Chapitre VII.
Des formes concrĂštes du groupe de Klein au groupe INRCÂ 1
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§ 1. Position du problÚme
Le groupe de Klein est un groupe commutatif de quatre transformations Tl Ă T4, telles que la composition de deux des opĂ©rations T2 Ă T4 donne la troisiĂšme et que leur ensemble T2 Ă T4 redonne lâidentique Tl. Sous cette forme trĂšs gĂ©nĂ©rale on retrouve le groupe de Klein dans tous les domaines. Il suffit de considĂ©rer deux caractĂšres A et B et, en une matrice multiplicative de classes, les quatre associations possibles A.B, A.(non-B), (non-A).B et ni A ni B, pour que le passage de lâune Ă lâautre constitue un groupe de Klein. De mĂȘme la rotation de 180° dâune figure asymĂ©trique sur le plan horizontal et sa rotation de 180° dans le plan vertical (donc en deux permutations avant- arriĂšre et dessus-dessous chacune Ă part ou les deux rĂ©unies) donnent un groupe de Klein, ces deux sortes de rotations, sĂ©parĂ©es ou conjointes, revenant Ă nier A ou B et les doubles nĂ©gations ramenant Ă AB.
Le groupe INRC constitue par contre un cas particulier du groupe de Klein et de caractĂšres bien dĂ©limitĂ©s, ne se prĂ©sentant que dans les structures dâ« ensembles de parties » (simplexes) et spĂ©cialement sur le terrain des opĂ©rations de la logique des propositions. Soit une opĂ©ration propositionnelle bivalente telle que p V q. On peut dâabord introduire sa nĂ©gation N, qui est sa complĂ©mentaire par rapport Ă la « tautologie » (p. q) âšÂ (p non-ç) V (non-p et q) âšÂ (ni p ni q), qui correspond aux quatre couples AB, A non-B, etc., dâune matrice multiplicative de classes. Mais, en opposition avec le simple passage de lâun de ces couples Ă un autre, la nĂ©gation N en jeu dans les opĂ©rations propositionnelles comporte une complĂ©mentaritĂ© entre 1 couple {p. q, etc.) et les 3 autres, entre 2 couples et les 2 autres, entre 3 couples et le quatriĂšme ou entre les 4 couples et 0, soit 16 nĂ©gations possibles, selon les 16 combinaisons 3 auxquelles donnent lieu p et q ainsi que leurs nĂ©gations non-p et non-q.
Dans le cas particulier de p âšÂ q sa nĂ©gation N est « ni p ni q », ce qui rappelle « ni A ni B » ; mais, dans le cas de p = q, sa nĂ©gation nâest pas « non-p = non-g » (qui fait partie de la « forme normale » de p = q) mais « (p et non-q) V {non-p et q) », câest-Ă -dire lâexclusion rĂ©ciproque W. La nĂ©gation N est donc celle de lâopĂ©ration comme telle et non pas celle des termes quâelle relie. Quant Ă la rĂ©ciproque R, elle constitue au contraire la nĂ©gation des termes eux-mĂȘmes p et q, lâopĂ©ration qui les relie demeurant inchangĂ©e, mĂȘme si on la dĂ©signe par un autre symbole. Dans le cas particulier R {p V q) = p V q (ce qui Ă©quivaut Ă p | q) ; de mĂȘme R {p D q) = p D q (ce qui Ă©quivaut Ă q D p) ; R {p. q) = q.p ; etc. En troisiĂšme lieu, la corrĂ©lative C se dĂ©finit, indĂ©pendamment (et ceci est essentiel) de N et de R, par la permutation des (v) et des (a) ou (.) dans la forme normale de lâopĂ©ration de dĂ©part. Dans le cas de p âšÂ q, dont la forme normale est  âšÂ [(non-p). ç] V la corrĂ©lative est donc : [(p âšÂ ç]. [(non-p) V ç]. [p V (non-g)], ce qui donne C = p. q. Dans le cas de p D q la mĂȘme permutation en {p. q) V {non-p. q) âšÂ {ni p ni q) donne C = {non-p).q, etc. LâintĂ©rĂȘt est alors que ces trois dĂ©finitions indĂ©pendantes de N, R et C conduisent nĂ©anmoins Ă vĂ©rifier R. N = C ; R. C = N) ; C.N = R et N.R. C. = I (identique). Du point de vue formel le groupe INRC est donc plus complexe que les formes Ă©lĂ©mentaires du groupe de Klein : le passage de A. B Ă ni A ni B nâest en particulier quâune rĂ©ciprocitĂ© R si lâon sâen tient Ă nos dĂ©finitions, et celui de A. B Ă non-A. B nâest quâune rĂ©ciprocitĂ© partielle (complĂ©tĂ©e par A.non-B).
Du point de vue psychologique le contraste est encore plus net, car, mĂȘme appliquĂ© Ă des propositions dĂ©crivant des actions matĂ©rielles, le groupe INRC suppose une abstraction rĂ©flĂ©chissante et une gĂ©nĂ©ralisation non encore accessibles au niveau des opĂ©rations concrĂštes et consistant Ă diffĂ©rencier pour les coordonner une inversion N portant sur lâopĂ©ration comme telle et une rĂ©ciprocitĂ© R portant sur la nĂ©gation des termes. Par exemple dans un problĂšme dâaction et de rĂ©action, lâune des transformations (quâon lâappelle N ou R) consiste Ă modifier la quantitĂ© dâaction (ou de rĂ©action), tandis que lâautre consiste Ă opposer Ă lâaction une rĂ©action de sens contraire qui la compense et annule donc son effet, mais sans la modifier en elle-mĂȘme. Dans les problĂšmes de deux systĂšmes de coordonnĂ©es (un escargot sur une planchette que lâon peut dĂ©placer en sens contraire de celui de lâanimal), lâune des transformations (N) revient Ă inverser la direction de la marche de lâescargot (ou de la planche), tandis que lâautre (R) revient Ă compenser cette marche par un dĂ©placement contraire de la planchette. Au contraire, dans le cas des structures Ă©lĂ©mentaires du groupe de Klein, il nây a rien de pareil et il serait arbitraire de distinguer N et R puisque les 4 transformations sont homogĂšnes et ne reviennent quâĂ des nĂ©gations de termes : aussi bien le passage de A.B Ă (non A).B, etc., est-il compris dĂšs que le sujet devient capable de construire lui-mĂȘme une matrice Ă 4 casiers, câest-Ă -dire dĂšs le niveau IIA Ă 7-8 ans.
Il nâen est alors que plus intĂ©ressant, du point de vue de lâabstraction rĂ©flĂ©chissante et de la gĂ©nĂ©ralisation de se demander en quoi lâacquisition de ces groupes Ă©lĂ©mentaires de quater- nalitĂ©, dont il reste dâailleurs Ă expliquer la genĂšse en tant que groupes, prĂ©pare la formation du groupe INRC. En effet, le problĂšme central, en ce qui concerne ce dernier, est que, tout en portant sur des opĂ©rations propositionnelles, les transformations N.R.C. et I ne font pas elles-mĂȘmes partie de ces foncteurs (v ; . ; D, etc.), mais transforment les opĂ©rations les unes dans les autres, ce qui est tout diffĂ©rent : ce sont donc des opĂ©rations de puissance supĂ©rieure, ou « opĂ©rations sur des opĂ©rations » et leur genĂšse pose donc un problĂšme. Au contraire, dans le cas du groupe de Klein qui permet de passer de A. B Ă A. non-B ou Ă ni A ni B, les opĂ©rations permettant ces passages ne diffĂšrent pas sensiblement de celles qui interviennent dans la construction de la matrice de classes Ă 4 casiers AB, A non-B, etc. NĂ©anmoins, il reste intĂ©ressant dâanalyser la maniĂšre dont le sujet va coordonner deux ou trois passages et ces coordinations peuvent prĂ©parer les transformations plus fortes propres au groupe INRC. Mais il est Ă noter soigneusement que ces compositions entre deux couples (par exemple AB et A non-B, etc.) ou davantage ne correspondent alors quâaux opĂ©rations propositionnelles (p âšÂ q, etc.) et non pas aux opĂ©rateurs N, R ou C portant sur ces opĂ©rations et qui sont ainsi dâun type supĂ©rieur. En outre, une diffĂ©rence subsiste entre la combinatoire propositionnelle et celle (toujours possible) des classes : câest que chacune des 16 opĂ©rations propositionnelles prĂ©sente un sens spĂ©cifique et bien distinct (implication, disjonction, Ă©quivalence, incompatibilitĂ©, etc.), tandis que dans le cas des couples de classes ou des rotations, etc., leur coordination en ensembles de 2 ou 3 couples ou rotations successives ne comportera quâun faible degrĂ© de complexitĂ© supĂ©rieure, les diffĂ©rences qui les sĂ©parent restant analogues Ă celles qui opposent lâun des couples Ă un autre ou une rotation Ă une autre. Quant Ă soumettre ces ensembles eux-mĂȘmes (de 2, 3 ou 4 couples) Ă des transformations isomorphes Ă N, R, C ou I, on le pourra naturellement aussi, mais psychologiquement parlant ce sera seulement au plan de la pensĂ©e rĂ©flexive, câest-Ă - dire moyennant une traduction en transformations propositionnelles, qui rejoignent alors (mais alors seulement) le groupe INRC.
I I LES ROTATIONS DE 180°
Nous commençons par ce problĂšme des rotations, parce que sa solution donne lieu aux niveaux les mieux diffĂ©renciĂ©s et, dâautre part, pour rĂ©server Ă la section II les questions de comparaisons entre diverses situations dont les unes comportent une structure de groupe et les autres pas.
La technique a consistĂ© Ă prĂ©senter aux sujets un grand garage muni en sa partie centrale de trois boxes parallĂšles ouverts du mĂȘme cĂŽtĂ© et entourĂ©s de suffisamment dâespace pour que les camions puissent circuler librement. A lâentrĂ©e du garage on place un petit camion chargĂ© dâun paquet rectangulaire de « briques » rouges ou blanches, attachĂ©es en un tout, et tel que lâon puisse distinguer facilement (grĂące Ă la disposition des couleurs) lâavant et lâarriĂšre du paquet ainsi que les dessus et dessous. Le camion doit entrer dans les boxes (toujours en marche arriĂšre) et dĂ©charger son paquet sur un autre camion qui lâattend et est vide. Dans le box ou garage n° 1 le premier camion dĂ©charge son paquet sur le second par un glissement, mais comme le second camion est en situation opposĂ©e lâavant du paquet devient lâarriĂšre sur cet autre camion, ce qui Ă©quivaut Ă une rotation de 180° sur le plan horizontal. Dans le box n° 2 les camions sont placĂ©s de façon telle que pour passer le paquet de lâun Ă lâautre il faut le retourner (rotation de 180° en vertical). Enfin, dans le garage n° 3, le transfert du paquet exige une double rotation avant-arriĂšre et dessus-dessous. Pour concrĂ©tiser les questions posĂ©es, on place Ă lâentrĂ©e du grand garage un camion tĂ©moin portant un paquet de briques dans lâĂ©tat oĂč lâon veut quâil soit Ă la sortie du camion principal, lequel entre avec un paquet en situation de dĂ©part.
Les questions portent dâabord sur des opĂ©rations nâimpliquant lâutilisation que dâun seul garage (un box). Mais ensuite on dit quâil est fermĂ© et il sâagit alors de parvenir au mĂȘme rĂ©sultat en passant par deux garages successifs.
Dans la suite on demande en outre dâobtenir un Ă©tat final identique Ă lâĂ©tat initial, ce qui revient Ă combiner les opĂ©rations 1 + 2 + 3 et lâon fait prĂ©ciser si cet ordre est nĂ©cessaire (alors que le groupe en jeu est commutatif). Enfin, on introduit un autre paquet de briques (n° II) de mĂȘmes dimensions, mais de couleurs autrement rĂ©parties, pour tester la gĂ©nĂ©ralisation des procĂ©dĂ©s utilisĂ©s avec le paquet I.
Nous dĂ©signerons les garages par les nos 1, 2 ou 3 et les opĂ©rations correspondant par A, B et C, lâopĂ©ration identique Ă©tant appelĂ©e D.
§ 2. Le stade I
Un premier stade (5-6 ans) est caractĂ©risĂ© par lâĂ©chec aux tĂąches proposĂ©es, faute de diffĂ©renciation entre les trois sortes de rotations et par lâincomprĂ©hension de toute composition entre les opĂ©rations :
Xav (5 ;1). On demande lâopĂ©ration C (par prĂ©sentation de la situation initiale des briques dans le camion dâentrĂ©e et de la situation finale dans le camion de sortie, qui est juste en dessous) : « Je vais en 1 (il essaie). Non. â Tu vas oĂč ? â Sais pas. â Dans un autre garage 1 â Oui, peut-ĂȘtre (il essaie en 2). Non. â Alors oĂč ? â En 3 (il ne reste que celui-lĂ ). Oui, ça va. â Et maintenant si 3 est fermé ? â Alors on peut pas. â Essaie avec les autres. â Ăa nâira pas. â Essaie. â (Il reprend 1 seul et 2 seul.) â Mais quoi faire dâautre ? â ⊠â Et comme ça (1 et 2) ? â ⊠â (On le fait.) â Oui. â Jâai fait quoi ? Vous ĂȘtes allĂ© en 1 et en 2. â Câest comme si jâavais fait quoi ? â ⊠â 1 et 2 câest comme 3 ? â âŠÂ » Dâautres essais ne donnent rien de plus. LâopĂ©ration D identique est naturellement Ă©chouĂ©e et lorsquâon montre 1, 2 et 3 = 4 il ne sait pas pourquoi. Avec le second paquet de briques (II) il ne « croit pas » quâon puisse refaire les mĂȘmes opĂ©rations et lorsquâon en demande une et quâil Ă©choue il juge inutile dâessayer avec les autres garages : « Non, ce nâest pas la peine. »
Yve (5 ;11), de mĂȘme, juge quâil « nâest pas possible » dâobtenir une transformation au moyen de deux autres et que ce nâest pas non plus possible de rĂ©pĂ©ter ce quâil a fait en utilisant le matĂ©riel II « parce que ce nâest pas pareil ».
Bien que les sujets de cet Ăąge sachent naturellement retourner un objet et mĂȘme dans les deux sens lorsquâil le faut (avant-arriĂšre et dessus-dessous, par exemple un pull-over), ils ne tirent donc de leurs coordinations dâactions aucune abstraction suffisante pour diffĂ©rencier les mouvements demandĂ©s et encore moins pour comprendre la composition de deux dâentre eux. Mais le plus frappant est quâaprĂšs avoir vu de quoi il sâagissait ils ne croient pas possible de refaire les mĂȘmes rotations avec un autre paquet de briques, semblable en tout au premier sauf la disposition des surfaces blanches ou rouges.
§ 3. Le niveau IIA
Durant ce sous-stade les opĂ©rations A Ă C sont rĂ©ussies par tĂątonnements plus ou moins longs et le sujet admet naturellement quâelles pourraient ĂȘtre reproduites avec le matĂ©riel II, mais il ne parvient pas de lui- mĂȘme Ă effectuer les compositions et ne les comprend pas toujours une fois suggĂ©rĂ©es :
Den (7 ;6) ne rĂ©ussit les rotations simples quâaprĂšs tĂątonnements. Parvenue en 2 pour B, on lui demande : « Mais si 2 est fermé ? â On va lĂ (3). â (Essai.) â Non. â  Alors ? â LĂ (1). » Pour A avec 1 fermĂ© elle propose 2 Ă la place. Lorsquâon suggĂšre 2 + 3 elle ne trouve pas dâautre explication que « On va en 2 et en 3 ». Contrairement Ă la comprĂ©hension, habituelle Ă ce niveau, de la nĂ©gation dâune nĂ©gation elle ne prĂ©voit pas le rĂ©sultat de 2 opĂ©rations identiques dans le mĂȘme garage et encore moins lâopĂ©ration identique pour 1, 2 et 3 : « Ah ! (devant le fait) ça fait la mĂȘme chose ! â Pourquoi ? â Je ne sais pas. »
Pau (7 ;8) aprĂšs les mĂȘmes tĂątonnements arrive Ă 2 pour B. « Et si 2 est fermé ? â On peut aller en 3. (Elle constate lâĂ©chec.) â Que faire ? â Aller en 1. Avec les briques comme au dĂ©part (avant 3) ou comme ça (telles quâen 3) ? â Les briques comme au dĂ©part. â Alors on a ça (on montre) ? â Non, alors comme en sortant de 3 (elle va en 1). â Ăa va ? â Oui. â Maintenant pour arriver à ça (D = identique) ? â Il faut aller en 1 (essai). â Et aprĂšs ? â En 2 (essai). â Et aprĂšs encore quelque part ? â Oui en 1 (essai). La mĂȘme chose (quâavant) ! â Alors oĂč aller ? â En 3 (rĂ©ussite). â Alors on a fait 1 + 2 3. On peut faire 3 -|- 2 + 1 ? â Non, parce quâen 3 on tourne et en 2 aussi et en 1 câest la mĂȘme chose. »
Val (8 ;4) ne prĂ©voit pas mieux les rotations : pour A en 1 : « On va dans 2 ou 3. â Tu commences par oĂč ? â Celui-lĂ (2). Non câest du mĂȘme cĂŽtĂ©. â Alors on va oĂč ? â En 1. â Ăa ira ? â Sais pas (essai). Oui ça va. » Etc. Pour C elle essaie en 2 puis trouve 3. « Et si 3 est fermé ? â Peut-ĂȘtre en 2 (le fait). â Ăa va ? â Non. â Alors ? â (Elle va de lĂ en 3 mais Ă titre dâessai) Oui. » AprĂšs un nouvel A en 1 : « Et si 1 est fermé ? â Il faut aller en 3 (Ă©chec). Alors on va aller en 2 (y va depuis 3). Oui, ça va. â Pourquoi ? â Parce quâon a Ă©tĂ© en 2 et quâon a tournĂ© les briques (juste). â On peut dire quâaller en 1 câest comme dâaller en 2 et en 3 ? â Oui, parce que le garage 3 est plus large que le 1. â Et maintenant pour ça (D = identique) ? â On peut aller en 1. En 2 on ne peut pas parce que ça le retournerait. En 3 ça va. â Donc en 1 et en 3 ? â Oui, mais je ne suis pas sĂ»re. Le mieux serait 1 seulement (essai). Ăa ne va pas. (Elle va en 3.) Câest retournĂ©. » On essaie 14-2 + 3. « Ăa va ? â Oui, il y en a deux qui Ă©taient faux : 1 et 2. »
Kel (8 ;7) trouve 3 pour C. « Et si 3 est fermé ? â En 1 (Essai). Non, ça ne va pas. Ici (2 : Essai). Ăa ne va pas non plus. » On suggĂšre alors en dictant presque la rĂ©ponse (puisque si 3 est fermĂ© il ne reste que 1 et 2) : « Tu peux aller dans deux garages Ă la suite. â ⊠â Regarde (on le met en 1). OĂč aller aprĂšs ? â (Il le ressort de 1 pour le mettre en 2) Ăa ne va pas (il hĂ©site puis va en 1 Ă partir de 2). Ah ! Ăa va. » On passe Ă lâautre matĂ©riel : « (A en C) Mais 3 est fermé ? â (Il essaie empiriquement 2 puis de lĂ en 1) Ăa va. â Et si on passe de 1 Ă 2 ? â Oui⊠non (il essaie). Oui câest la mĂȘme chose. â On a ça (I position 1). Retrouve la mĂȘme chose en passant par 1, 2 ou 3 garages. â (Va en 3). â Ăa ne va pas. (En 2) Ăa ne va pas. (En 1) Ăa ne va pas. â Bon, on recommence tout (geste de rĂ©unir). â (Il fait 1, 2 et 3) Ăa va. â Et 3, 2, 1 ? â Non. »
On voit que ces sujets parviennent plus ou moins rapidement Ă trouver lâune des trois rotations en correspondance avec lâun des garages, ce qui, du point de vue propositionnel, Ă©quivaudrait Ă une proposition isolĂ©e, p, q ou r. Par contre, ils nâarrivent pas Ă coordonner deux rotations et encore moins trois, ce qui Ă©quivaudrait aux conjonctions propositionnelles p. q, etc., ou plutĂŽt (non-p). (non-q) puisque les rotations de 180° sont des inversions. On constate, en effet, que, lors de la fermeture dâun garage, lâenfant commence toujours par recourir Ă un seul autre, dont il sait pourtant par ce qui prĂ©cĂšde quâil donne lieu Ă une opĂ©ration diffĂ©rente. MĂȘme lâinversion de lâinversion (non-p). (non-p) = p nâest pas rĂ©ussie dans le cas des rotations et encore moins le retour Ă lâidentique par rĂ©union des opĂ©rations ABC. Quant aux explications que donne le sujet aprĂšs suggestion et rĂ©ussite empirique, elles restent trĂšs incomplĂštes et Val qui sâen rapproche le plus (« on a Ă©tĂ© en 2 et on a tourné ») ne fait allusion, pour expliquer que B. C = A (2 et 3 redonnent 1), quâĂ la largeur du garage 3 (permettant la double inversion C).
§ 4. Les niveaux IIB et III
Vers 9-10 ans, avec quelques cas de 8 ans, on trouve en revanche des solutions immĂ©diates dâopĂ©rations isolĂ©es et des compositions spontanĂ©es de deux ou mĂȘme trois opĂ©rations mais avec tĂątonnements, ou encore aprĂšs suggestions mais en ce cas avec gĂ©nĂ©ralisations dans la suite. Voici dâabord un cas intermĂ©diaire entre les niveaux IIA et IIB :
Jos (8 ;6) rĂ©ussit dâemblĂ©e les opĂ©rations A (1) avec les deux matĂ©riels et, pour lâopĂ©ration C, il a de lui-mĂȘme lâidĂ©e de lâobtenir par composition, puisquâil sâagit dâune rotation double : « Il faut aller en 2 et 3 » mais comme on voit il se trompe (il aurait fallu 1 et 2) et trouve que 3 suffit. Mais chose curieuse lorsquâon ferme 3, il croit alors quâ« on ne peut pas » et il faut alors lui rappeler : « Et si on va dans les autres garages ? â Oui, en 1 et aprĂšs⊠en 2 (essai). Oui câest juste. » Mais pour obtenir A avec 1 fermĂ© il ne gĂ©nĂ©ralise pas encore : « Il faut aller en 2 et faire double tour (donc lâinversion de lâinversion : il essaie). Ah ! Ăa ne change rien. » Par contre aprĂšs rĂ©ussite il gĂ©nĂ©ralise ensuite et pour II (identique) il dit dâemblĂ©e : « Il faut aller en 1 puis en 2 puis en 3 : comme ça (le montre). »
Et maintenant des exemples du niveau IIBÂ :
Car (10 ;2) rĂ©ussit dâemblĂ©e C puis A. « Et si 1 est fermé ? â On ne peut pas. â Il nây a pas de moyens ? â Si on fait comme avant on ne peut pas. â Et avec 2 garages ? â ⊠â Et si jâentre en 2 puis je sors et je vais en 3 ? â Ah oui. â Maintenant ça (D, identique) ? â (Sans hĂ©siter Car fait 1 -|- 2 -|- 3.) VoilĂ , câest juste. â Comment tu sais que câest juste ? â Je ne sais pas : câest comme ça. » Mais Car en admettant quâon peut faire les mĂȘmes opĂ©rations avec le matĂ©riel II ajoute : « Si on peut savoir comment est lâendroit et lâenvers et savoir ce quâil y a Ă gauche et Ă droite, ça va. »
Fra (10 ;3) est en progrĂšs sur Car et annonce finalement le stade III : aprĂšs les rĂ©ussites immĂ©diates dâopĂ©rations simples, il demande pour D : « On peut passer par plusieurs garages ? â Oui. Alors ? â Aller en 2 puis en 3. » Il rĂ©flĂ©chit un moment puis ajoute 1, mais ne croit pas quâon puisse changer lâordre. Avec le second matĂ©riel il gĂ©nĂ©ralise et pour 3 fermé = 1 + 2 il explique : « En 1 jâai interverti le sens du paquet et en 2 jâai retourné : câest comme de retourner les briques en 3. »
Quant au stade III, les sujets trouvent toutes les compositions de 2 ou 3 opĂ©rations, admettent sans essai quâelles sont commutatives et donnent lâexplication de ce quâils ont fait, Ă la maniĂšre de Fra lorsquâil atteint ce dernier niveau :
Bar (12 ;3) pour 3 fermĂ© ne demande rien et effectue dâemblĂ©e 2 + 1. « On pourrait faire 1 + 2 ? â Oui. » Pour 1 fermĂ© il rĂ©flĂ©chit un instant et fait 2 + 3. De mĂȘme pour D il comprend aussitĂŽt 1 + 2 + 3. « Et 3 + 2 + 1 ? â Oui, on a vu que câĂ©tait la mĂȘme chose. » Avec le matĂ©riel II mĂȘmes rĂ©ussites et quand on demande lâexplication del + 2 + 3= Dil dĂ©crit les opĂ©rations en les dĂ©taillant avec des gestes : « Jâai retournĂ© comme çaâŠÂ », etc.
Ainsi sâachĂšve ce dĂ©veloppement au niveau oĂč se constitue le groupe INRC. Il nous reste alors Ă prĂ©ciser les rapports entre ces deux sortes de structures.
§ 5. Conclusions
Les quatre situations A, B, C, D correspondant aux garages 1, 2, 3 et au retour Ă lâĂ©tat initial signifient A = une rotation horizontale mais sans rotation verticale (donc « a non-p » oĂč a et p pourraient ĂȘtre des classes ou des propositions) ; B = une rotation verticale sans rotation horizontale (donc « non-a. et p » ; C = les deux rotations Ă la fois (donc « a et p ») et D = aucune rotation = lâĂ©tat de dĂ©part ou le retour Ă ce point (donc « ni a ni p »). Comme les rotations de 180° constituent des inversions, les quatre associations de base en question peuvent donc ĂȘtre formulĂ©es en termes de classes dâinversions ou de propositions qui les expriment (pq, p non-q, etc.). Nous nous bornerons Ă les Ă©crire comme suit, le symbole â signifiant une inversion (de 180°) et le symbole 0 = pas dâinversion :
D = 00 ; A (1) = 0 â ; B (2) = â 0 ; C (3) = .
Les compositions de deux ou trois de ces couples (de classes ou de propositions), atteintes de façon immédiate au stade III, sont alors :
1 + 2 = 3 parce que (0 â ) 4- (â 0) â ( )
14-3 = 2 parce que (0 â ) 4* ( ) â (â 0).
En effet (â ) X (â ) = 4" mais 4~ signifie le retour Ă lâĂ©tat initial, donc « pas dâinversion », ce que nous Ă©crivons « 0 ».
2 4-3 = 1 parce que (â 0) 4- ( ) = (0 â )
1 4- 2 4- 3Â =Â D
parce que (0 â ) 4- (â 0) 4" ( ) = (00).
On voit alors que ces compositions constituent bien un groupe de quaternalitĂ© ou de Klein. Mais chacune dâentre elles revient simplement Ă relier 2 ou 3 couples, câest-Ă -dire Ă construire les isomorphes de ce que seraient des opĂ©rations propositionnelles telles que (« p. q ou p. non-q »), ou encore (« p. non-q ou ni p ni q »), etc. Par contre, en ces cas il nâintervient pas de transformations de « type » plus Ă©levĂ© portant sur de telles opĂ©rations composĂ©es, autrement dit on ne trouve pas lĂ lâĂ©quivalent des opĂ©rateurs de puissance supĂ©rieure N, R, C et I.
En revanche, il serait facile de tirer des mĂȘmes quatre associations de base (00), (0 â ), (â 0) et ( ) des groupes
INRC en se fondant sur les 16 combinaisons possibles de leur « ensemble de parties ». Donnons-en un exemple en partant de la conjonction ( ) qui signifie donc « les deux rotations à la
fois ». En ce cas, la nĂ©gation N reviendrait Ă (0 â ) âšÂ (â 0) V (00), câest-Ă -dire « lâune sans lâautre ou ni lâune ni lâautre »), donc lâincompatibilitĂ©. La rĂ©ciproque R serait par contre constituĂ©e par (00), câest-Ă -dire la nĂ©gation conjointe « ni lâune ni lâautre ». Enfin la corrĂ©lative C ou nĂ©gation de la rĂ©ciproque serait « ( ) âšÂ (0 â ) V (â 0), donc la disjonction. On a bien
alors le groupe INRC, soit NR = C, CR = N, NC = R et NRC = I. Remarquons en outre que dans cet exemple possible la nĂ©gation N ou incompatibilitĂ© est bien une nĂ©gation de lâopĂ©ration comme telle (conjonction) tandis que la rĂ©ciproque R est celle de ses termes (« ni lâun ni lâautre »). De mĂȘme on pourrait combiner les quatre associations de base en autres quaternes isomorphes Ă des implications, Ă©quivalences, etc., mais cela toujours en considĂ©rant lâ« ensemble des parties » et non pas les compositions Ă©lĂ©mentaires qui ont Ă©tĂ© demandĂ©es et qui nâĂ©quivalent quâĂ des opĂ©rations propositionnelles sans leurs transformations selon N, R et C.
Mais, du point de vue psychologique, il est clair que quand lâenfant du stade III devient capable de dĂ©crire le dĂ©tail des rotations et de leurs compositions par couples ou triplets, il pourra tout aussi bien distinguer les transformations N, R et C. Il dira, par exemple, pour N : « Quand je ne fais pas les deux rotations Ă la fois, câest que je fais seulement lâune sans lâautre ou ni lâune ni lâautre. » Et pour R : « Le contraire des deux rotations, câest ni lâune ni lâautre. » Et pour C : « Si je ne fais pas ni lâune ni lâautre je fais les deux ou lâune sans lâautre  » 4, etc. Il semble donc Ă peu prĂšs Ă©vident que les abstractions rĂ©flĂ©chissantes et les gĂ©nĂ©ralisations que comporte le maniement du groupe INRC, câest-Ă -dire (il importe de le prĂ©ciser ici comme nous lâavons toujours fait) son utilisation dans la solution des problĂšmes (actions et rĂ©actions, etc.) et non pas sa prise de conscience ou abstraction rĂ©flexive en tant que structure, sont prĂ©parĂ©es par les abstractions successives auxquelles donnent lieu les formes Ă©lĂ©mentaires du groupe de Klein. En effet, câest grĂące Ă ces derniĂšres que le sujet apprend Ă manipuler les quatre associations de base (a et p, a et non-p, non -a et p, ni a ni p) et Ă les rĂ©unir deux par deux ou par trois, ce qui Ă©quivaut Ă la constitution des opĂ©rations propositionnelles. Il suffit alors dâune gĂ©nĂ©ralisation de cette combinatoire naissante pour dominer (mais, rĂ©pĂ©tons-le, dans le dĂ©tail des raisonnements particuliers et non pas sous une forme rĂ©flexive) lâ« ensemble des parties » et parvenir ainsi au groupe INRC.
III LES SYSTĂMES DE QUATRE OBJETS OU CLASSES
Venons-en Ă la forme sans doute la plus Ă©lĂ©mentaire du groupe de Klein, câest-Ă -dire au passage dâun casier Ă lâautre dâune matrice multiplicative (A et B) (A non-B) (Non-B et A) (ni A ni B) oĂč A et B ne sont que des objets ou classes (avec leurs qualitĂ©s), sans autre transformation que de les introduire ou de les enlever (ou encore dâouvrir et de fermer, dans le cas dâune porte).
Le premier dispositif consiste en un port Ă 4 bassins : le premier 1 oĂč il nây a rien ; le n° 2 oĂč un bateau rouge charge ou dĂ©charge des cailloux blancs (ou du sucre) ; le n° 3 oĂč un bateau jaune charge ou dĂ©charge des cailloux noirs (ou du charbon) ; et le n° 4 oĂč se trouvent les deux sortes de cailloux et oĂč les deux bateaux chargent ou dĂ©chargent en mĂȘme temps. Les deux bateaux entrent toujours ensemble dans le port et on pose des questions du type : « Le jaune est plein et le rouge est vide. On veut quâĂ la sortie ils soient tous les deux pleins. Que faire ? » On demande aussi au sujet comment procĂ©der de diffĂ©rentes maniĂšres, par exemple si un des bassins est fermĂ©. On lâinterroge ensuite sur lâordre, pour voir sâil le juge inopĂ©rant, puis sur lâopĂ©ration identique (sortie dans le mĂȘme Ă©tat quâĂ lâentrĂ©e mais aprĂšs transformations) et sur lâinvolution (deux opĂ©rations sâinversant).
Les opĂ©rations prĂ©cĂ©dentes prĂ©sentent une structure de groupe. On utilise ensuite, pour comparaison par lâenfant une Ă©preuve qui en est dĂ©nuĂ©e : un couloir donne sur 4 compartiments ou « caves », lâun contenant de la farine blanche, un autre du charbon, un troisiĂšme de lâeau et un quatriĂšme rien : on y introduit un chat blanc et un chat noir qui peuvent alors changer de couleur. On pose des questions analogues Ă celles des bateaux mais on demande surtout au sujet de comparer les deux situations et dâindiquer les ressemblances et diffĂ©rences.
Or, il existe une diffĂ©rence essentielle : les chats devant toujours marcher ensemble (ce que le sujet nâoublie pas et ce quâon lui rappelle sans cesse), on ne peut donc pas permuter les couleurs du chat blanc et du noir, tandis quâavec les bateaux, lâun des deux peut se vider quand lâautre se remplit et rĂ©ciproquement.
Un troisiĂšme dispositif consiste en une boĂźte mĂ©canique actionnĂ©e par 4 boutons et prĂ©sentant 2 portes, lâune jaune et lâautre rouge. Le premier bouton ne produit rien, le n° 2 ouvre ou ferme la porte jaune, le n° 3 de mĂȘme pour la porte rouge et le n° 4 pour les deux portes ensemble. La situation est donc isomorphe Ă celle des bateaux et les questions se correspondent. Lâexamen terminĂ© on demande Ă nouveau des comparaisons avec les Ă©preuves prĂ©cĂ©dentes.
§ 6. Les stades I et II
Il est inutile dâinsister sur le stade prĂ©opĂ©ratoire I (5-6 ans) oĂč le sujet rĂ©ussit les opĂ©rations simples (charger, dĂ©charger, changer de couleur, etc.) dans la mesure (variable) oĂč il garde en sa mĂ©moire les conditions indiquĂ©es, mais oĂč il nâest pas capable de composer deux opĂ©rations.
Mie (6 ;2) indique plus ou moins bien ce quâil faut faire pour remplir ou vider les bateaux mais nây parvient pas lorsquâun des bassins est fermé : « On a les deux pleins et on les veut les deux vides : oĂč aller ? â (Il indique correctement le bassin 4.) â Et sâils ne peuvent pas entrer ici (4) ? â LĂ (2). â Quâest-ce quâils font ? â Ils se vident. « AprĂšs lâĂ©preuve des chats on demande si « les jeux se ressemblent ? â Non. â Quâest-ce quâil y a de diffĂ©rent ? â Rien ».
Cal (6 ;2) : « Les deux sont pleins, on veut les deux vides et le port ici (4) est fermĂ©. â ⊠â On ne peut pas dans les autres ports ? â Non. » Les portes : « On veut les deux ouvertes. â Avec ça (4). â Et sans ce bouton ? â ⊠â Tu peux ? â Non. »
Par contre, dĂšs le niveau IIA on trouve une majoritĂ© de sujets pour rĂ©ussir les compositions demandĂ©es, mais ils Ă©chouent aux comparaisons de structure et parfois aux questions dâordre et dâinvolution :
Bad (7 ;1) : « Les deux bateaux sont vides et on veut quâils soient pleins ? â Les deux lĂ (4). â Et dâune autre maniĂšre ? â Le rouge prend du sucre lĂ (2) et le jaune aprĂšs prend du charbon lĂ (3). â On a les deux pleins et on veut les deux pleins Ă la fin. â Le jaune dĂ©charge du charbon ici (3) et lĂ (2) le rouge dĂ©charge (du sucre) et puis lĂ (4) le jaune prend (du charbon) et le rouge prend du sucre. â Et on peut avoir la mĂȘme chose dâune autre maniĂšre ? â Les deux (bateaux) lĂ (4) : le jaune et le rouge se dĂ©chargent et le rouge prend lĂ (2) du sucre et lĂ (3) le jaune prend du charbon. â Et dâune autre maniĂšre ? â Non. » Il manque par contre lâinvolution. AprĂšs lâĂ©preuve des chats, il pense que câest « la mĂȘme chose » que celle des bateaux. Pour les portes, il rĂ©ussit lâinvolution : « On a la rouge ouverte et la jaune fermĂ©e et on veut la mĂȘme chose. Quels boutons ? â Celui-lĂ (1 = sans changement). â Et dâune autre maniĂšre ? â Non. â Pense bien. â Tourner la jaune (2) : deux fois la jaune⊠â Et ici (4) ? â La mĂȘme chose : la rouge se ferme et la jaune sâouvre et puis aprĂšs la rouge se rouvre et la jaune se ferme. â Et comme ça ? (on change lâordre dâune sĂ©quence). â La mĂȘme chose. » Comparaison finale : « Il y a des jeux qui se ressemblent ? â Non. â Tous diffĂ©rents ? â ⹠Oui. â Il y en a un qui ressemble plus Ă celui-lĂ (bateaux) ? â Non. â Et celui-lĂ (chats) ? â Non. »
Fra (7 ;6) voit dâemblĂ©e deux maniĂšres diffĂ©rentes pour vider les bateaux pleins. Puis : « Ils sont les deux pleins. On veut la mĂȘme chose. â Ils vont se vider lĂ (4) et aprĂšs se remplir lĂ (2) et lĂ (3). â Et si on change lâordre câest la mĂȘme chose ? â Non. (Essai.) Oui. â Et comme ça (autre changement) ? â Oui. » Involution : « Si on entre une fois ici (3) ? â Le jaune se vide. â Et encore une fois ? â De nouveau plein. â Et ici (4) aussi ? â Non⊠Oui. » AprĂšs les chats : « Il y a quelque chose de pareil, etc. ? â Les jeux sont diffĂ©rents. â Pourquoi ? â LĂ (chats) il y a un carrĂ© (dispositif gĂ©nĂ©ral) et lĂ (bateaux) il y a de lâeau partout. â Mais tu as jouĂ© de la mĂȘme maniĂšre ? â Non, lĂ il y a des caves et lĂ de lâeau. » Portes : tout est rĂ©ussi.
Car (7 ;2). « On a les deux bateaux vides et on veut Ă la fin les deux vides. â Celui-lĂ (jaune) va se remplir lĂ (3) et puis le rouge ici (2) et puis ils se revident lĂ (4). â Et si on fait 4, 3, 2 ? â Ăa change. â Pourquoi ? â Ils se remplissent ici (4), aprĂšs ici (3) le jaune se vide et aprĂšs le rouge ici (2). â Alors câest la mĂȘme chose ? â Oui. â Et comme ça (2, 3, 4) ? â La mĂȘme chose. » Comparaison avec les chats : « Ils sont diffĂ©rents ; lĂ il y a des bateaux et lĂ des chats. » On essaie dâinsister sur les actions et les rĂ©sultats : « Non parce quâil y a (bateaux) un jaune et un rouge et lĂ (chats) un noir et un blanc. »
LĂŒP (8 ;8), mĂȘmes rĂ©ussites. Comparaisons : « Les deux jeux sont la mĂȘme chose. â Pourquoi ? â Parce quâon a toujours la mĂȘme chose (bateaux) et lĂ (chats) la mĂȘme chose une fois (noirs). â Quelles sont les diffĂ©rences ? â Les chats entrent dans le charbon et puis dans lâeau. Les bateaux sont dĂ©jĂ dans lâeau. â Il y a dâautres diffĂ©rences ? â Les chats deviennent noirs et lĂ non. » Comparaison gĂ©nĂ©rale 5 : « Il y a des jeux qui se ressemblent ? â Ces deux (chats et bateaux) et ces deux (portes et disque). â Lequel ressemble le plus à ça (portes) ? â Aucun. »
Cla (8 ;11). Comparaison bateaux-chats : « Câest la mĂȘme chose. Si on rentre deux fois ici les chats sortent noirs. Si les bateaux entrent deux fois ici (3 : cailloux noirs) ils sortent comme avant. â Il nây a pas de diffĂ©rences ? â Ici les bateaux prennent (quelque chose), lĂ les chats changent de couleur. » Comparaison gĂ©nĂ©rale : portes et bateaux « câest la mĂȘme chose », chats et portes aussi, disque et bateaux non.
Has (8 ;6). Bateaux et chats : « Câest le mĂȘme type de jeux. â Pas de diffĂ©rence ? â Non. â Avec les bateaux on peut avoir le contraire : un se vide quand lâautre se remplit, ou lâinverse ? â Oui. â Et avec les chats ? â Non. â Il y a dâautres diffĂ©rences ? â Câest la seule. »
Nie (8 ;5) : « Câest exactement le mĂȘme jeu mais lĂ il y a des bateaux et lĂ des caves. â  ⹠Pense Ă ce que tu as pu faire. â ⊠â Tu as pu tout faire avec les chats ? â Il nây a pas de diffĂ©rence, sauf quâici il y a un port, etc. â Pour faire le contraire, tu as pu lâavoir ici (chats) â Non. â Et ici (bateaux) ? â Oui. » Comparaison gĂ©nĂ©rale : « Il y a des jeux qui se ressemblent ? â Oui, parce que là ça fait un bateau rouge et un jaune et lĂ il y a une porte jaune et une rouge. â Dâautres ressemblances ? â Les deux parce que câest 2 chats et 2 bateaux. »
Sim (8 ;4). Bateaux et chats : « Câest Ă peu prĂšs la mĂȘme chose. â On peut faire la mĂȘme chose avec les deux ? â Non, les bateaux Ă la sortie pouvaient avoir dâautres couleurs (celles du chargement) et les chats non. â Quand les bateaux entrent deux fois dans le mĂȘme port, câest la mĂȘme chose quâavant ? â Oui. â Et les chats ? â Non. â Us sont comment ? â Deux fois noirs. »
Le premier intĂ©rĂȘt de ces faits est lâĂąge de rĂ©ussite des diverses compositions demandĂ©es, encore manquĂ©es au niveau prĂ©opĂ©ratoire mais dominĂ©es dĂšs 7 ans en moyenne. Ce nâest pas un hasard, puisque câest lĂ le niveau de la construction spontanĂ©e des classifications multiplicatives, ou tables Ă double entrĂ©e : (A.B), A.(non-B) (non-A et B) et (ni A ni B). Or le problĂšme des bateaux (et celui des portes) repose entiĂšrement sur une telle structure, les opĂ©rations du groupe de Klein ne consistant alors quâĂ passer de lâun des quatre casiers Ă un autre, avec les significations suivantes : A â prĂ©sence et donc changement possible de lâĂ©lĂ©ment (tel que les cailloux noirs) ; non-A = absence de A et donc manque de changements possibles (charger ou dĂ©charger) ; B = prĂ©sence et changement possible de lâautre Ă©lĂ©ment (cailloux blancs) et non-B : absence et donc non-modification possible de B. Quant aux opĂ©rations, elles ne consistent quâen rĂ©ciprocitĂ©s, selon les diagonales si la table est carrĂ©e : par exemple, passage de (A. B) Ă {non-A). {non- B) ou lâinverse ; et en semi-rĂ©ciprocitĂ©s selon les trajets verticaux ou horizontaux dâune table carrĂ©e : passage de (A. B) Ă A. {non-B) ou Ă {non-A) .B, etc. Ce groupe de quaternalitĂ© ne revient donc quâĂ actualiser par abstraction rĂ©flĂ©chissante les opĂ©rations mĂȘmes quâutilise le sujet lorsquâil construit une classification double ou matrice multiplicative. Il est alors instructif de constater que cette actualisation, sous forme dâopĂ©rations ou sĂ©parĂ©es ou coordonnĂ©es de diverses maniĂšres (voir les changements de trajets ou les retours au point de dĂ©part identique chez Bad, Fra, etc.), se produit dĂšs le niveau oĂč le sujet les emploie globalement lorsquâil se borne Ă classer concrĂštement des objets selon les deux dimensions dâune table Ă double entrĂ©e.
Mais, sâil y a lĂ un remarquable exemple dâabstraction rĂ©flĂ©chissante, elle ne conduit encore nullement Ă une abstraction rĂ©flĂ©chie, câest-Ă -dire Ă une prise de conscience de ces opĂ©rations qui seraient alors thĂ©matisĂ©es en devenant des objets de pensĂ©e, aprĂšs nâavoir Ă©tĂ© quâeffectuĂ©es Ă titre dâinstruments pour atteindre un rĂ©sultat. A cet Ă©gard les comparaisons demandĂ©es entre les diverses Ă©preuves, pourtant rĂ©ussies, sont trĂšs significatives. Les sujets de 7 ans rĂ©agissent encore comme aux niveaux prĂ©opĂ©ratoires : il nây a rien de pareil entre les jeux parce que le matĂ©riel est diffĂ©rent, la forme des opĂ©rations nâĂ©tant donc pas diffĂ©renciĂ©e de leur contenu. Les sujets de 8 ans, par contre, commencent Ă penser aux actions elles- mĂȘmes et donc Ă un dĂ©but de formes, mais ils nâaperçoivent nĂ©anmoins en rien les diffĂ©rences de structures, dont lâinversion possible dans le cas des bateaux et non pas dans celui des chats : tout leur paraĂźt semblable et si lâon insiste sur les diffĂ©rences, ils en reviennent Ă celle des contenus (couleurs, locaux, etc.). Pourtant, si on les questionne sur la rĂ©versibilitĂ©, ils reconnaissent lâopposition (voir Has, Nie et Sim) mais, Ă eux seuls, ils nây attribuaient aucune importance sans voir quâil y a lĂ une distinction essentielle de structure. En un mot, ils savent agir de façon adĂ©quate, ce qui suppose une abstraction rĂ©flĂ©chissante non consciente Ă partir de leurs pouvoirs antĂ©rieurs de constructions concrĂštes, mais ils nâen tirent aucune abstraction « rĂ©flĂ©chie ».
§ 7. Les niveaux IIB et III
Au sous-stade IIB (9-10 ans), on trouve encore de nombreux rĂ©sidus du type prĂ©cĂ©dent de comparaisons, mais on note un progrĂšs en ce sens que le sujet acquiert le sentiment dâune diffĂ©rence de structure entre les questions de bateaux et de chats, mais sans savoir encore le localiser sur le point central des opĂ©rations inverses :
Rac (9 ;3) : « Câest pas la mĂȘme chose : lĂ (bateaux) ils sont obligĂ©s de se sĂ©parer et ici (chats) non. LĂ ils vont lâun aprĂšs lâautre et ici les deux ensemble. « Câest bien ce qui empĂȘche les inversions dans le cas des chats, mais Rac ne le dĂ©gage pas, tout en sachant rĂ©pondre aux questions plus dĂ©taillĂ©es : « Si les bateaux entrent deux fois dans le mĂȘme port ? â Ils seront vides. â La mĂȘme chose quâau dĂ©part ? â Toujours. â Et lĂ (chats) ? â Noirs. »
Ren (10 ;8) dit des bateaux et des portes : « Ils sont exactement la mĂȘme chose » et il indique avec prĂ©cision la correspondance entre chaque bouton et chaque bassin du port. Mais pour les chats, « il manque les deux ensemble, le charbon et la farine », donc le casier A.B, dâoĂč la non-correspondance des compositions, mais sans allusion spontanĂ©e Ă la rĂ©versibilitĂ©.
Bab (11 ;2) Ă©galement : « Câest pas la mĂȘme chose⊠parce quâil y a ici (bateaux) un port qui en vaut deux (AB = A non-B + non-A et B) » et pas dans le cas des chats.
Au stade III enfin, on trouve des réponses dégageant explicitement la réversibilité dans le cas des bateaux et des portes par opposition aux chats :
Rel (11 ;6) : « Les bateaux peuvent inverser mais pas les chats. »
Max (11 ;6) : « Les chats peuvent pas se changer de couleur, tandis que les bateaux peuvent changer de chargement. »
Ago (11 ;9) : « Là (bateaux) on peut avoir le contraire, là non. »
Dub (12 ;6) : « On a pu tout faire avec les deux jeux ? â Les chats ne peuvent pas sortir comme avant (inversion de lâinversion). »
Il est surprenant que la rĂ©versibilitĂ©, dont la formation a certes Ă©tĂ© laborieuse au cours des stades prĂ©opĂ©ratoires mais dont lâutilisation devient gĂ©nĂ©rale en presque tous les domaines Ă partir du niveau IIA de 7-8 ans, ne donne ainsi lieu Ă une abstraction rĂ©flĂ©chie quâau stade III qui est celui des « rĂ©flexions sur les rĂ©flexions. Dans le cas des rotations de la section I de ce chapitre, ce nâest quâĂ ce stade III que se constituent dâemblĂ©e les compositions entre couples (tels que ou 0 â , etc.), tandis quâavec les transformations beaucoup plus simples et dâune rĂ©versibilitĂ© de type Ă©lĂ©mentaire (introduire ou enlever) qui caractĂ©risent les prĂ©sentes Ă©preuves ces compositions intercouples sont aisĂ©es dĂšs le niveau IIA. Mais dans les deux cas, lâabstraction rĂ©flĂ©chie (description dĂ©taillĂ©e des actions propres dans le cas des compositions de rotations de la seetion I et comparaison entre Ă©preuves dans ce quâon vient de voir) ne se constitue quâau stade III. Ce quâun tel fait suggĂšre est alors que pour parvenir au groupe INRC (en son utilisation et non pas naturellement en tant que reprĂ©sentation rĂ©flexive de cette structure) le sujet a besoin dâabstractions rĂ©flĂ©chies pour distinguer les diverses compositions en jeu dans les « ensembles de parties » et notamment pour diffĂ©rencier les situations dâinversion N et de rĂ©ciprocitĂ© R : dâoĂč sa formation tardive au stade III seulement. En ce sens les prĂ©sents rĂ©sultats nous ont apportĂ© un complĂ©ment dâinformation utile par rapport Ă ceux de la section I.