Les comparaisons verticales Ă  intervalles croissants (1956) a

La prĂ©sente Recherche a Ă©tĂ© poursuivie et terminĂ©e bien avant la prĂ©cĂ©dente. Le but en Ă©tait de confronter les rĂ©sultats de la Rech. II (comparaison horizontale entre tiges prĂ©sentĂ©es verticalement dans le plan fronto-parallĂšle) avec ceux d’une comparaison verticale effectuĂ©e dans des conditions analogues. Mais ces comparaisons verticales Ă  distances s’étant rĂ©vĂ©lĂ©es assez diffĂ©rentes de ce que l’on aurait pu attendre en partant des hypothĂšses courantes (surestimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ interprĂ©tĂ©e comme rĂ©sultant d’une anisotropie de ce champ), nous avons jugĂ© utile de complĂ©ter cette analyse par une Ă©tude des comparaisons verticales Ă  faible intervalle (Rech. XXX). C’est pourquoi nous avons attendu l’achĂšvement de cette derniĂšre Recherche pour publier ces pages, les rĂ©sultats des deux Rech. XXX et XXXI se conciliant maintenant de façon satisfaisante malgrĂ© leurs oppositions apparentes.

I. Technique et résultats

§ 1. La technique

La technique adoptĂ©e reproduit aussi prĂšs que possible, mais amĂ©liorĂ©e, celle de la Rech. II. Par contre, il s’agit de comparer les hauteurs dans l’axe vertical du plan fronto-parallĂšle et non plus dans l’axe horizontal.

Dispositif

Les hauteurs Ă  comparer sont celles de tiges de mĂ©tal noirci mat, de 2 mm de diamĂštre, enchĂąssĂ©es dans une hase conique de 24 mm de diamĂštre et 10 mm de hauteur, de maniĂšre que le bas de la tige puisse ĂȘtre aperçu mĂȘme dans la partie supĂ©rieure du champ. Les tiges sont Ă  comparer par couples, l’une Ă©tant situĂ©e au-dessus et l’autre au-dessous de la position naturelle du regard de l’observateur (assis, tĂȘte droite, ligne du regard horizontale) et rĂ©glĂ©e une fois pour toutes Ă  hauteur du plan mĂ©dian horizontal de comparaison, hauteur d’environ 100 cm au-dessus du sol 1. Trois distances verticales ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es : A = 20 cm 2, B = 80 cm et C = 180 cm, ces distances Ă©tant mesurĂ©es de base Ă  base des tiges. La grandeur moyenne des tiges est de 100 mm.

Le fond du champ de comparaison est un panneau de bois vertical recouvert de papier Ă  dessin, mat, trĂšs uniforme et de couleur « Java » (jaunĂątre). Il a 150 cm de largeur et 200 cm de hauteur et se trouve dressĂ© devant une paroi de mĂȘme teinte qui complĂšte le champ en hauteur. Par le bas il repose sur un socle auxiliaire de 10 cm de hauteur, Ă  mĂȘme le sol, de mĂȘme largeur que le panneau et de 75 cm de profondeur. De mĂȘme teinte, ce socle Ă©quilibre le champ de comparaison en particulier pour la position la plus basse des tiges. Ce dispositif, placĂ© dans une grande chambre, reçoit un Ă©clairement artificiel par un jeu de projecteurs et d’écrans diffuseurs placĂ©s latĂ©ralement et en arriĂšre de l’observateur. L’éclairement est rendu aussi uniforme que possible ; il atteint 100 lux, sauf pour la rĂ©gion la plus infĂ©rieure qui n’en reçoit que 80 environ.

L’observateur se trouve Ă  une distance de 1,50 m du champ, ce qui correspond Ă  un angle de regard d’environ 7, 30 et 60 degrĂ©s pour les distances A, B et C. Sa tĂȘte n’est pas immobilisĂ©e.

Chaque tige de comparaison est placĂ©e au centre d’une barre en laiton, transversale et amovible, de 155 cm, qui repose sur deux supports Ă  chacune de ses extrĂ©mitĂ©s. Son profil Ă©querre, de 25 × 10 mm, malgrĂ© son Ă©paisseur choisie minimum (0,5 mm), lui assure la rigiditĂ© voulue. Elle est recouverte d’une teinte mate de la couleur du fond. AppliquĂ©e contre celui-ci par son aile de 10 mm, sa saillie de 25 mm Ă©met, suivant sa position, une trĂšs lĂ©gĂšre ombre portĂ©e qui, toutefois, ne semble pas avoir incommodĂ© les sujets. Les tiges elles-mĂȘmes ne portent aucune ombre visible bien qu’elles soient Ă  moins de 15 mm du fond. Pour autant que nous avons pu nous en rendre compte, ce sont bien les tiges qui sont comparĂ©es entre elles et non avec quelque repĂšre que beaucoup de soins auraient cependant laissĂ© subsister. L’intervalle vertical, entre le sommet de la tige infĂ©rieure et la barre ou la base de la tige supĂ©rieure, notamment dans la situation A, ne semble non plus avoir servi de rĂ©fĂ©rence, comme on pouvait le craindre. Il en a Ă©tĂ© de mĂȘme pour la base conique des tiges, de mĂȘme teinte que le fond.

Procédé et méthodes

Deux méthodes de jugement sont utilisées, chacune avec un groupe différent de sujets (Exp. I et II). Avant de les décrire dans ce qui les distingue, voici ce qui leur est commun.

La tige Ă©talon est de 100 mm. La sĂ©rie de variables est assez Ă©tendue pour couvrir largement tous les cas possibles sans crĂ©er d’effet de troncature. Pratiquement on n’a besoin qu’exceptionnellement d’une tige plus petite que 80 mm ou plus grande que 120 mm. L’échelon a Ă©tĂ© choisi, aprĂšs sondage, de 2,5 mm, ce qui permet une dĂ©termination Ă  1,25 mm prĂšs pour les limites du seuil et Ă  0,62 mm pour l’erreur systĂ©matique. Toutes les tiges sont ajustĂ©es au dixiĂšme de millimĂštre prĂšs dans leur longueur, bien rectilignes et vĂ©rifiĂ©es quant Ă  leur perpendicularitĂ© par rapport Ă  leur base homogĂšne afin que rien ne permette de les identifier. Pour la commoditĂ© de leur choix clinique et leur manipulation elles sont chiffrĂ©es sous la base et enfilĂ©es par ordre de grandeur, sommet en bas, dans des trous percĂ©s dans le couvercle d’une caissette.

AprĂšs avoir placĂ© les deux barres de support Ă  l’une des trois distances Ă©tudiĂ©es, on place les deux tiges Ă  comparer l’une au-dessus de l’autre dans l’axe mĂ©dian du champ. La comparaison faite, on Ă©change la variable contre une autre et ainsi de suite jusqu’à ce que la mesure des limites du seuil soit achevĂ©e avec un degrĂ© de sĂ©curitĂ© suffisant.

Les variables ne se succĂšdent pas dans un ordre toujours identique, mais d’aprĂšs la mĂ©thode concentrique clinique dĂ©jĂ  utilisĂ©e dans de prĂ©cĂ©dentes Recherches 3 : la grandeur des variables, leur ordre et leur nombre de prĂ©sentations sont variables d’un observateur Ă  l’autre tout en Ă©tant en gĂ©nĂ©ral irrĂ©guliers pour un mĂȘme observateur. Ce choix se prĂ©cise, bien entendu, au fur et Ă  mesure que les jugements s’accumulent pour une mĂȘme situation. Il doit Ă©viter autant que possible des effets successifs de contraste ou d’assimilation. Cette mĂ©thode, rapide, exige par contre de l’expĂ©rimentateur un contrĂŽle constant de la marche de la dĂ©termination, celle-ci Ă©tant comme une exploration dont le but final est la mesure, avec un minimum de jugements, des limites infĂ©rieure et supĂ©rieure de la zone d’égalitĂ©. Pour guider l’expĂ©rimentateur dans son choix des variables, les jugements sont inscrits dans un tableau, au fur et Ă  mesure, dont les colonnes correspondent Ă  la sĂ©rie de variables Ă  disposition et dont les lignes superposĂ©es sont utilisĂ©es pour pouvoir y noter l’ordre chronologique de prĂ©sentation pour chaque prĂ©sentation et l’ordre de succession des diverses situations Ă©tudiĂ©es (distance, position de l’étalon). Un certain savoir et une part d’entraĂźnement sont nĂ©cessaires pour que n’échappe pas la mesure dĂ©sirĂ©e ni le contrĂŽle de rĂ©ponses aberrantes.

Une dĂ©termination achevĂ©e on passe Ă  la suivante, en dĂ©plaçant les barres de support si c’est Ă  une nouvelle distance. Un certain ordre chronologique des trois distances Ă©tudiĂ©es a Ă©tĂ© adoptĂ© et est restĂ© le mĂȘme dans les expĂ©riences I et II : 80, 20 et 180 cm. Les autres conditions varient suivant le genre de jugement demandĂ© Ă  l’observateur et la connaissance ou non qu’il a de la position de l’étalon. C’est ce qui va ĂȘtre prĂ©cisĂ©.

Méthode du jugement dirigé. Expérience I B et I H

C’est la technique I de la Rech. II. Pour chaque distance Ă©tudiĂ©e l’étalon E reste en place, soit en bas (B), soit en haut (H) du champ de comparaison. L’expĂ©rimentateur dĂ©signe alors la variable V (situĂ©e en position inverse) en posant la question : « Cette tige est-elle plus grande, plus petite ou Ă©gale (pareille ou la mĂȘme chose grande pour les enfants) Ă  celle-ci ? » (en montrant la variable). Le jugement doit donc toujours porter sur la variable ; on le fait redresser si on s’aperçoit qu’il a dĂ» porter sur l’étalon. Comme contrĂŽle on pose la question : « Laquelle est la plus grande des deux ? » Mais en gĂ©nĂ©ral il se crĂ©e rapidement chez l’observateur une attitude dirigĂ©e sur la variable, surtout du fait que celle-ci est toujours prĂ©sentĂ©e dans la mĂȘme position. Une tendance peut alors se dĂ©clencher Ă  comparer entre elles les deux variables de deux couples successifs d’élĂ©ments au lieu de comparer les deux Ă©lĂ©ments d’un mĂȘme couple (Ă©talon et variable). L’observation du regard et de la tĂȘte qui l’accompagne permet un certain contrĂŽle que les fixations requises ont bien Ă©tĂ© effectuĂ©es.

Deux positions de l’étalon sont Ă©tudiĂ©es pour chaque distance : Ă©talon bas (EB), situĂ© en-dessous de la variable (VH) et la situation inverse, (EH − VB), le jugement portant toujours sur la variable, quel que soit son emplacement. Mais l’expĂ©rimentateur s’aperçoit rapidement que lors du passage de la comparaison EB Ă  celle EH, inverse, les rĂ©sultats d’un mĂȘme sujet ne sont pas en accord entre eux immĂ©diatement ni systĂ©matiquement, mĂȘme chez l’adulte, et qu’il est nĂ©cessaire de rappeler la consigne de porter le jugement sur la variable, etc. Il semble qu’on le doive, du moins en partie, Ă  l’attitude dirigĂ©e, de formation assez rapide — mais pouvant persister ensuite — dont il vient d’ĂȘtre parlé 4. C’est pour Ă©viter de continuels redressements que l’ordre chronologique suivant a Ă©tĂ© adopté : EB 80, 20 et 180 cm, EH, 80, 20 et 180 cm, qui ne nĂ©cessite qu’un seul changement d’attitude. Comme celle-ci peut donc ĂȘtre renforcĂ©e par de multiples comparaisons faites dans la mĂȘme situation des Ă©lĂ©ments du couple, on prend la prĂ©caution supplĂ©mentaire d’introduire un intervalle de temps entre les deux types d’expĂ©riences, pendant lequel le sujet est occupĂ© Ă  des activitĂ©s trĂšs diffĂ©rentes. Enfin, chaque groupe d’ñge a Ă©tĂ© partagĂ© par moitiĂ©, un sous-groupe commençant par E B, l’autre par E H, l’ordre des distances restant le mĂȘme.

MalgrĂ© ces prĂ©cautions, on ne peut espĂ©rer supprimer ou compenser complĂštement les effets d’ordre chronologique, de mĂȘme qu’il est difficile d’éliminer toute prĂ©fĂ©rence des sujets pour l’une des directions de comparaison bas-haut ou haut-bas.

Un des avantages de la mĂ©thode du jugement non dirigĂ©, que nous allons maintenant examiner, est d’offrir une solution plus satisfaisante de ce problĂšme d’ordre chronologique.

DeuxiĂšme procĂ©dĂ©. MĂ©thode du jugement non dirigĂ©. (Suppression de la connaissance de l’étalon par le sujet 5.) — Au lieu de faire porter le jugement sur la variable, l’étalon restant constamment dans une position immuable, fixĂ©e d’avance, on peut, dans les mĂȘmes conditions, faire porter le jugement sur l’étalon. Mais si on veut rĂ©duire le plus possible l’erreur dite « de l’étalon », qui rĂ©sulte de l’un ou de l’autre de ces deux procĂ©dĂ©s, il faut rendre Ă©quivalents les deux termes du couple Ă  comparer, c’est Ă -dire qu’aucun des deux termes ne soit dĂ©signĂ© par l’expĂ©rimentateur (ou ne soit choisi de prĂ©fĂ©rence par l’observateur) comme Ă©tant constamment l’étalon. Pour cela on rend amovible l’étalon aussi bien que la variable, et on s’arrange pour le rendre indiscernable par quelque aspect ou quelque situation privilĂ©giĂ©e. En particulier on variera sa position irrĂ©guliĂšrement (en haut et en bas dans les comparaisons verticales) sans que l’observateur s’en aperçoive. À la diffĂ©rence de la mĂ©thode du jugement dirigĂ©, on accompagne nĂ©cessairement cette prĂ©sentation de la question : « Lequel de ces deux objets est le plus grand ou sont-ils de la mĂȘme grandeur ou pareils ? etc. » Le jugement de l’observateur est donc en principe non dirigĂ© et portera indiffĂ©remment, sur l’un ou l’autre des Ă©lĂ©ments du couple. Seul l’expĂ©rimentateur saura si ce jugement a portĂ© sur la variable ou sur l’étalon. On peut aussi poser la question en demandant quel est le plus petit, etc., des deux objets. Par contre, il semble prĂ©fĂ©rable de ne pas alterner, mĂȘme irrĂ©guliĂšrement les deux termes dans l’intention d’équilibrer encore davantage la situation : on risquerait de n’ĂȘtre pas entendu et d’ĂȘtre moins maĂźtre d’une situation dĂ©jĂ  complexe, comme on le verra plus loin.

Dans les comparaisons verticales Ă©tudiĂ©es ici, cette mĂ©thode consistera donc, pour l’expĂ©rimentateur, Ă  placer l’étalon soit en haut, soit en bas du champ, et rĂ©ciproquement pour la variable, d’une façon irrĂ©guliĂšre. Les variables sont choisies successivement d’aprĂšs la mĂ©thode concentrique clinique et en se guidant d’aprĂšs le tableau des jugements, prĂ©cĂ©demment dĂ©crit. Mais la particularitĂ© est qu’ici la notation des rĂ©ponses se fait concurremment sur deux lignes suivant que l’étalon se trouve en bas ou en haut, mais en ayant soin, bien entendu, d’inverser les jugements (plus grand ou plus petit) quand ils sont portĂ©s sur l’étalon, donc comme s’ils avaient Ă©tĂ© portĂ©s sur la variable. La dĂ©termination se poursuit simultanĂ©ment pour les deux positions de l’étalon et conduit finalement Ă  la mesure de l’erreur systĂ©matique et de l’étendue d’égalitĂ© pour chacune d’elles. — Il faut encore noter que les deux objets ne pouvant ĂȘtre placĂ©s simultanĂ©ment, doivent l’ĂȘtre dans un ordre irrĂ©gulier et non pas, par exemple, toujours l’étalon en premier et la variable en second, ou toujours le premier en bas et le second en haut du champ, parce que cette rĂ©gularitĂ© tend Ă  dĂ©clencher chez certains observateurs la tendance Ă  prendre comme rĂ©fĂ©rence le premier objet que l’expĂ©rimentateur met en place, c’est-Ă -dire comme Ă©talon. L’expĂ©rimentateur s’efforce d’ailleurs de contrecarrer toute tendance systĂ©matique qui se manifesterait malgrĂ© les prĂ©cautions indiquĂ©es. De ce dernier point de vue un procĂ©dĂ© plus rigoureux consisterait Ă  intercaler un Ă©cran entre l’observateur et le champ de comparaison pendant que se fait la mise en place.

La description ci-dessus montre que, dans cette mĂ©thode, les manipulations sont plus laborieuses (en particulier en raison des distances verticales Ă©tudiĂ©es) mais exigent des soins encore plus constants qu’avec la mĂ©thode du jugement dirigĂ©. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles la prĂ©sente mĂ©thode ne semble pas avoir Ă©tĂ© dĂ©crite et ĂȘtre rarement utilisĂ©e dans le dĂ©tail, du moins Ă  notre connaissance, pour des conditions spatiales similaires. Il est vrai que pour qu’on y recoure, il faut avoir supposĂ© l’existence d’une erreur, par exemple celle de l’étalon, vouloir chercher Ă  l’éliminer et si possible la mesurer quand elle paraĂźt consĂ©quente et/ou variable d’un Ăąge Ă  l’autre. C’est ce qui s’est prĂ©sentĂ© dans cette Recherche bien qu’on pĂ»t escompter qu’une telle erreur serait minime par rapport Ă  la surestimation classique de la moitiĂ© supĂ©rieure par rapport Ă  la moitiĂ© infĂ©rieure du champ.

MalgrĂ© les prĂ©cautions dĂ©crites qui ont pour but essentiel d’équilibrer les comparaisons afin de ne pas renforcer une certaine centration ou direction aux dĂ©pens d’autres, il n’est pas exclu que certains observateurs, indĂ©pendamment de la tendance Ă  se rĂ©fĂ©rer Ă  l’objet premier, dĂ©jĂ  signalĂ©e, marquent une prĂ©fĂ©rence pour l’une des deux directions de comparaisons (bas-haut ou haut-bas), ou tendent Ă  prendre comme rĂ©fĂ©rence l’objet se trouvant dans l’une des positions plutĂŽt que l’autre ou encore celui qui, dans une premiĂšre exploration, est considĂ©rĂ© comme plus grand (ou plus petit), et cela sans que l’on puisse s’en apercevoir aisĂ©ment.

PrĂ©cisons un point d’importance. Alors que l’ordre chronologique de prise des distances reste le mĂȘme (B, A, C) pour le jugement dirigĂ©, il n’y a pas d’ordre chronologique « étalon en bas — étalon en haut » dans la mĂ©thode du jugement non dirigĂ© puisque les mesures sont faites nĂ©cessairement simultanĂ©ment, la position de l’étalon qui sert de rĂ©fĂ©rence pour la mesure Ă©tant irrĂ©guliĂšrement variĂ©e de couple Ă  couple, comme dĂ©jĂ  indiquĂ©. Il n’est donc pas nĂ©cessaire d’établir des sous-groupes de sujets.

Enfin, on ne saurait empĂȘcher complĂštement que, avec l’une des mĂ©thodes comme avec l’autre, la comparaison soit faite autrement que demandĂ©e, mĂȘme si l’observateur semble rĂ©pondre dans le sens demandĂ©. Par exemple, dans la mĂ©thode dirigĂ©e, il peut comparer autrement qu’il lui est indiquĂ©, c’est-Ă -dire jugement portĂ© sur la variable, et inverser son jugement pour se complaire Ă  la consigne. On pourrait essayer d’y remĂ©dier, tout au moins en partie, par une consigne plus explicite.

§ 2. Les résultats numériques

Les rĂ©sultats obtenus sont instructifs Ă  deux points de vue distincts : celui des invariances relatives, rĂ©vĂ©lĂ©es par certaines moyennes en fonction de l’ñge, de la prĂ©sence ou de l’absence d’étalons, de leurs positions (en haut ou en bas), des distances, etc. ; et celui de la variabilitĂ© des rĂ©actions, rĂ©vĂ©lĂ©e par les frĂ©quences des erreurs de signes +, − ou 0 et par l’analyse des types distincts d’erreurs. Ces deux groupes de rĂ©sultats sont aussi rĂ©vĂ©lateurs l’un que l’autre pour l’étude des surestimations prĂ©sumĂ©es dans la partie supĂ©rieure du champ visuel, car seule la comparaison des moyennes et des diversitĂ©s permet de dĂ©terminer dans quelle mesure existe une telle surestimation et conduit Ă  entrevoir quelle sorte d’interprĂ©tation il convient de lui donner pour respecter les faits en leurs convergences partielles mais aussi en leur variabilitĂ© impressionnante.

Le premier point Ă  examiner est la rĂ©partition des erreurs systĂ©matiques obtenues au moyen de la technique I (jugements dirigĂ©s avec Ă©talon demeurant en place au vu du sujet) et cela en fonction de l’ñge, de la position de l’étalon et des trois distances choisies. L’erreur Ă©tant toujours mesurĂ©e sur la variable, une erreur nĂ©gative (= variable jugĂ©e Ă©gale Ă  l’étalon alors qu’elle demeure objectivement infĂ©rieure Ă  lui) signifiera donc une surestimation dans la partie supĂ©rieure du champ si la variable est en haut (Ă©talon en bas) et une sous-estimation dans la partie supĂ©rieure si la variable est en bas (Ă©talon en haut). En effet, une erreur nĂ©gative signifie que la variation est surestimĂ©e. RĂ©ciproquement, une erreur positive (sous-estimation de la variable) signifie une sous-estimation dans la partie supĂ©rieure du champ si la variable est en haut et une surestimation si elle est en bas. Comme c’est le problĂšme de l’estimation dans la partie supĂ©rieure du champ qui nous intĂ©resse ici, nous traduirons donc toutes les erreurs, pour la commoditĂ© du lecteur, en termes de surestimation (+) et de sous-estimation (−) dans la partie supĂ©rieure du champ, sans nous astreindre Ă  donner chaque fois le signe de l’erreur mesurĂ©e sur la variable.

Le tableau 1 fournit les erreurs systĂ©matiques ainsi dĂ©finies, de mĂȘme que les frĂ©quences (en nombres absolus) des erreurs + (surestimation dans la partie supĂ©rieure), − (sous-estimation) et 0.

On constate ainsi qu’avec la technique des comparaisons dirigĂ©es (Ă©talon demeurant en place), seuls les sujets de 5-6 ans et les adultes donnent en moyenne une lĂ©gĂšre surestimation de la partie supĂ©rieure du champ (+0,14 et +0,63). Du point de vue des frĂ©quences, 21 jugements sur 60 Ă  5-6 ans prĂ©sentent l’erreur + (surestimation), soit le 35 % (50 % si l’on rĂ©partit par moitiĂ©s les erreurs nulles en erreurs + et −) ; 47 jugements adultes sur 108 prĂ©sentent la mĂȘme erreur +, soit le 43 % (49 % si l’on y englobe la moitiĂ© des erreurs nulles). De 6 Ă  8 ans les erreurs + sont en proportion de 21 Ă  36 %.

Tableau 1. Erreurs systĂ©matiques (technique I) exprimĂ©es en mm 6 sur les tiges supĂ©rieures en fonction de l’ñge 7, de la position de l’étalon (bas et haut) et des distances. FrĂ©quences (en nombres absolus) des erreurs +, − et 0

5-6 ans (10) 6-7 ans (10) 7-8 ans (12) Adultes (18)
Étalon et distances : Moy. FrĂ©q. Moy. FrĂ©q. Moy. FrĂ©q. Moy. FrĂ©q.
+ − 0 + − 0 + − 0 + − 0
Bas A +1,25 4 1 5 −0,74 3 5 2 −0,50 3 7 2 −0,62 5 10 3
Bas B +0,61 5 3 2 −2,12 2 8 0 −0,41 5 6 1 +0,56 7 7 4
Bas C −1,36 2 7 1 −4,96 0 10 0 −2,16 3 8 1 +2,70 11 6 1
Moy. bas +0,17 −2,77 −1,02 +0,88
Haut A −0,37 3 4 3 −0,24 2 5 3 −0,72 4 7 1 −0,70 6 9 3
Haut B +0,24 3 2 5 −1,06 3 5 2 −0,42 6 5 1 −0,42 7 9 2
Haut C +0,49 4 3 3 −1,88 3 6 1 +0,09 5 6 1 +2,28 11 7 0
Moy. haut +0,12 −1,06 −0,35 +0,38
Fréq. bas et haut A 7 5 8 5 10 5 7 14 3 11 19 6
Fréq. bas et haut B 8 5 7 5 13 2 11 11 2 14 16 6
Fréq. bas et haut C 6 10 4 3 16 1 8 14 2 22 13 1
FrĂ©q. gĂ©n. 21 20 19 13 39 8 −0,68 26 39 7 +0,63 47 48 13
Moy. gĂ©n. +0,14 −1,92
Moy. gĂ©n. 5-8 ans −0,82

Mais, pour dĂ©terminer la portĂ©e de tels rĂ©sultats, il importe de les comparer dĂšs maintenant Ă  ceux de la technique II (comparaisons non dirigĂ©es avec des changements apparents de l’étalon lors de chaque prĂ©sentation d’une nouvelle variable), consignĂ©s au tableau 2 :

Tableau 2. Erreurs systématiques (en mm ou en % sur 100 mm) et fréquences en comparaisons non dirigées (technique II) 8

5-8 ans Adultes
Étalon et distances : Moy. FrĂ©q. Moy. FrĂ©q.
+ − 0 + − 0
Bas A −0,96 (−1,02) 4 6 3 +0,87 6 3 1
Bas B +0,48 (+0,22) 5 2 6 +2,12 6 1 3
Bas C +1,42 (+1,13) 6 4 3 0 5 3 2
Moy. bas +0,31 (+0,11) +1,00
Haut A +0,29 (−0,22) 7 4 2 +1,25 6 2 2
Haut B +1,44 (+1,25) 7 4 2 +2,50 8 2 0
Haut C +1,83 (+1,81) 7 3 3 +0,38 4 4 2
Moy. haut +1,18 (+0,94) +1,38
Fréq. bas et haut A 11 10 5 12 5 3
Fréq. bas et haut B 12 6 8 14 3 3
Fréq. bas et haut C 13 7 6 9 7 4
Fréq. gén. 36 23 19 35 15 10
Moy. gén. +0,75 (+0,53) +1,18

Pour pouvoir mieux juger de la portée de ces moyennes, fournissons encore la table de distribution des erreurs propres aux sujets du tableau 2 (voir tabl. 2 bis).

Tableau 2 bis. Distribution des erreurs systématiques des sujets du tableau 2

5-8 ans (78 mesures) Adultes (60 mesures)
−7,50 1 —
−6,25 2 —
−5,00 4 2
−3,75 4 —
−2,50 4 4
−1,25 6 8
0 21 11
1,25 11 14
2,50 10 13
3,75 1 1
5,00 7 1
6,25 1 4
7,50 3 2
8,75 1 —
10,00 1 —
11,25 — —
12,50 1 —

On voit que les erreurs sont plus dispersĂ©es chez l’enfant que chez l’adulte, ce qui rend assez alĂ©atoires les moyennes prises sur les 13 sujets de 5-8 ans. Cependant la moyenne gĂ©nĂ©rale de +0,75 constitue une approximation suffisamment prudente pour ces quelques sujets : en effet, en Ă©liminant le sujet dont l’erreur est la plus forte en nĂ©gatif (−7,50) on n’obtient qu’une moyenne gĂ©nĂ©rale Ă©levĂ©e Ă  +0,85 ; en Ă©liminant le sujet dont l’erreur positive est la plus grande (+12,50) on obtient au contraire une moyenne gĂ©nĂ©rale abaissĂ©e Ă  +0,43 et en Ă©liminant ces deux sujets Ă  la fois on obtient une moyenne gĂ©nĂ©rale de +0,53 (comme indiquĂ© entre parenthĂšses sur le tableau 2) 9. La moyenne gĂ©nĂ©rale de +0,75 ne saurait donc ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme dĂ©prĂ©ciant artificiellement l’erreur systĂ©matique de l’enfant par rapport Ă  celle de l’adulte, ainsi que le montrent d’ailleurs clairement les distributions du tableau 2 bis.

Cela dit, deux rĂ©sultats importants se dĂ©gagent des tableaux 1 Ă  2 bis. En premier lieu (et Ă  raisonner en moyennes), la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ est sensiblement plus forte en comparaisons non dirigĂ©es qu’en comparaisons dirigĂ©es : +0,75 (ou +0,53) contre −0,82 chez l’enfant et +1,18 contre +0,63 chez l’adulte. NĂ©anmoins la frĂ©quence des jugements de surestimation demeure en comparaisons libres de 36 cas seulement sur 78 Ă  5-8 ans, soit le 46 % (58 % en englobant la moitiĂ© des erreurs nulles) et de 35 cas sur 60 chez l’adulte, soit le 58 % (66 % en englobant la moitiĂ© des erreurs nulles).

Un autre rĂ©sultat essentiel qui se dĂ©gage de ces tableaux 1 et 2 est que la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ semble augmenter de l’enfant Ă  l’adulte dans le cas des distances et du dispositif considĂ©rĂ©s ici. En comparaisons dirigĂ©es, cette surestimation, d’abord trĂšs faible Ă  5-6 ans, fait place Ă  une sous-estimation moyenne entre 6 et 8 ans, puis s’élĂšve à + 0,63 chez l’adulte. En comparaisons non dirigĂ©es la surestimation paraĂźt croĂźtre progressivement de 5-8 ans Ă  l’ñge adulte, rĂ©serve faite pour les Ăąges de 9-12 ans que nous n’avons pas Ă©tudiĂ©s et qui prĂ©sentent peut-ĂȘtre une surestimation plus forte que chez l’adulte avec lĂ©gĂšre dĂ©croissance dans la suite (comme dans les effets de comparaison entre des lignes verticales et obliques, dĂ©crits par Wursten dans la Rech. IX).

Pour permettre une meilleure comparaison des rĂ©actions de l’enfant et des rĂ©actions adultes, il importe de fournir encore le tableau des variations moyennes (tabl. 3) et des seuils (tabl. 4). Nous avons calculĂ© en outre les erreurs moyennes brutes (moyennes arithmĂ©tiques des erreurs, par opposition aux moyennes algĂ©briques des tableaux 1-2), mais, dans cette recherche, les erreurs moyennes sont sensiblement Ă©gales aux variations moyennes (Ă  une exception prĂšs pour les distances B et C aux Ăąges de 6-7 ans, seuls cas oĂč toutes les erreurs sont de mĂȘmes signes). Aussi nous en tiendrons-nous aux variations moyennes (= intervariations) :

Tableau 3. Variations moyennes en comparaisons dirigées et non dirigées (en mm)

Étalon et distances Comparaisons dirigĂ©es Non dirigĂ©es
5-6 ans 6-7 ans 7-8 ans Adultes 5-8 ans Adultes
Bas A 1,74 1,96 2,08 1,93 2,77 1,70
Bas B 2,35 2,14 2,47 3,01 1,67 2,12
Bas C 1,42 2,26 3,40 6,44 3,44 1,75
Moy. bas 1,87 2,12 2,65 3,79 2,63 1,86
Haut A 1,92 1,98 2,96 2,62 2,59 1,75
Haut B 1,84 2,80 3,16 3,21 2,38 2,25
Haut C 2,92 3,72 3,41 5,33 3,31 2,12
Moy. haut 2,19 2,83 3,18 3,72 2,76 2,04
Moy. gén. 2,01 2,48 2,91 3,76 2,69 1,95

On remarque ce fait intĂ©ressant que, en comparaisons dirigĂ©es, la variation moyenne augmente progressivement avec l’ñge, comme si l’obligation de porter le jugement sur la variable indĂ©pendamment des positions haut et bas contrecarrait toujours davantage des habitudes de comparaisons verticales se consolidant avec le dĂ©veloppement. Au contraire, dans les comparaisons libres, la variation moyenne est moins forte chez l’adulte que chez les enfants, comme si les habitudes supposĂ©es de comparaison conduisaient Ă  une uniformitĂ© relative des jugements, ou du moins Ă  une uniformitĂ© lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă  celle des petits.

Quant aux seuils, ils diminuent assez rĂ©guliĂšrement d’étendue avec l’ñge (tabl. 4) :

Tableau 4. Étendues des seuils en comparaisons dirigĂ©es et non dirigĂ©es (en mm)

Étalon et distances Comparaisons dirigĂ©es Non dirigĂ©es
5-6 ans 6-7 ans 7-8 ans Adultes 5-8 ans Adultes
Bas A 12,2 7,5 8,3 3,1 5,8 1,2
B 14,7 10,7 9,6 3,5 5,5 3,0
C 17,8 13,0 12,9 3,7 7,3 2,2
Moy. bas 14,9 10,4 10,2 3,4 6,2 2,1
Haut A 12,8 10,0 8,0 2,6 5,2 1,2
B 15,6 9,5 7,9 2,6 5,0 2,2
C 19,1 13,0 11,5 4,1 8,8 2,2
Moy. haut. 15,8 10,8 9,1 3,1 6,3 1,8
Moy. gén. 15,3 10,6 9,6 3,2 6,2 1,9

Mais, contrairement Ă  ce qui se prĂ©sente dans la distribution des variations moyennes, les seuils sont tous moins Ă©tendus en comparaisons non dirigĂ©es, chez les enfants comme chez l’adulte, qu’en comparaisons dirigĂ©es. La raison de ce fait sera naturellement Ă  chercher dans la plus grande simplicitĂ© des comparaisons non dirigĂ©es, au sein desquelles l’erreur de l’étalon ne se combine pas ou Ă  un moindre degrĂ© avec l’erreur systĂ©matique due aux prĂ©sentations verticales.

AprĂšs avoir ainsi exposĂ© ce qui, dans nos rĂ©sultats, constitue l’essentiel des rĂ©gularitĂ©s observĂ©es, insistons maintenant sur la part Ă  faire aux diversitĂ©s, c’est-Ă -dire Ă  la variabilitĂ© des rĂ©actions individuelles. Les frĂ©quences relatives aux erreurs +, − et 0 (voir tabl. 1 et 2) sont dĂ©jĂ  de nature Ă  montrer que ces rĂ©actions, tout en Ă©tant polarisĂ©es Ă  des degrĂ©s divers soit vers la surestimation soit vers la sous-estimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ, tĂ©moignent en rĂ©alitĂ© d’une assez grande diversitĂ©. Il convient de pousser davantage l’analyse dans cette direction et de chercher Ă  caractĂ©riser un certain nombre de types d’erreurs selon que l’erreur avec Ă©talon situĂ© en bas ou l’erreur avec Ă©talon situĂ© en haut sont de signe +, − ou de valeur 0. On peut distinguer, Ă  cet Ă©gard, neuf types diffĂ©rents d’erreurs, selon les combinaisons :

Bas Haut
Type I + +
Type II − −
Type III + −
Type IV − +
Type V 0 −
Type VI − 0
Type VII + 0
Type VIII 0 +
Type IX 0 0

Seuls les types I et II tĂ©moignent d’une surestimation ou d’une sous-estimation constantes dans les deux positions de l’étalon. Si les Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ Ă©taient toujours surestimĂ©s, seul le type I devrait se prĂ©senter. Or, ces catĂ©gories d’erreurs possibles se sont trouvĂ©es rĂ©alisĂ©es toutes les neuf, bien qu’à des frĂ©quences diverses. En voici la rĂ©partition par distances, chez l’adulte et chez l’enfant (il n’existe pas de diffĂ©rences notables entre les trois niveaux compris entre 5 et 8 ans), donc respectivement sur 54 et 96 comparaisons dirigĂ©es et sur 30 et 39 comparaisons non dirigĂ©es (tabl. 5) 10 :

Tableau 5. FrĂ©quences des types d’erreurs (nombres absolus) 11
Types Comparaisons dirigées Comparaisons non dirigées
5-8 ans (96) Adultes (54) 5-8 ans (39) Adultes (30)
A B C Total A B C Total A B C Total A B C Total
I (+ +) 5 3 3 11 (12) 3 3 9 15 (28) 4 5 6 15 (38) 6 5 4 15 (50)
II (− −) 5 6 12 23 (24) 6 4 5 15 (28) 4 2 3 9 (23) 2 — 3 5 (17)
III (+ −) 4 5 1 10 (11) 1 3 2 6(11) — — — 0 — — — 0
IV (− +) 4 9 10 23 (24) 3 3 1 7 (12) 1 — — 1 (3) — 1 — 1 (3)
V (0 −) 7 1 1 9 (9) 2 2 — 4 (7) — — — 0 — 2 1 3 (10)
VI (− 0) 4 2 3 9 (9) 2 2 — 1 (2) 1 — 1 2 (5) 1 — — 1 (3)
VII (+ 0) 1 4 1 6 (6) 1 1 — 2 (4) — — — 0 — 1 1 2 (7)
VIII (0 +) — — — 0 — 1 1 2 (4) 2 2 1 5 (13) — — — 0
IX (0 0) 2 2 1 5 (5) 1 1 — 2 (4) 1 4 2 7 (18) 1 1 1 3 (10)

Pour clarifier cette diversitĂ© de rĂ©actions, condensons les pourcentages contenus dans ce tableau 5 selon les types principaux I (+ +) et II (− −) ou les ensembles III-IV (+ − ou − +) et V-IX (une ou deux erreurs nulles) :

Tableau 5 bis. Groupement des pourcentages selon les ensembles de types
Types Comparaisons dirigées Non dirigées
5-8 ans Adultes 5-8 ans Adultes
I (+ +) 12 % 28 % 38 % 50 %
II (− −) 24 % 28 % 23 % 17 %
III-IV 35 % 23 % 3 % 3 %
V-VIII 24 % 17 % 18 % 20 %
IX 5 % 4 % 18 % 10 %

On constate Ă  nouveau le rĂŽle perturbateur des comparaisons dirigĂ©es : dans presque tous les cas (sauf chez l’enfant pour les types I et II) les erreurs obtenues dans les comparaisons non dirigĂ©es sont plus faibles qu’avec Ă©talon connu comme tel et jugement sur la variable.

Bornons-nous, pour l’instant, Ă  souligner l’étonnante variabilitĂ© des erreurs et les perturbations que semble introduire dans les comparaisons le mode dirigĂ© (Ă©talon permanent et jugement portĂ© sur la variable). Pour pouvoir mieux interprĂ©ter ces faits dans la suite, il convient cependant de les complĂ©ter par une analyse quantitative. Examinons donc les moyennes algĂ©briques obtenues pour les types I à IX d’erreurs systĂ©matiques, selon les deux catĂ©gories d’ñge (5-8 ans et adultes) mais sans les distances (faute d’un nombre suffisant de cas) :

Tableau 6. Moyennes des erreurs systématiques selon les types I-IX 12

Types : I (+ +) II (− −) III (+ −) IV (− +) V (0 −) VI (− 0) VII (+ 0) VIII (0 +) IX (0 0)
Comp. dirigées :
5 à 8 E. bas +2,8 −4,0 +2,3 −2,2 0 −3,7 +2,5 — 0
E. haut +2,9 −4,1 −3,0 +2,3 −3,4 0 0 — 0
Ad. E. bas +6,2 −3,4 +3,3 −2,2 0 −5,0 +3,7 0 0
E. haut +5,7 −3,9 −4,7 +2,6 −2,1 0 0 +3,7 0
Comp. non dirigées :
5 à 8 E. bas +2,9 −4,2 — −2,5 — −1,2 — 0 0
E. haut +4,1 −3,6 — +1,2 — 0 — +2,0 0
Ad. E. bas +2,6 −2,9 — −1,2 0 −1,2 −1,2 0 0
E. haut +2,9 −2,5 — +1,2 −2,5 0 0 +5,0 0

Comparons Ă©galement, mais cette fois selon les distances, les moyennes algĂ©briques des erreurs de type I-IV pour tous les sujets rĂ©unis indĂ©pendamment de l’ñge (le nombre des comparaisons en jeu pour chaque type d’erreur est fourni par le tableau 5).

Tableau 7. Moyennes par distances des types d’erreurs I-IV

I (+ +) II (− −) III (+ −) IV (− +)
Comparaisons dirigées
Bas Haut Moy. Bas Haut Moy. Bas Haut Bas Haut
Distance A +3,2 +2,8 +3,05 −2,5 −3,5 −3,00 +2,7 −1,9 −1,3 +3,4
Distance B +3,7 +2,8 +3,27 −3,8 −3,7 −3,79 +2,1 −4,5 −2,5 +2,9
Distance C +6,1 +6,7 +6,36 −4,5 −4,6 −4,57 +2,8 −3,3 −3,7 +1,2
(B + C)/2 +5,3 +5,4 +5,33 −4,2 −4,3 −4,28 +2,3 −4,1 −3,0 +2,1
Moy. gĂ©n. +4,6 +4,5 +4,61 −3,7 −4,1 −3,89 +2,5 −3,1 −2,6 +2,4
Comp. non dirigées :
Distance A +2,5 +3,1 +2,84 −4,3 −3,5 −3,96 — — −2,5 +1,2
Distance B +3,2 +3,8 +3,56 −3,7 −3,1 −3,43 — — −1,2 +1,2
Distance C +2,8 +3,5 +3,17 −3,5 −3,2 −3,37 — — — —
(B + C)/2 +3,0 +3,7 +3,20 −3,6 −3,2 −3,22 — — — —
Moy. gĂ©n. +2,6 +3,5 +3,19 −3,8 −3,3 −3,31 — — −1,8 +1,2

Ce tableau 7 montre que, en comparaisons dirigĂ©es, les erreurs augmentent assez rĂ©guliĂšrement avec la distance (sauf pour le type IV avec Ă©talon haut), tandis que, en comparaisons non dirigĂ©es, cette relation avec la distance s’affaiblit sensiblement (en particulier pour le type II).

D’autre part, les tableaux 6 et 7 rĂ©unis permettent de constater que les moyennes respectives des types d’erreurs I à IV prĂ©sentent une certaine correspondance quantitative selon que la comparaison est faite avec Ă©talon bas ou avec Ă©talon haut, tandis que ces mĂȘmes moyennes diffĂšrent davantage d’un type d’erreur Ă  l’autre. C’est ainsi que, chez l’enfant, les erreurs de type I se tiennent de prĂšs (2,8 et 2,9) et celles de type II aussi (−4,0 et −4,1) mais les premiĂšres sont plus faibles que les secondes, tandis que chez l’adulte le rapport est inverse entre les types I et II quoique la correspondance entre les erreurs en bas et en haut se maintienne Ă  l’intĂ©rieur de chaque type. Mais, ici Ă  nouveau, ces relations s’affaiblissent en comparaisons non dirigĂ©es.

Mais pour mieux faire la part des rĂ©gularitĂ©s et de la variabilitĂ© en ces divers rĂ©sultats, il reste Ă  dĂ©terminer si ces divers types d’erreurs I à IX se conservent ou non chez un mĂȘme sujet lorsqu’on passe d’une distance Ă  une autre, autrement dit s’il s’agit de types de rĂ©actions variant selon la situation ou de types individuels assez stables pour se conserver lors des changements de distances. Le tableau 8 nous fournira cette derniĂšre prĂ©cision.

Tableau 8. Constance des types d’erreurs pour les trois distances

Comparaisons dirigées : 5-6 6-7 7-8 Enf. Ad. Tot. Tot. gén.
MĂȘmes types pour les distances A, B et C 1 2 3 6 5 11
MĂȘmes types pour les distances A et B 1 2 1 4 2 6
MĂȘmes types pour les distances B et C 1 3 3 7 1 8
MĂȘmes types pour les distances A et C 0 1 1 2 2 4
Trois types distincts d’erreurs 7 2 4 13 8 21
Comparaisons non dirigées :
MĂȘmes types pour les distances A, B et C 3 2 5 16
MĂȘmes types pour les distances A et B 1 3 4 10
MĂȘmes types pour les distances B et C 2 0 2 10
MĂȘmes types pour les distances A et C 1 2 3 7
Trois types d’erreurs distincts : 6 3 9 30

On constate, d’une part, que les modes de rĂ©action qui tendent Ă  prĂ©dominer sont la constance des types pour les trois distances A, B et C et l’inconstance complĂšte (trois types distincts) ; d’autre part, le premier mode semble croĂźtre en importance avec l’ñge (cf. aussi les frĂ©quences des erreurs +, − et 0 dans les tableaux I et II).

Mais il est Ă  noter que cette inconstance des types d’erreurs en fonction des distances pour un mĂȘme sujet individuel n’exclut pas la prĂ©sence de symĂ©tries quant aux signes des erreurs entre les situations d’étalon bas et d’étalon haut. Par exemple un sujet changeant de type d’erreur Ă  chaque distance peut donner la combinaison I + IX + II pour les trois distances A, B et C : en ce cas ses erreurs seront +(A), 0 (B), −(C), avec Ă©talon bas comme avec Ă©talon haut, c’est-Ă -dire que son inconstance selon les distances s’accorde avec une symĂ©trie complĂšte des signes d’erreurs selon les situations Ă©talon bas et Ă©talon haut. Le mĂȘme phĂ©nomĂšne se retrouve pour toute autre combinaison des types d’erreurs I, II et IX qui sont tous trois symĂ©triques. Or, comme ces trois types reprĂ©sentent ensemble le 77 Ă  79 % des rĂ©actions en comparaison libre (tabl. 5 bis) et le 41 Ă  60 % des rĂ©actions en comparaisons dirigĂ©es (ibid.), le pourcentage des symĂ©tries complĂštes des signes d’erreurs entre les situations Ă©talon bas et Ă©talon haut (combinaisons III, II II II, IX IX IX, I I II, I II I, II I I, I II II, II II I, 
 I II IX, IX II, I
 etc.), par opposition aux symĂ©tries incomplĂštes (mĂ©lange des types I, II, IX avec les types III-VIII) et aux asymĂ©tries complĂštes (types III-VIII exclusivement) reprĂ©sente la bonne moitiĂ© des sujets en comparaisons libres (13 sur 23) et un peu moins de la moitiĂ© en comparaisons dirigĂ©es.

Un tel fait montre donc qu’il existe une certaine constance des rĂ©actions pour une mĂȘme distance et chez un mĂȘme individu, en comparaisons libres. Mais, mĂȘme alors, ces habitudes individuelles se perdent en grande partie dĂšs que l’on passe de la distance considĂ©rĂ©e Ă  une autre (tabl. 8), puisque seulement 5 sujets sur 23 conservent le mĂȘme type d’erreur pour les trois distances A, B et C.

§ 3. Exposé des faits

Les données numériques étant ainsi décrites, cherchons à résumer les principaux résultats obtenus avant de tenter une interprétation :

I. Les faits indépendants du développement

1. En comparaisons non dirigées, on observe à tout ùge une certaine tendance à la surestimation des éléments situés dans la partie supérieure du champ (tabl. 2), et (2 bis) surtout avec étalon haut.

2. Cette surestimation moyenne ne correspond nĂ©anmoins qu’à une frĂ©quence relative des jugements. Sur 138 estimations (tabl. 2), on ne trouve, en effet, que 71 surestimations, soit le 51 %, tandis qu’on rencontre 38 sous-estimations (28 %) et 29 erreurs nulles (21 %).

3. Les erreurs observĂ©es se rĂ©partissent selon huit types distincts (le type III n’a pas Ă©tĂ© rencontrĂ© en comparaisons non dirigĂ©es), dont les plus frĂ©quents sont les types I (+ +), II (− −), V (0 −) et IX (0 0). (Cf. tabl. 5.)

4. Ces types sont relativement inconstants lorsque l’on modifie la distance entre les Ă©lĂ©ments Ă  comparer : sur 23 sujets, 5 seulement conservent le mĂȘme type d’erreur pour les trois distances et 9 changent de type Ă  chaque nouvelle distance (tabl. 8), et cela tout en prĂ©sentant une certaine constance (13 cas sur 23) pour une mĂȘme distance (Ă©talon bas ou Ă©talon haut).

5. En moyennes gĂ©nĂ©rales (tabl. 2) la surestimation augmente, en comparaisons non dirigĂ©es, de la distance A (20 cm) Ă  la distance B (80 cm), mais n’augmente plus guĂšre et diminue mĂȘme fortement (chez l’adulte) de la distance B Ă  la distance C (160 cm). L’analyse par types d’erreurs (tabl. 7) montre que si l’erreur de type I Ă©volue selon cette rĂšgle en fonction de la distance, l’erreur de type II (− −) diminue par contre avec la distance en comparaisons non dirigĂ©es.

6. Le jugement portĂ© sur la variable, c’est-Ă -dire l’introduction des comparaisons dirigĂ©es, modifie assez sensiblement les rĂ©actions :

a) Les valeurs moyennes de la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ diminuent fortement (tabl. 1) : de +1,18 Ă  +0,63 chez l’adulte et de +0,75 (5-8 ans) Ă  +0,14 Ă  5-6 ans. De 6 Ă  8 ans la sous-estimation l’emporte mĂȘme de beaucoup sur la surestimation.

b) Du point de vue des frĂ©quences (tabl. 1), on assiste au mĂȘme flĂ©chissement : sur 108 jugements adultes on n’en trouve plus que 47 (43 %) dans le sens de la surestimation, contre 48 cas de sous-estimation (44 %) et 13 erreurs nulles (13 %). À 5-6 ans les trois cas (+, − et 0) se tiennent Ă  peu prĂšs (21, 20 et 19) et de 6 Ă  8 ans la sous-estimation l’emporte nettement en frĂ©quence.

c) Les variations moyennes (tabl. 3) augmentent sensiblement en comparaisons dirigĂ©es, chez l’adulte bien plus encore que chez l’enfant.

d) Il y a augmentation gĂ©nĂ©rale de l’étendue des seuils (tabl. 4).

e) Les neuf types d’erreurs (tabl. 5) sont tous reprĂ©sentĂ©s et rĂ©partis plus uniformĂ©ment, avec une nette augmentation des types II (− −) et III-IV (+ − et − +) par rapport aux comparaisons libres.

f) Les erreurs augmentent assez rĂ©guliĂšrement en positif ou en nĂ©gatif avec les distances (y compris la distance C) du moins en moyennes gĂ©nĂ©rales (tabl. 1). Quant aux types d’erreurs il en est de mĂȘme des types I et II. Il y a par contre exception pour le type IV en cas d’étalon en haut et pour le type III entre B et C.

II. Les faits relatifs au développement

7. Du point de vue de l’évolution avec l’ñge, la surestimation dans la partie supĂ©rieure du champ augmente nettement avec le dĂ©veloppement aux distances considĂ©rĂ©es (c’est lĂ  sans doute le rĂ©sultat essentiel de notre Ă©tude) :

a) En comparaisons non dirigĂ©es l’augmentation est de +0,75 (ou 0,53) Ă  +1,18 du point de vue des moyennes, et de 46 % Ă  58 % du point de vue de la frĂ©quence des erreurs + (tabl. 2).

b) En comparaisons dirigĂ©es, l’augmentation est de + 0,14 (5-6 ans) à + 0,63 (adultes) en passant par −1,92 et −0,68 (6-8 ans). Du point de vue des frĂ©quences il y a Ă©volution du 35 % (5-6 ans) au 43 % (adultes) de surestimations (tabl. 1).

8. L’étendue des seuils diminue rĂ©guliĂšrement avec l’ñge (tabl. 4).

9. Les variations moyennes diminuent avec l’ñge en comparaisons non dirigĂ©es, tandis qu’elles augmentent avec l’ñge en comparaisons dirigĂ©es ; cette opposition est trĂšs significative du point de vue des habitudes contractĂ©es au cours du dĂ©veloppement en comparaison libre.

10. L’évolution des types d’erreurs avec l’ñge (tabl. 5) tĂ©moigne d’une sĂ©rie de modifications intĂ©ressantes :

a) Augmentation de la fréquence du type I (+ +) en comparaisons dirigées comme non dirigées.

b) LĂ©gĂšre augmentation de frĂ©quence du type II (− −) en comparaisons dirigĂ©es et diminution de 5-8 ans Ă  l’ñge adulte en comparaisons non dirigĂ©es.

c) Les types III-IV et V-IX diminuent presque tous de fréquence avec le développement.

11. Du point de vue de la valeur quantitative des types d’erreurs (tabl. 6), l’erreur de type I (+ +) augmente avec l’ñge en comparaisons non dirigĂ©es et diminue de valeur en comparaisons dirigĂ©es. L’erreur de type II (− −), par contre, diminue de valeur avec l’ñge dans les deux sortes de comparaisons. Les erreurs de type III et IV (+ − et − +) semblent de leur cĂŽtĂ© augmenter quelque peu de valeur en comparaisons dirigĂ©es, du moins quant Ă  l’écart entre la partie nĂ©gative et la partie positive (+ − ou − +).

12. Enfin la constance relative des types d’erreurs aux trois distances A, B et C (tabl. 8) semble augmenter avec le dĂ©veloppement, du moins dans une faible proportion. C’est ainsi que, pour les deux sortes de comparaisons dirigĂ©es ou non, 9 enfants sur 45 conservent le mĂȘme type d’erreur pour les trois distances, soit le 20 %, contre 7 adultes sur 28, soit le 25 %, tandis que 19 enfants sur 45 changent de type d’erreur pour chaque distance, soit le 42 %, contre 11 adultes sur 28, soit le 39 %.

L’ensemble des faits (7) Ă  (12) paraĂźt donc indiquer que la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ correspond Ă  des rĂ©actions qui augmentent d’importance avec l’ñge et qui s’organisent peu Ă  peu en habitudes devenant Ă  la longue prĂ©dominantes chez les sujets (voir 9).

II. Essai d’interprĂ©tation

Pour interprĂ©ter les faits qui prĂ©cĂšdent il s’agit de les mettre d’abord en relation avec ceux que l’un de nous a recueillis avec A. Morf (Rech. XXX) aux petites distances, avec une technique de comparaison de lignes verticales de 40 mm se prolongeant l’une l’autre Ă  des intervalles de 0 ; 10 ; 20 ; 40 et 80 mm et dessinĂ©es sur des cartons blancs (comparaison libre et non dirigĂ©e). En effet ces deux groupes de rĂ©sultats se sont trouvĂ©s remarquablement complĂ©mentaires.

Aux petites distances, l’erreur systĂ©matique moyenne s’est rĂ©vĂ©lĂ©e constamment positive (surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur), et, pour l’intervalle 0, beaucoup plus forte (4,5 fois) chez les petits de 5-6 ans que chez l’adulte, avec dĂ©croissance rĂ©guliĂšre aux Ăąges de 7-8 et 10-11 ans. À mesure que l’intervalle augmente (de 0,25 ; 0,5 ; 1 et 2 fois l’étalon), l’erreur adulte croĂźt fortement et l’erreur des petits faiblement, de telle sorte que, avec la distance entre les Ă©lĂ©ments Ă  comparer, la diffĂ©rence entre les erreurs de 5-6 ans et les erreurs adultes diminue progressivement. Mais Ă  l’intervalle 2, ces derniĂšres sont encore un peu plus faibles en moyenne que les erreurs enfantines.

En ce qui concerne les prĂ©sents rĂ©sultats, portant donc sur des distances de 2, 8 et 16 fois l’étalon, mais avec la technique des tiges Ă  comparer, nous trouvons dĂ©jĂ  pour l’intervalle 2 une erreur adulte un peu plus forte que l’erreur enfantine. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale nos deux rĂ©sultats essentiels pour ces grandes distances sont les suivants :

1. Il existe encore dans la plupart des cas (du moins en comparaison libre) une surestimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ, mais cette surestimation ne correspond plus, pour ces distances, qu’à une proportion des rĂ©actions infĂ©rieure Ă  celle des petites distances.

2. Cette surestimation, loin de demeurer permanente ou de diminuer avec l’ñge, augmente au contraire de valeur et de frĂ©quence de l’enfance au niveau adulte (sauf pour la distance 16 en comparaison non dirigĂ©e, distance Ă  laquelle l’erreur adulte se trouve ĂȘtre quasi nulle, comme si les Ă©lĂ©ments Ă  comparer Ă©taient devenus indĂ©pendants).

§ 4. Discussion du rÎle des facteurs possibles

Pour rendre compte de ces deux faits fondamentaux (ou de leur détail exposé au § 3), on peut songer aux sept facteurs suivants se groupant sous trois chefs principaux et dont chacun est susceptible de jouer un rÎle, prédominant ou partiel :

1. On peut concevoir tout d’abord le champ visuel comme affectĂ© statiquement d’anisotropies ou d’asymĂ©tries telles que les Ă©lĂ©ments situĂ©s dans sa partie supĂ©rieure seraient de ce fait mĂȘme surestimĂ©s ; en d’autres termes, l’espace perceptif propre Ă  cette partie supĂ©rieure serait dilatĂ© de par sa position mĂȘme, indĂ©pendamment des activitĂ©s du sujet (mouvements du regard, transports, etc.), du moins de ses activitĂ©s actuelles, et c’est cette dilatation topographique qui agrandirait subjectivement les Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs.

2. Si l’on admet que toute centration du regard sur un Ă©lĂ©ment donnĂ© a pour effet une surestimation momentanĂ©e de ses dimensions, on pourrait attribuer la surestimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la partie supĂ©rieure du champ, non pas Ă  cette position supĂ©rieure comme telle, mais au fait que, dans les comparaisons selon un ordre de superposition verticale (comme dans notre prĂ©sente technique), le sujet centrerait davantage l’élĂ©ment supĂ©rieur, par exemple parce qu’il centrerait de prĂ©fĂ©rence le haut des verticales et qu’alors, en comparant l’élĂ©ment supĂ©rieur Ă  l’élĂ©ment infĂ©rieur, il centrerait plus complĂštement le premier que le second en le parcourant du regard lors de chaque transport.

2 bis. Une explication voisine, mais distincte de la prĂ©cĂ©dente, reviendrait Ă  faire intervenir l’« erreur de l’étalon ». Si l’on admet, comme nos Recherches prĂ©cĂ©dentes le montrent presque toutes (et comme celle-ci le confirme) que l’étalon est Ă©valuĂ© de façon diffĂ©rente de la variable (avec en gĂ©nĂ©ral surestimation de l’étalon), on pourrait attribuer la surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur au fait qu’il est choisi par le sujet comme Ă©talon dans sa comparaison. Rien n’empĂȘche, en effet, le sujet, mĂȘme dans les comparaisons libres, ou dans les comparaisons spontanĂ©ment effectuĂ©es en dehors du laboratoire, de considĂ©rer l’un des deux Ă©lĂ©ments Ă  comparer comme Ă©lĂ©ment de rĂ©fĂ©rence, ce qui revient Ă  en faire (consciemment ou inconsciemment) un Ă©talon proprement dit. En cas de sous-estimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur, c’est alors l’infĂ©rieur qui aurait Ă©tĂ© choisi comme Ă©talon.

3. IndĂ©pendamment des facteurs prĂ©cĂ©dents ou en liaison avec eux, on pourrait attribuer les surestimations ou sous-estimations dans la partie supĂ©rieure du champ Ă  des effets de transport, Ă©tant donnĂ© que, pour comparer deux Ă©lĂ©ments situĂ©s l’un au-dessus de l’autre (et dans le prolongement de l’autre), il est nĂ©cessaire de transporter par un mouvement du regard la hauteur perçue de l’un sur la hauteur de l’autre (la hauteur Ă©tant la longueur de cet Ă©lĂ©ment, mais en vertical). L’explication consisterait alors Ă  soutenir que le transport d’une hauteur ne conserve pas celle-ci au cours du dĂ©placement du regard, mais l’agrandit ou la rapetisse. Il y aurait en ce cas diffĂ©rentes combinaisons possibles suivant que les transports de bas en haut ou de haut en bas agrandissent tous deux l’élĂ©ment, ou qu’ils le rapetissent tous deux, ou que l’un des deux l’agrandit, tandis que l’autre le rapetisserait, et suivant que ces modifications sont Ă©gales dans les deux sens ou inĂ©gales entre elles. Il est aisĂ© d’imaginer, en consĂ©quence, un schĂ©ma rendant compte des surestimations dans la partie supĂ©rieure du champ, ou des sous-estimations quand elles se prĂ©sentent.

L’hypothĂšse des transformations dues au transport comme tel conduit d’autre part Ă  supposer l’intervention d’autres facteurs, qui agiraient sur le choix et la frĂ©quence des transports dans un sens (de bas en haut, par exemple) de prĂ©fĂ©rence aux transports dans l’autre sens.

3 bis. Le premier de ces facteurs supplĂ©mentaires serait la position (en bas ou en haut) de l’élĂ©ment Ă  transporter. Il est possible, en effet, que certains sujets « transportent » surtout de bas en haut ou surtout de haut en bas. Les raisons d’une telle rĂ©action, si elle existe, pourraient ĂȘtre multiples (simple habitude d’origine fortuite, plus grande difficultĂ© Ă  dĂ©placer les globes oculaires dans un sens que dans l’autre, etc.). Mais l’important est la possibilitĂ© de cette rĂ©action prĂ©fĂ©rentielle en fonction de la position.

3 ter. Un second facteur supplĂ©mentaire susceptible d’intervenir au cas oĂč le transport jouerait le rĂŽle essentiel, est Ă  nouveau le choix de l’étalon et de la variable, mais en un sens diffĂ©rent de (3) : il se pourrait en effet, que l’étalon donne lieu Ă  davantage de transports que la variable ou l’inverse. En ce cas, un transport prĂ©fĂ©rentiel portant par exemple sur l’étalon pourrait agrandir systĂ©matiquement ou dĂ©valuer systĂ©matiquement celui-ci indĂ©pendamment de sa surestimation en tant qu’étalon (donc indĂ©pendamment des formes habituelles de l’erreur de l’étalon), mais en vertu des modifications apparentes propres au transport lui-mĂȘme.

3 quater. Enfin la distance entre les Ă©lĂ©ments Ă  comparer est un facteur dont le rĂŽle ne saurait ĂȘtre nĂ©gligĂ©, et qui peut se combiner avec chacune des actions invoquĂ©es jusqu’ici Ă  titre d’hypothĂšses. La distance peut, en effet, renforcer ou affaiblir les asymĂ©tries de champ (1), les actions de centration (2), l’erreur de l’étalon (2 bis) et surtout les agrandissements ou rapetissements apparents dus aux transports (3).

Ces facteurs ainsi distinguĂ©s, il s’agit alors de confronter leurs actions hypothĂ©tiques avec les faits dĂ©crits prĂ©cĂ©demment, en procĂ©dant dans l’ordre adoptĂ©.

1. L’asymĂ©trie du champ visuel selon la dimension verticale

À considĂ©rer les exemples classiques de la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ (droite verticale partagĂ©e en deux moitiĂ©s dont celle du haut paraĂźt plus grande que celle du bas ; majuscules imprimĂ©es dont les deux parties superposĂ©es paraissent de hauteur Ă©gale, mais qui, en cas de renversement, montrent une inĂ©galitĂ© en faveur de la partie supĂ©rieure, etc.), il semble que l’on se trouve en prĂ©sence d’une asymĂ©trie permanente et statique (topographique) du champ visuel. Mais les faits que nous prĂ©sentons ici ne nous paraissent pas tous conformes Ă  une telle hypothĂšse et soulĂšvent tout au moins un certain nombre de difficultĂ©s :

a) La difficultĂ© principale tient Ă  l’évolution de la surestimation avec l’ñge. Au cas oĂč l’asymĂ©trie du champ visuel selon la dimension verticale tiendrait Ă  des propriĂ©tĂ©s hĂ©rĂ©ditaires de nos instruments perceptifs, on devrait s’attendre, semble-t-il., Ă  une permanence relative des rĂ©actions Ă  tout Ăąge, ou Ă  un affaiblissement progressif des erreurs dĂ» Ă  l’exercice. C’est bien ce que l’on trouve pour les intervalles nuls ou trĂšs petits, mais avec l’accroissement de l’intervalle la diffĂ©rence entre l’enfant et l’adulte s’attĂ©nue de plus en plus et, aux prĂ©sents intervalles la situation est retournĂ©e, c’est-Ă -dire que l’erreur adulte dĂ©passe celle des petits. En effet, en comparaisons non dirigĂ©es, la surestimation dans la partie supĂ©rieure du champ passe de +0,75 Ă  +1,18 c’est-Ă -dire augmente de 63,5 % de 5-6 ans Ă  l’ñge adulte. On est alors conduit Ă  supposer que cette surestimation ne tient pas ou pas seulement Ă  des propriĂ©tĂ©s innĂ©es du champ mais aussi Ă  des propriĂ©tĂ©s acquises. Seulement, en ce cas, la structure spatiale du champ ou bien ne constitue plus un facteur causal, ou bien n’est plus le facteur principal en jeu : il s’agit d’expliquer pourquoi cette structure se modifie avec l’ñge et les vrais facteurs de la surestimation seront les facteurs rendant compte de cette transformation de la structure spatiale du champ.

On pourrait, il est vrai, concilier l’hypothĂšse d’une structure congĂ©nitale avec l’augmentation de la surestimation selon l’ñge en invoquant une maturation tardive de l’organisation perceptive en dimension verticale. Seulement cette maturation hypothĂ©tique (nous parlons du cas particulier) serait en rĂ©alitĂ© si tardive qu’elle ne serait pas achevĂ©e chez tous les adultes, puisque la surestimation de la partie supĂ©rieure du champ est loin d’ĂȘtre commune Ă  tous les sujets examinĂ©s (voir c).

b) Avant d’en venir Ă  cette difficultĂ© inhĂ©rente aux frĂ©quences, soulignons encore la petitesse paradoxale des surestimations observĂ©es. L’erreur systĂ©matique moyenne des adultes n’est, en effet, que de +1,18 mm en comparaisons non dirigĂ©es et de +0,63 mm en comparaisons dirigĂ©es. Cela signifie que, pour des tiges de 10 cm, la surestimation n’atteint que 1 % environ de la hauteur de l’élĂ©ment considĂ©ré 13. Lorsque l’on compare l’ordre de grandeur de cette erreur Ă  celui des illusions gĂ©omĂ©triques habituelles (2,20 Ă  12,70 pour la demi-figure de DelbƓuf Ă©tudiĂ©e dans la Rech. I), ou aux erreurs de comparaison dans le plan fronto-parallĂšle Ă©tudiĂ©es dans la Rech. II (de −1,30 Ă  +1,30 entre 25 cm et 3 m de distance entre les Ă©lĂ©ments Ă  comparer), on ne peut que s’étonner qu’une surestimation due Ă  une asymĂ©trie permanente du champ n’atteigne pas une valeur plus considĂ©rable.

c) Mais la principale difficultĂ© tient Ă  la faible frĂ©quence des surestimations. Sans parler des enfants, dont l’erreur est moindre, les adultes examinĂ©s en comparaisons non dirigĂ©es ne donnent que 35 cas de surestimation contre 15 cas de sous-estimation et 10 erreurs nulles. Sans doute peut-on nier l’existence d’erreurs nulles, parce que relatives Ă  l’échelon choisi pour la mesure, auquel cas (pour respecter les proportions) on aurait par exemple 41 surestimations contre 19 sous-estimations, soit environ les deux tiers. Mais comment expliquer alors le tiers non conforme ? Invoquer des interfĂ©rences avec certaines autres causes d’erreurs (temporelles, etc.) serait admissible pour un petit dĂ©chet, de l’ordre de 10 % par exemple. Mais admettre qu’un sujet sur trois ne se soumette pas aux lois d’une structure asymĂ©trique innĂ©e du champ visuel, c’est condamner cette structure Ă  n’ĂȘtre prĂ©cisĂ©ment pas innĂ©e. Et alors, rĂ©pĂ©tons-le, si elle est acquise les vraies causes de la surestimation se prĂ©sentant dans les deux tiers des cas adultes et de la sous-estimation inhĂ©rente au dernier tiers sont Ă  chercher dans l’action des facteurs susceptibles de modifier avec l’ñge les comparaisons selon la dimension verticale.

d) Une autre difficultĂ© tient Ă  la diversitĂ© des rĂ©actions selon que l’étalon est situĂ© en bas ou en haut, c’est-Ă -dire Ă  l’existence des neuf types distincts d’erreurs que nous avons dĂ©crits (tabl. 5-8). Mais cette difficultĂ© se rĂ©duit en rĂ©alitĂ© Ă  la prĂ©cĂ©dente (en accentuant sa portĂ©e) et Ă  la suivante.

e) La derniĂšre objection que nos faits opposent Ă  l’hypothĂšse d’une asymĂ©trie permanente du champ tient Ă  l’affaiblissement considĂ©rable des erreurs et des frĂ©quences de surestimation en comparaison dirigĂ©e. Pourquoi, par exemple, les erreurs relevĂ©es entre 6 et 8 ans sont-elles alors, en moyenne et en majoritĂ© (39 sur 60 et sur 72), des sous-estimations dans la partie supĂ©rieure du champ ? C’est, bien sĂ»r, Ă  cause de l’obligation imposĂ©e au sujet de faire porter son jugement sur la variable. Mais, Ă  l’analyse, l’intervention de ce facteur est beaucoup plus complexe, dans le cas particulier, qu’il ne pourrait sembler, et l’on ne saurait Ă©tablir d’analogie directe entre ce cas et d’autres situations Ă©tudiĂ©es prĂ©cĂ©demment. Par exemple, dans la Rech. III nous avons vu l’erreur en profondeur (surestimation chez l’adulte et sous-estimation chez les petits) ĂȘtre tantĂŽt renforcĂ©e tantĂŽt diminuĂ©e par l’erreur de l’étalon : l’étalon lointain paraissait ainsi aux adultes sensiblement plus grand que l’élĂ©ment proche variable, et cela Ă  la fois parce qu’éloignĂ© et parce que jouant le rĂŽle d’étalon. Or, dans le cas des erreurs nĂ©gatives en comparaison verticale propres aux sujets de 6-8 ans (sous-estimations) il n’en va nullement ainsi. Sans doute, leur erreur avec Ă©talon haut tĂ©moigne-t-elle d’une bien moindre sous-estimation qu’avec Ă©talon bas. Mais, si ces sujets prĂ©sentaient en majoritĂ© une asymĂ©trie hĂ©rĂ©ditaire du champ, si lĂ©gĂšre soit-elle, en faveur des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs, ils devraient fournir une erreur de surestimation lorsque l’étalon est en haut, mĂȘme lorsque leur erreur tourne Ă  la sous-estimation lorsque l’étalon est en bas : en effet, en cas d’étalon haut, l’élĂ©ment supĂ©rieur devrait ĂȘtre surestimĂ© Ă  la fois parce que supĂ©rieur et parce que jouant le rĂŽle d’étalon, tandis que les deux causes ne se contrebalancent qu’en cas d’étalon bas. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale l’affaiblissement des erreurs en comparaison dirigĂ©e ne saurait s’expliquer par une combinaison de l’asymĂ©trie du champ avec l’erreur de l’étalon : la surestimation en comparaison dirigĂ©e devrait en ce cas ĂȘtre supĂ©rieure Ă  celle des comparaisons non dirigĂ©es, quand l’étalon est en haut, ce qui n’est pas le cas, et infĂ©rieure seulement quand l’étalon est en bas. L’affaiblissement des erreurs tient donc Ă  une autre cause que l’erreur de l’étalon, et, comme nous le verrons, cette autre cause ne devient intelligible que dans un schĂ©ma gĂ©nĂ©ral d’explication fondĂ© sur l’action des transports.

2. Les actions de centration

On pourrait alors expliquer les surestimations et sous-estimations observĂ©es, non plus par une asymĂ©trie structurale et permanente de la topographie du champ, mais par des asymĂ©tries fonctionnelles et sujettes Ă  variations, se traduisant par des inĂ©galitĂ©s de centration et par les surestimations liĂ©es Ă  ces effets de centration. Il suffirait ainsi d’admettre que, contrairement aux comparaisons horizontales oĂč les centrations alternĂ©es sur la gauche et sur la droite prĂ©sentent en moyenne une probabilitĂ© et une valeur sensiblement Ă©gales, il y aurait en majoritĂ© centration privilĂ©giĂ©e sur l’élĂ©ment supĂ©rieur, avec exceptions possibles en faveur de l’infĂ©rieur, ce qui rendrait compte de façon satisfaisante des frĂ©quences observĂ©es et de la variabilitĂ© des types d’erreur.

Plus prĂ©cisĂ©ment, l’interprĂ©tation par la centration peut revĂȘtir deux formes. On peut d’abord attribuer tout crĂ»ment une probabilitĂ© plus grande de la centration sur l’élĂ©ment supĂ©rieur, comme nous venons de le supposer ; seulement l’explication est peu facile. Mais on peut aussi considĂ©rer que, la direction vers le haut Ă©tant perceptivement ouverte tandis que la direction vers le bas est fermĂ©e par le sol, nous aurions tendance Ă  centrer les verticales dans la direction du sommet : en ce cas, la comparaison entre deux verticales se prolongeant l’une l’autre avantagerait la supĂ©rieure, qui serait parcourue en entier par le regard lors de ses navettes entre les deux Ă©lĂ©ments, tandis que l’infĂ©rieure demeurerait partiellement centrĂ©e.

Mais deux difficultĂ©s subsistent nĂ©anmoins. La premiĂšre est que les effets de centration diminuent vraisemblablement avec l’ñge : l’explication par la centration ne conviendrait donc qu’aux petites distances et devrait ĂȘtre complĂ©tĂ©e par l’intervention des effets de transports aux grandes distances. La seconde tient Ă  nouveau Ă  l’affaiblissement des erreurs en comparaison dirigĂ©e, puisqu’on devrait obtenir une surestimation gĂ©nĂ©rale pour l’étalon haut : ici encore il convient donc de faire intervenir les effets de transport. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, dans la seconde des interprĂ©tations proposĂ©es Ă  l’instant le rĂŽle de la centration est indissociable, dans l’explication des prĂ©sents effets, de l’action des transports reliant les deux Ă©lĂ©ments. Nous y reviendrons donc Ă  propos du transport (3 sous a).

2 bis. Ne pourrait-on pas, en ce cas, considĂ©rer la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs comme une sorte d’erreur de l’étalon, cet Ă©lĂ©ment pouvant servir de rĂ©fĂ©rence dans la comparaison verticale. En cas de comparaison non dirigĂ©e, l’élĂ©ment supĂ©rieur jouant ainsi le rĂŽle d’étalon serait surestimĂ© par cela mĂȘme. En cas de comparaison dirigĂ©e, au contraire, l’introduction d’un Ă©lĂ©ment constant opposĂ© aux variables provoquerait une nouvelle erreur de l’étalon, se cumulant avec l’autre ou la compensant.

Mais il est clair que les deux difficultĂ©s subsistant dans l’hypothĂšse (2) demeurent les mĂȘmes dans le cas particulier. D’une part, en effet, l’erreur de l’étalon diminue en moyenne avec l’ñge tandis que la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs augmente de valeur pour les grandes distances. D’autre part, on ne comprend toujours pas pourquoi, en comparaisons dirigĂ©es, la surestimation n’augmente pas lorsque l’étalon est en haut.

Il est vrai que l’erreur de l’étalon ne se marque pas nĂ©cessairement par une surestimation de l’étalon lui-mĂȘme et qu’elle peut ĂȘtre inversĂ©e sous forme d’une surestimation de la variable. Mais, dans le cas des enfants de 6-8 ans, nous constatons qu’ils sous-estiment moins l’élĂ©ment supĂ©rieur quand l’étalon est en haut que lorsqu’il est en bas (−1,06 contre −2,77 et −0,35 contre −1,02 : tabl. 1) : leur erreur de l’étalon est donc bien positive, lorsqu’elle porte sur l’élĂ©ment constant opposĂ© aux variables. Comme l’erreur globale demeure nĂ©anmoins nĂ©gative, c’est donc qu’ils ne surestiment pas l’élĂ©ment supĂ©rieur en tant que supĂ©rieur (mais seulement en tant qu’élĂ©ment constant) : sinon il devrait y avoir forte surestimation, par cumul de l’erreur portant sur l’élĂ©ment supĂ©rieur et de la surestimation de l’élĂ©ment constant (puisque cet Ă©lĂ©ment joue les deux rĂŽles Ă  la fois en cas d’étalon haut). La difficultĂ© subsiste donc tout entiĂšre et demeure la mĂȘme dans les hypothĂšses (1), (2) et (2 bis).

Enfin il est Ă  remarquer que cette hypothĂšse (2 bis), pas plus d’ailleurs que celle d’une centration privilĂ©giĂ©e simple sur l’élĂ©ment supĂ©rieur (premiĂšre interprĂ©tation), n’explique en fait l’asymĂ©trie propre aux comparaisons verticales. L’hypothĂšse (1), au reste, tout en considĂ©rant cette asymĂ©trie comme fondamentale et en la posant Ă  titre de fait premier, ne l’explique pas davantage. Seule, jusqu’ici, la seconde interprĂ©tation proposĂ©e pour l’hypothĂšse 2, qui lie la centration privilĂ©giĂ©e Ă  la partie supĂ©rieure des verticales comparĂ©es, ce qui avantage selon une probabilitĂ© plus forte celle des lignes qui est situĂ©e au-dessus de l’autre, fournit un dĂ©but d’explication fonctionnelle de l’asymĂ©trie ; mais cette interprĂ©tation se rĂ©fĂšre alors nĂ©cessairement au transport, auquel il nous faut donc en venir maintenant.

3. Les surestimations ou sous-estimations liées aux transports

Rappelons tout d’abord que, selon les rĂ©sultats de la Rech. II (comparaisons horizontales dans le plan fronto-parallĂšle), les dimensions apparentes des Ă©lĂ©ments transportĂ©s par le regard sont en moyenne modifiĂ©es au cours des transports horizontaux. On peut donc admettre qu’il en sera de mĂȘme a fortiori au cours des transports verticaux, Ă  cause de la difficultĂ© plus grande de la comparaison en ce second cas.

On comprend alors par le fait mĂȘme l’une des raisons de l’asymĂ©trie inhĂ©rente aux comparaisons verticales et cette nouvelle raison vient s’ajouter Ă  celle que nous avons entrevue tout Ă  l’heure Ă  propos de la centration (deuxiĂšme interprĂ©tation). On peut ainsi distinguer deux types d’asymĂ©trie, l’une liĂ©e Ă  la centration sur les verticales se prolongeant en hauteur, ou dĂ©calĂ©es horizontalement mais Ă  des niveaux verticaux diffĂ©rents, ou encore liĂ©e aux horizontales superposĂ©es verticalement mais avec dĂ©calage, etc.), l’autre liĂ©e aux transports de bas en haut ou de haut en bas.

Avant d’examiner cette seconde asymĂ©trie probable, rappelons d’abord la premiĂšre pour prĂ©ciser comment elle se relie au mĂ©canisme du transport vertical (dans les deux sens possibles de parcours) ; et bornons-nous dans ce rappel au cas des verticales se prolongeant l’une l’autre en hauteur (nous avons examinĂ© les autres cas avec A. Morf dans la Rech. XXX).

α) Le point essentiel, dans l’estimation perceptive d’une verticale, par opposition Ă  une horizontale, est que ses deux moitiĂ©s ne sont pas homogĂšnes et que par consĂ©quent une centration du regard sur le point mĂ©dian, pour Ă©valuer la longueur totale de la ligne, est moins probable dans le premier cas que dans le second. Dans le cas d’une horizontale, en effet, la moitiĂ© gauche prĂ©sente les mĂȘmes qualitĂ©s que la moitiĂ© droite et cette symĂ©trie n’est altĂ©rĂ©e que dans les situations non gĂ©nĂ©rales de latĂ©ralisation oĂč le sujet prĂ©sente une prĂ©fĂ©rence se traduisant alors par une erreur lĂ©gĂšre. Dans le cas de la verticale, au contraire, la partie infĂ©rieure est orientĂ©e vers le sol, donc vers une fermeture, tandis que la partie supĂ©rieure est engagĂ©e dans une direction ouverte : autrement dit une verticale comporte un sommet, si l’on peut s’exprimer ainsi, ce qui n’est pas le cas des horizontales. Il en rĂ©sulte que le point de centration privilĂ©giĂ©, pour juger de sa hauteur, est Ă  chercher dans sa moitiĂ© supĂ©rieure. Si tel est le cas, tout transport vertical destinĂ© Ă  comparer deux verticales situĂ©es dans le prolongement l’une de l’autre, balayera la presque totalitĂ© de la ligne supĂ©rieure pour ne parcourir que la partie supĂ©rieure de la ligne infĂ©rieure : d’oĂč, dĂšs le dĂ©part, un avantage au profit de l’élĂ©ment supĂ©rieur, qui s’accentuera par la surestimation au cours mĂȘme du transport, et qui est ainsi, pour ces deux raisons, susceptible d’expliquer dĂ©jĂ  l’erreur systĂ©matique favorisant cet Ă©lĂ©ment situĂ© dans la partie supĂ©rieure du champ.

Mais cette hypothĂšse explicative, qui prĂ©sente l’avantage de relier Ă  une mĂȘme cause les phĂ©nomĂšnes par ailleurs bien distincts de la surestimation des verticales par rapport aux horizontales de mĂȘme longueur et la surestimation des verticales situĂ©es dans la partie supĂ©rieure du champ, ne rend pas encore compte des nombreuses inversions et fluctuations mises en Ă©vidence par la prĂ©sente recherche. Sans doute pourra-t-on toujours dire que, selon les situations, l’attention est plus ou moins attirĂ©e vers la partie infĂ©rieure des lignes Ă  comparer, ce qui renverserait l’erreur. Mais cette nouvelle hypothĂšse n’acquerrait un sens acceptable que liĂ©e Ă  quelque raison systĂ©matique.

Or, l’explication prĂ©cĂ©dente demeure indĂ©pendante du sens de parcours du transport vertical (haut-bas ou l’inverse). Il se pourrait alors que ce sens de parcours joue Ă©galement un rĂŽle en tant que modifiant la durĂ©e ou l’intensitĂ© des centrations sur l’un ou l’autre Ă©lĂ©ment.

ÎČ) En effet, le sens du parcours des transports peut constituer un second facteur d’asymĂ©trie. En comparaison horizontale les mouvements du globe oculaire sont trĂšs habituels et de facilitĂ© Ă©gale dans les sens gauche-droite ou droite-gauche (encore que le premier sens puisse donner lieu, en fonction des habitudes de lecture, etc., Ă  une faible erreur systĂ©matique). Dans le cas des comparaisons verticales, au contraire, deux nouveautĂ©s sont Ă  considĂ©rer. En premier lieu les mouvements de l’Ɠil sont moins habituels et subjectivement moins aisĂ©s, comme plusieurs sujets adultes l’ont notĂ©. En second lieu les mouvements de bas en haut ne constituent plus le symĂ©trique exact des mouvements de haut en bas et la probabilitĂ© de transports prĂ©fĂ©rentiels dans l’un ou l’autre sens devient sensiblement plus grande qu’en comparaisons horizontales. Il y a donc bien, dans ce facteur, une seconde cause possible d’asymĂ©trie.

Il suffit alors d’admettre simultanĂ©ment que le transport modifie les dimensions apparentes des Ă©lĂ©ments comparĂ©s et que les sujets adoptent un mode prĂ©fĂ©rentiel de transport (de bas en haut ou de haut en bas) pour fournir, en plus de l’hypothĂšse (a), une raison de la surestimation moyenne de l’élĂ©ment supĂ©rieur. Un certain nombre de schĂ©mas distincts sont Ă  cet Ă©gard possibles, et nous y reviendrons dans la suite.

Par exemple, le sujet peut « transporter » de prĂ©fĂ©rence de haut en bas, mais avec agrandissement au cours du transport, ce qui dĂ©valuera l’élĂ©ment infĂ©rieur ; ou bien il peut transporter surtout de bas en haut mais avec rapetissement au cours du transport, ce qui valorisera l’élĂ©ment supĂ©rieur ; etc. Mais l’important n’est pas le schĂ©ma choisi, car trop d’inconnues empĂȘchent la dĂ©duction : l’essentiel est d’établir une Ă©quivalence entre les divers schĂ©mas de surestimation ou entre les divers schĂ©mas de sous-estimation, ce qui est aisĂ©, et de confronter leurs communes implications respectives avec les donnĂ©es statistiques.

Avant de tenter cet essai, examinons au prĂ©alable comment ces deux formes complĂ©mentaires d’explication (α et ÎČ) permettent de rĂ©soudre les deux questions principales laissĂ©es jusqu’ici en suspens : celle de l’augmentation des surestimations avec l’ñge aux distances envisagĂ©es dans le prĂ©sent article et celle de leur affaiblissement en comparaisons dirigĂ©es.

Du point de vue de l’évolution avec l’ñge il n’est naturellement pas question de supposer que le transport vertical soit plus facile chez l’enfant et devienne plus difficile au fur et Ă  mesure du dĂ©veloppement. Aussi bien notre hypothĂšse ne revient-elle nullement Ă  attribuer simplement la surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur aux difficultĂ©s du transport : elle consiste, ce qui est bien diffĂ©rent, Ă  l’expliquer Ă  la fois par la surestimation au dĂ©part et en cours de transport (facteur α) et par la prĂ©dominance des transports dans un sens sur les transports dans l’autre (facteur ÎČ), prĂ©dominance due elle-mĂȘme Ă  des raisons d’économie ou de simplification, Ă©tant donnĂ©s le caractĂšre malaisĂ© des transports verticaux et l’asymĂ©trie des mouvements de bas en haut et de haut en bas. Une telle prĂ©dominance constituerait donc simplement le produit d’une habitude acquise ou d’un schĂšme sensori-moteur s’automatisant Ă  l’usage, et non pas d’un mĂ©canisme innĂ© ou de la structure hĂ©rĂ©ditaire du champ. Or, si tel est le mĂ©canisme de la surestimation, il devient facile de comprendre pourquoi elle augmente de valeur avec l’ñge : la raison en est d’abord que le nombre des transports augmente avec le besoin de prĂ©cision ou d’exploration exacte et ensuite que les habitudes de transport se consolident au cours du dĂ©veloppement, c’est-Ă -dire que les comparaisons verticales, d’abord trĂšs polymorphes (ce qui diminue les erreurs par compensations) s’organisent peu Ă  peu, trĂšs relativement d’ailleurs, selon certains modes plus usuels de comparaison et de transport qui rendent alors l’erreur plus systĂ©matique.

On comprend d’autre part, et surtout en fonction du facteur (ÎČ), le fait Ă©trange de l’affaiblissement gĂ©nĂ©ral des surestimations en comparaisons dirigĂ©es, alors que, quand l’étalon est haut, l’erreur de l’étalon devrait s’ajouter Ă  l’erreur de surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur, si cette surestimation Ă©tait due Ă  une structure statique et permanente. L’explication de cet affaiblissement tient simplement au fait que l’obligation de porter les jugements sur la variable perturbe momentanĂ©ment les habitudes acquises quant Ă  la direction des transports : en effet, si la surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur rĂ©sulte sans plus d’une direction privilĂ©giĂ©e des transports, il suffira d’imposer, par une comparaison dirigĂ©e sur la variable seule, d’autres directions aux transports pour affaiblir l’erreur. La meilleure preuve que cet affaiblissement de l’erreur est bien dĂ» Ă  une complication introduite dans les habitudes communes de transport des sujets et non pas Ă  un facteur de simplification est que la variation moyenne (intervariation) augmente de façon frappante en comparaisons dirigĂ©es (tabl. 3) : l’obligation de porter le jugement sur la variable Ă  partir d’un Ă©talon fixe constitue donc un facteur de perturbation des habitudes et non pas d’uniformisation, ce qui est naturel s’il s’agit des habitudes de transport.

Enfin l’hypothĂšse des transports explique plus facilement que les autres l’augmentation des erreurs avec la distance, puisque les modifications de la grandeur des Ă©lĂ©ments transportĂ©s sont naturellement fonction de la longueur du transport. Il est vrai qu’il y a deux exceptions Ă  cette rĂšgle de l’augmentation de l’erreur avec la distance. La plus intĂ©ressante tient aux types diffĂ©rents d’erreur (tabl. 7) : tandis que l’erreur de type I (+ +) augmente avec la distance, l’erreur de type II (− −) n’augmente (en nĂ©gatif) qu’en comparaisons dirigĂ©es et diminue (en nĂ©gatif) avec la distance en comparaisons non dirigĂ©es. Mais il n’est pas difficile d’interprĂ©ter la chose en termes de transports, puisqu’il s’agit prĂ©cisĂ©ment de l’erreur inverse (− −) Ă  celle que produisent les transports dominants et que l’action se double d’un effet d’étalon. D’autre part, en comparaisons non dirigĂ©es (tabl. 2), l’erreur s’annule presque, chez l’adulte, en passant de la distance B Ă  la distance C, tandis qu’elle augmente considĂ©rablement entre les deux mĂȘmes distances B et C en comparaisons dirigĂ©es. Nous n’avons pas d’explication Ă  proposer pour rendre compte de ce fait curieux, sinon qu’une trop grande distance peut rendre les Ă©lĂ©ments indĂ©pendants ou encore altĂ©rer les types de transport spontanĂ©s : on a vu, en effet (tabl. 5) qu’en passant de la distance B Ă  la distance C (comparaisons non dirigĂ©es), le type d’erreur I (+ +) diminue en frĂ©quence de 5 à 4 tandis que le type II (− −) augmente de 0 à 3.

Notons seulement que le fait est encore bien moins explicable en termes de structure de champ (hypothÚse 1), car si une asymétrie structurale (et non pas fonctionnelle comme dans le cas du transport) augmente avec la distance, elle doit augmenter de façon au moins analogue en comparaisons dirigées et non dirigées.

En conclusion, des trois hypothĂšses envisagĂ©es, topographie du champ, centration seule ou centrations et transports, la derniĂšre semble la plus apte Ă  expliquer Ă  la fois la variabilitĂ© des faits observĂ©s et les rĂ©gularitĂ©s relatives concernant la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs. Notons encore que l’adoption de cette hypothĂšse permet de faire une part Ă  chacun des autres facteurs envisagĂ©s. En ce qui concerne l’erreur de l’étalon et les effets de centration, cela va de soi. Mais cela est vrai mĂȘme du facteur possible d’asymĂ©trie du champ, Ă  condition de ne pas considĂ©rer cette asymĂ©trie comme hĂ©rĂ©ditaire (du moins entiĂšrement). À supposer qu’elle soit au moins en partie acquise (comme l’évolution des erreurs avec l’ñge invite Ă  l’admettre), il est alors naturel de penser que les transports propres Ă  la comparaison verticale finissent, en se polarisant toujours davantage sur certains modes devenus habituels, par produire une lĂ©gĂšre surestimation rĂ©siduelle des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs du champ ; sans ĂȘtre entiĂšrement constante cette surestimation rĂ©siduelle suffirait alors Ă  rendre compte des faits en prĂ©sentation tachistoscopique (lorsqu’un transport n’a plus le temps de se produire), que l’on attribue ordinairement Ă  une structure permanente du champ visuel.

§ 5. Le mécanisme des transports verticaux. (1) Les facteurs α

Des deux sortes d’hypothĂšses que nous venons d’invoquer, la premiĂšre (facteur a) est donc destinĂ©e Ă  expliquer le fait gĂ©nĂ©ral de la surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur, notamment aux petites distances lorsque cette erreur systĂ©matique dĂ©croĂźt avec l’ñge. La seconde au contraire (facteur |3) rend compte des inversions et variations qu’a mises en Ă©vidence la prĂ©sente recherche. Le recours Ă  ces deux sortes de facteurs n’étant pas incompatible, puisqu’ils sont au contraire complĂ©mentaires, il nous reste Ă  essayer de prĂ©ciser leurs mĂ©canismes respectifs par une formulation adĂ©quate.

Commençons par la situation dans laquelle les deux verticales de hauteurs Ă©gales se prolongeant l’une l’autre ne sont sĂ©parĂ©es par aucun intervalle, mais par un simple point de repĂšre. En ce cas les verticales supĂ©rieure (que nous appellerons H) et infĂ©rieure (que nous appellerons B) peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme les deux moitiĂ©s d’une mĂȘme droite, la moitiĂ© supĂ©rieure Ă©tant donc surestimĂ©e. Appelons d’autre part la partie supĂ©rieure de H et HB sa partie infĂ©rieure ; de mĂȘme pour BH et BB. Le fait fondamental est alors que, la fixation du regard se produisant sur la partie supĂ©rieure des deux verticales Ă  comparer, la centration sur BH englobe une partie de HB tandis que la centration sur HH n’englobe aucune partie de B. Si nous dĂ©signons par le symbole n le fait d’englober et par le symbole % une partie quelconque, nous aurons donc :

(1) Ct (Bh) ⋂ œ (Hb) mais Ct (Hh) ⋂ 0 (B)

D’oĂč la surestimation de H par rapport à B, puisque H comporte plus d’un effet de centration et BH) tandis que B un seul.

Augmentons maintenant l’intervalle entre B et H, ce qui implique, pour leur comparaison, l’intervention de transports de H sur B (soit Tp HB) ou de B sur H (soit Tp BH). Comme l’élĂ©ment H est centrĂ© sur sa partie supĂ©rieure, le transport Tp HB comme le transport rĂ©ciproque suivront donc la trajectoire conduisant de son sommet Ă  sa base ou rĂ©ciproquement et engloberont donc la partie Hb non fixĂ©e initialement. Au contraire Tp HB comme Tp BA ne parcourront que la partie supĂ©rieure de B puisque cette ligne est estimĂ©e dans sa totalitĂ© par une centration situĂ©e en BH. On aura donc (le symbole √ signifiant « ou l’un ou l’autre, ou les deux ») :

(2) (Tp HB ∹ Tp BH) ⋂ (Hh+ Hb) mais (Tp HB ∹ Tp BH) ⋂ (Bh)

Ainsi l’élĂ©ment H parcouru dans sa totalitĂ© donnera lieu Ă  plus d’effets de centration que l’élĂ©ment B, ce qui revient Ă  dire que les « points de rencontre » 14 Ă©tant plus nombreux sur H que sur B, l’élĂ©ment H sera Ă  nouveau surestimĂ©. D’autre part, comme dans un tel modĂšle, le sens prĂ©fĂ©rentiel de transport n’intervient pas, nous pouvons admettre une surestimation en cours de transport indĂ©pendamment de sa direction. Soit :

(3) (Htp) > (H) et (Btp) > (B)

Il en rĂ©sulte que l’effet (2) augmente avec la longueur des transports, donc avec la distance (grandeur et intervalle). Il suffit alors d’admettre que le nombre des transports s’accroĂźt avec l’ñge (avec l’augmentation du besoin de prĂ©cision dans les comparaisons) pour comprendre que la diffĂ©rence entre les petites et les grandes distances devient plus forte avec l’ñge. L’erreur systĂ©matique de surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur diminue donc avec l’ñge tant que domine l’effet 1 (petites distances) mais augmente avec l’ñge quand domine l’effet (2).

Mais ce schĂ©ma si simple, qui suffirait Ă  rendre compte de tous les faits si l’erreur systĂ©matique Ă©tait rĂ©guliĂšre comme aux petites distances, n’explique ni les inversions ni les variations considĂ©rables observĂ©es dans la prĂ©sente Recherche. Il faut donc le complĂ©ter par un recours aux facteurs (ÎČ) c’est-Ă -dire aux transports prĂ©fĂ©rentiels Tp HB ou Tp BH qui, par le fait mĂȘme de la surestimation en cours de transport, aboutiront Ă  un effet plus fort (en vertu de la distance croissante) que les effets (1) et (2). Nous allons donc formuler l’intervention de ce facteur (ÎČ) et, pour ne prĂ©juger de rien, nous allons mĂȘme examiner toutes les Ă©ventualitĂ©s y compris celle du rapetissement en cours de transport, de maniĂšre Ă  nous assurer que cela ne changerait rien au schĂ©ma gĂ©nĂ©ral.

§ 6. Le mĂ©canisme des transports verticaux. (2) les facteurs ÎČ

Il nous reste donc Ă  essayer de diffĂ©rencier les mĂ©canismes invoquĂ©s jusqu’à pouvoir rendre compte des douze groupes de faits Ă©numĂ©rĂ©s au § 3.

I. Transformations dimensionnelles et fréquence des transports

Nous sommes Ă  peu prĂšs certains que le transport modifie les dimensions subjectives des Ă©lĂ©ments comparĂ©s dans le sens d’une surestimation en cours de transport, mais nous ne pouvons pas en fournir la preuve faute de dissociation entre les effets de transport et ceux de centration. Nous pouvons, d’autre part, considĂ©rer comme probable que les transports de bas en haut et les transports de haut en bas n’ont pas la mĂȘme frĂ©quence, mais faute d’enregistrement exact nous ne savons rien de plus sur les rapports de ces frĂ©quences. Il est donc nĂ©cessaire de commencer par examiner toutes les combinaisons possibles entre ces deux inconnues.

A. Supposons d’abord que les transformations dimensionnelles sont constantes, c’est-Ă -dire que, Ă  distances Ă©gales, un transport de bas en haut agrandira ou rapetissera de la mĂȘme valeur l’élĂ©ment transportĂ© qu’un transport de haut en bas, seul le sens (le signe) de la transformation Ă©tant susceptible de varier.

On peut concevoir alors quatre combinaisons possibles (le signe → signifie « entraĂźne ») :

(4) [Tp BH → (Btp > B)] + [Tp HB → (Htp > H)]

(4 bis) [Tp BH → (Btp < B)] + [Tp HB → (Htp < H)]

(4 ter) [Tp BH → (Btp > B)] + [Tp HB → (Htp < H)]

(4 quater) [Tp BH → (Btp < B)] + [Tp HB → (Htp > H)]

Notons maintenant que si l’on a Btp < B, c’est-Ă -dire un agrandissement de B au cours du transport, il en rĂ©sulte que H sera sous-Ă©valuĂ© par une comparaison avec B. Inversement si Htp > H alors H sera surestimĂ© et B dĂ©valuĂ© par comparaison avec H. DĂ©signons par le symbole X (Tp Y) ≶ Ct X le fait que X comparĂ© à Y transportĂ© sur lui est vu plus grand (ou plus petit) que X centrĂ© Ă  lui seul. On aura donc, de façon gĂ©nĂ©rale :

(5) (Xtp > X) → Y (Tp X) < Ct Y

(5 bis) (Xtp < X) → Y (Tp X) > Ct Y

De (5) et (5 bis) on peut alors conclure que dans la combinaison (4) Tp BH dévaluera H et Tp HB dévaluera B. Si les fréquences de Tp BH et de Tp HB sont égales, H et B seront donc perçus comme égaux. Dans la combinaison (4 bis), Tp BH aboutira au contraire à une surestimation de H et Tp HB à une surestimation de B ; mais en cas de fréquences égales, le résultat sera à nouveau nul. Par contre, la combinaison (4 ter) donnera une sous-estimation de H et une surestimation de B dans les deux sens du transport et la combinaison (4 quater) donnera une surestimation de H et une sous-estimation de B dans les deux sens du transport.

Les combinaisons (4) Ă  (4 quater) sont donc toutes les quatre insuffisantes Ă  elles seules Ă  rendre compte des faits si les frĂ©quences des Tp BH et des Tp HB sont Ă©gales : les combinaisons (4) et (4 bis) sont insuffisantes parce que le rĂ©sultat en est nul, ce qui est contraire aux erreurs observĂ©es et les combinaisons (4 ter et quater) sont insuffisantes parce qu’elles donnent chacune une erreur orientĂ©e respectivement toujours dans le mĂȘme sens, ce qui est Ă©galement contraire aux faits observĂ©s.

B. On peut alors ajouter une condition de plus, sans encore invoquer une inĂ©galitĂ© de frĂ©quences : on peut Ă©carter la constance des transformations dimensionnelles et admettre que, Ă  distances Ă©gales, l’agrandissement ou le rapetissement dus aux transports dans un sens sont supĂ©rieurs Ă  l’agrandissement ou au rapetissement dus aux transports dans l’autre sens. Si B et H sont objectivement Ă©gaux, on aura alors :

(6) B (Tp H) > H (Tp B)

ou

(6 bis) B (Tp H) < H (Tp B)

Cela revient à dire que, en (6) le Tp HB aboutit à une surestimation de B plus grande que la surestimation de H due au Tp BH et que, en (6 bis) l’inverse se produit.

Mais on voit immĂ©diatement que la combinaison (6) revient, au total, Ă  une surestimation de B et Ă  une sous-estimation de H par rapport à B : la combinaison (6) est donc Ă©quivalente Ă  la combinaison (4 ter). De mĂȘme la combinaison (6 bis) est Ă©quivalente Ă  la combinaison (4 quater) pour les raisons symĂ©triques.

Il est donc inutile, mĂȘme si elle est vraie, de faire l’hypothĂšse supplĂ©mentaire d’une inĂ©galitĂ© des transformations dimensionnelles, puisqu’on peut la traduire sous la forme des combinaisons (4) Ă  (4 quater), Ă  laquelle elle n’ajoute rien.

C. Il est alors nĂ©cessaire, puisque les combinaisons (4) Ă  (4 quater) sont insuffisantes Ă  elles seules et que les combinaisons (6) et (6 bis) se rĂ©duisent Ă  (4 ter) et Ă  (4 quater), d’introduire une condition supplĂ©mentaire et d’admettre une inĂ©galitĂ© possible des frĂ©quences de Tp BH et de Tp HB. Nous Ă©crirons Tp BH > Tp HB pour exprimer le fait que les Tp BH l’emportent en frĂ©quence sur les Tp HB (et < pour l’inverse). En ce cas la condition (4) donnera :

(7) [Condit. (4) + (Tp BH > Tp HB)] B (H) > B

et

(7 bis) [Condit. (4) + (Tp BH < Tp HB)] → [H (B) > H] = B (H) < B

oĂč B (H) > B signifie que B est surestimĂ© par comparaison avec H et H (B) > H l’inverse.

De son cÎté, la condition (4 bis) donnera :

(8) [Condit. (4 bis) + (Tp BH > Tp HB)] →H (B) > H

et

(8 bis) [Condit. (4 bis) + (Tp BH < Tp HB)] → [B (H) > B] = H (B) < H

On obtient donc ainsi une surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur H soit par la double condition (7 bis) soit par la double condition (8) et une sous-estimation de H par (7) ou (8 bis).

Quant aux conditions (4 ter et quater), elles ne sont pas modifiĂ©es par une inĂ©galitĂ© de frĂ©quence des transports, puisque (4 ter) donne toujours la sous-estimation de H et (4 quater) toujours la surestimation de H. Nous pouvons donc considĂ©rer la condition (4 ter) comme Ă©quivalente aux doubles conditions (7) ou (8 bis), ce qui va de soi car de dire que le Tp BH agrandit B et que le Tp HB rapetisse H aboutit au mĂȘme rĂ©sultat que de dire que les deux transports agrandissent l’élĂ©ment transportĂ© mais que Tp BH l’emporte en frĂ©quence sur Tp HB. De mĂȘme la condition (4 quater) Ă©quivaut aux doubles conditions (7 bis) ou (8).

En conclusion, nous pouvons Ă©liminer dĂ©finitivement les conditions (4 ter et quater) puisqu’elles sont Ă©quivalentes Ă  (7) ou (8 bis) et Ă  (7 bis) ou (8) et puisque chacune, prise Ă  part, aboutit toujours Ă  la sous-estimation ou toujours Ă  la surestimation, ce qui est contraire aux faits. Pour rendre compte des faits, dans leur variabilitĂ© comme dans leurs rĂ©gularitĂ©s, il ne demeure donc que deux schĂ©mas, Ă©quivalents entre eux et supposant l’un et l’autre une inĂ©galitĂ© de frĂ©quence des transports Tp BH et Tp HB : (7) et (7 bis) si le transport agrandit l’élĂ©ment transportĂ© (la surestimation de H s’expliquerait alors par une prĂ©dominance des transports de haut en bas Tp HB, soit par la double condition 7 bis, tandis que la sous-estimation de H s’expliquerait par la prĂ©dominance inverse, donc par la double condition 7) ; et (8) et (8 bis) si le transport rapetisse l’élĂ©ment transportĂ© (d’oĂč la surestimation de H en cas de prĂ©dominance du transport Tp BH, condition 8, et la sous-estimation de H en cas de prĂ©dominance inverse, condition 8 bis).

Ces deux schémas, entre lesquels le choix demeure toujours possible, suffisent alors à expliquer les faits (1) et (2) du § 3 :

1. La surestimation moyenne des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs du champ s’expliquerait ainsi, au cas oĂč les facteurs α seraient dominĂ©s par la longueur du transport, par un transport prĂ©fĂ©rentiel de haut en bas (en cas d’agrandissement de l’élĂ©ment transportĂ©) ou de bas en haut (en cas de rapetissement au cours du transport) 15.

2. Ces transports prĂ©fĂ©rentiels ne correspondraient qu’à une certaine majoritĂ© de frĂ©quences et non pas Ă  la totalitĂ©, d’oĂč la dispersion des surestimations (51 %) et des sous-estimations (28 %) ainsi que les compensations possibles ou erreurs nulles (21 %).

II. La position de l’étalon et des variables.

Mais il reste Ă  expliquer pourquoi les rĂ©sultats ne sont pas identiques en comparaison non dirigĂ©e, selon que l’étalon est en bas ou en haut, et surtout pourquoi presque toutes les surestimations diminuent de valeur en comparaisons dirigĂ©es.

Appelons E l’étalon et V la variable et dĂ©signons par B[E], H[E], B[V] et H[V] les Ă©lĂ©ments qui sont simultanĂ©ment infĂ©rieur et Ă©talon, supĂ©rieur et Ă©talon, infĂ©rieur et variable ou supĂ©rieur et variable.

Deux faits nouveaux sont alors Ă  considĂ©rer : l’erreur de l’étalon, que l’on peut considĂ©rer comme due Ă  une centration prĂ©fĂ©rentielle sur l’étalon (ou sur la variable) indĂ©pendamment des transports, et la possibilitĂ© de transports prĂ©fĂ©rentiels de l’étalon sur la variable ou de la variable sur l’étalon. Nous exprimerons les premiers sous la forme Tp EV > Tp VE et les seconds sous la forme inverse.

En cas de comparaisons non dirigĂ©es, il n’est pas de raison pour que ces transports prĂ©fĂ©rentiels relatifs à E et V modifient sensiblement les transports habituels de B et de H. En effet, d’une part, il n’est pas exigĂ© de jugement sur la variable, de telle sorte que la comparaison n’est pas polarisĂ©e par la consigne. D’autre part, l’étalon n’est pas reconnu comme tel, comme lorsqu’il subsiste en permanence au vu et au su du sujet. Celui-ci ne peut mĂȘme pas remarquer (consciemment ou inconsciemment) que les Ă©lĂ©ments infĂ©rieurs varient tantĂŽt plus tantĂŽt moins que les Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs, puisque l’on prend la prĂ©caution de mĂ©langer, dans leur ordre de prĂ©sentation, les situations Ă  Ă©talon bas et Ă  Ă©talon haut. Il est donc assez surprenant d’observer une diffĂ©rence notable de rĂ©actions (surtout entre 5 et 8 ans il est vrai) selon que l’étalon est placĂ© en bas ou en haut (diffĂ©rence de +0,31 Ă  +1,18 Ă  5-8 ans et de +1,00 Ă  +1,38 chez l’adulte). Mais comme le fait est lĂ , il faut bien en tenir compte.

Notons d’abord qu’un tel fait, Ă  dĂ©faut de toute autre explication, dans le cas particulier, pourrait ĂȘtre interprĂ©tĂ© par des actions d’« impressions absolues » ou de point neutre. Lorsque l’on demande aux sujets de classer en « grands » et en « petits », sans termes fixes de comparaisons (sans Ă©talon), les divers Ă©lĂ©ments d’une collection (nous avons fait l’expĂ©rience avec des tiges analogues Ă  celles dont il est question ici) 16, on constate, en effet, chez les sujets de 5-8 ans une tendance Ă  considĂ©rer comme « grands » les Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs au mĂ©dian de la sĂ©rie et comme « petits » les Ă©lĂ©ments infĂ©rieurs Ă  ce mĂ©dian. Le « point neutre » tend alors Ă  converger avec le mĂ©dian lui-mĂȘme, tandis que chez l’adulte le point neutre dĂ©pend davantage de l’expĂ©rience antĂ©rieure et rĂ©siste un peu mieux Ă  l’action actuelle de la sĂ©rie prĂ©sentĂ©e. Il suffirait alors que, en l’absence d’étalon fixe, le sujet soit portĂ© Ă  choisir quand mĂȘme un Ă©lĂ©ment de rĂ©fĂ©rence et qu’il le choisisse de prĂ©fĂ©rence au voisinage du mĂ©dian de la sĂ©rie pour que l’on s’explique les deux faits surprenants rĂ©vĂ©lĂ©s par le tableau 2 : qu’il existe une erreur de l’étalon dans des comparaisons non dirigĂ©es oĂč tout a Ă©tĂ© prĂ©vu pour Ă©viter une telle forme d’erreur, et que celle-ci soit si notablement plus forte Ă  5-8 ans que chez l’adulte.

Quoi qu’il en soit de cet essai d’explication, il existe donc en comparaisons libres une lĂ©gĂšre erreur de l’étalon qui conduit Ă  surĂ©valuer E aux dĂ©pens de V. En ce cas, quand le transport prĂ©fĂ©rentiel Tp HB porte sur H[E] et prend ainsi la forme Tp H[E]B, l’élĂ©ment transportĂ© est dĂ©jĂ  quelque peu surĂ©valuĂ© au dĂ©part, et, si nous adoptons l’hypothĂšse (7 et 7 bis), il le sera davantage encore en cours de transport. Au contraire quand Tp HB porte sur H[V] et prend la forme Tp l’élĂ©ment transportĂ© est un peu sous-estimĂ© au dĂ©part, ce qui compense en partie l’effet d’agrandissement du transport.

C’est ce qui expliquerait le fait que les erreurs avec Ă©talon bas (tabl. 2) marquent une moindre surestimation de H qu’avec Ă©talon haut (fait 1 bis du § 3) :

(9) {[H[E] > H[V]] + [Tp HB → (Tp H > Ct H)] + (Tp HB > Tp BH)} →H[E] (B[V]) > H (B)

Ce phĂ©nomĂšne se retrouve naturellement, et mĂȘme en plus accentuĂ©, en cas de comparaisons dirigĂ©es. Mais, au lieu de produire simplement une plus forte surestimation avec Ă©talon haut qu’en comparaisons non dirigĂ©es, il s’accompagne d’une autre action qui le domine en partie et qui est constituĂ©e par les transports prĂ©fĂ©rentiels Tp EV ou Tp VE. MĂȘme si, en comparaisons horizontales, l’étalon est transportĂ© de prĂ©fĂ©rence Ă  la variable (ce qui est loin d’ĂȘtre certain), il n’est, en effet, aucune raison pour que, en comparaison verticale, un Ă©talon surestimĂ© soit l’objet d’un transport privilĂ©gié : du moment qu’il existe dĂ©jĂ  un transport prĂ©fĂ©rentiel Tp HB > Tp BH (dans l’hypothĂšse 7 bis) et qu’on exige, d’autre part, du sujet un jugement sur la variable, ce peut fort bien ĂȘtre la variable qui sera transportĂ©e de prĂ©fĂ©rence sur l’étalon, ce qui dĂ©valuera l’étalon (donc compensera Ă  des degrĂ©s divers l’erreur de l’étalon), si le transport s’accompagne d’un agrandissement, et ce qui affaiblira les effets du transport Tp HB si la variable est en bas.

Les erreurs observĂ©es en comparaisons dirigĂ©es sont donc le rĂ©sultat d’au moins trois facteurs : le transport en fonction de H et de B, le transport en fonction de E et de V et une erreur de l’étalon plus forte qu’en comparaison libre. On comprend alors que les comparaisons dirigĂ©es produisent une perturbation gĂ©nĂ©rale des erreurs telles qu’on les observe en comparaisons non dirigĂ©es. D’autre part, si la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs H est bien le produit d’une dominance parmi les transports, il est naturel que cette perturbation, due Ă  la complexitĂ© des facteurs en jeu, entraĂźne une rĂ©partition plus homogĂšne de ces transports, donc un affaiblissement de la moyenne des erreurs.

Bornons-nous, pour l’instant, à formuler ces trois facteurs :

(10) Comp. dirigĂ©es : (E ≶ V) + (Tp EV ≶ Tp VE) + Tp HB) ≶ Tp BH

Le premier de ces facteurs Ă©tant moins actif en comparaisons non dirigĂ©es et le second presque absent, on comprend alors d’emblĂ©e l’augmentation gĂ©nĂ©rale de la variation moyenne et l’élargissement gĂ©nĂ©ral des seuils en comparaisons dirigĂ©es (faits 6, c et d du § 3). Quant Ă  l’explication des moyennes et des frĂ©quences (6 a et b) nous chercherons Ă  la tirer Ă©galement des prop. 9 et 10, mais n’y parviendrons qu’aprĂšs avoir analysĂ© les divers types d’erreurs I à IX en fonction des facteurs (4-4 bis), (5) et (7-10), puisque c’est en dĂ©finitive la distribution diffĂ©rente des types d’erreurs I-IX et de leurs valeurs respectives qui explique les moyennes et frĂ©quences gĂ©nĂ©rales distinctes en comparaisons dirigĂ©es et non dirigĂ©es.

III. Les types d’erreurs I à IX

Du point de vue qualitatif il est aisĂ© de rendre compte des neuf types d’erreurs observĂ©es au moyen des facteurs (10) et de ceux d’entre eux qui subsistent en comparaisons non dirigĂ©es (Ă©tant toujours admis que le transport agrandit l’élĂ©ment) : Le type I (+ +) rĂ©sulte sans plus du transport prĂ©fĂ©rentiel Tp HB > Tp BH en cas d’agrandissement de l’élĂ©ment transportĂ©.

Le type II (− −), qui est minoritaire par rapport au type I en comparaisons non dirigĂ©es, rĂ©sulte de l’inĂ©galitĂ© inverse : Tp BH > Tp HB.

Le type III (+ −), qui est absent de nos 66 comparaisons non dirigĂ©es, rĂ©sulte du transport prĂ©fĂ©rentiel Tp VE > Tp EV, primant les transports relatifs à H et à B, puisque quand la variable est en haut l’erreur est positive (surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur) et que quand elle est en bas l’erreur est nĂ©gative sur l’élĂ©ment H.

Le type IV (− +), qui est presque absent des comparaisons non-dirigĂ©es (1 cas) et bien reprĂ©sentĂ© dans les comparaisons dirigĂ©es (11 Ă  24 % : tabl. 5), rĂ©sulte au contraire de la prĂ©fĂ©rence Tp EV > Tp VE puisque l’erreur sur H est nĂ©gative quand l’étalon est en bas et positive quand il est en haut 17.

Le type V (0 −) peut rĂ©sulter de la double prĂ©fĂ©rence Tp BH > Tp HB et Tp VE > Tp EV : quand l’étalon est en bas le transport Tp BH produit une erreur − sur H et Tp VE une erreur + qui la compense (d’oĂč l’erreur nulle), tandis que quand l’étalon est haut, Tp BH et Tp VE produisent tous deux une erreur nulle. Mais le type V peut aussi rĂ©sulter de Tp BH > Tp HB avec erreur de l’étalon sur la variable, d’oĂč compensation quand la variable est en haut et double erreur — quand elle est en bas.

Le type VI (− 0) peut de mĂȘme rĂ©sulter d’un double transport prĂ©fĂ©rentiel Tp BH > Tp HB et Tp EV > Tp VE (d’oĂč double erreur − quand l’étalon est en bas et compensation quand il est en haut) ou de la prĂ©fĂ©rence Tp BH et d’une erreur de l’étalon sur l’étalon.

Le type VII (+ 0) peut rĂ©sulter de (Tp HB > Tp BH) + (Tp VE > Tp EV) ou de Tp HB > Tp BH et d’une erreur de l’étalon sur la variable.

Le type VIII (0 +) rĂ©sultera soit de (Tp HB > Tp BH) + (Tp EV > Tp VE) soit du premier facteur et d’une erreur de l’étalon sur l’étalon.

Le type IX (0 0), enfin, peut rĂ©sulter soit d’une Ă©galitĂ© (Tp BH = Tp HB) soit d’une compensation entre les trois facteurs de la prop. (10).

Résumons cette interprétation de la maniÚre suivante :

(11) I (Tp HB > Tp BH) → (+Phv +Phe)

oĂč Phv est la dĂ©formation ou erreur sur la variable en haut et Phe sur l’étalon haut

II (Tp BH > Tp HB) → (−Phv −Phe)

III (Tp VE > Tp EV) → (+ Phv −Phe)

IV (Tp EV > Tp VE) → (−Phv + Phe)

V [(Tp BH > Tp HB) + (Tp VE > Tp EV) ∹ (V > E)] 18 → (Phv = 0 ; −Phe)

VI [(Tp BH > Tp HB) + (Tp EV > Tp VE) ∹ (E > V)] → (−Phv ; Phe = 0)

VII [(Tp HB > Tp BH) + Tp VE > Tp EV) ∹ (V > E)] → (+Phv ; Phe = 0)

VIII [(Tp HB > Tp BH) + (Tp EV > Tp VE) ∹ (E > V)] → (Phv = 0 ; + Phe)

IX (Tp BH = Tp HB) √ [(Tp HB ≶ Tp BH) + [Tp EV ≶ Tp VE) + (E ≶ V)] → (Phv = 0 ; Phe = 0)

On pourrait supposer que les erreurs de type V-VIII qui sont nulles dans l’une des deux situations (Ă©talon bas ou haut) rĂ©sultent de Tp HB = Tp BH en cette situation et des facteurs Tp EV ≶ Tp VE ou E ≶ V dans l’autre. Mais si ceux-ci sont seuls Ă  expliquer l’erreur dans la seconde situation, ils devraient s’ajouter au premier facteur dans la premiĂšre et on ne comprendrait plus l’erreur nulle.

Or cette interprĂ©tation qualitative permet d’emblĂ©e d’expliquer les frĂ©quences respectives des types dans les comparaisons libres et dirigĂ©es (faits 3 et 6 e du § 3). En comparaisons non dirigĂ©es, le facteur Tp EV ≶ Tp VE Ă©tant Ă  peu prĂšs inopĂ©rant, les deux types III et IV qui ne reposent que sur lui sont eux-mĂȘmes Ă  peu prĂšs absents (3 % entre les deux chez les enfants et les adultes : tabl. 5 bis), tandis qu’en comparaisons dirigĂ©es ces deux types reprĂ©sentent le 35 % des rĂ©actions enfantines (= les types les plus frĂ©quents) et le 23 % des rĂ©actions adultes. Les types I, II et IX qui ne dĂ©pendent guĂšre que du facteur Tp BH ≶ Tp HB reprĂ©sentent par contre ensemble le 78 % (enfants) et 77 % (adultes) des rĂ©actions en comparaisons non dirigĂ©es et seulement le 41 % (enfants) et 60 % (adultes) en comparaisons dirigĂ©es. Quant aux types V-VIII qui peuvent ne dĂ©pendre que des deux facteurs Tp HB ≶ Tp BH et E ≶ V, ils conservent Ă  peu prĂšs les mĂȘmes frĂ©quences dans les deux sortes de comparaisons (41 % et 39 % pour les enfants et adultes rĂ©unis).

Notons encore le fait curieux que, si le type II est de frĂ©quence Ă  peu prĂšs Ă©gale chez l’enfant en comparaisons dirigĂ©es et non dirigĂ©es, il est par contre beaucoup plus frĂ©quent chez l’adulte en comparaisons dirigĂ©es (28 % contre 17 % en comparaisons libres) et de frĂ©quence Ă©gale au type I dans la mĂȘme situation (28 % en comparaisons dirigĂ©es). On doit donc admettre que, quand les trois facteurs de la prop. (10) interviennent simultanĂ©ment, les frĂ©quences des prĂ©fĂ©rences Tp BH > Tp HB et des prĂ©fĂ©rences Tp HB > Tp BH tendent Ă  s’égaliser par compensation ou brassage des influences (Tp HB favorisĂ© tantĂŽt par l’étalon haut tantĂŽt par Tp VE et Tp BH favorisĂ© tantĂŽt par l’étalon bas, tantĂŽt par Tp VE, etc.).

Si nous examinons maintenant les valeurs quantitatives de ces types d’erreurs (tabl. 6) Ă  la lumiĂšre des mĂ©canismes dĂ©crits Ă  l’instant, nous retrouvons les mĂȘmes combinaisons d’influences. C’est ainsi que, en comparaisons non dirigĂ©es, les erreurs de type I (+ +) ont une valeur un peu supĂ©rieure (+3,5 pour enfants et adultes rĂ©unis) en cas d’étalon haut, sans doute par adjonction d’une erreur de l’étalon, qu’avec Ă©talon bas (+2,75). Par contre les erreurs de type II (− −), qui rĂ©sultent de la prĂ©fĂ©rence Tp BH > Tp HB, sont un peu plus fortes avec Ă©talon bas (−3,5 pour les enfants et adultes rĂ©unis) qu’avec Ă©talon haut (−3,0) parce qu’alors l’erreur de l’étalon s’ajoute au transport de bas en haut pour dĂ©valoriser H[V]. Mais ce phĂ©nomĂšne ne se retrouve pas en comparaisons dirigĂ©es, sans doute Ă  cause du nouveau facteur Tp VE ≶ Tp EV. Par contre les erreurs de type III (et en partie IV) sont un peu plus fortes avec Ă©talon haut comme si l’erreur III (due Ă  Tp VE > Tp EV) s’accompagnait d’une lĂ©gĂšre prĂ©fĂ©rence Tp BH > Tp HB (et l’erreur IV d’une faible tendance Tp HB > Tp BH qui la compense dans un sens et la renforce dans l’autre.

Mais, avant d’ĂȘtre en mesure d’expliquer l’affaiblissement gĂ©nĂ©ral des surestimations de H en comparaisons dirigĂ©es, il nous reste Ă  examiner le rĂŽle de la distance.

IV. L’effet des distances

L’inspection des tableaux 1 ou mĂȘme 2 ne suffit pas Ă  mettre en lumiĂšre l’action de la distance, car cette action est double : elle exerce une influence sur la valeur des erreurs mais elle entraĂźne Ă©galement des changements dans la frĂ©quence des types d’erreurs. Ce sont donc aussi aux tableaux 5 et 7 Ă  nous renseigner sur ces deux points (les frĂ©quences en + − et 0 des tableaux 1 et 2 n’étant que le total des frĂ©quences + − et 0 propres aux neuf types du tableau 5). On constate alors que :

1. L’erreur de type I (+ +) augmente rĂ©guliĂšrement selon la distance (tabl. 7) avec Ă©talons hauts et bas. L’erreur de type II (− −) augmente rĂ©guliĂšrement aussi mais en nĂ©gatif. Il est donc permis de conclure, dans ces deux cas, que l’effet de modification dimensionnelle dĂ» aux transports de B et de H soit PT ph est fonction de la longueur du transport, soit L Tp :

(12) (L Tph > L’ Tp’h) → (P Tph > P’ Tp’h)

pour les types I et II.

oĂč P > P’ exprime une erreur plus grande arithmĂ©tiquement, mais pouvant ĂȘtre affectĂ©e du signe + ou −.

2. Dans le cas des erreurs III et IV (tabl. 7), la prop. (12) se vĂ©rifie pour les erreurs nĂ©gatives (Ă©talon haut en III et bas en IV) mais pas pour les erreurs positives : dans le cas de l’erreur IV avec Ă©talon haut il y a mĂȘme dĂ©croissance rĂ©guliĂšre avec la distance. Si l’on prend la moyenne des erreurs nĂ©gatives en III et en IV on trouve pour les distances A, B et C des valeurs de −1,6 ; −3,5 et −3,5 tandis que la moyenne des erreurs positives donne pour les distances A, B et C : +3,9 ; +2,5 et +2,0.

Dans ces cas, on peut supposer que le rĂ©sultat du transport global Tp est dĂ» Ă  une moyenne de transports Ă©lĂ©mentaires c’est-Ă -dire des mouvements de va-et-vient entre les termes Ă  comparer : Tp = (ÎŁtp)/n. Ce serait alors la composition de ces transports Ă©lĂ©mentaires qui serait modifiĂ©e par la distance. Or, cette supposition n’est pas contradictoire avec la prop. 12, puisque, dans le cas des erreurs de type I-II il s’agit de transports relatifs Ă  la position (Tp BH ≶ Tp HB), et dans le cas des erreurs de type III-IV de transports relatifs aux Ă©talons et aux variables (Tp EV ≶ Tp VE). Si nous appelons Tpe ce second type de transport, on ne peut conclure que

(13) (L Tpe > L’ Tp’e) → (P Tpe ≶ P’ Tp’e)

3. Enfin, l’examen du tableau 5 et des frĂ©quences des tableaux 1-2 montre que les types d’erreurs I-IX ainsi que des signes globaux +, − et 0 varient Ă  peu prĂšs toujours de frĂ©quences avec la distance, mais d’une maniĂšre extrĂȘmement irrĂ©guliĂšre. Par exemple, en comparaisons dirigĂ©es les types I et III augmentent de frĂ©quence avec la distance chez l’adulte (quoique le type I diminue en comparaison libre), mais le type IV diminue plutĂŽt ; chez l’enfant les types I et III diminuent et le type IV augmente nettement avec la distance en comparaison dirigĂ©e, tandis que le type I augmente en comparaison libre. Le type II augmente de frĂ©quence avec la distance chez l’enfant en comparaisons dirigĂ©es et non dirigĂ©es, tandis qu’il diminue chez l’adulte en comparaisons dirigĂ©es et oscille en comparaisons libres, etc. Quant Ă  l’évolution des frĂ©quences d’erreurs de signes +, − et 0 avec la distance, elle est tout aussi irrĂ©guliĂšre, mĂȘme en comparaison libre. En comparaison dirigĂ©e les erreurs (+) augmentent avec la distance chez l’adulte, Ă  5-6 ans (Ă©talon haut) et Ă  7-8 ans (Ă©talon haut) mais diminuent Ă  6-7 ans, Ă  5-6 ans (Ă©talon bas) et en partie Ă  7-8 ans (Ă©talon bas). Les frĂ©quences des erreurs (−) varient en sens inverse.

Ici de nouveau on ne peut donc conclure qu’une chose : c’est que la distance exerce un effet perturbateur sur les frĂ©quences, mais sans aucune loi gĂ©nĂ©rale sauf en ce qui concerne l’évolution avec l’ñge.

4. Pour ce qui est enfin de la variation avec la distance des moyennes d’erreurs systĂ©matiques contenues dans les tableaux 1-2, on observe bien, en gros, une accentuation des erreurs en fonction de la distance, qui rĂ©sulte de la relation (12), mais avec un certain nombre d’irrĂ©gularitĂ©s dues à (13) et surtout aux modifications dans les frĂ©quences des types d’erreurs (fait 5 du § 3).

V. Les différences entre les comparaisons libres et les comparaisons dirigées

Nous pouvons enfin tenter d’interprĂ©ter les effets multiples et surprenants de l’introduction d’étalons et des jugements obligĂ©s sur la variable, dans le cas de la comparaison verticale. Chez l’adulte l’explication est relativement simple Ă  fournir en fonction des prop. 9 et 10 puisqu’il y a seulement affaiblissement des erreurs systĂ©matiques et renversement de l’erreur de l’étalon. Chez l’enfant par contre, il y a en moyenne renversement du sens de l’erreur avec accroissement de celle-ci (−0,82 en moyenne gĂ©nĂ©rale pour 5-8 ans contre +0,49) et il est au premier abord bien plus difficile de comprendre le pourquoi de ces deux phĂ©nomĂšnes.

Chez l’adulte, il y a lĂ©gĂšre diminution de l’erreur avec Ă©talon bas (+0,88 contre +1,00 en comparaisons libres) et forte diminution avec Ă©talon haut (+0,38 contre +1,28). Le fait que l’affaiblissement de l’erreur se produise surtout en cette seconde situation montre que la valorisation de l’étalon lui-mĂȘme en comparaisons libres se reporte sur la variable en comparaisons dirigĂ©es. Une majoritĂ© d’erreurs nĂ©gatives en distance A remplace la majoritĂ© d’erreurs positives en comparaison libre et la proportion des erreurs de type I (+ +) et II (− −) devient de 28 % Ă  28 % contre 50 % Ă  17 % en comparaison libre. Les erreurs positives gardent cependant au total la majoritĂ© et les moyennes gĂ©nĂ©rales demeurent positives (mais avec trois moyennes nĂ©gatives sur six pour les trois distances et les deux situations), ce qui prouve la conservation d’une nette prĂ©fĂ©rence Tp HB > Tp BH. L’affaiblissement des erreurs moyennes, autrement dit l’importance prise par les erreurs nĂ©gatives, est donc Ă  chercher dans ces interfĂ©rences entre ce facteur Tp HB > Tp BH, le facteur d’erreur de l’étalon V > E et le facteur Tp VE ≶ Tp EV. Ce dernier facteur entraĂźne, en effet, l’apparition, en comparaisons dirigĂ©es, d’une forte proportion d’erreurs III-IV (23 % contre 3 %) qui diminuent la surestimation gĂ©nĂ©rale. Si l’on fait, en s’appuyant sur la prop. (11), la statistique des erreurs rĂ©sultant de Tp VE > Tp EV et du rapport inverse on trouve 22 % dans le premier cas et 18 % dans le second (ce qui s’accorde avec la lĂ©gĂšre erreur de l’étalon sur la variable).

Au total l’affaiblissement des erreurs moyennes positives et l’accroissement des frĂ©quences et des moyennes partielles nĂ©gatives proviendraient de compensations et de renversements dus aux mĂ©langes des trois facteurs majoritaires Tp HB > Tp BH, Tp VE > Tp EV et V > E entre eux et des facteurs minoritaires inverses Ă©galement mĂȘlĂ©s entre eux et interfĂ©rant avec les premiers.

Chez l’enfant la diminution des surestimations de l’élĂ©ment supĂ©rieur en comparaisons dirigĂ©es va jusqu’à un renversement net en faveur de la sous-estimation (−0,82 pour 5-8 ans contre +0,49 en comparaisons libres), mais avec une sous-estimation sensiblement moins forte quand l’étalon est en haut. Il y a donc inversion de Tp HB > Tp BH en < Tp BH mais intervention d’une forte erreur de l’étalon E > V, d’autant plus forte que les erreurs moyennes sont plus nĂ©gatives (Ă  6-7 ans plus qu’à 7-8 et Ă  7-8 plus qu’à 5-6 ans). L’abondance des erreurs III-IV (35 % contre 3 %) prouve, d’autre part, le rĂŽle considĂ©rable du facteur de transport des E et V, et la statistique donne 33 % des erreurs en faveur de Tp EV > Tp VE contre 26 % en faveur de l’inverse. Il s’agit donc d’expliquer comment une majoritĂ© d’erreurs de surestimation dues Ă  Tp HB > Tp BH en comparaisons libres donne en comparaisons dirigĂ©es une majoritĂ© Tp BH > Tp HB en fonction d’une majoritĂ© Tp EV > Tp VE et d’une majoritĂ© E > V.

Pour expliquer ces faits, remarquons d’abord qu’en situation d’étalon bas, le rapport Tp HB > Tp BH sera affaibli ou inversĂ© par le rapport Tp EV > Tp VE et mĂȘme par l’erreur de l’étalon E > V, tandis qu’il sera renforcĂ© par le rapport Tp VE > Tp EV et par l’erreur V > E. Au contraire le rapport Tp BH > Tp HB sera renforcĂ© par ces deux derniers facteurs et affaibli ou inversĂ© par les rapports Tp EV > Tp VE et E > V. En situation d’étalon haut, ces deux sortes de processus seront inversĂ©s : le rapport Tp HB > Tp BH sera affaibli ou inversĂ© par Tp VE > Tp EV et par V > E mais renforcĂ© par Tp EV > Tp VE et par E > V ; au contraire le rapport Tp BH > Tp HB sera affaibli ou inversĂ© par la prĂ©dominance de Tp EV et de E > V, mais renforcĂ© par la prĂ©dominance de Tp VE et de V > E.

La formulation de ces processus suffĂźt Ă  en dĂ©montrer l’exactitude

(14) {Tp H [V] B [E] + Tp E [B] V [H]} (Ph ⇉ ou −)

oĂč Ph et l’erreur sur H et oĂč n signifie « tend vers ».

(14 bis) {Tp H [V] B [B] + Tp V [H] E [B]}→ (Ph ⇉ + P’h > Ph)

(15) {Tp B [E] H [V] + Tp E [B] V [H]} → (−Ph ⇉ −P’h) oĂč P’ > P

(15 bis) {Tp B [E] H [V] + Tp V [H] E [B]} → (→Ph ⇉ 0 ou +)

(16) {Tp H [E] B [V] + Tp E [H] V [B]} → (Ph ⇉ P’h > Ph)

(16 bis) {Tp H [E] B [V] + Tp V [B] E [H]} → (Ph ⇉0 ou-)

(17) {Tp B [V] H [E] + Tp E [H] V [B]} → (−Ph ⇉ 0 ou +)

(17 bis) {Tp B [V] H [E] + Tp V [B] E [H]} → (−Ph ⇉ P’h) oĂč P’ > P

Or, chacune de ces huit actions est elle-mĂȘme renforcĂ©e ou affaiblie par l’erreur de l’étalon E ≶ V qui existe dĂ©jĂ  en comparaisons libres mais est, il va de soi, sensiblement plus forte en comparaisons dirigĂ©es puisque celles-ci consistent prĂ©cisĂ©ment Ă  diffĂ©rencier le rĂŽle respectif de l’étalon et de la variable. D’autre part, la relation E > V n’entraĂźne pas nĂ©cessairement Tp EV > Tp VE car le sujet peut Ă  la fois centrer l’étalon (donc le surestimer) et transporter de prĂ©fĂ©rence la variable sur lui (ce qui attĂ©nuera ou renversera l’erreur). On est donc obligĂ© de prĂ©voir en plus des relations (14) Ă  (17 bis) les relations suivantes que nous n’écrivons pas au complet et qui triplent le nombre des combinaisons :

(18) {Tp H [V] B [E]} + E [B] > V [H]} → (Ph ⇉ 0 ou −)

{Tp H [V] B [E]} + V [H] > E [B]} → (Ph ⇉ P’h > Ph)


 etc.

(19) {Tp E [B] V [H]} + {E [B] V [H]} → Ph ⇉ P’h > Ph)

{Tp E [B] V [H]} + V [H] > E [B]} → (Ph ⇉ 0 ou −)


 etc.

On se trouve donc ainsi en prĂ©sence de 24 combinaisons deux Ă  deux dont 12 entraĂźnent un renforcement de l’erreur de surestimation de l’élĂ©ment supĂ©rieur H et dont 12 tendent Ă  annuler ou Ă  inverser cette erreur, dans l’hypothĂšse oĂč le transport agrandit toujours en apparence l’élĂ©ment sur lequel il porte et conduit donc Ă  sous-estimer celui vers lequel il est dirigĂ©. Mais nous ne savons rien de la valeur quantitative de cet agrandissement, donc des inĂ©galitĂ©s en jeu, ni de la valeur relative des erreurs propres aux trois facteurs en jeu.

Cela dit, on comprend donc comment l’interfĂ©rence des trois facteurs Tp HB ≶ Tp BH, Tp EV ≶ Tp VE et E ≶ V peut modifier le premier tantĂŽt en l’affaiblissant jusqu’à inverser l’inĂ©galitĂ© en jeu, tantĂŽt en le renforçant.

Mais le problĂšme est d’expliquer pourquoi le rĂ©sultat du brassage s’oriente en moyennes gĂ©nĂ©rales vers le seul affaiblissement, et mĂȘme, de 6 Ă  8 ans, vers une inversion Ă  peu prĂšs complĂšte de la surestimation observĂ©e en comparaisons libres.

1. Notons d’abord que ces affaiblissements ou inversions n’ont Ă©tĂ© observĂ©s en fait qu’en moyennes gĂ©nĂ©rales. Les moyennes partielles donnent au contraire parfois des renforcements de la surestimation : par exemple chez l’adulte l’erreur Ă  la distance C est de +2,70 et +2,28 contre 0 et +0,10 en comparaisons libres et Ă  5-6 ans elle est de +1,25 et de +0,61 pour les distances A et B (Ă©talon bas) contre −0,79 et +0,28 Ă  5-8 ans en comparaisons libres. Certes ces renforcements de l’erreur restent l’exception et il s’agit de comprendre pourquoi ; mais ils existent et il convenait de le noter pour vĂ©rifier les prop. (14 Ă  19).

2. Une premiĂšre raison pour laquelle les renforcements et les affaiblissements des erreurs ne se balancent pas exactement est l’inconstance des rĂ©actions des sujets. Il n’existe, en effet, sans doute aucun sujet, dans la rĂ©alitĂ©, qui prĂ©sente toujours la rĂ©action Tp HB > Tp BH et selon une valeur constante, accompagnĂ©e toujours de la rĂ©action Tp EV > Tp VE selon une valeur constante ou toujours de la rĂ©action inverse, ainsi que de la rĂ©action E > V selon une valeur constante ou de son inverse. Or c’est seulement dans le cas de ces rĂ©actions permanentes que l’introduction des facteurs Tp E ou V et E ≶ V ne modifierait pas l’erreur initiale due aux Tp H ou B. Dans la rĂ©alitĂ©, au contraire, chacun des trois facteurs varie sans cesse de sens et de valeur selon les situations, les distances, la rĂ©pĂ©tition des expĂ©riences, etc., et ces variations aboutissent Ă  un brassage beaucoup plus complet que selon les 24 combinaisons dont nous nous contentons pour simplifier.

3. Or ce brassage tend en moyenne Ă  l’affaiblissement et non pas au renforcement des surestimations de H pour une raison de probabilitĂ© facile Ă  comprendre. Si une erreur telle +1,18 chez l’adulte en comparaisons libres rĂ©sulte rĂ©ellement de la prĂ©dominance Tp HB > Tp BH, ce mode prĂ©fĂ©rentiel de transport ne peut correspondre qu’à un certain % des Tp HB par rapport aux mouvements de bas en haut ou de haut en bas du regard : supposons par exemple le 75 % pour +1,18. Or, il serait absurde d’admettre que le renforcement de cette erreur, sous l’influence des Tp E ou V ou de E V puisse conduire jusqu’au 100 % de Tp HB : plus le pourcentage des Tp HB par rapport Ă  celui des Tp BH est Ă©levĂ©, moins il est probable qu’il puisse s’élever encore. Au contraire, l’affaiblissement de l’erreur s’oriente dans la direction la plus probable : celle du 50 % de Tp HB et du 50 % de Tp BH qui correspondrait Ă  l’erreur nulle. Il est donc clair que le brassage des influences devenues plus nombreuses en comparaisons dirigĂ©es Ă©voluera dans la direction du nivellement (dans la direction d’un accroissement d’entropie au sens du logarithme de la probabilitĂ©) et non pas dans celle du renforcement des erreurs initiales dues Ă  Tp HB > Tp BH ni mĂȘme du statu quo.

Or c’est bien ce que nous observons chez l’adulte et chez l’enfant de 5-6 ans : chez eux l’affaiblissement des erreurs en comparaisons dirigĂ©es peut ĂȘtre simplement attribuĂ© au brassage des influences combinĂ©es entre elles de toutes les maniĂšres (Ă©tant donnĂ©e l’inconstance des sujets : tableau 8) et selon les valeurs les plus probables.

4. Mais ceci n’explique pas la prĂ©dominance des sous-estimations Ă  5-6 ans dĂ©jĂ  (distance C Ă©talon bas et A Ă©talon haut) et Ă  6-8 ans en gĂ©nĂ©ral, ni surtout le fait que la moyenne gĂ©nĂ©rale de l’erreur systĂ©matique pour tous les enfants en comparaison dirigĂ©e est de −0,82, c’est-Ă -dire presque plus forte en nĂ©gatif que l’erreur de +0,75 en comparaisons libres. Des moyennes nĂ©gatives partielles apparaissent d’ailleurs aussi chez l’adulte (pour la distance A Ă©talon bas et les distances B et C Ă©talon haut), et chez l’enfant de 6-8 ans, elles sont plus fortes avec Ă©talon bas qu’avec Ă©talon haut.

Or, pour expliquer ces inversions, il suffit de faire appel Ă  deux considĂ©rations rĂ©unies : le fait que chez l’enfant (et ce peut ĂȘtre le cas aussi de certains adultes) les facteurs relatifs à E et à V sont plus agissants que ceux relatifs à H et à B (voir sous III), et le fait que les habitudes entraĂźnant la prĂ©fĂ©rence Tp HB > Tp BH sont moins stables que chez l’adulte et peuvent ĂȘtre inversĂ©es pour les raisons que nous allons voir.

Le premier de ces deux faits agira dans le sens de l’affaiblissement (allant dans certains cas jusqu’à l’inversion) des surestimations et non pas de leur renforcement pour les raisons probabilistes exposĂ©es sous (3).

Quant Ă  la seconde considĂ©ration, elle prĂ©sente la signification suivante. Si vraiment la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs du champ ne rĂ©sulte pas d’une asymĂ©trie statique et permanente de ce champ, mais en partie d’une simple prĂ©pondĂ©rance prĂ©fĂ©rentielle des Tp HB sur les Tp BH, due au caractĂšre moins ordinaire et plus malaisĂ© des comparaisons verticales eu Ă©gard aux comparaisons horizontales, alors cette prĂ©fĂ©rence Tp HB > Tp BH n’est que le rĂ©sultat d’une habitude encore trĂšs instable chez l’enfant et un peu plus stable chez l’adulte. Si la comparaison verticale Ă©tait trĂšs employĂ©e et trĂšs frĂ©quente, les deux transports Tp HB et Tp BH devraient s’équilibrer comme les transports de gauche Ă  droite et de droite Ă  gauche en comparaison horizontale. S’ils ne le font pas, ce peut ĂȘtre parce que l’un des deux mouvements de bas en haut ou de haut en bas est un peu plus facile que l’autre, et parce que le sujet s’accoutume Ă  ce mode de transport plus qu’à l’autre, faute d’un usage assez frĂ©quent de la comparaison verticale. Si telle est la situation, il est alors normal que les habitudes adultes, quoique peu stables, soient un peu moins instables que les schĂšmes enfantins et rĂ©sistent davantage aux conditions nouvelles en comparaisons dirigĂ©es. Dans le cas de l’enfant, au contraire, la situation nouvelle créée par l’obligation de porter le jugement sur la variable et par celle de comparer sans cesse une variable Ă  un Ă©lĂ©ment constant, suffirait Ă  renverser le rapport usuel mais peu stable Tp HB > Tp BH en vertu mĂȘme des exigences de la comparaison et de l’effort pour mettre toutes les chances du bon cĂŽté : se contentant d’un jugement plus sommaire en comparaison libre et reportant surtout H sur B, il pousserait plus loin l’analyse, en cas de jugement obligĂ© sur la variable, et complĂ©terait ses mouvements du regard par des transports de B sur H jusqu’à faire momentanĂ©ment prĂ©dominer ceux-ci 19. En bref, tandis que l’adulte, dĂ©jĂ  plus ancrĂ© dans ses habitudes, ne les modifierait que peu en comparaison dirigĂ©e, l’enfant dont les comparaisons sont plus polymorphes (tabl. 8) donc moins organisĂ©es selon des schĂšmes usuels, s’efforcerait d’utiliser tous les mouvements de comparaison, ce qui aurait pour rĂ©sultat de faire prĂ©dominer les moins automatisĂ©s et de renverser l’erreur.

Il est intĂ©ressant, Ă  cet Ă©gard, de comparer les rĂ©actions des enfants Ă  celles des adultes du point de vue des frĂ©quences selon la distance. En comparaisons dirigĂ©es, l’adulte commence par inverser les frĂ©quences habituelles Ă  la distance A (11+ ; 19− et 6=), tandis qu’il revient Ă  la prĂ©fĂ©rence usuelle Ă  la distance C (22+,13− et 1=). Les enfants (de 5-8 ans ensemble) renversent au contraire de plus en plus les proportions (19+, 29− et 16= pour la distance A et 17+, 40− et 7= pour la distance C).

Un autre fait significatif est que, en comparaisons dirigĂ©es, les erreurs de l’adulte croissent bien davantage avec la distance que celles de l’enfant, alors que ce n’est pas le cas (du moins entre les distances B et C) en comparaisons libres. En effet, si l’on prend les moyennes, dans le tableau 1, des accroissements de l’erreur avec la distance (dans le sens − comme dans le sens +), on trouve ce qui suit :

5-8 ans Adultes
Étal. bas haut Moy. Étal. bas haut Moy.
Diff. AB 0,64 0,57 0,61 1,18 0,28 0,73
Diff. BC 2,18 0,53 1,35 2,14 2,70 2,42
Diff. AC 2,82 1,10 1,96 3,32 2,98 3,15

Or, il est clair que, dans la mesure oĂč, chez l’adulte, les habitudes liĂ©es aux transports Tp HB ≶ Tp BH sont plus fortes, il y aura plus de prĂ©pondĂ©rance de ce facteur sur les facteurs Tp EV ≶ Tp VE et E ≶ V, d’oĂč un grand accroissement des erreurs avec la distance. Dans la mesure, au contraire, oĂč les habitudes de l’enfant liĂ©es aux transports de H et de B sont moins fortes, et oĂč les facteurs E et V l’emportent sur ces facteurs H et B, il y aura moins de prĂ©pondĂ©rance de ceux-ci : les transports seront donc plus indĂ©pendants Ă  l’égard de la verticale et marqueront un moindre accroissement des erreurs avec la distance. On ne voit pas sans cela pourquoi l’accroissement des erreurs avec la distance serait moins forte chez l’enfant, puisqu’on comparaisons horizontales l’enfant ne prĂ©sente aucun privilĂšge Ă  cet Ă©gard.

Mais le fait de beaucoup le plus instructif quant Ă  l’adaptation des sujets au dispositif des comparaisons dirigĂ©es est la distribution des variations moyennes (intervariations). Celles-ci diminuent avec l’ñge (2,69 ou 2,38 Ă  1,95) en comparaisons non dirigĂ©es, comme il est naturel si l’erreur est due Ă  des habitudes de comparaison devenant plus gĂ©nĂ©rales avec le temps ou du moins s’imposant de plus en plus Ă  une majoritĂ© de sujets d’une maniĂšre analogue. En comparaisons dirigĂ©es, au contraire, on assiste Ă  ce phĂ©nomĂšne curieux que la variation moyenne augmente rĂ©guliĂšrement avec l’ñge (de 2,01 Ă  3,76 en passant par 2,48 et 2,91). Cela revient donc Ă  dire que, sous l’influence des jugements obligĂ©s sur la variable et des comparaisons avec un Ă©talon fixe, les variations entre les individus deviennent de plus en plus grandes. Or, ce fait est d’autant plus frappant que l’erreur entre 6 et 8 ans est plus forte en nĂ©gatif (−1,92 et −0,68) que l’erreur adulte finale (+0,63), seule l’erreur de 5-6 ans Ă©tant trĂšs faible (+0,14). Il s’explique par contre aisĂ©ment si l’erreur de surestimation est due Ă  des habitudes de transport devenant plus stables (ou moins instables avec l’ñge) : en ce cas la situation nouvelle créée par les comparaisons dirigĂ©es produit le brassage des influences dont nous parlions plus haut et augmente la variation moyenne. Au contraire, dans la mesure oĂč les habitudes de transport sont moins stables, c’est-Ă -dire chez les petits, la situation nouvelle constituĂ©e par les comparaisons dirigĂ©es provoque moins de conflits mais simplement une modification ou un renversement des formes usuelles de transports. Il en rĂ©sulte que, chez les petits, les facteurs Tp EV ≶ Tp VE primant les facteurs Tp HB ≶ Tp BH, les luttes d’influences entre facteurs sont moins grandes et la variation moyenne plus faible, tandis que chez les adultes, les habitudes relatives aux transports Tp HB ≶ Tp BH demeurant plus rĂ©sistantes, les conflits sont plus grands avec les facteurs Tp E ou V et E ≶ V et la variation moyenne plus forte.

D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, si l’erreur de surestimation des Ă©lĂ©ments situĂ©s dans la moitiĂ© supĂ©rieure du champ est due en partie Ă  une certaine dominance habituelle dans le jeu des transports possibles, la nouvelle polarisation EV qui introduit la comparaison dirigĂ©e ne fait qu’attĂ©nuer cette dominance chez l’adulte parce que cette derniĂšre correspond alors Ă  des schĂšmes sensori-moteurs relativement automatisĂ©s. Chez l’enfant tout se passe au contraire comme si la dominance Ă©tait renversĂ©e parce que ne correspondant qu’à une organisation encore moins stable et parce que l’adaptation aux jugements polarisĂ©s selon E et V aboutit Ă  renforcer les modes de transports les moins frĂ©quents et par consĂ©quent Ă  inverser l’erreur.

VI. L’évolution des erreurs avec l’ñge

Le fait fondamental qui domine toute la question de la surestimation des Ă©lĂ©ments supĂ©rieurs du champ aux grandes distances est que cette surestimation augmente avec l’ñge. À supposer que le transport accroisse en apparence les dimensions de l’élĂ©ment sur lequel il porte, cette Ă©volution de la surestimation avec l’ñge pourrait donc se formuler comme suit :

(20) (Σ Tp HB − Σ Tp BH) Enf. < (Σ Tp HB − Σ Tp BH) Ad.

c’est-Ă -dire que l’augmentation de l’erreur avec le dĂ©veloppement serait dĂ» Ă  un excĂšs progressif des transports verticaux dans un sens sur les transports dans l’autre sens. Une erreur dont la valeur s’accroĂźt avec l’ñge ne saurait, en effet, quand elle ne tient pas Ă  une simple action de vieillissement organique comme les diminutions de l’acuitĂ© sensorielle (ou la sclĂ©rose du cristallin, etc.), que constituer une erreur acquise, c’est-Ă -dire le produit d’habitudes s’organisant graduellement sous la double influence de facteurs internes et de l’expĂ©rience.

Il reste Ă  nous demander quels peuvent ĂȘtre les facteurs de cette Ă©volution des habitudes propres Ă  la comparaison verticale. Nous avons admis jusqu’ici que celle-ci Ă©tait en moyenne constamment plus difficile et moins usuelle que la comparaison des hauteurs ou des longueurs selon des mouvements horizontaux du regard. Il en rĂ©sulte alors une polarisation des habitudes de comparaison avec prĂ©dominance des transports Tp HB ou Tp BH et ce serait cette polarisation, augmentant au fur et Ă  mesure de la consolidation des habitudes avec l’ñge, qui expliquerait le lĂ©ger accroissement de l’erreur dans le cas des distances considĂ©rĂ©es dans cette Recherche.

Mais il est probable qu’un second facteur vient s’ajouter Ă  ce dernier. À comparer les prĂ©sents faits aux cas analogues d’augmentation de l’erreur avec l’ñge (comparaisons projectives, Rech. XII et XXIX ; comparaison des droites verticales et inclinĂ©es, Rech. IX ; comparaison des obliques se prolongeant l’une l’autre, Rech. XXX, tableaux 5 et 6 ; etc.), on constate en toutes ces rĂ©actions l’intervention d’un facteur de structuration du champ perceptif selon les axes de rĂ©fĂ©rence horizontaux et verticaux : ce serait alors cette structuration qui, en progressant avec l’ñge, entraĂźnerait par contrecoup une hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© graduelle entre les comparaisons horizontales et les comparaisons verticales et expliquerait ainsi en partie la difficultĂ© croissante de celles-ci. En d’autres termes, tandis que le petit enfant effectuerait plus facilement ses comparaisons selon n’importe quelle direction, faute de structuration de son espace perceptif, les progrĂšs de celle-ci provoqueraient par choc en retour, une diffĂ©rence de plus en plus marquĂ©e entre les comparaisons verticales et horizontales. Ce second facteur renforcerait donc ou expliquerait mĂȘme la polarisation des habitudes dont il a Ă©tĂ© question Ă  l’instant et qu’exprime la prop. (20).