Tapuscrits divers (1962–1970)Lire

Le rôle de l’intellectuel en politique, comme dans tous les domaines où sa passion le porte, ne saurait se réduire à des jugements moraux, mais plutôt il consiste à inventer, créer des formes, ouvrir des voies, montrer des buts !

Notice

Durant cette période, on constate que Denis de Rougemont revient sur son passé, en évoquant le climat des années 1930 (qualifiées de « tournantes »), et son parcours durant cette période (Discours au Cercle de la Presse). D’autres textes réagissent à l’actualité européenne : demande d’adhésion britannique en 1963 dont il prône le refus (« L’Europe entière… ») ; situation de l’Europe en 1966 en référence à l’idée gaullienne d’«  Europe européenne » ; message de soutien à la Grèce aux prises avec la dictature. On trouve également des textes sur la Suisse : sur « l’esprit romand », sur le rôle de ses intellectuels qui devraient demander que l’Europe s’unisse selon la formule fédérale, et sur la Suisse et la CEE (1970), celle-ci étant appréhendée comme un embryon d’agence économique fédérale de l’Europe qui ne doit pas s’élargir au politique, ce qui devrait permettre au pays d’y adhérer malgré sa neutralité. À noter qu’il voit (en 1966) le Japon un peu comme un équivalent asiatique de l’Europe, car traversé par une tension entre tradition et modernité « à l’occidentale », à la différence de la Chine de l’Inde, dont il a fait (cette dernière surtout) des représentantes par excellence de la culture orientale dans L’Aventure occidentale de l’homme (1957). Huit ans après son ouvrage sur Les Chances de l’Europe (1962), il ajoute l’idée de région, qui devient centrale, jugeant que le modèle fédéral européen ne doit pas, comme la Suisse qui de ce point de vue ne saurait être un modèle, devenir une fédération d’États, mais bien plutôt de régions.