ©nuer la surestimation de son inclinaison. Par contre un lĂ©ger raccourcissement (CO1) renforce lâillusion, bien que les angles c et d (voir la fig. 5) soient alors privĂ©s de leurs sommets et par consĂ©quent moins efficaces quâen CO. Dans ce cas CO1 dâune diagonale ne rejoignant pas les extrĂ©mitĂ©s des grands cĂŽtĂ©s du rectangle ouvert (fig. 8), on se trouve mĂȘme en prĂ©sence dâun effet trĂšs significatif : la diagonale raccourcie de â ne paraĂźt pas ĂȘtre situĂ©e sur le trajet de la vraie diagonale, câest-Ă -dire que ses prolongements virtuels ne semblent pas rejoindre exactement lâextrĂ©mitĂ© des cĂŽtĂ©s du rectangle ouvert. En dâautres termes, la diagonale raccourcie paraĂźt un peu plus inclinĂ©e quâelle nâest Ă lâĂ©tat complet 1, ainsi quâun certain nombre de sujets nous lâont fait remarquer spontanĂ©ment.
Le cas CO1
Quant aux variations dâinclinaison de la diagonale (qui cesse naturellement, en tournant, dâĂȘtre une diagonale), nous avons comparĂ© Ă Â CO quatre figures CO5 Ă Â CO8 dont la diagonale a Ă©tĂ© dĂ©viĂ©e soit dans la direction de la mĂ©diane verticale (CO5) soit dans celle de la mĂ©diane horizontale ou transversale (CO6 à  8) 2. Les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© les suivants :
On voit que, dâune part, une lĂ©gĂšre inclinaison (CO5) est moins surestimĂ©e que celle de la diagonale de CO, et que, dâautre part, plus lâinclinaison se rapproche de lâhorizontale (CO6 Ă CO8) plus elle est surestimĂ©e (sauf exception entre CO6 et CO7). Le premier de ces deux rĂ©sultats est naturel et sâaccorde avec lâinĂ©galitĂ© des effets BO < CO. Quant au second, il est sans doute dĂ» aux conditions structurales suivantes. Dans le cas de la figure CO (voir fig. 6), la surestimation de lâinclinaison de la diagonale est contrecarrĂ©e par la sous-estimation de la largeur du rectangle servant de cadre (mĂȘme en lâabsence de petits cĂŽtĂ©s en traits pleins). Dans le cas oĂč un rectangle (avec ou sans petits cĂŽtĂ©s) comporte une mĂ©diane transversale (ici horizontale), la sous-estimation du petit cĂŽtĂ© est alors ou trĂšs attĂ©nuĂ©e ou supprimĂ©e, du fait que la figure perçue ne consiste plus en un seul rectangle, mais en deux rectangles ou mĂȘme deux carrĂ©s superposĂ©s (fig. 9). Dans le cas oĂč la diagonale dĂ©viĂ©e tend Ă rejoindre cette mĂ©diane transversale (fig. 10), lâeffet est alors du mĂȘme ordre, ou, plus prĂ©cisĂ©ment, la surestimation de lâinclinaison dâune telle oblique nâest plus contrecarrĂ©e par la sous-estimation de la largeur du rectangle comme en CO : dâoĂč un effet dâĂ©largissement plus grand en CO8 quâen CO.
Au total quatre facteurs interfĂšrent Ă des degrĂ©s divers dans les figures prĂ©cĂ©dentes, ce qui rend difficile dâisoler le phĂ©nomĂšne de la surestimation des inclinaisons : 1) la sous-estimation des petits cĂŽtĂ©s du rectangle ; 2) la surestimation des espaces divisĂ©s (au cas oĂč le rectangle est divisĂ© par une mĂ©diane longitudinale comme dans les figures B) ; 3) lâeffet de la mĂ©diane transversale (fig. 9) qui contrecarre aussi lâeffet 1) ; 4) la surestimation des inclinaisons.
Mais malgrĂ© de telles interfĂ©rences, ce dernier phĂ©nomĂšne semble ressortir avec assez de nettetĂ© des estimations recueillies pour que nous le considĂ©rions comme rĂ©el. Il reste alors Ă lâexpliquer. Or, cette explication est bien simple si lâon admet la loi des centrations relatives que nous avons dĂ©jĂ dĂ©veloppĂ©e Ă propos des recherches prĂ©cĂ©dentes. Toute estimation de lâinclinaison de la diagonale Ă une hauteur quelconque du rectangle qui lâencadre (lignes pointillĂ©es de la fig. 11) sera fonction de la comparaison entre les segments A et Aâ : or, il y a surestimation de A en cas de diffĂ©rence A > Aâ et surestimation de Aâ en cas de diffĂ©rence A < Aâ ; dans les deux cas il y aura donc renforcement de lâinclinaison de cette diagonale.
Mais pourquoi alors ne pas invoquer les effets complĂ©mentaires en hauteur (fig. 12) : surestimation de A1 si A1 > Aâ1 et de Aâ1 si A1 < Aâ1, ce qui conduit alors Ă un redressement de la diagonale dans le sens de la verticale ? Ces effets interviennent sans doute aussi, et modĂšrent en ce cas les effets prĂ©cĂ©dents. Mais ils sont moins importants que les premiers pour cette raison bien simple que le rectangle est par dĂ©finition plus long que large et que par consĂ©quent le nombre des centrations (ou des comparaisons) distinctes possibles est plus considĂ©rable dans le sens AAâ (fig. 11) que dans le sens A1Aâ1 (fig. 12).
En effet, lâestimation de la largeur du petit cĂŽtĂ© (donc A + Aâ) se fait Ă partir de nâimporte quel point du grand cĂŽtĂ©, tandis que lâestimation de la longueur du grand cĂŽtĂ© (donc A1 + Aâ1) se fait Ă partir de nâimporte quel point du petit cĂŽté : câest pourquoi, la formule de lâillusion des rectangles (Rech. XVI, Arch. de psych., t. 34, p. 126-7, prop. 10 et 11) comporte un coefficient n proportionnel Ă la longueur du grand cĂŽtĂ© pour exprimer le nombre dâĂ©valuations distinctes possibles de la largeur (petit cĂŽtĂ©). Il rĂ©sulte ainsi de cette prĂ©dominance des centrations distinctes possibles sur A et Aâ (par opposition Ă A1 et Aâ1) que la dĂ©viation de lâinclinaison des obliques se produit en fonction de la plus petite dimension des rectangles dans lesquels elles peuvent ĂȘtre inscrites (fig. 2 et 3) : dâoĂč la surestimation des angles aigus et la sous-estimation des obtus.
On pourrait enfin objecter que lâinclinaison des obliques nâest surestimĂ©e que relativement Ă la sous-estimation des petits cĂŽtĂ©s des rectangles dont elles constituent les diagonales, sans que ce phĂ©nomĂšne concerne les obliques en elles-mĂȘmes, indĂ©pendamment de tout rectangle. Mais, du point de vue perceptif (comme dâailleurs pour lâintelligence), il nâexiste pas dâoblique en soi : une droite nâest perçue inclinĂ©e que relativement Ă un cadre et celui-ci est constituĂ© perceptivement par les verticales ou horizontales rĂ©elles ou virtuelles qui servent de rĂ©fĂ©rence. Toute oblique est donc relative Ă un cadre rectangulaire, rĂ©el ou virtuel, ou Ă un cadre carrĂ© (mais, dans le cas du carrĂ©, les effets AAâ et se compensent exactement).
Cherchons enfin à formuler cette déformation, ce qui est possible une fois de plus en partant de la loi des centrations relatives :
P = ± (nL (L1 â L2) Ă (L2 : Lmax))/S
oĂč Lx = la plus grande des deux longueurs comparĂ©es ; L2 = la plus petite des longueurs comparĂ©es ; Lmax = la plus grande longueur de la figure ; nL = le nombre des comparaisons distinctes possible sur la ligne constante L, et S = la surface de la figure ou du champ de comparaisons.
On a alors (fig. 11) :
L1 = Aâ quand Aâ > A et A quand A > Aâ,
L2 = A quand Aâ > A et Aâ quand A > Aâ,
Lmax = C, câest-Ă -dire la longueur de la diagonale,
nLÂ =Â 1H puisque le nombre des comparaisons distinctes entre A et Aâ est proportionnel Ă la hauteur (Ă laquelle les lignes virtuelles A et Aâ sont perpendiculaires) et que H reste constant,
SÂ =Â BH.
DâoĂč lâexpression :
(1) PÂ =Â (H (AââA)Â ĂÂ (AÂ :Â C))/HB
pour la moitié supérieure de la figure, ce qui provoque une déviation du haut de la diagonale sur la droite. Et :
(2) P = (H (AâAâ) Ă (Aâ : C))/HB
pour la moitié inférieure de la figure, ce qui provoque une déviation du bas de la diagonale sur la gauche.
Lorsque A = Aâ (milieu de la hauteur), la dĂ©formation est naturellement nulle, la diagonale Ă©tant ainsi censĂ©e pivoter sur un point mĂ©dian immobile.
Si lâon maintient la hauteur H constante et que lâon exprime A et Aâ en termes de fractions de B, on trouve pour un B quelconque, les valeurs suivantes de (Aâ â A) A ou (A â Aâ) A :
| A | (Aâ â A) A | Aâ | (A â Aâ) A |
|---|---|---|---|
| 0,1 | 0,080 | 0,5 | 0 |
| 0,2 | 0,120 | 0,6 | 0,08 |
| 0,25 | 0,125 | 0,7 | 0,120 |
| 0,3 | 0,120 | 0,75 | 0,125 |
| 0,4 | 0,080 | 0,8 | 0,120 |
| 0,5 | 0 | 0,9 | 0,08 |
On constate que le maximum dâeffet de centration se produirait ainsi au Œ et aux Ÿ de la hauteur de la figure, ce qui correspond bien aux points les plus probables. Câest sans doute pourquoi, en supprimant Ă chaque extrĂ©mité â de la longueur de la diagonale, on augmente plutĂŽt lâeffet gĂ©nĂ©ral (voir la comparaison de CO1 avec CO), tandis quâen supprimant ÂČâââ ou ³âââ (CO2 et CO3), on ne modifie pas grand-chose. Il est vrai que ces figures CO1 Ă Â CO3 comportent un cadre rectangulaire fixe, avec par consĂ©quent des lignes virtuelles prolongeant la partie des diagonales dessinĂ©e en traits pleins.
Mais ces valeurs de (Aâ â A) A et (A â Aâ) Aâ Ă©tant exprimĂ©es en fractions de B, elles sont donc constantes pour tous les B et leur valeur absolue ne dĂ©pend que de la longueur de B. Nous pouvons donc, dans les prop. (1) et (2) substituer aux expressions (Aâ â A) A et (A â Aâ) Aâ la notation gĂ©nĂ©rale Bk (oĂč la constante k prend les valeurs du tableau prĂ©cĂ©dent). Les dĂ©formations (1) et (2) se rĂ©duisent ainsi Ă Â :
(3) P = (HBk : C)/BH = k/C
Si cette expression Ă©tait vraie, elle signifierait donc que la surestimation de lâinclinaison est dâautant plus forte, pour une hauteur H constante, que le rectangle de rĂ©fĂ©rence est plus Ă©troit ! Or ce rĂ©sultat nâa rien dâabsurde car prĂ©cisĂ©ment, dans lâillusion des rectangles, la dĂ©valuation du petit cĂŽtĂ© est dâautant plus forte que le rectangle est plus Ă©troit. Puisque lâeffet (3) peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une illusion des rectangles renversĂ©e (ce qui est dâailleurs le cas de lâillusion des angles en gĂ©nĂ©ral), nous ne saurions donc Ă©carter dâavance une telle conclusion. Mais pour vĂ©rifier la prop. (3), il faut au prĂ©alable la complĂ©ter jusquâĂ pouvoir atteindre lâexpression de lâillusion des angles en gĂ©nĂ©ral. Or, lorsque lâon accorde lâune Ă lâautre deux figures telles que la fig. 1 selon les symĂ©tries indiquĂ©es par les fig. 2 et 3, il intervient, en plus de lâeffet Ă©tudiĂ© en cette Recherche, un autre effet dĂ» aux diffĂ©rences entre la hauteur H de lâangle et sa mĂ©diane M (ligne perpendiculaire Ă la bissectrice de la hauteur H et la coupant en son point mĂ©dian) 3. En effet, on a H > M dans les angles aigus, H = M dans les angles droits et H < M dans les obtus. Câest en combinant lâeffet exprimĂ© par les prop. (1) Ă Â (3) avec les effets M â¶Â H que lâon peut alors expliquer les illusions classiques de lâangle. Câest ce que nous montrera la Recherche XXV.