Les comparaisons verticales Ă intervalles croissants (1956) a đ
La prĂ©sente Recherche a Ă©tĂ© poursuivie et terminĂ©e bien avant la prĂ©cĂ©dente. Le but en Ă©tait de confronter les rĂ©sultats de la Rech. II (comparaison horizontale entre tiges prĂ©sentĂ©es verticalement dans le plan fronto-parallĂšle) avec ceux dâune comparaison verticale effectuĂ©e dans des conditions analogues. Mais ces comparaisons verticales Ă distances sâĂ©tant rĂ©vĂ©lĂ©es assez diffĂ©rentes de ce que lâon aurait pu attendre en partant des hypothĂšses courantes (surestimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ interprĂ©tĂ©e comme rĂ©sultant dâune anisotropie de ce champ), nous avons jugĂ© utile de complĂ©ter cette analyse par une Ă©tude des comparaisons verticales Ă faible intervalle (Rech. XXX). Câest pourquoi nous avons attendu lâachĂšvement de cette derniĂšre Recherche pour publier ces pages, les rĂ©sultats des deux Rech. XXX et XXXI se conciliant maintenant de façon satisfaisante malgrĂ© leurs oppositions apparentes.
I. Technique et rĂ©sultatsđ
§ 1. La techniqueđ
La technique adoptĂ©e reproduit aussi prĂšs que possible, mais amĂ©liorĂ©e, celle de la Rech. II. Par contre, il sâagit de comparer les hauteurs dans lâaxe vertical du plan fronto-parallĂšle et non plus dans lâaxe horizontal.
Dispositifđ
Les hauteurs Ă comparer sont celles de tiges de mĂ©tal noirci mat, de 2 mm de diamĂštre, enchĂąssĂ©es dans une hase conique de 24 mm de diamĂštre et 10 mm de hauteur, de maniĂšre que le bas de la tige puisse ĂȘtre aperçu mĂȘme dans la partie supĂ©rieure du champ. Les tiges sont Ă comparer par couples, lâune Ă©tant situĂ©e au-dessus et lâautre au-dessous de la position naturelle du regard de lâobservateur (assis, tĂȘte droite, ligne du regard horizontale) et rĂ©glĂ©e une fois pour toutes Ă hauteur du plan mĂ©dian horizontal de comparaison, hauteur dâenviron 100 cm au-dessus du sol 1. Trois distances verticales ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es : A = 20 cm 2, B = 80 cm et C = 180 cm, ces distances Ă©tant mesurĂ©es de base Ă base des tiges. La grandeur moyenne des tiges est de 100 mm.
Le fond du champ de comparaison est un panneau de bois vertical recouvert de papier Ă dessin, mat, trĂšs uniforme et de couleur « Java » (jaunĂątre). Il a 150 cm de largeur et 200 cm de hauteur et se trouve dressĂ© devant une paroi de mĂȘme teinte qui complĂšte le champ en hauteur. Par le bas il repose sur un socle auxiliaire de 10 cm de hauteur, Ă mĂȘme le sol, de mĂȘme largeur que le panneau et de 75 cm de profondeur. De mĂȘme teinte, ce socle Ă©quilibre le champ de comparaison en particulier pour la position la plus basse des tiges. Ce dispositif, placĂ© dans une grande chambre, reçoit un Ă©clairement artificiel par un jeu de projecteurs et dâĂ©crans diffuseurs placĂ©s latĂ©ralement et en arriĂšre de lâobservateur. LâĂ©clairement est rendu aussi uniforme que possible ; il atteint 100 lux, sauf pour la rĂ©gion la plus infĂ©rieure qui nâen reçoit que 80 environ.
Lâobservateur se trouve Ă une distance de 1,50 m du champ, ce qui correspond Ă un angle de regard dâenviron 7, 30 et 60 degrĂ©s pour les distances A, B et C. Sa tĂȘte nâest pas immobilisĂ©e.
Chaque tige de comparaison est placĂ©e au centre dâune barre en laiton, transversale et amovible, de 155 cm, qui repose sur deux supports Ă chacune de ses extrĂ©mitĂ©s. Son profil Ă©querre, de 25 Ă 10 mm, malgrĂ© son Ă©paisseur choisie minimum (0,5 mm), lui assure la rigiditĂ© voulue. Elle est recouverte dâune teinte mate de la couleur du fond. AppliquĂ©e contre celui-ci par son aile de 10 mm, sa saillie de 25 mm Ă©met, suivant sa position, une trĂšs lĂ©gĂšre ombre portĂ©e qui, toutefois, ne semble pas avoir incommodĂ© les sujets. Les tiges elles-mĂȘmes ne portent aucune ombre visible bien quâelles soient Ă moins de 15 mm du fond. Pour autant que nous avons pu nous en rendre compte, ce sont bien les tiges qui sont comparĂ©es entre elles et non avec quelque repĂšre que beaucoup de soins auraient cependant laissĂ© subsister. Lâintervalle vertical, entre le sommet de la tige infĂ©rieure et la barre ou la base de la tige supĂ©rieure, notamment dans la situation A, ne semble non plus avoir servi de rĂ©fĂ©rence, comme on pouvait le craindre. Il en a Ă©tĂ© de mĂȘme pour la base conique des tiges, de mĂȘme teinte que le fond.
ProcĂ©dĂ© et mĂ©thodesđ
Deux méthodes de jugement sont utilisées, chacune avec un groupe différent de sujets (Exp. I et II). Avant de les décrire dans ce qui les distingue, voici ce qui leur est commun.
La tige Ă©talon est de 100 mm. La sĂ©rie de variables est assez Ă©tendue pour couvrir largement tous les cas possibles sans crĂ©er dâeffet de troncature. Pratiquement on nâa besoin quâexceptionnellement dâune tige plus petite que 80 mm ou plus grande que 120 mm. LâĂ©chelon a Ă©tĂ© choisi, aprĂšs sondage, de 2,5 mm, ce qui permet une dĂ©termination Ă 1,25 mm prĂšs pour les limites du seuil et Ă 0,62 mm pour lâerreur systĂ©matique. Toutes les tiges sont ajustĂ©es au dixiĂšme de millimĂštre prĂšs dans leur longueur, bien rectilignes et vĂ©rifiĂ©es quant Ă leur perpendicularitĂ© par rapport Ă leur base homogĂšne afin que rien ne permette de les identifier. Pour la commoditĂ© de leur choix clinique et leur manipulation elles sont chiffrĂ©es sous la base et enfilĂ©es par ordre de grandeur, sommet en bas, dans des trous percĂ©s dans le couvercle dâune caissette.
AprĂšs avoir placĂ© les deux barres de support Ă lâune des trois distances Ă©tudiĂ©es, on place les deux tiges Ă comparer lâune au-dessus de lâautre dans lâaxe mĂ©dian du champ. La comparaison faite, on Ă©change la variable contre une autre et ainsi de suite jusquâĂ ce que la mesure des limites du seuil soit achevĂ©e avec un degrĂ© de sĂ©curitĂ© suffisant.
Les variables ne se succĂšdent pas dans un ordre toujours identique, mais dâaprĂšs la mĂ©thode concentrique clinique dĂ©jĂ utilisĂ©e dans de prĂ©cĂ©dentes Recherches 3 : la grandeur des variables, leur ordre et leur nombre de prĂ©sentations sont variables dâun observateur Ă lâautre tout en Ă©tant en gĂ©nĂ©ral irrĂ©guliers pour un mĂȘme observateur. Ce choix se prĂ©cise, bien entendu, au fur et Ă mesure que les jugements sâaccumulent pour une mĂȘme situation. Il doit Ă©viter autant que possible des effets successifs de contraste ou dâassimilation. Cette mĂ©thode, rapide, exige par contre de lâexpĂ©rimentateur un contrĂŽle constant de la marche de la dĂ©termination, celle-ci Ă©tant comme une exploration dont le but final est la mesure, avec un minimum de jugements, des limites infĂ©rieure et supĂ©rieure de la zone dâĂ©galitĂ©. Pour guider lâexpĂ©rimentateur dans son choix des variables, les jugements sont inscrits dans un tableau, au fur et Ă mesure, dont les colonnes correspondent Ă la sĂ©rie de variables Ă disposition et dont les lignes superposĂ©es sont utilisĂ©es pour pouvoir y noter lâordre chronologique de prĂ©sentation pour chaque prĂ©sentation et lâordre de succession des diverses situations Ă©tudiĂ©es (distance, position de lâĂ©talon). Un certain savoir et une part dâentraĂźnement sont nĂ©cessaires pour que nâĂ©chappe pas la mesure dĂ©sirĂ©e ni le contrĂŽle de rĂ©ponses aberrantes.
Une dĂ©termination achevĂ©e on passe Ă la suivante, en dĂ©plaçant les barres de support si câest Ă une nouvelle distance. Un certain ordre chronologique des trois distances Ă©tudiĂ©es a Ă©tĂ© adoptĂ© et est restĂ© le mĂȘme dans les expĂ©riences I et II : 80, 20 et 180 cm. Les autres conditions varient suivant le genre de jugement demandĂ© Ă lâobservateur et la connaissance ou non quâil a de la position de lâĂ©talon. Câest ce qui va ĂȘtre prĂ©cisĂ©.
MĂ©thode du jugement dirigĂ©. ExpĂ©rience I B et I Hđ
Câest la technique I de la Rech. II. Pour chaque distance Ă©tudiĂ©e lâĂ©talon E reste en place, soit en bas (B), soit en haut (H) du champ de comparaison. LâexpĂ©rimentateur dĂ©signe alors la variable V (situĂ©e en position inverse) en posant la question : « Cette tige est-elle plus grande, plus petite ou Ă©gale (pareille ou la mĂȘme chose grande pour les enfants) Ă celle-ci ? » (en montrant la variable). Le jugement doit donc toujours porter sur la variable ; on le fait redresser si on sâaperçoit quâil a dĂ» porter sur lâĂ©talon. Comme contrĂŽle on pose la question : « Laquelle est la plus grande des deux ? » Mais en gĂ©nĂ©ral il se crĂ©e rapidement chez lâobservateur une attitude dirigĂ©e sur la variable, surtout du fait que celle-ci est toujours prĂ©sentĂ©e dans la mĂȘme position. Une tendance peut alors se dĂ©clencher Ă comparer entre elles les deux variables de deux couples successifs dâĂ©lĂ©ments au lieu de comparer les deux Ă©lĂ©ments dâun mĂȘme couple (Ă©talon et variable). Lâobservation du regard et de la tĂȘte qui lâaccompagne permet un certain contrĂŽle que les fixations requises ont bien Ă©tĂ© effectuĂ©es.
Deux positions de lâĂ©talon sont Ă©tudiĂ©es pour chaque distance : Ă©talon bas (EB), situĂ© en-dessous de la variable (VH) et la situation inverse, (EH â VB), le jugement portant toujours sur la variable, quel que soit son emplacement. Mais lâexpĂ©rimentateur sâaperçoit rapidement que lors du passage de la comparaison EB Ă celle EH, inverse, les rĂ©sultats dâun mĂȘme sujet ne sont pas en accord entre eux immĂ©diatement ni systĂ©matiquement, mĂȘme chez lâadulte, et quâil est nĂ©cessaire de rappeler la consigne de porter le jugement sur la variable, etc. Il semble quâon le doive, du moins en partie, Ă lâattitude dirigĂ©e, de formation assez rapide â mais pouvant persister ensuite â dont il vient dâĂȘtre parlé 4. Câest pour Ă©viter de continuels redressements que lâordre chronologique suivant a Ă©tĂ© adopté : EB 80, 20 et 180 cm, EH, 80, 20 et 180 cm, qui ne nĂ©cessite quâun seul changement dâattitude. Comme celle-ci peut donc ĂȘtre renforcĂ©e par de multiples comparaisons faites dans la mĂȘme situation des Ă©lĂ©ments du couple, on prend la prĂ©caution supplĂ©mentaire dâintroduire un intervalle de temps entre les deux types dâexpĂ©riences, pendant lequel le sujet est occupĂ© Ă des activitĂ©s trĂšs diffĂ©rentes. Enfin, chaque groupe dâĂąge a Ă©tĂ© partagĂ© par moitiĂ©, un sous-groupe commençant par E B, lâautre par E H, lâordre des distances restant le mĂȘme.
MalgrĂ© ces prĂ©cautions, on ne peut espĂ©rer supprimer ou compenser complĂštement les effets dâordre chronologique, de mĂȘme quâil est difficile dâĂ©liminer toute prĂ©fĂ©rence des sujets pour lâune des directions de comparaison bas-haut ou haut-bas.
Un des avantages de la mĂ©thode du jugement non dirigĂ©, que nous allons maintenant examiner, est dâoffrir une solution plus satisfaisante de ce problĂšme dâordre chronologique.
DeuxiĂšme procĂ©dĂ©. MĂ©thode du jugement non dirigĂ©. (Suppression de la connaissance de lâĂ©talon par le sujet 5.) â Au lieu de faire porter le jugement sur la variable, lâĂ©talon restant constamment dans une position immuable, fixĂ©e dâavance, on peut, dans les mĂȘmes conditions, faire porter le jugement sur lâĂ©talon. Mais si on veut rĂ©duire le plus possible lâerreur dite « de lâĂ©talon », qui rĂ©sulte de lâun ou de lâautre de ces deux procĂ©dĂ©s, il faut rendre Ă©quivalents les deux termes du couple Ă comparer, câest Ă -dire quâaucun des deux termes ne soit dĂ©signĂ© par lâexpĂ©rimentateur (ou ne soit choisi de prĂ©fĂ©rence par lâobservateur) comme Ă©tant constamment lâĂ©talon. Pour cela on rend amovible lâĂ©talon aussi bien que la variable, et on sâarrange pour le rendre indiscernable par quelque aspect ou quelque situation privilĂ©giĂ©e. En particulier on variera sa position irrĂ©guliĂšrement (en haut et en bas dans les comparaisons verticales) sans que lâobservateur sâen aperçoive. Ă la diffĂ©rence de la mĂ©thode du jugement dirigĂ©, on accompagne nĂ©cessairement cette prĂ©sentation de la question : « Lequel de ces deux objets est le plus grand ou sont-ils de la mĂȘme grandeur ou pareils ? etc. » Le jugement de lâobservateur est donc en principe non dirigĂ© et portera indiffĂ©remment, sur lâun ou lâautre des Ă©lĂ©ments du couple. Seul lâexpĂ©rimentateur saura si ce jugement a portĂ© sur la variable ou sur lâĂ©talon. On peut aussi poser la question en demandant quel est le plus petit, etc., des deux objets. Par contre, il semble prĂ©fĂ©rable de ne pas alterner, mĂȘme irrĂ©guliĂšrement les deux termes dans lâintention dâĂ©quilibrer encore davantage la situation : on risquerait de nâĂȘtre pas entendu et dâĂȘtre moins maĂźtre dâune situation dĂ©jĂ complexe, comme on le verra plus loin.
Dans les comparaisons verticales Ă©tudiĂ©es ici, cette mĂ©thode consistera donc, pour lâexpĂ©rimentateur, Ă placer lâĂ©talon soit en haut, soit en bas du champ, et rĂ©ciproquement pour la variable, dâune façon irrĂ©guliĂšre. Les variables sont choisies successivement dâaprĂšs la mĂ©thode concentrique clinique et en se guidant dâaprĂšs le tableau des jugements, prĂ©cĂ©demment dĂ©crit. Mais la particularitĂ© est quâici la notation des rĂ©ponses se fait concurremment sur deux lignes suivant que lâĂ©talon se trouve en bas ou en haut, mais en ayant soin, bien entendu, dâinverser les jugements (plus grand ou plus petit) quand ils sont portĂ©s sur lâĂ©talon, donc comme sâils avaient Ă©tĂ© portĂ©s sur la variable. La dĂ©termination se poursuit simultanĂ©ment pour les deux positions de lâĂ©talon et conduit finalement Ă la mesure de lâerreur systĂ©matique et de lâĂ©tendue dâĂ©galitĂ© pour chacune dâelles. â Il faut encore noter que les deux objets ne pouvant ĂȘtre placĂ©s simultanĂ©ment, doivent lâĂȘtre dans un ordre irrĂ©gulier et non pas, par exemple, toujours lâĂ©talon en premier et la variable en second, ou toujours le premier en bas et le second en haut du champ, parce que cette rĂ©gularitĂ© tend Ă dĂ©clencher chez certains observateurs la tendance Ă prendre comme rĂ©fĂ©rence le premier objet que lâexpĂ©rimentateur met en place, câest-Ă -dire comme Ă©talon. LâexpĂ©rimentateur sâefforce dâailleurs de contrecarrer toute tendance systĂ©matique qui se manifesterait malgrĂ© les prĂ©cautions indiquĂ©es. De ce dernier point de vue un procĂ©dĂ© plus rigoureux consisterait Ă intercaler un Ă©cran entre lâobservateur et le champ de comparaison pendant que se fait la mise en place.
La description ci-dessus montre que, dans cette mĂ©thode, les manipulations sont plus laborieuses (en particulier en raison des distances verticales Ă©tudiĂ©es) mais exigent des soins encore plus constants quâavec la mĂ©thode du jugement dirigĂ©. Câest probablement lâune des raisons pour lesquelles la prĂ©sente mĂ©thode ne semble pas avoir Ă©tĂ© dĂ©crite et ĂȘtre rarement utilisĂ©e dans le dĂ©tail, du moins Ă notre connaissance, pour des conditions spatiales similaires. Il est vrai que pour quâon y recoure, il faut avoir supposĂ© lâexistence dâune erreur, par exemple celle de lâĂ©talon, vouloir chercher Ă lâĂ©liminer et si possible la mesurer quand elle paraĂźt consĂ©quente et/ou variable dâun Ăąge Ă lâautre. Câest ce qui sâest prĂ©sentĂ© dans cette Recherche bien quâon pĂ»t escompter quâune telle erreur serait minime par rapport Ă la surestimation classique de la moitiĂ© supĂ©rieure par rapport Ă la moitiĂ© infĂ©rieure du champ.
MalgrĂ© les prĂ©cautions dĂ©crites qui ont pour but essentiel dâĂ©quilibrer les comparaisons afin de ne pas renforcer une certaine centration ou direction aux dĂ©pens dâautres, il nâest pas exclu que certains observateurs, indĂ©pendamment de la tendance Ă se rĂ©fĂ©rer Ă lâobjet premier, dĂ©jĂ signalĂ©e, marquent une prĂ©fĂ©rence pour lâune des deux directions de comparaisons (bas-haut ou haut-bas), ou tendent Ă prendre comme rĂ©fĂ©rence lâobjet se trouvant dans lâune des positions plutĂŽt que lâautre ou encore celui qui, dans une premiĂšre exploration, est considĂ©rĂ© comme plus grand (ou plus petit), et cela sans que lâon puisse sâen apercevoir aisĂ©ment.
PrĂ©cisons un point dâimportance. Alors que lâordre chronologique de prise des distances reste le mĂȘme (B, A, C) pour le jugement dirigĂ©, il nây a pas dâordre chronologique « étalon en bas â étalon en haut » dans la mĂ©thode du jugement non dirigĂ© puisque les mesures sont faites nĂ©cessairement simultanĂ©ment, la position de lâĂ©talon qui sert de rĂ©fĂ©rence pour la mesure Ă©tant irrĂ©guliĂšrement variĂ©e de couple Ă couple, comme dĂ©jĂ indiquĂ©. Il nâest donc pas nĂ©cessaire dâĂ©tablir des sous-groupes de sujets.
Enfin, on ne saurait empĂȘcher complĂštement que, avec lâune des mĂ©thodes comme avec lâautre, la comparaison soit faite autrement que demandĂ©e, mĂȘme si lâobservateur semble rĂ©pondre dans le sens demandĂ©. Par exemple, dans la mĂ©thode dirigĂ©e, il peut comparer autrement quâil lui est indiquĂ©, câest-Ă -dire jugement portĂ© sur la variable, et inverser son jugement pour se complaire Ă la consigne. On pourrait essayer dây remĂ©dier, tout au moins en partie, par une consigne plus explicite.
§ 2. Les rĂ©sultats numĂ©riquesđ
Les rĂ©sultats obtenus sont instructifs Ă deux points de vue distincts : celui des invariances relatives, rĂ©vĂ©lĂ©es par certaines moyennes en fonction de lâĂąge, de la prĂ©sence ou de lâabsence dâĂ©talons, de leurs positions (en haut ou en bas), des distances, etc. ; et celui de la variabilitĂ© des rĂ©actions, rĂ©vĂ©lĂ©e par les frĂ©quences des erreurs de signes +, â ou 0 et par lâanalyse des types distincts dâerreurs. Ces deux groupes de rĂ©sultats sont aussi rĂ©vĂ©lateurs lâun que lâautre pour lâĂ©tude des surestimations prĂ©sumĂ©es dans la partie supĂ©rieure du champ visuel, car seule la comparaison des moyennes et des diversitĂ©s permet de dĂ©terminer dans quelle mesure existe une telle surestimation et conduit Ă entrevoir quelle sorte dâinterprĂ©tation il convient de lui donner pour respecter les faits en leurs convergences partielles mais aussi en leur variabilitĂ© impressionnante.
Le premier point Ă examiner est la rĂ©partition des erreurs systĂ©matiques obtenues au moyen de la technique I (jugements dirigĂ©s avec Ă©talon demeurant en place au vu du sujet) et cela en fonction de lâĂąge, de la position de lâĂ©talon et des trois distances choisies. Lâerreur Ă©tant toujours mesurĂ©e sur la variable, une erreur nĂ©gative (= variable jugĂ©e Ă©gale Ă lâĂ©talon alors quâelle demeure objectivement infĂ©rieure Ă lui) signifiera donc une surestimation dans la partie supĂ©rieure du champ si la variable est en haut (Ă©talon en bas) et une sous-estimation dans la partie supĂ©rieure si la variable est en bas (Ă©talon en haut). En effet, une erreur nĂ©gative signifie que la variation est surestimĂ©e. RĂ©ciproquement, une erreur positive (sous-estimation de la variable) signifie une sous-estimation dans la partie supĂ©rieure du champ si la variable est en haut et une surestimation si elle est en bas. Comme câest le problĂšme de lâestimation dans la partie supĂ©rieure du champ qui nous intĂ©resse ici, nous traduirons donc toutes les erreurs, pour la commoditĂ© du lecteur, en termes de surestimation (+) et de sous-estimation (â) dans la partie supĂ©rieure du champ, sans nous astreindre Ă donner chaque fois le signe de lâerreur mesurĂ©e sur la variable.
Le tableau 1 fournit les erreurs systĂ©matiques ainsi dĂ©finies, de mĂȘme que les frĂ©quences (en nombres absolus) des erreurs + (surestimation dans la partie supĂ©rieure), â (sous-estimation) et 0.
On constate ainsi quâavec la technique des comparaisons dirigĂ©es (Ă©talon demeurant en place), seuls les sujets de 5-6 ans et les adultes donnent en moyenne une lĂ©gĂšre surestimation de la partie supĂ©rieure du champ (+0,14 et +0,63). Du point de vue des frĂ©quences, 21 jugements sur 60 Ă 5-6 ans prĂ©sentent lâerreur + (surestimation), soit le 35 % (50 % si lâon rĂ©partit par moitiĂ©s les erreurs nulles en erreurs + et â) ; 47 jugements adultes sur 108 prĂ©sentent la mĂȘme erreur +, soit le 43 % (49 % si lâon y englobe la moitiĂ© des erreurs nulles). De 6 Ă 8 ans les erreurs + sont en proportion de 21 Ă 36 %.
[p. 327]Tableau 1. Erreurs systĂ©matiques (technique I) exprimĂ©es en mm 6 sur les tiges supĂ©rieures en fonction de lâĂąge 7, de la position de lâĂ©talon (bas et haut) et des distances. FrĂ©quences (en nombres absolus) des erreurs +, â et 0
| 5-6 ans (10) | 6-7 ans (10) | 7-8 ans (12) | Adultes (18) | |||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Ătalon et distances : | Moy. | FrĂ©q. | Moy. | FrĂ©q. | Moy. | FrĂ©q. | Moy. | FrĂ©q. | ||||||||
| + | â | 0 | + | â | 0 | + | â | 0 | + | â | 0 | |||||
| Bas A | +1,25 | 4 | 1 | 5 | â0,74 | 3 | 5 | 2 | â0,50 | 3 | 7 | 2 | â0,62 | 5 | 10 | 3 |
| Bas B | +0,61 | 5 | 3 | 2 | â2,12 | 2 | 8 | 0 | â0,41 | 5 | 6 | 1 | +0,56 | 7 | 7 | 4 |
| Bas C | â1,36 | 2 | 7 | 1 | â4,96 | 0 | 10 | 0 | â2,16 | 3 | 8 | 1 | +2,70 | 11 | 6 | 1 |
| Moy. bas | +0,17 | â2,77 | â1,02 | +0,88 | ||||||||||||
| Haut A | â0,37 | 3 | 4 | 3 | â0,24 | 2 | 5 | 3 | â0,72 | 4 | 7 | 1 | â0,70 | 6 | 9 | 3 |
| Haut B | +0,24 | 3 | 2 | 5 | â1,06 | 3 | 5 | 2 | â0,42 | 6 | 5 | 1 | â0,42 | 7 | 9 | 2 |
| Haut C | +0,49 | 4 | 3 | 3 | â1,88 | 3 | 6 | 1 | +0,09 | 5 | 6 | 1 | +2,28 | 11 | 7 | 0 |
| Moy. haut | +0,12 | â1,06 | â0,35 | +0,38 | ||||||||||||
| Fréq. bas et haut A | 7 | 5 | 8 | 5 | 10 | 5 | 7 | 14 | 3 | 11 | 19 | 6 | ||||
| Fréq. bas et haut B | 8 | 5 | 7 | 5 | 13 | 2 | 11 | 11 | 2 | 14 | 16 | 6 | ||||
| Fréq. bas et haut C | 6 | 10 | 4 | 3 | 16 | 1 | 8 | 14 | 2 | 22 | 13 | 1 | ||||
| FrĂ©q. gĂ©n. | 21 | 20 | 19 | 13 | 39 | 8 | â0,68 | 26 | 39 | 7 | +0,63 | 47 | 48 | 13 | ||
| Moy. gĂ©n. | +0,14 | â1,92 | ||||||||||||||
| Moy. gĂ©n. 5-8 ans | â0,82 |
Mais, pour dĂ©terminer la portĂ©e de tels rĂ©sultats, il importe de les comparer dĂšs maintenant Ă ceux de la technique II (comparaisons non dirigĂ©es avec des changements apparents de lâĂ©talon lors de chaque prĂ©sentation dâune nouvelle variable), consignĂ©s au tableau 2 :
[p. 328]Tableau 2. Erreurs systématiques (en mm ou en % sur 100 mm) et fréquences en comparaisons non dirigées (technique II) 8
| 5-8 ans | Adultes | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Ătalon et distances : | Moy. | FrĂ©q. | Moy. | FrĂ©q. | ||||||
| + | â | 0 | + | â | 0 | |||||
| Bas A | â0,96 | (â1,02) | 4 | 6 | 3 | +0,87 | 6 | 3 | 1 | |
| Bas B | +0,48 | (+0,22) | 5 | 2 | 6 | +2,12 | 6 | 1 | 3 | |
| Bas C | +1,42 | (+1,13) | 6 | 4 | 3 | 0 | 5 | 3 | 2 | |
| Moy. bas | +0,31 | (+0,11) | +1,00 | |||||||
| Haut A | +0,29 | (â0,22) | 7 | 4 | 2 | +1,25 | 6 | 2 | 2 | |
| Haut B | +1,44 | (+1,25) | 7 | 4 | 2 | +2,50 | 8 | 2 | 0 | |
| Haut C | +1,83 | (+1,81) | 7 | 3 | 3 | +0,38 | 4 | 4 | 2 | |
| Moy. haut | +1,18 | (+0,94) | +1,38 | |||||||
| Fréq. bas et haut A | 11 | 10 | 5 | 12 | 5 | 3 | ||||
| Fréq. bas et haut B | 12 | 6 | 8 | 14 | 3 | 3 | ||||
| Fréq. bas et haut C | 13 | 7 | 6 | 9 | 7 | 4 | ||||
| Fréq. gén. | 36 | 23 | 19 | 35 | 15 | 10 | ||||
| Moy. gén. | +0,75 | (+0,53) | +1,18 |
Pour pouvoir mieux juger de la portée de ces moyennes, fournissons encore la table de distribution des erreurs propres aux sujets du tableau 2 (voir tabl. 2 bis).
Tableau 2 bis. Distribution des erreurs systématiques des sujets du tableau 2
| 5-8Â ans (78Â mesures) | Adultes (60Â mesures) | |
|---|---|---|
| â7,50 | 1 | â |
| â6,25 | 2 | â |
| â5,00 | 4 | 2 |
| â3,75 | 4 | â |
| â2,50 | 4 | 4 |
| â1,25 | 6 | 8 |
| 0 | 21 | 11 |
| 1,25 | 11 | 14 |
| 2,50 | 10 | 13 |
| 3,75 | 1 | 1 |
| 5,00 | 7 | 1 |
| 6,25 | 1 | 4 |
| 7,50 | 3 | 2 |
| 8,75 | 1 | â |
| 10,00 | 1 | â |
| 11,25 | â | â |
| 12,50 | 1 | â |
On voit que les erreurs sont plus dispersĂ©es chez lâenfant que chez lâadulte, ce qui rend assez alĂ©atoires les moyennes prises sur les 13 sujets de 5-8 ans. Cependant la moyenne gĂ©nĂ©rale de +0,75 constitue une approximation suffisamment prudente pour ces quelques sujets : en effet, en Ă©liminant le sujet dont lâerreur est la plus forte en nĂ©gatif (â7,50) on nâobtient quâune moyenne gĂ©nĂ©rale Ă©levĂ©e Ă +0,85 ; en Ă©liminant le sujet dont lâerreur positive est la plus grande (+12,50) on obtient au contraire une moyenne gĂ©nĂ©rale abaissĂ©e Ă +0,43 et en Ă©liminant ces deux sujets Ă la fois on obtient une moyenne gĂ©nĂ©rale de +0,53 (comme indiquĂ© entre parenthĂšses sur le tableau 2) 9. La moyenne gĂ©nĂ©rale de +0,75 ne saurait donc ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme dĂ©prĂ©ciant artificiellement lâerreur systĂ©matique de lâenfant par rapport Ă celle de lâadulte, ainsi que le montrent dâailleurs clairement les distributions du tableau 2 bis.
Cela dit, deux rĂ©sultats importants se dĂ©gagent des tableaux 1 Ă 2 bis. En premier lieu (et Ă raisonner en moyennes), la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ est sensiblement plus forte en comparaisons non dirigĂ©es quâen comparaisons dirigĂ©es : +0,75 (ou +0,53) contre â0,82 chez lâenfant et +1,18 contre +0,63 chez lâadulte. NĂ©anmoins la frĂ©quence des jugements de surestimation demeure en comparaisons libres de 36 cas seulement sur 78 Ă 5-8 ans, soit le 46 % (58 % en englobant la moitiĂ© des erreurs nulles) et de 35 cas sur 60 chez lâadulte, soit le 58 % (66 % en englobant la moitiĂ© des erreurs nulles).
Un autre rĂ©sultat essentiel qui se dĂ©gage de ces tableaux 1 et 2 est que la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ semble augmenter de lâenfant Ă lâadulte dans le cas des distances et du dispositif considĂ©rĂ©s ici. En comparaisons dirigĂ©es, cette surestimation, dâabord trĂšs faible Ă 5-6 ans, fait place Ă une sous-estimation moyenne entre 6 et 8 ans, puis sâĂ©lĂšve Ă Â + 0,63 chez lâadulte. En comparaisons non dirigĂ©es la surestimation paraĂźt croĂźtre progressivement de 5-8 ans Ă lâĂąge adulte, rĂ©serve faite pour les Ăąges de 9-12 ans que nous nâavons pas Ă©tudiĂ©s et qui prĂ©sentent peut-ĂȘtre une surestimation plus forte que chez lâadulte avec lĂ©gĂšre dĂ©croissance dans la suite (comme dans les effets de comparaison entre des lignes verticales et obliques, dĂ©crits par Wursten dans la Rech. IX).
Pour permettre une meilleure comparaison des rĂ©actions de lâenfant et des rĂ©actions adultes, il importe de fournir encore le tableau des variations moyennes (tabl. 3) et des seuils (tabl. 4). Nous avons calculĂ© en outre les erreurs moyennes brutes (moyennes arithmĂ©tiques des erreurs, par opposition aux moyennes algĂ©briques des tableaux 1-2), mais, dans cette recherche, les erreurs moyennes sont sensiblement Ă©gales aux variations moyennes (Ă une exception prĂšs pour les distances B et C aux Ăąges de 6-7 ans, seuls cas oĂč toutes les erreurs sont de mĂȘmes signes). Aussi nous en tiendrons-nous aux variations moyennes (= intervariations) :
[p. 330]Tableau 3. Variations moyennes en comparaisons dirigées et non dirigées (en mm)
| Ătalon et distances | Comparaisons dirigĂ©es | Non dirigĂ©es | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| 5-6 ans | 6-7 ans | 7-8 ans | Adultes | 5-8 ans | Adultes | |
| Bas A | 1,74 | 1,96 | 2,08 | 1,93 | 2,77 | 1,70 |
| Bas B | 2,35 | 2,14 | 2,47 | 3,01 | 1,67 | 2,12 |
| Bas C | 1,42 | 2,26 | 3,40 | 6,44 | 3,44 | 1,75 |
| Moy. bas | 1,87 | 2,12 | 2,65 | 3,79 | 2,63 | 1,86 |
| Haut A | 1,92 | 1,98 | 2,96 | 2,62 | 2,59 | 1,75 |
| Haut B | 1,84 | 2,80 | 3,16 | 3,21 | 2,38 | 2,25 |
| Haut C | 2,92 | 3,72 | 3,41 | 5,33 | 3,31 | 2,12 |
| Moy. haut | 2,19 | 2,83 | 3,18 | 3,72 | 2,76 | 2,04 |
| Moy. gén. | 2,01 | 2,48 | 2,91 | 3,76 | 2,69 | 1,95 |
On remarque ce fait intĂ©ressant que, en comparaisons dirigĂ©es, la variation moyenne augmente progressivement avec lâĂąge, comme si lâobligation de porter le jugement sur la variable indĂ©pendamment des positions haut et bas contrecarrait toujours davantage des habitudes de comparaisons verticales se consolidant avec le dĂ©veloppement. Au contraire, dans les comparaisons libres, la variation moyenne est moins forte chez lâadulte que chez les enfants, comme si les habitudes supposĂ©es de comparaison conduisaient Ă une uniformitĂ© relative des jugements, ou du moins Ă une uniformitĂ© lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă celle des petits.
Quant aux seuils, ils diminuent assez rĂ©guliĂšrement dâĂ©tendue avec lâĂąge (tabl. 4) :
Tableau 4. Ătendues des seuils en comparaisons dirigĂ©es et non dirigĂ©es (en mm)
| Ătalon et distances | Comparaisons dirigĂ©es | Non dirigĂ©es | ||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| 5-6 ans | 6-7 ans | 7-8 ans | Adultes | 5-8 ans | Adultes | |
| Bas A | 12,2 | 7,5 | 8,3 | 3,1 | 5,8 | 1,2 |
| B | 14,7 | 10,7 | 9,6 | 3,5 | 5,5 | 3,0 |
| C | 17,8 | 13,0 | 12,9 | 3,7 | 7,3 | 2,2 |
| Moy. bas | 14,9 | 10,4 | 10,2 | 3,4 | 6,2 | 2,1 |
| Haut A | 12,8 | 10,0 | 8,0 | 2,6 | 5,2 | 1,2 |
| B | 15,6 | 9,5 | 7,9 | 2,6 | 5,0 | 2,2 |
| C | 19,1 | 13,0 | 11,5 | 4,1 | 8,8 | 2,2 |
| Moy. haut. | 15,8 | 10,8 | 9,1 | 3,1 | 6,3 | 1,8 |
| Moy. gén. | 15,3 | 10,6 | 9,6 | 3,2 | 6,2 | 1,9 |
Mais, contrairement Ă ce qui se prĂ©sente dans la distribution des variations moyennes, les seuils sont tous moins Ă©tendus en comparaisons non dirigĂ©es, chez les enfants comme chez lâadulte, quâen comparaisons dirigĂ©es. La raison de ce fait sera naturellement Ă chercher dans la plus grande simplicitĂ© des comparaisons non dirigĂ©es, au sein desquelles lâerreur de lâĂ©talon ne se combine pas ou Ă un moindre degrĂ© avec lâerreur systĂ©matique due aux prĂ©sentations verticales.
AprĂšs avoir ainsi exposĂ© ce qui, dans nos rĂ©sultats, constitue lâessentiel des rĂ©gularitĂ©s observĂ©es, insistons maintenant sur la part Ă faire aux diversitĂ©s, câest-Ă -dire Ă la variabilitĂ© des rĂ©actions individuelles. Les frĂ©quences relatives aux erreurs +, â et 0 (voir tabl. 1 et 2) sont dĂ©jĂ de nature Ă montrer que ces rĂ©actions, tout en Ă©tant polarisĂ©es Ă des degrĂ©s divers soit vers la surestimation soit vers la sous-estimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ, tĂ©moignent en rĂ©alitĂ© dâune assez grande diversitĂ©. Il convient de pousser davantage lâanalyse dans cette direction et de chercher Ă caractĂ©riser un certain nombre de types dâerreurs selon que lâerreur avec Ă©talon situĂ© en bas ou lâerreur avec Ă©talon situĂ© en haut sont de signe +, â ou de valeur 0. On peut distinguer, Ă cet Ă©gard, neuf types diffĂ©rents dâerreurs, selon les combinaisons :
| Bas | Haut | |
| Type I | + | + |
| Type II | â | â |
| Type III | + | â |
| Type IV | â | + |
| Type V | 0 | â |
| Type VI | â | 0 |
| Type VII | + | 0 |
| Type VIII | 0 | + |
| Type IX | 0 | 0 |
Seuls les types I et II tĂ©moignent dâune surestimation ou dâune sous-estimation constantes dans les deux positions de lâĂ©talon. Si les Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ Ă©taient toujours surestimĂ©s, seul le type I devrait se prĂ©senter. Or, ces catĂ©gories dâerreurs possibles se sont trouvĂ©es rĂ©alisĂ©es toutes les neuf, bien quâĂ des frĂ©quences diverses. En voici la rĂ©partition par distances, chez lâadulte et chez lâenfant (il nâexiste pas de diffĂ©rences notables entre les trois niveaux compris entre 5 et 8 ans), donc respectivement sur 54 et 96 comparaisons dirigĂ©es et sur 30 et 39 comparaisons non dirigĂ©es (tabl. 5) 10 :
| Types | Comparaisons dirigées | Comparaisons non dirigées | ||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 5-8 ans (96) | Adultes (54) | 5-8 ans (39) | Adultes (30) | |||||||||||||
| A | B | C | Total | A | B | C | Total | A | B | C | Total | A | B | C | Total | |
| I (+Â +) | 5 | 3 | 3 | 11 (12) | 3 | 3 | 9 | 15 (28) | 4 | 5 | 6 | 15 (38) | 6 | 5 | 4 | 15 (50) |
| II (â â) | 5 | 6 | 12 | 23 (24) | 6 | 4 | 5 | 15 (28) | 4 | 2 | 3 | 9 (23) | 2 | â | 3 | 5 (17) |
| III (+Â â) | 4 | 5 | 1 | 10 (11) | 1 | 3 | 2 | 6(11) | â | â | â | 0 | â | â | â | 0 |
| IV (â +) | 4 | 9 | 10 | 23 (24) | 3 | 3 | 1 | 7 (12) | 1 | â | â | 1 (3) | â | 1 | â | 1 (3) |
| V (0Â â) | 7 | 1 | 1 | 9 (9) | 2 | 2 | â | 4 (7) | â | â | â | 0 | â | 2 | 1 | 3 (10) |
| VI (â 0) | 4 | 2 | 3 | 9 (9) | 2 | 2 | â | 1 (2) | 1 | â | 1 | 2 (5) | 1 | â | â | 1 (3) |
| VII (+Â 0) | 1 | 4 | 1 | 6 (6) | 1 | 1 | â | 2 (4) | â | â | â | 0 | â | 1 | 1 | 2 (7) |
| VIII (0Â +) | â | â | â | 0 | â | 1 | 1 | 2 (4) | 2 | 2 | 1 | 5 (13) | â | â | â | 0 |
| IX (0Â 0) | 2 | 2 | 1 | 5 (5) | 1 | 1 | â | 2 (4) | 1 | 4 | 2 | 7 (18) | 1 | 1 | 1 | 3 (10) |
Pour clarifier cette diversitĂ© de rĂ©actions, condensons les pourcentages contenus dans ce tableau 5 selon les types principaux I (+ +) et II (â â) ou les ensembles III-IV (+ â ou â +) et V-IX (une ou deux erreurs nulles) :
| Types | Comparaisons dirigées | Non dirigées | ||
|---|---|---|---|---|
| 5-8 ans | Adultes | 5-8 ans | Adultes | |
| I (+ +) | 12Â % | 28Â % | 38Â % | 50Â % |
| II (â â) | 24Â % | 28Â % | 23Â % | 17Â % |
| III-IV | 35Â % | 23Â % | 3Â % | 3Â % |
| V-VIII | 24Â % | 17Â % | 18Â % | 20Â % |
| IX | 5Â % | 4Â % | 18Â % | 10Â % |
On constate Ă nouveau le rĂŽle perturbateur des comparaisons dirigĂ©es : dans presque tous les cas (sauf chez lâenfant pour les types I et II) les erreurs obtenues dans les comparaisons non dirigĂ©es sont plus faibles quâavec Ă©talon connu comme tel et jugement sur la variable.
Bornons-nous, pour lâinstant, Ă souligner lâĂ©tonnante variabilitĂ© des erreurs et les perturbations que semble introduire dans les comparaisons le mode dirigĂ© (Ă©talon permanent et jugement portĂ© sur la variable). Pour pouvoir mieux interprĂ©ter ces faits dans la suite, il convient cependant de les complĂ©ter par une analyse quantitative. Examinons donc les moyennes algĂ©briques obtenues pour les types I Ă Â IX dâerreurs systĂ©matiques, selon les deux catĂ©gories dâĂąge (5-8 ans et adultes) mais sans les distances (faute dâun nombre suffisant de cas) :
Tableau 6. Moyennes des erreurs systématiques selon les types I-IX 12
| Types : | I (+ +) | II (â â) | III (+ â) | IV (â +) | V (0 â) | VI (â 0) | VII (+ 0) | VIII (0 +) | IX (0 0) | |
| Comp. dirigées : | ||||||||||
| 5 Ă 8 | E. bas | +2,8 | â4,0 | +2,3 | â2,2 | 0 | â3,7 | +2,5 | â | 0 |
| E. haut | +2,9 | â4,1 | â3,0 | +2,3 | â3,4 | 0 | 0 | â | 0 | |
| Ad. | E. bas | +6,2 | â3,4 | +3,3 | â2,2 | 0 | â5,0 | +3,7 | 0 | 0 |
| E. haut | +5,7 | â3,9 | â4,7 | +2,6 | â2,1 | 0 | 0 | +3,7 | 0 | |
| Comp. non dirigées : | ||||||||||
| 5 Ă 8 | E. bas | +2,9 | â4,2 | â | â2,5 | â | â1,2 | â | 0 | 0 |
| E. haut | +4,1 | â3,6 | â | +1,2 | â | 0 | â | +2,0 | 0 | |
| Ad. | E. bas | +2,6 | â2,9 | â | â1,2 | 0 | â1,2 | â1,2 | 0 | 0 |
| E. haut | +2,9 | â2,5 | â | +1,2 | â2,5 | 0 | 0 | +5,0 | 0 |
Comparons Ă©galement, mais cette fois selon les distances, les moyennes algĂ©briques des erreurs de type I-IV pour tous les sujets rĂ©unis indĂ©pendamment de lâĂąge (le nombre des comparaisons en jeu pour chaque type dâerreur est fourni par le tableau 5).
Tableau 7. Moyennes par distances des types dâerreurs I-IV
| I (+ +) | II (â â) | III (+ â) | IV (â +) | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Comparaisons dirigées | ||||||||||
| Bas | Haut | Moy. | Bas | Haut | Moy. | Bas | Haut | Bas | Haut | |
| Distance A | +3,2 | +2,8 | +3,05 | â2,5 | â3,5 | â3,00 | +2,7 | â1,9 | â1,3 | +3,4 |
| Distance B | +3,7 | +2,8 | +3,27 | â3,8 | â3,7 | â3,79 | +2,1 | â4,5 | â2,5 | +2,9 |
| Distance C | +6,1 | +6,7 | +6,36 | â4,5 | â4,6 | â4,57 | +2,8 | â3,3 | â3,7 | +1,2 |
| (BÂ +Â C)/2 | +5,3 | +5,4 | +5,33 | â4,2 | â4,3 | â4,28 | +2,3 | â4,1 | â3,0 | +2,1 |
| Moy. gĂ©n. | +4,6 | +4,5 | +4,61 | â3,7 | â4,1 | â3,89 | +2,5 | â3,1 | â2,6 | +2,4 |
| Comp. non dirigées : | ||||||||||
| Distance A | +2,5 | +3,1 | +2,84 | â4,3 | â3,5 | â3,96 | â | â | â2,5 | +1,2 |
| Distance B | +3,2 | +3,8 | +3,56 | â3,7 | â3,1 | â3,43 | â | â | â1,2 | +1,2 |
| Distance C | +2,8 | +3,5 | +3,17 | â3,5 | â3,2 | â3,37 | â | â | â | â |
| (BÂ +Â C)/2 | +3,0 | +3,7 | +3,20 | â3,6 | â3,2 | â3,22 | â | â | â | â |
| Moy. gĂ©n. | +2,6 | +3,5 | +3,19 | â3,8 | â3,3 | â3,31 | â | â | â1,8 | +1,2 |
Ce tableau 7 montre que, en comparaisons dirigĂ©es, les erreurs augmentent assez rĂ©guliĂšrement avec la distance (sauf pour le type IV avec Ă©talon haut), tandis que, en comparaisons non dirigĂ©es, cette relation avec la distance sâaffaiblit sensiblement (en particulier pour le type II).
Dâautre part, les tableaux 6 et 7 rĂ©unis permettent de constater que les moyennes respectives des types dâerreurs I Ă Â IV prĂ©sentent une certaine correspondance quantitative selon que la comparaison est faite avec Ă©talon bas ou avec Ă©talon haut, tandis que ces mĂȘmes moyennes diffĂšrent davantage dâun type dâerreur Ă lâautre. Câest ainsi que, chez lâenfant, les erreurs de type I se tiennent de prĂšs (2,8 et 2,9) et celles de type II aussi (â4,0 et â4,1) mais les premiĂšres sont plus faibles que les secondes, tandis que chez lâadulte le rapport est inverse entre les types I et II quoique la correspondance entre les erreurs en bas et en haut se maintienne Ă lâintĂ©rieur de chaque type. Mais, ici Ă nouveau, ces relations sâaffaiblissent en comparaisons non dirigĂ©es.
Mais pour mieux faire la part des rĂ©gularitĂ©s et de la variabilitĂ© en ces divers rĂ©sultats, il reste Ă dĂ©terminer si ces divers types dâerreurs I Ă Â IX se conservent ou non chez un mĂȘme sujet lorsquâon passe dâune distance Ă une autre, autrement dit sâil sâagit de types de rĂ©actions variant selon la situation ou de types individuels assez stables pour se conserver lors des changements de distances. Le tableau 8 nous fournira cette derniĂšre prĂ©cision.
[p. 334]Tableau 8. Constance des types dâerreurs pour les trois distances
| Comparaisons dirigées : | 5-6 | 6-7 | 7-8 | Enf. | Ad. | Tot. | Tot. gén. |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| MĂȘmes types pour les distances A, B et C | 1 | 2 | 3 | 6 | 5 | 11 | |
| MĂȘmes types pour les distances A et B | 1 | 2 | 1 | 4 | 2 | 6 | |
| MĂȘmes types pour les distances B et C | 1 | 3 | 3 | 7 | 1 | 8 | |
| MĂȘmes types pour les distances A et C | 0 | 1 | 1 | 2 | 2 | 4 | |
| Trois types distincts dâerreurs | 7 | 2 | 4 | 13 | 8 | 21 | |
| Comparaisons non dirigées : | |||||||
| MĂȘmes types pour les distances A, B et C | 3 | 2 | 5 | 16 | |||
| MĂȘmes types pour les distances A et B | 1 | 3 | 4 | 10 | |||
| MĂȘmes types pour les distances B et C | 2 | 0 | 2 | 10 | |||
| MĂȘmes types pour les distances A et C | 1 | 2 | 3 | 7 | |||
| Trois types dâerreurs distincts : | 6 | 3 | 9 | 30 |
On constate, dâune part, que les modes de rĂ©action qui tendent Ă prĂ©dominer sont la constance des types pour les trois distances A, B et C et lâinconstance complĂšte (trois types distincts) ; dâautre part, le premier mode semble croĂźtre en importance avec lâĂąge (cf. aussi les frĂ©quences des erreurs +, â et 0 dans les tableaux I et II).
Mais il est Ă noter que cette inconstance des types dâerreurs en fonction des distances pour un mĂȘme sujet individuel nâexclut pas la prĂ©sence de symĂ©tries quant aux signes des erreurs entre les situations dâĂ©talon bas et dâĂ©talon haut. Par exemple un sujet changeant de type dâerreur Ă chaque distance peut donner la combinaison I + IX + II pour les trois distances A, B et C : en ce cas ses erreurs seront +(A), 0 (B), â(C), avec Ă©talon bas comme avec Ă©talon haut, câest-Ă -dire que son inconstance selon les distances sâaccorde avec une symĂ©trie complĂšte des signes dâerreurs selon les situations Ă©talon bas et Ă©talon haut. Le mĂȘme phĂ©nomĂšne se retrouve pour toute autre combinaison des types dâerreurs I, II et IX qui sont tous trois symĂ©triques. Or, comme ces trois types reprĂ©sentent ensemble le 77 Ă 79 % des rĂ©actions en comparaison libre (tabl. 5 bis) et le 41 Ă 60 % des rĂ©actions en comparaisons dirigĂ©es (ibid.), le pourcentage des symĂ©tries complĂštes des signes dâerreurs entre les situations Ă©talon bas et Ă©talon haut (combinaisons III, II II II, IX IX IX, I I II, I II I, II I I, I II II, II II I, ⊠I II IX, IX II, I⊠etc.), par opposition aux symĂ©tries incomplĂštes (mĂ©lange des types I, II, IX avec les types III-VIII) et aux asymĂ©tries complĂštes (types III-VIII exclusivement) reprĂ©sente la bonne moitiĂ© des sujets en comparaisons libres (13 sur 23) et un peu moins de la moitiĂ© en comparaisons dirigĂ©es.
Un tel fait montre donc quâil existe une certaine constance des rĂ©actions pour une mĂȘme distance et chez un mĂȘme individu, en comparaisons libres. Mais, mĂȘme alors, ces habitudes individuelles se perdent en grande partie dĂšs que lâon passe de la distance considĂ©rĂ©e Ă une autre (tabl. 8), puisque seulement 5 sujets sur 23 conservent le mĂȘme type dâerreur pour les trois distances A, B et C.
§ 3. ExposĂ© des faitsđ
Les données numériques étant ainsi décrites, cherchons à résumer les principaux résultats obtenus avant de tenter une interprétation :
I. Les faits indĂ©pendants du dĂ©veloppementđ
1. En comparaisons non dirigées, on observe à tout ùge une certaine tendance à la surestimation des éléments situés dans la partie supérieure du champ (tabl. 2), et (2 bis) surtout avec étalon haut.
2. Cette surestimation moyenne ne correspond nĂ©anmoins quâĂ une frĂ©quence relative des jugements. Sur 138 estimations (tabl. 2), on ne trouve, en effet, que 71 surestimations, soit le 51 %, tandis quâon rencontre 38 sous-estimations (28 %) et 29 erreurs nulles (21 %).
3. Les erreurs observĂ©es se rĂ©partissent selon huit types distincts (le type III nâa pas Ă©tĂ© rencontrĂ© en comparaisons non dirigĂ©es), dont les plus frĂ©quents sont les types I (+ +), II (â â), V (0 â) et IX (0 0). (Cf. tabl. 5.)
4. Ces types sont relativement inconstants lorsque lâon modifie la distance entre les Ă©lĂ©ments Ă comparer : sur 23 sujets, 5 seulement conservent le mĂȘme type dâerreur pour les trois distances et 9 changent de type Ă chaque nouvelle distance (tabl. 8), et cela tout en prĂ©sentant une certaine constance (13 cas sur 23) pour une mĂȘme distance (Ă©talon bas ou Ă©talon haut).
5. En moyennes gĂ©nĂ©rales (tabl. 2) la surestimation augmente, en comparaisons non dirigĂ©es, de la distance A (20 cm) Ă la distance B (80 cm), mais nâaugmente plus guĂšre et diminue mĂȘme fortement (chez lâadulte) de la distance B Ă la distance C (160 cm). Lâanalyse par types dâerreurs (tabl. 7) montre que si lâerreur de type I Ă©volue selon cette rĂšgle en fonction de la distance, lâerreur de type II (â â) diminue par contre avec la distance en comparaisons non dirigĂ©es.
6. Le jugement portĂ© sur la variable, câest-Ă -dire lâintroduction des comparaisons dirigĂ©es, modifie assez sensiblement les rĂ©actions :
a) Les valeurs moyennes de la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ diminuent fortement (tabl. 1) : de +1,18 Ă +0,63 chez lâadulte et de +0,75 (5-8 ans) Ă +0,14 Ă 5-6 ans. De 6 Ă 8 ans la sous-estimation lâemporte mĂȘme de beaucoup sur la surestimation.
b) Du point de vue des frĂ©quences (tabl. 1), on assiste au mĂȘme flĂ©chissement : sur 108 jugements adultes on nâen trouve plus que 47 (43 %) dans le sens de la surestimation, contre 48 cas de sous-estimation (44 %) et 13 erreurs nulles (13 %). Ă 5-6 ans les trois cas (+, â et 0) se tiennent Ă peu prĂšs (21, 20 et 19) et de 6 Ă 8 ans la sous-estimation lâemporte nettement en frĂ©quence.
c) Les variations moyennes (tabl. 3) augmentent sensiblement en comparaisons dirigĂ©es, chez lâadulte bien plus encore que chez lâenfant.
d) Il y a augmentation gĂ©nĂ©rale de lâĂ©tendue des seuils (tabl. 4).
e) Les neuf types dâerreurs (tabl. 5) sont tous reprĂ©sentĂ©s et rĂ©partis plus uniformĂ©ment, avec une nette augmentation des types II (â â) et III-IV (+ â et â +) par rapport aux comparaisons libres.
f) Les erreurs augmentent assez rĂ©guliĂšrement en positif ou en nĂ©gatif avec les distances (y compris la distance C) du moins en moyennes gĂ©nĂ©rales (tabl. 1). Quant aux types dâerreurs il en est de mĂȘme des types I et II. Il y a par contre exception pour le type IV en cas dâĂ©talon en haut et pour le type III entre B et C.
II. Les faits relatifs au dĂ©veloppementđ
7. Du point de vue de lâĂ©volution avec lâĂąge, la surestimation dans la partie supĂ©rieure du champ augmente nettement avec le dĂ©veloppement aux distances considĂ©rĂ©es (câest lĂ sans doute le rĂ©sultat essentiel de notre Ă©tude) :
a) En comparaisons non dirigĂ©es lâaugmentation est de +0,75 (ou 0,53) Ă +1,18 du point de vue des moyennes, et de 46 % Ă 58 % du point de vue de la frĂ©quence des erreurs + (tabl. 2).
b) En comparaisons dirigĂ©es, lâaugmentation est de + 0,14 (5-6 ans) Ă Â + 0,63 (adultes) en passant par â1,92 et â0,68 (6-8 ans). Du point de vue des frĂ©quences il y a Ă©volution du 35 % (5-6 ans) au 43 % (adultes) de surestimations (tabl. 1).
8. LâĂ©tendue des seuils diminue rĂ©guliĂšrement avec lâĂąge (tabl. 4).
9. Les variations moyennes diminuent avec lâĂąge en comparaisons non dirigĂ©es, tandis quâelles augmentent avec lâĂąge en comparaisons dirigĂ©es ; cette opposition est trĂšs significative du point de vue des habitudes contractĂ©es au cours du dĂ©veloppement en comparaison libre.
10. LâĂ©volution des types dâerreurs avec lâĂąge (tabl. 5) tĂ©moigne dâune sĂ©rie de modifications intĂ©ressantes :
a) Augmentation de la fréquence du type I (+ +) en comparaisons dirigées comme non dirigées.
b) LĂ©gĂšre augmentation de frĂ©quence du type II (â â) en comparaisons dirigĂ©es et diminution de 5-8 ans Ă lâĂąge adulte en comparaisons non dirigĂ©es.
c) Les types III-IV et V-IX diminuent presque tous de fréquence avec le développement.
11. Du point de vue de la valeur quantitative des types dâerreurs (tabl. 6), lâerreur de type I (+ +) augmente avec lâĂąge en comparaisons non dirigĂ©es et diminue de valeur en comparaisons dirigĂ©es. Lâerreur de type II (â â), par contre, diminue de valeur avec lâĂąge dans les deux sortes de comparaisons. Les erreurs de type III et IV (+ â et â +) semblent de leur cĂŽtĂ© augmenter quelque peu de valeur en comparaisons dirigĂ©es, du moins quant Ă lâĂ©cart entre la partie nĂ©gative et la partie positive (+ â ou â +).
12. Enfin la constance relative des types dâerreurs aux trois distances A, B et C (tabl. 8) semble augmenter avec le dĂ©veloppement, du moins dans une faible proportion. Câest ainsi que, pour les deux sortes de comparaisons dirigĂ©es ou non, 9 enfants sur 45 conservent le mĂȘme type dâerreur pour les trois distances, soit le 20 %, contre 7 adultes sur 28, soit le 25 %, tandis que 19 enfants sur 45 changent de type dâerreur pour chaque distance, soit le 42 %, contre 11 adultes sur 28, soit le 39 %.
Lâensemble des faits (7) Ă (12) paraĂźt donc indiquer que la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ correspond Ă des rĂ©actions qui augmentent dâimportance avec lâĂąge et qui sâorganisent peu Ă peu en habitudes devenant Ă la longue prĂ©dominantes chez les sujets (voir 9).
II. Essai dâinterprĂ©tationđ
Pour interprĂ©ter les faits qui prĂ©cĂšdent il sâagit de les mettre dâabord en relation avec ceux que lâun de nous a recueillis avec A. Morf (Rech. XXX) aux petites distances, avec une technique de comparaison de lignes verticales de 40 mm se prolongeant lâune lâautre Ă des intervalles de 0 ; 10 ; 20 ; 40 et 80 mm et dessinĂ©es sur des cartons blancs (comparaison libre et non dirigĂ©e). En effet ces deux groupes de rĂ©sultats se sont trouvĂ©s remarquablement complĂ©mentaires.
Aux petites distances, lâerreur systĂ©matique moyenne sâest rĂ©vĂ©lĂ©e constamment positive (surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur), et, pour lâintervalle 0, beaucoup plus forte (4,5 fois) chez les petits de 5-6 ans que chez lâadulte, avec dĂ©croissance rĂ©guliĂšre aux Ăąges de 7-8 et 10-11 ans. Ă mesure que lâintervalle augmente (de 0,25 ; 0,5 ; 1 et 2 fois lâĂ©talon), lâerreur adulte croĂźt fortement et lâerreur des petits faiblement, de telle sorte que, avec la distance entre les Ă©lĂ©ments Ă comparer, la diffĂ©rence entre les erreurs de 5-6 ans et les erreurs adultes diminue progressivement. Mais Ă lâintervalle 2, ces derniĂšres sont encore un peu plus faibles en moyenne que les erreurs enfantines.
En ce qui concerne les prĂ©sents rĂ©sultats, portant donc sur des distances de 2, 8 et 16 fois lâĂ©talon, mais avec la technique des tiges Ă comparer, nous trouvons dĂ©jĂ pour lâintervalle 2 une erreur adulte un peu plus forte que lâerreur enfantine. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale nos deux rĂ©sultats essentiels pour ces grandes distances sont les suivants :
1. Il existe encore dans la plupart des cas (du moins en comparaison libre) une surestimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ, mais cette surestimation ne correspond plus, pour ces distances, quâĂ une proportion des rĂ©actions infĂ©rieure Ă celle des petites distances.
2. Cette surestimation, loin de demeurer permanente ou de diminuer avec lâĂąge, augmente au contraire de valeur et de frĂ©quence de lâenfance au niveau adulte (sauf pour la distance 16 en comparaison non dirigĂ©e, distance Ă laquelle lâerreur adulte se trouve ĂȘtre quasi nulle, comme si les Ă©lĂ©ments Ă comparer Ă©taient devenus indĂ©pendants).
§ 4. Discussion du rĂŽle des facteurs possiblesđ
Pour rendre compte de ces deux faits fondamentaux (ou de leur détail exposé au § 3), on peut songer aux sept facteurs suivants se groupant sous trois chefs principaux et dont chacun est susceptible de jouer un rÎle, prédominant ou partiel :
1. On peut concevoir tout dâabord le champ visuel comme affectĂ© statiquement dâanisotropies ou dâasymĂ©tries telles que les Ă©lĂ©ments situĂ©s dans sa partie supĂ©rieure seraient de ce fait mĂȘme surestimĂ©s ; en dâautres termes, lâespace perceptif propre Ă cette partie supĂ©rieure serait dilatĂ© de par sa position mĂȘme, indĂ©pendamment des activitĂ©s du sujet (mouvements du regard, transports, etc.), du moins de ses activitĂ©s actuelles, et câest cette dilatation topographique qui agrandirait subjectivement les Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs.
2. Si lâon admet que toute centration du regard sur un Ă©lĂ©ment donnĂ© a pour effet une surestimation momentanĂ©e de ses dimensions, on pourrait attribuer la surestimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ, non pas Ă cette position supĂ©rieure comme telle, mais au fait que, dans les comparaisons selon un ordre de superposition verticale (comme dans notre prĂ©sente technique), le sujet centrerait davantage lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur, par exemple parce quâil centrerait de prĂ©fĂ©rence le haut des verticales et quâalors, en comparant lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur Ă lâĂ©lĂ©ment infĂ©rieur, il centrerait plus complĂštement le premier que le second en le parcourant du regard lors de chaque transport.
2 bis. Une explication voisine, mais distincte de la prĂ©cĂ©dente, reviendrait Ă faire intervenir lâ« erreur de lâĂ©talon ». Si lâon admet, comme nos Recherches prĂ©cĂ©dentes le montrent presque toutes (et comme celle-ci le confirme) que lâĂ©talon est Ă©valuĂ© de façon diffĂ©rente de la variable (avec en gĂ©nĂ©ral surestimation de lâĂ©talon), on pourrait attribuer la surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur au fait quâil est choisi par le sujet comme Ă©talon dans sa comparaison. Rien nâempĂȘche, en effet, le sujet, mĂȘme dans les comparaisons libres, ou dans les comparaisons spontanĂ©ment effectuĂ©es en dehors du laboratoire, de considĂ©rer lâun des deux Ă©lĂ©ments Ă comparer comme Ă©lĂ©ment de rĂ©fĂ©rence, ce qui revient Ă en faire (consciemment ou inconsciemment) un Ă©talon proprement dit. En cas de sous-estimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur, câest alors lâinfĂ©rieur qui aurait Ă©tĂ© choisi comme Ă©talon.
3. IndĂ©pendamment des facteurs prĂ©cĂ©dents ou en liaison avec eux, on pourrait attribuer les surestimations ou sous-estimations dans la partie supĂ©rieure du champ Ă des effets de transport, Ă©tant donnĂ© que, pour comparer deux Ă©lĂ©ments situĂ©s lâun au-dessus de lâautre (et dans le prolongement de lâautre), il est nĂ©cessaire de transporter par un mouvement du regard la hauteur perçue de lâun sur la hauteur de lâautre (la hauteur Ă©tant la longueur de cet Ă©lĂ©ment, mais en vertical). Lâexplication consisterait alors Ă soutenir que le transport dâune hauteur ne conserve pas celle-ci au cours du dĂ©placement du regard, mais lâagrandit ou la rapetisse. Il y aurait en ce cas diffĂ©rentes combinaisons possibles suivant que les transports de bas en haut ou de haut en bas agrandissent tous deux lâĂ©lĂ©ment, ou quâils le rapetissent tous deux, ou que lâun des deux lâagrandit, tandis que lâautre le rapetisserait, et suivant que ces modifications sont Ă©gales dans les deux sens ou inĂ©gales entre elles. Il est aisĂ© dâimaginer, en consĂ©quence, un schĂ©ma rendant compte des surestimations dans la partie supĂ©rieure du champ, ou des sous-estimations quand elles se prĂ©sentent.
LâhypothĂšse des transformations dues au transport comme tel conduit dâautre part Ă supposer lâintervention dâautres facteurs, qui agiraient sur le choix et la frĂ©quence des transports dans un sens (de bas en haut, par exemple) de prĂ©fĂ©rence aux transports dans lâautre sens.
3 bis. Le premier de ces facteurs supplĂ©mentaires serait la position (en bas ou en haut) de lâĂ©lĂ©ment Ă transporter. Il est possible, en effet, que certains sujets « transportent » surtout de bas en haut ou surtout de haut en bas. Les raisons dâune telle rĂ©action, si elle existe, pourraient ĂȘtre multiples (simple habitude dâorigine fortuite, plus grande difficultĂ© Ă dĂ©placer les globes oculaires dans un sens que dans lâautre, etc.). Mais lâimportant est la possibilitĂ© de cette rĂ©action prĂ©fĂ©rentielle en fonction de la position.
3 ter. Un second facteur supplĂ©mentaire susceptible dâintervenir au cas oĂč le transport jouerait le rĂŽle essentiel, est Ă nouveau le choix de lâĂ©talon et de la variable, mais en un sens diffĂ©rent de (3) : il se pourrait en effet, que lâĂ©talon donne lieu Ă davantage de transports que la variable ou lâinverse. En ce cas, un transport prĂ©fĂ©rentiel portant par exemple sur lâĂ©talon pourrait agrandir systĂ©matiquement ou dĂ©valuer systĂ©matiquement celui-ci indĂ©pendamment de sa surestimation en tant quâĂ©talon (donc indĂ©pendamment des formes habituelles de lâerreur de lâĂ©talon), mais en vertu des modifications apparentes propres au transport lui-mĂȘme.
3 quater. Enfin la distance entre les Ă©lĂ©ments Ă comparer est un facteur dont le rĂŽle ne saurait ĂȘtre nĂ©gligĂ©, et qui peut se combiner avec chacune des actions invoquĂ©es jusquâici Ă titre dâhypothĂšses. La distance peut, en effet, renforcer ou affaiblir les asymĂ©tries de champ (1), les actions de centration (2), lâerreur de lâĂ©talon (2 bis) et surtout les agrandissements ou rapetissements apparents dus aux transports (3).
Ces facteurs ainsi distinguĂ©s, il sâagit alors de confronter leurs actions hypothĂ©tiques avec les faits dĂ©crits prĂ©cĂ©demment, en procĂ©dant dans lâordre adoptĂ©.
1. LâasymĂ©trie du champ visuel selon la dimension verticaleđ
Ă considĂ©rer les exemples classiques de la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ (droite verticale partagĂ©e en deux moitiĂ©s dont celle du haut paraĂźt plus grande que celle du bas ; majuscules imprimĂ©es dont les deux parties superposĂ©es paraissent de hauteur Ă©gale, mais qui, en cas de renversement, montrent une inĂ©galitĂ© en faveur de la partie supĂ©rieure, etc.), il semble que lâon se trouve en prĂ©sence dâune asymĂ©trie permanente et statique (topographique) du champ visuel. Mais les faits que nous prĂ©sentons ici ne nous paraissent pas tous conformes Ă une telle hypothĂšse et soulĂšvent tout au moins un certain nombre de difficultĂ©s :
a) La difficultĂ© principale tient Ă lâĂ©volution de la surestimation avec lâĂąge. Au cas oĂč lâasymĂ©trie du champ visuel selon la dimension verticale tiendrait Ă des propriĂ©tĂ©s hĂ©rĂ©ditaires de nos instruments perceptifs, on devrait sâattendre, semble-t-il., Ă une permanence relative des rĂ©actions Ă tout Ăąge, ou Ă un affaiblissement progressif des erreurs dĂ» Ă lâexercice. Câest bien ce que lâon trouve pour les intervalles nuls ou trĂšs petits, mais avec lâaccroissement de lâintervalle la diffĂ©rence entre lâenfant et lâadulte sâattĂ©nue de plus en plus et, aux prĂ©sents intervalles la situation est retournĂ©e, câest-Ă -dire que lâerreur adulte dĂ©passe celle des petits. En effet, en comparaisons non dirigĂ©es, la surestimation dans la partie supĂ©rieure du champ passe de +0,75 Ă +1,18 câest-Ă -dire augmente de 63,5 % de 5-6 ans Ă lâĂąge adulte. On est alors conduit Ă supposer que cette surestimation ne tient pas ou pas seulement Ă des propriĂ©tĂ©s innĂ©es du champ mais aussi Ă des propriĂ©tĂ©s acquises. Seulement, en ce cas, la structure spatiale du champ ou bien ne constitue plus un facteur causal, ou bien nâest plus le facteur principal en jeu : il sâagit dâexpliquer pourquoi cette structure se modifie avec lâĂąge et les vrais facteurs de la surestimation seront les facteurs rendant compte de cette transformation de la structure spatiale du champ.
On pourrait, il est vrai, concilier lâhypothĂšse dâune structure congĂ©nitale avec lâaugmentation de la surestimation selon lâĂąge en invoquant une maturation tardive de lâorganisation perceptive en dimension verticale. Seulement cette maturation hypothĂ©tique (nous parlons du cas particulier) serait en rĂ©alitĂ© si tardive quâelle ne serait pas achevĂ©e chez tous les adultes, puisque la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ est loin dâĂȘtre commune Ă tous les sujets examinĂ©s (voir c).
b) Avant dâen venir Ă cette difficultĂ© inhĂ©rente aux frĂ©quences, soulignons encore la petitesse paradoxale des surestimations observĂ©es. Lâerreur systĂ©matique moyenne des adultes nâest, en effet, que de +1,18 mm en comparaisons non dirigĂ©es et de +0,63 mm en comparaisons dirigĂ©es. Cela signifie que, pour des tiges de 10 cm, la surestimation nâatteint que 1 % environ de la hauteur de lâĂ©lĂ©ment considĂ©ré 13. Lorsque lâon compare lâordre de grandeur de cette erreur Ă celui des illusions gĂ©omĂ©triques habituelles (2,20 Ă 12,70 pour la demi-figure de DelbĆuf Ă©tudiĂ©e dans la Rech. I), ou aux erreurs de comparaison dans le plan fronto-parallĂšle Ă©tudiĂ©es dans la Rech. II (de â1,30 Ă +1,30 entre 25 cm et 3 m de distance entre les Ă©lĂ©ments Ă comparer), on ne peut que sâĂ©tonner quâune surestimation due Ă une asymĂ©trie permanente du champ nâatteigne pas une valeur plus considĂ©rable.
c) Mais la principale difficultĂ© tient Ă la faible frĂ©quence des surestimations. Sans parler des enfants, dont lâerreur est moindre, les adultes examinĂ©s en comparaisons non dirigĂ©es ne donnent que 35 cas de surestimation contre 15 cas de sous-estimation et 10 erreurs nulles. Sans doute peut-on nier lâexistence dâerreurs nulles, parce que relatives Ă lâĂ©chelon choisi pour la mesure, auquel cas (pour respecter les proportions) on aurait par exemple 41 surestimations contre 19 sous-estimations, soit environ les deux tiers. Mais comment expliquer alors le tiers non conforme ? Invoquer des interfĂ©rences avec certaines autres causes dâerreurs (temporelles, etc.) serait admissible pour un petit dĂ©chet, de lâordre de 10 % par exemple. Mais admettre quâun sujet sur trois ne se soumette pas aux lois dâune structure asymĂ©trique innĂ©e du champ visuel, câest condamner cette structure Ă nâĂȘtre prĂ©cisĂ©ment pas innĂ©e. Et alors, rĂ©pĂ©tons-le, si elle est acquise les vraies causes de la surestimation se prĂ©sentant dans les deux tiers des cas adultes et de la sous-estimation inhĂ©rente au dernier tiers sont Ă chercher dans lâaction des facteurs susceptibles de modifier avec lâĂąge les comparaisons selon la dimension verticale.
d) Une autre difficultĂ© tient Ă la diversitĂ© des rĂ©actions selon que lâĂ©talon est situĂ© en bas ou en haut, câest-Ă -dire Ă lâexistence des neuf types distincts dâerreurs que nous avons dĂ©crits (tabl. 5-8). Mais cette difficultĂ© se rĂ©duit en rĂ©alitĂ© Ă la prĂ©cĂ©dente (en accentuant sa portĂ©e) et Ă la suivante.
e) La derniĂšre objection que nos faits opposent Ă lâhypothĂšse dâune asymĂ©trie permanente du champ tient Ă lâaffaiblissement considĂ©rable des erreurs et des frĂ©quences de surestimation en comparaison dirigĂ©e. Pourquoi, par exemple, les erreurs relevĂ©es entre 6 et 8 ans sont-elles alors, en moyenne et en majoritĂ© (39 sur 60 et sur 72), des sous-estimations dans la partie supĂ©rieure du champ ? Câest, bien sĂ»r, Ă cause de lâobligation imposĂ©e au sujet de faire porter son jugement sur la variable. Mais, Ă lâanalyse, lâintervention de ce facteur est beaucoup plus complexe, dans le cas particulier, quâil ne pourrait sembler, et lâon ne saurait Ă©tablir dâanalogie directe entre ce cas et dâautres situations Ă©tudiĂ©es prĂ©cĂ©demment. Par exemple, dans la Rech. III nous avons vu lâerreur en profondeur (surestimation chez lâadulte et sous-estimation chez les petits) ĂȘtre tantĂŽt renforcĂ©e tantĂŽt diminuĂ©e par lâerreur de lâĂ©talon : lâĂ©talon lointain paraissait ainsi aux adultes sensiblement plus grand que lâĂ©lĂ©ment proche variable, et cela Ă la fois parce quâĂ©loignĂ© et parce que jouant le rĂŽle dâĂ©talon. Or, dans le cas des erreurs nĂ©gatives en comparaison verticale propres aux sujets de 6-8 ans (sous-estimations) il nâen va nullement ainsi. Sans doute, leur erreur avec Ă©talon haut tĂ©moigne-t-elle dâune bien moindre sous-estimation quâavec Ă©talon bas. Mais, si ces sujets prĂ©sentaient en majoritĂ© une asymĂ©trie hĂ©rĂ©ditaire du champ, si lĂ©gĂšre soit-elle, en faveur des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs, ils devraient fournir une erreur de surestimation lorsque lâĂ©talon est en haut, mĂȘme lorsque leur erreur tourne Ă la sous-estimation lorsque lâĂ©talon est en bas : en effet, en cas dâĂ©talon haut, lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur devrait ĂȘtre surestimĂ© Ă la fois parce que supĂ©rieur et parce que jouant le rĂŽle dâĂ©talon, tandis que les deux causes ne se contrebalancent quâen cas dâĂ©talon bas. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale lâaffaiblissement des erreurs en comparaison dirigĂ©e ne saurait sâexpliquer par une combinaison de lâasymĂ©trie du champ avec lâerreur de lâĂ©talon : la surestimation en comparaison dirigĂ©e devrait en ce cas ĂȘtre supĂ©rieure Ă celle des comparaisons non dirigĂ©es, quand lâĂ©talon est en haut, ce qui nâest pas le cas, et infĂ©rieure seulement quand lâĂ©talon est en bas. Lâaffaiblissement des erreurs tient donc Ă une autre cause que lâerreur de lâĂ©talon, et, comme nous le verrons, cette autre cause ne devient intelligible que dans un schĂ©ma gĂ©nĂ©ral dâexplication fondĂ© sur lâaction des transports.
2. Les actions de centrationđ
On pourrait alors expliquer les surestimations et sous-estimations observĂ©es, non plus par une asymĂ©trie structurale et permanente de la topographie du champ, mais par des asymĂ©tries fonctionnelles et sujettes Ă variations, se traduisant par des inĂ©galitĂ©s de centration et par les surestimations liĂ©es Ă ces effets de centration. Il suffirait ainsi dâadmettre que, contrairement aux comparaisons horizontales oĂč les centrations alternĂ©es sur la gauche et sur la droite prĂ©sentent en moyenne une probabilitĂ© et une valeur sensiblement Ă©gales, il y aurait en majoritĂ© centration privilĂ©giĂ©e sur lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur, avec exceptions possibles en faveur de lâinfĂ©rieur, ce qui rendrait compte de façon satisfaisante des frĂ©quences observĂ©es et de la variabilitĂ© des types dâerreur.
Plus prĂ©cisĂ©ment, lâinterprĂ©tation par la centration peut revĂȘtir deux formes. On peut dâabord attribuer tout crĂ»ment une probabilitĂ© plus grande de la centration sur lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur, comme nous venons de le supposer ; seulement lâexplication est peu facile. Mais on peut aussi considĂ©rer que, la direction vers le haut Ă©tant perceptivement ouverte tandis que la direction vers le bas est fermĂ©e par le sol, nous aurions tendance Ă centrer les verticales dans la direction du sommet : en ce cas, la comparaison entre deux verticales se prolongeant lâune lâautre avantagerait la supĂ©rieure, qui serait parcourue en entier par le regard lors de ses navettes entre les deux Ă©lĂ©ments, tandis que lâinfĂ©rieure demeurerait partiellement centrĂ©e.
Mais deux difficultĂ©s subsistent nĂ©anmoins. La premiĂšre est que les effets de centration diminuent vraisemblablement avec lâĂąge : lâexplication par la centration ne conviendrait donc quâaux petites distances et devrait ĂȘtre complĂ©tĂ©e par lâintervention des effets de transports aux grandes distances. La seconde tient Ă nouveau Ă lâaffaiblissement des erreurs en comparaison dirigĂ©e, puisquâon devrait obtenir une surestimation gĂ©nĂ©rale pour lâĂ©talon haut : ici encore il convient donc de faire intervenir les effets de transport. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, dans la seconde des interprĂ©tations proposĂ©es Ă lâinstant le rĂŽle de la centration est indissociable, dans lâexplication des prĂ©sents effets, de lâaction des transports reliant les deux Ă©lĂ©ments. Nous y reviendrons donc Ă propos du transport (3 sous a).
2 bis. Ne pourrait-on pas, en ce cas, considĂ©rer la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs comme une sorte dâerreur de lâĂ©talon, cet Ă©lĂ©ment pouvant servir de rĂ©fĂ©rence dans la comparaison verticale. En cas de comparaison non dirigĂ©e, lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur jouant ainsi le rĂŽle dâĂ©talon serait surestimĂ© par cela mĂȘme. En cas de comparaison dirigĂ©e, au contraire, lâintroduction dâun Ă©lĂ©ment constant opposĂ© aux variables provoquerait une nouvelle erreur de lâĂ©talon, se cumulant avec lâautre ou la compensant.
Mais il est clair que les deux difficultĂ©s subsistant dans lâhypothĂšse (2) demeurent les mĂȘmes dans le cas particulier. Dâune part, en effet, lâerreur de lâĂ©talon diminue en moyenne avec lâĂąge tandis que la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs augmente de valeur pour les grandes distances. Dâautre part, on ne comprend toujours pas pourquoi, en comparaisons dirigĂ©es, la surestimation nâaugmente pas lorsque lâĂ©talon est en haut.
Il est vrai que lâerreur de lâĂ©talon ne se marque pas nĂ©cessairement par une surestimation de lâĂ©talon lui-mĂȘme et quâelle peut ĂȘtre inversĂ©e sous forme dâune surestimation de la variable. Mais, dans le cas des enfants de 6-8 ans, nous constatons quâils sous-estiment moins lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur quand lâĂ©talon est en haut que lorsquâil est en bas (â1,06 contre â2,77 et â0,35 contre â1,02 : tabl. 1) : leur erreur de lâĂ©talon est donc bien positive, lorsquâelle porte sur lâĂ©lĂ©ment constant opposĂ© aux variables. Comme lâerreur globale demeure nĂ©anmoins nĂ©gative, câest donc quâils ne surestiment pas lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur en tant que supĂ©rieur (mais seulement en tant quâĂ©lĂ©ment constant) : sinon il devrait y avoir forte surestimation, par cumul de lâerreur portant sur lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur et de la surestimation de lâĂ©lĂ©ment constant (puisque cet Ă©lĂ©ment joue les deux rĂŽles Ă la fois en cas dâĂ©talon haut). La difficultĂ© subsiste donc tout entiĂšre et demeure la mĂȘme dans les hypothĂšses (1), (2) et (2 bis).
Enfin il est Ă remarquer que cette hypothĂšse (2 bis), pas plus dâailleurs que celle dâune centration privilĂ©giĂ©e simple sur lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur (premiĂšre interprĂ©tation), nâexplique en fait lâasymĂ©trie propre aux comparaisons verticales. LâhypothĂšse (1), au reste, tout en considĂ©rant cette asymĂ©trie comme fondamentale et en la posant Ă titre de fait premier, ne lâexplique pas davantage. Seule, jusquâici, la seconde interprĂ©tation proposĂ©e pour lâhypothĂšse 2, qui lie la centration privilĂ©giĂ©e Ă la partie supĂ©rieure des verticales comparĂ©es, ce qui avantage selon une probabilitĂ© plus forte celle des lignes qui est situĂ©e au-dessus de lâautre, fournit un dĂ©but dâexplication fonctionnelle de lâasymĂ©trie ; mais cette interprĂ©tation se rĂ©fĂšre alors nĂ©cessairement au transport, auquel il nous faut donc en venir maintenant.
3. Les surestimations ou sous-estimations liĂ©es aux transportsđ
Rappelons tout dâabord que, selon les rĂ©sultats de la Rech. II (comparaisons horizontales dans le plan fronto-parallĂšle), les dimensions apparentes des Ă©lĂ©ments transportĂ©s par le regard sont en moyenne modifiĂ©es au cours des transports horizontaux. On peut donc admettre quâil en sera de mĂȘme a fortiori au cours des transports verticaux, Ă cause de la difficultĂ© plus grande de la comparaison en ce second cas.
On comprend alors par le fait mĂȘme lâune des raisons de lâasymĂ©trie inhĂ©rente aux comparaisons verticales et cette nouvelle raison vient sâajouter Ă celle que nous avons entrevue tout Ă lâheure Ă propos de la centration (deuxiĂšme interprĂ©tation). On peut ainsi distinguer deux types dâasymĂ©trie, lâune liĂ©e Ă la centration sur les verticales se prolongeant en hauteur, ou dĂ©calĂ©es horizontalement mais Ă des niveaux verticaux diffĂ©rents, ou encore liĂ©e aux horizontales superposĂ©es verticalement mais avec dĂ©calage, etc.), lâautre liĂ©e aux transports de bas en haut ou de haut en bas.
Avant dâexaminer cette seconde asymĂ©trie probable, rappelons dâabord la premiĂšre pour prĂ©ciser comment elle se relie au mĂ©canisme du transport vertical (dans les deux sens possibles de parcours) ; et bornons-nous dans ce rappel au cas des verticales se prolongeant lâune lâautre en hauteur (nous avons examinĂ© les autres cas avec A. Morf dans la Rech. XXX).
α) Le point essentiel, dans lâestimation perceptive dâune verticale, par opposition Ă une horizontale, est que ses deux moitiĂ©s ne sont pas homogĂšnes et que par consĂ©quent une centration du regard sur le point mĂ©dian, pour Ă©valuer la longueur totale de la ligne, est moins probable dans le premier cas que dans le second. Dans le cas dâune horizontale, en effet, la moitiĂ© gauche prĂ©sente les mĂȘmes qualitĂ©s que la moitiĂ© droite et cette symĂ©trie nâest altĂ©rĂ©e que dans les situations non gĂ©nĂ©rales de latĂ©ralisation oĂč le sujet prĂ©sente une prĂ©fĂ©rence se traduisant alors par une erreur lĂ©gĂšre. Dans le cas de la verticale, au contraire, la partie infĂ©rieure est orientĂ©e vers le sol, donc vers une fermeture, tandis que la partie supĂ©rieure est engagĂ©e dans une direction ouverte : autrement dit une verticale comporte un sommet, si lâon peut sâexprimer ainsi, ce qui nâest pas le cas des horizontales. Il en rĂ©sulte que le point de centration privilĂ©giĂ©, pour juger de sa hauteur, est Ă chercher dans sa moitiĂ© supĂ©rieure. Si tel est le cas, tout transport vertical destinĂ© Ă comparer deux verticales situĂ©es dans le prolongement lâune de lâautre, balayera la presque totalitĂ© de la ligne supĂ©rieure pour ne parcourir que la partie supĂ©rieure de la ligne infĂ©rieure : dâoĂč, dĂšs le dĂ©part, un avantage au profit de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur, qui sâaccentuera par la surestimation au cours mĂȘme du transport, et qui est ainsi, pour ces deux raisons, susceptible dâexpliquer dĂ©jĂ lâerreur systĂ©matique favorisant cet Ă©lĂ©ment situĂ© dans la partie supĂ©rieure du champ.
Mais cette hypothĂšse explicative, qui prĂ©sente lâavantage de relier Ă une mĂȘme cause les phĂ©nomĂšnes par ailleurs bien distincts de la surestimation des verticales par rapport aux horizontales de mĂȘme longueur et la surestimation des verticales situĂ©es dans la partie supĂ©rieure du champ, ne rend pas encore compte des nombreuses inversions et fluctuations mises en Ă©vidence par la prĂ©sente recherche. Sans doute pourra-t-on toujours dire que, selon les situations, lâattention est plus ou moins attirĂ©e vers la partie infĂ©rieure des lignes Ă comparer, ce qui renverserait lâerreur. Mais cette nouvelle hypothĂšse nâacquerrait un sens acceptable que liĂ©e Ă quelque raison systĂ©matique.
Or, lâexplication prĂ©cĂ©dente demeure indĂ©pendante du sens de parcours du transport vertical (haut-bas ou lâinverse). Il se pourrait alors que ce sens de parcours joue Ă©galement un rĂŽle en tant que modifiant la durĂ©e ou lâintensitĂ© des centrations sur lâun ou lâautre Ă©lĂ©ment.
ÎČ) En effet, le sens du parcours des transports peut constituer un second facteur dâasymĂ©trie. En comparaison horizontale les mouvements du globe oculaire sont trĂšs habituels et de facilitĂ© Ă©gale dans les sens gauche-droite ou droite-gauche (encore que le premier sens puisse donner lieu, en fonction des habitudes de lecture, etc., Ă une faible erreur systĂ©matique). Dans le cas des comparaisons verticales, au contraire, deux nouveautĂ©s sont Ă considĂ©rer. En premier lieu les mouvements de lâĆil sont moins habituels et subjectivement moins aisĂ©s, comme plusieurs sujets adultes lâont notĂ©. En second lieu les mouvements de bas en haut ne constituent plus le symĂ©trique exact des mouvements de haut en bas et la probabilitĂ© de transports prĂ©fĂ©rentiels dans lâun ou lâautre sens devient sensiblement plus grande quâen comparaisons horizontales. Il y a donc bien, dans ce facteur, une seconde cause possible dâasymĂ©trie.
Il suffit alors dâadmettre simultanĂ©ment que le transport modifie les dimensions apparentes des Ă©lĂ©ments comparĂ©s et que les sujets adoptent un mode prĂ©fĂ©rentiel de transport (de bas en haut ou de haut en bas) pour fournir, en plus de lâhypothĂšse (a), une raison de la surestimation moyenne de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur. Un certain nombre de schĂ©mas distincts sont Ă cet Ă©gard possibles, et nous y reviendrons dans la suite.
Par exemple, le sujet peut « transporter » de prĂ©fĂ©rence de haut en bas, mais avec agrandissement au cours du transport, ce qui dĂ©valuera lâĂ©lĂ©ment infĂ©rieur ; ou bien il peut transporter surtout de bas en haut mais avec rapetissement au cours du transport, ce qui valorisera lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur ; etc. Mais lâimportant nâest pas le schĂ©ma choisi, car trop dâinconnues empĂȘchent la dĂ©duction : lâessentiel est dâĂ©tablir une Ă©quivalence entre les divers schĂ©mas de surestimation ou entre les divers schĂ©mas de sous-estimation, ce qui est aisĂ©, et de confronter leurs communes implications respectives avec les donnĂ©es statistiques.
Avant de tenter cet essai, examinons au prĂ©alable comment ces deux formes complĂ©mentaires dâexplication (α et ÎČ) permettent de rĂ©soudre les deux questions principales laissĂ©es jusquâici en suspens : celle de lâaugmentation des surestimations avec lâĂąge aux distances envisagĂ©es dans le prĂ©sent article et celle de leur affaiblissement en comparaisons dirigĂ©es.
Du point de vue de lâĂ©volution avec lâĂąge il nâest naturellement pas question de supposer que le transport vertical soit plus facile chez lâenfant et devienne plus difficile au fur et Ă mesure du dĂ©veloppement. Aussi bien notre hypothĂšse ne revient-elle nullement Ă attribuer simplement la surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur aux difficultĂ©s du transport : elle consiste, ce qui est bien diffĂ©rent, Ă lâexpliquer Ă la fois par la surestimation au dĂ©part et en cours de transport (facteur α) et par la prĂ©dominance des transports dans un sens sur les transports dans lâautre (facteur ÎČ), prĂ©dominance due elle-mĂȘme Ă des raisons dâĂ©conomie ou de simplification, Ă©tant donnĂ©s le caractĂšre malaisĂ© des transports verticaux et lâasymĂ©trie des mouvements de bas en haut et de haut en bas. Une telle prĂ©dominance constituerait donc simplement le produit dâune habitude acquise ou dâun schĂšme sensori-moteur sâautomatisant Ă lâusage, et non pas dâun mĂ©canisme innĂ© ou de la structure hĂ©rĂ©ditaire du champ. Or, si tel est le mĂ©canisme de la surestimation, il devient facile de comprendre pourquoi elle augmente de valeur avec lâĂąge : la raison en est dâabord que le nombre des transports augmente avec le besoin de prĂ©cision ou dâexploration exacte et ensuite que les habitudes de transport se consolident au cours du dĂ©veloppement, câest-Ă -dire que les comparaisons verticales, dâabord trĂšs polymorphes (ce qui diminue les erreurs par compensations) sâorganisent peu Ă peu, trĂšs relativement dâailleurs, selon certains modes plus usuels de comparaison et de transport qui rendent alors lâerreur plus systĂ©matique.
On comprend dâautre part, et surtout en fonction du facteur (ÎČ), le fait Ă©trange de lâaffaiblissement gĂ©nĂ©ral des surestimations en comparaisons dirigĂ©es, alors que, quand lâĂ©talon est haut, lâerreur de lâĂ©talon devrait sâajouter Ă lâerreur de surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur, si cette surestimation Ă©tait due Ă une structure statique et permanente. Lâexplication de cet affaiblissement tient simplement au fait que lâobligation de porter les jugements sur la variable perturbe momentanĂ©ment les habitudes acquises quant Ă la direction des transports : en effet, si la surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur rĂ©sulte sans plus dâune direction privilĂ©giĂ©e des transports, il suffira dâimposer, par une comparaison dirigĂ©e sur la variable seule, dâautres directions aux transports pour affaiblir lâerreur. La meilleure preuve que cet affaiblissement de lâerreur est bien dĂ» Ă une complication introduite dans les habitudes communes de transport des sujets et non pas Ă un facteur de simplification est que la variation moyenne (intervariation) augmente de façon frappante en comparaisons dirigĂ©es (tabl. 3) : lâobligation de porter le jugement sur la variable Ă partir dâun Ă©talon fixe constitue donc un facteur de perturbation des habitudes et non pas dâuniformisation, ce qui est naturel sâil sâagit des habitudes de transport.
Enfin lâhypothĂšse des transports explique plus facilement que les autres lâaugmentation des erreurs avec la distance, puisque les modifications de la grandeur des Ă©lĂ©ments transportĂ©s sont naturellement fonction de la longueur du transport. Il est vrai quâil y a deux exceptions Ă cette rĂšgle de lâaugmentation de lâerreur avec la distance. La plus intĂ©ressante tient aux types diffĂ©rents dâerreur (tabl. 7) : tandis que lâerreur de type I (+ +) augmente avec la distance, lâerreur de type II (â â) nâaugmente (en nĂ©gatif) quâen comparaisons dirigĂ©es et diminue (en nĂ©gatif) avec la distance en comparaisons non dirigĂ©es. Mais il nâest pas difficile dâinterprĂ©ter la chose en termes de transports, puisquâil sâagit prĂ©cisĂ©ment de lâerreur inverse (â â) Ă celle que produisent les transports dominants et que lâaction se double dâun effet dâĂ©talon. Dâautre part, en comparaisons non dirigĂ©es (tabl. 2), lâerreur sâannule presque, chez lâadulte, en passant de la distance B Ă la distance C, tandis quâelle augmente considĂ©rablement entre les deux mĂȘmes distances B et C en comparaisons dirigĂ©es. Nous nâavons pas dâexplication Ă proposer pour rendre compte de ce fait curieux, sinon quâune trop grande distance peut rendre les Ă©lĂ©ments indĂ©pendants ou encore altĂ©rer les types de transport spontanĂ©s : on a vu, en effet (tabl. 5) quâen passant de la distance B Ă la distance C (comparaisons non dirigĂ©es), le type dâerreur I (+ +) diminue en frĂ©quence de 5 Ă Â 4 tandis que le type II (â â) augmente de 0 Ă Â 3.
Notons seulement que le fait est encore bien moins explicable en termes de structure de champ (hypothÚse 1), car si une asymétrie structurale (et non pas fonctionnelle comme dans le cas du transport) augmente avec la distance, elle doit augmenter de façon au moins analogue en comparaisons dirigées et non dirigées.
En conclusion, des trois hypothĂšses envisagĂ©es, topographie du champ, centration seule ou centrations et transports, la derniĂšre semble la plus apte Ă expliquer Ă la fois la variabilitĂ© des faits observĂ©s et les rĂ©gularitĂ©s relatives concernant la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs. Notons encore que lâadoption de cette hypothĂšse permet de faire une part Ă chacun des autres facteurs envisagĂ©s. En ce qui concerne lâerreur de lâĂ©talon et les effets de centration, cela va de soi. Mais cela est vrai mĂȘme du facteur possible dâasymĂ©trie du champ, Ă condition de ne pas considĂ©rer cette asymĂ©trie comme hĂ©rĂ©ditaire (du moins entiĂšrement). Ă supposer quâelle soit au moins en partie acquise (comme lâĂ©volution des erreurs avec lâĂąge invite Ă lâadmettre), il est alors naturel de penser que les transports propres Ă la comparaison verticale finissent, en se polarisant toujours davantage sur certains modes devenus habituels, par produire une lĂ©gĂšre surestimation rĂ©siduelle des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs du champ ; sans ĂȘtre entiĂšrement constante cette surestimation rĂ©siduelle suffirait alors Ă rendre compte des faits en prĂ©sentation tachistoscopique (lorsquâun transport nâa plus le temps de se produire), que lâon attribue ordinairement Ă une structure permanente du champ visuel.
§ 5. Le mĂ©canisme des transports verticaux. (1) Les facteurs αđ
Des deux sortes dâhypothĂšses que nous venons dâinvoquer, la premiĂšre (facteur a) est donc destinĂ©e Ă expliquer le fait gĂ©nĂ©ral de la surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur, notamment aux petites distances lorsque cette erreur systĂ©matique dĂ©croĂźt avec lâĂąge. La seconde au contraire (facteur |3) rend compte des inversions et variations quâa mises en Ă©vidence la prĂ©sente recherche. Le recours Ă ces deux sortes de facteurs nâĂ©tant pas incompatible, puisquâils sont au contraire complĂ©mentaires, il nous reste Ă essayer de prĂ©ciser leurs mĂ©canismes respectifs par une formulation adĂ©quate.
Commençons par la situation dans laquelle les deux verticales de hauteurs Ă©gales se prolongeant lâune lâautre ne sont sĂ©parĂ©es par aucun intervalle, mais par un simple point de repĂšre. En ce cas les verticales supĂ©rieure (que nous appellerons H) et infĂ©rieure (que nous appellerons B) peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme les deux moitiĂ©s dâune mĂȘme droite, la moitiĂ© supĂ©rieure Ă©tant donc surestimĂ©e. Appelons dâautre part la partie supĂ©rieure de H et HB sa partie infĂ©rieure ; de mĂȘme pour BH et BB. Le fait fondamental est alors que, la fixation du regard se produisant sur la partie supĂ©rieure des deux verticales Ă comparer, la centration sur BH englobe une partie de HB tandis que la centration sur HH nâenglobe aucune partie de B. Si nous dĂ©signons par le symbole n le fait dâenglober et par le symbole % une partie quelconque, nous aurons donc :
(1) Ct (Bh) â œ (Hb) mais Ct (Hh) â 0 (B)
DâoĂč la surestimation de H par rapport Ă Â B, puisque H comporte plus dâun effet de centration et BH) tandis que B un seul.
Augmentons maintenant lâintervalle entre B et H, ce qui implique, pour leur comparaison, lâintervention de transports de H sur B (soit Tp HB) ou de B sur H (soit Tp BH). Comme lâĂ©lĂ©ment H est centrĂ© sur sa partie supĂ©rieure, le transport Tp HB comme le transport rĂ©ciproque suivront donc la trajectoire conduisant de son sommet Ă sa base ou rĂ©ciproquement et engloberont donc la partie Hb non fixĂ©e initialement. Au contraire Tp HB comme Tp BA ne parcourront que la partie supĂ©rieure de B puisque cette ligne est estimĂ©e dans sa totalitĂ© par une centration situĂ©e en BH. On aura donc (le symbole âš signifiant « ou lâun ou lâautre, ou les deux ») :
(2) (Tp HB âš Tp BH) â (Hh+ Hb) mais (Tp HB âš Tp BH) â (Bh)
Ainsi lâĂ©lĂ©ment H parcouru dans sa totalitĂ© donnera lieu Ă plus dâeffets de centration que lâĂ©lĂ©ment B, ce qui revient Ă dire que les « points de rencontre » 14 Ă©tant plus nombreux sur H que sur B, lâĂ©lĂ©ment H sera Ă nouveau surestimĂ©. Dâautre part, comme dans un tel modĂšle, le sens prĂ©fĂ©rentiel de transport nâintervient pas, nous pouvons admettre une surestimation en cours de transport indĂ©pendamment de sa direction. Soit :
(3) (Htp)Â >Â (H) et (Btp)Â >Â (B)
Il en rĂ©sulte que lâeffet (2) augmente avec la longueur des transports, donc avec la distance (grandeur et intervalle). Il suffit alors dâadmettre que le nombre des transports sâaccroĂźt avec lâĂąge (avec lâaugmentation du besoin de prĂ©cision dans les comparaisons) pour comprendre que la diffĂ©rence entre les petites et les grandes distances devient plus forte avec lâĂąge. Lâerreur systĂ©matique de surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur diminue donc avec lâĂąge tant que domine lâeffet 1 (petites distances) mais augmente avec lâĂąge quand domine lâeffet (2).
Mais ce schĂ©ma si simple, qui suffirait Ă rendre compte de tous les faits si lâerreur systĂ©matique Ă©tait rĂ©guliĂšre comme aux petites distances, nâexplique ni les inversions ni les variations considĂ©rables observĂ©es dans la prĂ©sente Recherche. Il faut donc le complĂ©ter par un recours aux facteurs (ÎČ) câest-Ă -dire aux transports prĂ©fĂ©rentiels Tp HB ou Tp BH qui, par le fait mĂȘme de la surestimation en cours de transport, aboutiront Ă un effet plus fort (en vertu de la distance croissante) que les effets (1) et (2). Nous allons donc formuler lâintervention de ce facteur (ÎČ) et, pour ne prĂ©juger de rien, nous allons mĂȘme examiner toutes les Ă©ventualitĂ©s y compris celle du rapetissement en cours de transport, de maniĂšre Ă nous assurer que cela ne changerait rien au schĂ©ma gĂ©nĂ©ral.
§ 6. Le mĂ©canisme des transports verticaux. (2) les facteurs ÎČđ
Il nous reste donc Ă essayer de diffĂ©rencier les mĂ©canismes invoquĂ©s jusquâĂ pouvoir rendre compte des douze groupes de faits Ă©numĂ©rĂ©s au § 3.
I. Transformations dimensionnelles et frĂ©quence des transportsđ
Nous sommes Ă peu prĂšs certains que le transport modifie les dimensions subjectives des Ă©lĂ©ments comparĂ©s dans le sens dâune surestimation en cours de transport, mais nous ne pouvons pas en fournir la preuve faute de dissociation entre les effets de transport et ceux de centration. Nous pouvons, dâautre part, considĂ©rer comme probable que les transports de bas en haut et les transports de haut en bas nâont pas la mĂȘme frĂ©quence, mais faute dâenregistrement exact nous ne savons rien de plus sur les rapports de ces frĂ©quences. Il est donc nĂ©cessaire de commencer par examiner toutes les combinaisons possibles entre ces deux inconnues.
A. Supposons dâabord que les transformations dimensionnelles sont constantes, câest-Ă -dire que, Ă distances Ă©gales, un transport de bas en haut agrandira ou rapetissera de la mĂȘme valeur lâĂ©lĂ©ment transportĂ© quâun transport de haut en bas, seul le sens (le signe) de la transformation Ă©tant susceptible de varier.
On peut concevoir alors quatre combinaisons possibles (le signe â signifie « entraĂźne ») :
(4) [Tp BH â (Btp > B)] + [Tp HB â (Htp > H)]
(4 bis) [Tp BH â (Btp < B)] + [Tp HB â (Htp < H)]
(4 ter) [Tp BH â (Btp > B)] + [Tp HB â (Htp < H)]
(4 quater) [Tp BH â (Btp < B)] + [Tp HB â (Htp > H)]
Notons maintenant que si lâon a Btp < B, câest-Ă -dire un agrandissement de B au cours du transport, il en rĂ©sulte que H sera sous-Ă©valuĂ© par une comparaison avec B. Inversement si Htp > H alors H sera surestimĂ© et B dĂ©valuĂ© par comparaison avec H. DĂ©signons par le symbole X (Tp Y) â¶Â Ct X le fait que X comparĂ© Ă Â Y transportĂ© sur lui est vu plus grand (ou plus petit) que X centrĂ© Ă lui seul. On aura donc, de façon gĂ©nĂ©rale :
(5) (Xtp > X) â Y (Tp X) < Ct Y
(5 bis) (Xtp < X) â Y (Tp X) > Ct Y
De (5) et (5 bis) on peut alors conclure que dans la combinaison (4) Tp BH dévaluera H et Tp HB dévaluera B. Si les fréquences de Tp BH et de Tp HB sont égales, H et B seront donc perçus comme égaux. Dans la combinaison (4 bis), Tp BH aboutira au contraire à une surestimation de H et Tp HB à une surestimation de B ; mais en cas de fréquences égales, le résultat sera à nouveau nul. Par contre, la combinaison (4 ter) donnera une sous-estimation de H et une surestimation de B dans les deux sens du transport et la combinaison (4 quater) donnera une surestimation de H et une sous-estimation de B dans les deux sens du transport.
Les combinaisons (4) Ă (4 quater) sont donc toutes les quatre insuffisantes Ă elles seules Ă rendre compte des faits si les frĂ©quences des Tp BH et des Tp HB sont Ă©gales : les combinaisons (4) et (4 bis) sont insuffisantes parce que le rĂ©sultat en est nul, ce qui est contraire aux erreurs observĂ©es et les combinaisons (4 ter et quater) sont insuffisantes parce quâelles donnent chacune une erreur orientĂ©e respectivement toujours dans le mĂȘme sens, ce qui est Ă©galement contraire aux faits observĂ©s.
B. On peut alors ajouter une condition de plus, sans encore invoquer une inĂ©galitĂ© de frĂ©quences : on peut Ă©carter la constance des transformations dimensionnelles et admettre que, Ă distances Ă©gales, lâagrandissement ou le rapetissement dus aux transports dans un sens sont supĂ©rieurs Ă lâagrandissement ou au rapetissement dus aux transports dans lâautre sens. Si B et H sont objectivement Ă©gaux, on aura alors :
(6) B (Tp H)Â >Â H (Tp B)
ou
(6Â bis) B (Tp H)Â <Â H (Tp B)
Cela revient Ă dire que, en (6) le Tp HB aboutit Ă une surestimation de B plus grande que la surestimation de H due au Tp BH et que, en (6 bis) lâinverse se produit.
Mais on voit immĂ©diatement que la combinaison (6) revient, au total, Ă une surestimation de B et Ă une sous-estimation de H par rapport Ă Â B : la combinaison (6) est donc Ă©quivalente Ă la combinaison (4 ter). De mĂȘme la combinaison (6 bis) est Ă©quivalente Ă la combinaison (4 quater) pour les raisons symĂ©triques.
Il est donc inutile, mĂȘme si elle est vraie, de faire lâhypothĂšse supplĂ©mentaire dâune inĂ©galitĂ© des transformations dimensionnelles, puisquâon peut la traduire sous la forme des combinaisons (4) Ă (4 quater), Ă laquelle elle nâajoute rien.
C. Il est alors nĂ©cessaire, puisque les combinaisons (4) Ă (4 quater) sont insuffisantes Ă elles seules et que les combinaisons (6) et (6 bis) se rĂ©duisent Ă (4 ter) et Ă (4 quater), dâintroduire une condition supplĂ©mentaire et dâadmettre une inĂ©galitĂ© possible des frĂ©quences de Tp BH et de Tp HB. Nous Ă©crirons Tp BH > Tp HB pour exprimer le fait que les Tp BH lâemportent en frĂ©quence sur les Tp HB (et < pour lâinverse). En ce cas la condition (4) donnera :
(7) [Condit. (4)Â +Â (Tp BHÂ >Â Tp HB)] B (H)Â >Â B
et
(7Â bis) [Condit. (4)Â +Â (Tp BHÂ <Â Tp HB)] â [H (B)Â >Â H]Â =Â B (H)Â <Â B
oĂč B (H) > B signifie que B est surestimĂ© par comparaison avec H et H (B) > H lâinverse.
De son cÎté, la condition (4 bis) donnera :
(8) [Condit. (4Â bis)Â +Â (Tp BHÂ >Â Tp HB)] âH (B)Â >Â H
et
(8Â bis) [Condit. (4Â bis)Â +Â (Tp BHÂ <Â Tp HB)] â [B (H)Â >Â B]Â =Â H (B)Â <Â H
On obtient donc ainsi une surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur H soit par la double condition (7 bis) soit par la double condition (8) et une sous-estimation de H par (7) ou (8 bis).
Quant aux conditions (4 ter et quater), elles ne sont pas modifiĂ©es par une inĂ©galitĂ© de frĂ©quence des transports, puisque (4 ter) donne toujours la sous-estimation de H et (4 quater) toujours la surestimation de H. Nous pouvons donc considĂ©rer la condition (4 ter) comme Ă©quivalente aux doubles conditions (7) ou (8 bis), ce qui va de soi car de dire que le Tp BH agrandit B et que le Tp HB rapetisse H aboutit au mĂȘme rĂ©sultat que de dire que les deux transports agrandissent lâĂ©lĂ©ment transportĂ© mais que Tp BH lâemporte en frĂ©quence sur Tp HB. De mĂȘme la condition (4 quater) Ă©quivaut aux doubles conditions (7 bis) ou (8).
En conclusion, nous pouvons Ă©liminer dĂ©finitivement les conditions (4 ter et quater) puisquâelles sont Ă©quivalentes Ă (7) ou (8 bis) et Ă (7 bis) ou (8) et puisque chacune, prise Ă part, aboutit toujours Ă la sous-estimation ou toujours Ă la surestimation, ce qui est contraire aux faits. Pour rendre compte des faits, dans leur variabilitĂ© comme dans leurs rĂ©gularitĂ©s, il ne demeure donc que deux schĂ©mas, Ă©quivalents entre eux et supposant lâun et lâautre une inĂ©galitĂ© de frĂ©quence des transports Tp BH et Tp HB : (7) et (7 bis) si le transport agrandit lâĂ©lĂ©ment transportĂ© (la surestimation de H sâexpliquerait alors par une prĂ©dominance des transports de haut en bas Tp HB, soit par la double condition 7 bis, tandis que la sous-estimation de H sâexpliquerait par la prĂ©dominance inverse, donc par la double condition 7) ; et (8) et (8 bis) si le transport rapetisse lâĂ©lĂ©ment transportĂ© (dâoĂč la surestimation de H en cas de prĂ©dominance du transport Tp BH, condition 8, et la sous-estimation de H en cas de prĂ©dominance inverse, condition 8 bis).
Ces deux schémas, entre lesquels le choix demeure toujours possible, suffisent alors à expliquer les faits (1) et (2) du § 3 :
1. La surestimation moyenne des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs du champ sâexpliquerait ainsi, au cas oĂč les facteurs α seraient dominĂ©s par la longueur du transport, par un transport prĂ©fĂ©rentiel de haut en bas (en cas dâagrandissement de lâĂ©lĂ©ment transportĂ©) ou de bas en haut (en cas de rapetissement au cours du transport) 15.
2. Ces transports prĂ©fĂ©rentiels ne correspondraient quâĂ une certaine majoritĂ© de frĂ©quences et non pas Ă la totalitĂ©, dâoĂč la dispersion des surestimations (51 %) et des sous-estimations (28 %) ainsi que les compensations possibles ou erreurs nulles (21 %).
II. La position de lâĂ©talon et des variables.đ
Mais il reste Ă expliquer pourquoi les rĂ©sultats ne sont pas identiques en comparaison non dirigĂ©e, selon que lâĂ©talon est en bas ou en haut, et surtout pourquoi presque toutes les surestimations diminuent de valeur en comparaisons dirigĂ©es.
Appelons E lâĂ©talon et V la variable et dĂ©signons par B[E], H[E], B[V] et H[V] les Ă©lĂ©ments qui sont simultanĂ©ment infĂ©rieur et Ă©talon, supĂ©rieur et Ă©talon, infĂ©rieur et variable ou supĂ©rieur et variable.
Deux faits nouveaux sont alors Ă considĂ©rer : lâerreur de lâĂ©talon, que lâon peut considĂ©rer comme due Ă une centration prĂ©fĂ©rentielle sur lâĂ©talon (ou sur la variable) indĂ©pendamment des transports, et la possibilitĂ© de transports prĂ©fĂ©rentiels de lâĂ©talon sur la variable ou de la variable sur lâĂ©talon. Nous exprimerons les premiers sous la forme Tp EV > Tp VE et les seconds sous la forme inverse.
En cas de comparaisons non dirigĂ©es, il nâest pas de raison pour que ces transports prĂ©fĂ©rentiels relatifs Ă Â E et V modifient sensiblement les transports habituels de B et de H. En effet, dâune part, il nâest pas exigĂ© de jugement sur la variable, de telle sorte que la comparaison nâest pas polarisĂ©e par la consigne. Dâautre part, lâĂ©talon nâest pas reconnu comme tel, comme lorsquâil subsiste en permanence au vu et au su du sujet. Celui-ci ne peut mĂȘme pas remarquer (consciemment ou inconsciemment) que les Ă©lĂ©ments infĂ©rieurs varient tantĂŽt plus tantĂŽt moins que les Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs, puisque lâon prend la prĂ©caution de mĂ©langer, dans leur ordre de prĂ©sentation, les situations Ă Ă©talon bas et Ă Ă©talon haut. Il est donc assez surprenant dâobserver une diffĂ©rence notable de rĂ©actions (surtout entre 5 et 8 ans il est vrai) selon que lâĂ©talon est placĂ© en bas ou en haut (diffĂ©rence de +0,31 Ă +1,18 Ă 5-8 ans et de +1,00 Ă +1,38 chez lâadulte). Mais comme le fait est lĂ , il faut bien en tenir compte.
Notons dâabord quâun tel fait, Ă dĂ©faut de toute autre explication, dans le cas particulier, pourrait ĂȘtre interprĂ©tĂ© par des actions dâ« impressions absolues » ou de point neutre. Lorsque lâon demande aux sujets de classer en « grands » et en « petits », sans termes fixes de comparaisons (sans Ă©talon), les divers Ă©lĂ©ments dâune collection (nous avons fait lâexpĂ©rience avec des tiges analogues Ă celles dont il est question ici) 16, on constate, en effet, chez les sujets de 5-8 ans une tendance Ă considĂ©rer comme « grands » les Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs au mĂ©dian de la sĂ©rie et comme « petits » les Ă©lĂ©ments infĂ©rieurs Ă ce mĂ©dian. Le « point neutre » tend alors Ă converger avec le mĂ©dian lui-mĂȘme, tandis que chez lâadulte le point neutre dĂ©pend davantage de lâexpĂ©rience antĂ©rieure et rĂ©siste un peu mieux Ă lâaction actuelle de la sĂ©rie prĂ©sentĂ©e. Il suffirait alors que, en lâabsence dâĂ©talon fixe, le sujet soit portĂ© Ă choisir quand mĂȘme un Ă©lĂ©ment de rĂ©fĂ©rence et quâil le choisisse de prĂ©fĂ©rence au voisinage du mĂ©dian de la sĂ©rie pour que lâon sâexplique les deux faits surprenants rĂ©vĂ©lĂ©s par le tableau 2 : quâil existe une erreur de lâĂ©talon dans des comparaisons non dirigĂ©es oĂč tout a Ă©tĂ© prĂ©vu pour Ă©viter une telle forme dâerreur, et que celle-ci soit si notablement plus forte Ă 5-8 ans que chez lâadulte.
Quoi quâil en soit de cet essai dâexplication, il existe donc en comparaisons libres une lĂ©gĂšre erreur de lâĂ©talon qui conduit Ă surĂ©valuer E aux dĂ©pens de V. En ce cas, quand le transport prĂ©fĂ©rentiel Tp HB porte sur H[E] et prend ainsi la forme Tp H[E]B, lâĂ©lĂ©ment transportĂ© est dĂ©jĂ quelque peu surĂ©valuĂ© au dĂ©part, et, si nous adoptons lâhypothĂšse (7 et 7 bis), il le sera davantage encore en cours de transport. Au contraire quand Tp HB porte sur H[V] et prend la forme Tp lâĂ©lĂ©ment transportĂ© est un peu sous-estimĂ© au dĂ©part, ce qui compense en partie lâeffet dâagrandissement du transport.
Câest ce qui expliquerait le fait que les erreurs avec Ă©talon bas (tabl. 2) marquent une moindre surestimation de H quâavec Ă©talon haut (fait 1 bis du § 3) :
(9) {[H[E] > H[V]] + [Tp HB â (Tp H > Ct H)] + (Tp HB > Tp BH)} âH[E] (B[V]) > H (B)
Ce phĂ©nomĂšne se retrouve naturellement, et mĂȘme en plus accentuĂ©, en cas de comparaisons dirigĂ©es. Mais, au lieu de produire simplement une plus forte surestimation avec Ă©talon haut quâen comparaisons non dirigĂ©es, il sâaccompagne dâune autre action qui le domine en partie et qui est constituĂ©e par les transports prĂ©fĂ©rentiels Tp EV ou Tp VE. MĂȘme si, en comparaisons horizontales, lâĂ©talon est transportĂ© de prĂ©fĂ©rence Ă la variable (ce qui est loin dâĂȘtre certain), il nâest, en effet, aucune raison pour que, en comparaison verticale, un Ă©talon surestimĂ© soit lâobjet dâun transport privilĂ©gié : du moment quâil existe dĂ©jĂ un transport prĂ©fĂ©rentiel Tp HB > Tp BH (dans lâhypothĂšse 7 bis) et quâon exige, dâautre part, du sujet un jugement sur la variable, ce peut fort bien ĂȘtre la variable qui sera transportĂ©e de prĂ©fĂ©rence sur lâĂ©talon, ce qui dĂ©valuera lâĂ©talon (donc compensera Ă des degrĂ©s divers lâerreur de lâĂ©talon), si le transport sâaccompagne dâun agrandissement, et ce qui affaiblira les effets du transport Tp HB si la variable est en bas.
Les erreurs observĂ©es en comparaisons dirigĂ©es sont donc le rĂ©sultat dâau moins trois facteurs : le transport en fonction de H et de B, le transport en fonction de E et de V et une erreur de lâĂ©talon plus forte quâen comparaison libre. On comprend alors que les comparaisons dirigĂ©es produisent une perturbation gĂ©nĂ©rale des erreurs telles quâon les observe en comparaisons non dirigĂ©es. Dâautre part, si la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs H est bien le produit dâune dominance parmi les transports, il est naturel que cette perturbation, due Ă la complexitĂ© des facteurs en jeu, entraĂźne une rĂ©partition plus homogĂšne de ces transports, donc un affaiblissement de la moyenne des erreurs.
Bornons-nous, pour lâinstant, Ă formuler ces trois facteurs :
(10) Comp. dirigĂ©es : (E â¶ V) + (Tp EV â¶ Tp VE) + Tp HB) â¶Â Tp BH
Le premier de ces facteurs Ă©tant moins actif en comparaisons non dirigĂ©es et le second presque absent, on comprend alors dâemblĂ©e lâaugmentation gĂ©nĂ©rale de la variation moyenne et lâĂ©largissement gĂ©nĂ©ral des seuils en comparaisons dirigĂ©es (faits 6, c et d du § 3). Quant Ă lâexplication des moyennes et des frĂ©quences (6 a et b) nous chercherons Ă la tirer Ă©galement des prop. 9 et 10, mais nây parviendrons quâaprĂšs avoir analysĂ© les divers types dâerreurs I Ă Â IX en fonction des facteurs (4-4 bis), (5) et (7-10), puisque câest en dĂ©finitive la distribution diffĂ©rente des types dâerreurs I-IX et de leurs valeurs respectives qui explique les moyennes et frĂ©quences gĂ©nĂ©rales distinctes en comparaisons dirigĂ©es et non dirigĂ©es.
III. Les types dâerreurs I Ă Â IXđ
Du point de vue qualitatif il est aisĂ© de rendre compte des neuf types dâerreurs observĂ©es au moyen des facteurs (10) et de ceux dâentre eux qui subsistent en comparaisons non dirigĂ©es (Ă©tant toujours admis que le transport agrandit lâĂ©lĂ©ment) : Le type I (+ +) rĂ©sulte sans plus du transport prĂ©fĂ©rentiel Tp HB > Tp BH en cas dâagrandissement de lâĂ©lĂ©ment transportĂ©.
Le type II (â â), qui est minoritaire par rapport au type I en comparaisons non dirigĂ©es, rĂ©sulte de lâinĂ©galitĂ© inverse : Tp BH > Tp HB.
Le type III (+ â), qui est absent de nos 66 comparaisons non dirigĂ©es, rĂ©sulte du transport prĂ©fĂ©rentiel Tp VE > Tp EV, primant les transports relatifs Ă Â H et Ă Â B, puisque quand la variable est en haut lâerreur est positive (surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur) et que quand elle est en bas lâerreur est nĂ©gative sur lâĂ©lĂ©ment H.
Le type IV (â +), qui est presque absent des comparaisons non-dirigĂ©es (1 cas) et bien reprĂ©sentĂ© dans les comparaisons dirigĂ©es (11 Ă 24 % : tabl. 5), rĂ©sulte au contraire de la prĂ©fĂ©rence Tp EV > Tp VE puisque lâerreur sur H est nĂ©gative quand lâĂ©talon est en bas et positive quand il est en haut 17.
Le type V (0 â) peut rĂ©sulter de la double prĂ©fĂ©rence Tp BH > Tp HB et Tp VE > Tp EV : quand lâĂ©talon est en bas le transport Tp BH produit une erreur â sur H et Tp VE une erreur + qui la compense (dâoĂč lâerreur nulle), tandis que quand lâĂ©talon est haut, Tp BH et Tp VE produisent tous deux une erreur nulle. Mais le type V peut aussi rĂ©sulter de Tp BH > Tp HB avec erreur de lâĂ©talon sur la variable, dâoĂč compensation quand la variable est en haut et double erreur â quand elle est en bas.
Le type VI (â 0) peut de mĂȘme rĂ©sulter dâun double transport prĂ©fĂ©rentiel Tp BH > Tp HB et Tp EV > Tp VE (dâoĂč double erreur â quand lâĂ©talon est en bas et compensation quand il est en haut) ou de la prĂ©fĂ©rence Tp BH et dâune erreur de lâĂ©talon sur lâĂ©talon.
Le type VII (+ 0) peut rĂ©sulter de (Tp HB > Tp BH) + (Tp VE > Tp EV) ou de Tp HB > Tp BH et dâune erreur de lâĂ©talon sur la variable.
Le type VIII (0 +) rĂ©sultera soit de (Tp HB > Tp BH) + (Tp EV > Tp VE) soit du premier facteur et dâune erreur de lâĂ©talon sur lâĂ©talon.
Le type IX (0 0), enfin, peut rĂ©sulter soit dâune Ă©galitĂ© (Tp BH = Tp HB) soit dâune compensation entre les trois facteurs de la prop. (10).
Résumons cette interprétation de la maniÚre suivante :
(11) I (Tp HBÂ >Â Tp BH) â (+Phv +Phe)
oĂč Phv est la dĂ©formation ou erreur sur la variable en haut et Phe sur lâĂ©talon haut
II (Tp BHÂ >Â Tp HB) â (âPhv âPhe)
III (Tp VEÂ >Â Tp EV) â (+ Phv âPhe)
IV (Tp EV > Tp VE) â (âPhv + Phe)
V [(Tp BH > Tp HB) + (Tp VE > Tp EV) âš (V > E)] 18 â (Phv = 0 ; âPhe)
VI [(Tp BH > Tp HB) + (Tp EV > Tp VE) âš (E > V)] â (âPhv ; Phe = 0)
VII [(Tp HB > Tp BH) + Tp VE > Tp EV) âš (V > E)] â (+Phv ; Phe = 0)
VIII [(Tp HB > Tp BH) + (Tp EV > Tp VE) âš (E > V)] â (Phv = 0 ; + Phe)
IX (Tp BH = Tp HB) âš [(Tp HB â¶Â Tp BH) + [Tp EV â¶Â Tp VE) + (E â¶Â V)] â (Phv = 0 ; Phe = 0)
On pourrait supposer que les erreurs de type V-VIII qui sont nulles dans lâune des deux situations (Ă©talon bas ou haut) rĂ©sultent de Tp HB = Tp BH en cette situation et des facteurs Tp EV â¶Â Tp VE ou E â¶Â V dans lâautre. Mais si ceux-ci sont seuls Ă expliquer lâerreur dans la seconde situation, ils devraient sâajouter au premier facteur dans la premiĂšre et on ne comprendrait plus lâerreur nulle.
Or cette interprĂ©tation qualitative permet dâemblĂ©e dâexpliquer les frĂ©quences respectives des types dans les comparaisons libres et dirigĂ©es (faits 3 et 6 e du § 3). En comparaisons non dirigĂ©es, le facteur Tp EV â¶Â Tp VE Ă©tant Ă peu prĂšs inopĂ©rant, les deux types III et IV qui ne reposent que sur lui sont eux-mĂȘmes Ă peu prĂšs absents (3 % entre les deux chez les enfants et les adultes : tabl. 5 bis), tandis quâen comparaisons dirigĂ©es ces deux types reprĂ©sentent le 35 % des rĂ©actions enfantines (= les types les plus frĂ©quents) et le 23 % des rĂ©actions adultes. Les types I, II et IX qui ne dĂ©pendent guĂšre que du facteur Tp BH â¶Â Tp HB reprĂ©sentent par contre ensemble le 78 % (enfants) et 77 % (adultes) des rĂ©actions en comparaisons non dirigĂ©es et seulement le 41 % (enfants) et 60 % (adultes) en comparaisons dirigĂ©es. Quant aux types V-VIII qui peuvent ne dĂ©pendre que des deux facteurs Tp HB â¶Â Tp BH et E â¶Â V, ils conservent Ă peu prĂšs les mĂȘmes frĂ©quences dans les deux sortes de comparaisons (41 % et 39 % pour les enfants et adultes rĂ©unis).
Notons encore le fait curieux que, si le type II est de frĂ©quence Ă peu prĂšs Ă©gale chez lâenfant en comparaisons dirigĂ©es et non dirigĂ©es, il est par contre beaucoup plus frĂ©quent chez lâadulte en comparaisons dirigĂ©es (28 % contre 17 % en comparaisons libres) et de frĂ©quence Ă©gale au type I dans la mĂȘme situation (28 % en comparaisons dirigĂ©es). On doit donc admettre que, quand les trois facteurs de la prop. (10) interviennent simultanĂ©ment, les frĂ©quences des prĂ©fĂ©rences Tp BH > Tp HB et des prĂ©fĂ©rences Tp HB > Tp BH tendent Ă sâĂ©galiser par compensation ou brassage des influences (Tp HB favorisĂ© tantĂŽt par lâĂ©talon haut tantĂŽt par Tp VE et Tp BH favorisĂ© tantĂŽt par lâĂ©talon bas, tantĂŽt par Tp VE, etc.).
Si nous examinons maintenant les valeurs quantitatives de ces types dâerreurs (tabl. 6) Ă la lumiĂšre des mĂ©canismes dĂ©crits Ă lâinstant, nous retrouvons les mĂȘmes combinaisons dâinfluences. Câest ainsi que, en comparaisons non dirigĂ©es, les erreurs de type I (+ +) ont une valeur un peu supĂ©rieure (+3,5 pour enfants et adultes rĂ©unis) en cas dâĂ©talon haut, sans doute par adjonction dâune erreur de lâĂ©talon, quâavec Ă©talon bas (+2,75). Par contre les erreurs de type II (â â), qui rĂ©sultent de la prĂ©fĂ©rence Tp BH > Tp HB, sont un peu plus fortes avec Ă©talon bas (â3,5 pour les enfants et adultes rĂ©unis) quâavec Ă©talon haut (â3,0) parce quâalors lâerreur de lâĂ©talon sâajoute au transport de bas en haut pour dĂ©valoriser H[V]. Mais ce phĂ©nomĂšne ne se retrouve pas en comparaisons dirigĂ©es, sans doute Ă cause du nouveau facteur Tp VE â¶Â Tp EV. Par contre les erreurs de type III (et en partie IV) sont un peu plus fortes avec Ă©talon haut comme si lâerreur III (due Ă Tp VE > Tp EV) sâaccompagnait dâune lĂ©gĂšre prĂ©fĂ©rence Tp BH > Tp HB (et lâerreur IV dâune faible tendance Tp HB > Tp BH qui la compense dans un sens et la renforce dans lâautre.
Mais, avant dâĂȘtre en mesure dâexpliquer lâaffaiblissement gĂ©nĂ©ral des surestimations de H en comparaisons dirigĂ©es, il nous reste Ă examiner le rĂŽle de la distance.
IV. Lâeffet des distancesđ
Lâinspection des tableaux 1 ou mĂȘme 2 ne suffit pas Ă mettre en lumiĂšre lâaction de la distance, car cette action est double : elle exerce une influence sur la valeur des erreurs mais elle entraĂźne Ă©galement des changements dans la frĂ©quence des types dâerreurs. Ce sont donc aussi aux tableaux 5 et 7 Ă nous renseigner sur ces deux points (les frĂ©quences en + â et 0 des tableaux 1 et 2 nâĂ©tant que le total des frĂ©quences + â et 0 propres aux neuf types du tableau 5). On constate alors que :
1. Lâerreur de type I (+ +) augmente rĂ©guliĂšrement selon la distance (tabl. 7) avec Ă©talons hauts et bas. Lâerreur de type II (â â) augmente rĂ©guliĂšrement aussi mais en nĂ©gatif. Il est donc permis de conclure, dans ces deux cas, que lâeffet de modification dimensionnelle dĂ» aux transports de B et de H soit PT ph est fonction de la longueur du transport, soit L Tp :
(12) (L Tph > Lâ Tpâh) â (P Tph > Pâ Tpâh)
pour les types I et II.
oĂč P > Pâ exprime une erreur plus grande arithmĂ©tiquement, mais pouvant ĂȘtre affectĂ©e du signe + ou â.
2. Dans le cas des erreurs III et IV (tabl. 7), la prop. (12) se vĂ©rifie pour les erreurs nĂ©gatives (Ă©talon haut en III et bas en IV) mais pas pour les erreurs positives : dans le cas de lâerreur IV avec Ă©talon haut il y a mĂȘme dĂ©croissance rĂ©guliĂšre avec la distance. Si lâon prend la moyenne des erreurs nĂ©gatives en III et en IV on trouve pour les distances A, B et C des valeurs de â1,6 ; â3,5 et â3,5 tandis que la moyenne des erreurs positives donne pour les distances A, B et C : +3,9 ; +2,5 et +2,0.
Dans ces cas, on peut supposer que le rĂ©sultat du transport global Tp est dĂ» Ă une moyenne de transports Ă©lĂ©mentaires câest-Ă -dire des mouvements de va-et-vient entre les termes Ă comparer : Tp = (ÎŁtp)/n. Ce serait alors la composition de ces transports Ă©lĂ©mentaires qui serait modifiĂ©e par la distance. Or, cette supposition nâest pas contradictoire avec la prop. 12, puisque, dans le cas des erreurs de type I-II il sâagit de transports relatifs Ă la position (Tp BH â¶Â Tp HB), et dans le cas des erreurs de type III-IV de transports relatifs aux Ă©talons et aux variables (Tp EV â¶Â Tp VE). Si nous appelons Tpe ce second type de transport, on ne peut conclure que
(13) (L Tpe > Lâ Tpâe) â (P Tpe â¶Â Pâ Tpâe)
3. Enfin, lâexamen du tableau 5 et des frĂ©quences des tableaux 1-2 montre que les types dâerreurs I-IX ainsi que des signes globaux +, â et 0 varient Ă peu prĂšs toujours de frĂ©quences avec la distance, mais dâune maniĂšre extrĂȘmement irrĂ©guliĂšre. Par exemple, en comparaisons dirigĂ©es les types I et III augmentent de frĂ©quence avec la distance chez lâadulte (quoique le type I diminue en comparaison libre), mais le type IV diminue plutĂŽt ; chez lâenfant les types I et III diminuent et le type IV augmente nettement avec la distance en comparaison dirigĂ©e, tandis que le type I augmente en comparaison libre. Le type II augmente de frĂ©quence avec la distance chez lâenfant en comparaisons dirigĂ©es et non dirigĂ©es, tandis quâil diminue chez lâadulte en comparaisons dirigĂ©es et oscille en comparaisons libres, etc. Quant Ă lâĂ©volution des frĂ©quences dâerreurs de signes +, â et 0 avec la distance, elle est tout aussi irrĂ©guliĂšre, mĂȘme en comparaison libre. En comparaison dirigĂ©e les erreurs (+) augmentent avec la distance chez lâadulte, Ă 5-6 ans (Ă©talon haut) et Ă 7-8 ans (Ă©talon haut) mais diminuent Ă 6-7 ans, Ă 5-6 ans (Ă©talon bas) et en partie Ă 7-8 ans (Ă©talon bas). Les frĂ©quences des erreurs (â) varient en sens inverse.
Ici de nouveau on ne peut donc conclure quâune chose : câest que la distance exerce un effet perturbateur sur les frĂ©quences, mais sans aucune loi gĂ©nĂ©rale sauf en ce qui concerne lâĂ©volution avec lâĂąge.
4. Pour ce qui est enfin de la variation avec la distance des moyennes dâerreurs systĂ©matiques contenues dans les tableaux 1-2, on observe bien, en gros, une accentuation des erreurs en fonction de la distance, qui rĂ©sulte de la relation (12), mais avec un certain nombre dâirrĂ©gularitĂ©s dues Ă Â (13) et surtout aux modifications dans les frĂ©quences des types dâerreurs (fait 5 du § 3).
V. Les diffĂ©rences entre les comparaisons libres et les comparaisons dirigĂ©esđ
Nous pouvons enfin tenter dâinterprĂ©ter les effets multiples et surprenants de lâintroduction dâĂ©talons et des jugements obligĂ©s sur la variable, dans le cas de la comparaison verticale. Chez lâadulte lâexplication est relativement simple Ă fournir en fonction des prop. 9 et 10 puisquâil y a seulement affaiblissement des erreurs systĂ©matiques et renversement de lâerreur de lâĂ©talon. Chez lâenfant par contre, il y a en moyenne renversement du sens de lâerreur avec accroissement de celle-ci (â0,82 en moyenne gĂ©nĂ©rale pour 5-8 ans contre +0,49) et il est au premier abord bien plus difficile de comprendre le pourquoi de ces deux phĂ©nomĂšnes.
Chez lâadulte, il y a lĂ©gĂšre diminution de lâerreur avec Ă©talon bas (+0,88 contre +1,00 en comparaisons libres) et forte diminution avec Ă©talon haut (+0,38 contre +1,28). Le fait que lâaffaiblissement de lâerreur se produise surtout en cette seconde situation montre que la valorisation de lâĂ©talon lui-mĂȘme en comparaisons libres se reporte sur la variable en comparaisons dirigĂ©es. Une majoritĂ© dâerreurs nĂ©gatives en distance A remplace la majoritĂ© dâerreurs positives en comparaison libre et la proportion des erreurs de type I (+ +) et II (â â) devient de 28 % Ă 28 % contre 50 % Ă 17 % en comparaison libre. Les erreurs positives gardent cependant au total la majoritĂ© et les moyennes gĂ©nĂ©rales demeurent positives (mais avec trois moyennes nĂ©gatives sur six pour les trois distances et les deux situations), ce qui prouve la conservation dâune nette prĂ©fĂ©rence Tp HB > Tp BH. Lâaffaiblissement des erreurs moyennes, autrement dit lâimportance prise par les erreurs nĂ©gatives, est donc Ă chercher dans ces interfĂ©rences entre ce facteur Tp HB > Tp BH, le facteur dâerreur de lâĂ©talon V > E et le facteur Tp VE â¶Â Tp EV. Ce dernier facteur entraĂźne, en effet, lâapparition, en comparaisons dirigĂ©es, dâune forte proportion dâerreurs III-IV (23 % contre 3 %) qui diminuent la surestimation gĂ©nĂ©rale. Si lâon fait, en sâappuyant sur la prop. (11), la statistique des erreurs rĂ©sultant de Tp VE > Tp EV et du rapport inverse on trouve 22 % dans le premier cas et 18 % dans le second (ce qui sâaccorde avec la lĂ©gĂšre erreur de lâĂ©talon sur la variable).
Au total lâaffaiblissement des erreurs moyennes positives et lâaccroissement des frĂ©quences et des moyennes partielles nĂ©gatives proviendraient de compensations et de renversements dus aux mĂ©langes des trois facteurs majoritaires Tp HB > Tp BH, Tp VE > Tp EV et V > E entre eux et des facteurs minoritaires inverses Ă©galement mĂȘlĂ©s entre eux et interfĂ©rant avec les premiers.
Chez lâenfant la diminution des surestimations de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur en comparaisons dirigĂ©es va jusquâĂ un renversement net en faveur de la sous-estimation (â0,82 pour 5-8 ans contre +0,49 en comparaisons libres), mais avec une sous-estimation sensiblement moins forte quand lâĂ©talon est en haut. Il y a donc inversion de Tp HB > Tp BH en < Tp BH mais intervention dâune forte erreur de lâĂ©talon E > V, dâautant plus forte que les erreurs moyennes sont plus nĂ©gatives (Ă 6-7 ans plus quâĂ 7-8 et Ă 7-8 plus quâĂ 5-6 ans). Lâabondance des erreurs III-IV (35 % contre 3 %) prouve, dâautre part, le rĂŽle considĂ©rable du facteur de transport des E et V, et la statistique donne 33 % des erreurs en faveur de Tp EV > Tp VE contre 26 % en faveur de lâinverse. Il sâagit donc dâexpliquer comment une majoritĂ© dâerreurs de surestimation dues Ă Tp HB > Tp BH en comparaisons libres donne en comparaisons dirigĂ©es une majoritĂ© Tp BH > Tp HB en fonction dâune majoritĂ© Tp EV > Tp VE et dâune majoritĂ© E > V.
Pour expliquer ces faits, remarquons dâabord quâen situation dâĂ©talon bas, le rapport Tp HB > Tp BH sera affaibli ou inversĂ© par le rapport Tp EV > Tp VE et mĂȘme par lâerreur de lâĂ©talon E > V, tandis quâil sera renforcĂ© par le rapport Tp VE > Tp EV et par lâerreur V > E. Au contraire le rapport Tp BH > Tp HB sera renforcĂ© par ces deux derniers facteurs et affaibli ou inversĂ© par les rapports Tp EV > Tp VE et E > V. En situation dâĂ©talon haut, ces deux sortes de processus seront inversĂ©s : le rapport Tp HB > Tp BH sera affaibli ou inversĂ© par Tp VE > Tp EV et par V > E mais renforcĂ© par Tp EV > Tp VE et par E > V ; au contraire le rapport Tp BH > Tp HB sera affaibli ou inversĂ© par la prĂ©dominance de Tp EV et de E > V, mais renforcĂ© par la prĂ©dominance de Tp VE et de V > E.
La formulation de ces processus suffĂźt Ă en dĂ©montrer lâexactitude
(14) {Tp H [V] B [E] + Tp E [B] V [H]} (Ph â ou â)
oĂč Ph et lâerreur sur H et oĂč n signifie « tend vers ».
(14 bis) {Tp H [V] B [B] + Tp V [H] E [B]}â (Ph â + Pâh > Ph)
(15) {Tp B [E] H [V] + Tp E [B] V [H]} â (âPh â âPâh) oĂč Pâ > P
(15 bis) {Tp B [E] H [V] + Tp V [H] E [B]} â (âPh â 0 ou +)
(16) {Tp H [E] B [V] + Tp E [H] V [B]} â (Ph â Pâh > Ph)
(16Â bis) {Tp H [E] B [V]Â +Â Tp V [B] E [H]} â (Ph â0 ou-)
(17) {Tp B [V] H [E]Â +Â Tp E [H] V [B]} â (âPh â 0 ou +)
(17 bis) {Tp B [V] H [E] + Tp V [B] E [H]} â (âPh â Pâh) oĂč Pâ > P
Or, chacune de ces huit actions est elle-mĂȘme renforcĂ©e ou affaiblie par lâerreur de lâĂ©talon E â¶Â V qui existe dĂ©jĂ en comparaisons libres mais est, il va de soi, sensiblement plus forte en comparaisons dirigĂ©es puisque celles-ci consistent prĂ©cisĂ©ment Ă diffĂ©rencier le rĂŽle respectif de lâĂ©talon et de la variable. Dâautre part, la relation E > V nâentraĂźne pas nĂ©cessairement Tp EV > Tp VE car le sujet peut Ă la fois centrer lâĂ©talon (donc le surestimer) et transporter de prĂ©fĂ©rence la variable sur lui (ce qui attĂ©nuera ou renversera lâerreur). On est donc obligĂ© de prĂ©voir en plus des relations (14) Ă (17 bis) les relations suivantes que nous nâĂ©crivons pas au complet et qui triplent le nombre des combinaisons :
(18) {Tp H [V] B [E]}Â +Â E [B] > V [H]} â (Ph â 0 ou â)
{Tp H [V] B [E]}Â +Â V [H] > E [B]} â (Ph â Pâh > Ph)
⊠etc.
(19) {Tp E [B] V [H]}Â +Â {E [B] V [H]} â Ph â Pâh > Ph)
{Tp E [B] V [H]}Â +Â V [H] > E [B]} â (Ph â 0 ou â)
⊠etc.
On se trouve donc ainsi en prĂ©sence de 24 combinaisons deux Ă deux dont 12 entraĂźnent un renforcement de lâerreur de surestimation de lâĂ©lĂ©ment supĂ©rieur H et dont 12 tendent Ă annuler ou Ă inverser cette erreur, dans lâhypothĂšse oĂč le transport agrandit toujours en apparence lâĂ©lĂ©ment sur lequel il porte et conduit donc Ă sous-estimer celui vers lequel il est dirigĂ©. Mais nous ne savons rien de la valeur quantitative de cet agrandissement, donc des inĂ©galitĂ©s en jeu, ni de la valeur relative des erreurs propres aux trois facteurs en jeu.
Cela dit, on comprend donc comment lâinterfĂ©rence des trois facteurs Tp HB â¶Â Tp BH, Tp EV â¶Â Tp VE et E â¶Â V peut modifier le premier tantĂŽt en lâaffaiblissant jusquâĂ inverser lâinĂ©galitĂ© en jeu, tantĂŽt en le renforçant.
Mais le problĂšme est dâexpliquer pourquoi le rĂ©sultat du brassage sâoriente en moyennes gĂ©nĂ©rales vers le seul affaiblissement, et mĂȘme, de 6 Ă 8 ans, vers une inversion Ă peu prĂšs complĂšte de la surestimation observĂ©e en comparaisons libres.
1. Notons dâabord que ces affaiblissements ou inversions nâont Ă©tĂ© observĂ©s en fait quâen moyennes gĂ©nĂ©rales. Les moyennes partielles donnent au contraire parfois des renforcements de la surestimation : par exemple chez lâadulte lâerreur Ă la distance C est de +2,70 et +2,28 contre 0 et +0,10 en comparaisons libres et Ă 5-6 ans elle est de +1,25 et de +0,61 pour les distances A et B (Ă©talon bas) contre â0,79 et +0,28 Ă 5-8 ans en comparaisons libres. Certes ces renforcements de lâerreur restent lâexception et il sâagit de comprendre pourquoi ; mais ils existent et il convenait de le noter pour vĂ©rifier les prop. (14 Ă 19).
2. Une premiĂšre raison pour laquelle les renforcements et les affaiblissements des erreurs ne se balancent pas exactement est lâinconstance des rĂ©actions des sujets. Il nâexiste, en effet, sans doute aucun sujet, dans la rĂ©alitĂ©, qui prĂ©sente toujours la rĂ©action Tp HB > Tp BH et selon une valeur constante, accompagnĂ©e toujours de la rĂ©action Tp EV > Tp VE selon une valeur constante ou toujours de la rĂ©action inverse, ainsi que de la rĂ©action E > V selon une valeur constante ou de son inverse. Or câest seulement dans le cas de ces rĂ©actions permanentes que lâintroduction des facteurs Tp E ou V et E â¶Â V ne modifierait pas lâerreur initiale due aux Tp H ou B. Dans la rĂ©alitĂ©, au contraire, chacun des trois facteurs varie sans cesse de sens et de valeur selon les situations, les distances, la rĂ©pĂ©tition des expĂ©riences, etc., et ces variations aboutissent Ă un brassage beaucoup plus complet que selon les 24 combinaisons dont nous nous contentons pour simplifier.
3. Or ce brassage tend en moyenne Ă lâaffaiblissement et non pas au renforcement des surestimations de H pour une raison de probabilitĂ© facile Ă comprendre. Si une erreur telle +1,18 chez lâadulte en comparaisons libres rĂ©sulte rĂ©ellement de la prĂ©dominance Tp HB > Tp BH, ce mode prĂ©fĂ©rentiel de transport ne peut correspondre quâĂ un certain % des Tp HB par rapport aux mouvements de bas en haut ou de haut en bas du regard : supposons par exemple le 75 % pour +1,18. Or, il serait absurde dâadmettre que le renforcement de cette erreur, sous lâinfluence des Tp E ou V ou de E V puisse conduire jusquâau 100 % de Tp HB : plus le pourcentage des Tp HB par rapport Ă celui des Tp BH est Ă©levĂ©, moins il est probable quâil puisse sâĂ©lever encore. Au contraire, lâaffaiblissement de lâerreur sâoriente dans la direction la plus probable : celle du 50 % de Tp HB et du 50 % de Tp BH qui correspondrait Ă lâerreur nulle. Il est donc clair que le brassage des influences devenues plus nombreuses en comparaisons dirigĂ©es Ă©voluera dans la direction du nivellement (dans la direction dâun accroissement dâentropie au sens du logarithme de la probabilitĂ©) et non pas dans celle du renforcement des erreurs initiales dues Ă Tp HB > Tp BH ni mĂȘme du statu quo.
Or câest bien ce que nous observons chez lâadulte et chez lâenfant de 5-6 ans : chez eux lâaffaiblissement des erreurs en comparaisons dirigĂ©es peut ĂȘtre simplement attribuĂ© au brassage des influences combinĂ©es entre elles de toutes les maniĂšres (Ă©tant donnĂ©e lâinconstance des sujets : tableau 8) et selon les valeurs les plus probables.
4. Mais ceci nâexplique pas la prĂ©dominance des sous-estimations Ă 5-6 ans dĂ©jĂ (distance C Ă©talon bas et A Ă©talon haut) et Ă 6-8 ans en gĂ©nĂ©ral, ni surtout le fait que la moyenne gĂ©nĂ©rale de lâerreur systĂ©matique pour tous les enfants en comparaison dirigĂ©e est de â0,82, câest-Ă -dire presque plus forte en nĂ©gatif que lâerreur de +0,75 en comparaisons libres. Des moyennes nĂ©gatives partielles apparaissent dâailleurs aussi chez lâadulte (pour la distance A Ă©talon bas et les distances B et C Ă©talon haut), et chez lâenfant de 6-8 ans, elles sont plus fortes avec Ă©talon bas quâavec Ă©talon haut.
Or, pour expliquer ces inversions, il suffit de faire appel Ă deux considĂ©rations rĂ©unies : le fait que chez lâenfant (et ce peut ĂȘtre le cas aussi de certains adultes) les facteurs relatifs Ă Â E et Ă Â V sont plus agissants que ceux relatifs Ă Â H et Ă Â B (voir sous III), et le fait que les habitudes entraĂźnant la prĂ©fĂ©rence Tp HB > Tp BH sont moins stables que chez lâadulte et peuvent ĂȘtre inversĂ©es pour les raisons que nous allons voir.
Le premier de ces deux faits agira dans le sens de lâaffaiblissement (allant dans certains cas jusquâĂ lâinversion) des surestimations et non pas de leur renforcement pour les raisons probabilistes exposĂ©es sous (3).
Quant Ă la seconde considĂ©ration, elle prĂ©sente la signification suivante. Si vraiment la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs du champ ne rĂ©sulte pas dâune asymĂ©trie statique et permanente de ce champ, mais en partie dâune simple prĂ©pondĂ©rance prĂ©fĂ©rentielle des Tp HB sur les Tp BH, due au caractĂšre moins ordinaire et plus malaisĂ© des comparaisons verticales eu Ă©gard aux comparaisons horizontales, alors cette prĂ©fĂ©rence Tp HB > Tp BH nâest que le rĂ©sultat dâune habitude encore trĂšs instable chez lâenfant et un peu plus stable chez lâadulte. Si la comparaison verticale Ă©tait trĂšs employĂ©e et trĂšs frĂ©quente, les deux transports Tp HB et Tp BH devraient sâĂ©quilibrer comme les transports de gauche Ă droite et de droite Ă gauche en comparaison horizontale. Sâils ne le font pas, ce peut ĂȘtre parce que lâun des deux mouvements de bas en haut ou de haut en bas est un peu plus facile que lâautre, et parce que le sujet sâaccoutume Ă ce mode de transport plus quâĂ lâautre, faute dâun usage assez frĂ©quent de la comparaison verticale. Si telle est la situation, il est alors normal que les habitudes adultes, quoique peu stables, soient un peu moins instables que les schĂšmes enfantins et rĂ©sistent davantage aux conditions nouvelles en comparaisons dirigĂ©es. Dans le cas de lâenfant, au contraire, la situation nouvelle créée par lâobligation de porter le jugement sur la variable et par celle de comparer sans cesse une variable Ă un Ă©lĂ©ment constant, suffirait Ă renverser le rapport usuel mais peu stable Tp HB > Tp BH en vertu mĂȘme des exigences de la comparaison et de lâeffort pour mettre toutes les chances du bon cĂŽté : se contentant dâun jugement plus sommaire en comparaison libre et reportant surtout H sur B, il pousserait plus loin lâanalyse, en cas de jugement obligĂ© sur la variable, et complĂ©terait ses mouvements du regard par des transports de B sur H jusquâĂ faire momentanĂ©ment prĂ©dominer ceux-ci 19. En bref, tandis que lâadulte, dĂ©jĂ plus ancrĂ© dans ses habitudes, ne les modifierait que peu en comparaison dirigĂ©e, lâenfant dont les comparaisons sont plus polymorphes (tabl. 8) donc moins organisĂ©es selon des schĂšmes usuels, sâefforcerait dâutiliser tous les mouvements de comparaison, ce qui aurait pour rĂ©sultat de faire prĂ©dominer les moins automatisĂ©s et de renverser lâerreur.
Il est intĂ©ressant, Ă cet Ă©gard, de comparer les rĂ©actions des enfants Ă celles des adultes du point de vue des frĂ©quences selon la distance. En comparaisons dirigĂ©es, lâadulte commence par inverser les frĂ©quences habituelles Ă la distance A (11+ ; 19â et 6=), tandis quâil revient Ă la prĂ©fĂ©rence usuelle Ă la distance C (22+,13â et 1=). Les enfants (de 5-8 ans ensemble) renversent au contraire de plus en plus les proportions (19+, 29â et 16= pour la distance A et 17+, 40â et 7= pour la distance C).
Un autre fait significatif est que, en comparaisons dirigĂ©es, les erreurs de lâadulte croissent bien davantage avec la distance que celles de lâenfant, alors que ce nâest pas le cas (du moins entre les distances B et C) en comparaisons libres. En effet, si lâon prend les moyennes, dans le tableau 1, des accroissements de lâerreur avec la distance (dans le sens â comme dans le sens +), on trouve ce qui suit :
| 5-8 ans | Adultes | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|
| Ătal. bas | haut | Moy. | Ătal. bas | haut | Moy. | |
| Diff. AB | 0,64 | 0,57 | 0,61 | 1,18 | 0,28 | 0,73 |
| Diff. BC | 2,18 | 0,53 | 1,35 | 2,14 | 2,70 | 2,42 |
| Diff. AC | 2,82 | 1,10 | 1,96 | 3,32 | 2,98 | 3,15 |
Or, il est clair que, dans la mesure oĂč, chez lâadulte, les habitudes liĂ©es aux transports Tp HB â¶Â Tp BH sont plus fortes, il y aura plus de prĂ©pondĂ©rance de ce facteur sur les facteurs Tp EV â¶Â Tp VE et E â¶Â V, dâoĂč un grand accroissement des erreurs avec la distance. Dans la mesure, au contraire, oĂč les habitudes de lâenfant liĂ©es aux transports de H et de B sont moins fortes, et oĂč les facteurs E et V lâemportent sur ces facteurs H et B, il y aura moins de prĂ©pondĂ©rance de ceux-ci : les transports seront donc plus indĂ©pendants Ă lâĂ©gard de la verticale et marqueront un moindre accroissement des erreurs avec la distance. On ne voit pas sans cela pourquoi lâaccroissement des erreurs avec la distance serait moins forte chez lâenfant, puisquâon comparaisons horizontales lâenfant ne prĂ©sente aucun privilĂšge Ă cet Ă©gard.
Mais le fait de beaucoup le plus instructif quant Ă lâadaptation des sujets au dispositif des comparaisons dirigĂ©es est la distribution des variations moyennes (intervariations). Celles-ci diminuent avec lâĂąge (2,69 ou 2,38 Ă 1,95) en comparaisons non dirigĂ©es, comme il est naturel si lâerreur est due Ă des habitudes de comparaison devenant plus gĂ©nĂ©rales avec le temps ou du moins sâimposant de plus en plus Ă une majoritĂ© de sujets dâune maniĂšre analogue. En comparaisons dirigĂ©es, au contraire, on assiste Ă ce phĂ©nomĂšne curieux que la variation moyenne augmente rĂ©guliĂšrement avec lâĂąge (de 2,01 Ă 3,76 en passant par 2,48 et 2,91). Cela revient donc Ă dire que, sous lâinfluence des jugements obligĂ©s sur la variable et des comparaisons avec un Ă©talon fixe, les variations entre les individus deviennent de plus en plus grandes. Or, ce fait est dâautant plus frappant que lâerreur entre 6 et 8 ans est plus forte en nĂ©gatif (â1,92 et â0,68) que lâerreur adulte finale (+0,63), seule lâerreur de 5-6 ans Ă©tant trĂšs faible (+0,14). Il sâexplique par contre aisĂ©ment si lâerreur de surestimation est due Ă des habitudes de transport devenant plus stables (ou moins instables avec lâĂąge) : en ce cas la situation nouvelle créée par les comparaisons dirigĂ©es produit le brassage des influences dont nous parlions plus haut et augmente la variation moyenne. Au contraire, dans la mesure oĂč les habitudes de transport sont moins stables, câest-Ă -dire chez les petits, la situation nouvelle constituĂ©e par les comparaisons dirigĂ©es provoque moins de conflits mais simplement une modification ou un renversement des formes usuelles de transports. Il en rĂ©sulte que, chez les petits, les facteurs Tp EV â¶Â Tp VE primant les facteurs Tp HB â¶Â Tp BH, les luttes dâinfluences entre facteurs sont moins grandes et la variation moyenne plus faible, tandis que chez les adultes, les habitudes relatives aux transports Tp HB â¶Â Tp BH demeurant plus rĂ©sistantes, les conflits sont plus grands avec les facteurs Tp E ou V et E â¶Â V et la variation moyenne plus forte.
Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, si lâerreur de surestimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la moitiĂ© supĂ©rieure du champ est due en partie Ă une certaine dominance habituelle dans le jeu des transports possibles, la nouvelle polarisation EV qui introduit la comparaison dirigĂ©e ne fait quâattĂ©nuer cette dominance chez lâadulte parce que cette derniĂšre correspond alors Ă des schĂšmes sensori-moteurs relativement automatisĂ©s. Chez lâenfant tout se passe au contraire comme si la dominance Ă©tait renversĂ©e parce que ne correspondant quâĂ une organisation encore moins stable et parce que lâadaptation aux jugements polarisĂ©s selon E et V aboutit Ă renforcer les modes de transports les moins frĂ©quents et par consĂ©quent Ă inverser lâerreur.
VI. LâĂ©volution des erreurs avec lâĂągeđ
Le fait fondamental qui domine toute la question de la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs du champ aux grandes distances est que cette surestimation augmente avec lâĂąge. Ă supposer que le transport accroisse en apparence les dimensions de lâĂ©lĂ©ment sur lequel il porte, cette Ă©volution de la surestimation avec lâĂąge pourrait donc se formuler comme suit :
(20) (ÎŁ Tp HB â Σ Tp BH) Enf. < (ÎŁ Tp HB â Σ Tp BH) Ad.
câest-Ă -dire que lâaugmentation de lâerreur avec le dĂ©veloppement serait dĂ» Ă un excĂšs progressif des transports verticaux dans un sens sur les transports dans lâautre sens. Une erreur dont la valeur sâaccroĂźt avec lâĂąge ne saurait, en effet, quand elle ne tient pas Ă une simple action de vieillissement organique comme les diminutions de lâacuitĂ© sensorielle (ou la sclĂ©rose du cristallin, etc.), que constituer une erreur acquise, câest-Ă -dire le produit dâhabitudes sâorganisant graduellement sous la double influence de facteurs internes et de lâexpĂ©rience.
Il reste Ă nous demander quels peuvent ĂȘtre les facteurs de cette Ă©volution des habitudes propres Ă la comparaison verticale. Nous avons admis jusquâici que celle-ci Ă©tait en moyenne constamment plus difficile et moins usuelle que la comparaison des hauteurs ou des longueurs selon des mouvements horizontaux du regard. Il en rĂ©sulte alors une polarisation des habitudes de comparaison avec prĂ©dominance des transports Tp HB ou Tp BH et ce serait cette polarisation, augmentant au fur et Ă mesure de la consolidation des habitudes avec lâĂąge, qui expliquerait le lĂ©ger accroissement de lâerreur dans le cas des distances considĂ©rĂ©es dans cette Recherche.
Mais il est probable quâun second facteur vient sâajouter Ă ce dernier. Ă comparer les prĂ©sents faits aux cas analogues dâaugmentation de lâerreur avec lâĂąge (comparaisons projectives, Rech. XII et XXIX ; comparaison des droites verticales et inclinĂ©es, Rech. IX ; comparaison des obliques se prolongeant lâune lâautre, Rech. XXX, tableaux 5 et 6 ; etc.), on constate en toutes ces rĂ©actions lâintervention dâun facteur de structuration du champ perceptif selon les axes de rĂ©fĂ©rence horizontaux et verticaux : ce serait alors cette structuration qui, en progressant avec lâĂąge, entraĂźnerait par contrecoup une hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© graduelle entre les comparaisons horizontales et les comparaisons verticales et expliquerait ainsi en partie la difficultĂ© croissante de celles-ci. En dâautres termes, tandis que le petit enfant effectuerait plus facilement ses comparaisons selon nâimporte quelle direction, faute de structuration de son espace perceptif, les progrĂšs de celle-ci provoqueraient par choc en retour, une diffĂ©rence de plus en plus marquĂ©e entre les comparaisons verticales et horizontales. Ce second facteur renforcerait donc ou expliquerait mĂȘme la polarisation des habitudes dont il a Ă©tĂ© question Ă lâinstant et quâexprime la prop. (20).