Chapitre X.
Contacts et séparations
a
Section I. Les contacts entre chaque objet et chacun des autres en des configurations spatiales à construire 1
Lorsque lâon demande aux sujets de disposer 3, puis 4, etc., crayons de maniĂšre Ă ce que chacun touche chacun des autres, on se trouve en prĂ©sence de conflits qui intĂ©ressent la contradiction Ă deux points de vue. En premier lieu certains schĂšmes dâaction sont contradictoires en eux-mĂȘmes sans que lâenfant sâen doute immĂ©diatement : par exemple, ayant serrĂ© trois crayons parallĂšlement dans lâordre 1, 2, 3 et constatant, mais seulement sur question, que 1 ne touche pas 3, le sujet changera lâordre en 3, 1, 2, puis, constatant que 3 et 2 ne se touchent plus, il fera la permutation 2, 3, 1, etc., sans comprendre dâemblĂ©e quâen ce cas un nouveau contact Ă©limine ipso facto une contiguĂŻtĂ© antĂ©rieure. Il y a lĂ un joli cas de contradiction dans lâaction elle-mĂȘme, le chemin qui conduit Ă lâune des parties du but sâĂ©loignant simultanĂ©ment dâune autre. En second lieu, cet exemple montre que dĂšs le dĂ©part il y a difficultĂ© pour le sujet Ă composer les caractĂšres positifs et nĂ©gatifs : en effet, aux niveaux infĂ©rieurs, ses projets eux-mĂȘmes, avant toute action, tĂ©moignent dâun primat des contacts sur lâabsence de contacts, selon la maniĂšre dont est interprĂ©tĂ©e la relation gĂ©nĂ©rale « chacun touche chacun ».
§ 1. Le stade I
Ă commencer par ce dernier point, il est, en effet, Ă noter que cette correspondance demandĂ©e un Ă plusieurs (ou plutĂŽt chacun Ă tous les autres) est dâabord conçue comme une sorte de relation linĂ©aire et transitive (1 touche 2 qui touche 3 donc 1 touche 3). Seulement câest le cas Ă un Ăąge oĂč la transitivitĂ© nâest pas Ă©laborĂ©e, de telle sorte quâil sâagit, en fait, dâune relation globale telle que la figure construite soit continue et ses Ă©lĂ©ments solidaires, donnant donc une impression de contiguĂŻtĂ© gĂ©nĂ©rale, vraie sous la forme « chacun touche au moins lâun des autres », mais sans contact.
Un cas frappant est celui dâEli (5 ; 0) qui pour 3 crayons place 1 et 2 parallĂšlement mais sans contact en reliant leurs extrĂ©mitĂ©s par 3, perpendiculairement Ă eux. Elle estime ainsi que chaque crayon touche les 2 autres puis reconnaĂźt que 1 ne touche pas 2. Elle place alors 1 verticalement, rejoint par 3 et 2 horizontalement mais sĂ©parĂ©s. Comme cette fois 3 ne touche pas 2 elle refait la disposition initiale : « Maintenant chaque crayon touche les 2 autres ? â Il en faudrait encore un là  » en indiquant la partie ouverte de la figure : avec un de plus cela ferait donc un carrĂ© et en ce cas elle serait satisfaite. De mĂȘme Mar Ă 6 ans construit pour 4 crayons un carrĂ©, puis met 1 et 2 verticaux et sĂ©parĂ©s, reliĂ©s Ă leur sommet par 3 et 4 horizontaux et serrĂ©s, de telle sorte que 4 ne touche pas 1 ni 2. Elle fait alors une double Ă©querre : 1 et 2 serrĂ©s Ă angle droit de 3 et 4 serrĂ©s et comme 4 ne touche pas les 3 autres, elle se contente de 1, 2, 3, 4 parallĂšles et serrĂ©s. Le sujet Phi Ă 7 ans dĂ©bute par ce dernier dispositif, puis fait un M. Mon Ă 8 ans encore fait pour 4 crayons un E puis une sorte de F Ă 3 barres horizontales serrĂ©es.
Certes ces rĂ©actions pourraient sâexpliquer par une incomprĂ©hension de la consigne : mais elle est sans cesse rĂ©pĂ©tĂ©e et lors des questions sur la solution obtenue, les jeunes sujets reconnaissent (mais alors seulement et non pas spontanĂ©ment) que tel crayon ne touche pas tel autre. Ils nâen continuent pas moins Ă chercher dans la direction dâun tout simplement indivis et non pas des correspondances de chacun Ă chacun. Il nâest donc pas exagĂ©rĂ© de voir en cette tendance une extension du concept de « se toucher » dans le sens des relations positives avec nĂ©gligence des nĂ©gatives (= sans contact).
§ 2. Le niveau IIA
Si ce qui prĂ©cĂšde concerne le stade I, prĂ©opĂ©ratoire, on en trouve une continuation nette au niveau IIA (7-8 ans), mais avec en plus les changements dâordre paradoxaux dont il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© question :
Ros (7 ans) place ses crayons cĂŽte Ă cĂŽte : 1, 2, 3 puis permute en 2, 3, 1 et dit : « 2 touche 3 et 3 touche 1 » (en oubliant cette fois 1 et 2). Pour 4 rayons elle les serre de mĂȘme 1, 2, 3, 4 : « 1 touche 2 qui touche 3. â Et 1 et 4 ? â (Elle change en 2, 3, 4, 1) 2 qui touche 3, qui touche 4 qui touche 1. â Et 2 et 4 ? â Non, il faut mettre 3, 4, 1, 2. » Etc. : 4, 3, 1, 2 puis 3, 1, 2, 4 et comme on rĂ©siste elle pose 1, 2, 3 et met 4 transversalement par-dessus comme si ça faisait toucher 1 et 3. De mĂȘme Ala (7 ; 5) pose 1, 2, 3 serrĂ©s et parallĂšles : « Comme ça ils se touchent tous (on vient pourtant de lui faire rĂ©pĂ©ter la consigne) : 1 touche 2 et 2 touche 3. â Et 1 et 3 ? â Ah ! non (il pose 2, 1,3) VoilĂ Â : 3 touche 1 qui touche 2. â Et 2 et 3 ? â Ah ! non (1, 3, 2). VoilĂ âŠ, etc.
Deux points sont Ă noter Ă cet Ă©gard. Le premier est quâil y a donc persĂ©vĂ©ration de lâextension du terme « se toucher », sans doute par un renforcement dĂ» Ă la transitivitĂ© naissante, puisque 3 ou 4 crayons parallĂšles et serrĂ©s sont censĂ©s « se toucher tous », comme dit Ala Ă 7 ans. Mais le second point intĂ©ressant est que ces changements dâordre frĂ©quents Ă 7 et 8 ans nâapparaissent quâĂ ce niveau, sous lâinfluence des dĂ©buts de la mobilitĂ© opĂ©ratoire. Le fait que ce progrĂšs dans la rĂ©versibilitĂ© laisse subsister une contradiction aussi flagrante dans une construction pratique de relations « se toucher » semble confirmer sur ce point la prĂ©gnance des aspects positifs par opposition aux nĂ©gatifs, le non-contact nâĂ©tant dĂ©couvert en chaque situation que de proche en proche et aprĂšs coup au lieu dâĂȘtre anticipĂ© comme ce le sera au niveau IIB dans le cas de crayons parallĂšles et serrĂ©s. En effet, ce qui est spectaculaire en ces conduites de changement dâordre est que lors de chaque permutation (et n fois de suite) le sujet est satisfait de rĂ©aliser le contact qui manquait entre deux crayons dans lâordre prĂ©cĂ©dent, et chaque fois, avant quâon attire explicitement son attention sur ce point, il nĂ©glige de remarquer quâil se produit alors une nouvelle absence de contact entre deux autres Ă©lĂ©ments.
§ 3. Le niveau IIB
LâintĂ©rĂȘt de certains faits du niveau IIB tient aux essais de gĂ©nĂ©ralisation pour n 1 crayons de la solution qui a rĂ©ussi pour n.
Har (9 ; 6) ne cherche plus comme au niveau IIA Ă poser trois crayons cĂŽte Ă cĂŽte mais trouve dâemblĂ©e la solution du triangle et dit : « 1 touche Ă 2 et 3, 2 touche Ă 1 et 3 et 3 touche Ă 1 et 2 », solution qui est donc correcte dans lâĂ©noncĂ© (correspondance un Ă plusieurs) comme dans les faits. Mais il en conclut alors que pour 4 crayons on peut faire un carré : « Câest juste ? â Oui, 1 touche 2 et 3. â Et 4 ? » Il lâenlĂšve alors et fait un triangle 1, 2, 3, muni dâune bissectrice 4, ce qui rĂ©sout le problĂšme. Pour 5 crayons il essaie Ă nouveau de gĂ©nĂ©raliser : un carrĂ© muni dâune diagonale 5. « Câest juste ? â 1 (cĂŽtĂ© supĂ©rieur) ne touche pas 4. » Il fait alors une figure Ă angles compliquĂ©s mais avec 2 Ă©lĂ©ments sans contacts suffisants puis un losange avec diagonale et enfin un triangle avec bissectrice et dont un cĂŽtĂ© comporte 2 crayons accolĂ©s parallĂšlement touchant lâextrĂ©mitĂ© de la bissectrice, ce qui est correct : « Comment se touchent-ils ? â 1 touche 2 et les 3 (3, 4, 5) ; 3 touche les trois (1, 4, 5) et 2 ; 2 touche 1 et les trois (3, 4, 5) ; 4 touche 1, 2, 3, 5 et 5 touche 4, 2, 3, 1. » Avec 6 crayons par contre il rĂ©gresse un instant aux positions cĂŽte Ă cĂŽte, puis met 1, 2, 3, 4 en Ă©ventail en posant dessus perpendiculairement 1 et 2 Ă angle aigu.
On note chez ce cas reprĂ©sentatif de ce niveau la double tendance Ă gĂ©nĂ©raliser Ă n crayons, dans la direction des figures fermĂ©es et indivises, ce qui est valable pour 3. Il y a lĂ sans doute un dernier rĂ©sidu des tendances initiales. Mais dâautre part le sujet change complĂštement, quand il le faut, de type de construction (dans la direction des Ă©ventails ou angles avec contacts par les pointes seules.
§ 4. Les descriptions et conclusion
Mais un point fondamental Ă souligner : câest lâĂ©volution des descriptions que le sujet fournit des rĂ©sultats de ses actions, en particulier lorsquâils sont bons. Alors que la consigne donnĂ©e Ă lâenfant comporte une correspondance un Ă plusieurs de chaque crayon Ă chacun des autres et que, comme Har vient de vous le montrer, les sujets du niveau IIB adoptent avec facilitĂ© ce langage, tandis que ceux du niveau IIA occupent Ă cet Ă©gard une situation intermĂ©diaire, les enfants du stade I nâutilisent guĂšre que des correspondances terme Ă terme, mĂȘme si leur Ă©numĂ©ration est complĂšte pour une configuration correcte :
Osi (5 ; 0), aprĂšs avoir rĂ©ussi la disposition de 3 crayons en triangle (Ă la suite dâun essai cĂŽte Ă cĂŽte) : « Comment ils se touchent ? Lequel touche lequel ? â 2 touche 1, 2 touche 3, 3 touche 1. â Câest tout ? â Oui. » Dom, 6 ans, met 2 crayons lâun contre lâautre et le troisiĂšme dessus : « 3 touche 1, 3 touche 2, 2 touche 1. »
De plus, si la correspondance demeure ainsi terme Ă terme la relation « toucher » nâest pas forcĂ©ment conçue comme symĂ©trique, selon les parties spĂ©cifiques qui sont en contact : « pointe contre pointe » lâest, mais pas « lâun sur lâautre » (Dom), ni la pointe dâun crayon touchant le corps dâun autre, etc.
Mais ne serait-ce pas alors ces caractĂšres de la description des actions exĂ©cutĂ©es ou projetĂ©es qui, en faisant abstraction des correspondances un Ă plusieurs, expliqueraient lâextension donnĂ©e par les jeunes sujets Ă lâexpression « ils se touchent tous », en nĂ©gligeant les cas nĂ©gatifs, donc les absences de contact direct ? Cela reviendrait donc simplement Ă dire que lâenfant, ne comprenant pas la consigne, lâinterprĂšte Ă sa façon. Mais rĂ©pĂ©tons dâabord que le sujet comprend vite ce quâon lui demande, mĂȘme si ce nâest pas du premier coup. Cela dit et redit, il existe en fait une parentĂ© plus profonde et plus intĂ©ressante entre la difficultĂ© Ă manier la correspondance un Ă plusieurs et la tendance Ă surestimer le nombre des cas positifs de contact. Câest que, dans leurs actions procĂ©dant de proche en proche sans plan reprĂ©sentatif dâensemble, les sujets du stade I procĂšdent effectivement par mises en relation dâun crayon avec un autre, donc par correspondance terme Ă terme, les Ă©lĂ©ments non encore concernĂ©s ou ne lâĂ©tant dĂ©jĂ plus constituant alors la classe des « autres » qui devrait alors ĂȘtre conçue comme une classe secondaire Aâ nĂ©gative (= les non-A) par rapport Ă la classe singuliĂšre A actuellement visĂ©e. Nous retrouvons alors ce que nous a montrĂ© le chapitre VII, câest-Ă -dire la tendance Ă nĂ©gliger la classe secondaire Aâ parce que semi-nĂ©gative (Aâ = les B non-A), ce qui dans le cas particulier consiste prĂ©cisĂ©ment Ă Ă©carter ou dĂ©valuer les cas semi-nĂ©gatifs (les « autres » Ă©lĂ©ments qui ne touchent pas directement celui qui est mis en relation avec A). En un mot, la tendance Ă traduire la correspondance un Ă plusieurs en correspondance terme Ă terme revient au mĂȘme que la tendance Ă nĂ©gliger les cas de contacts non directs ou Ă les intĂ©grer dans la relation « se toucher » prise en un sens global trop large.
En conclusion, le prĂ©sent sondage nous donne un nouvel exemple du primat des Ă©lĂ©ments positifs sur les nĂ©gatifs, Ă la fois dâun point de vue physique ou spatial en Ă©tendant la relation « se toucher » jusquâaux cas de contact indirect ou de solidaritĂ© Ă lâintĂ©rieur dâun ensemble indivis, et du point de vue logique en rĂ©duisant les correspondances un Ă plusieurs 2 (ou co-univoques) Ă des correspondances terme Ă terme en englobant faussement la classe en fait secondaire des « autres » au mĂȘme titre que les Ă©lĂ©ments directement mis en relation, autrement dit en nĂ©gligeant ces classes en tant que semi-nĂ©gatives au lieu de les intĂ©grer Ă la classe A comme lâexigerait le but consciemment poursuivi.
Section II. Le loup, la chÚvre et le chou 3
Chacun connaĂźt le problĂšme du loup, de la chĂšvre et du chou quâil sâagit de dĂ©placer un Ă un dâun cĂŽtĂ© A Ă lâautre B dâune riviĂšre mais Ă©tant entendu que le loup mange la chĂšvre ou la chĂšvre le chou sâils restent seuls ensemble. La solution est alors de transporter dâabord la chĂšvre ; puis en un deuxiĂšme voyage le loup ou le chou mais en ramenant (BA) la chĂšvre ; en une troisiĂšme traversĂ©e AB on transporte le chou si le loup est en B ou le loup sâil est restĂ© en A ; et enfin la chĂšvre aprĂšs un retour sans rien dans le bateau. Deux aspects de cette petite question peuvent nous intĂ©resser du point de vue de la contradiction. Le premier est le rĂŽle de lâopĂ©ration inverse BA : le sujet parviendra-t-il de lui-mĂȘme Ă comprendre la nĂ©cessitĂ© de ramener la chĂšvre aprĂšs le second parcours AB, ou, Ă©tant constamment polarisĂ© par le but en B, donc centrĂ© sur les opĂ©rations AB, ne verra-t-il dans les retours BA que des conditions de recommencements dans le sens AB ? En second lieu et surtout, les incompatibilitĂ©s Ă©tant donnĂ©es (et non pas Ă construire ou Ă dĂ©couvrir, comme en dâautres recherches) entre le loup et la chĂšvre (ce que nous noterons L | C) ou entre la chĂšvre et le chou (soit C | S), tandis quâil y a compatibilitĂ© entre le loup et le chou (ce que nous symboliserons par L â§Â S), comment le sujet les coordonnera-t-il ? Il se peut, en effet, que centrĂ© sur une incompatibilitĂ© quâil cherche Ă Ă©viter il en provoque une autre, en particulier en B sâil ne pense quâĂ A, ou lâinverse, ou encore quâil ne se centre que sur la rĂ©union possible L â§Â S, en nĂ©gligeant ou en laissant Ă lâarriĂšre-plan les incompatibilitĂ©s quâelle entraĂźne implicitement. Ce sont lĂ , certes, des nuances dĂ©licates Ă saisir mais qui ont leur intĂ©rĂȘt dans la mesure oĂč la non-contradiction rĂ©sulte dâune Ă©quilibration gĂ©nĂ©rale entre les opĂ©rations nĂ©gatives et positives.
La technique a consistĂ© Ă prĂ©ciser dâabord les rĂšgles du jeu (un seul objet Ă la fois mais autant de voyages quâon veut), les incompatibilitĂ©s (sâils sont seuls le loup mange la chĂšvre ou la chĂšvre le chou, mais si le gardien ou batelier est prĂ©sent ils ne se touchent pas) et compatibilitĂ©s (le loup ne mange pas le chou). Si lâenfant oublie lâune des incompatibilitĂ©s, on demande « Cela ne te gĂȘne pas ? », etc., ou finalement on fait un geste imitatif montrant que lâun des trois mange lâautre ou est mangĂ©. Pour faciliter lâidĂ©e dâun retour possible de la chĂšvre, on place des colis en A et en B, que le batelier transporte de temps en temps, dans les deux sens, et si le sujet pense de lui-mĂȘme Ă un retour de C, L ou S, on lui demande par exemple : « Et si on ramenait C au lieu de L ou S ? » On rĂ©clame naturellement les justifications des diffĂ©rentes conduites, et spĂ©cialement en cas de rĂ©ussite (parfois alĂ©atoire) et on cherche Ă prĂ©ciser si le sujet voit dâautres solutions possibles, et pourquoi oui ou non. Enfin, dans la plupart des cas, on recommence finalement lâensemble du jeu dans lâordre inverse BA, les trois Ă©lĂ©ments L, C et S Ă©tant en ce cas placĂ©s dâabord en B.
§ 5. Le niveau IA
Un premier niveau IA (5-6 ans) est caractĂ©risĂ© dâabord par deux lacunes significatives : aucun des sujets nâa spontanĂ©ment lâidĂ©e de ramener la chĂšvre C de B en A quand il a conduit en B soit le loup L soit le chou S et aucun ne comprend non plus la nĂ©cessitĂ© de tout commencer par un transport de la chĂšvre. En positif, cela revient Ă dire que le sujet ou bien procĂšde au hasard ou bien que, sâil cherche Ă atteindre la compatibilitĂ© L â§Â S ou Ă Ă©viter une incompatibilitĂ©, câest en se centrant sur elle seule et en oubliant les autres. En outre, il est frĂ©quent, et presque gĂ©nĂ©ral que, si lâexpĂ©rimentateur fait sentir au sujet les difficultĂ©s de ses choix, il recourt Ă des solutions de rechange non prĂ©vues dans les consignes : mettre une barriĂšre, donner au loup ou Ă la chĂšvre dâautres nourritures ou faire marcher le bateau trĂšs vite pour que ces animaux nâaient pas le temps de manger.
Par exemple Bar (5 ; 5) sâapprĂȘte Ă passer en premier lieu la chĂšvre « parce que le loup nâaime pas ça (le chou) », puis il change dâidĂ©e mais reste centrĂ© sur cette compatibilitĂ© L â§Â S et passe dâabord le chou (en oubliant que le loup va manger la chĂšvre), puis le loup pour avoir L â§Â S en B. Ensuite, ayant passĂ© la chĂšvre il se rappelle L | C et remet le loup en A (Ă la main, sans bateau), laissant ainsi C et S en B : il se souvient alors de C | S et dit « la chĂšvre va manger le chou » dâoĂč la solution de rechange : « Il faut mettre la chĂšvre dans le jardin (en dehors du jeu). » Au deuxiĂšme essai il passe dâabord la chĂšvre puis ne sait plus quoi faire, se rappelant L | C puis C | S lors des passages projetĂ©s, dâoĂč « il faut deux bonshommes, un qui surveille le chou (passĂ© en B) et un qui va chercher le loup ». Lors de la partie finale (de B Ă A avec L, C et S en B au dĂ©part), il recommence comme au dĂ©but par le chou, etc.
Van (5 ; 4) dĂ©bute par le chou S « pour pas quâils se mangent (C | S) » en oubliant quâalors on aura L | C en A. Comme on lây rend attentif il dĂ©bute par la chĂšvre puis ne sait plus que faire sinon « mettre une petite barriĂšre » en B pour isoler C de L ou de S. Au troisiĂšme essai il dĂ©bute par le loup en B « pour pas que le loup mange la chĂšvre (en A) ». Ă lâessai final il dĂ©bute Ă nouveau par le loup, mais cette fois pour y joindre ensuite le chou « parce quâils vont bien ensemble (en B) » mais en oubliant quâen A la chĂšvre aura mangĂ© le chou ».
On voit quâainsi les sujets de ce niveau, lorsquâils ne procĂšdent pas au hasard, se centrent soit sur deux Ă©lĂ©ments Ă sĂ©parer (donc sur une seule incompatibilitĂ©) soit sur les deux Ă©lĂ©ments L et S Ă rĂ©unir (compatibilitĂ©), mais oublie chaque fois les deux autres couples. On se rappelle (sect. I) que pour le problĂšme des n crayons Ă mettre en contact, de nombreux sujets parlent de lâordre linĂ©aire ABC, parce que A touche B et que B touche C, puis voyant que A ne touche pas C, ils permutent ABC en ACB en oubliant cette fois A et B : le constatant ils changent alors ACB en BAC ; et ainsi de suite. Câest une incoordination de mĂȘme nature que nous retrouvons ici, sauf quâil sâagit dâeffectuer des sĂ©parations (LC et CS) autant que la rĂ©union possible LS.
§ 6. Le niveau IB
Le niveau IB (6 ans et plusieurs sujets de 7) marque lâessai de coordination mais avec Ă©chec et cela dâune maniĂšre instructive : tout se passe comme si les tĂątonnements du sujet Ă©taient dirigĂ©s par un but initial ou dĂ©couvert en cours de route et plus ou moins constamment poursuivi, qui est, non pas dâĂ©viter les deux incompatibilitĂ©s L | C et C | S mais, ce qui ne revient pas au mĂȘme du point de vue heuristique, dâatteindre la compatibilitĂ© L â§Â S. Or, en se centrant sur celle-ci le sujet est conduit Ă sous-estimer la portĂ©e de celles-lĂ , pour des raisons quâil sâagira de dĂ©gager :
Rac (6 ; 1) par exemple, aprĂšs avoir hĂ©sitĂ© Ă dĂ©buter par le loup, puis par le chou et enfin par la chĂšvre, mais en voyant les inconvĂ©nients des deux premiĂšres solutions et en signalant de lui-mĂȘme que si on ne prend pas la chĂšvre en premier elle mangerait le chou, il sâĂ©crie enchanté : « Ah ! Jâai une idĂ©e : il faut dâabord le loup, puis le chou puis la chĂšvre. â Pourquoi ? â Parce que le loup il ne veut pas manger le chou. » Lorsquâil comprend quâalors la chĂšvre risque de manger le chou, il propose lâordre C, L puis S et comme le loup peut ainsi manger la chĂšvre en B il ramĂšne celle-ci par le bateau, puis transporte le chou et enfin la chĂšvre, ce qui est donc la solution juste. Mais au lieu de sây tenir, lorsquâon remet tout en A et quâon lui demande de sâexpliquer en dĂ©tail, il revient Ă lâordre L, puis S puis C. Voyant Ă nouveau les inconvĂ©nients il essaie de dĂ©buter par la chĂšvre, puis dit : « Jâai fait faux : câĂ©tait dâabord le loup, et aprĂšs le chou et aprĂšs la chĂšvre ! »
Lic (7 ; 1), de mĂȘme, aprĂšs quelques tĂątonnements (dâabord le chou, puis dâabord la chĂšvre, mais en signalant les dangers), met en premier le loup « parce que aprĂšs je peux mettre le chou puis ensuite la chĂšvre⊠et câest parce que le loup ne mangera pas le chou ». Lorsquâon demande des prĂ©cisions, elle voit les obstacles et conclut avec rĂ©signation : « Ăa mâennuie : câest seulement la chĂšvre quâon peut transporter en premier parce que le loup ne mangera pas le chou », puis elle transfĂšre le loup, ramĂšne spontanĂ©ment la chĂšvre puis transporte le chou et enfin la chĂšvre, ce qui comme chez Rac, est donc la bonne solution sans suggestion extĂ©rieure. Mais chez Lie Ă©galement, quand on demande une rĂ©pĂ©tition avec justification, elle rĂ©pond : « On transporte le loup en premier, le chou en deuxiĂšme et la chĂšvre en troisiĂšme. » Dans les essais terminaux de B en A, elle conserve le mĂȘme ordre, et rĂ©sumant lâensemble de ses dĂ©marches, elle dit « Avant, je me rappelais plus que le loup nâaime pas le chou. Ăa me vient (= mâest venu) Ă lâidĂ©e dâun coup » comme sâil sâagissait de sa meilleure solution.
Dry (7 ; 7) : « Jâai amenĂ© le chou en premier puis, comme le loup ne mange pas le chou, le loup en deuxiĂšme et la chĂšvre en troisiĂšme ». Ses essais successifs ne lui montrent que les incompatibilitĂ©s et Ă un moment donnĂ© il arrive Ă ramener, comme Rac et Lic, la chĂšvre de B en A, mais, pas plus quâeux il ne parvient Ă comprendre et Ă exploiter sa rĂ©ussite lorsque lâon recommence lâexpĂ©rience. Ă la fin il conclut : « Avant jâaurais voulu prendre le loup en premier (puis le chou), mais (alors) la chĂšvre mange le chou. Je ne trouve pas. »
Ces rĂ©actions, dont on trouve dĂ©jĂ des exemples plus frustes au niveau IA, sont trĂšs curieuses puisque chacun de ces sujets parvient Ă un moment donnĂ© Ă la rĂ©ussite, mais sans en ĂȘtre satisfait et quâil recommence Ă se centrer sur la compatibilitĂ© L â§Â S considĂ©rĂ©e comme une condition, non seulement nĂ©cessaire, ce qui est exact, mais encore suffisante du succĂšs ; dâoĂč son manque de coordination avec les incompatibilitĂ©s C | L et C | S. La raison de ces difficultĂ©s semble ĂȘtre que, le but gĂ©nĂ©ral des actions Ă©tant ici de rĂ©unir les trois Ă©lĂ©ments L, C et S et de les rĂ©unir de lâautre cĂŽtĂ© de lâeau, les aspects ou moments nĂ©gatifs de cette dĂ©marche dâensemble ne prĂ©sentent quâun degrĂ© plus faible de nĂ©cessitĂ©. Tout dâabord le retour de la chĂšvre aprĂšs la traversĂ©e du loup, qui est pourtant dĂ©couverte spontanĂ©ment par ces sujets, nâapparaĂźt pas comme une condition nĂ©cessaire, mais comme un expĂ©dient occasionnel, Ă la maniĂšre des solutions de rechange (mettre une barriĂšre, etc.) auxquelles ils songent encore parfois. Quant Ă neutraliser les incompatibilitĂ©s, donc en fait Ă Ă©viter que la chĂšvre ou le chou soient mangĂ©s, il sâagit lĂ dâune double nĂ©gation, et, Ă choix, elle paraĂźt Ă ces sujets dâun rang infĂ©rieur 4 aux solutions positives de rĂ©union directe, dâoĂč sa dĂ©valorisation et les oublis dont elle est lâobjet : le but poursuivi demeure alors constamment de transfĂ©rer sans retour des Ă©lĂ©ments compatibles Ă lâarrivĂ©e en B, dâoĂč L et S puis C et le gardien, et cela mĂȘme au prix de ne plus trop sâoccuper de ce qui se passe au dĂ©part en A.
§ 7. Le niveau IIA
Ce sous-stade (7-8 ans) est caractĂ©risĂ© par un dĂ©but de coordination des incompatibilitĂ©s et des compatibilitĂ©s, autrement dit par la nĂ©cessitĂ© attribuĂ©e aussi bien aux actions de « sĂ©parer » quâĂ celles de rĂ©unir. Mais cette composition des opĂ©rations nĂ©gatives et positives est loin dâĂȘtre immĂ©diate et comporte une Ă©quilibration laborieuse et pour noÎŒs fort instructive. Il est Ă noter dâabord la sĂ©duction assez durable de lâordre L, S, C ou S, L, C donc le primat assez persistant de la compatibilitĂ© ou de la rĂ©union sur les incompatibilitĂ©s. Dâautre part, les relations en jeu Ă©tant multiples, lorsque le sujet se centre sur lâune dâelles il oublie encore les autres, dâoĂč de longs tĂątonnements :
StĂ© (7 ; 10) commence par le chou, puis par le loup pour rĂ©unir les compatibles, mais voit chaque fois lâinconvĂ©nient et essaie de mettre la chĂšvre en premier sans savoir comment continuer. « à quoi tu penses ? â à essayer de sĂ©parer : laisser la chĂšvre lĂ -bas (en A) et (L et S) ici (en B). » AprĂšs de nouveaux essais avec le chou en tĂȘte, il revient Ă la chĂšvre, puis le chou, mais alors, en B « il faut les sĂ©parer. Je (re)prends le chou ici (en A) ». Puis il substitue la chĂšvre au chou pour la ramener en A et rĂ©ussit le tout. Mais lors de la partie finale du mĂȘme jeu (de B en A) il recommence par L.
Ben (8 ; 0) de mĂȘme commence, et mĂȘme trois fois de suite, par L et S ou S puis L « parce quâils ne se mangent pas », puis en vient Ă la chĂšvre dâabord, puis le loup, mais « il faut les sĂ©parer ». MĂȘme expression chez Roy (8 ; 1) ainsi que « comment faire pour quâils ne se mangent pas ? », ce qui est sa prĂ©occupation constante au cours des tĂątonnements. Elle a dâailleurs commencĂ© par la chĂšvre mais malgrĂ© sa rĂ©ussite, elle suit lâordre L, S et C lors de la partie finale de B Ă A comme si dans le sens BA, la compatibilitĂ© L â§Â S pouvait prĂ©dominer. Et ce nâest pas dans lâidĂ©e dâinverser simplement la mĂ©thode Ă cause du sens opposĂ© de parcours, car Roy croit rĂ©ellement avoir procĂ©dĂ© ainsi : « Tout Ă lâheure, jâai mis L puis S puis C ! »
Chacun des sujets de ce niveau finit par admettre la nĂ©cessitĂ© de commencer par la chĂšvre, sauf dans lâĂ©preuve finale de sens BA, qui leur paraĂźt un nouveau problĂšme. Tous insistent, comme ces derniers, sur lâaction de « sĂ©parer », le respect des incompatibilitĂ©s devenant ainsi la condition nĂ©cessaire de la solution du problĂšme, ce qui nâempĂȘche pas la compatibilitĂ© L â§Â S de lâemporter souvent, au dĂ©but de lâinterrogation et lorsquâon passe au sens BA des transports. En un mot il y a dorĂ©navant recherche dâune coordination entre rĂ©unions et sĂ©parations bien que cette systĂ©matisation difficile demeure en fait insuffisante et toujours tĂątonnante.
§ 8. Le niveau IIB et le stade III
Les sujets du niveau (9-10 ans) se rĂ©partissent en trois groupes. Ceux du premier continuent, comme la plupart de ceux du sous-stade IIA, de commencer par la sĂ©quence S puis L puis C (ou LSC) avec recherche de la compatibilitĂ© L â§Â S, cette persistance Ă©tant Ă relever du point de vue gĂ©nĂ©ral du primat initial des opĂ©rations positives de rĂ©union. Mais ils voient dâemblĂ©e les incompatibilitĂ©s que cet ordre de succession ne surmonte pas et passent avec tĂątonnements plus ou moins longs Ă un dĂ©but par la chĂšvre et, aprĂšs transport du loup, Ă un retour de la chĂšvre en A. Il y a donc rĂ©ussite mais un fait remarquable est que dans le rĂ©sumĂ© final de leurs dĂ©marches ils croient encore avoir suivi lâordre LSC ou SLC :
Jer (9 ; 4), par exemple, dĂ©bute comme les jeunes sujets : « Je transporte dâabord le chou, aprĂšs le loup et aprĂšs la chĂšvre parce que comme le loup ne mange pas le chou, ils seront les deux en sĂ©curitĂ© (en B). » Puis il voit que, en A, L mangera C et commence par la chĂšvre, pour dĂ©couvrir ensuite la nĂ©cessitĂ© de la ramener de B en A aprĂšs arrivĂ©e du loup. Il arrive donc Ă la rĂ©ussite aprĂšs tĂątonnements, mais plus courts quâen IIA. La chose Ă©tonnante est cependant quâĂ la fin, lors du rĂ©sumĂ© de ses dĂ©marches, il revient au primat de la compatibilité : « Comment as-tu fait ? â Dâabord jâai mis le loup (de A en B) puis le chou puis la chĂšvre. Comme le loup ne peut pas manger le chou, eh bien, on peut les laisser seuls (en B). » Quand on passe aux trajets B en A : « Je fais la mĂȘme chose (L, S, C) je nâai pas besoin de changer ma façon de faire. » Puis il se corrige.
Les sujets du second groupe (aussi nombreux que les premiers) dĂ©butent par contre avec le transport de la chĂšvre, puis aprĂšs avoir amenĂ© le loup trouvent assez rapidement (certains dĂšs le premier essai) quâil faut ramener C de B en A pour vĂ©hiculer S et enfin Ă nouveau C. Mais lorsquâon passe aux transferts de B en A (partie finale des questions), ils recourent eux aussi Ă lâordre LSC ou SLC, non pas par un essai dâinversion de lâordre en AB mais par un rĂ©sidu du primat si rĂ©sistant de la compatibilité :
Dal (9 ; 0) commence par la chĂšvre et aprĂšs quelques tĂątonnements rapides rĂ©ussit Ă la ramener et Ă rĂ©soudre le problĂšme. Mais quand on passe Ă lâordre inverse, il dit quâ« il faut faire la mĂȘme chose : jâapporte en premier le loup, puis le chou puis la chĂšvre, comme ça ils ne se mangeront pas ». Or il nâa rien fait de pareil dans lâordre AB. De mĂȘme Duc (10 ; 8) suit lâordre S, L, C en BA « parce quâon a commencĂ© comme ça avant » alors quâil a constamment dĂ©butĂ© par C dans lâordre AB sauf un essai par S, qui nâĂ©tait pas initial.
Le troisiĂšme groupe est composĂ© de cas intermĂ©diaires entre les stades II et III, qui rĂ©solvent plus ou moins rapidement le problĂšme mais surtout tirent la leçon de chaque tĂątonnement, par information durable au lieu de lâoublier. NĂ©anmoins sâils ne recourent plus Ă lâordre S < C ils y songent encore parfois occasionnellement :
Cha (11 ; 3) trouve finalement et Ă lui seul la solution. Mais il avoue avoir essayĂ© mentalement dâune autre : « Je pensais faire passer le loup dâabord, aprĂšs le chou et aprĂšs la chĂšvre parce que le loup ne mange pas le chou. â Quâest-ce qui ne va pas ? â âŠÂ »
En particulier cette tentation rĂ©apparaĂźt parfois dans lâordre BA mais est Ă©galement Ă©cartĂ©e plus ou moins vite en ce cas.
Enfin au stade III (10-12 ans) il y a coordination simultanĂ©e et complĂšte des rĂ©unions et des sĂ©parations, et dans lâordre BA comme AB :
Pil (11 ; 4) : « Câest la mĂȘme chose, ça revient au mĂȘme dans un sens et dans lâautre. »
Autrement dit le sujet comprend presque dĂšs le dĂ©but la nĂ©cessitĂ© de commencer par la chĂšvre et celle de la ramener aprĂšs transport du loup. Il en reste Ă cette mĂ©thode lorsquâon passe Ă lâordre BA et en garde la mĂ©moire lors du rĂ©sumĂ© des essais.
§ 9. Conclusion
La conclusion Ă tirer de cette brĂšve analyse est naturellement que, dans le cas de ce problĂšme, nous observons une fois de plus un primat des actions ou opĂ©rations positives (rĂ©unir les compatibles) sur les nĂ©gatives (sĂ©parer) et sur la double nĂ©gation (Ă©viter les incompatibilitĂ©s). Mais la situation particuliĂšre Ă©tudiĂ©e ici tient Ă ce que ces aspects nĂ©gatifs sont trĂšs clairs et bien connus dĂšs le dĂ©part : il nây a aucune difficultĂ© Ă comprendre ni Ă se rappeler que les loups mangent les chĂšvres et celles-ci les choux. Autrement dit, le nĂ©gatif nâest-il pas en ce cas Ă construire, mais simplement Ă constater et Ă retenir. Le primat du positif ne se marque donc pas au niveau IA, qui est celui de lâincoordination gĂ©nĂ©rale, mais en IB, lors des premiers essais de coordination, et il se traduit alors sous une forme sui generis et intĂ©ressante Ă noter : celui dâun degrĂ© supĂ©rieur de nĂ©cessitĂ© ou de valeur. Ce nâest quâau niveau opĂ©ratoire IIA que « sĂ©parer » est compris comme aussi nĂ©cessaire que « rĂ©unir », mais cela seulement en principe, tandis quâen fait le sujet commence en gĂ©nĂ©ral par lâordre L, S et C ou S, L, C et y retombe sans cesse, en particulier lorsquâon procĂšde de B en A. Câest jusquâau niveau IIB que cette obsession se manifeste, donc jusquâĂ 9 et 10 ans y compris, aboutissant souvent Ă ce rĂ©sultat paradoxal de rĂ©ussites dans lâaction, et de rĂ©ussites bien saisies sur le moment par le sujet, mais avec ensuite lâimpression et lâillusion mnĂ©sique dâavoir suivi lâordre L, S, C (ou S, L, C), qui rĂ©apparaĂźt dans le sens BA. Il y a donc dans lâensemble de ces faits un cas surprenant de primat du positif sur des aspects nĂ©gatifs Ă©vidents dĂšs les dĂ©buts et dont la comprĂ©hension est dĂ©nuĂ©e de toute difficultĂ© logique.