Chapitre premier.
Transitivité et additivité des différences infraliminaires 1 a

La contradiction dont il s’agira ici est celle que signalait PoincarĂ© en son opposition cĂ©lĂšbre du continu mathĂ©matique et du continu physique : ce dernier demeure Ă  lui seul contradictoire du fait que l’on a perceptivement (et mĂȘme parfois mĂ©triquement) A = B, B = C mais A < C, le dĂ©passement de cette contradiction supposant l’intervention d’opĂ©rations logico-mathĂ©matiques qui permettent de construire des diffĂ©rences infiniment petites et de les soumettre Ă  des lois de transitivitĂ© et d’additivitĂ©. Sans sortir du domaine psychophysique, W. Köhler a invoquĂ© la mĂȘme contradiction, lorsque les diffĂ©rences A < B et B < C demeurent infraliminaires et que la diffĂ©rence A < C est seule perçue, pour montrer que perceptivement le tout ABC n’est pas Ă©gal Ă  la somme des parties et ne comporte donc pas de composition additive puisque la perception donne en ce cas A = B, B = C et A < C. Mais Köhler a oubliĂ© de dire que le propre de l’intelligence est prĂ©cisĂ©ment d’introduire, mĂȘme en ce cas, de telles compositions, ce qui la rend irrĂ©ductible au modĂšle perceptif des Gestalts.

En ce qui suit nous ne nous placerons pas au point de vue de la thĂ©orie des perceptions, mais chercherons comment 45 sujets de 5 Ă  12 ans ont peu Ă  peu dĂ©couvert puis essayĂ© de lever la contradiction entre les constatations perceptives portant sur 7 Ă©lĂ©ments apparemment non diffĂ©rents dans l’ordre A = B = C = D = E = F = G et une inĂ©galitĂ© sensible entre les extrĂȘmes A < G. L’intĂ©rĂȘt de ce problĂšme est double. Il s’agit tout d’abord d’une contradiction qui n’est pas directement donnĂ©e entre deux Ă©noncĂ©s : p (G est plus grand que A) et p (G est Ă©gal Ă  A), mais entre un Ă©noncĂ© p dont le contenu est observable (G > A) et un Ă©noncĂ© p qui doit ĂȘtre dĂ©duit de A = B, B = C, etc., et F = G. Il est donc Ă©vident que, sans cette infĂ©rence reposant sur la transitivitĂ© (A = G si A = B, B = C, 
 et F = G), le sujet ne saurait ĂȘtre sensible Ă  la contradiction initiale, ni Ă  celles qu’il rencontre ensuite en voulant construire deux sous-classes d’équivalence (= A et = G). D’autre part, pour lever cette contradiction entre p = A = G dĂ©duite et p = A < G constatĂ©e, il ne suffit pas, ce qui est dĂ©jĂ  trĂšs malaisĂ© pour les jeunes sujets, de faire l’hypothĂšse de diffĂ©rences imperceptibles : il faut encore construire une nouvelle opĂ©ration au plan de l’intelligence et comprendre l’additivitĂ© possible de ces diffĂ©rences apparemment nulles, de telle sorte que les diffĂ©rences imperceptibles ∆1 + ∆2 + ∆3, etc., soient Ă©gales en leur somme Ă  la diffĂ©rence constatable ∆AG, soit (∑∆1 → 6) = (∆AG > 0). Or, c’est lĂ  une opĂ©ration qui, en elle-mĂȘme, peut paraĂźtre contradictoire au niveau concret de 7-11 ans et il est intĂ©ressant de rechercher comment cette pseudo-contradiction est levĂ©e.

§ 1. Technique

Le matĂ©riel est formĂ© d’une planchette rectangulaire percĂ©e de sept trous dont chacun est occupĂ© par un disque. Ces disques ont une mĂȘme Ă©paisseur mais leur diamĂštre croĂźt de proche en proche du premier au septiĂšme selon des diffĂ©rences infraliminaires de 0,2 mm : le cercle de A a ainsi 58,8 mm de diamĂštre et celui de G 60,0 mm. Les disques sont disposĂ©s en quinconce sur deux rangĂ©es

etc., et les disques A Ă  F sont retenus par une chaĂźnette permettant la comparaison de chacun avec son successeur uniquement, jusqu’à la relation de F avec G. Le dernier disque G est par contre libre, ce qui permet sa comparaison avec A (diffĂ©rence nettement supraliminaire) et avec chacun des autres.

L’interrogation commence par une exploration du matĂ©riel, l’enfant Ă©tant centrĂ© sur la grandeur des disques (diamĂštres). DĂšs le premier contact le sujet se dit souvent certain de l’égalitĂ© des cercles par simple perception visuelle. On propose ensuite des mesures plus prĂ©cises et il est intĂ©ressant de noter les suggestions spontanĂ©es des sujets (la mesure par superposition ou congruence ne va guĂšre de soi avant 7-8 ans, en ce cas particulier). La manipulation dure jusqu’à ce que l’enfant Ă©mette un jugement sur l’ensemble des objets et l’on examine durant cette phase le rĂŽle Ă©ventuel de la transitivitĂ© en la testant au besoin (il est en particulier intĂ©ressant de noter si les mesures ont lieu dans l’ordre AB, BC, etc., ou AB, CD, EF sans liaison entre ces couples).

Lorsque l’enfant admet l’égalitĂ© de tous les disques, on le questionne sur la relation de G avec A, qu’il doit d’abord anticiper, puis vĂ©rifier en disant ce qu’il en pense. Si les mesures prĂ©cĂ©dentes du sujet ont suivi un ordre relevant de la transitivitĂ©, le sujet prend en gĂ©nĂ©ral conscience de la contradiction. Si les mesures ont Ă©tĂ© dĂ©sordonnĂ©es on en provoque de nouvelles dans un ordre suggĂ©rant les liaisons transitives, de façon Ă  ce que le sujet voie un problĂšme dans la distribution des Ă©galitĂ©s ou inĂ©galitĂ©s.

La partie essentielle de l’interrogation commence alors, qui consiste Ă  examiner comment le sujet cherche Ă  lever la contradiction ou comme il se reprĂ©sente la totalitĂ© des Ă©lĂ©ments A Ă  G avec leurs relations. Si le sujet, comme c’est presque toujours le cas, se livre Ă  une dichotomie de classes d’équivalence, par exemple EFG Ă©gaux Ă  G et ABCD Ă©gaux Ă  A on demande quelle est la relation entre E et D, puis on la fait contrĂŽler. Si le sujet passe alors aux classes DEFG et ABC on pose la mĂȘme question quant Ă  la relation entre D et C, etc.

C’est en gĂ©nĂ©ral dans cette structure de l’ensemble que l’on rencontre les contradictions les plus intĂ©ressantes, dont il s’agit de faire l’inventaire, de voir si et comment le sujet en prend conscience et enfin de quelle maniĂšre il les subit ou parvient Ă  les Ă©liminer.

§ 2. Le stade I (5-7 ans)

Les sujets de ce stade ne parviennent point encore Ă  la transitivitĂ© et demeurent donc insensibles Ă  la contradiction relative au cercle G. Voici deux exemples d’un niveau IA :

Jos (5 ; 0) dĂ©clare les Ă©lĂ©ments « tous de la mĂȘme grandeur ». On lui montre la vĂ©rification possible (A sur B) et il plaque alors B sur C et D sur E, etc., sans s’occuper de la relation C-D. « Qu’est-ce que tu peux dire maintenant ? — Ceux-lĂ  (E et F ; C et D ; A et B) sont la mĂȘme grandeur. — Et celui-lĂ  (G) ? — (Il compare F et G.) Ils sont tous la mĂȘme grandeur. » Mais une fois comparĂ©s A et G il conclut simplement que A, B, C, D, E et F « sont la mĂȘme grandeur, ils sont plus petits que (G). — Et G et F ? — (F) sera plus petit. — Essaie. — Oui, ça dĂ©passe (il nie donc l’égalitĂ© apparente) ».

Pas (6 ; 1) affirme l’égalitĂ© de tous les Ă©lĂ©ments, en les regardant puis en les entourant de ses deux mains. Il accepte les superpositions A sur B et B sur C, ainsi que l’égalitĂ© A — C mais « en regardant » et non pas par transitivitĂ© infĂ©rentielle. Il continue Ă  mesurer : « Ils sont tous la mĂȘme chose. — Et G et A ? — Ils sont la mĂȘme chose. — Regarde bien. — Non. — Alors ils sont tous la mĂȘme chose ? — Sauf (G) et (A). — G est la mĂȘme chose que quoi ? — Que (B, C, D, E, F). — Et A ? — Il est la mĂȘme chose que (B, C, D, E, F). — Et A et G ? — Ils ne sont pas la mĂȘme chose. — C’est une bonne explication ? — J’sais pas. — Explique au monsieur (l’étudiant). — (Il rĂ©pĂšte que G = B, C, D, E, F et A = B, C, D, E, F mais que G est plus grand que A.) — Et G et C ? — Je crois que (G) est un peu plus grand. — Et G et B ? — (G) est plus grand. — Et G et B ? — C’est la mĂȘme chose. — Et G et D ? — Aussi. — Et G et E ? — Aussi. — Alors ? — (G) est plus grand que (A, B et C) et il est la mĂȘme chose que (D, E et F). — Et C et D, ils sont comment ? — J’sais pas. — Qu’est-ce que tu crois ? — (D) est plus grand que (C). — Essaie. — (D) est un petit peu plus grand
 non, ils sont la mĂȘme chose. — Et G et D ? — Ils sont la mĂȘme chose. — Et C et D ? — La mĂȘme chose. — C’est juste ça ? — Oui. — Alors, tous ils sont comment ? — (G) est plus grand que (C, B et A) et il est la mĂȘme chose que (D, E et F). — Et C et D ? — Ils sont la mĂȘme chose. — Comment peut-on les appeler ces trois (A, B et C) ? — Ils sont petits. — Et D, E, F et G ? — Ils sont grands. — Il y a une diffĂ©rence entre les grands et les petits ? — (G et D) sont la mĂȘme chose et (C et D) aussi
 Ah ! J’ai tout compris : (G) est la mĂȘme chose que (F, E et D). Et (A, B, C, D) sont la mĂȘme chose (entre eux), mais (G) est plus grand que (C, B et A) ! »

On peut distinguer par contre un niveau IB oĂč l’on observe des Ă©bauches de transitivitĂ©, mais insuffisantes pour imposer la conscience de la contradiction :

Ala (6 ; 6) mesure A et B : « Ils sont Ă©gaux parce que ça ne dĂ©passe pas. — B et C ? — Aussi. — Et A et C ? — (Il essaie de mesurer, sans succĂšs.) — Ils sont comment, tu penses ? — Ils sont la mĂȘme chose parce qu’ils sont tous la mĂȘme chose. — D et E ? — Aussi. — F et G ? — Aussi. — Et si on met G sur A ? — Ils seront la mĂȘme chose parce qu’ils sont tous la mĂȘme chose grands. — Essaie. — La mĂȘme chose. — Ça ne dĂ©passe pas ? — Un tout petit peu, alors (G) est plus grand que (A). — Tu trouves ça normal ? — Je ne sais pas. — Avant tu m’as dit qu’ils Ă©taient tous la mĂȘme chose. — Il n’y a que le (G) qui n’est pas la mĂȘme chose. — Et F et G ? — La mĂȘme chose. Non, non, (G) dĂ©passe. — Alors comment sont tous les ronds ? — (A, B, C, D, E, F) sont la mĂȘme chose, (G) est plus grand et (G) est la mĂȘme chose que (F). — Regarde GA. — (G) dĂ©passe, il est plus grand. — G et B ? — (G) dĂ©passe. — G et C ? — LĂ  aussi. — G et D ? — LĂ  aussi. — G et E ? — Ils sont la mĂȘme chose. — G et F ? — Aussi la mĂȘme chose. — Alors ? — Ils sont tous la mĂȘme chose sauf (G). — RĂ©flĂ©chis bien. — Alors (AB, CD) sont la mĂȘme chose et ils sont plus petits que (G). — Et E, F, G ? — Ils sont la mĂȘme chose (entre eux). — Et D et E ? — Ils sont la mĂȘme grandeur mais (G) est plus grand que (A). »

Cri (6 ; 5) commence par des estimations visuelles puis pour deux cercles Ă  comparer voudrait les « mettre l’un Ă  cĂŽtĂ© de l’autre (ce qui permettrait le tracĂ© visuel des lignes des sommets et des bases). — Et si c’étaient des biscuits ? — Je les mets dessus. — Bien. Vas-y. — (FG) ils sont de la mĂȘme grandeur. (DE) C’est la mĂȘme grandeur. (BC) Ceux-lĂ  aussi. (AB) Ceux-lĂ  aussi. — A est la mĂȘme chose grand que B ? — Oui. — Et R que C ? — Oui. — Et A et C ? — Ils sont de la mĂȘme grandeur, puisqu’ils vont les deux sur (B). — Bien. Essaie CD. — Ils sont la mĂȘme grandeur. — Alors AB ? — Aussi. — BC ? — Aussi. — AC ? — Aussi. — CD ? — Aussi. — AD ? — On n’a pas essayĂ©. — Qu’est-ce que tu crois ? — C’est dur. — On ne peut pas savoir ? — (Il essaie de plaquer A sur D.) — Ah ! oui, on peut, parce que (D) est la mĂȘme chose que (C), et (C) que (A), alors (D) et (A) sont la mĂȘme chose ». Il continue Ă  mesurer E et F puis F et G et conclut qu’« ils sont tous de la mĂȘme grandeur. — Ça vaut la peine de faire G et A ? — 
 Je ne suis pas trĂšs trĂšs sĂ»r (la transitivitĂ© naissante de Cri ne s’accompagne pas encore de nĂ©cessité !). — Normalement ? — Ils sont tous la mĂȘme chose. — Alors vas-y. — Il (G) dĂ©passe un peu ! — C’est normal ? — Non, c’est (F) qui n’est pas la mĂȘme chose que (G) ». Il compare alors G Ă  F, « c’est la mĂȘme chose », puis Ă  C : « (G) est plus grand que (C) », puis « il est plus grand que (B) », et aussi plus grand que D, mais G et E puis F « sont la mĂȘme chose. — Bon, comment sont ces ronds ? — Il y en a des grands (E, F, G), et des petits (A, B, C, D). — Et D et E sont comment ? — (D) est plus petit que (E). — Essaie. — Ils sont de la mĂȘme grandeur. — Qu’est-ce qui se passe alors ? — J’sais pas. Peut-ĂȘtre que (G) vient plus grand quand on le touche. — (On lui donne l’explication.) C’est possible ça ? — Oui. — Tu as bien compris ? — Oui. — Tu peux rĂ©pĂ©ter ? — Alors (A) est petit, (B) est plus grand, (C) est plus petit, (D) est plus grand, (E) est plus petit, (F) est plus grand et (G)
 s’agrandit ! ».

Sia (7 ; 1). MĂȘmes rĂ©actions : G est tantĂŽt Ă©gal Ă  D, tantĂŽt plus grand. « Comment ça se fait ? Ça change ? — Oui, de grosseur. — Comment tu sais ? — Parce que j’ai vu. »

Ick (7 ; 3) ayant cru constater que D = E leur trouve ensuite la relation D < E : « Qu’est-ce qui se passe ? — Ça change. — De grandeur ? — Oui. — C’est possible ? — Oui. »

Oli (7 ; 0). AprĂšs comparaisons de G avec A et B : « Le (G) il n’est pas la mĂȘme chose avec tous. — A est une fois la mĂȘme chose que B et une fois plus petit ? — Oui, c’est (A) : des fois il est petit, des fois il est grand. — Il change de grandeur, de grosseur ? — Oui. »

Les sujets du niveau IA prĂ©sentent deux sortes de contradictions. La plus Ă©lĂ©mentaire semble peu intĂ©ressante du point de vue logique, mais il s’agit d’un facteur prĂ©alable indispensable Ă  la prise de conscience de toute contradiction : c’est le souvenir des donnĂ©es antĂ©rieures (constatations ou infĂ©rences). Lorsque Jos affirme l’égalitĂ© de tous les Ă©lĂ©ments, de A Ă  G, puis dĂ©couvre que G est plus grand que A, il en conclut sans plus que G est alors supĂ©rieur Ă  tous les autres y compris F, sans y voir de contradiction, car il oublie aussitĂŽt qu’il a vĂ©rifiĂ© F = G. Dans le prĂ©sent immĂ©diat, il n’y a donc pas contradiction, et cela d’autant moins qu’en reprenant la comparaison de F et G il nie l’observable perceptif, c’est-Ă -dire leur Ă©galitĂ© apparente. Seulement il y a contradiction par rapport Ă  l’une des donnĂ©es admises antĂ©rieurement, qui n’est pas rediscutĂ©e mais simplement oubliĂ©e et c’est lĂ  la forme la plus simple de la contradiction. Or, elle n’est malgrĂ© tout pas dĂ©nuĂ©e de signification logique : lorsqu’une affirmation prĂ©cĂ©dente sort si facilement de la mĂ©moire, c’est qu’elle n’a rien de nĂ©cessaire, et cela est naturel chez des sujets comme Jos, qui ne prĂ©sentent ni transitivitĂ© (voir ses mesures EF, CD, etc., sans baisons DE, etc.), ni tendance spontanĂ©e Ă  la vĂ©rification par congruence et se contentent d’estimations Ă  vue.

Le sujet Pas, par contre, se rappelle les donnĂ©es antĂ©rieurement admises et cherche alors Ă  lever la contradiction entre « tous la mĂȘme chose » et G > A, en subdivisant ce « tous » en classes d’équivalence de caractĂšres distincts. Mais le fait fondamental est qu’il retombe alors en une autre contradiction systĂ©matique et dont il semble d’abord ne pas prendre la moindre conscience. Ces classes sont, en effet, dĂ©finies l’une par l’égalitĂ© avec G, donc les grands, soit X = B, C, D, E, F, et l’autre par l’égalitĂ© avec A, donc les petits, soit non-X : seulement non-X est formĂ© des mĂȘmes Ă©lĂ©ments B, C, D, E, F, de telle sorte que ces deux classes qui devraient ĂȘtre disjointes (puisque l’une est caractĂ©risĂ©e par l’égalitĂ© avec G et l’autre par la non-Ă©galitĂ© avec G) sont conçues comme identiques ! Si la non-contradiction peut se dĂ©finir par la rĂ©versibilitĂ© ou compensation complĂštes X . non-X = 0, nous sommes donc en ce cas en prĂ©sence de la contradiction maximale X = non-X ! Par contre aprĂšs de nouvelles applications de G sur les autres Ă©lĂ©ments, le sujet trouve une solution meilleure : X (Ă©galitĂ© avec G) = D, E, F et non-X = A, B, C. Ces classes sont donc disjointes et la contradiction semble levĂ©e, d’oĂč la conclusion logique de Pas que D doit ĂȘtre plus grand que C. Malheureusement, la mesure montre Ă  nouveau C = D, d’oĂč nouvel embarras. Le sujet le surmonte alors (« Ah ! J’ai tout compris ») en acceptant une fois de plus une contradiction, mais plus faible : X = D, E, F et non-X = A, B, C, D : la compensation demeure donc incomplĂšte, puisque X. non-X = D, c’est-Ă -dire que D est Ă©gal Ă  la fois Ă  G et Ă  A, bien que G > A. L’insensibilitĂ© Ă  cette contradiction tient assurĂ©ment, pour une part, Ă  la carence de la transitivitĂ©, mais aussi probablement Ă  une signification insuffisante attribuĂ©e aux nĂ©gations.

Quant aux sujets du niveau IB chez lesquels on voit se dessiner une Ă©bauche de transitivitĂ©, le cas de Ala reste analogue Ă  celui de Pas (sauf qu’il ne dĂ©bute pas par X = non-X) : il admet, par exemple, que G « est plus grand et est la mĂȘme chose que (F) », puis il construit deux classes non disjointes ABCD et EFG avec Ă©galitĂ© de D et E, ce qui Ă©quivaut Ă  la compensation partielle dont se contente Pas Ă  propos de C et D. Cri aboutit Ă  la mĂȘme impasse : l’élĂ©ment D est Ă  la fois Ă©gal Ă  EFG et Ă  ABC bien que G > A. Sa solution est alors simplement que G change de grandeur selon qu’on le compare Ă  certains Ă©lĂ©ments ou Ă  d’autres, tous demeurant sans cela Ă©gaux entre eux. On essaie alors de donner Ă  Cri l’explication correcte fondĂ©e sur les diffĂ©rences non perceptibles, mais il la comprend si peu qu’il la ramĂšne Ă  une simple alternance des tailles avec « agrandissement de G ». Enfin Sia, Ick et Oli lĂšvent les contradictions entre G > D et G = D, etc., en admettant comme Cri que G « change de grosseur », ou mĂȘme D et A.

En un mot, le propre des sujets du stade I est d’aboutir Ă  des classes d’équivalence dont les caractĂšres distinctifs sont exclusifs (x Ă©gal Ă  G et y inĂ©gal Ă  G donc y = x) mais ne sont pas sentis comme tels pour une partie commune de ces classes qui devraient ĂȘtre complĂ©mentaires ou disjointes. Ou bien alors le sujet accepte cette situation, qui est contradictoire pour nous, ou bien il cherche Ă  l’expliquer par un appel Ă  la non-conservation de la grandeur de G. Mais il n’essaie pas, comme cela va ĂȘtre le cas au niveau IIA, de remĂ©dier Ă  la contradiction en modifiant les classes d’équivalence, en espĂ©rant trouver une dichotomie exacte.

§ 3. Le stade II, niveau IIA

Ce stade est caractérisé par la transitivité et par une conscience de la contradiction, mais sans que le sujet réussisse à la dépasser. Au niveau IIA, il met son espoir dans le déplacement de la frontiÚre entre les « petits » et les « grands », comme si ces manipulations successives allaient fournir la solution : Voici des exemples, à commencer par un cas intermédiaire :

StĂ© (7 ; 6) croit tous les ronds Ă©gaux « parce que je regarde. — Et si on veut voir s’ils sont bien la mĂȘme chose ? — On les met l’un sur l’autre (StĂ© est donc le premier de nos sujets qui utilise spontanĂ©ment la congruence). — Essaie avec A et B. — Oui, c’est la mĂȘme grandeur parce qu’il n’y en a pas un qui dĂ©passe. — Et B et C ? — MĂȘme grandeur. — Et A et C ? — Non, (C) est plus grand que (A), il me semble. — Tu as dit A = B et B = C alors A et C ? — Ah ! mais (C) est la mĂȘme grandeur que (A) puisque (A = B) et (B = C) ! — Tous sont comment ? — Il faut tous les essayer pour voir (il procĂšde par couples avec interfĂ©rences AB, BC, etc., sauf CD). — Tous sont comment ? — MĂȘme grandeur. — Et G avec A ? — (Il fait le zigzag avec les doigts.) MĂȘme grandeur parce que (A = B, B = C, C = D, etc.) et (F = G). — Essaie. — Il est plus grand que (A). — C’est normal ? — J’sais pas. Non, puisqu’ils sont tous la mĂȘme chose grands, c’est pas normal. — Ils sont comment maintenant ? — Ils sont diffĂ©rents de grandeur. — Tous ? — Non, (G) est le plus grand de tous
 (Il essaie Ă  nouveau et rĂ©partit le tout en petits, A et B, et en grands, de C Ă  G.) — Et B et C ? — (C) est plus grand que (B). Ah non (il essaie), tous ceux-lĂ  (A, B, C) sont petits et ceux-lĂ  (de D Ă  G) sont grands ». Puis il essaie C et D. « Pourquoi tu fais ça ? — Parce que j’avais fait une faute. » Il est donc pris de doute sur la cohĂ©rence de sa dichotomie : « Ah non, (C) est plus grand. — Mais tu le tiens penchĂ©. — Il est quand mĂȘme plus grand. — SĂ»r ? — Oui (il rĂ©partit Ă  nouveau en ABC et DEFG puis corrige nĂ©anmoins spontanĂ©ment en ABCD et EFG). — Et D et E ? — Ils sont diffĂ©rents (sans essai). » Puis aprĂšs une nouvelle mesure il revient Ă  A, B, C « petits » et D, E, F, G « grands ». « Alors qu’est-ce qui se passe ? — Celui-lĂ  (C) change de grandeur ! Je ne sais pas, on n’a pas de bons yeux. — Des fois c’est petit et des fois c’est grand ? — Parce que avant je m’étais trompĂ©, j’ai mal vu. Il faut voir si je me suis trompĂ©. » Il essaie alors Ă  nouveau D et E et rit : « Je me suis trompé : (G) et (F) sont grands et le reste est petit. » Il applique alors G sur d’autres ronds et rit chaque fois : « Il y a des trucs puisque ça devient petit et grand. C’est une drĂŽle de chose. — Ça change de forme ? — Non, mais c’est peut-ĂȘtre Ă  cause des trous (selon que le rond perçu est encastrĂ© ou sorti de son trou). » On lui donne alors l’explication et il conclut : « Faudrait avoir un microscope ou alors une loupe. C’est drĂŽle parce que ça change de grandeur (apparente). »

Lau (7 ; 3) constate que A = B et B = C. Pour A et C : « MĂȘme grandeur. — Mais on ne les a pas mis ensemble. — C’est parce que (A = B) et (B) n’est pas plus grand que (C). » De mĂȘme D = C donc = A, etc. AprĂšs avoir reconnu que G > A, Lau en conclut que G « sera plus grand que (F) ». AprĂšs mesure il en dĂ©duit que F et G sont grands et A, B, C, D, E petits. « Et E et F ? — (Essai.) MĂȘme grandeur. — Alors ? — (A, B, C, D) sont petits et (E, F, G) plus grands. » Puis aprĂšs comparaison de D et E, ce sont A, B et E qui sont seuls petits. « Et C et D ? — (C) sera plus petit que (D). » AprĂšs constatation de leur Ă©galitĂ©, Lau conclut alors qu’« ils sont tous grands ». On revient Ă  G > A : « (A) est plus petit que tous les autres. — Il est plus petit que B ? — Oui. — Essaie. — (B) est plus grand (dĂ©formation de l’observable apparent). »

Nad (8 ; 1) dit que, pour ĂȘtre sĂ»re de l’égalitĂ© apparente, « on va les mettre l’un sur l’autre ». AprĂšs les mesures elle conclut que C = A « parce que (A) est la mĂȘme chose que (B), (B) la mĂȘme chose que (C), alors (C) et (A) ils s’égalisent », de mĂȘme que E et B, etc., jusqu’à G et A : « Ça vaut la peine d’essayer G et A ? — Non. — On va quand mĂȘme essayer. — Oui
 Non, (G) est plus grand que (A). — Tu trouves ça normal ? — Non, non. J’ai peut-ĂȘtre mal regardĂ© (G) et (F). — Eh bien ! regarde. — Ils sont Ă©gaux. Alors (F) est plus grand que (A). — Et F avec E ? — C’est la mĂȘme chose. — Alors E est plus grand que A ? — Non. — Et F et A ? — Ils sont la mĂȘme chose : c’est (G) qui est plus grand que (A). — Alors F et A sont de la mĂȘme grandeur, G et F aussi et G est plus grand que A ? — Oui, c’est juste. Non, non, c’est pas juste. — Alors ? — Ces quatre (A, B, C, D) sont la mĂȘme chose, ces quatre (C, D, E, F) aussi, (E) et (F) aussi, (F) et (G) aussi et (G) n’est pas la mĂȘme chose que (A). — Mais tous ils sont comment ? — Moyens. — Il y a des grands et des petits ? — Non, tous la mĂȘme chose. — Et G et A ? — Non, (G) est plus grand que (A). — Explique-moi ça. — Ils sont la mĂȘme chose ces deux. J’avais mal vĂ©rifiĂ©. — (Nouvelle mesure.) Qu’est-ce qui se passe ? — Sais pas. (G) est plus grand que tous les autres sauf (F). — Et E et F ? — MĂȘme chose. Oui, (F) est la mĂȘme chose que (G), (E) est la mĂȘme chose que (F) mais peut-ĂȘtre que (G) n’est pas la mĂȘme chose que (E). — Comment ça se fait ? —   » Nad aprĂšs nouvelles mesures passe alors aux rĂ©partitions : E, F, G sont Ă©gaux, tous les autres plus petits et A le plus petit de tous, puis, aprĂšs avoir mesurĂ© A et B, « (A, B, C) sont petits et (D, E, F, G) sont grands. — Et si on fait C et D ? — Ils sont la mĂȘme chose. — Alors C est petit, D est grand et ils sont la mĂȘme chose ? — Ah non, c’est pas juste. — Essaie G sur tous. — (Il le fait et conclut que G = F, E, D et C et G > B et A.) (A et B) sont plus petits que (C, D, E, F, G). — Et B et C ? — (C) est plus grand que (B). — Essaie. — La mĂȘme chose. — Qu’est-ce qui se passe ? — Sais pas ». On lui donne l’explication : elle accepte bien l’idĂ©e de petites diffĂ©rences invisibles, mais au lieu de les concevoir comme Ă©gales et additives, elle les conçoit croissantes : « la diffĂ©rence entre (B) et (C) est plus grande que la diffĂ©rence entre (A) et (B) ».

Tio (8 ; 10) croit Ă  l’égalitĂ© gĂ©nĂ©rale puis aprĂšs comparaison de G et A place G sur chacun et conclut : « (G) est plus grand que (A, B) et (C, D, E, F) sont la mĂȘme chose que (G) », mais il veut spontanĂ©ment contrĂŽler le rapport entre B et C « pour voir si c’est comme il faut. (Essai.) Ils sont la mĂȘme chose grands ! — Et G sur B ? — (B) est plus petit. — Alors ? — (A) et (B) sont plus petits que (G), (C, D, E, F) sont la mĂȘme chose que (G) et ces quatre-lĂ  (C, D, E, F) sont la mĂȘme chose que (A et B). — C’est possible ça ? — Soit ils sont tous la mĂȘme chose, soit ils sont plus petits que (G) ». Il aboutit ensuite Ă  l’hypothĂšse : « (A, B, C) sont plus petits que (D, E, F, G.) — Et si je mets D sur C ? — (C) sera plus petit que (D). — Tu veux essayer ? — Non, c’est quand mĂȘme la mĂȘme chose ! » « Ça change de grosseur ? — Non, c’est restĂ© comme c’était, c’est moi qui me suis trompĂ©. — Alors comment ils sont tous ces ronds ? — Ils ont l’air d’ĂȘtre la mĂȘme chose. — Et si G dĂ©passe sur B ? — Ça veut dire qu’ils ne sont pas la mĂȘme chose. » On donne l’explication : Tio n’est guĂšre convaincu.

Une fois constatĂ©e la contradiction entre G > A et l’égalitĂ© gĂ©nĂ©rale des mesures de proche en proche, la solution de ces sujets est naturellement, comme au stade I, de rĂ©partir les Ă©lĂ©ments en deux classes d’équivalence distinctes. Mais le grand progrĂšs dĂ» Ă  la transitivitĂ© et Ă  la rĂ©versibilitĂ© (considĂ©ration des opĂ©rations inverses, donc des nĂ©gations) les empĂȘche alors de se contenter d’une compensation approchĂ©e X . non-X ≠ 0, autrement dit d’accepter l’existence d’une partie commune prĂ©sentant Ă  la fois les caractĂšres x et non-x : par exemple, Tio ayant rĂ©parti les Ă©lĂ©ments en A et B (plus petits que G) et C, D, E, F (Ă©gaux Ă  G) compare spontanĂ©ment B Ă  C « pour voir si c’est comme il faut », donc pour voir si l’on a bien C > B et non pas C = B. Chez les autres sujets, chez qui la comparaison a Ă©tĂ© demandĂ©e, l’existence d’un terme qui serait Ă  la fois Ă©gal et diffĂ©rent est d’emblĂ©e sentie comme une contradiction, et ils cherchent autre chose. La solution gĂ©nĂ©rale consiste alors Ă  changer les classes d’équivalence, en modifiant la frontiĂšre entre < G et = G. Deux problĂšmes se posent alors : pourquoi, si ces sujets croient Ă  la transitivitĂ©, ne savent-ils pas d’avance qu’un dĂ©placement de frontiĂšre conduira Ă  retrouver le mĂȘme problĂšme Ă  propos des deux nouveaux Ă©lĂ©ments frontaliers ? Et surtout pourquoi, en prĂ©sence de contradictions dĂ©sormais ressenties, ne cherchent-ils pas Ă  la lever dans la direction d’une structure sĂ©riale au lieu de s’en tenir Ă  des dichotomies de classes ?

La rĂ©ponse Ă  la premiĂšre question est Ă©videmment qu’ayant constatĂ© une suite d’égalitĂ©s transitives de A Ă  G, puis une inĂ©galitĂ© imprĂ©vue A < G, il est naturel qu’ils aient des doutes sur leurs mesures (« J’avais fait une faute », dit StĂ©, etc.) et puissent donc espĂ©rer trouver une frontiĂšre fixe entre les classes X et non-X. Mais cela suppose prĂ©cisĂ©ment une dichotomie : d’oĂč le second problĂšme.

À cet Ă©gard, l’intĂ©rĂȘt des faits observĂ©s est de nous mettre en prĂ©sence d’une Ă©volution comparable Ă  celle de la sĂ©riation elle-mĂȘme, mais avec un dĂ©calage facilement explicable du fait que les diffĂ©rences en jeu sont imperceptibles de proche en proche. Dans le cas des diffĂ©rences perceptibles les jeunes sujets commencent, en effet, par des rĂ©actions de dichotomie : un petit et un grand, etc., par couples juxtaposĂ©s, ou les petits et les grands par dualitĂ© de classes. AprĂšs quoi seulement viennent les trios (petits, moyens, grands) et enfin une recherche de la continuitĂ© (A < B < C < D < 
). La raison en est que les caractĂšres « petit » et « grand » sont des prĂ©dicats absolus, plus simples Ă  manier que les relations « plus petit » = « moins grand ». De mĂȘme, dans le prĂ©sent cas, la constatation A < G s’opposant Ă  une suite d’égalitĂ©s apparentes suggĂšre une simple dualitĂ© et il est naturel que les sujets dĂ©butent par une recherche de dichotomies entre classes d’équivalence.

Cela dit, les contradictions dues aux frontiĂšres artificielles ainsi Ă©tablies ne peuvent donc pas ĂȘtre levĂ©es. Les sujets s’en tirent, soit comme Lau en dĂ©formant l’observable (sur B et A Ă  la fin), soit comme StĂ© en admettant Ă  nouveau que la grandeur de G varie, mais subjectivement (selon les comparaisons perceptives et les positions), soit en renonçant Ă  comprendre, comme Nad et Tio.

§ 4. Le niveau IIB

Le critĂšre de ce niveau de 9-10 ans est que le sujet, sans parvenir encore Ă  lever la contradiction par une additivitĂ© des diffĂ©rences invisibles, entrevoit cependant par moments deux idĂ©es orientĂ©es dans la bonne direction et dont il s’agira de prĂ©ciser le rapport qu’elles soutiennent entre elles : l’une est celle de diffĂ©rences multiples, sinon sĂ©riales, par opposition aux simples dichotomies en grands et petits ; l’autre est la possibilitĂ© de diffĂ©rences non perceptibles. Voici des exemples, Ă  commencer par un cas intermĂ©diaire :

Pie (9 ; 4) : « Ils sont la mĂȘme grandeur. Non, il y a deux petits, deux moyens
 C’est comme une famille d’haricots : il y a des petits et des moyens jusqu’au papa. — Mais pour ĂȘtre sĂ»r ? — Il faut les mettre par grandeurs, on peut les poser dessus. — Bien, vas-y. — (C et D) Ils sont la mĂȘme grosseur. (A et B) Je crois (B) plus gros (grand) que (A). (E et F) : c’est presque la mĂȘme grosseur, mais c’est (F) qui gagne encore, il est plus gros que (E). — À quoi vois-tu ça ? — Parce qu’il y a un petit peu de bande qui dĂ©passe. — Regarde encore. — Non, c’est les mĂȘmes. » Il change alors de position et aprĂšs les avoir dĂ©clarĂ©s tous pareils, il les subdivise en AF < G, puis en AE < FG, etc., allant jusqu’à admettre simultanĂ©ment F = G, G > A et F = A.

Mar (9 ; 9) dĂ©bute par une Ă©galitĂ© gĂ©nĂ©rale, puis, constatant G > A, croit qu’« on a mal mesurĂ© avant ». Il recommence et suppose AE < FG. « Et si tu fais E et F ? — (F) sera plus grand que (E). — Essaie. — Non, mĂȘme grandeur. C’est peut-ĂȘtre que (EG) sont la mĂȘme chose et ceux-lĂ  (AD) plus petits. — Et D et E ? — Mais on a vu qu’ils sont la mĂȘme chose. C’est bizarre
 Peut-ĂȘtre que ça devient toujours plus petit, mais on n’arrive pas Ă  voir. — Comment peux-tu le savoir ? — Parce qu’on a tout essayĂ©. — Mais on a vu qu’ils sont tous de la mĂȘme grandeur. — Oui, mais on n’arrive pas Ă  voir quand ça devient toujours plus petit. — Entre A et B ? — Le (B) devient plus grand mais on n’arrive pas Ă  le voir. »

Tin (10 ; 6) fait les comparaisons de A Ă  F puis F = G et conclut par transitivitĂ© Ă  une Ă©galitĂ© gĂ©nĂ©rale. Une fois constatĂ© que G > A elle le dit d’abord simplement « plus grand que les autres. — Mais tu l’aurais vu avant ? — 
 — Qu’est-ce qui se passe ? Il change de grandeur ? — Non, je pense qu’ils Ă©taient tous un peu plus grands (les uns que les autres). — Je ne comprends pas. — Je pense que (A) et (B) sont presque de la mĂȘme grandeur, alors on ne voit pas la diffĂ©rence. Puis c’est tout le temps comme ça, alors quand on a mesurĂ© (G) avec (A), ça faisait une diffĂ©rence ». Tin semble donc atteindre la solution juste, y compris l’additivitĂ© des diffĂ©rences non perceptibles, mais il suffit d’une question suggestive pour lui faire changer d’avis : « Une diffĂ©rence tellement petite qu’on ne la voit pas tu crois que ça existe ? — Non, je ne crois pas qu’ils sont tous un peu plus grands. » Elle recule alors Ă  l’hypothĂšse des classes d’équivalence (A, B, C) < (D, E, F, G) mais revient ensuite Ă  son idĂ©e prĂ©cĂ©dente pour C et D : « (D) sera plus grand que (C), il y aura une petite diffĂ©rence. — Essaie. — Oui
 non. » Elle reprend G avec B-D et conclut : « (C) est plus grand que (B), et (B) est plus grand que (A). (G) et (D) c’est la mĂȘme grandeur, il y a seulement une petite diffĂ©rence : (D) est plus grand que (C), un tout petit peu. — Et G et E ? — La mĂȘme grandeur. — Et E et D ? — (E) est quand mĂȘme un peu plus grand, mais c’est difficile Ă  dire. — Peut-ĂȘtre qu’il y a une petite diffĂ©rence qu’on ne voit pas ? — Non, je ne crois pas. Je pense que (A, B, C, D, E, F) sont la mĂȘme grandeur et qu’ils sont tous plus petits que (G). — Pourquoi tu crois que ton explication avec les petites diffĂ©rences est fausse ? — Parce que j’ai mesurĂ© et je ne les ai pas vues. — Mais si elles sont minuscules ? — Si elles sont minuscules, peut-ĂȘtre qu’on ne les voit pas. — Tous les minuscules ensemble ça peut faire une grande diffĂ©rence ? — Non ce n’est pas possible. »

Roc (10 ; 8) prĂ©sente les mĂȘmes oscillations. AprĂšs avoir admis l’égalitĂ© gĂ©nĂ©rale, la constatation de G > A, il prĂ©tend qu’entre F et G « il y a la mĂȘme diffĂ©rence (= 1 mm). Ils ne sont pas tous Ă©gaux. Oui, ils sont tous diffĂ©rents. — Entre G et E ? — Un demi-millimĂštre de plus. — Et G et C ? — Ouf ! Ou ils sont Ă©gaux ou il y a un quart de millimĂštre. — Et G et B ? — Alors lĂ  il y a une diffĂ©rence visible ! — Et D et B ? — Ils sont diffĂ©rents. Exactement je ne peux pas dire ; au toucher ça se sent ». Mais ensuite il affirme D = F = G : « Oui, ces trois sont Ă©gaux. Les autres sont dans une autre famille. Non, ils sont tous Ă©gaux, Ă  moins qu’il faille les dĂ©partager. — Et E et C ? — Attendez, je ne m’en sors plus, moi. » Etc. « Mais ça se pourrait qu’il y ait une diffĂ©rence entre chaque rond et le suivant ? — Oui. Je vous ai dit que je ne savais pas exactement. »

Le cas de Pie montre d’abord qu’au palier d’équilibre des opĂ©rations concrĂštes, vers 9 ans, oĂč un certain nombre de notions deviennent relationnelles, nos sept cercles dont les rapports de grandeur sont difficiles Ă  percevoir peuvent aussi bien suggĂ©rer un modĂšle sĂ©rial que des classes d’équivalence : dĂšs l’abord Pie Ă©voque, en effet, la possibilitĂ© de « petits », « moyens » et « grands ». Il est donc normal qu’en prĂ©sence des contradictions oĂč conduisent les dichotomies, les autres sujets de ce niveau pensent Ă  des diffĂ©rences multiples et sĂ©riables au lieu d’en rester Ă  des catĂ©gories discontinues. Mais il s’ensuit alors deux consĂ©quences opposĂ©es. La premiĂšre est qu’à imaginer des diffĂ©rences entre chaque Ă©lĂ©ment et le suivant le sujet est conduit Ă  les reconnaĂźtre comme non perceptibles. C’est ce que dit, par exemple, Mar de façon frappante : « Peut-ĂȘtre que ça devient toujours plus petit, mais on n’arrive pas Ă  voir. — Comment peux-tu le savoir ? — Parce qu’on a tout essayé ! » Autrement dit, il faut bien, pour sortir des difficultĂ©s, recourir Ă  des grandeurs imperceptibles. Mais alors, une seconde consĂ©quence s’ensuit qui vient modĂ©rer ces espoirs, du moins dans les limites que les modes de raisonnement inhĂ©rents aux opĂ©rations concrĂštes imposent Ă  la pensĂ©e du sujet : si de telles grandeurs ne peuvent ĂȘtre ni perçues ni mesurĂ©es, elles ne sauraient alors ĂȘtre composĂ©es entre elles, d’oĂč leur non-additivitĂ©. De mĂȘme qu’au plan physique il faut attendre le stade des opĂ©rations formelles pour que les corps soient composĂ©s de corpuscules microscopiques (Ă  l’exception du sucre oĂč l’on voit les grains se rĂ©duire progressivement), les compositions concrĂštes demeurant semi-macroscopiques, de mĂȘme, en ces questions de diffĂ©rences conçues comme imperceptibles, les sujets de 9-10 ans sont bien conduits Ă  en faire l’hypothĂšse pour lever la contradiction entre les Ă©galitĂ©s apparentes et l’inĂ©galitĂ© finale (AG), mais ils ne sont pas encore en Ă©tat de dĂ©duire que celle-ci constitue la somme des diffĂ©rences imperceptibles, du fait que l’imperceptible leur paraĂźt ĂȘtre d’une autre nature que les grandeurs accessibles Ă  des lois de composition rationnelles et que son existence mĂȘme ne saurait ĂȘtre assurĂ©e avec certitude : « Je vous ai dit, conclut ainsi Roc, que je ne savais pas exactement. » Et Tin qui, au dĂ©but de son interrogation, semble avoir tout compris et avoir ainsi atteint le stade III, ne rĂ©siste pas Ă  la question de savoir si les diffĂ©rences invisibles « existent » : « peut-ĂȘtre qu’on ne les voit pas », donc qu’elles existent quand mĂȘme, mais « ce n’est pas possible » que leur somme donne une grande diffĂ©rence. D’oĂč finalement, les oscillations de ces divers sujets qui, au total, ne parviennent pas Ă  se dĂ©cider entre les deux modĂšles de la sĂ©riation avec diffĂ©rences imperceptibles et des classes d’équivalence avec les contradictions qu’elles comportent inĂ©vitablement.

§ 5. Le stade III et conclusions

Vers 11-12 ans, enfin, les sujets qui constatent l’inĂ©galitĂ© G > A aprĂšs avoir cru Ă  une Ă©quivalence gĂ©nĂ©rale lĂšvent la contradiction en admettant l’existence de diffĂ©rences non perceptibles, susceptibles de s’additionner jusqu’à donner lieu Ă  cette inĂ©galitĂ© visible. Voici des exemples, Ă  commencer par un cas de transition entre les niveaux IIB et III :

Nad (10 ; 10) ne voit que des Ă©galitĂ©s jusqu’à G > A : « Alors ? — (A) est le plus petit de tous. — Et A et B sont pareils ? — Non. — Essaie. — La mĂȘme chose ! Il y a un dĂ©faut. — Explique. — Ils sont
 (G) est plus grand que les autres. — Et on a F = G ? — Non. Oui pareils. — Alors G est plus grand ? — Non. » VĂ©rifications nouvelles et Nad renonce Ă  comprendre. « G se gonfle ? — Non. — A devient plus petit ? — Non. — Il y a une toute petite diffĂ©rence entre A, B, C, etc. ? — Oui ! — C’est possible ? — Oui. — Explique. — (A) ajuste une petite diffĂ©rence avec (B), (B) avec (C), etc., puis alors ça fait une grosse diffĂ©rence entre (G) et (A). — Et entre F et G ? — Aussi. — On la voit ? — Non, on ne la voit pas. — Et entre G et C ? — On la voit. — Entre G et E ? — On ne la voit pas. — Ils sont pareils ? — Non
 Chaque fois il y a une petite diffĂ©rence, alors Ă  la fin il y a une grosse diffĂ©rence
 parce que (G et A) sont plus Ă©loignĂ©s et qu’on les a mis dans l’ordre. » On voit qu’une simple question suggĂ©rant la possibilitĂ© de petites diffĂ©rences a dĂ©clenchĂ© la comprĂ©hension, tandis qu’aux niveaux antĂ©rieurs l’explication complĂšte proposĂ©e par l’expĂ©rimentateur demeurait sans effet.

Pat (11 ; 4) croit d’abord Ă  l’égalitĂ© puis constatant G > A dit que « c’est pas trĂšs prĂ©cis ce que j’ai fait avant ». Il croit d’abord Ă  deux classes (A = B = C = D) et (E = F = G). « Et D et E ? — Ils ne sont pas tout Ă  fait Ă©gaux. — Tu le vois ? — Je le sens (!). — Une grande diffĂ©rence ? — TrĂšs petite. — Puis F et E ? — Ils sont encore inĂ©gaux. — Ça se pourrait une petite diffĂ©rence qu’on ne voit pas ? — Je vais voir. On peut dire qu’il n’y en a pas. Si on regarde avec une loupe c’est possible qu’ils ne soient pas de la mĂȘme grandeur. — Alors ils sont Ă©gaux ? — Ils sont tous Ă©gaux, mais il y a une tellement petite diffĂ©rence que plusieurs petites diffĂ©rences ça fait une grande diffĂ©rence. — Ça t’a Ă©tonnĂ© G sur Al — Oui, mais comme il y en avait beaucoup, maintenant ça fait une grande. »

Jer (11 ; 9), aprĂšs les Ă©galitĂ©s, constate que G > A et en conclut que « (F) sera plus petit que (G). — Regarde. — Il est Ă©gal. C’est un autre qui est plus petit, peut-ĂȘtre (E). — Essaie. — MĂȘme grandeur ». Puis E et D, D et C, etc., jusqu’à A ! « C’est normal ? — Non, ils vont de plus en plus petits avec une trĂšs petite diffĂ©rence. — Ça existe des diffĂ©rences si petites qu’on ne les voit pas ? — Oui. »

Arc (12 ; 0) : « Ils sont Ă©gaux. — Et G et A ? — Ils sont Ă©gaux. — SĂ»r ? — Oui (essai). Ah ! non, ça fait une diffĂ©rence. — Ça te surprend ? — Ah oui ! — Ça ne joue pas ? — Oui, il y en a qui sont un tout petit peu plus petits, qu’on ne voit pas Ă  l’Ɠil nu. — Alors ? — Il y a une petite diffĂ©rence entre chaque rond. — Mais ces petites diffĂ©rences, tu les as vues ? — Parce qu’en additionnant toutes les petites diffĂ©rences et en les mettant sur (G), (G) est plus grand. — Comment tu as fait pour penser Ă  des petites diffĂ©rences qui s’ajoutent ? — Parce que quand on les met ensemble, on ne peut pas mettre tout d’un coup la grande diffĂ©rence, sinon on aurait vu (autrement dit parce qu’il y a sĂ©riation continue). »

Asc (12 ; 7) : « Ils sont tous Ă©gals. » Mais avec G et A : « Il est plus grand que (A) ! — Comment ça peut se faire ? — J’ai mal mesurĂ©. » Il recommence AB, BC, etc., jusqu’à FG en disant chaque fois : « Un tout petit peu plus grand. C’est pas beaucoup. Ça ne se voit pas, ça se sent
 avec les doigts. — Ça se sent beaucoup ? — Presque rien, un petit peu. — La diffĂ©rence entre A et B est la mĂȘme qu’entre B et C, etc. ? — C’est toujours celui qui est dessous (superposition) qui est plus grand
 Ça s’agrandit toujours un peu plus (par rapport Ă  A) et le dernier est plus grand que le premier (en tant que caractĂšre visible de la diffĂ©rence AG). »

L’additivitĂ© des diffĂ©rences imperceptibles est donc acquise, ce qui permet de lever les contradictions. Quant Ă  savoir d’oĂč provient cette nouvelle opĂ©ration, on pourrait n’y voir qu’une gĂ©nĂ©ralisation de l’addition des diffĂ©rences visibles, qui donne beu Ă  une structure cohĂ©rente dĂšs le niveau des opĂ©rations concrĂštes. Mais il s’agit probablement en fait d’une abstraction rĂ©flĂ©chissante, avec ses deux caractĂšres de projection d’un plan Ă  un autre (du perceptible rĂ©el Ă  l’imperceptible possible et dĂ©duit de façon nĂ©cessaire) et de rĂ©organisation, car cette additivitĂ© des possibles va sans doute de pair avec la distributivitĂ©.

Au total ces rĂ©sultats sont assez instructifs quant Ă  la nature de la contradiction, quant Ă  sa prise de conscience et quant aux processus logiques de son dĂ©passement. En ce qui concerne sa nature, nous avons constatĂ© qu’elle revient Ă  une compensation ou rĂ©versibilitĂ© incomplĂštes : lorsque, pour deux classes d’équivalence X et non-X, leur produit n’est pas considĂ©rĂ© comme nul (compensation complĂšte), mais que le sujet leur prĂȘte une partie commune dont les caractĂšres seront donc simultanĂ©ment x et x, il y a contradiction. Nous avons vu, d’autre part, que celle-ci comporte des degrĂ©s, selon l’étendue de cette partie commune (qui chez Pas, au § 2, comprend d’abord les Ă©lĂ©ments B, C, D, E, F, donc tous sauf A et G, ces cinq Ă©lĂ©ments Ă©tant Ă  la fois Ă©gaux Ă  A et Ă  G bien que G soit reconnu plus grand que A).

Mais il va de soi que de dĂ©finir la non-contradiction par le fait que la nĂ©gation (non-X) compense exactement l’affirmation (X) subordonne la notion de contradiction Ă  celle de nĂ©gation : dire que la classe des X est formĂ©e des Ă©lĂ©ments Ă©gaux Ă  G et que la classe des non-X est formĂ©e des cercles plus petits que G, c’est d’abord admettre que « plus petit » constitue une nĂ©gation de « égal », du moins en notre ensemble de sept Ă©lĂ©ments dont aucun n’est > G. Mais est-ce bien lĂ  la croyance des sujets de 5-6 ans puisqu’ils ne voient pas de difficultĂ© Ă  admettre qu’un, deux, trois ou mĂȘme cinq Ă©lĂ©ments soient Ă  la fois Ă©gaux Ă  G et plus petits que lui ? En fait, de deux choses l’une : ou bien l’enfant conçoit comme nous le caractĂšre « plus petit » comme Ă©quivalent Ă  « inĂ©gal » et donc comme une nĂ©gation de « égal », mais il ne parvient pas Ă  composer cette nĂ©gation avec l’affirmation selon une compensation complĂšte, ou bien il introduit un moyen terme original entre notre nĂ©gation et l’affirmation et ce moyen terme demeure incomposable en termes de compensation.

Par contre, ce qui est Ă©vident est que l’enfant ne dit pas (dans son langage) que tel Ă©lĂ©ment est Ă  la fois « la mĂȘme chose » et « pas la mĂȘme chose » que G : il intervient donc entre « plus petit » et non Ă©gal ou « pas la mĂȘme chose » un processus infĂ©rentiel qui pour nous est immĂ©diat sous une forme sĂ©riale, mais qui pourrait fort bien ne pas s’imposer au sujet de 5-6 ans sous quelque forme que ce soit. Nous disons alors que l’enfant demeure insensible Ă  la contradiction, mais en avons-nous le droit et ne vaudrait-il pas mieux soutenir qu’à dĂ©faut de cette infĂ©rence il n’y a effectivement pas contradiction : E = G, E = A et G > A seraient ainsi trois constatations distinctes qu’il ne faut pas chercher Ă  relier, chacune Ă©tant vraie dans son contexte limitĂ© (et, ajoutent les sujets du niveau IB, les Ă©lĂ©ments G et A pouvant fort bien changer de grandeur d’une situation Ă  l’autre). Seulement il se trouve qu’en passant du stade I au stade II l’enfant ne devient pas un physicien nuclĂ©aire qui se dĂ©lecterait de ces occurrences complexes et y verrait des cas Ă©lĂ©mentaires de complĂ©mentarité : le sujet du stade II trouve effectivement contradictoires de telles affirmations, ce qui nous permet de dire qu’à 5-6 ans elles l’étaient dĂ©jĂ  virtuellement, mais que le sujet n’en prenait pas conscience faute des infĂ©rences nĂ©cessaires. D’oĂč notre seconde conclusion : la prise de conscience de la contradiction suppose une structuration infĂ©rentielle des observables et des constatations, et nous l’avons effectivement vue Ă  l’Ɠuvre sous les espĂšces de la transitivitĂ© conçue comme nĂ©cessaire et de la composition des affirmations et des nĂ©gations.

Enfin pour ce qui est du dĂ©passement de la contradiction (niveaux IIB et III), nous en observons ici les deux aspects complĂ©mentaires habituels : en extension, un Ă©largissement du rĂ©fĂ©rentiel (hypothĂšse des diffĂ©rences imperceptibles) et, en comprĂ©hension, une relativisation des notions, les prĂ©dicats absolus « petits » et « grands » Ă©tant transformĂ©s en relations de diffĂ©rences sĂ©riales. Il est d’un certain intĂ©rĂȘt de retrouver Ă  cet Ă©gard entre 7-8 et 11-12 ans une Ă©volution trĂšs semblable Ă  celle des progrĂšs de la sĂ©riation (supraliminaire) entre 3-4 et 7-8 ans : passage des dichotomies (7-8 ans) aux trichotomies (Pie Ă  9 ; 4) et aux diffĂ©rences continues. Dans ces deux cas les prĂ©dicats absolus (petits et grands) sont remplacĂ©s par des relations ordonnĂ©es, mais dans un cas celles-ci sont manipulables et dans l’autre il faut les construire par pures infĂ©rences.

Quant au type des contradictions Ă©tudiĂ©es en ce chapitre on pourrait y voir un conflit entre un fait constatĂ© (A < G) et un schĂšme d’anticipation (A = B = C = 
 = G), mais il va de soi que les oppositions ultĂ©rieures portent avant tout sur les relations entre schĂšmes distincts (classes d’équivalence ou sĂ©riation) applicables aux objets en leurs caractĂšres observables autant qu’inobservables. Pour ce qui est, enfin, du sens gĂ©nĂ©ral de l’évolution observĂ©e, nous y reviendrons au paragraphe 5 du chapitre II qui porte sur un problĂšme parallĂšle.