Esprit (1932–1962)Lire

« Ma personne, c’est ma présence au monde et à moi-même conjointement ; aux vrais objets, aux vrais humains, et à ma vraie responsabilité. »

Notice

La revue Esprit est créée en 1932 par le philosophe catholique Emmanuel Mounier, qui s’appuie sur un petit groupe composé notamment de Georges Izard, André Déléage, Louis-Émile Galey, tandis que Denis de Rougemont participe à certaines réunions préparatoires, dès 1931. Esprit est dans les années 1930 la principale revue personnaliste française, aux côtés de L’Ordre nouveau. Elle cesse en 1941, pour reparaître à la Libération, en lien étroit avec les Éditions du Seuil. Développant à cette époque un tropisme « progressiste », elle s’oppose, après la mort de Mounier en 1950, à certains projets européens comme celui de la Communauté européenne de défense. La dimension personnaliste, au cœur du projet originel, se réduit également peu à peu, ce qui explique aussi l’éloignement de Rougemont de cette revue à cette époque. Souvent en symbiose avec une gauche modérée nommée parfois « deuxième gauche », la revue développe jusqu’à aujourd’hui des réflexions sur les droits de l’homme, l’État de droit, les questions autour de la laïcité, et s’interroge sur l’avenir de la démocratie.

Denis de Rougemont a publié dans Esprit près de cinquante articles (dont un nombre élevé de recensions d’ouvrages), qui datent essentiellement de l’avant-guerre. Plusieurs textes (comme « Définition de la personne » ; « Préface à une littérature ») sont des contributions majeures à la définition du personnalisme et à la dimension littéraire que Rougemont souhaite impulser au mouvement. D’autres donnent un avant-goût d’ouvrages clés comme Penser avec les mains (« Culture et commune mesure »), Journal d’un intellectuel en chômage (« Fragments »), Journal d’Allemagne (« Francfort, 16 mars 1936 ») ou L’Amour et l’Occident (« La passion contre le mariage » ; « L’amour action, ou de la fidélité »).

Bibliographie

  • Goulven Boudic, « Esprit » (1944-1982). Les métamorphoses d’une revue, Paris, IMEC, 2005.
  • Michel Winock, « Esprit », des intellectuels dans la cité (1930-1950), Paris, Le Seuil, 1996.
  • Nicolas Stenger, «  Esprit et le “fédéralisme-Janus” », Denis de Rougemont, Les intellectuels et l’Europe au xxe siècle, Rennes, PUR, 2015, p. 147-160.
  • Pierre Grémion, « Personnalisme, fédéralisme, progressisme », Gérard de Puymège (éd.), Du personnalisme au fédéralisme européen. En hommage à Denis de Rougemont, Genève, Centre européen de la culture, 1988.