Essai d’une nouvelle interprĂ©tation probabiliste des effets de centration de la loi de Weber et celle des centrations relatives (1955) 1 a

Le lecteur voudra bien nous pardonner si, aux prises avec les difficultĂ©s considĂ©rables que rencontre toute interprĂ©tation des effets perceptifs, mĂȘme les plus Ă©lĂ©mentaires et les plus classiques, nous sommes pĂ©riodiquement obligĂ©s de rĂ©viser nos hypothĂšses et de rĂ©examiner nos interprĂ©tations. Notre excuse, dans cette situation d’ailleurs commune Ă  toutes les sciences mais bien plus frĂ©quente dans les disciplines encore jeunes, est que nous espĂ©rons orienter la prĂ©sente rĂ©vision dans le sens de la simplification et non pas de la multiplication des prĂ©suppositions. En effet, la loi des centrations relatives, Ă  laquelle nous cherchons Ă  rĂ©duire toutes les « illusions gĂ©omĂ©triques » planes de caractĂšre primaire (c’est-Ă -dire les principaux des « effets de champ »), n’a d’abord Ă©tĂ© formulĂ©e qu’à l’occasion d’un ou deux cas particuliers spĂ©cialement complexes (Rech. I et IV) : la forme gĂ©nĂ©rale de la loi, dĂ©gagĂ©e dans la suite, s’est dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ©e plus simple (voir Rech. XV). Quant Ă  l’essai d’interprĂ©tation probabiliste que nous avions d’emblĂ©e tentĂ© de fournir de cette loi (Rech. IV), il s’est ressenti des complications des cas spĂ©ciaux dont nous Ă©tions parti. Nous croyons pouvoir aujourd’hui parvenir Ă  un schĂ©ma plus Ă©lĂ©mentaire.

§ 1. Les effets de « centration » et la probabilité de « rencontres » (erreur élémentaire I)

Étant donnĂ© l’ensemble des erreurs systĂ©matiques d’estimation ou « illusions » se produisant dans la perception des figures gĂ©omĂ©triques planes (les « bonnes formes » Ă©tant simplement celles dans lesquelles de telles dĂ©formations se compensent au maximum), le problĂšme est d’abord de rĂ©duire ces erreurs systĂ©matiques Ă  un jeu de surestimations ou sous-estimations relatives en fonction des liaisons de la figure, c’est-Ă -dire des dimensions objectives qui caractĂ©risent ses diverses transformations possibles. Ce sont ces surestimations +P ou sous-estimations −P que la loi des centrations relatives cherche Ă  dĂ©terminer, mais sans leur assigner de valeur absolue. Or, l’hypothĂšse qui a conduit Ă  l’énoncĂ© de telles relations est que ces surestimations ou sous-estimations relatives +P sont elles-mĂȘmes fonctions de surestimations et sous-estimations Ă©lĂ©mentaires ou absolues (p) que la loi ne formule pas et qui proviendraient elles-mĂȘmes des propriĂ©tĂ©s du champ visuel, par consĂ©quent de la « centration » du regard sur telle ou telle partie ou sur l’ensemble de la figure considĂ©rĂ©e. En un mot, les surestimations ou sous-estimations relatives caractĂ©risĂ©es par la loi proviendraient d’effets de centration que nous ne pouvons en gĂ©nĂ©ral pas connaĂźtre en eux-mĂȘmes, en tant que surestimations ou sous-estimations absolues, mais que nous atteignons dans leurs rĂ©sultats composĂ©s, ou dans leur distribution globale en fonction des liaisons objectives de la figure. D’oĂč le terme de « centrations relatives », qui indique la relativitĂ© des effets atteints, par opposition aux effets absolus non accessibles comme tels dans les conditions ordinaires de l’expĂ©rience.

Il n’en reste pas moins (et tel est le second problĂšme) qu’il importe de prendre position quant aux interprĂ©tations que l’on peut donner de ces effets Ă©lĂ©mentaires de centration, puisque c’est d’elles que dĂ©pendra en dĂ©finitive la signification de la loi. Ces interprĂ©tations n’auront bien entendu de valeur qu’en fonction des rĂ©sultats expĂ©rimentaux. Mais il est indispensable, en retour, de se rappeler que, mĂȘme en psychologie, l’expĂ©rience ne permet de rĂ©soudre les problĂšmes que quand ceux-ci sont bien posĂ©s, et que la position elle-mĂȘme des questions suppose une schĂ©matisation prĂ©alable. C’est pourquoi nous voudrions revenir ici sur la question de la centration de maniĂšre Ă  dĂ©terminer l’éventail des solutions possibles si l’on peut dire, et notamment Ă  construire le schĂ©ma le plus gĂ©nĂ©ral permettant une interprĂ©tation suffisante de la loi.

En retravaillant la question de l’explication probabiliste de la loi des centrations relatives, nous nous sommes, en effet, aperçu du fait que la reprĂ©sentation initiale que nous nous Ă©tions donnĂ©e des effets de centration ne constitue qu’un cas particulier parmi d’autres concevables, cas le plus frĂ©quent, pensons-nous toujours, mais non nĂ©cessaire en ses particularitĂ©s. D’autre part, Ă  la suite de nos premiers travaux de vĂ©rification avec A. Morf (Rech. XX), nos amis A. Rey et P. Fraisse (que nous remercions bien vivement Ă  cette occasion) ont bien voulu se livrer, chacun de son cĂŽtĂ©, Ă  des recherches sur le mĂȘme problĂšme. M. Fraisse a notamment mis au point une technique tachistoscopique, que nous employons sur ses conseils pour notre part Ă©galement dans des Ă©tudes en cours avec J. Rutschmann. En attendant que ces divers travaux soient achevĂ©s et paraissent (et ici mĂȘme nous l’espĂ©rons), il nous a semblĂ© d’autant plus utile de reprendre l’examen des hypothĂšses de dĂ©part que, comme il arrive toujours, en multipliant les techniques, les questions se multiplient aussi !

Le schĂ©ma le plus gĂ©nĂ©ral dont nous aimerions repartir est alors le suivant. Étant donnĂ© un segment de droite L, nous dirons qu’il y a effet spatial de centration si l’estimation de sa longueur dĂ©pend du point sur lequel est fixĂ© le regard et qu’il y a effet temporel de centration si cette estimation dĂ©pend de la durĂ©e et de l’ordre de succession des fixations. Le phĂ©nomĂšne commun aux divers effets possibles de centration est alors la variation des estimations en fonction des fixations et par consĂ©quent l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© relative du champ visuel spatio-temporel (ensemble du domaine perçu synchroniquement durant une fixation). Que la surestimation (comparable de ce point de vue Ă  une sorte de dilatation des Ă©lĂ©ments ou des intervalles vides perçus) se produise dans la rĂ©gion centrale de vision nette ou dans la pĂ©riphĂ©rie du champ, etc., peu nous importe pour le moment : la caractĂ©ristique la plus gĂ©nĂ©rale des effets de centration sera que l’estimation de la longueur de L ne sera pas la mĂȘme selon qu’il sera centrĂ© sur un point ou sur un autre, ou vu en pĂ©riphĂ©rie, etc., ou qu’il sera centrĂ© durant une durĂ©e t et avant ou aprĂšs telle autre fixation. La question est alors de savoir si cette hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© de dĂ©part suffit Ă  rendre compte des surestimations absolues dont dĂ©riveront les surestimations relatives qu’énonce la loi en fonction des liaisons des figures considĂ©rĂ©es.

Pour calculer ces effets de centration au sens large, introduisons la notion de « probabilitĂ© de rencontre ». Étant donnĂ© le fait expĂ©rimental des variations d’estimations en fonction des points de fixation, nous pouvons nous reprĂ©senter la perception comme le rĂ©sultat d’un ensemble de rencontres entre les segments de la ligne L et telles ou telles parties des appareils rĂ©cepteurs du sujet (qu’il s’agisse de territoires rĂ©tiniens ou autres). De mĂȘme que les degrĂ©s d’impression de la lumiĂšre sur une plaque photographique sont fonctions des rencontres entre les photons projetĂ©s sur la plaque et les particules de sel d’argent qui composent celle-ci, de mĂȘme on peut se reprĂ©senter les surestimations ou sous-estimations de la longueur d’une ligne L comme fonction des rencontres entre les segments de cette ligne et tels ou tels Ă©lĂ©ments appartenant aux organes du sujet.

Nous conserverons intentionnellement au terme de « rencontres » le sens le plus gĂ©nĂ©ral possible, sans mĂȘme nous prononcer sur ce qui, dans la rencontre, doit ĂȘtre attribuĂ© au sujet et ce qui doit ĂȘtre attribuĂ© Ă  l’objet, autrement dit sur la rĂ©partition entre Ă©lĂ©ments rencontrĂ©s et Ă©lĂ©ments rencontrants. On peut, en effet, se reprĂ©senter d’abord les rencontres sur le modĂšle de la plaque photographique : en ce cas les Ă©lĂ©ments projetĂ©s Ă  partir de la ligne L seraient rencontrants et les Ă©lĂ©ments appartenant aux tissus ou courants nerveux du sujet seraient rencontrĂ©s 2. Mais on peut aussi renverser les rĂŽles dans le sens de l’activitĂ© du sujet : en ce cas, grĂące aux dĂ©placements du regard (ou aux petits mouvements oscillatoires du globe oculaire, etc.), ou Ă  l’« attention », etc., ce seraient les Ă©lĂ©ments appartenant aux organes du sujet qui seraient rencontrants et les segments de la ligne perçue qui seraient rencontrĂ©s. Mais, dans les deux cas, nous considĂ©rerons la ligne perçue L comme partant d’une longueur subjective minimum et ses surestimations progressives (Ă  partir de cet Ă©tat initial) comme fonctions du nombre des rencontres effectuĂ©es.

Cela dit, il est aisĂ© de fournir un modĂšle probabiliste de telles rencontres en fonction soit de la durĂ©e pendant laquelle l’objet est perçu soit du nombre d’élĂ©ments mobilisĂ©s par le sujet (attention, exploration, nettetĂ©, etc.). Soit :

a) N = le nombre des Ă©lĂ©ments rencontrables. Par exemple N = 1000 (qu’il s’agisse donc d’une rĂ©partition de la ligne L en segments de longueurs Ă©gales, si ce sont eux qui sont rencontrĂ©s, ou du nombre des cellules intĂ©ressĂ©es en un territoire rĂ©tinien, etc., si ce sont les organes du sujet qui sont rencontrĂ©s).

b) 1 Ă©lĂ©ment rencontrant rencontre α Ă©lĂ©ments de l’ensemble N, donc α N Ă©lĂ©ments. Par exemple α = 0,004 et α N = 4.

c) n Ă©lĂ©ments rencontrants rencontrent α n N Ă©lĂ©ments. Nous abrĂ©gerons α n par le symbole ÎČ. Par exemple n = 100 ; ÎČ = 0,004 × 100 = 0,4 ; donc ÎČ N = 400.

En ce cas, aprĂšs les premiĂšres n rencontres de ÎČN Ă©lĂ©ments, il restera N1 élĂ©ments non encore rencontrĂ©s, soit :

(1) N1 = (N − NÎČ) = N (1 − ÎČ)

P. ex. N1 = (1000 − 400) = 1000 (0,6) = 600

AprÚs les secondes n rencontres, il restera N2 éléments non rencontrés :

(2) N2 = (N1 − N1ÎČ) = N (1 − ÎČ)2

P. ex. N2 = (600 − 240) = 1000 (0,36) = 360

AprÚs les troisiÚmes n rencontres, il restera N3 éléments non rencontrés :

(3) N3 = (N2 − N2ÎČ) = N (1 − ÎČ)3

P. ex. N3 = (360 − 144) = 1000 (0,216) = 216

AprÚs les quatriÚmes n rencontres il restera N4 éléments non rencontrés :

(4) N1 = (N3 − N3ÎČ) = N (1 − ÎČ)^4

P. ex. N4 = (216 − 86,4) = 1000 (0,1296) = 129,6

N5 = 77,76 ; N6 = 46,65 ; N7 = 27,99 ; N8 = 16,79 ; N9 = 10,07 ; N10 = 6,04 ; etc.

Quant à la somme des éléments rencontrés, elle est aprÚs chaque nouvelle rencontre de n = 100, de :

NÎČ = 400 870,4 +34,56 = 904,96
NÎČ + N1ÎČ = 400 + 240 = 640 904,96 +13,82= 918,78
NÎČ + N1ÎČ + N2ÎČ = 640 + 144 = 784 918,78 + 5,54 = 924,32

NÎČ + N1ÎČ + N2ÎČ + N3ÎČ = 784 + 86,4 = 870,4


 etc.

924,32

+ 3,32 = 927,64


 etc.

Ces sommes fournissent ainsi le modĂšle de ce qui pourrait ĂȘtre la surestimation progressive (momentanĂ©e ou plus ou moins durable) d’une ligne perçue pendant des durĂ©es correspondant Ă  n, 2 n, 3 n, etc., ou avec des intensitĂ©s ou des nettetĂ©s croissantes correspondant Ă  la mĂȘme progression 3.

Or, on voit que ce modĂšle obĂ©it dĂšs le dĂ©part Ă  une loi logarithmique puisque, Ă  la progression arithmĂ©tique n, 2n, 3n, etc., correspond la progression gĂ©omĂ©trique (1 − ÎČ), (1 − ÎČ)2, (1 − ÎČ)3, etc. Cette circonstance fondamentale rend compte du fait que les surestimations dues Ă  la centration sont proportionnelles aux grandeurs des Ă©lĂ©ments perçus, et explique en outre pourquoi les couplages ou correspondances entre rencontres sur deux Ă©lĂ©ments comparĂ©s entre eux (voir § 2) donneront lieu Ă©galement Ă  une loi de proportionnalitĂ© (qui correspondra, en ce cas, Ă  la loi de Weber elle-mĂȘme).

Un tel modĂšle permet alors de poser en termes plus prĂ©cis les problĂšmes de la centration. La question essentielle est naturellement de savoir si les estimations sont homogĂšnes ou hĂ©tĂ©rogĂšnes, selon la position des objets dans le champ visuel : si l’on centre une ligne L en la comparant Ă  une ligne Ă©gale L’ non centrĂ©e par le regard, aura-t-on L − L’ ou L ≠ L’, et ceci pour les diverses positions possibles du sujet par rapport Ă  L (notamment si L est centrĂ© Ă  des distances ou selon des angles variables) ? S’il y a inĂ©galitĂ©, l’élĂ©ment pĂ©riphĂ©rique est-il dĂ©valuĂ© ou surestimé ? Ces dĂ©valuations ou surĂ©valuations obĂ©issent-elles Ă  des lois en fonction de la topographie du champ (latĂ©ralement et verticalement), ou sont-elles dĂ©pourvues de rĂ©gularitĂ©s gĂ©nĂ©rales, ainsi que de fidĂ©litĂ© individuelle ? En cas d’irrĂ©gularitĂ©s et d’inconstance, la question se pose naturellement alors du rĂŽle possible de l’attention (avec polarisation sur le mesurant centrĂ© ou sur le mesurĂ© pĂ©riphĂ©rique) et des diverses anticipations relatives aux positions et aux dimensions.

Mais parmi l’ensemble des questions ainsi soulevĂ©es par le phĂ©nomĂšne sans doute trĂšs complexe des changements d’estimation en fonction des points de fixation du regard, le problĂšme dominant tous les autres reste le premier de ceux qui viennent d’ĂȘtre Ă©numĂ©rĂ©s. On pourrait l’énoncer comme suit : la longueur apparente ou subjective d’une droite L est-elle indĂ©pendante de la rĂ©gion du champ visuel dans laquelle cette droite est perçue ou varie-t-elle en fonction de ses positions dans le champ ? Dans le premier cas, l’estimation perceptive des longueurs rĂ©sulterait d’une sorte d’action de masse s’orientant dĂšs le dĂ©part vers certaines constances objectives ou subjectives et le schĂ©ma probabiliste prĂ©cĂ©dent perdrait sa signification, sinon Ă©ventuellement dans la phase d’élaboration de telles constances. Dans le cas d’une variation en fonction des positions dans le champ, mĂȘme si cette variation prĂ©sente de nombreuses irrĂ©gularitĂ©s, le schĂ©ma des probabilitĂ©s de rencontres acquerrait alors une certaine signification gĂ©nĂ©rale et caractĂ©riserait ce que nous appellerons dĂ©sormais l’erreur Ă©lĂ©mentaire I ou erreur due Ă  la centration 4.

Encore une remarque. En toute mesure des effets de centration impliquant une comparaison entre deux Ă©lĂ©ments L ou L’ ou entre L et des points de repĂšre extĂ©rieurs (et l’on ne voit guĂšre comment effectuer autrement de telles mesures), on ne saurait atteindre Ă  l’état isolĂ© l’erreur Ă©lĂ©mentaire I ni le mĂ©canisme des probabilitĂ©s de rencontres, car il intervient nĂ©cessairement alors, sous une forme plus ou moins directe ou attĂ©nuĂ©e, le second mĂ©canisme dont il va ĂȘtre question.

§ 2. L’erreur Ă©lĂ©mentaire II (surestimation ou sous-estimation des longueurs de deux lignes comparĂ©es entre elles) et la probabilitĂ© de « couplage »

Le problĂšme est maintenant de se reprĂ©senter le mĂ©canisme de la surestimation d’une ligne, non plus par rapport Ă  des Ă©tats antĂ©rieurs de perception de la mĂȘme ligne, mais par rapport Ă  une autre ligne. Notons d’abord qu’il est Ă©quivalent de dire que la premiĂšre de ces lignes est surestimĂ©e par rapport Ă  la seconde, que la seconde est sous-estimĂ©e par rapport Ă  la premiĂšre ou que la premiĂšre est surestimĂ©e et la seconde sous-estimĂ©e. Pour simplifier nous admettrons, comme Ă  propos des rencontres, qu’il y a toujours surestimation au cours du processus perceptif et que, quand la premiĂšre est surestimĂ©e par rapport Ă  la seconde, c’est simplement qu’elle l’est davantage que cette seconde : ce langage est d’autant plus lĂ©gitime qu’il s’agit ici de surestimations relatives et non plus absolues.

Cela dit, en cette situation de comparaison, chacune des lignes L1 et L2 (nous posons L1 > L2) donnera lieu Ă  un certain nombre de rencontres, selon le mĂ©canisme dĂ©crit au § 1, mais il s’y ajoutera un fait nouveau, qui est celui de la correspondance ou couplage entre les points de rencontre sur l’une des lignes et les points de rencontre sur l’autre.

De mĂȘme que la notion de rencontre, celle de couplage peut revĂȘtir diverses significations (entre lesquelles nous n’avons pas Ă  choisir ici) selon que l’on met l’accent sur le seul enregistrement des donnĂ©es sensorielles ou sur une activitĂ© du sujet percevant. Du premier de ces deux points de vue, le couplage consiste simplement en une correspondance temporelle entre les points de rencontre sur L1 et les points de rencontre sur L2 pourvu que les uns et les autres soient simultanĂ©s ou simultanĂ©ment efficaces. Du second de ces deux points de vue, on fera intervenir les dĂ©placements du regard de L1 à L2 et rĂ©ciproquement, et l’on dĂ©finira Ă  nouveau les couplages comme des correspondances entre les points de rencontre sur L1 et sur L2, Ă  cette diffĂ©rence prĂšs que les correspondances rĂ©sultent en ce cas des allĂ©es et venues du regard entre les deux lignes et constituent alors des sortes de « reports » ou « transports » 5. Notons encore qu’un segment ou point de couplage est nĂ©cessairement aussi un segment ou point de rencontre, mais que la rĂ©ciproque n’est pas vraie, puisqu’il peut y avoir rencontre sur une ligne sans couplage avec l’autre.

Ceci nous mĂšne Ă  introduire les notions de couplage complet et incomplet. RĂ©partissons d’abord les lignes comparĂ©es L1 et L2 en un certain nombre (arbitraire) de segments de longueurs Ă©gales (il y aura donc un mĂȘme nombre de segments par cm sur L1 et sur L2 : par exemple 100 pour L1 et 50 pour L2) ; chacun de ces segments constitue ainsi un segment (ou point) de rencontre et de couplage possibles. Nous dirons alors que le couplage est complet si chacun des points de L1 correspond Ă  chacun des points de L2 (donc correspondance un Ă  plusieurs ou « co-univoque » de 1 à 50) et rĂ©ciproquement si chacun des points de L2 correspond Ă  chacun des points de L1 (donc correspondance co-univoque de 1 Ă  100), ce qui fait au total 50 × 100 = 5000 couples. Cette dĂ©finition du couplage complet est en particulier utilisable si l’on conçoit le couplage en termes de dĂ©placements du regard et de reports ou transports. Mais on peut donner une autre dĂ©finition du couplage complet, qui sera valable si l’on conçoit le couplage comme une simple correspondance co-univoque temporelle entre les rencontres sur L1 et sur L2 (et cette seconde dĂ©finition est Ă©quivalente Ă  la premiĂšre, moyennant certaines prĂ©cautions de calcul) : le couplage sera dit complet si les points de rencontre sont rĂ©partis sur L1 et sur L2 simultanĂ©ment Ă  la mĂȘme densitĂ©, tandis qu’il sera incomplet si les rencontres simultanĂ©es sur L1 et sur L2 ne sont pas homogĂšnes c’est-Ă -dire si trop de rencontres interviennent sur l’une des lignes par rapport Ă  l’autre.

Fig. 1

Cela dit, il est aisĂ© de fournir un modĂšle probabiliste des couplages complets et incomplets. Soit A un segment ou point de rencontre sur l’une des lignes donnĂ©es et B un mĂȘme point sur l’autre. Admettons que la probabilitĂ© de couplage entre A et B soit p (par exemple 0,9). Introduisons un second segment ou point C sur la deuxiĂšme ligne : la probabilitĂ© de couplage entre A et C sera de p’ (admettons pour simplifier que p’ = p = 0,9). Mais quelle est la probabilitĂ© pour que les deux couples s’effectuent Ă  la fois, c’est-Ă -dire l’un et l’autre et non pas l’un sans l’autre. Si les deux couples constituent des variables indĂ©pendantes (et tout notre schĂ©ma suppose prĂ©cisĂ©ment l’indĂ©pendance des points de rencontre les uns par rapport aux autres et des couples les uns par rapport aux autres) leur probabilitĂ© sera de pp’ donc p2 si p = p (soit 0,81 si p = 0,9). Si nous introduisons un troisiĂšme segment ou point D dont la probabilitĂ© de couplage avec A est de p”, la probabilitĂ© pour que les trois couples se rĂ©alisent Ă  la fois sera de p . p’ . p” soit p3 si p” = p’ = p (donc 0,729 si p = 0,9). Donc :

ProbabilitĂ© de couplage entre A, B, C, D
= pn ou n = nombre des B, C, D


Appliquons maintenant ce calcul au cas des couplages entre une ligne L2 invariante et une ligne L1 formĂ©e de segments successifs L1 − x = L2 ; L1 − x + x’ (oĂč x’ = x) ; L1 = x + x’ + x” (oĂč x” = x’ − x), etc.

Admettons que L2 et L1 = x comportent respectivement m et n segments ou points de rencontre (ici m = n). Nous avons alors pour un point de rencontre sur L2 la probabilité pn de couplage complet avec les points de L1. Pour tous les m points de L2 la probabilité sera donc de :

(1) (pn)m pour L1 = L2

Par exemple si n = m = 2 et p = 0,9 on a pm . n = 0,94

Pour L1 = x + r’ = 2 L2, la probabilitĂ© de couplage complet sera de :

(2) [(pn) pn]m = (p2n)m = pm . 2n

P. ex. si m = n = 2 et p = 0,9 on a prn∙2n = 0,98

Pour L1 = x + x’ + x” — 3 L2 la probabilitĂ© sera de :

(3) {[(pn) pn] pn}m = (p3n)m = pm . 3n

P. ex. si m = n = 2 et p = 0,9 on a pm .3n = 0,912

Etc. (pm . 4n = 0,916 ; pm . 5n = 0,920; etc.)

Fig. 2
Fig. 3
Fig. 4

On constate ainsi que pour chaque accroissement d’une unitĂ© de segment la probabilitĂ© pn augmente d’une puissance, c’est-Ă -dire que, Ă  la progression arithmĂ©tique des segments, correspond une progression gĂ©omĂ©trique dont la raison est pn, de telle sorte que nous retrouvons une loi logarithmique pour les couplages comme pour les rencontres. Il est d’ailleurs Ă©vident que l’on pourrait fonder le calcul prĂ©cĂ©dent sur le raisonnement qui nous a dĂ©jĂ  servi pour les probabilitĂ©s de rencontres au § 1 en posant N = le nombre des couplages possibles, ÎČN = le nombre des couplages incomplets et N1 = N (1 − ÎČ) ; N2 ; etc. = le nombre des couplages complets 6.

Mais l’essentiel de ce schĂ©ma consiste Ă  admettre que les couplages jouent un rĂŽle opposĂ© Ă  celui des rencontres, du fait que les rencontres sont facteurs de surestimation absolue, tandis que seuls les couplages incomplets dĂ©terminent les surestimations relatives. Il faut, en effet, supposer que, si les couplages sont complets, c’est-Ă -dire relient tous les points de rencontre sur L2 Ă  tous les points de rencontre sur L1 (Ă  densitĂ©s Ă©gales sur les deux lignes), il ne saurait y avoir de surestimation relative s’ajoutant aux surestimations absolues, quelles que soient les valeurs de celles-ci. La raison en est que le couplage est un instrument de liaison, donc d’objectivitĂ©, et si nous attribuons les effets de centration aux « rencontres », il faut considĂ©rer les couplages effectuĂ©s comme facteurs de dĂ©centration 7 dans la mesure oĂč ils sont complets. Par contre, c’est dans la mesure oĂč ils sont incomplets que le jeu des couplages entraĂźne les surestimations ou sous-estimations relatives s’ajoutant aux surestimations absolues.

En effet, si l’on conçoit les couplages comme de simples correspondances co-univoques temporelles entre points de rencontre simultanĂ©s Ă  densitĂ© Ă©gale, un couplage incomplet signifie une inĂ©galitĂ© de densitĂ© ou de rĂ©partition des points de rencontres : en ce cas, plus la diffĂ©rence objective entre L1 et L2 est grande et plus il y a de chances que les rencontres l’emportent sur L1 ou sur la diffĂ©rence L1 − L2 Ă  cause de l’asymĂ©trie L1 > L2 ce qui entraĂźne par le fait mĂȘme sa surestimation relative. Si les couplages rĂ©sultent au contraire des allĂ©es et venues du regard entre les deux lignes L1 et L2 au cours des mouvements d’exploration, un couplage incomplet signifie une plus grande sĂ©paration entre les couples (= un moindre voisinage entre les liaisons), d’oĂč une dĂ©viation des trajets de couplage. En ce cas si L2 = 2 points et L1 = 6 points, chaque point de L2 comporte une correspondance 1 à 6 et chaque point de L1 une correspondance 1 à 2, d’oĂč un ensemble de dĂ©viations sur L1, Ă  cause de cette asymĂ©trie mĂȘme, qui seront sources de surestimation relative.

C’est ce mĂ©canisme des couplages qui expliquerait le fait paradoxal (s’il s’avĂšre constant), qu’en vision tachistoscopique les surestimations relatives peuvent ĂȘtre plus grandes bien que les centrations soient plus brĂšves : moins il y a de rencontres, plus faibles sont les surestimations absolues, mais, en ce cas, plus grandes sont les chances de couplage incomplet (dans le premier des deux sens possibles, celui des inĂ©galitĂ©s de densitĂ©), et plus fortes sont alors les surestimations relatives.

Remarque : continuitĂ© et discontinuitĂ©. — Le schĂ©ma probabiliste auquel nous venons de rĂ©duire les erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II et qui nous permettra de rendre compte des lois de Weber et des centrations relatives, vient d’ĂȘtre dĂ©crit en un langage de discontinuitĂ©. Or, ce langage convient assurĂ©ment au plan psycho-physiologique, sur lequel tout est discontinu (que l’on s’exprime en termes de cellules, d’influx, de balayage, etc.). Notons que ce mĂȘme langage convient aussi au domaine du comportement perceptif, car les points de fixation du regard, reliĂ©s par les grands dĂ©placements du globe oculaire, prĂ©sentent, en vision libre, une alternance de pauses et de saccades qui se prĂȘte assurĂ©ment, en liaison avec les donnĂ©es psycho-physiologiques, Ă  une description en termes de discontinuitĂ©. Mais ce langage ne convient plus au plan psychophysique, oĂč domine le continu. Seulement, mĂȘme en un tel domaine, la succession continuelle des changements d’estimations (erreurs spatiales et temporelles) suggĂšre invinciblement, non pas sans doute la discontinuitĂ© mais l’hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© ou la labilitĂ© du champ : tout en Ă©tant continue, une figure ou une ligne prĂ©sentent Ă  chaque instant des zones de dilatation ou de contraction, et l’observation directe montre qu’on ne perçoit pas, de façon ininterrompue, la mĂȘme longueur de façon absolument invariante. Il est donc facile, lĂ  oĂč nous nous sommes servis par commoditĂ© d’un langage de discontinuitĂ© (points ou segments de rencontre ou de couplage), d’utiliser le mĂȘme schĂ©ma probabiliste en termes de continuitĂ©, mais en introduisant alors de continuels « dĂ©placements d’équilibre » au sein du champ, ce qui revient Ă  substituer aux points ou segments de ligne des zones ou centres de dilatation ou de dĂ©formation. En un mot, les schĂ©mas probabilistes prĂ©cĂ©dents ne requiĂšrent pas nĂ©cessairement le discontinu, mais simplement une certaine hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© Ă  l’intĂ©rieur des champs.

§ 3. La loi de Weber en fonction des probabilités de rencontres et de couplages

La loi de Weber prĂ©sente deux significations distinctes, l’une selon laquelle, aux environs du seuil, la sensation varie en fonction du logarithme de l’excitation (loi de Weber-Fechner), et l’autre selon laquelle une diffĂ©rence quelconque entre deux grandeurs L1 et L2 est perçue avec des dĂ©formations de valeurs proportionnelles Ă  ces grandeurs. Ces deux significations ne sont Ă©quivalentes ni mathĂ©matiquement ni psychologiquement. MathĂ©matiquement, si toute progression gĂ©omĂ©trique A, B, C, D, 
 suppose les proportions B/A = C/B = D/C
 toute suite de fractions proportionnelles Ă  numĂ©rateur ou dĂ©nominateur croissant (par exemple ÂČ⁄₁ = ⁄₂ = ⁾⁄₄ = Âč⁰⁄₅
) ne constitue pas une progression gĂ©omĂ©trique. Psychologiquement, la loi de Weber, en tant qu’elle affirme simplement la proportionnalitĂ© dans la perception des diffĂ©rences quelconques, se rapporte Ă  une « erreur composĂ©e » et non plus Ă©lĂ©mentaire et se confond alors avec toute autre loi de proportionnalitĂ©, telle que celle des centrations relatives. Au contraire, la loi de Weber-Fechner relative aux seuils diffĂ©rentiels porte sur une forme d’erreur Ă©lĂ©mentaire et c’est elle que nous allons tenter de rĂ©duire aux probabilitĂ©s de couplage.

La question est en ce cas de dĂ©terminer les dĂ©formations dimensionnelles relatives Ă  la diffĂ©rence entre deux lignes L1 et L2 (pour nous en tenir Ă  la perception visuelle). Appelons maintenant x la diffĂ©rence L1 − L2 et posons d’abord x = L2 (fig. 5) : la perception de cette diffĂ©rence x sera par hypothĂšse fonction des couplages entre x et L2 (puisque L2 = L1 − x).

Soit alors N = le nombre des points de couplages complets possibles entre x et L2. Soit ÎČN = le nombre des points de couplages incomplets et N1 le nombre des points de couplages complets effectifs :

(1) N1 = (N − ÎČN) = N (1 − ÎČ)

Par exemple N = 100 ; ÎČ = 0,1 ; donc N1 = 90

Doublons maintenant la valeur de L2 en allongeant d’autant L1 (fig. 6 : L2 = 2 x et L1 = 3 x). Nous aurons toujours le mĂȘme nombre N de points de couplages possibles sur x, bien que les couples aient doublĂ©. Mais nous aurons N2 points de couplages complets effectifs :

(2) N2 = (N1 − N1ÎČ) = N (1 − ÎČ)2

P. ex. N = 100 ; ÎČ = 0,1 ; donc N2 = 81

Triplons maintenant la valeur de L2 (fig. 7 : L2 = 3 x ; L1 = 4 x). Nous aurons en ce cas N3 points de couplages complets effectifs :

(3) N3 = (N2 − N2ÎČ) = N (1 − ÎČ)3

P. ex. N = 100 ; ÎČ = 0,1 N3 = 72,9 
 etc.

Fig. 5
Fig. 6
Fig. 7

Le calcul est donc le mĂȘme qu’au § 2, Ă  deux diffĂ©rences prĂšs. L’une est que, pour simplifier, nous faisons porter ici le raisonnement sur les points de couplages et non pas sur le nombre des couplages eux-mĂȘmes. L’autre est que, dans le schĂ©ma du § 2, L2 est constant et L1 varie tandis qu’ici x (= L1 − L2) est constant mais L1 et L2 varient concurremment. Ce que nous calculons maintenant n’est, en effet, pas la surestimation de L1 par rapport Ă  L2 mais la dĂ©valuation progressive d’une diffĂ©rence constante sous l’influence de l’accroissement de L1 et de L2. Cette dĂ©valuation serait donc, dans notre exemple, de p = 0,9 ; 0,81 ; 0,729 ; 
 etc., et obĂ©irait ainsi Ă  la progression gĂ©omĂ©trique habituelle en ordre dĂ©croissant.

Plus simplement dit encore, si la probabilitĂ© de couplage complet, pour x et L2 au cas oĂč L2 = x, est de p = 0,9 alors la probabilitĂ© pour L2 = 2 x et de p2 = 0,81 ; au cas oĂč L2 = 3 x elle serait de p3 = 0,729 ; etc. La progression arithmĂ©tique des accroissements de L2 correspondrait ainsi Ă  une progression gĂ©omĂ©trique dĂ©croissante des probabilitĂ©s de couplage complet pour une diffĂ©rence constante.

RĂ©ciproquement, pour savoir de quelles valeurs la diffĂ©rence x = L1 − L2 devrait ĂȘtre accrue pour annuler cette dĂ©valuation, c’est-Ă -dire pour donner lieu Ă  la perception d’une mĂȘme diffĂ©rence subjective, illusoirement constante, il suffirait d’inverser ces relations de la maniĂšre suivante :

Pour L2 = x on aura (N/(1−ÎČ))

Par exemple si N = 100 et ÎČ = 0,1 alors (N/(1−ÎČ)) = 111,11
 = 1/0,9

Pour L2 = 2 x on a (N/(1−ÎČ)2)

Par exemple si N = 100 et ÎČ = 0,1 alors = 123,45
 = (1−ÎČ)2 = 0,81

Pour L2 = 3 x on a (N/(1−ÎČ)3)

Par exemple si N = 100 et ÎČ = 0,1 alors (N/(1−ÎČ)3) = 137,17
 = 1/0,729


 etc.

Ce qui revient Ă  dire que ces valeurs croissent selon une progression gĂ©omĂ©trique de raison 1/09 = 1,111 au lieu de dĂ©croĂźtre selon la progression de raison 0,9 (dans l’hypothĂšse ÎČ = 0,1). En effet, ces droites x Ă©tant perçues Ă  longueurs Ă©gales, selon des sous-estimations de 0,9 ; 0,81 ; 0,729, etc., ces sous-estimations seraient compensĂ©es par un allongement objectif de coefficients 1,111 ; 1,2345 ; 1,3717 ; etc., soit :

0,9 × 1,111
 = 1 ; 0,81 × 1,234
 = 1 ; 0,729 × 1,3717
 = 1 ; etc.

En conclusion, le caractĂšre logarithmique de la loi de Weber provient simplement du fait que, Ă  l’accroissement additif des longueurs comparĂ©es L1 et L2, correspond la progression multiplicative des probabilitĂ©s de couplage entre la diffĂ©rence x = L1 − L2 et la partie commune L2.

Il est Ă  noter que cette interprĂ©tation probabiliste de la loi de Weber n’est pas la seule possible. En 1927 dĂ©jĂ , Thurstone fondait cette loi sur un calcul probabiliste, mais en utilisant des considĂ©rations combinatoires dont nous n’avons pas besoin ici 8.

§ 4. L’interprĂ©tation probabiliste de la loi des centrations relatives

Des « erreurs Ă©lĂ©mentaires » I (rencontres) et II (couplages), cette derniĂšre expliquant entre autres la loi de Weber, nous pouvons passer Ă  l’examen des « erreurs composĂ©es » sur lesquelles porte la loi des centrations relatives. Mais, pour y parvenir, il convient au prĂ©alable de faire l’inventaire des diffĂ©rents types de couplages possibles, qui sont tous reprĂ©sentĂ©s dans cette loi de composition. En effet, si les couplages de diffĂ©rence (L1 − L2) L2, sur lesquels porte la loi de Weber, constituent aussi les couplages essentiels intervenant dans la loi des centrations relatives, ils n’y sont point seuls en jeu mais sont prĂ©cisĂ©ment reliĂ©s par un rapport de probabilitĂ© Ă  l’ensemble des autres cas possibles.

Fig. 8

Nous distinguerons donc quatre types de couplages entre deux longueurs L1 et L2. DĂ©signons d’abord par L’2 la projection de L2 sur L1, par L3 la diffĂ©rence L1 − L2 et par L’3 la projection de L3 sur le prolongement de L2 (voir fig. 8). Nous appellerons alors :

1) Couplages de ressemblance R : les couples possibles entre L’2 et L2 qui seront au nombre de L22.

2) Couplages de diffĂ©rence D : les couples possibles entre L3 et L2 qui seront au nombre de (L1 − L2) L2.

3) Couplages D’ : les couples possibles entre L’3 et L’2, qui seront aussi au nombre de (L1 − L2) L2.

4) Couplages D” : les couples possibles entre L3 et L4, qui seront au nombre de L32 donc de (L1 − L2)2.

Cela dit, nous pouvons décomposer la loi des centrations relatives de la maniÚre suivante :

P = ± ((L1 − L2) L2)/S × (nL/Lmax)

oĂč P est l’erreur composĂ©e (positive ou nĂ©gative selon l’effet mesurĂ©); oĂč L1 est la plus grande des deux longueurs comparĂ©es ; oĂč L2 est la plus petite de ces deux longueurs ; oĂč Lmax est la longueur maximum de la figure (Lmax = L1 + L2 ou = L1 + 2 L2 ou = n L2 ou = L1 selon les cas); oĂč S est la surface : S = L1 × L2 ou (L1 + L2)2, etc. selon les cas ; et oĂč n L se dĂ©compose comme suit 9 : n est le nombre des comparaisons L1 − L2 (par exemple n = 2 si L1 est insĂ©rĂ© entre deux L2, etc.) et L est la longueur dĂ©formĂ©e ou mesurĂ©e (en gĂ©nĂ©ral prise pour unitĂ©).

La signification probabiliste de cette loi est alors extrĂȘmement simple. Nous allons la dĂ©gager en examinant successivement le sens des expressions (L1 − L2) L2 ; S ; et (nL : Lmax).

I. L’expression (L1 − L2) L2. — On reconnaĂźt immĂ©diatement en ce numĂ©rateur l’ensemble des couples de diffĂ©rence D, c’est-Ă -dire ceux qui donnent lieu Ă  l’erreur Ă©lĂ©mentaire II sur laquelle la loi de Weber porte par ailleurs.

II. L’expression S. — La surface signifie en tous les cas l’ensemble des couplages possibles compatibles avec les liaisons de la figure. Mais, Ă  cet Ă©gard, deux cas doivent ĂȘtre distinguĂ©s selon qu’il s’agit de figures fermĂ©es (ou rapportĂ©es par la perception Ă  un cadre de rĂ©fĂ©rence rectangulaire, etc.), ou de figures linĂ©aires dans lesquelles L2 se trouve dans le prolongement de L1.

Dans le premier cas, la surface S Ă©quivaut aux couplages de ressemblance R et de diffĂ©rence D rĂ©unis, mais Ă  l’exclusion des couplages D’ et D”. Par exemple, le rectangle a une surface L1 × L2 qui peut se dĂ©composer en L1 L2 = L22 + (L1 − L2) L2. Or, l’expression L22 Ă©quivaut Ă  l’ensemble des couplages R et l’expression (L1 − L2) L2 Ă  l’ensemble des couplages D (fig. 9). Dans le cas des angles, courbures, etc., il en va de mĂȘme : la surface S intervenant dans le calcul est celle du rectangle de rĂ©fĂ©rence par rapport auquel les cĂŽtĂ©s de l’angle sont dĂ©viĂ©s (voir Rech. XXIV et XXV) ou la courbure accentuĂ©e ; or, la surface de ce rectangle Ă©quivaut prĂ©cisĂ©ment Ă  l’ensemble des couplages R + D.

Fig. 9

Dans le cas des figures dans lesquelles L2 prolonge L1 (par exemple : deux segments de droite L1 + L2 ; ou un L1 insĂ©rĂ© entre deux L2 ; illusion de DelbƓuf qui rĂ©alise ce dernier mĂȘme modĂšle mais en cercles concentriques ; illusions d’Oppel, de MĂŒller-Lyer, etc.), la surface n’est plus L1 L2 mais (L1 + L2)2 ou (L1 + 2 L2)2, etc. En ce cas, la longueur maximale Lmax est distincte de L1 puisque L1 n’en constitue qu’un segment. Il intervient alors, dans la perception de la figure, deux sortes de couplages : ceux qui rĂ©sultent de la comparaison entre L1 et L2 et que nous appelons donc R + D + D’ + D’’, et ceux qui rĂ©sultent des relations entre L1 et Lmax. Ces derniers couplages ont naturellement la mĂȘme forme que les prĂ©cĂ©dents, mais, pour les en distinguer, nous les appellerons R2 ; D2 ; D’2 et D”2. Or, il est Ă©vident que la surface (L1 + L2)2 donc L2max Ă©quivaut prĂ©cisĂ©ment Ă  l’ensemble de ces derniers couplages.

En effet (L1 + L2)2 = L12 + L22 + 2 L1 L2. Or L12 = couplages R2 ; L1 L2 = couplages D2 ; L’1 L’2 = couplages D,2 et L22 = couplages D’’2(fig. 10 et 11). Il est non moins clair que l’expression L12, qui Ă©quivaut donc aux couplages R2, comprend elle-mĂȘme les couplages R, D, D’ et D” (par opposition Ă  R2 ; D2 ; etc.). En effet, si nous appelons L3 la diffĂ©rence L1 − L2, on a L12 = L22 + L32 + 2 L2 L3. Or L22 = couplages R ; 2 L2 L3 = couplages D et D’ ; enfin L32 = couplages D” (fig. 10). Il en rĂ©sulte ainsi que la surface (L1 + L2)2 comprend l’ensemble des couplages possibles, d’ordre R, D, D’ et D” aussi bien que R2, D2, D’2 et D”2. Il serait facile de montrer qu’il en est de mĂȘme dans le cas oĂč la surface est (Ll + 2 L2)2 ou encore oĂč elle est B2 = (n L2)2 ; etc.

Fig. 10

Mais la question est de savoir s’il est lĂ©gitime de faire intervenir de la sorte les couples R2, D2, D’2 et D’’2 en plus de R, D, D’ et D’’ ou s’il ne s’agit que d’une adjonction artificielle pour justifier le calcul de la surface (L1 + L2)2. En rĂ©alitĂ© les couples R2, etc., interviennent le plus souvent dans le calcul de la dĂ©formation P, soit Ă  titre exclusif (illusion d’Oppel), soit en composition avec l’effet dĂ» aux couples R, D, etc. (DelbƓuf mesurĂ© sur le cercle extĂ©rieur, MĂŒller-Lyer), et, lorsqu’ils ne jouent pas de rĂŽle dĂ©terminant parce que la mesure porte sur un Ă©lĂ©ment intĂ©rieur (DelbƓuf mesurĂ© sur le petit cercle), ils en jouent cependant un en fournissant le cadre de l’ensemble des dĂ©formations possibles.

Au total, la surface S prĂ©sente toujours la mĂȘme signification : elle reprĂ©sente l’ensemble des couplages possibles compatibles avec les liaisons de la figure. Dans le cas des figures oĂč L1 et L2 sont perpendiculaires l’une Ă  l’autre, ces couplages possibles se rĂ©duisent Ă  l’ensemble R + D parce que les autres formes de couplage sortiraient du cadre rectangulaire fermĂ© de la figure. Dans le cas oĂč L1 et L2 se prolongent l’un l’autre, l’ensemble des couplages possibles embrasse alors non seulement les couples R, D, D’ et D” mais encore leurs correspondants rĂ©sultant de la comparaison entre L1 et Lmax : mais cette comparaison s’impose perceptivement puisque, en de tels cas, L1 constitue un segment de Lmax.

De cette analyse rĂ©sulte alors cette conclusion essentielle que le rapport ((L1 − L2) L2) / S exprime en rĂ©alitĂ© un rapport entre les couplages D et l’ensemble des couplages possibles :

((L1 − L2) L2)/S = ((c) D)/(Σ (c))

oĂč (c) = couplages.

On aperçoit d’emblĂ©e la signification probabiliste d’un tel rapport.

III. L’expression nL : Lmax. — En tous les cas Ă©tudiĂ©s jusqu’ici auxquels s’applique la loi des centrations relatives (plus de 16 figures distinctes correspondant aux diverses « illusions gĂ©omĂ©triques » planes), l’expression L correspond Ă  la longueur sur laquelle portent la dĂ©formation formulĂ©e et les mesures prises. Dans les formules, L est donc choisi comme unitĂ© et c’est pourquoi nous n’avions pas songĂ© d’abord Ă  indiquer explicitement cette valeur au numĂ©rateur. Mais si on ne l’introduit pas, l’expression gĂ©nĂ©rale de la loi contient alors un produit de trois longueurs au dĂ©nominateur (S = 2 et Lmax = 1) et de deux au numĂ©rateur (L1 − L2 et L2, et l’on confĂšre ainsi Ă  la dĂ©formation P le sens, non plus d’un rapport, mais de l’inverse d’une longueur, ce qui est dĂ©nuĂ© de signification perceptive. En introduisant la valeur L, nous rĂ©tablissons donc l’homogĂ©nĂ©itĂ© de la formule en tant que pur rapport tout en attribuant Ă  l’expression nL, grĂące au coefficient n, une signification probabiliste prĂ©cise. En effet n reprĂ©sente le nombre des comparaisons possibles (L1 − L2) L2 distinctes les unes des autres : par exemple, si la droite L1 est prolongĂ©e d’un seul segment L2 la valeur de n est 1 et nL = 1 L1, par contre si L1 est insĂ©rĂ© entre deux segments L2 la valeur de n = 2 et nL = 2 L1 ; etc.

Comme d’autre part nL est rapportĂ© Ă  Lmax, qui est la longueur maximale de la figure, la signification de ce rapport nL : Lmax est donc celle d’un rapport entre les couplages possibles sur la ligne dĂ©formĂ©e ou mesurĂ©e, d’une part, et sur la plus grande longueur de la figure. Or, ce rapport est diffĂ©rent de [(L1 − L2) L2 : S], Ă©tant donnĂ© le fait que Lmax ne se confond pas avec L1 sauf en certains cas particuliers seulement. Le rapport nL : Lmax joue donc Ă  l’égard de [(L1 − L2) L2 : S] un rĂŽle de rĂ©gulateur en le renforçant en certains cas (par exemple si 2 L1 > Lmax) et en le modĂ©rant en d’autres.

Conclusion. — En conclusion, la loi des centrations relatives apparaüt comme un double rapport probabiliste.

Le premier de ces rapports exprime la probabilitĂ© des couplages de diffĂ©rence D, soit (L1 − L2) L2 eu Ă©gard Ă  l’ensemble des couplages possibles (= S). Ces derniers sont constituĂ©s, soit par la rĂ©union des couplages R + D dans le cas des figures Ă  contour ou Ă  cadre rectangulaires, soit par l’ensemble R2 + D2 + D’2 + D”2 (y compris R, D, D’ et D” inclus en R2) dans le cas des figures oĂč L2 prolonge L1. En termes de reports ou transports, ces couplages possibles rĂ©sultent ainsi soit du report de L2 sur L1 Ă  l’intĂ©rieur d’un cadre rectangulaire, soit du report de L2 sur L1 et rĂ©ciproquement quand L1 et L2 se prolongent l’un l’autre (fig. 9 et 11-12).

Fig. 11.
Fig. 12.

Le second de ces rapports exprime la probabilitĂ© des couplages sur la ligne mesurĂ©e eu Ă©gard Ă  ceux portant sur la longueur la plus grande de la figure, ce qui renforce ou freine l’effet du premier rapport.

Ainsi conçue, la loi des centrations relatives exprime au total la probabilité des couplages de différence D en fonction des liaisons de la figure.

Or, ces couplages de diffĂ©rence sont ceux qui donnent lieu aux erreurs Ă©lĂ©mentaires II de surestimation relative. En dĂ©finitive, la loi des centrations relatives Ă©nonce donc la plus ou moins grande probabilitĂ© pour que se produisent les erreurs Ă©lĂ©mentaires II en fonction des transformations de la figure. Elle indique notamment pour quelles valeurs de L1, L2, Lmax et S se produiront les plus grandes ou les plus faibles frĂ©quences probables de couplages D, ceux-ci ayant alors pour effet de rendre probables, au maximum ou au minimum, les erreurs Ă©lĂ©mentaires II. Mais la loi des centrations relatives ne nous indique pas de quelle valeur sera l’erreur Ă©lĂ©mentaire II et encore moins de quelle valeur sera l’erreur Ă©lĂ©mentaire I, supposĂ©e par l’erreur II. Elle prĂ©voit simplement que, si les erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II se produisent, l’erreur II passera par des phases de croissance et de dĂ©croissance, par un maximum positif, par un minimum (erreur nulle mĂ©diane) et par un maximum nĂ©gatif pour telles ou telles relations internes rĂ©sultant des transformations de la figure. C’est pourquoi la concordance entre les courbes thĂ©oriques et les courbes expĂ©rimentales ne porte que sur l’allure qualitative de ces courbes (voir dans ce numĂ©ro la Rech. XXV, p. 88) et nullement sur la valeur absolue des erreurs qui varie selon l’ñge et les individus. Telle est la raison pour laquelle nous l’avons baptisĂ©e loi des centrations « relatives » : indĂ©pendamment de la valeur absolue des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II, que nous ne connaissons en gĂ©nĂ©ral pas pour les sujets Ă©tudiĂ©s (sinon par des expĂ©riences spĂ©ciales sur les effets de centration pour l’erreur I et sur le seuil diffĂ©rentiel pour l’erreur II), nous savons nĂ©anmoins que quand ces erreurs se produisent pour les diverses transformations de la figure (et elles se produisent toutes les fois que l’on Ă©prouve une « illusion » gĂ©omĂ©trique), elles aboutissent Ă  certaines valeurs relatives en fonction de ces transformations mĂȘmes.

§ 5. La rĂ©apparition des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II au niveau du seuil d’égalitĂ© et les relations entre la loi des centrations relatives et la loi de Weber

En tant que loi des erreurs composĂ©es et non pas des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II, la loi des centrations relatives nous indique donc simplement la plus ou moins grande probabilitĂ© pour que ces erreurs se produisent, mais sans nous en donner la valeur absolue. D’autre part, lorsque les valeurs de L2 sont voisines de celles de L1, il se produira une Ă©galisation subjective L1 = L2 (seuil d’égalitĂ©) ; mais, comme cette Ă©galisation dĂ©pend de la valeur absolue des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II, la loi des centrations relatives ne nous indique pas non plus Ă  partir de quelles valeurs de L2 et L1 elle a lieu. Seulement, cette Ă©galisation se marque sur la courbe des erreurs P par une sorte de rĂ©sonance aux environs de l’illusion nulle se produisant pour L1 = L2 objectivement (voir partie 1 sur la fig. 13) : il importe donc d’examiner, pour terminer cet exposĂ©, comment s’explique cette Ă©galisation subjective et comment nous pouvons la formuler dans le cadre de la loi des centrations relatives, ce qui nous conduira Ă  conclure par l’examen des relations entre cette loi et celle de Weber.

Fig. 13.
(A’ = L2 du point d’origine à 1 et A’= L1 de 1 à 5)

Il est d’autant plus nĂ©cessaire de soulever ces problĂšmes que dans toutes les situations auxquelles s’applique la loi des centrations relatives, la grande longueur L1 est surestimĂ©e et la petite L2 sous-estimĂ©e, sauf prĂ©cisĂ©ment Ă  l’intĂ©rieur des zones d’égalitĂ©s ou d’indĂ©termination, puisque l’égalisation subjective L1 = L2 implique une surestimation de la petite longueur L2, ou une sous-estimation de la grande L1 ou les deux Ă  la fois !

Or, ce renversement apparent des surestimations et des sous-estimations s’explique lui-mĂȘme aisĂ©ment par la surestimation absolue propre Ă  l’erreur Ă©lĂ©mentaire I et par la surestimation relative propre Ă  l’erreur Ă©lĂ©mentaire II.

Du point de vue de l’erreur I (effet de centration), la diffĂ©rence entre la zone d’égalitĂ© et les autres rĂ©gions de la courbe des erreurs se marque de la maniĂšre suivante. Si, en deux centrations successives quelconques p est le coefficient le plus fort de surestimation par centration et p’ le coefficient le plus faible, on a toujours p’L1 > pL2 en dehors des seuils d’égalitĂ©, tandis que l’on a alternativement pL1 > p’L2 et pL2 > p’L1 Ă  partir des seuils : c’est ce balancement qui explique l’indĂ©termination des estimations et, comme forme d’équilibre, l’égalitĂ© subjective L1 = L2.

Du point de vue de l’erreur II, nous avons dĂ©jĂ  vu (§ 3) comment les couplages de diffĂ©rence D, soit (L1 − L2) L2 expliquent la sous-estimation de cette diffĂ©rence L1 − L2 lorsqu’elle est de plus en plus petite relativement à L2. Mais ceci n’est pas encore une explication du seuil d’égalitĂ© lui-mĂȘme, Ă  partir duquel la diffĂ©rence n’est plus simplement sous-estimĂ©e (comme elle l’est par exemple dans l’illusion de MĂŒller-Lyer) mais entiĂšrement annulĂ©e, ce qui constitue un autre phĂ©nomĂšne. Or, pour rendre compte de ce dernier, il suffit d’introduire la notion de l’intervalle i entre les points de couplage (par exemple sur la fig. 1 du § 2, l’intervalle i sera la distance moyenne entre les points B et C ou B et D). Cela dit, on a en dehors du seuil i ≀ (L1 − L2), tandis que le seuil d’égalitĂ© se dĂ©finira par la relation i > (L1 − L2) : la diffĂ©rence L1 − L2 ne sera en ce dernier cas plus perceptible faute de couplage assez fin, tandis qu’elle peut le redevenir si la finesse de l’analyse ou de l’exploration augmente.

On constate ainsi que, de ces deux points de vue, le seuil d’égalitĂ© n’est plus dĂ©terminĂ© par les dimensions objectives de la figure comme dans le cas des erreurs composĂ©es rĂ©gies par la loi des centrations relatives, mais par un certain rapport entre les dimensions objectives de L1 et de L2 et le taux absolu des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II : cela revient donc Ă  dire que la zone d’égalitĂ© est caractĂ©risĂ©e par une rĂ©apparition des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II ; en d’autres termes, tandis que les autres rĂ©gions de la courbe des erreurs composĂ©es sont indĂ©pendantes de la valeur absolue des erreurs I et II, la rĂ©gion du seuil dĂ©pend directement de cette valeur absolue.

Mais il n’en est pas moins facile de formuler en termes de centrations relatives cette transformation de la courbe au niveau de la zone d’égalitĂ©. Nous constatons, en effet, que du point de vue de l’erreur Ă©lĂ©mentaire I, on a subjectivement L2 > L1 Ă  partir du seuil. Du point de vue de l’erreur II on a L2 = L1 ce qui revient aussi Ă  une surestimation de L2. Il suffit donc, pour formuler l’erreur propre Ă  la zone d’égalisation eg (= partie 1 de la fig. 13) d’inverser les relations entre L1 et L2 de la maniĂšre suivante :

Peg = ± ((L2 — L1) L1 × nL) / S × Lmax

(oĂč Peg est la dĂ©formation P Ă  l’intĂ©rieur de la zone d’égalitĂ©).

On obtient ainsi la partie eg de la courbe (= partie 1 fig. 13). Mais, rĂ©pĂ©tons-le, les frontiĂšres de eg (donc les deux seuils) ne sont pas calculables thĂ©oriquement, puisqu’elles dĂ©pendent de la valeur absolue des erreurs I et II (valeur que seule l’expĂ©rience fournit en chaque cas ; de mĂȘme la loi de Weber n’indique pas quelle sera l’étendue de la zone d’égalitĂ© mais affirme simplement que cette Ă©tendue est proportionnelle aux grandeurs en jeu).

Mais comme, dans la loi des centrations relatives la dĂ©formation P est proportionnelle aux grandeurs de L1 et de L2 et comme la valeur absolue de P dĂ©pend des erreurs Ă©lĂ©mentaires I et II qui sont Ă©galement proportionnelles Ă  la grandeur des Ă©lĂ©ments centrĂ©s ou couplĂ©s, il n’est aucune raison pour que la dĂ©formation inverse Peg qui dĂ©pend aussi des erreurs I et II ne soit pas elle aussi proportionnelle aux grandeurs comparĂ©es. On a alors (si l’on dĂ©signe par Eg la zone d’égalitĂ©) la proportion suivante, qui n’est autre que l’expression de la loi de Weber :

Eg = L1/L2 k

oĂč k est une constante dĂ©terminĂ©e par l’expĂ©rience.

On constate ainsi une fois de plus l’étroite parentĂ© entre la loi des centrations relatives et celle de Weber.