Chapitre V.
ProblĂšmes dâinclusions et dâimplications 1
2
Des recherches antĂ©rieures nous ont dĂ©jĂ montrĂ© que certaines Ă©preuves dâimplication sont plus difficiles Ă rĂ©soudre que les questions de simple quantification de lâinclusion consistant Ă demander entre autres si dans un bouquet de marguerites et de roses il y a « plus de marguerites » ou « plus de fleurs », le problĂšme ne sortant pas en ce cas des frontiĂšres dâun « groupement » Ă©lĂ©mentaire de classification.
La raison de cette diffĂ©rence est la suivante. En un « groupement » dont les compositions ne sâeffectuent que de proche en proche sans atteindre la combinatoire, les classes ne comportent pas directement de nĂ©gation ou de complĂ©mentaritĂ© complĂšte, mais seulement des nĂ©gations partielles fondĂ©es sur la complĂ©mentaritĂ© relative Ă la classe emboĂźtante la plus voisine : si A est la classe des marguerites et B celle des fleurs, alors A sâoppose Ă Aâ, dĂ©finie comme les B non-A et non pas comme les non-A en gĂ©nĂ©ral (qui comprendrait les animaux, les cailloux et tout ce qui dans le rĂ©el ne rentrerait pas dans les marguerites). Cette restriction dans la construction des complĂ©mentaritĂ©s (Aâ pour A sous B ; Bâ pour B sous C, etc.) nâest pas le rĂ©sultat de dĂ©finitions arbitraires, mais correspond au niveau de structuration intellectuelle, naturelle et spontanĂ©e que dĂ©crit la structure de « groupement » : câest ainsi que les sujets du niveau IIB (9-10 ans), pour lesquels la quantification positive des inclusions ne pose plus de problĂšmes, ne savent pas encore lâinverser en quantification nĂ©gative. Par exemple ces sujets admettront facilement quâil existe plus dâanimaux que dâoiseaux, puisque les seconds sont inclus dans les premiers, mais ils ne sauront pas en dĂ©duire quâil existe davantage de non-oiseaux que de non-animaux et il faut attendre le niveau III (opĂ©rations propositionnelles ou formelles) pour quâils rĂ©ussissent Ă rĂ©soudre ce problĂšme dâinversion.
Or, lâimplication p D q sous sa forme propositionnelle (de mĂȘme dâailleurs que la logique des classes sous sa forme gĂ©nĂ©rale, qui dĂ©passe trĂšs largement les frontiĂšres restrictives du « groupement ») comporte au contraire lâemploi de la nĂ©gation en son sens gĂ©nĂ©ral : câest ainsi que p^ q signifie la vĂ©ritĂ© de p. q, ou non-p et q, ou ni p ni q, de telle sorte que non-p est compatible avec non-q comme avec q ; au contraire, dans le « groupement », Aâ est nĂ©cessairement inclus en B (et Aâ non-B est donc exclu, comme A non-B).
La recherche qui suit poursuit un double but. Il sâagit dâabord, en variant les Ă©preuves dâinclusions et dâimplications, de tenter de suivre le chemin conduisant de lâune Ă lâautre, dans lâhypothĂšse que la seconde se construit par abstractions et gĂ©nĂ©ralisations Ă partir de la premiĂšre. AssurĂ©ment le processus lui-mĂȘme de lâabstraction rĂ©flĂ©chissante demeure inobservable, mais au vu des niveaux obtenus on peut essayer dâen reconstituer la marche. En second lieu, il sâagira dâanalyser chez les mĂȘmes sujets lâabstraction « rĂ©flĂ©chie », câest-Ă -dire la maniĂšre dont ils parviennent, par rĂ©flexion aprĂšs coup, Ă reconstituer ou Ă se reprĂ©senter les raisonnements quâils ont faits pour rĂ©soudre les problĂšmes posĂ©s. Cet examen de lâabstraction « rĂ©flĂ©chie » peut alors fournir dâutiles complĂ©ments dâinformation pour lâinterprĂ©tation du processus non directement accessible de lâabstraction « rĂ©flĂ©chissante », bien quâil y ait naturellement dĂ©calage possible entre ce processus comme tel et sa prise de conscience et bien que celle-ci puisse nâĂȘtre pas toujours ou pas entiĂšrement adĂ©quate.
La technique utilisée comporte les questions suivantes :
1) Pour lâinclusion on prĂ©sente dâabord un bouquet de sept marguerites et deux roses en demandant sâil y a lĂ plus de « fleurs » ou plus de marguerites. Puis on montre un ensemble de cartes sur chacune desquelles est dessinĂ© un petit rond, un petit carrĂ© ou un grand carrĂ©, tous coloriĂ©s en vert : « Est- ce quâil y a plus de formes vertes ou plus de petites formes ? » (le terme de « formes » est choisi avec lâenfant, qui le prĂ©fĂšre à « figures ») ; ou : « Est-ce quâil y a plus de formes ou plus de carrĂ©s », etc.
2) Entre ces questions dâinclusion et celles dâimplication en un sens gĂ©nĂ©ral, nous avons insĂ©rĂ© quelques problĂšmes dâinfĂ©rence nĂ©cessitant diverses compositions entre les classes en jeu : A) On retourne les cartes dont il vient dâĂȘtre question (mais en laissant du bon cĂŽtĂ© une de chaque sorte pour Ă©viter les difficultĂ©s de mĂ©moire) et lâexpĂ©rimentateur saisit tour Ă tour lâune ou lâautre en fournissant une seule information (couleur, forme, ou grandeur) en examinant les infĂ©rences que lâenfant croit pouvoir en tirer. Si lâon dit « grand » ou « rond », le sujet peut en effet en dĂ©duire univoquement quâil sâagit du « grand carrĂ© vert » ou du « petit rond vert ». Mais si lâon ne donne comme indice que « petit » ou « carré », deux classes dâobjets peuvent ĂȘtre concernĂ©es ; et si lâon se borne à « vert » lâinformation est nulle (trois classes possibles). On voit que ces questions dâinfĂ©rences permettent alors de juger de la maniĂšre dont le sujet compose les divers emboĂźtements avec leurs complĂ©mentaritĂ©s relatives, donc en fait les affirmations et les nĂ©gations partielles. B) De mĂȘme aprĂšs avoir fait prĂ©ciser que les oiseaux et les avions « volent » tous deux et ont tous deux des ailes mais que seul lâavion a un moteur, on pose des questions telles que : « Jâai vu un objet qui volait dans le ciel et qui avait des ailes ; jâai dĂ©cidĂ© que câĂ©tait un avion. Est-ce que jâai eu raison ? » « Jâai vu un objet qui vole et qui faisait du bruit. Jâai dĂ©cidé⊠etc. ? »
3) On passe ensuite aux questions dâimplication en un sens gĂ©nĂ©ral, câest-Ă -dire portant sur des propositions exprimĂ©es verbalement (hypothĂšses) aussi bien que sur des classes dâobjets concrets Ă propriĂ©tĂ©s familiĂšres. Le premier problĂšme utilisĂ© est dĂ» Ă A. Morf : « Dans une fabrique dâhorlogerie on a constatĂ© que toutes les montres fabriquĂ©es en septembre Ă©taient mauvaises (pour les jeunes sujets on dit « le lundi »). En prenant une montre au hasard, je constate quâelle est mauvaise : donc elle a Ă©tĂ© faite en septembre. Est-ce que jâai raison dâaffirmer cela ? » ou « Je tombe sur une montre faite en juillet, donc elle est bonneâŠ, etc. »
De mĂȘme lâexpĂ©rimentateur tient Ă la main un ensemble de cartes et, sans les montrer, indique simplement quâil sâagit de ronds et de carrĂ©s, grands ou petits. Si lâon affirme sans plus que « tous les grandes formes sont rondes » que conclura-t-on sur les carrĂ©s ?, etc.
4) A la suite des questions 1 Ă 3, on demande en plus Ă lâenfant de comparer deux Ă deux certains des problĂšmes prĂ©sentĂ©s (choisis selon le niveau du sujet). On pose, sâil y a lieu, le matĂ©riel sur la table et lâon demande en quoi « les deux jeux » se ressemblent. La meilleure mĂ©thode consiste Ă rappeler les questions posĂ©es pour lâun des deux en faisant retrouver les questions analogues se rapportant Ă lâautre.
5) Enfin on demande aux sujets de niveaux suffisamment Ă©levĂ©s de construire au moyen de cartes de diffĂ©rentes formes, grandeurs et couleurs un modĂšle de lâune des Ă©preuves utilisĂ©es, par exemple celle des horlogers. Chez les sujets plus jeunes on peut, aprĂšs la question 1 des fleurs, prĂ©senter le matĂ©riel des cartes et demander de faire avec elles « un jeu pareil Ă celui des fleurs » 3.
§ 1. Le stade I de lâinclusion et de lâimplication
Il convient dâabord de noter que nous retrouvons naturellement avec les prĂ©sentes Ă©preuves les niveaux connus du dĂ©veloppement de nos deux opĂ©rateurs, mais avec quelques petits dĂ©calages selon les questions posĂ©es, ce qui est intĂ©ressant du point de vue de lâabstraction.
Câest ainsi quâau stade I (en moyenne 5-6 ans), lâĂ©preuve ordinaire des fleurs donne lieu Ă un Ă©chec assez systĂ©matique (sauf quelques cas intermĂ©diaires de niveau IB entre 6 ;6 et 7 ans), tandis que la question similaire des cartes donne lieu Ă des oscillations ou Ă des rĂ©ponses apparemment justes :
Jos (5 ;3) : « Dans ce bouquet il y a plus de fleurs ou plus de marguerites ? â Plus de marguerites. â Que de quoi ? â Il y en a (encore) deux roses. â Et plus de fleurs jaunes ou plus de fleurs ? â ⊠â Montre-moi les jaunes ? (Elle montre les marguerites.) â Et les fleurs ? (Les montre toutes.) â Alors plus de fleurs ou plus de fleurs jaunes ? â Plus de jaunes. â Que de quoi ? â Que de blanches. » Par contre pour les cartes, la totalitĂ© des vertes est plus prĂ©gnante : « Il y a plus de formes ou de formes petites ? â Plus de petites. â Et plus de formes carrĂ©es ou de formes vertes ? â Plus dĂ©formĂ©s vertes. â Comment tu sais ? â Parce quâil y a tout ça (= lâensemble). »
Cat (6 ;6) : « Une fille veut faire un bouquet avec les marguerites et lâautre avec toutes les fleurs, laquelle aura le plus grand ? â Avec les fleurs, non avec les marguerites : câest plus que les fleurs (= montre les roses). » Cartes : « Plus dĂ©formĂ©s vertes » que de carrĂ©es, mais « plus de petits cartons » (par opposition aux grands) que de formes vertes. Implication : « Je trouve une mauvaise montre⊠â Elle est faite le lundi ! »
Cou (6 ;9) : « Plus de fleurs ou de marguerites ? â Moins de fleurs. â Si je te donne toutes les fleurs quâest-ce qui me restera ? â Rien. â Montre- moi les fleurs ? (Ne montre que les roses !) â Et si je te donne les marguerites, il restera ? â Les fleurs, les deux roses. » Cartes : « Plus de formes carrĂ©es » que de vertes, puis « plus de vertes, parce quâelles sont toutes vertes. â Et plus de formes ou plus de petites ? â Plus de formes. â Comment tu sais ? â Parce que. »
Bar (6 ;4) est intĂ©ressant par sa maniĂšre inhabituelle de dĂ©limiter le tout : « Si tu prends toutes les fleurs ensemble, il y a plus de marguerites ou plus de fleurs ? â Plus de fleurs. â Pourquoi ? â Parce quâil y a plus de bouquet. â Quâest-ce que ça veut dire ? â Il nây a quâune rose. Ăa (les marguerites) câest plus. Ăa (les roses) ça ne compte pas : câest pas la mĂȘme fleur, il pousse ailleurs. â Et ça (marguerite) câest une fleur ? â Ben non ! Câest une marguerite ! â Et si vous ĂȘtes deux garçons et trois filles ensemble, quâest-ce quâon peut dire que vous ĂȘtes ? â On est des gens. â Et alors il y a plus de gens ou plus de garçons ? â Plus de filles. » De mĂȘme pour les cartes, il y a « plus de carrĂ©es » que de formes vertes. Quant Ă lâimplication, elle est naturellement conçue comme symĂ©trique : « Je tombe sur une mauvaise montre et je dis quâelle est faite le lundi. Jâai raison ? â Oui, oui, oui, parce que vous avez dit quâelles (= les montres du lundi) ne marchaient pas et celle-ci ne marchait pas. »
Ast (6 ;10) : Fleurs : dâabord « plus de marguerites » puis avec hĂ©sitation « plus de fleurs 1 » mais pour deux marguerites et deux roses « LĂ câest la mĂȘme chose » (= autant de marguerites que de « fleurs », comme elle le prĂ©cise). Figures : « Plus de vertes que de carrĂ©es », mais moins de formes que de carrĂ©es et pour cinq carrĂ©s et un rond « plus de carrĂ©s que de verts ».
Cos (6 ;10) croit quâil y a « plus de marguerites » que de fleurs (il montre les deux roses comme Ă©tant « les fleurs »), mais pour les figures il admet aprĂšs longue rĂ©flexion quâil y a « plus de cartons » que de carrĂ©s. Un instant aprĂšs il revient par contre à « plus de petites » que de « formes ».
Le caractĂšre commun de ces rĂ©actions du stade I est la difficultĂ© Ă construire les classes secondaires de type Aâ en tant que rĂ©unies Ă A en une classe totale B et simultanĂ©ment opposĂ©es Ă A par une nĂ©gation partielle B.non-A. DâoĂč la double tendance Ă remplacer la relation dâinclusion par un simple rapport entre classes disjointes caractĂ©risĂ©es par leurs seules diffĂ©rences et Ă identifier le tout B Ă lâune de ces sous- classes : les A ou les quasi-Aâ, câest-Ă -dire ce qui reste des B une fois dissociĂ©s les A. Câest ainsi que Cat et Cou donnent la rĂ©ponse habituelle, pour la comparaison des fleurs et des marguerites, en identifiant les fleurs B aux roses seules (quasi- Aâ), donc au simple reste des B, tandis que Bar assimile le tout B (« les fleurs » ou « le bouquet ») aux marguerites A, parce que les roses « ça ne compte pas, ce nâest pas la mĂȘme fleur », etc. Sâil en est ainsi de lâinclusion pour les fleurs, oĂč la classe secondaire (les fleurs non-marguerites) correspond pourtant Ă des donnĂ©es perceptibles (les roses), il va de soi quâil en sera a fortiori ainsi dans la question dâimplication oĂč la classe des non-p. q (les mauvaises montres, mais non faites le lundi) doit ĂȘtre entiĂšrement construite par infĂ©rence : dâoĂč la tendance presque invincible Ă considĂ©rer lâimplication pDq (lundi D mauvaises) comme inversible q } p (mauvaises donc lundi comme le dit aussitĂŽt Cat en interrompant lâexpĂ©rimentatrice ou comme en est certain Bar : « Oui, oui, oui »), câest-Ă -dire comme une Ă©quivalence p = q (donc analogue Ă B = A ou B = Aâ).
Restent par contre les rĂ©ponses apparemment justes de Jos, Cat et Cou Ă la comparaison des « formes » vertes et carrĂ©es (tandis que Bar et Ast en restent Ă n carrĂ©es > n vertes, donc Ă A>B et ĂčB = quasi-Aâ). Or, il y a lĂ une intĂ©ressante question dâabstraction : il est plus facile de construire un tout B qui demeure rĂ©sistant et conserve sa propriĂ©tĂ© de tout B > A et B > quasi-Aâ lorsque le tout est dĂ©fini par une propriĂ©tĂ© perceptive simple, comme sa couleur verte que par un ensemble de propriĂ©tĂ©s coordonnĂ©es en comprĂ©hension, mĂȘme si chacune est perceptible, comme câest le cas pour la notion de fleur. Ce petit fait (et Cou gĂ©nĂ©ralise sa rĂ©ponse juste aux « formes » elles-mĂȘmes, câest-Ă -dire Ă lâensemble des ronds et carrĂ©s prĂ©sentĂ©s) a son importance, car il nous montre dĂ©jĂ que lâĂ©quilibration des rĂ©unions (choix du tout) et des nĂ©gations relatives (ici les vertes non carrĂ©es, etc.) dĂ©pend du degrĂ© de construction infĂ©rentielle exigĂ© de la part du sujet. De façon gĂ©nĂ©rale, les rĂ©unions sont facilitĂ©es par le fait que les objets ou les propriĂ©tĂ©s Ă rĂ©unir sont positifs et (Ă notre Ă©chelle dâobservation) donnĂ©s Ă titre dâobservables dĂšs la perception, tandis que les nĂ©gations sont Ă construire par le sujet et cela au moyen de mises en relations ou mĂȘme dâinfĂ©rences. Or, toute rĂ©union, pour donner lieu Ă des compositions valables, doit ĂȘtre coordonnĂ©e aux nĂ©gations correspondantes : Aâ pour A, dâoĂč B. A et B. Aâ, ou les caractĂšres aâ pour le caractĂšre a, etc. Lâabstraction elle- mĂȘme consiste Ă retenir un caractĂšre (opĂ©ration positive) quelconque a et Ă Ă©carter (opĂ©ration nĂ©gative) les autres, soit aâ. Si donc, dĂšs les formes les plus Ă©lĂ©mentaires dâinclusion, les rĂ©unions en totalitĂ©s stables dĂ©pendent des facilitĂ©s perceptives (lâensemble des figures « vertes » plus facile que celui des fleurs « »), on peut y voir le dĂ©but des processus plus ou moins aisĂ©s ou malaisĂ©s de construction qui finiront par aboutir aux rĂ©unions en nĂ©gations abstraites du stade formel (oĂč les donnĂ©es sont des propositions Ă traiter formellement et non plus fournies par des perceptions actuelles) qui caractĂ©risent lâimplication.
§ 2. Les stades II et III de lâinclusion et de lâimplication
Au niveau IIA (7-8 ans) lâinclusion des classes de fleurs est rĂ©ussie, mais avec encore quelques hĂ©sitations et celle des cartes de façon immĂ©diate et bien motivĂ©e :
Pit (7 ;1) : « Dans ce bouquet il y a plus de fleurs ou plus de marguerites ? â Plus de marguerites. â Que de quoi ? â Que de fleurs. â OĂč sont les fleurs ? (Il montre les roses, puis les laisse.) â Les fleurs câest tout. â Alors ? â Plus de fleurs. â Et si deux marguerites et deux roses ? â Plus de fleurs, parce que câest tous les deux des fleurs. » (Cartes.) « Plus de formes vertes parce quâelles sont toutes vertes. â Et plus de formes ou plus de carrĂ©s ? â Plus de formes parce que câest tout des formes. » Mais en ce qui concerne lâimplication il nây a pas de progrĂšs : de ce que les montres fabriquĂ©es le lundi sont mauvaises, il conclut quâune autre montre quelconque « parce quâelle nâĂ©tait pas faite le lundi, elle marchait ». On lui montre ensuite des cartes retournĂ©es : « Jâai ici des formes qui sont rondes, carrĂ©es, grandes et petites, et rouges. Mais je te dis que toutes les grandes sont rondes. « Quelles formes est-ce que jâai lĂ Â ? â Des grands ronds rouges, des petits ronds rouges, des grands carrĂ©s rouges et des petits carrĂ©s rouges. â Mais je tâai dit aussi : tous les grands sont ronds. Alors je prends cette carte et je te dis : « Câest grand . » Quâest-ce quâon peut dire encore sur cette carte ? â Câest rond. Tu es sĂ»r ? â Oui, parce que vous avez dit que tous les grands sont ronds. â Et maintenant je prends cette carte et je dis : « Câest rond. » â Elle est grande. â SĂ»r ? â Oui, parce quâavant vous avez dit que tous les grands⊠que tous les ronds Ă©taient grands. â Et maintenant cette carte : câest petit. â Câest un petit carrĂ©. â Comment tu sais ? â Je ne sais pas⊠oui (sĂ»r) un petit carré⊠parce quâavant vous avez dit quâil nây avait pas de grands carrĂ©s. »
Sir (7 ;5). En inclusion des fleurs : « Il y a plus de marguerites⊠plus de fleurs⊠de marguerites⊠non de fleurs. â Comment tu sais ? â Câest tout des fleurs. â Et si 1 marguerite et 1 rose, plus de fleurs ou de marguerites ? â Câest la mĂȘme chose, il y a une marguerite et lâautre aussi une. â Mais plus de fleurs ouâŠÂ ? â De marguerites, non de fleurs parce que ça (les deux) câest des fleurs. » Cartes : aucune hĂ©sitation. Implication : « Toutes les montres faites le lundi sont mauvaises : il en prend une faite le lundi : « Mauvaise ? â Non, il ne sait pas, peut-ĂȘtre⊠(On rĂ©pĂšte la donnĂ©e.) â Oui, câest juste. » Et il prend une montre bonne : « Alors pas faite le lundi ? â Oui, parce que le lundi elles ne marchaient pas, alors le vendredi que câĂ©tait un autre jour. â Et une montre du mercredi : bonne ? â Oui, il avait raison, par ce que le mercredi elles sont aussi bonnes. â SĂ»rement bonnes ou elles peuvent ĂȘtre mauvaises aussi ? â Non, sĂ»rement bonne. â Une montre mauvaise ce nâest pas possible quâelle soit faite un autre jour que le lundi ? â Non, parce que vous avez dit que le lundi, câĂ©tait celles qui ne marchaient pas. »
Pat (7 ;0). Inclusion : mĂȘmes rĂ©actions. Implication : les montres du mercredi sont toutes mauvaises. â « Cette montre est mauvaise, alors elle est du mercredi ? â Oui (hĂ©sitation). â Ou elle pourrait ĂȘtre dâun autre jour ? â Non, du mercredi. â Quâest-ce quâon avait dit, avant ? â Que si elle est du mercredi, alors elle est mauvaise. â Et les autres jours ? â Bonnes et mauvaises. â Alors on peut dire sĂ»rement que si elle est mauvaise elle est du mercredi ? â Oui. »
Ces faits montrent Ă lâĂ©vidence les analogies et les diffĂ©rences entre les questions dâinclusion et dâimplication. Lâinclusion, tout dâabord, nâest correctement comprise, donc quantifiable sous la forme nA < nB, que si deux conditions sont remplies et elles commencent prĂ©cisĂ©ment Ă lâĂȘtre Ă ce niveau IIA : 1) Il faut que la sous-classe A (par exemple les marguerites) fasse partie dâune classe totale B suffisamment rĂ©sistante et permanente pour quâelle conserve son extension lorsque le sujet centre son attention sur ses subdivisions : or au stade I, le tout B (les fleurs) dĂ©fini avec justesse lorsque le sujet ne pensait quâĂ lui, se rĂ©sorbait jusquâĂ sâidentifier Ă A ou Ă Aâ sitĂŽt que lâenfant se centrait sur ces subdivisions ; Ă ce niveau IIA au contraire, lâenfant dĂ©couvre que malgrĂ© ces rĂ©partitions, « les fleurs câest tout » (Pit) ou « câest tout des fleurs » (Sir). 2) Il est en outre nĂ©cessaire de subdiviser le tout B en sous-classes A et Aâ explicitement caractĂ©risĂ©es par des nĂ©gations partielles : Aâ = les B non-A et A = les B non-Aâ, seules ces nĂ©gations, donc lâemploi dâopĂ©rations inverses (soustractions) permettent dâassurer la quantification nA < nB et de dĂ©passer lâidentification ou symĂ©trie nA = nB (ou nB = nAâ).
Or, dans le cas des implications proposĂ©es, la situation est pareille, mĂȘme si lâon en vient Ă dĂ©passer les frontiĂšres du « groupement » des classes initiales en introduisant en plus le cas ni A ni B. 1) Dire que toutes les montres fabriquĂ©es le lundi sont mauvaises signifie dâabord quâil existe un tout B formĂ© par les montres mauvaises et quâune partie A de ce tout consiste en montres fabriquĂ©es le lundi, puisque ces A sont « toutes mauvaises ». 2) Mais pour conclure que p (proposition affirmant A) implique q (affirmant B) sans que p 3 q entraĂźne q D p, donc sans quâon ait p â q ou A = B, il est nĂ©cessaire de construire une sous-classe Aâ et de la caractĂ©riser explicitement par une nĂ©gation partielle (Aâ = les B non-A, donc les montres mauvaises non fabriquĂ©es le lundi ou, dans le cas des cartes retournĂ©es, les ronds B qui ne sont pas grands).
Mais alors la premiĂšre diffĂ©rence entre nos questions dâinclusion et dâimplication est que, dans le cas des premiĂšres, lâexistence de la sous-classe Aâ est imposĂ©e par la prĂ©sence dâobjets donnĂ©s perceptivement (les roses, qui sont des fleurs diffĂ©rentes des marguerites), tandis que dans le cas des secondes, la sous-classe Aâ doit ĂȘtre construite infĂ©rentiellement par une analyse suffisante de la donnĂ©e (simplement propositionnelle et non pas perceptive) p Z) q (donc « toutes les montres du lundi sont mauvaises »). Il sây ajoute que la nĂ©gation partielle (Aâ = les B non-A) doit ĂȘtre dĂ©gagĂ©e elle aussi dĂ©ductivement. Certes, dans la question des fleurs, la nĂ©gation suppose dĂ©jĂ une part de construction : la perception montre simplement que les roses sont « diffĂ©rentes » des marguerites, et les sujets du stade I nâen concluent pas encore pour autant que les roses sont des « fleurs non-marguerites ». Ils prĂ©fĂšrent traduire cette situation sous une forme positive : les roses Aâ sont ce qui reste des fleurs B, une fois considĂ©rĂ©es Ă part les marguerites. Mais il est clair quâune diffĂ©rence perceptible conduit plus facilement Ă la nĂ©gation (car elle la contient en quelque sorte implicitement) quâune rĂ©flexion formelle sur le « tout » et le « quelques » Ă propos de p D q (qui exclut p. (non-q) mais non pas (non-p) et q.
Au sujet de (non-p) et q, notons encore que les questions dâimplication conduisent Ă gĂ©nĂ©raliser le groupement initial jusquâĂ se servir de la logique des classes sans les restrictions propres Ă cette structure. Câest ainsi que dans le cas des montres du lundi A qui sont mauvaises (B), on nâa pas seulement, pour juger de toutes les relations, Ă construire les sous-classes Aâ (mauvaises mais non du lundi) et Bâ (si C = les montres, alors Bâ = celles qui sont bonnes) ; mais on peut continuer : si D = les appareils de mesure, alors C = ceux-ci sauf les montres, etc. On constate alors que lâexpression ni p ni q, qui entre dans la forme normale de lâimplication (p. q V p. q V p. q), est Ă©gale Ă Bâ 4* Gâ + Dâ + âŠ, ce qui permet dâen tirer la loi fondamentale suivante : si A est inclus dans B et B dans C, etc., par contre non-B est inclus dans non-A (car non-A = Aâ + Bâ 4- etc.), non-C lâest dans non-B donc dans non-A, etc. Or cette « loi de dualité » due Ă de Morgan est dâusage courant.
Comme chacune de ces constructions comportant des nĂ©gations demeure inaccessible (y compris celle de la sous- classe Aâ) Ă ce niveau IIA, bien que prolongeant simplement ce que suppose dĂ©jĂ la comprĂ©hension de lâinclusion, le problĂšme de lâabstraction rĂ©flĂ©chissante Ă©tudiĂ© en ce chapitre va consister Ă Ă©tablir comment sâeffectue le passage de ces mĂ©canismes acquis Ă propos de lâinclusion Ă ceux que nĂ©cessite lâimplication.
Lâexamen des niveaux IIB et III ne suffira pas Ă rĂ©soudre le problĂšme mais est cependant utile Ă fournir pour montrer lâexistence dâĂ©tapes intermĂ©diaires analogues aux hĂ©sitations quâon a vues en IIA quant Ă lâinclusion des fleurs :
Ala (9 ;8) rĂ©sout immĂ©diatement cette question des fleurs : « Il y a plus de fleurs (que de marguerites) parce que les marguerites ce nâest quâune espĂšce, tandis que les fleurs câest tout : les marguerites et les roses. « Implication : « Si une montre est mauvaise, elle est faite en septembre ? â Ben oui, si le contremaĂźtre a dit que toutes les mauvaises montres sont faites en septembre. â Quâest-ce quâil a dit ? â Que toutes les montres de septembre sont mauvaises. â Alors toutes les mauvaises sont faites en septembre ? â Oui. â Et une montre en juillet est sĂ»rement bonne ? â Oui, puisquâil a dit que câest seulement les montres de septembre qui sont mauvaises. â Si on dit 1) toutes les mauvaises sont faites en septembre et 2) toutes les montres faites en septembre sont mauvaisesâŠÂ ? â Câest diffĂ©rent les deux : dans 1) on dit câest « toutes » et dans 2) « toutes faites en septembre » et il peut y avoir dâautres faites un autre mois qui sont mauvaises. â En octobre elle est sĂ»rement bonne ? â SĂ»rement, oui⊠il peut se tromper aussi. â Et si elle est mauvaise alors elle est de septembre ? â Il peut se tromper parce quâil y a souvent des autres mauvaises dans les autres mois. »
Far (10 ;3). ImmĂ©diatement juste aux inclusions. Implication : « Toutes celles du mardi sont mauvaises. Celle-ci est du lundi, alors elle est bonne ? â Oui. â Pourquoi ? â Parce que le mardi elles sont mauvaises. Alors il Ă©tait sĂ»r que la montre du lundi marchait. â Maintenant on a une montre mauvaise : elle est sĂ»rement du mardi ? â Oui, puisque tous les mardis les montres sont mauvaises. â Et les autres jours ? â Bonnes. â On a dit ça ? â Non. â Quand on dit que le mardi elles sont mauvaises, quâest-ce quâon peut dire pour les autres jours ? â Quâelles sont bonnes. â On peut dire ça ? â Non, elles peuvent ĂȘtre mauvaises des fois. »
Dan (11 ;4). MĂȘmes rĂ©actions. Pour les deux propositions prĂ©sentĂ©es Ă Ala (voir 1) et 2) ) : « Câest Ă peu prĂšs la mĂȘme chose. â Laquelle est la plus claire ? â La 2. » Cartes retournĂ©es : « Jâai des ronds et des carrĂ©s, des grands et des petits. Je te dis seulement : tous les grands sont ronds. Je tire 1 : il est grand. â Câest un rond. â Pourquoi ? â Parce que vous avez dit que tous les grands Ă©taient ronds. â Un petit, donc un carrĂ©. Jâai raison ? â On ne peut pas savoir : sâil y a des petits ronds aussi et des petits carrĂ©s, on ne peut pas savoir. â Jâai un carré : je dis que câest un petit. Câest juste ? â On ne peut pas savoir. â On a dit que tous les grands⊠â Câest des ronds. â Alors un carré ? â Câest petit parce quâon a dit que tous les grands Ă©taient ronds : sâil y a un carrĂ© câest un petit carrĂ©. â Jâai un rond, alors câest grand ? â Oui, parce que les formes grandes ce nâest que des ronds. Si on dit câest grand, on est sĂ»r que câest rond. â Et si on dit que câest rond on est sĂ»r que câest grand ? â Non, on peut avoir des petits ronds. »
Ces hĂ©sitations chez des sujets de 9 Ă 11 ans sont trĂšs instructives. A voir leurs rĂ©actions aux questions dâinclusion, il est clair quâen prĂ©sence des objets concrets ils nâĂ©prouvent plus la moindre difficultĂ© Ă rĂ©gler le « tous » et le « quelques » Ă lâintĂ©rieur dâune structuration de « groupement » : voir Ala prĂ©cisant que « les marguerites ce nâest quâune espĂšce », etc. Leur incapacitĂ© Ă faire de mĂȘme au moyen des donnĂ©es verbales (donc propositionnelles) des questions dâimplication semble ainsi simplement due Ă la difficultĂ© des transpositions du concret aux Ă©noncĂ©s propositionnels, donc du rĂ©flĂ©chissement ou « rĂ©flexion » au sens de rĂ©flecteur, câest-Ă -dire du premier caractĂšre de lâabstraction « rĂ©flĂ©chissante ». Mais cette condition prĂ©alable, que ces sujets arrivent finalement Ă remplir, mais avec peine et aprĂšs hĂ©sitations, doit conduire normalement au second des caractĂšres de lâabstraction rĂ©flĂ©chissante, câest-Ă - dire aux gĂ©nĂ©ralisations et constructions nouvelles que permet la « rĂ©flexion » (au sens de lâactivitĂ© mentale de rĂ©organisation) sur le nouveau palier qui est celui des seuls Ă©noncĂ©s propositionnels. Or ce second progrĂšs nâest pas atteint Ă ce niveau IIB, tandis que lâon aperçoit rapidement les manifestations de cette pensĂ©e gĂ©nĂ©ralisatrice dĂšs les dĂ©buts du stade III (11-12 ans), y compris dans le cas prĂ©coce suivant :
Sam (9 ;1). Horloger : « Une montre bonne, câest sĂ»r quâelle vient dâun autre mois que septembre ? â Oui, parce que toutes les montres en septembre sont de mauvaise qualitĂ©. â Une montre dâoctobre est sĂ»rement bonne ? â Non, il y en a peut-ĂȘtre de mauvaises. â Comment peut-on se tromper ? â On regarde une montre mauvaise et on dit quâelle est sĂ»rement de septembre : on a pas raison⊠(On) pense quâon a dit que câest seulement les montres de septembre qui sont mauvaises. »
Ce sujet Sam formule ainsi explicitement la distinction formelle fondamentale du « si » et du « seulement si », si courante en mathĂ©matiques et qui caractĂ©rise prĂ©cisĂ©ment lâimplication : pour p } q on a toujours q vraie si p est vraie, mais pas seulement si puisque lâon a Ă©galement la vĂ©ritĂ© de « non-p et q ». Mais câest Ă propos des utilisations dâindices et de lâabstraction « rĂ©flĂ©chie » que nous verrons le mieux les progrĂšs.
§ 3. Lâutilisation dâindices
Les problĂšmes dâinfĂ©rences Ă partir des informations ou indices fournis aux sujets prĂ©sentent cet intĂ©rĂȘt quâen employant le mĂȘme matĂ©riel de cartes que pour certaines des questions dâinclusion et dâimplication, et en faisant construire des infĂ©rences qui logiquement comportent les mĂȘmes inclusions et implications, on obtient des solutions plus prĂ©coces et bien plus faciles du seul fait quâon ne recourt Ă aucune quantification ou nĂ©gation explicites et que tout le raisonnement sâeffectue en « comprĂ©hension » Ă partir de qualitĂ©s positives communes ou diffĂ©rentes.
Pour ce qui est des cartes rappelons quâon prĂ©sente sur des cartons de mĂȘme format de grands et petits carrĂ©s et des petits ronds, tous les cartons Ă©tant retournĂ©s et avec plusieurs des trois sortes mais en laissant un exemplaire visible de chaque comme aide-mĂ©moire. Les problĂšmes dâemboĂźtement sont donc de reconnaĂźtre en les distinguant deux sortes de carrĂ©s, deux sortes de petites figures, une seule espĂšce de ronds (petits) ainsi que de grande taille (carrĂ©e), toutes les figures Ă©tant vertes. Quant aux infĂ©rences il sâagit de caractĂ©riser les propriĂ©tĂ©s non visibles dâune carte ou de juger indĂ©cidable ce choix lorsque lâon donne une seule information : « rond », « carré », « petit », « grand », « vert ». On voit alors quâil y a lĂ lâanalogue des questions dâimplication : « grand » implique « carré », mais la rĂ©ciproque nâest pas vraie, puisque « carré » correspond à « petit » ou à « grand », etc. La nouveautĂ© est alors que ce problĂšme se pose en termes dâalternatives ou de disjonctions : x signifie Al ou A2, donc lâun ou lâautre sâil sâagit de remonter aux termes individualisĂ©s, ou mĂȘme Al ou A2 ou A3 lorsque lâindice x est « vert ». Or le grand intĂ©rĂȘt de cette Ă©preuve est de nous montrer que cette sorte dâ« implication signifiante » (notion qui reste Ă caractĂ©riser au vu des faits) et non pas propositionnelle, est bien plus prĂ©coce que cette derniĂšre et de facilitĂ© au moins Ă©gale et en gĂ©nĂ©ral supĂ©rieure Ă celle de lâinclusion des cartes, elle-mĂȘme moins difficile que celle des fleurs.
Voici dâabord des exemples du stade IÂ :
Cat (6 ;6) dont on a vu (§ 1) les hĂ©sitations pour lâinclusion des cartes commence, pour lâindice « petit » par dire « le petit carré », puis elle reconnaĂźt que ce peut ĂȘtre un petit « rond, mais je suis sĂ»re que câest carré », ce quâelle prĂ©tend « deviner ». â « Maintenant câest grand. â Câest le grand carrĂ©. â SĂ»re ? â Sinon il nây a rien de grand. â Maintenant câest toi qui vas me poser des questions. On peut me poser une question difficile. â Câest vert. â Pourquoi câest difficile ? â Ils sont tous verts. â Et une autre moins difficile. â Il y a quatre pointes (= carrĂ©). â Pourquoi câest difficile ? â Parce quâil y en a deux. â Maintenant une facile ? â Câest pas pointu⊠câest petit (ajoute aprĂšs hĂ©sitation ce second indice en trop). »
Bar (6 ;4) dont on a vu (§ 1) lâĂ©chec Ă lâinclusion : « Câest rond. â Câest celle-lĂ (le seul). â Une autre maintenant : elle est verte. â Câest carrĂ©. â Pourquoi ? â Parce que tout Ă lâheure câĂ©tait rond, maintenant câest carrĂ© (il cherche donc Ă deviner). â Jâavais dit quâelle est verte. â Mais câest tous verts. Alors on ne peut pas deviner (= choisir juste). â Un autre : câest grand. â Eh ben, câest ça (petit carrĂ©). Je ne vous dirai pas comment jâai trouvé : vous devez deviner (Bar a donc conscience dâavoir choisi entre les deux petits). »
Ast (6 ;10) (voir au § 1 ses oscillations Ă lâinclusion) :« Il est carrĂ©. â Câest celui-lĂ (le petit). â Comment tu sais ? â Je devine. â On peut ĂȘtre sĂ»r ? â â Non parce quâil y a encore le grand. â Un autre : câest petit. â Un rond, mais pas sĂ»r : il y a encore le carrĂ©. â Pose-moi une question, mais trĂšs facile. â Elle est grande et verte. â Je ne peux pas me tromper ? â Non, parce quâil nây a pas de plus grand (que le grand carrĂ©). â Maintenant une question difficile. â Cest carrĂ©. â Pourquoi câest difficile ? â ⹠Parce que câest ça ou ça. â Et de nouveau une facile ? â Un rond. »
Cos (6 ;10) reste intermĂ©diaire (niveau IB) pour lâinclusion des cartes : il y a plus de cartons que de carrĂ©s, de mĂȘme que plus de vertes, mais il y a « plus de petites que dĂ©formĂ©s ». Indices : « Elle est petite ? â Câest un petit carrĂ© ou un petit rond. â Elle est grande ? â Celui-lĂ . â Elle est verte ? â Câest tout lâensemble : carrĂ©s, petits carrĂ©s ou ronds. â Pose-moi, toi, une question difficile. â Une petite. â Pourquoi ? â Il faut choisir. â Une question facile ? â Elle est grande. »
La qualitĂ© de ces rĂ©ponses est surprenante Ă les comparer aux insuffisances de ces mĂȘmes sujets quant aux problĂšmes dâinclusion. Certes plusieurs de ces enfants prĂ©tendent pouvoir « deviner » juste, mais cela va avec les attitudes de ce niveau concernant les questions de hasard. Dâautre part, sâessayer Ă deviner revient Ă admettre quâil y a plusieurs possibilitĂ©s Ă©quivalentes, ce que reconnaissent vite Cat et Bar et de façon immĂ©diate Ast et Cos.
Quant au sens de ces rĂ©actions, examinons dâabord celles du niveau IIA, car aprĂšs ces bons dĂ©buts les rĂ©ponses sont rapidement toutes correctes.
Voici donc trois cas de ce niveau IIAÂ :
Pat (7 ;0) (voir le § 2) : « Elle est petite. â Câest celle-ci (petit rond). â SĂ»r ? â Ou celle-ci (petit carrĂ©). On ne peut pas ĂȘtre sĂ»r parce quâelles sont toutes les deux petites. â Jâen prends une autre (dans le cas de Pat on a utilisĂ© de grands ronds comme seules grandes figures) : elle est ronde. â Câest ça (grand rond) ou ça (petit rond). â Une autre : elle est carrĂ©e. â Câest celle-ci (petit carrĂ©). Il nây a pas dâautres carrĂ©s. â Elle est verte. â Une de ces trois. »
Sir (7 ;5) (voir le § 2). « Elle est petite. â Un carrĂ©. â SĂ»r ? â Câest peut-ĂȘtre faux, ça pourrait ĂȘtre un rond. â Câest grand. â Alors câest un carrĂ© (certitude). Oui câest le seul quâil y avait. â Et pourquoi « petit » câest plus difficile ? â Il y en avait deux. »
Per (8 ;4) : « Pose-moi une question pour que le monsieur trouve. â Câest petit, non (ça ne va pas) parce quâil y a deux petits. Câest grand. â Et si tu dis petit ? â Ăa peut ĂȘtre petit rond ou petit carrĂ©. â Et si tu dis carré ? â Ăa peut ĂȘtre grand ou petit. »
Les rĂ©ponses des niveaux IIB et III sont Ă©galement dâemblĂ©e justes et bien motivĂ©es. Quant Ă leur interprĂ©tation, dissipons dâabord un malentendu possible. On pourrait, en effet, penser que la solution rapide de ces questions tient au fait quâil sâagirait de simples constatations ou lectures perceptives des donnĂ©es puisque les trois figures en jeu sont prĂ©sentĂ©es de façon visible et que la tĂąche du sujet consiste sans plus Ă identifier telle ou telle des multiples cartes retournĂ©es Ă lâune ou lâautre de ces trois formes visibles. Mais, sâil y a lĂ bien sĂ»r une facilitation par rapport Ă nos questions dâimplication (avec les mĂȘmes cartes ou avec les horlogers) oĂč les donnĂ©es demeurent Ă lâĂ©tat dâĂ©noncĂ©s verbaux, ce nâest pas le cas par rapport aux questions dâinclusion, oĂč tous les objets sont prĂ©sents et visibles et oĂč il nây a rien Ă infĂ©rer, mais oĂč il sâagit simplement de construire, pour les comparer, des classes et des sous-classes en rĂ©unissant ou dissociant les Ă©lĂ©ments tous perceptibles.
Or, nous voyons des sujets comme Bar, qui lors des questions dâinclusion rĂ©pond « plus de carrĂ©s » quand on veut les comparer aux figures vertes, dĂ©clarer lors des prĂ©sentes questions : « câest tous verts, alors on ne peut pas deviner » sâil sâagit de carrĂ©s ou de ronds ni de grands ou de petits. Voir aussi Cat et surtout Cos pour qui « vertes » câest « tout lâensemble : carrĂ©s, petits carrĂ©s ou ronds ». Autrement dit dĂšs le stade I les questions dâinclusion B > A de mĂȘme C > B > A (oĂč C = le tout, B les petits ou les carrĂ©s et A = les termes individuels) semblent rĂ©solues a priori sans hĂ©sitations ! Quant aux classes secondaires Aâ (ou mĂȘme Bâ) il semble en aller de mĂȘme avec leurs nĂ©gations partielles implicites : quand Ast dit des « carrĂ©s » (choisis par elle-mĂȘme comme indice « difficile ») « câest ça (le grand) ou ça (le petit) », cette alternative revient Ă admettre : si câest le grand carrĂ© ce nâest pas le petit et rĂ©ciproquement, chaque sous-classe comportant la nĂ©gation des caractĂšres de lâautre. Et chacun de ces sujets raisonne ainsi, au stade I comme aux suivants. Reste lâimplication, dont nous avons vu que, jusquâau stade III, la difficultĂ© systĂ©matique Ă©tait de ne pas la considĂ©rer comme nĂ©cessairement symĂ©trique ou rĂ©ciproque : si « tous les grands sont ronds » ne pas en conclure que « tous les ronds sont grands ». Or, dans les rĂ©ponses quâon vient de lire, aucun de ces sujets ne commet cette erreur et pour chacun le caractĂšre carrĂ© de la grande figure (ou rond dans le cas de Pat) conduit Ă une disjonction (comparable Ă p. q âšÂ non- p. q dans la relation p D q : alors « câest ça ou ça » (donc « grand ou petit carré » et non pas à « grand carré »).
En un mot, les rĂ©actions que nous venons de dĂ©crire, donc les infĂ©rences Ă partir dâindices significatifs, semblent non seulement prĂ©parer les structures dâimplication, mais encore les Ă©baucher en simplifiant dĂ©jĂ notablement les problĂšmes dâinclusion. A quoi alors ces facilitĂ©s sont-elles dues ? La rĂ©ponse semble Ă©vidente : aucune des questions prĂ©cĂ©dentes nâest posĂ©e en termes de quantification ni de nĂ©gations mĂȘmes partielles (cf. les fleurs non-marguerites : B non-A), de telle sorte que le sujet peut raisonner par connexion de pure « comprĂ©hension » : « grand » signifie « carré », « rond », signifie « petit », « petit » signifie « rond ou carré », etc., sans que lâon ait besoin de prĂ©ciser lâ« extension » de ces notions signifiĂ©es ou signifiantes, donc de les quantifier, la seule question quantitative Ă©tant de savoir si un indice notionnel correspond Ă un seul ensemble de figures ou Ă deux ou Ă trois. Quant aux nĂ©gations implicites (rond = non carrĂ©, etc.), elles sont traitĂ©es par lâenfant en tant que relations de simples « diffĂ©rences », comme dans les « logiques sans nĂ©gations » de Griss ou de Nelson. Il est vrai quâĂ elle seule une diffĂ©rence qualitative prĂ©suppose une nĂ©gation, mais de façon implicite et, pour la conscience du sujet, elle sâexprime en termes de seules affirmations : carrĂ© « ou » rond, le foncteur disjonctif « ou » signifiant donc une « autre » affirmation et non pas encore la nĂ©gation de lâun des termes relativement Ă cet « autre ».
Reste alors Ă comprendre en quoi consiste cette relation gĂ©nĂ©rale, qui nâest ni une inclusion de classes (extension) ni une implication propositionnelle mais qui les prĂ©cĂšde toutes deux jusquâĂ pouvoir ĂȘtre dominĂ©e en de nombreux cas aux niveaux prĂ©opĂ©ratoires et mĂȘme frĂ©quemment aux stades sensori-moteurs. Nous proposerons le vocable (dĂ©jĂ utilisĂ© en des travaux antĂ©rieurs) dâ« implication signifiante » entendant par lĂ le rapport entre deux significations tel que la premiĂšre entraĂźne la seconde. Il faut tout dâabord prĂ©ciser quâil ne sâagit point ici du rapport linguistique de signe Ă signification, car si le signe verbal (donc le mot) est bien un signifiant, il nâest que cela et sa signification se rĂ©fĂšre Ă un concept, dâoĂč en ce cas, lâhĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© du signifiant et du signifiĂ© et lâautonomie de la linguistique en tant que science des signifiants 4. Dans le cas de lâimplication signifiante, au contraire, le signifiant momentanĂ©, mĂȘme si nous lâappelons indice comme dans la prĂ©sente expĂ©rience, comporte sa propre signification conceptuelle (par exemple « petit » ou « carré », etc.), laquelle entraĂźne dâautres significations Ă©galement notionnelles, les fonctions de signifiant et signifiĂ© nâayant ces sens quâen raison du contexte et pouvant ĂȘtre interverties. Mais, seconde remarque, la relation dâimplication signifiante nâest pas par elle-mĂȘme rĂ©ciproque. Dans les prĂ©sents faits, « rond » signifie « petit », mais « petit » signifie « carrĂ© ou rond » ; de mĂȘme, « carrĂ© ou rond » ne signifient pas en retour « petits » mais « petits ou grands », etc. Quant Ă la prĂ©cocitĂ© de ces rapports dâimplication signifiante, il nâest pas de raison quâils ne dĂ©butent, sous leurs formes les plus simples, dĂšs les niveaux sensori-moteurs, sous les espĂšces dâune implication entre schĂšmes, puisque tout schĂšme dâassimilation comporte une signification et que tout acte dâassimilation comportementale consiste Ă confĂ©rer des significations. Câest ainsi que pour un bĂ©bĂ© de douze mois le fait quâun objet Ă©loignĂ© soit placĂ© sur un support implique la possibilitĂ© de lâatteindre en tirant ce dernier. Il faut seulement prĂ©ciser que lâimplication, si prĂ©coce soit-elle sous ces aspects de connexions entre significations, constitue un rĂ©sultat et non pas une donnĂ©e premiĂšre, celle-ci consistant en une activitĂ©, qui est celle de lâassimilation.
Cela dit, rappelons que notre problĂšme Ă©tait de chercher Ă expliquer comment lâabstraction rĂ©flĂ©chissante peut tirer lâimplication propositionnelle des mĂ©canismes constitutifs de lâinclusion des classes (celle-ci Ă©tant partiellement isomorphe Ă celle-lĂ ). Or, ce problĂšme sâĂ©largit maintenant quelque peu, puisque nous croyons trouver dans lâimplication signifiante une source commune des inclusions et des implications (propositionnelles), mais restant entendu, ou tout au moins supposĂ© que le chemin aboutissant Ă ces derniĂšres passe par les inclusions, mĂȘme (ou surtout) si celles-ci doivent leur constitution Ă une quantification des implications signifiantes. LâhypothĂšse qui semble la plus vraisemblable est, en effet, quâĂ partir des multiples liaisons construites par implications signifiantes (ce qui revient donc en un sens Ă dire : par assimilations en comprĂ©hension), une quantification devient possible par mise en correspondance de ces relations en comprĂ©hension avec des rapports dâextension et par traduction des relations de diffĂ©rences en nĂ©gations partielles propres aux classes secondaires. Il y a lĂ , bien entendu, une premiĂšre manifestation dâabstraction rĂ©flĂ©chissante, mais ne conduisant encore quâaux systĂšmes dâinclusions caractĂ©ristiques des « groupements » de classes avec leurs limitations. Dans la suite, en revanche, les multiples arrangements que permet le jeu des implications signifiantes (« câest ça ou ça » selon les indices rencontrĂ©s tour Ă tour) conduisent aux structures dâ« ensemble des parties » et permettent alors enfin de dĂ©passer le concret et de construire les implications propositionnelles.
Une premiĂšre vĂ©rification de ces hypothĂšses est fournie par la question des oiseaux et des avions, particuliĂšrement simple puisquâelle ne fait intervenir que deux classes dâobjets (mĂȘme sâils ne sont pas posĂ©s concrĂštement sur la table) et une seule diffĂ©rence (la prĂ©sence ou lâabsence dâun moteur). Il en rĂ©sulte que cette question est rĂ©solue Ă tous nos Ăąges, et encore que lâon voit frĂ©quemment les sujets du stade I traduire dĂ©jĂ ces donnĂ©es en termes dâinclusions et de nĂ©gations partielles :
Bar (6 ;4) est le seul qui ait hĂ©sitĂ© dans ses rĂ©ponses, mais un trĂšs court instant seulement : « Il voit un objet avec des ailes⊠â Alors câest un oiseau. â On peut ĂȘtre sĂ»r ? â Oui, peut-ĂȘtre. â Quâest-ce que ça pourrait ĂȘtre aussi ? â Aussi un avion. â On peut ĂȘtre sĂ»r ou pas ? â Pas tellement sĂ»r⊠(lâavion) ça a aussi des ailes. »
Cat (6 ;6) : « Si je vois quelque chose avec des ailes et que je dis « câest un oiseau » câest juste ? â Ăa peut ĂȘtre un avion. â Et sâil fait ce bruit (imitation) ? â Câest un avion, ils font comme ça et pas les oiseaux. Les oiseaux sifflent. »
Dom (6 ;6) : « Je vois quelque chose qui vole. â Câest lâavion⊠Lâavion, lâoiseau, la fusĂ©e. â Pourquoi ? â Parce quâils ont tous des ailes. â Et sâil y a un moteur ? â La fusĂ©e ou lâavion. Lâavion a des moteurs mais pas lâoiseau. â Et sâil y a des fenĂȘtres ? â Lâavion, parce que la fusĂ©e nâa pas de fenĂȘtres. » (On nâavait pas parlĂ© de fusĂ©es Ă Dom, qui les a introduites en plus.)
Ces rĂ©ponses banales appellent cependant deux remarques. La premiĂšre est que sâil est facile Ă des sujets de 4-6 ans de comprendre quâun indice sâappliquant Ă toute une classe B ne prouve rien quant Ă la prĂ©sente dâune sous-classe A, il nâen est pas de mĂȘme aux dĂ©buts de la reprĂ©sentation. Un enfant de lâun de nous discutant avec son pĂšre pour savoir si une image figurait un chien ou un chat, nâa finalement trouvĂ© que cet argument : « Câest un chien, parce quâil est gris », comme si cet indice ne sâappliquait pas aux deux. En second lieu, si lâon voit Cat et Dom manier avec aisance le tout (« ils ont tous des ailes ») et les nĂ©gations propres aux classes secondaires (les avions « font du bruit et pas les oiseaux »), câest que lâon a Ă faire Ă un seul indice simple opposant les deux sous-classes, le tout lui-mĂȘme nâĂ©tant caractĂ©risĂ© que par une seule propriĂ©tĂ© (les ailes ; cf. la couleur verte pour les figures du § 1), tandis quâĂ comparer les fleurs et les marguerites, et Ă construire la classe secondaire des fleurs non-marguerites, il y a bien plus dâindices Ă coordonner. Il nâen Ă©tait pas moins utile de montrer par ces petits exemples quâen cas de donnĂ©es assez simples, le sujet tire facilement du fonctionnement de ses implications signifiantes un jeu Ă©lĂ©mentaire de quantification (« tous » et pas tous) et de nĂ©gations partielles (« pas les oiseaux », etc.). Ces formes si banales dâabstraction rĂ©flĂ©chissante tirant un dĂ©but de structure dâun fonctionnement prĂ©alable nâauront donc dans la suite quâĂ ĂȘtre gĂ©nĂ©ralisĂ©es pour conduire aux inclusions et enfin aux implications propositionnelles.
§ 4. Les abstractions « réfléchies »
Si les processus de ces abstractions successives sont inobservables en tant que tels, leur prise de conscience, quoique toujours en retard sur les constructions elles-mĂȘmes, peut nous renseigner rĂ©troactivement sur leurs mĂ©canismes. Or, ces Ă©tapes de lâ« abstraction rĂ©flĂ©chie » (en tant que thĂ©matisation aprĂšs coup des processus antĂ©rieurs) vont nous mettre prĂ©cisĂ©ment en prĂ©sence des quantifications et nĂ©gations progressives marquant le passage des implications signifiantes aux inclusions et implications propositionnelles :
Le premier niveau, correspondant au dĂ©but (IA) du stade I, est caractĂ©risĂ© par lâabsence de toute structure et par une simple recherche des ressemblances et diffĂ©rences entre les objets en eux-mĂȘmes appartenant au dispositif matĂ©riel des Ă©preuves :
Jos (5 ;3), comparant lâinclusion des fleurs Ă celle des cartes trouve que ces jeux « ne sont pas pareils » mais elle arrive ensuite Ă cette analogie « que ça (les marguerites), câest la mĂȘme couleur (entre elles) et ça et ça (deux carrĂ©s) câest les mĂȘmes (formes) ».
Bar (6 ;4) trouve « trĂšs diffĂ©rentes » les questions dâimplications sur les horloges et sur les cartes retournĂ©es : « Il nây a rien qui ressemble. » Mais il finit par cette trouvaille : « Il y a quelque chose qui ressemble : vous mâavez demandĂ© des questions ! »
Dom (6 ;11). Inclusions fleurs et cartes : « Les deux jeux se ressemblent ? â Ăa et ça (une marguerite et un grand rond vert) se ressemblent parce que câest rond et ça (carrĂ©)⊠Non. Seulement les autres. Il faut enlever ça (les roses) pour bien faire le jeu (de comparaison) : il nây a pas dĂ©formĂ©s (cartes) comme ça. Et puis du jeu des cartes, il faut enlever ça (les carrĂ©s) parce quâil nây a pas dĂ©formĂ©s (de fleurs) comme ça. »
Tia (7 ;1) se refuse Ă toute comparaison entre la question des horloges et celle de lâimplication sur les cartes : « Mais les questions quâon posait se ressemblaient un peu 1 â Non. â On ne peut pas dire que « toutes les montres du lundi sont mauvaises » ressemble à « tous les grands sont ronds »? â Oui. â Et si je dis « les petits sont ronds ou carrĂ©s », ça ressemble Ă quoi dans lâhistoire des montres ? â Que les montres sont carrĂ©es ou rondes. »
Ces premiĂšres rĂ©actions sont conformes aux caractĂšres gĂ©nĂ©raux des implications signifiantes les plus Ă©lĂ©mentaires (dĂ©jĂ dĂ©passĂ©es dans les actions effectives des sujets aux prises avec un problĂšme) : considĂ©ration exclusive des qualitĂ©s en comprĂ©hension, sans quantification et de ce point de vue sans atteindre la structure des questions posĂ©es ; dâoĂč la centration sur les objets comme tels ou sur le fait dâavoir « demandé » des questions (Bar). Par contre, Dom et Tia, malgrĂ© le caractĂšre saugrenu de leurs propositions, ne se contentent plus comme Jos de dire que les fleurs se ressemblent entre elles comme les figures entre elles : ils cherchent des correspondances qualitatives entre les deux ensembles Ă comparer et sâorientent ainsi dans la direction du second niveau.
Celui-ci est, en effet, caractérisé par une recherche de correspondance mais visant cette fois la quantification :
Ast (6 ;10, voir § 1). Comparaison des inclusions de fleurs et de figures : « Vous demandiez sâil y avait plus de marguerites ou plus de roses. â Autre chose ? â Je ne me rappelle plus. â Plus de marguerites ou plus de fleurs ? â Oui. â Et le jeu de cartes ressemble un peu ? â Non. â Comment tu avais fait pour trouver avec les fleurs ? â Parce que lĂ (roses) il y avait seulement deux. â Et pour trouver avec les cartes ? â LĂ (carrĂ©s) il y a un de plus. â Essaie maintenant de faire avec les cartes un jeu qui ressemble aux fleurs ? â (Elle aligne 4 grands ronds et 3 petits.) â Pose-moi maintenant tes questions. â LĂ , oĂč est-ce quâil y en a le plus ? â De quoi ? â De ronds. â Comment ? â Grands (plus de grands que de petits). â Câest le mĂȘme jeu quâavec les fleurs ? â Oui (elle met 4 marguerites en correspondance optique avec les 4 grands ronds, en Ă©cartant les autres, et les 2 roses face aux 3 petits ronds). â Pose-moi encore tes questions. â OĂč est-ce quâil y a plus de fleurs. â Mais câest tout des fleurs. â Alors oĂč y a-t-il plus de marguerites ? »
Cos (6 ;10) : « Est-ce que le jeu que tu as fait avec les fleurs ressemble Ă celui des cartons ? â Oui, il y a 2 roses lĂ et ici 2 grands carrĂ©s verts. â Et quoi dâautre ? â LĂ il y a ça (les marguerites) et ça va avec ceux-lĂ (les ronds). â Pourquoi tu mets les 2 roses avec les deux grands carrĂ©s ? â Câest compliqué ! Parce que lĂ (petits carrĂ©s) il y a 3 et lĂ (petits ronds) il y a 4 (il les aligne et met en regard terme Ă tĂ«rme les 7 marguerites). â Comment on appelle ces tas ? â LĂ un tas de marguerites et de roses, lĂ des verts et des carrĂ©s. â OĂč sont les verts ? â ⊠â Comment on appelle ça et ça (petits ronds et carrĂ©s) ? â Tous les verts⊠non le, tas des carrĂ©s et des ronds verts. â Bien. Tu penses que les questions quâon posait se ressemblaient ? â Oui, lĂ (fleurs) il y a 4, 3 et 2 et lĂ (cartes) 2, 4 et 3. â Tu te rappelles les questions ? â Oui : pourquoi lĂ il y a 2 ? â Bien, je vais te poser une question pour les fleurs et tu trouveras la mĂȘme pour les cartons. Est-ce quâil y a plus de marguerites ou de roses ? â Plus de marguerites. â Et pour les cartons ? â Il y a moins de ceux-ci (grands carrĂ©s). â Et une autre question : plus de fleurs (on souligne) ou plus de marguerites ? â Plus de marguerites. â Et pour les formes ? â LĂ (grands) il y a 2 et lĂ il y a 7. »
Cat (6 ;6) : Fleurs et cartons : « Ăa se ressemble un tout petit tout petit peu. â En quoi ? â Câest presque le mĂȘme jeu parce que lĂ on a dit « Quâest-ce quâil y a plus ? et lĂ aussi ». â Je te pose la question avec les fleurs et tu trouveras celle qui ressemble avec les cartons : « Est-ce quâil y a plus de fleurs ou plus de marguerites ? » â Est-ce quâil y a plus de carrĂ©s que de ronds ? â Maintenant on va faire le contraire (cartons â > fleurs) : « Est-ce quâil y a plus de formes ou plus de petites ? » â Plus de fleurs ou plus de marguerites. â Bien ! Plus de grands carrĂ©s ou plus de petits ? â Plus de feuilles ou de fleurs ? â Pourquoi pareil ? â Parce quâil y a plus de feuilles. â Dis-moi Ă la fin : il y a plus de fleurs ou de marguerites ? â Plus de marguerites. »
Ces rĂ©ponses qui correspondent Ă ce que nous avons vu aux § § 1 et 3 des rĂ©actions du stade I aux questions dâinclusion et dâutilisation dâindices reviennent donc Ă dĂ©gager, dâune part, la prise de conscience par les sujets des problĂšmes qui leur ont Ă©tĂ© posĂ©s, mais surtout, dâautre part, la signification quâils attribuent Ă ces questions, selon quâils y discernent certains Ă©lĂ©ments communs ou quâils laissent Ă©chapper leur structure essentielle. MalgrĂ© le retard naturel et gĂ©nĂ©ral de la prise de conscience par rapport Ă la construction effective, on peut donc penser que les essais de comparaison auxquels se livrent Ast, Cos et Cat nous renseignent indirectement sur le processus assurant le passage entre lâimplication signifiante purement qualitative (liaisons en comprĂ©hension) et lâinclusion en tant que dĂ©but de la quantification en extension. Dâun tel point de vue, ces rĂ©ponses sont instructives par leur convergence et leur simplicité : alors quâau niveau prĂ©cĂ©dent, les sujets cherchaient tout au plus (comme Dom) des correspondances qualitatives entre les deux collections (fleurs et cartons), ceux-ci se livrent immĂ©diatement Ă des essais de correspondance terme Ă terme, cette correspondance prĂ©numĂ©rique (et non pas encore numĂ©rique puisque les correspondances figurales (ou optiques) nâentraĂźnent pas encore la construction des Ă©quivalences) Ă©tant par ailleurs lâinstrument qui permet au sujet la comparaison des sous-classes entre elles, donc leur quantification en extension.
Ce seraient donc les correspondances terme Ă terme (avec conservation de la qualitĂ©, mais non pas encore de la quantitĂ©) qui assureraient le passage des correspondances qualitatives aux dĂ©buts de lâextension. Rappelons Ă cet Ă©gard que les recherches dâInhelder, Sinclair et Bovet sur lâapprentissage ont montrĂ© que de telles correspondances avec leur conservation de la qualitĂ© sont nĂ©cessaires Ă lâacquisition de lâinclusion, mais les sujets que lâon vient de citer nâen sont pas encore lĂ (voir Cat, mĂȘme Ă la fin de son interrogation) et sâen tiennent aux correspondances entre classes disjointes.
Au niveau suivant (correspondant au sous-stade IIA, ici le 3e palier bien distinct), la traduction des rapports de comprĂ©hension en ceux dâextension, qui permettent les correspondances prĂ©cĂ©dentes, conduit par contre Ă la comparaison du tout et des parties, donc Ă la quantification de lâinclusion et, ce qui est plus intĂ©ressant, dĂšs le sous-stade IIB, Ă la prise de conscience du fait que, dans les questions dâutilisation dâindices, la relation entre une information globale X et les choix particuliers a, b ou c (donc X alors on peut avoir ou a ou b ou c) Ă©quivaut Ă la relation dâinclusion entre un tout B et les sous- classes primaires ou secondaires A et Aâ :
Pit (7 ;1), aprĂšs avoir rĂ©ussi lâinclusion des fleurs (2), est priĂ© de fabriquer un « jeu » analogue au moyen des cartes. Il dispose deux marguerites avec deux roses et trois cartes de 3 espĂšces : « Il y a lĂ 2 et 2 et lĂ 3, et aprĂšs on a mis tout (les rĂ©unit en deux touts avec dâautres). â Je vais te poser une question sur le jeu de cartes et tu en poseras une qui ressemble sur le jeu de fleurs : « Est-ce quâon a plus de carrĂ©s ou plus de formes vertes (= le tout) ? » â Plus de fleurs ou plus de marguerites. â Et plus de grands ou de petits carrĂ©s ? â Plus de marguerites que de roses ? »
Des (7 ;5) : MĂȘmes rĂ©actions, puis « plus de formes vertes ça va avec quoi pour les fleurs ? â Plus de fleurs. â Et plus de carrĂ©s ? â Plus de marguerites. «Â
Roc (7 ;7) : « On peut dire que les questions se ressemblaient un peu ? â Oui, la rose est en plus de ça (marguerites). Vous mâavez demandĂ© sâil y a plus de fleurs ou plus de marguerites. Alors lĂ (cartes) câest la mĂȘme chose : « plus de vertes ou plus de carrĂ©s » je crois. â En quoi ça se ressemble les questions ? â Parce que⊠je ne sais pas. »
Rog rĂ©ussit donc bien Ă la question dâabstraction rĂ©flĂ©chie, câest-Ă -dire de prise de conscience de ce qui a Ă©tĂ© fait, mais pas Ă cette derniĂšre question, portant sur le « mĂ©tarĂ©flexif », câest-Ă -dire sur la structure abstraite. Les sujets ne rĂ©ussissent pas non plus Ă dĂ©gager des comparaisons valables Ă propos des utilisations dâindices ou des implications (comme Tia Ă 7 ;1 au 1er niveau). Par contre on trouve des sujets du sous-stade IIB (4e niveau), pour rĂ©pondre comme suit au sujet des indices :
Ala (9 ;8) : Oiseaux-avions et cartes : pour les premiers « on ne savait pas si câĂ©tait un oiseau ou un avion si (lâon dit simplement que) tous les deux volent. â Et pour les cartes ? â On ne savait pas si câĂ©tait celui-ci ou celui-ci si on disait (seulement) que câĂ©tait grand (il a pris comme exemple un jeu comportant de grandes figures carrĂ©es et rondes). â Je vais te poser une question Ă propos des oiseaux et tu trouveras celle qui ressemble pour les cartes : Je vois quelque chose qui vole et qui a des ailes. â Il y a quelque chose qui est carrĂ© (juste : ils peuvent ĂȘtre petits ou grands). â Je vois quelque chose qui vole et qui fait du bruit. â Que câest petit (juste : il nây en a quâun) ». Quant aux implications, on se rappelle les difficultĂ©s de Ala (§ 2) ; nĂ©anmoins, il traduit la situation des horloges en langage de cartes par des correspondances exactes : « Grand carré = toutes les montres en septembre, petit carré = toutes les mauvaises des autres mois ; petit rond = toutes les bonnes montres ; toutes les mauvaises câest carrĂ©. â Et ça (petits ronds), et ça (petits carrĂ©s) ? â ⹠Câest les mĂȘmes mois (autres que septembre). â Une montre faite en mai, elle est bonne ou mauvaise ? â On ne sait pas, câest petit (rĂ©fĂ©rence aux cartes). » Ala se rapproche ainsi de ce fait du dernier de nos niveaux.
Cor (10 ;6) : « Le jeu des avions et celui des cartes se ressemblent ? â Oui : si on dit que câest petit et vert, on ne sait pas si câest carrĂ© ou rond, câest la mĂȘme chose pour les oiseaux et les avions. » Correspondance : « Je vois des ailes. â Je vois que câest vert. â Jâentends du bruit. â Je vois que câest grand. »
Quant au dernier ou 5e niveau, qui correspond au stade III, les nouveautĂ©s sont dâune part la capacitĂ© de faire correspondre les questions dâimplication Ă des problĂšmes analogues imaginĂ©s par lâenfant au moyen des cartes (succĂšs finalement atteint par Ala), mais encore, dâautre part, lâarrivĂ©e Ă un palier dâabstraction que lâon peut qualifier de « mĂ©tarĂ©flexion » en ce sens que câest la structure elle-mĂȘme du problĂšme que parvient Ă dĂ©gager le sujet et non pas seulement les analogies des contenus :
Sam (9 ;1), dont on a dĂ©jĂ vu au § 2 quâil se sert de lâexpression formelle « seulement si », dĂ©clare que lâinclusion des cartons ressemble Ă celle des fleurs, « parce que vous avez demandĂ© par exemple (les relations dâ)une forme, (dâ)une fleur avec tout lâensemble », donc la relation de partie Ă tout. On lui donne alors deux sortes de cartes carrĂ©es et rondes en demandant sâil y a plus dâune sorte que de lâautre : « Cette question ressemble Ă celle de tout Ă lâheure. â Non, pas tellement : lĂ vous avez demandĂ© le rapport entre une forme et une forme, alors que lĂ (inclusion) jâavais demandĂ© une forme avec tout lâensemble. » De mĂȘme il compare le jeu des avions Ă celui des cartes comme Ala et Cor, mais il assimile explicitement leur structure Ă celle des rapports de classes à « une forme et une autre forme », ou pour les indices ambigus à « un ensemble et une forme ». Quant aux implications des horloges, il en construit un modĂšle correct avec les cartes, mais nâen dĂ©gage pas la structure abstraite.
Nov (13 ;5) par contre, compare avec prĂ©cision lâimplication des horloges Ă celle des cartes et en conclut que, si en septembre toutes les montres sont mauvaises (ou si toutes les grandes cartes sont carrĂ©es), tandis que dans les autres mois elles peuvent ĂȘtre bonnes ou mauvaises (et les petites cartes carrĂ©es ou rondes), il y a alors une « intersection ». Mais ce langage scolaire ne lâempĂȘche pas de faire dâelle-mĂȘme un dessin trĂšs correct dont le secteur 1 reprĂ©sente les montres de septembre (ou les grands carrĂ©s), le secteur 2 les montres mal fabriquĂ©es en dâautres mois (ou les petits carrĂ©s) et le secteur 3 les montres non mauvaises (ou les petits ronds). Nov a donc dĂ©couvert Ă elle seule que lâimplication p 3 q peut, comme on le sait bien en logique, sâĂ©crire sous la forme dâune disjonction non exclusive pD q = p V q = p .q (1) Vp-9 (2) VP-? (3).
On constate ainsi Ă ce dernier niveau la possibilitĂ© dâune mĂ©tarĂ©flexion, autrement dit dâune rĂ©flexion sur les produits dĂ©jĂ rĂ©flĂ©chis (au sens de la prise de conscience des niveaux IIA et IIB) des abstractions rĂ©flĂ©chissantes en tant que processus. Cette conquĂȘte finale, nouvel exemple de ces « opĂ©rations sur des opĂ©rations » qui caractĂ©rise le stade III (dĂ©but de la logique propositionnelle ou formelle) est trĂšs instructive quant au mĂ©canisme mĂȘme des abstractions rĂ©flĂ©chissantes, dont il sâagit maintenant de dĂ©gager les grandes lignes.
§ 5. Conclusions
Les analyses qui prĂ©cĂšdent ont remis en lumiĂšre un ensemble de processus dont chacun Ă part nous Ă©tait dĂ©jĂ connu : coordination graduelle de la comprĂ©hension avec les extensions quâil sâagit de construire, donc quantification progressive des systĂšmes (rĂ©glage du tout et de quelque, etc.), Ă©laboration des nĂ©gations, constructions dâopĂ©rations sur des opĂ©rations, etc. Mais la complĂ©mentaritĂ© des diffĂ©rentes Ă©preuves utilisĂ©es ici sur les mĂȘmes sujets permet de discerner lâunitĂ© fonctionnelle de ces divers processus et de la ramener aux relations entre lâabstraction empirique et lâabstraction rĂ©flĂ©chissante.
En effet, les trois grands types de connexions que nous avons rencontrĂ©s sont lâimplication signifiante, relation essentiellement « intensive » (comprĂ©hension) dont le caractĂšre Ă©lĂ©mentaire explique la facilitĂ© relative des utilisations dâindices (§ 3), lâinclusion des classes, relation quantifiĂ©e (extension) construite dĂšs le stade II et lâimplication propositionnelle. Or, la premiĂšre de ces trois sortes de liaisons semble en majeure partie dominĂ©e par lâabstraction empirique, tandis que les deux autres constituent les produits dâabstractions rĂ©flĂ©chissantes successives, et il sâagit alors de dĂ©gager les raisons de cette Ă©volution.
1) Lâimplication signifiante revient Ă reconnaĂźtre dans les objets lâexistence de propriĂ©tĂ©s qualitatives, significatives pour le sujet, et Ă discerner des liens suffisamment constants entre elles pour permettre dâinfĂ©rer la prĂ©sence de lâune Ă partir de la perception dâune autre.
Bien entendu, lors de telles constatations ou coordinations infĂ©rentielles, le sujet est trĂšs loin dâĂȘtre passif, puisquâil se livre sans cesse Ă des assimilations, sources de mises en relations, et câest parce quâil est actif quâil pourra dans la suite tirer de ces activitĂ©s de quoi construire les extensions, les nĂ©gations, etc. Comme câest le cas sans exception aucune, toute abstraction empirique suppose donc un cadre instrumental nĂ©cessaire Ă son effectuation et qui est lui-mĂȘme tirĂ© par abstraction rĂ©flĂ©chissante dâactivitĂ©s antĂ©rieures plus simples (ou plus proches du prĂ©alable biologique). Mais dans le cas des implications signifiantes initiales et en considĂ©rant celles-ci relativement aux inclusions et implications ultĂ©rieures, il est difficile de contester que les caractĂšres des objets assimilĂ©s comme significatifs par le sujet correspondent Ă des propriĂ©tĂ©s qui, bien que non atteintes en elles-mĂȘmes de façon effectivement objective, existaient nĂ©anmoins en ces objets sans que le sujet les y ait introduites, autrement dit sans quâelles se dĂ©duisent du cadre instrumental nĂ©cessaire Ă leur enregistrement. Par exemple, dire dâune carte quâelle est « verte » suppose des comparaisons, des classements, etc., mais ce nâest pas dâeux quâest tirĂ© le fait observable que cette carte est verte, tandis que la relation selon laquelle le tout est plus grand que la partie sâimpose tĂŽt ou tard en vertu de la logique interne du cadre instrumental (devenu opĂ©ratoire), quand bien mĂȘme le sujet se refuse dâabord Ă toute constatation de ce genre (« plus de marguerites » !). Quant au lien entre une propriĂ©tĂ© significative et celle quâelle entraĂźne, il ne sâagit Ă©galement que dâun lien surtout empirique (ou « lĂ©gal ») et non pas dĂ©ductif sinon analytique (carrĂ© D quatre cĂŽtĂ©s), donc dâune gĂ©nĂ©ralitĂ© relative aux constatations antĂ©rieures et non pas nĂ©cessaire (cf. lâexemple classique de « cygne implique blanc », jusquâĂ la dĂ©couverte des cygnes noirs dâAustralie).
Câest alors le rĂŽle prĂ©pondĂ©rant de lâabstraction empirique dans les implications signifiantes qui explique leurs limitations, puisque les activitĂ©s du sujet y demeurent plus rĂ©duites que dans le cas des liaisons ultĂ©rieures.
La premiĂšre de ces limitations tient Ă la nature essentiellement qualitative des significations initiales, qui procĂšdent par simple « comprĂ©hension », dâoĂč le dĂ©faut des « extensions » et de leur quantification. La raison en est que seule la qualitĂ© est donnĂ©e, tandis que toute quantitĂ© doit ĂȘtre construite (mĂȘme des termes apparemment quantitatifs tels que petit et grand ne sont dâabord que des prĂ©dicats absolus avant la relativisation et la mĂ©trisation progressives nĂ©cessaires Ă leur quantification).
La seconde limitation des systĂšmes primitifs de significations est lâabsence de nĂ©gations sauf en cas dâattente déçue ou dâinfĂ©rences dĂ©menties par les faits. Mais en ces deux cas la nĂ©gation est imposĂ©e du dehors : ce qui manque encore est la nĂ©gation construite par le sujet (non-a par rapport Ă a, etc.) et dont le rĂŽle est en partie assumĂ© par la simple relation de diffĂ©rence. En effet, une propriĂ©tĂ© telle que « non verte » nâest pas une propriĂ©tĂ© inhĂ©rente Ă lâobjet, lequel, sâil nâest pas vert, nâest que jaune ou bleu, etc., tant quâon ne le compare pas Ă dâautres selon une structure de classification, etc., de telle sorte que le caractĂšre gĂ©nĂ©ral « non vert » nâacquiert de sens que relativement Ă des classes en extension. La carence initiale des nĂ©gations 5 semble donc aller de pair avec celle des extensions et des quantifications, comme le montre le cas des classes secondaires ou complĂ©mentaires de A sous B, etc., la nĂ©gation Ă©tant dâailleurs nĂ©cessaire Ă leur construction aussi bien que la rĂ©ciproque.
2) Le problĂšme qui se pose est alors de comprendre par quelles constructions le sujet va dĂ©passer lâĂ©tat initial pour aboutir aux structures dâinclusion avec quantification du tout et Ă©laboration de classes complĂ©mentaires ou secondaires : sâagit-il de constructions extĂ©rieures Ă©trangĂšres Ă tout ce qui prĂ©cĂšde ou de constructions dues Ă lâabstraction rĂ©flĂ©chissante, câest-Ă -dire imposĂ©es par les rĂ©organisations rendues nĂ©cessaires du seul fait du passage des activitĂ©s en jeu dâun palier infĂ©rieur de dĂ©part Ă un palier supĂ©rieur dâarrivĂ©e ? En ce second cas, la rĂ©organisation constructive nâutiliserait au dĂ©part que des matĂ©riaux tirĂ©s de ce qui prĂ©cĂšde, tout en les enrichissant par recombinaison, tandis que dans le premier cas des constructions nouvelles feraient appel Ă des Ă©lĂ©ments non donnĂ©s jusque-lĂ et introduits du dehors, en surplus de lâacquis antĂ©rieur.
Notons dâabord quâil y a bien, en premier lieu, passage dâun niveau dâactivitĂ© mentale Ă un autre, câest-Ă -dire rĂ©flexion au sens dâun pouvoir rĂ©flecteur (nous parlons en ce cas de « rĂ©flĂ©chissement »), ce rĂ© flĂ©chissement Ă©tant distinct de la rĂ©flexion en tant que rĂ©organisation cognitive, consciente ou inconsciente. Ce rĂ©flĂ©chissement consiste ici en un passage de la rĂ©cognition en prĂ©sence de lâobjet Ă lâĂ©vocation ou reprĂ©sentation possible en son absence. En effet, lâimplication signifiante ne suppose rien de plus que la rĂ©cognition par assimilation Ă un schĂšme dâaction, et lorsquâune signification en entraĂźne une autre, rien de plus que la constatation de cette liaison ou la conservation du schĂšme qui la suppose (par exemple tirer un support pour atteindre lâobjectif), cette conservation pouvant demeurer motrice sans Ă©vocation reprĂ©sentative. Avec les progrĂšs de la fonction sĂ©miotique 6, par contre, la rĂ©cognition peut se doubler dâĂ©vocations, ou reprĂ©sentations des objets non actuellement perçus, et celles-ci confĂšrent ipso facto une certaine connaissance des extensions, ce qui ne signifie nullement encore leur rĂ©glage, mais simplement leur existence pour le sujet.
A ce rĂ©flĂ©chissement sur le plan des Ă©vocations extensionnelles va alors correspondre une rĂ©flexion rĂ©organisatrice, et câest ici que dĂ©butent les difficultĂ©s, car la conscience dâextensions de divers ordres nâimplique encore nullement leur structuration en quantifications et en nĂ©gations, donc la construction du systĂšme des inclusions.
Or, les rĂ©actions aux questions dâutilisations dâindices (§ 3) semblent montrer de façon dĂ©cisive que cette structuration nâest pas ajoutĂ©e du dehors, mais quâelle rĂ©sulte dâune rĂ©flexion sur les rapports dĂ©jĂ Ă©tablis en comprĂ©hension et quâil sâagit dĂšs lors (ce qui nâest nullement simple, mais ne fait pas appel Ă des facteurs extĂ©rieurs ou Ă©trangers Ă ce qui prĂ©cĂšde) de traduire un Ă un en termes dâextension. Câest ainsi quâil est aisĂ© de dĂ©gager en comprĂ©hension les qualitĂ©s communes Ă plusieurs objets : la traduction en extension est en ce cas le « tous », ce quâindique dĂ©jĂ au § 3 les sujets Cat et Bar (« ils sont tous verts »), tandis que, toujours en comprĂ©hension, les sous- classes sont dĂ©signĂ©es par les expressions « (alors ce peut ĂȘtre) ça ou ça » (Ast), « un petit carrĂ© ou un petit rond » (Cos), etc. Pourquoi donc, si les emboĂźtements des parties dans le tout ou les dĂ©boĂźtements du tout en parties semblent si faciles sous ces formes implicites, les questions de quantification de lâinclusion (A < B) demeurent-elles plus compliquĂ©es ?
Il y a Ă cela quatre raisons, qui font comprendre par ailleurs pourquoi lâabstraction rĂ©flĂ©chissante constitue une source de nouveautĂ©s et pas seulement de transposition dâun niveau Ă lâautre (rĂ©flĂ©chissement). La premiĂšre est que, dans les rĂ©actions rappelĂ©es Ă lâinstant, le sujet part des liaisons en comprĂ©hension et ne les traduit quâensuite en termes dâextension, tandis que dans les questions dâinclusion on procĂšde directement sur les extensions pour les faire comparer en plus ou en moins. Or, il y a lĂ une diffĂ©rence plus notable quâil ne paraĂźt, car partir des extensions, câest les considĂ©rer dâemblĂ©e comme des objets stables de pensĂ©e, donc thĂ©matisables, et non plus seulement comme un dĂ©rivĂ© infĂ©rentiel momentanĂ© de la comprĂ©hension. En second lieu, pour thĂ©matiser ces extensions il faut un instrument dâassimilation et de comparaison permettant de les considĂ©rer en tant que quantitĂ©s : on a vu (§ 4, second niveau) que cette condition Ă©tait remplie par le passage de la correspondance qualitative (= ressemblance entre les propriĂ©tĂ©s communes des objets) Ă une correspondance figurale ou optique, terme Ă terme, donc une correspondance prĂ©numĂ©rique (sans conservation) portant sur les objets individuels comme tels, ce qui permet lâĂ©valuation quantitative (en plus, Ă©gal ou moins) de leurs rĂ©unions en tant quâextension des classes. En troisiĂšme lieu cette mise en correspondance ne suffit pas, car Ă elle seule elle ne conduit quâĂ comparer des classes disjointes : il faut un effort supplĂ©mentaire pour parvenir Ă comprendre que la question dâinclusion est celle de la mise en relation dâune sous-classe A non pas avec une autre, mais bien avec la classe totale B ; or pour saisir ce problĂšme, en tant que tel et prĂ©alablement Ă la recherche de sa solution, il faut pousser lâanalyse jusquâĂ un degrĂ© dâabstraction consciente (donc rĂ©flĂ©chie en plus de rĂ©flĂ©chissante) permettant de distinguer les diverses questions et relations. En effet, nous avons vu au § 4 que cette capacitĂ© est acquise (3e niveau, cas de Pii, Des, Rog, etc.) sitĂŽt rĂ©solues les questions dâinclusion et cela montre que cette rĂ©ussite supposait bien une comprĂ©hension « rĂ©flĂ©chie » de la question comme telle.
Mais les trois nouveautĂ©s que nous venons de dĂ©crire ne portent encore que sur les conditions prĂ©liminaires de la solution du problĂšme de lâinclusion. La condition centrale est, comme nous y avons insistĂ© dĂšs lâĂ©poque lointaine oĂč nous avons abordĂ© cette question, que le tout B, une fois dissociĂ© en sous-classe A et Aâ de maniĂšre Ă permettre la comparaison demandĂ©e, ne cesse pas dâexister en tant que tout mais se conserve comme tel malgrĂ© son morcellement : dâoĂč A = AB = B â Aâ et Aâ = AâB â B â A. Or, cette conservation nâest pas du mĂȘme type que celle dâun ensemble dont on modifie la disposition des parties et oĂč il suffit de comprendre que ce qui est ajoutĂ© sur un point est enlevĂ© dâun autre. Elle suppose certes aussi une soustraction en tant quâopĂ©ration inverse (B â A = Aâ par rapport Ă A + Aâ = B), mais cette soustraction comporte des conditions plus profondes : une nĂ©gation partielle ou complĂ©mentaritĂ© sous B, telle que les Aâ soient compris comme les B non-A et les A comme les B non-Aâ. Or, nous savons aujourdâhui le caractĂšre tardif et les difficultĂ©s de la nĂ©gation, Ă tel point que les sujets prĂ©opĂ©ratoires, dominĂ©s par la prĂ©gnance des affirmations prĂ©fĂšrent, pour essayer de conserver le tout, admettre que, une fois dissociĂ© en A et Aâ, il sâidentifie au « reste » Aâ (les roses du § 1 deviennent « les fleurs ») ou parfois Ă la partie la plus nombreuse A (voir Bar au § 1).
Au total, la condition la plus importante du rĂ©glage des extensions et de la constitution de lâinclusion est que ce qui Ă©tait conçu comme simples « diffĂ©rences », entre les qualitĂ©s des objets en comprĂ©hension, soit promu au rang de nĂ©gations compensant exactement les caractĂšres positifs des objets et des classes. Or, cette nouveautĂ© nâa non plus rien dâune crĂ©ation ex nihilo : elle est abstraite en sa racine des diffĂ©rences ou oppositions qualitatives propres aux significations en comprĂ©hension et est solidaire de tout le processus dâensemble de mise en correspondance des comprĂ©hensions avec les extensions. En un mot lâabstraction rĂ©flĂ©chissante qui conduit de lâimplication signifiante Ă lâinclusion est certes source de constructions essentiellement nouvelles au sens de non prĂ©formĂ©es, mais ces nouveautĂ©s rĂ©sultent de la « rĂ©flexion » rĂ©organisatrice rendue nĂ©cessaire par le « rĂ©flĂ©chissement » des donnĂ©es dĂ©jĂ acquises au palier infĂ©rieur et quâil sâagit de reconstruire dans les termes nouveaux propres au palier supĂ©rieur.
3) Reste notre problĂšme central : la construction de lâimplication propositionnelle Ă partir de lâinclusion. Or, nous retrouvons, ce qui est instructif, les mĂȘmes processus en ce passage quâen celui conduisant des significations qualitatives aux inclusions.
Il y a dâabord un changement des niveaux dâactivitĂ© mentale obligeant le sujet Ă des transpositions ou « rĂ©flĂ©chissements ». Lâinclusion se construit au palier des « groupements » de classes et relations donc des opĂ©rations « concrĂštes » portant directement sur les objets. Lâimplication propositionnelle, comme les autres opĂ©rations de la logique des propositions (sous leurs formes « naturelles » aussi bien quâaxiomatisĂ©es), porte sur des Ă©noncĂ©s quelconques qui peuvent naturellement ĂȘtre Ă©galement concrets, mais peuvent aussi demeurer verbaux (comme en nos questions dâimplication) et qui, dans les deux cas, sont Ă considĂ©rer comme des hypothĂšses dont le contenu nâest pas mis en discussion et dont il sâagit s eulement, mais par la forme exclusivement, de tirer les consĂ©quences nĂ©cessaires. Or, certaines de ces formes interviennent naturellement dĂ©jĂ au niveau des opĂ©rations concrĂštes, mais en restant subordonnĂ©es aux considĂ©rations de contenu et limitĂ©es par elles : il sâagit donc, au niveau propositionnel, de les extraire des rĂ©actions prĂ©cĂ©dentes et de les transposer par « rĂ©flĂ©chissement » au plan des Ă©noncĂ©s hypothĂ©tiques tout en les gĂ©nĂ©ralisant par « rĂ©flexion » rĂ©organisatrice.
Cette transposition rĂ©flective engendre alors les quatre transformations suivantes, correspondant Ă celles que nous venons de dĂ©crire dans le passage des significations en comprĂ©hension aux extensions quantifiĂ©es et aux inclusions. La premiĂšre est une thĂ©matisation de la forme, dont les diverses liaisons deviennent des objets de pensĂ©e et non plus simplement des instruments de transformation. Cette thĂ©matisation est trĂšs visible en nâimporte quelle Ă©preuve de raisonnement formel : en dessous de 11-12 ans le sujet met sans cesse en discussion les hypothĂšses donnĂ©es au dĂ©part, et dans le cas des horloges il dira, par exemple, que les montres fabriquĂ©es en septembre ne sont peut-ĂȘtre pas toutes mauvaises parce quâon ne les aurait pas toutes examinĂ©es (« on ne peut pas les jeter avant de les regarder, peut-ĂȘtre quâil y en a de bonnes », Ray 8 ;6). Au niveau formel, au contraire, le sujet sâen tient Ă lâhypothĂšse proposĂ©e et se donne pour seule tĂąche Ă en analyser soigneusement la forme : « on a dit toutes celles de septembre », etc.
En second lieu, pour analyser les Ă©noncĂ©s verbaux par opposition Ă lâinspection simplement perceptive des objets concrets, il faut des instruments de comparaison jouant un rĂŽle analogue Ă ce quâĂ©taient les correspondances terme Ă terme succĂ©dant aux correspondances qualitatives lors de la formation de lâinclusion. Ces instruments nouveaux ont naturellement pour source ceux du niveau antĂ©rieur, câest-Ă -dire les quantificateurs « tous » « quelques », « un » et « autant », mais lorsquâils sont appliquĂ©s aux Ă©noncĂ©s verbaux et non plus directement aux objets, ils acquiĂšrent un rang supĂ©rieur de quantificateurs propositionnels dont lâemploi nâa rien dâimmĂ©diat et demande un long exercice : preuve en soit le fait trĂšs gĂ©nĂ©ral et citĂ© Ă plusieurs reprises au § 2 (voir tous les cas du niveau IIA et les hĂ©sitations instructives de Ala, Far et Dan au niveau IIB jusquâĂ 10-11 ans) selon lequel « toutes les montres de septembre sont mauvaises » signifie « toutes les mauvaises ont Ă©tĂ© fabriquĂ©es en septembre ». Les quantificateurs propositionnels sont donc psychologiquement bien diffĂ©rents des mĂȘmes quantificateurs appliquĂ©s aux objets prĂ©sents et supposent des mises en correspondances ou en non-correspondances entre termes individuels simplement Ă©voquĂ©s par dĂ©signations verbales ; dâoĂč lâinterprĂ©tation : les montres mal faites sont plus nombreuses que celles du mois de septembre, etc.
En troisiĂšme lieu cette thĂ©matisation des formes et ces mises en correspondances (ou non-correspondances) exigĂ©es par les quantificateurs propositionnels entraĂźnent une rĂ©flexion (conduisant jusquâaux abstractions « rĂ©flĂ©chies » et mĂȘme « mĂ©tarĂ©flexives » dĂ©crites au dernier niveau du § 4) assez systĂ©matique pour porter sur tous les emboĂźtements possibles, et non pas seulement sur ceux qui se construisent de pioche en proche au sein des « groupements » concrets : il en rĂ©sulte alors une construction de lâ« ensemble des parties », câest-Ă -dire dâune combinatoire reliant tous les termes en jeu dans les Ă©noncĂ©s.
Enfin, et cette quatriĂšme nouveautĂ© est aussi fondamentale dans le cas de lâimplication que dans celui de lâinclusion, les trois transformations prĂ©cĂ©dentes exigent comme condition de leur Ă©quilibration une refonte et une gĂ©nĂ©ralisation des nĂ©gations, complĂ©mentaires de toutes les affirmations en jeu et nĂ©cessaires Ă leur rĂ©glage par compensations systĂ©matiques. En particulier pour lâensemble des parties, Ă chaque combinaison dâentre elles correspond une partie nĂ©gative : en une table de quatre associations de base, a, [3, y et 8 (comme pq, pq, pq et pq), non-a = p y 3, non-a [3 = y 3, non-oc [3 y = 8, etc. (dâoĂč les 16 opĂ©rations binaires avec leurs nĂ©gatives). Il en rĂ©sulte, dans le cas de lâimplication que la nĂ©gation correspond Ă une complĂ©mentaritĂ© complĂšte et non pas Ă une complĂ©mentaritĂ© sous la classe la plus proche comme dans lâinclusion, oĂč, si A C B alors Aâ = B non-A. En effet, la nĂ©gation de p. q sous p D q est p. q vpq et non pas seulement pq, ce que le sujet Nov (§ 4) Ă 13 ;5 montre explicitement dans son schĂ©ma disjonctif (intersection) de lâimplication. Il rĂ©sulte en outre de cette gĂ©nĂ©ralisation de la nĂ©gation que les sujets du niveau oĂč ils dominent lâimplication comprennent Ă©galement la loi de dualitĂ© due Ă de Morgan, comme nous lâavons vu jadis avec B. Inhelder 7 : Si A est inclus dans B alors non-B lâest dans non-A (de mĂȘme pDq = q :)p = pqâipqVpq).
4) On voit ainsi que lâabstraction rĂ©flĂ©chissante aboutissant Ă lâimplication est source de nouveautĂ©s rĂ©elles non contenues dans les structures limitĂ©es dâinclusion propres aux « groupements » de classes, de mĂȘme que celles-ci sont plus riches que les implications signifiantes qualitatives dont elles sont tirĂ©es. Et cependant les Ă©lĂ©ments dont sont composĂ©es ces constructions nouvelles sont tous extraits de ces structures antĂ©rieures, mais sans que les structures supĂ©rieures soient pour autant prĂ©formĂ©es dans les prĂ©cĂ©dentes. Certes, il est facile de parler en de tels cas de synthĂšses ou combinaisons nouvelles Ă partir de composantes dĂ©jĂ connues. Mais une notion telle que lâabstraction rĂ©flĂ©chissante ne saurait avoir de valeur quâĂ la condition de substituer un modĂšle dĂ©taillĂ© Ă des formules aussi vagues. Nous nâen sommes pas lĂ , mais pouvons dĂ©jĂ faire quelques remarques.
La premiĂšre est que les relations entre le rĂ©flĂ©chissement et la rĂ©flexion doivent ĂȘtre conçues comme dâĂ©troite continuitĂ©, malgrĂ© leur distinction : en transposant une structure dâun plan infĂ©rieur Ă un plan supĂ©rieur, le rĂ©flĂ©chissement lui donne un nouveau contenu (donc crĂ©e un nouveau morphisme), ce qui revient dĂ©jĂ Ă le gĂ©nĂ©raliser quelque peu, tandis que le rĂŽle initial de la rĂ©flexion nâest que de la reconstruire ou reconstituer sur un nouveau plan, ce qui revient Ă prolonger le rĂ©flĂ©chissement.
Or, le propre des gĂ©nĂ©ralisations dues Ă lâabstraction rĂ©flĂ©chissante â et câest en cela que se situe son problĂšme â est que les formes gĂ©nĂ©rales ainsi construites sont plus riches que les particuliĂšres, tandis que le gĂ©nĂ©ral obtenu par abstraction empirique est plus pauvre en comprĂ©hension que le particulier, puisque portant sur un contenu de plus large extension et par consĂ©quent sur des propriĂ©tĂ©s communes plus restreintes.
Mais la raison en est sans doute simplement que la rĂ©flexion rĂ©organisatrice devant prolonger le rĂ©flĂ©chissement, elle doit englober le contenu et la forme de niveau antĂ©rieur dans le nouveau contenu Ă©largi sur le plan supĂ©rieur et dans la nouvelle forme quâil sâagit de lui adapter : pour reconstituer les anciennes formes sur le nouveau palier, il est donc nĂ©cessaire de construire une forme de formes, ce qui constitue le principe de ces enrichissements (et ce qui est si visible dans le dĂ©veloppement historique des structures logico-mathĂ©matiques).
Le propre de lâabstraction rĂ©flĂ©chissante est donc de conduire nĂ©cessairement Ă la construction dâopĂ©rations sur des opĂ©rations, mais avec cette particularitĂ© que les nouvelles venues ne sont pas quelconques mais prolongent les prĂ©cĂ©dentes dâune maniĂšre diffĂ©renciĂ©e. Dâun tel point de vue les quatre sortes de nouveautĂ©s signalĂ©es dans le passage des significations qualitatives aux inclusions en extension, puis de celles-ci aux implications propositionnelles peuvent sâinterprĂ©ter comme suit :
1) La thĂ©matisation des liaisons antĂ©rieures qui, dâinstruments inconscients et transformations, deviennent objets de pensĂ©e, tient Ă la sommation itĂ©rative des actes de rĂ©flexion, qui de rĂ©flĂ©chissants sont ensuite promus au rang des rĂ©flĂ©chis puis mĂ©tarĂ©flexifs Ă des degrĂ©s divers.
2) Lâemploi gĂ©nĂ©ralisĂ© des correspondances (ou non-correspondances) terme Ă terme nâest dĂ» quâĂ un passage de la correspondance qualifiĂ©e Ă la correspondance en extension, puis de celle-ci sous sa forme concrĂšte Ă ses formes verbales (simples Ă©noncĂ©s en termes de quantificateurs propositionnels).
3) Lâensemble des parties est la forme finale de lâanalyse des liaisons propres dâabord Ă toute classification puis Ă la « classification de toutes les classifications » possibles pour un contenu donnĂ© (donc, ici avec passage Ă la seconde puissance).
4) La généralisation des négations est la résultante, en termes complémentaires, des liaisons additives en jeu dans le processus précédent (sous 3).
Au total les opĂ©rations nouvelles dont la construction est provoquĂ©e par lâabstraction rĂ©flĂ©chissante ne sont pas le produit dâun appel Ă lâextĂ©rieur, mais constituent en chaque cas le prolongement de ce qui est abstrait du niveau antĂ©rieur.