Le groupe des transformations de la logique des propositions bivalentes (1949) a

On sait que, au moyen de deux propositions quelconques, p ou q, il est possible de construire seize liaisons distinctes, telles que l’implication p ⊃ q = (p . q) √ (p . q) √ (p . q) ; la disjonction p √ q = (p . q) √ (p . q) √ (p . q) ; la conjonction p . q ; l’incompatibilitĂ© p/q = (p . q) √ (p . q) √ (p . q) ; la nĂ©gation conjointe p . q ; etc. Chacune de ces liaisons comporte alors :

1° Une inverse, dĂ©finie par sa nĂ©gation (= sa complĂ©mentaire par rapport Ă  p . q √ p . q √ p . q √ p . q). Par exemple l’inverse de p √ q est (p √ q) = p . q ;

2° Une rĂ©ciproque, dĂ©finie par la mĂȘme opĂ©ration entre propositions niĂ©es. Par exemple, la rĂ©ciproque de p √ q est p √ q (= p/q). Dans le cas de l’implication (p ⊃ q), la rĂ©ciproque Ă©quivaut Ă  l’implication entre propositions permutĂ©es : p ⊃ q = q ⊃ p. 

3° Une corrĂ©lative, dĂ©finie par la substitution rĂ©ciproque des (√) et des (.) au sein de l’expression normale de la liaison considĂ©rĂ©e, mais sans changements de signe. Par exemple la corrĂ©lative de p √ q est p . q ; celle de p ⊃ q est p . q, etc. On constate alors que la corrĂ©lative est la rĂ©ciproque de l’inverse.

L’inversion, la rĂ©ciprocitĂ© et la corrĂ©lativitĂ© constituent donc trois transformations qui, jointes Ă  la transformation nulle (ou identique), forment un groupe commutatif. Pour le montrer, nous mettrons d’abord une liaison quelconque entre deux propositions p et q, et leurs contraires p et q, sous la forme d’une fonction α (p, q, p, q) = 1 ou plus simplement α (p, q, p, q). À toute liaison α on peut en faire correspondre d’autres au moyen d’opĂ©rateurs de transformation. On peut ainsi passer :

de α (p, q, p, q) à sa réciproque α (p, q, p, q),

de α (p, q, p, q) à son inverse α (p, q, p, q),

de α (p, q, p, q) à sa corrélative α (p, q, p, q).

Nous dĂ©signerons respectivement la rĂ©ciproque, l’inverse et la corrĂ©lative de α par les symboles :

R α ; N α ; C α

Avant d’étudier les lois de combinaison de ces opĂ©rateurs, on peut d’abord remarquer qu’ils sont tous involutifs. Ils vĂ©rifient donc les relations :

R2 = 1 ; N2 = 1 ; C2 = 1

oĂč 1 reprĂ©sente maintenant la transformation identique.

Les produits deux Ă  deux des opĂ©rations R, N, C s’obtiennent immĂ©diatement et sont les suivants :

la rĂ©ciproque de l’inverse (RN) est l’opĂ©ration

α (p, q, p, q) → α (p, q, p, q)
(de mĂȘme pour l’inverse de la rĂ©ciproque : NR) ;

la rĂ©ciproque de la corrĂ©lative (RC) est l’opĂ©ration

α (p, q, p, q) → α (p, q, p, q)
(de mĂȘme pour la corrĂ©lative de la rĂ©ciproque : CR) ;

l’inverse de la corrĂ©lative (NC) est l’opĂ©ration

α (p, q, p, q) → α (p, q, p, q)
(de mĂȘme pour la corrĂ©lative de l’inverse : CN).

On voit que tous ces produits sont commutables et tiennent à la symétrie logique de α.

L’ensemble de ces transformations, y compris l’opĂ©ration identique 1 constitue donc bien un groupe commutatif oĂč

N = RC (= CR) ; R = NC (= CN) ; C = NR (= RN) (1)

1 = RCN (donc = NRC = CRN = etc.) (2)

Un tel groupe comporte la table de multiplication suivante :

1 R N C
R 1 C N
N C 1 R
C N R 1

Nous devons Ă  l’obligeance de notre collĂšgue Ammann de nous avoir montrĂ© que ce systĂšme est isomorphe au groupe dit « Vierergruppe » (groupe des quatre transformations).

Exemple. —  Si nous partons de α = (p √ q), nous avons Nα = p . q ; Rα = p/q et Cα = p . q. Or l’inverse de p/q est p . r et sa corrĂ©lative p . q. On a donc bien NR = C ou RN = C ; RC = N ; etc.

Remarque I. — Dans le cas des liaisons dites Ă©quivalence p = q, exclusion rĂ©ciproque (p = q), tautologie (p . q √ p . q √ p . q √ p . q) et contradiction (0), on a Rα = α mais Cα = Nα.

Dans le cas des liaisons dites d’affirmation ou de nĂ©gation de p ou de q (par exemple p . q √ p . q), on a Rα = Nα mais Cα = α.

Les égalités (1) et (2) sont donc encore vérifiées.

Remarque II. — L’inversion N constitue l’opĂ©ration inverse des « groupements » additifs de classes que nous avons jadis dĂ©crits ici-mĂȘme, et la rĂ©ciprocité R constitue l’opĂ©ration inverse des « groupements » additifs de relations 1.

En ne retenant que ces deux sortes d’inversions et leur produit (NR = C) Ă  titre d’opĂ©rateurs de transformation, on fait alors abstraction des « identiques spĂ©ciales » propres aux « groupements », puisque celles-ci interviennent exclusivement dans les compositions entre Ă©lĂ©ments emboĂźtĂ©s de mĂȘmes signes. Il en rĂ©sulte l’unicitĂ© de l’opĂ©ration identique et c’est pourquoi le systĂšme des transformations dĂ©crit dans la prĂ©sente note constitue un groupe proprement dit. On constate donc, une fois de plus, que le « groupement » est une structure intermĂ©diaire entre le « groupe » et le « rĂ©seau » (ou « lattice ») 2, puisque le « groupement » est un cas particulier du « rĂ©seau » (rendu entiĂšrement rĂ©versible grĂące Ă  certaines limitations) et qu’il englobe lui- mĂȘme un groupe de transformations si l’on se borne Ă  composer entre eux les opĂ©rateurs d’inversion et l’identitĂ©.