Chapitre VIII.
La conservation du mouvement dans le plan horizontal 1
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Le premier schĂšme opĂ©ratoire de nature formelle quâil sâagissait de mettre en Ă©vidence devait ĂȘtre celui des opĂ©rations de combinaison puisque la structure de rĂ©seau qui caractĂ©rise le systĂšme des opĂ©rations propositionnelles implique une combinatoire. Le second schĂšme opĂ©ratoire, dont nous aborderons maintenant lâĂ©tude, est par contre relatif Ă la structure de groupe et Ă la rĂ©versibilitĂ© par inversion qui la distingue en propre. Comme nous y insisterons, en effet, plus longuement dans la suite, le systĂšme des opĂ©rations formelles constitue Ă la fois un rĂ©seau et un groupe, et unit ainsi en un seul faisceau les transformations par rĂ©ciprocitĂ© et par inversion.
Soit une boule2 roulant sur un plan horizontal et propulsĂ©e par un dispositif Ă ressort : si aucun obstacle extĂ©rieur ne venait ralentir sa marche, elle conserverait un mouvement uniforme et rectiligne (principe dâinertie). En fait, un certain nombre de facteurs empĂȘchent au contraire un tel rĂ©sultat de se rĂ©aliser jamais : le frottement, qui ralentit la boule en fonction de son poids, la rĂ©sistance de lâair qui la ralentit en fonction de son volume, les irrĂ©gularitĂ©s du plan, etc. Deux problĂšmes intĂ©ressant la pensĂ©e formelle se posent alors : 1) Le problĂšme du possible pur ou absolu, câest-Ă -dire non rĂ©alisable en fait : comment le sujet parvient-il Ă comprendre la conservation du mouvement inertial ? Cette conservation qui, du point de vue physique et mathĂ©matique, constitue un invariant de groupe, suppose-t-elle Ă©galement, du point de vue purement logique et qualitatif qui sera celui de nos sujets, une intervention nĂ©cessaire de la rĂ©versibilitĂ© par inversion qui caractĂ©rise les groupes des transformations ? Câest ce que nous chercherons Ă montrer ; 2) Le
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2 Le matériel consiste en un ensemble de boules de divers poids et volumes.
problĂšme du possible relatif, câest-Ă -dire des possibilitĂ©s rĂ©alisables en fait : modification du mouvement par les facteurs dâarrĂȘt et interfĂ©rences entre ces facteurs expliquant les irrĂ©gularitĂ©s et fluctuations de la marche pour une mĂȘme boule.
LâintĂ©rĂȘt des problĂšmes posĂ©s â prĂ©vision des points darrĂȘt eu variant la grandeur et le poids des boules, et explication des mouvements observĂ©s â est alors que, si les opĂ©rations concrĂštes de sĂ©riation et de mise en correspondance permettent dâĂ©tablir un certain nombre de relations entre les propriĂ©tĂ©s des boules et les points dâarrĂȘt, la notion de la conservation du mouvement inertial Ă©chappe au contraire par nature au domaine « concret », puisque cette conservation est en fait irrĂ©alisable dans les conditions ordinaires de lâexpĂ©rience.
§ l. Le stade I :
absence des opĂ©rations nĂ©cessaires a une lecture objective de lâexpĂ©rience et explications contradictoiresđ
Les petits rĂ©agissent Ă cette expĂ©rience comme Ă celles de la flottaison des corps (chap. II) par un ensemble de prĂ©visions et dâexplications prĂ©causales prĂ©sentant certaines rĂ©gularitĂ©s, mais contradictoires entre elles : les boules lĂ©gĂšres iront plus loin parce que plus faciles Ă lancer et les grandes parce que plus fortes ; dâautre part, il nây a pas de mouvement sans forces (forces du mobile ou forces du moteur) et le mouvement sâarrĂȘte de lui-mĂȘme par extinction de lâĂ©lan, fatigue ou tendance au repos.
[###]RA (5 ; 4) essaie de prolonger ou dâarrĂȘter le mouvement de la boule en lâencadrant de ses mains, placĂ©es parallĂšlement et sans la toucher. Ce sont tantĂŽt les petites tantĂŽt les grosses boules qui sont censĂ©es aller le plus loin, les premiĂšres parce que lĂ©gĂšres et les secondes parce que lourdes, mais quand une lourde ne va pas loin, câest « parce quâelle est trop lourde ».
BREI (6 ; 4) : « Elles iront toute la mĂȘme chose loin ? â Non, il y en a quâelles iront plus loin. â Lesquelles ? â Celle-lĂ (petite en bois). â Pourquoi ? â Parce quâelle est plus petite. â Il y en a encore dâautres qui iront plus loin ? â Celle-lĂ (petite en bois Ă©galement), parce quâelle est plus petite, et celle-lĂ (grande, en laiton) â Pourquoi celle-lĂ Â ? â Parce quâelle est plus grosse, et aussi celle-lĂ (grande, en aluminium) parce quâ elle est grosse. » On demande Ă lâenfant de montrer oĂč sâarrĂȘtent les quatre boules indiquĂ©es et il rĂ©pond : « LĂ (7-8 unitĂ©s pour la petite de bois), parce quâelle est plus petite. Celle-lĂ (grande aluminium) lĂ (13-14). » La petite dâaluminium est placĂ©e aussi Ă 13-14 ainsi que la petite de
laiton ; la grande de bois Ă 5-6 « parce quâelle est plus grosse et celle-lĂ lĂ (grande aluminium Ă 19-20) parce quâelle est grosse. Celle-lĂ ici (petite de bois Ă 24) parce quâelle est plus petite ». On voit donc que les petites sont censĂ©es aller prĂšs ou loin (de 1-8 Ă 24) parce que petites et les grandes Ă©galement prĂšs ou loin (de 5-6 Ă 19-20) parce que grosses. On passe ensuite aux explications, qui sont les mĂȘmes avec un certain finalisme en plus : « Elle nâa pas Ă©tĂ© trĂšs loin parce quâil manquait un drapeau. »
MET (6 ; 8) la petite en bois « nâira pas trĂšs loin parce quâelle est petite. â Et celle-lĂ (grosse en bois) ? Elle nâira peut-ĂȘtre pas trĂšs loin parce quâelle est grosse ». Puis : « Les deux grosses iront moins loin parce quâelles sont grosses⊠Les trois petites nâiront pas aussi loin que les grosses. »
Les prĂ©visions tĂ©moignent ainsi de lâabsence de toute loi, Ă©tant contradictoires. Les explications nâaboutissent pas Ă une cohĂ©rence plus grande, mais ramĂšnent tout mouvement Ă une sorte dâĂ©lan animĂ©.
§ 2. Le sous-stade II A :
essais dâĂ©limination des contradictions et correction aprĂšs expĂ©rienceđ
Bien quâil nây ait toujours pas conservation du mouvement (le mouvement est dĂ» Ă une force, au sens aristotĂ©licien et lâarrĂȘt est spontanĂ©), et que les prĂ©visions sâappuient sur des facteurs variables (faux ou exacts), il y a dorĂ©navant une certaine cohĂ©rence dans les relations des affirmations entre elles et dans lâutilisation des rĂ©sultats de lâexpĂ©rience :
PIR (7 ; 6) : « Elles iront les unes plus loin que les autres. â Pourquoi ? â Celle-ci ira plus loin parce quâelle est grosse et celle-ci moins loin parce quâelle est petite (on lance la premiĂšre). Câest moins loin que je ne pensais. â Pourquoi ? Parce quâelle est lourde. »
NIC (8 ; 0) : « La grosse ira plus loin parce que ces petites ont plus de poids. » Et « celle-lĂ ira moins parce quâelle est grosse, lourde et en fer. »
HAL (8 ; 3) : « Les grosses vont moins loin parce que les petites sont plus lĂ©gĂšres. » Quand une boule sâarrĂȘte peu loin : « Câest parce quâelle est plus lourde que je ne croyais » et, en comparant une petite boule de laiton et une grosse dâaluminium : « Elles vont jusquâau mĂȘme endroit parce quâelles ont le mĂȘme poids. »
Mais la difficultĂ© propre Ă lâexplication par la force, utilisĂ©e Ă ce niveau, reste de concilier la force du propulseur avec celle du mobile, selon que ce dernier est lourd ou lĂ©ger :
[###]HOR (8 ; 6) : « Celle-ci (grosse dâaluminium) ira plus loin parce quâelle est lourde (force propre attachĂ©e au poids). » Elle fait rouler la boule de
laiton. « Elle va moins loin parce quâelle est petite. â Et lâautre ? â Je nâai pas tirĂ© assez fort. » Puis la grande boule de bois : « Elle ira jusquâau fond parce quâelle est lĂ©gĂšre. »
Donc, les lourdes ont de la force, mais sont plus difficiles Ă lancer, tandis que les lĂ©gĂšres sont moins fortes, mais plus facilement propulsĂ©es : dâoĂč un rĂ©sidu de contradictions malgrĂ© lâeffort pour les lever.
§ 3. Le sous-stade II B :
dĂ©but dâinversion du problĂšme dans la direction des causes du ralentissementđ
Les explications de ce niveau ne sont pas diffĂ©rentes des prĂ©cĂ©dentes, malgrĂ© lâeffort croissant mais infructueux pour unifier les facteurs. Seulement lâenfant, Ă©tant toujours plus sensible Ă la dispersion fortuite des rĂ©sultats, prĂ©sente une tendance dont il ne se doute dâailleurs pas, Ă renverser le problĂšme et Ă expliquer plutĂŽt les causes de ralentissement que la cause du mouvement. Le poids notamment cesse peu Ă peu dâĂȘtre cause de mouvement pour ĂȘtre cause (indirecte) dâarrĂȘt. En outre, dans la mesure oĂč les sujets comprennent que la variabilitĂ© des points dâarrĂȘt est due Ă lâinterfĂ©rence des facteurs de volume, de poids et de force de propulsion, ils tendent dâautant plus Ă penser que le poids et le volume sont causes de freinage et dâautant moins Ă soutenir que la lĂ©gĂšretĂ© et la petitesse sont causes de la prolongation du mouvement. Les deux sortes dâaffirmation semblent Ă©quivalentes : la suite montrera quâil nâen est rien.
JAD (10 ans) Ă propos dâune zone de dispersion dâenviron 20 cm dit dâune boule « Elle est trop lourde pour aller plus loin (que le point extrĂȘme) », mais en mĂȘme temps « elle est trop lĂ©gĂšre » pour sâarrĂȘter antĂ©rieurement Ă la zone.
Ce genre dâaffirmations montre bien que le sujet tend Ă inverser le problĂšme du mouvement. Mais il sâen doute dâautant moins que ses explications demeurent les mĂȘmes quâau niveau II A et que, en particulier, il conçoit lâair comme favorisant le mouvement par choc et retour (ÎŹÎœÏÎčÏΔÏÎŻÏÏαÏÎčÏ) et non pas comme un obstacle.
§ 4. Le sous-stade III A :
renversement explicite du problĂšme du mouvement en cours dâexpĂ©rienceđ
La grande diffĂ©rence entre ce niveau et les prĂ©cĂ©dents est que dorĂ©navant lâobjectif de lâexplication est renversé : le problĂšme nâest plus de comprendre pourquoi la boule avance, mais ce qui fait obstacle Ă un moment donnĂ© Ă son mouvement.
Ce renversement dĂ©bute au sous-stade II B, comme nous venons de le voir, mais inconsciemment. Les sujets de niveau III A au contraire, tout en pensant dâabord aux mouvements, dans leurs prĂ©visions, sont immĂ©diatement conduits par lâexpĂ©rience, Ă centrer leur attention sur les raisons de ralentissement ou dâarrĂȘt. LâarrĂȘt nâest donc plus pour eux un Ă©tat positif : le repos ou le but du mouvement : il devient un Ă©tat nĂ©gatif quâil faut expliquer par lâintervention de nouveaux facteurs, sâopposant Ă cet Ă©tat positif quâest le mouvement.
MAL (12 ; 3) : « Pour quâune bille aille loin ? â Il faut de la dĂ©tente (ressort). â (ExpĂ©rience) Alors, pourquoi nâest-elle pas allĂ©e loin ? â Oui, mais câest un mauvais terrain (plan insuffisamment lisse) : elle ira moins loin. »
CHAP (13 ; 3) prĂ©voit que les grosses vont plus loin parce que plus lourdes. AprĂšs expĂ©rience il renverse lâexplication : « Pourquoi les lĂ©gĂšres vont plus loin ? â Ăa dĂ©pend quand il y a du vent. â Quoi ? â Câest le vent (= lâair) qui les empĂȘche de continuer leur chemin. Quand il nây a pas de vent, les lĂ©gĂšres vont loin parce que rien ne les arrĂȘte. â Et les lourdes ? â Je ne sais pas. »
MET (13 ; 3) : « Lâair retient et elle va moins loin. »
Deux causes sont ainsi entrevues Ă lâarrĂȘt dĂšs ce niveau III A : le frottement (terrain) et lâair. Ce second facteur est particuliĂšrement significatif, puisque la « rĂ©action environnante » du stade II est donc dĂ©finitivement abandonnĂ©e au profit de la rĂ©sistance de lâair.
Ce progrĂšs constituĂ© par le renversement de lâexplication est sans doute dĂ» au besoin dâunification de la pensĂ©e formelle naissante : puisque ni le poids ni le volume ne sont causes du mouvement et que la boule va au contraire loin dans la mesure oĂč elle est Ă la fois petite et lĂ©gĂšre, câest donc quâil nây a pas de cause simple Ă la continuation du mouvement. Or, il est plus difficile dâadmettre une multiplicitĂ© de causes pour le mouvement lui-mĂȘme, prototype du phĂ©nomĂšne simple, que pour les facteurs dâarrĂȘt. Mais mĂȘme sur ce dernier plan, le sujet commence par
[###]chercher lâunitĂ©, malgrĂ© le spectacle de la dispersion et des fluctuations fortuites, qui sont lâune des raisons du renversement de la question. Câest pourquoi il ne rĂ©ussit pas dâemblĂ©e dans cette nouvelle voie, faute de dĂ©terminer de suite tous les facteurs Ă la fois. Ainsi, Chap dĂ©couvre le facteur rĂ©sistance de lâair, mais ne pense pas au frottement pour les lourdes. Mal fait le contraire, etc.
§ 5. le sous-stade III B :
conservation du mouvementđ
Enfin, le sous-stade III B conduit Ă lâexplication fondamentale qui rĂ©sulte du renversement des positions effectuĂ© au niveau III A : la conservation du mouvement inertial. Ce nâest dâailleurs pas le cas chez tous les sujets, et il intervient naturellement un apport diffus du milieu social (il a fallu attendre GalilĂ©e et Descartes, avec la « mutation intellectuelle » comme dit A. KoyrĂ©, qui a rĂ©sultĂ© de leur dĂ©couverte). Mais chez certains la rĂ©-invention du principe dâinertie se produit assez spontanĂ©ment et chez dâautres il y a tout au moins reconstruction personnelle de lâappris :
[###]DEV (14 ; 6) dĂšs la premiĂšre expĂ©rience (grande boule en bois) : « Elle sâest arrĂȘtĂ©e parce quâil y a une rĂ©sistance de lâair. â Et celle-ci (petite en bois, prĂ©vision) ? â Câest Ă peu prĂšs pareil, mais la bille est plus petite : il y a moins de rĂ©sistance de lâair et elle ira plus loin. â Câest pareil pour chaque bille ? â Non, plus la bille est grosse et plus la rĂ©sistance de lâair est forte. â Et pour la petite lourde ? â Une bille plus lourde part plus difficilement, mais va plus loin parce quâelle a de la force en elle-mĂȘme (poids = force !) â (ExpĂ©rience) Alors ? â Ăa vient de la surface et du frottement. Il y a plusieurs rĂ©sistances selon les corps : le bois est plus rugueux, il frottera plus tandis que les billes en mĂ©tal sont lisses et frotteront moins. â (ExpĂ©rience : petite en aluminium et grande en bois). â La rĂ©sistance de lâair est proportionnelle Ă la grosseur et au poids ( !). â Et si on compare cette grande dâaluminium et cette petite en laiton ? â Ah ! Non : elles partent avec la mĂȘme force. Il nây a que la rĂ©sistance de lâair et le frottement qui entrent en action⊠Cette bille (laiton) est plus lourde et il y aura plus de frottement. » Conclusion : « Et sâil nây avait pas la rĂ©sistance de lâair, la bille continuerait Ă rouler. »
RAS (14 ; 4) : « ThĂ©oriquement elle devrait aller au bout, mais câest tout Ă fait illogique (il entend par illogique ce qui est contraire aux faits de lâexpĂ©rience directe). » En comparant une petite et une grande boule, il dit encore : « Le frottement est plus faible sur la petite. La rĂ©sistance de lâair joue aussi un rĂŽle. ThĂ©oriquement il faudrait faire aller dans le vide. »
DESB (14 ; 9) : « Si on envoie avec le mĂȘme Ă©lan, ça (lâarrĂȘt) dĂ©pend du poids, du frottement, du volume. » Il doute ensuite du rĂŽle du volume,
mais en comparant une petite et une grande, il dit : « La petite ira mieux parce quâelle a moins de frottement, moins de rĂ©sistance de lâair. » « Câest tout ? â Si câest bien horizontal » 1.
Le raisonnement qui conduit Ă cette conservation du mouvement est donc extrĂȘmement simple et est fourni sous sa forme la plus explicite par Dev. La premiĂšre Ă©tape consiste Ă Ă©tablir les causes du ralentissement ou de lâarrĂȘt. Si nous dĂ©signons par p lâĂ©noncĂ© de ce ralentissement ou de cet arrĂȘt, et par q, r, s, t, etc., celui du frottement ou de la rĂ©sistance de lâair, des irrĂ©gularitĂ©s de la piste, de son dĂ©faut Ă©ventuel dâhorizontalitĂ© gĂ©nĂ©rale, etc., alors :
p â (q â r â s â t â âŠ)
La seconde Ă©tape consiste inversement Ă se demander quel serait le rĂ©sultat de la nĂ©gation de tous ces facteurs et cette nĂ©gation implique alors celle du ralentissement, câest-Ă -dire lâaffirmation de la continuation du mouvement :
(2) qÌ . rÌ . sÌ . tÌ âŠ â pÌ
Il est intĂ©ressant de comparer cette forme de conservation, qui est spĂ©ciale Ă la pensĂ©e formelle, aux nombreuses formes concrĂštes de conservation (ensembles, longueurs, poids, etc., celle du volume et de la surface mĂ©trique nâimpliquant le formel quâĂ cause des proportions). Dans les deux cas, la conservation est acquise grĂące Ă un jeu dâopĂ©rations rĂ©versibles (par inversion ou nĂ©gation), lesquelles, en prĂ©sence de la modification due aux actions expĂ©rimentales, permettent de la corriger par une transformation de sens inverse ramenant Ă la transformation nulle. Mais, dans le cas de la pensĂ©e concrĂšte, cette transformation inverse, mĂȘme simplement pensĂ©e, est du mĂȘme ordre que la modification expĂ©rimentale qui a altĂ©rĂ© le systĂšme et pourrait ĂȘtre exĂ©cutĂ©e rĂ©ellement. Par exemple, lâĂ©tirement dâun boudin de pĂąte Ă modeler peut ĂȘtre annulĂ© par un rĂ©trĂ©cissement et ce que lâobjet a gagnĂ© en longueur il lâa perdu en Ă©paisseur, dâoĂč la remise possible en place par des actions entraĂźnant les modifications inverses. Au contraire, dans le cas de la conservation du mouvement, la rĂ©versibilitĂ© opĂ©ratoire ne joue que sur le plan de la pensĂ©e seule et ne correspond Ă aucune transformation intĂ©gralement rĂ©alisable pour le sujet, mĂȘme en laboratoire. A supposer que lâon parvienne (ce qui est impossible) Ă supprimer
1 Voir dâautres cas de ce stade ou dâautres propos des mĂȘmes sujets au § 3 du chap. XV.
toutes les causes de ralentissement, il faudrait encore disposer de lâinfinitĂ© de lâespace et du temps pour une vĂ©rification complĂšte du principe dâinertie. NĂ©anmoins, le sujet du niveau III B arrive Ă Ă©carter ces causes dâarrĂȘt par la pensĂ©e, en se plaçant dâemblĂ©e sur le terrain du possible pur ou absolu (irrĂ©alisable), donc de lâimplication purement hypothĂ©tico-dĂ©ductive.
Cela fait, il suffit alors Ă nouveau dâune opĂ©ration rĂ©versible (1) et (2), qui est ici la contraposition (Ă©quivalence de p â q et de qÌ â pÌ ), mais qui repose dans le cas particulier sur la double nĂ©gation de (p â q â r â âŠ) en (pÌ . qÌ . rÌ âŠ), (donc de « p ou q ou râŠÂ » en « ni p ni q ni r âŠÂ ») et de p en pÌ .
Cette rĂ©versibilitĂ© revient, si lâon veut, au fameux principe tollitur causa, tollit effectus mais, dâune part, pour supprimer les causes dans le cas particulier, il fallait se placer au point de vue du possible pur ; dâautre part, les causes en jeu nâĂ©tant donc pas Ă©liminables en fait, lâopĂ©ration revient alors Ă inverser une implication en sa converse, mais en changeant de signes, donc Ă procĂ©der sur de pures implications, et non plus sur des transformations rĂ©alisables.
On voit donc Ă la fois lâunitĂ© des diverses formes de conservation, fondĂ©es les unes comme les autres sur un principe de groupe (qualitatif ou logique avant dâĂȘtre mĂ©trique) et la diffĂ©rence entre les conservations par opĂ©rations concrĂštes de classes et de relations 1 (ou de parties emboĂźtĂ©es dans un objet total) et la conservation formelle reposant sur les seules opĂ©rations interpropositionnelles.
1 En ce cas lâaspect de groupe correspond Ă la rĂ©versibilitĂ© du « groupement » câest-Ă -dire aux transformations non tautologiques (identiques Ă celles de lâalgĂšbre de Boole).