Cette céroplastie représente un bras surmonté de lésions arrondies, avec une bordure croûteuse et l’impression d’une guérison centrale. La lésion sur le coude est entièrement croûteuse. Le diagnostic le plus probable que l’on peut évoquer au premier coup d’œil est celui d’impétigo. Il s’agit d’une infection bactérienne superficielle causées principalement par 2 bactéries, le staphylocoque et le streptocoque. Mais les diagnostics différentiels à évoquer sont assez larges. Le côté très rond des lésions pourrait faire évoquer des maladies bulleuses auto-immunes comme un pemphigus superficiel ou une dermatose à IgA linéaire. Un eczéma nummulaire ou une syphilis secondaire ou tertiaire pourraient également être la cause de ces lésions.
Seule l’anamnèse nous précisant les antécédents, la cinétique d’évolution des lésions, la présence éventuelle d’autres signes associés ou de symptômes à type de démangeaisons, douleurs, pourrait nous aider à orienter le diagnostic. Des examens complémentaires comme un prélèvement bactériologique, une PCR syphilis ou une biopsie cutanée avec analyse histologique permettrait de confirmer le diagnostic.
Chloé Alberto, Université et Hôpitaux Universitaires de Genève (décembre 2023
Cette cire a été produite en 1873 pour le médecin J. B. Hillairet par Jules Baretta (1833-1923), mouleur établi à l’hôpital Saint-Louis à partir de 1867. Elle porte deux numéros d’inventaire, celui de la collection dont elle est issue, le 267, et celui de celle qu’elle a intégrée, le 83. Jules Baretta avait en effet obtenu de son employeur, l’Assistance Publique, de pouvoir réaliser jusqu’à deux « copies » afin de compléter ses revenus. Ainsi les empreintes de malades réalisées à Saint-Louis ont-elles pu circuler dans toute l’Europe. Entre 1867 et sa retraite en 1914, Baretta en a produit plus de 3000. Quand leur pathologie retenait l’intérêt du médecin, le moulage était intégré à la « prise en charge » de certain.e.s malades, le plus souvent issu.e.s des classes sociales les moins privilégiées. Si les praticiens s’enthousiasment unanimement pour le réalisme de ces objets, seuls capables de transcrire à la perfection les altérations cutanées et de suppléer à la présence réelle du malade, il n’est jamais fait mention de l’incidence que cette pratique peut avoir sur eux. Pourtant le devenir iconographie médicale prend dans ce cas sa forme la plus inconfortable : en plus d’être représenté pour une pathologie qui défigure, il faut que celle-ci soit touchée.
Ici, il s’agit d’une jeune femme de 16 ans, couturière de son état. Elle a été choisie par le médecin, son visage a été recouvert de plâtre, une matière qui chauffe et se rétracte pendant la prise, puis elle a dû poser pour Baretta afin qu’il retouche le positif en cire issu de ce premier moulage, obtenu à même une peau marquée d’un stigmate syphilitique. C’est en creux, au détour de textes littéraires, que la violence de cette mise en image peut se percevoir. Un personnage de Joris-Karl Huysmans avance que les malades de Saint-Louis qui refusent d’être représenté.e.s sont privé.e.s de nourriture ; en idéalisant leur passage par l’atelier de Jules Baretta, Léon-Roger Milès révèle en vérité la rétivité de ces personnes, les silences à combler durant ce contraignant protocole, mais aussi la gêne et la tristesse d’être ainsi affligé.e.s.
Sophie Delpeux, Historienne de l’art, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (décembre 2023)