Campagne 2025 Post 3

8 décembre 2025

 

« Alors, que nous ont-ils laissé cette année ? »

 

Depuis de nombreuses années, nous tentons de percer les secrets des complexes funéraires de Pepy Ier, ses reines, et, plus récemment, ses hauts dignitaires. Bien que ces complexes constituent la partie la plus significative de l’histoire de notre site de fouilles, d'autres éléments, plus tardifs, viennent enrichir cette histoire. Parmi ceux-ci figurent les phases successives d’activité des carriers — du Moyen Empire aux périodes médiévales — un facteur particulièrement difficile pour les archéologues.

 

Les complexes funéraires du pharaon, de ses reines et des dignitaires de haut rang sont principalement construits à partir du calcaire de Tourah, une roche de grande qualité, très prisée. Une fois ces complexes abandonnés, les carriers sont intervenus pour récupérer les pierres, démontant « avec soin » les structures identifiées. Ils ont créé un véritable chantier de déblayage, découpant et façonnant les blocs sur place en fonction de leurs besoins. Lors des fouilles, nous repèrons entre les niveaux sableux, des niveaux avec une grande quantité d’éclats calcaires, vestiges des déblais issus du débitage des blocs. 

 

 

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Stratigraphie dans le mastaba familial d’Ouni avec les couches de destruction des carriers.

 

 

L’action des carriers est évidente sur tout le site. Le relief du terrain est formé de creux et de buttes, correspondant aux zones d’extraction des blocs (creux) et de débitage des pierres (buttes). Sous ces buttes, nous avons parfois la chance de découvrir des blocs restés en place, non récupérés par les carriers. En revanche, dans les zones creusées, il ne reste souvent que les bourrages, en calcaire de mauvaise qualité, qui formaient l’intérieur des murs, entre les parements en beau calcaire de Tourah.

 

 

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Vue générale du mastaba familial d’Ouni avec ses murs dont il ne reste que le bourrage (ou presque)

 

 

L’action des carriers n’a pas entièrement détruit le site néanmoins. Nous avons généralement la chance de retrouver quelques éléments encore intacts, tels que des dallages de sol et des petits bouts de parements intérieurs et extérieurs, ce qui nous permet de mieux comprendre l’agencement des complexes funéraires et de les reconstruire virtuellement. En revanche, les blocs inscrits et peints — également réalisés en calcaire de Tourah, et donc susceptibles d’être récupérés par les carriers — constituent pour la plupart des déchets d’exploitation complètement fracturés. C’est alors que débute le long travail de reconstruction des textes et de la décoration.

 

À chaque début de campagne, nous nous demandons ce que les carriers ont bien pu nous laisser. Dans le cadre de la campagne 2025, l’impact des activités de carrière s’est révélé particulièrement frustrant. 

Dans la pyramide de la reine Mehaa, nous nous attendions à trouver le sarcophage de la reine, mais celui-ci a entièrement disparu. Dans le mastaba familial d’Ouni, nous espérions trouver une chambre funéraire. Deux murs découverts en 2024 ressemblaient à un début de puits funéraire. La reprise de la fouille en 2025 nous a donné raison, mais nous n’avons néanmoins pas pu fouiller la chambre au fond de ce puits cette saison.  

Les carriers ont tant détruit cette zone qu’il ne reste finalement que deux des quatre murs du puits, dans un espace formant un immense cratère de sable. Il est donc impossible d'accéder à la chambre en vidant simplement le puits, comme on le fait généralement dans ce genre de fouille. Il faudra dégager tout cet espace pour accéder à la chambre funéraire. Ça sera donc pour l’an prochain !

 

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Les deux murs d’un puits « à cœur ouvert » dans le mastaba familial d’Ouni

 

 

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