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Semestre de printemps 2020 : enseigner à la FTI au temps du covid-19 par Marianne Starlander, adjointe au Décanat pour la communication

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Qu’allons-nous retenir à la FTI de ce semestre de printemps si particulier ? L’objectif de cet article est double : garder un souvenir de cette période pleine de défis et partager nos expériences. Notre Faculté a réussi à mettre en place des solutions d’enseignement à distance avec une réactivité qui a permis de poursuivre le semestre sans interruption. Quelles ont été ces solutions ? L’idée n’est pas de dresser un tableau exhaustif des pratiques privilégiées par les enseignant-es, mais plutôt de présenter les témoignages recueillis auprès de nos collègues des Départements de traduction, d’interprétation et de traitement informatique multilingue.

Pour les cours de traduction, la solution adoptée le plus souvent pourrait se résumer à la formule (magique ?) Zoodle, c’est-à-dire à l’utilisation combinée de Moodle et de Zoom. Le déroulement d’un cours de traduction avec Zoom alterne partage d’écran de l’enseignant-e et interactions avec les étudiants, l’objectif étant d’aboutir ensemble à une solution de traduction ou d’effectuer une recherche par étapes. Des variantes sont proposées en fonction du niveau (Ba ou Ma) et selon le nombre d’étudiant-es qui assistent au cours.

Prenons l’exemple du cours Pratique de la traduction EN-FR suivi par 48 étudiant-es de Ba, normalement scindé en deux groupes en présentiel. L’enseignement à distance permet à Mme Gabrielle Rivier de réunir toutes et tous les étudiant-es grâce à Zoom le temps d’un cours d’une durée maximale de 2h15. Cette longue séance s’articule autour d’activités alternant exercices, discussions et recherches en direct sur le Web. Les cours sont enregistrés et mis en ligne, une pratique saluée par les étudiant-es du Ba, qui disent apprécier la possibilité de (re)voir les séances après le cours. En outre, l’enseignante utilise une grande variété de canaux de communication avec les étudiant-es : Moodle et Zoom, mais aussi Whatsapp pour des interactions rapides de dernière minute et Skype pour des entretiens personnalisés. Malgré tous les moyens mis en œuvre, Mme Rivier remarque que les inégalités entre étudiant-es se creusent : « Celles et ceux qui avaient encore besoin d’être tenu-es par la main sont perdu-es, alors que d’autres ont été surstimulé-es par la situation ».

« Nous vivons une période passionnante et stimulante qui permet d’explorer de nouvelles solutions et activités. Cependant, je remarque aussi que l’enseignement à distance creuse les inégalités. » (Mme Gabrielle Rivier, chargée d’enseignement et collaboratrice scientifique à l’Unité de français du Département de traduction)

La pratique est similaire au niveau de la Ma, même si le choix des outils peut varier. Moodle est parfois assorti d’Adobe Connect au lieu de Zoom, mais le déroulement des cours est similaire, à quelques différences près selon la combinaison linguistique, l’équipement dont disposent les étudiant-es et la performance de leur connexion Wifi. Dans le cadre de ses cours de traduction juridique, Mme Samantha Cayron fonctionne plus ou moins de la même façon qu’en présentiel, mais le fait d’avoir toutes les ressources à disposition directement sur l’ordinateur lui permet de passer plus vite d’un support à un autre et d’accéder rapidement aux documents à partager. Comme elle travaille avec de petits effectifs, l’enseignante préfère s’assurer que tout le monde est en mesure de participer au cours en direct pour permettre une bonne dynamique de groupe. Paradoxalement, l’enseignante et les étudiant-es, qui partagent le même écran une fois leurs caméras activées et occupent la même place, semblent plus proches.

« Cette forme de travail me convient bien, mais il faut dire que je suis bien équipée avec mes trois écrans à la maison. Il semble aussi que les étudiant-es sont mieux concentré-es. Il y a aussi des inconvénients comme le fait de devoir partager un espace confiné et les ressources en Wifi avec les autres membres de ma famille. » (Mme Samantha Cayron, collaboratrice scientifique à l’Unité d’espagnol du Département de traduction)


Sur 133 réponses au sondage lancé par les moniteurs et monitrices informatiques de la FTI afin de déterminer les besoins en matière de support informatique, 95,5 % des étudiant-es déclarent disposer du matériel nécessaire pour suivre les cours et 85,7 % ont accès à une connexion Internet stable. Il faut noter que 56,4 % des répondant-es étaient des étudiant-es en Ba.


Si l’enseignement à distance présente un certain nombre d’avantages, il comporte également des inconvénients, fréquemment cités dans les témoignages recueillis : cette nouvelle modalité d’enseignement demande plus de temps de préparation et de correction, comme le souligne notamment Mme Ouafa Jarrai, qui rédige un corrigé complet reprenant les discussions sur les traductions proposées. Ce document, qui est ensuite déposé sur Moodle, permet aux étudiant-es absent-es de se tenir au courant des points vus en cours. La préparation de ce type de document et, de manière générale, de supports complémentaires apporte une valeur ajoutée par rapport au cours en présentiel, mais représente également une charge de travail supplémentaire.

Si, comme l’ont évoqué certain-es enseignant-es, le lien avec les étudiant-es est maintenu malgré la distance, pour d’autres, les échanges avec les étudiant-es ne sont pas les mêmes qu’en présentiel. En effet, dans le cas où la connexion Internet n’est pas suffisamment puissante pour permettre l’activation de la caméra, le contact est plus difficile et établir un lien peut relever du défi.

« Je vois le bénéfice d’avoir pu suivre les formations pour préparer l’enseignement par le e-Ba, notamment au niveau de l’utilisation des outils. » (Mme Ouafa Jarrai, chargée d’enseignement à l’Unité d’arabe et à l’Unité de français du Département de traduction)

Dans les cours à grands effectifs, comme le cours de Ba Langues de spécialité, la solution adoptée varie légèrement. Pour faire face à la situation du Covid-19, le cours fonctionne en mode classe inversée « allégée ». Les étudiant-es ont accès à un module d’activités (H5P sur Moodle) proposant des contenus interactifs (vidéos et quiz), ainsi que des lectures. Ils/elles ont ensuite la possibilité de poser des questions par Zoom, à l’horaire habituel du cours. L’avantage de cette configuration est que le contenu est disponible à l’avance, ce qui laisse le temps aux étudiant-es de travailler avant le cours (mais aussi pendant, ou après, en fonction de leurs contraintes propres). Au début de la séance Zoom, les étudiant-es se connectent et les enseignantes engagent la discussion avec des questions posées par les étudiant-es en direct, vues pendant les tests ou postées sur le forum Moodle. La discussion avec et entre les étudiant-es est très disciplinée et se fait en partie par l’activation de l’audio des participant-es et via le chat.

Les étudiant-es semblent prêter une grande attention aux consignes données et les enseignantes n’ont pas remarqué d’effet négatif sur les résultats des travaux. Par contre, ce mode de fonctionnement, « en urgence », demande beaucoup plus de temps de préparation : adapter le cours au format H5P via Moodle requiert une scénarisation du cours pour le rendre interactif, la préparation d’exercices ainsi que l’enregistrement de vidéos et la création de quiz/tests en ligne. Ce fonctionnement implique aussi beaucoup de travail de suivi : correction des exercices, réponses sur le forum Moodle ou par e-mail.

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Qu’en est-il des travaux pratiques effectués en salle informatique, dans le cadre du cours de Corpus pour la traduction de Ma par exemple ? En temps normal, les étudiant-es rendaient leurs exercices sur papier (ou traitement de texte). Cette année, ils/elles donnent les réponses aux exercices uniquement sous forme de quiz Moodle, qui permettent de fournir un feedback automatique détaillé en ligne. Ce mode de fonctionnement demande une bonne préparation et un accompagnement important. Ainsi, des séances individuelles dédiées au suivi des travaux sont mises en place via Zoom.

« Recréer une dynamique d’apprentissage pour un cours pratique, en groupe, sur les outils informatiques a été un véritable défi, à distance et dans l’urgence, mais cette expérience a permis de réfléchir à des dispositifs pédagogiques innovants. » (Mme Aurélie Picton, Professeure au Département de traitement informatique multilingue)

« Les vidéos et les quiz mis en place sur Moodle pour l’enseignement à distance ont bien fonctionné et vont certainement être maintenus après le Covid-19 » (Mme Julie Humbert-Droz, chargée d’enseignement et assistante au Département de traitement informatique multilingue)

 

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Prenons maintenant un exemple d’enseignement au Département d’interprétation. Comment donner à distance le cours d’interprétation consécutive générale, qui concerne toutes et tous les étudiant-es de première et deuxième années confondues, c’est-à-dire environ 25 participant-es ?
M. Ian Newton souligne que dans l’enseignement de l’interprétation, la communication entre humains occupe une place centrale, raison pour laquelle les cours en présentiel sont privilégiés. Transposer ce type de cours à distance représente un véritable défi. En effet, toutes les combinaisons linguistiques, par exemple vers l’anglais, le russe ou l’allemand, y sont représentées. Dans cette nouvelle situation, quelles sont les compétences que nous pouvons continuer à transmettre à nos étudiant-es ?

La clé de voûte de l’enseignement à distance en interprétation a été la nouvelle plateforme TR@IN, qui est venue remplacer la plateforme Virtual Institute et a heureusement pu être mise en service juste avant le confinement. Le principe est le suivant : les discours sont disponibles pendant un certain temps sur TR@IN. Les étudiant-es peuvent les visionner et en interpréter certains, puis enregistrer leur interprétation et la déposer sur la plateforme. L’avantage est que tous les discours sont accessibles à toutes et tous en même temps pendant une durée donnée. En effet, en présentiel, seul un nombre limité d’étudiant-es (environ 12 pour une séance de 2x30 minutes) peut véritablement interpréter et obtenir un retour, alors qu’avec le système actuel, l’ensemble des participant-es, toutes combinaisons confondues, peut s’exercer et obtenir un feedback. Encore une fois, cette nouvelle organisation se traduit par un travail de préparation plus important, car il faut prévoir des discours dans toutes les combinaisons, compresser les fichiers et les charger sur la plateforme (une opération technique qui peut prendre jusqu’à 60 minutes par discours !). Pour le moment, le retour sur les interprétations se fait sur l’ancienne plateforme, qui comporte un module de correction/feedback. Le principal inconvénient est que les discours sont enregistrés alors que, lors des cours en présentiel, ils sont prononcés en direct par les oratrices et les orateurs. Les conditions de l’exercice ne sont donc pas les mêmes.

« Le fait de travailler à distance ne donne pas la même richesse d’apprentissage qu’en présentiel et les conditions de préparation et de travail ne sont pas les mêmes mais cela donne la possibilité de faire plus d’exercices. » (M. Ian Newton, chargé d’enseignement au Département d’interprétation)


Pour conclure, il ressort de ces quelques témoignages un certain nombre de points positifs de cette expérience « forcée » qu’est l’enseignement à distance, comme la grande capacité d’adaptation des étudiant-es, le fait qu’ils-elles étaient plutôt bien équipé-es, ce qui a permis d’éviter globalement les problèmes techniques. L’expérience acquise au préalable par certain-es enseignant-es dans le cadre de la mise en place du e-BA au semestre d’automne 2019 a certainement été d’une aide précieuse. L’enseignement à distance a également insufflé une dynamique nouvelle aux cours, mais souvent au prix d’un temps de préparation et de correction démultiplié pour les enseignant-es et d’un creusement des inégalités entre les étudiant-es.

Certaines pratiques mises en place pour faire face à cette situation exceptionnelle seront pérennisées, comme l’enregistrement des cours ou le temps investi dans les ressources mises à disposition sur Moodle. L’objectif est de permettre, dans le cadre de cours à grands effectifs, de décharger les auditoires afin de respecter à l’avenir les règles de distanciation, selon l’évolution de la situation sanitaire, notamment au semestre d’automne 2020 ; le but final reste cependant un retour, en temps voulu, à un enseignement en présentiel.

L’expérience de quelques examens en ligne aux départements de traduction et de traitement informatique multilingue

Examens de Méthodologie de la traduction FR-ES II, Pratique de la traduction FR-ES II, Traduction, révision et post-édition FR-ES, Traduction économique et financière FR-ES II/EN-ES II
(Marta Villacampa Bueno, chargée d’enseignement à l’Unité d’espagnol du Département de traduction)

En juin, les sujets d’examen à traduire, en deux heures, ont été envoyés par e-mail au format Word et, contrairement aux autres sessions, les étudiant-es ont eu accès à toutes les ressources désirées : dictionnaires, notes de cours, le Web, etc. Les textes à traduire étaient plus courts que d’habitude mais, en contrepartie, les étudiant-es devaient expliquer leur traduction, une exigence supplémentaire qui nous a permis, entre autres, de nous assurer que c’était bien elles/eux qui avaient effectué l’examen. L’Unité d’espagnol a été la seule à opter systématiquement pour une surveillance par caméra Zoom. Ce système nous a permis non seulement de voir l’étudiant-e travailler devant son ordinateur, mais aussi de gérer les problèmes techniques : certain-es candidat-es ont dû relancer leur machine et nous avons ainsi pu compenser les minutes perdues en leur allouant du temps supplémentaire.

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Examen d’Économie et transcréation – Finance et marketing multilingue
(Marta Villacampa Bueno, chargée d’enseignement à l’Unité d’espagnol du Département de traduction)

Normalement, ce cours donne lieu à un examen écrit sur les connaissances théoriques enseignées. Pour la session de juin, nous avons opté pour un examen oral, sur Zoom. Cette plateforme propose une option appelée « salle d’attente », qui nous permet d’interroger les étudiant-es à tour de rôle. Si ce choix s’est avéré judicieux compte tenu des circonstances, les candidat-es ont dû faire face à une source de stress supplémentaire.

Globalement, l’expérience des examens à distance a été plus facile à vivre que celle de l’enseignement virtuel. La préparation des cours en ligne, une tâche plus exigeante, a en effet entraîné une surcharge de travail conséquente due, entre autres, à la gestion des classes à distance.

Examen de Gestion et recherche documentaires
(Marianne Starlander, chargée d’enseignement au Département de traitement informatique multilingue)

L’examen a eu lieu en ligne et a pris la forme d’un quiz à effectuer sur Moodle à un horaire défini. C’est la deuxième année que l’examen se présente sous cette forme, mais c’est la première fois que les étudiant-es le passent à distance, depuis chez eux. À la différence de l’année dernière, les étudiant-es avaient accès à toutes leurs ressources et au Web. Face à cette nouvelle donne, des exercices pratiques ont été ajoutés pour compléter les questions classiques sur le cours. Par exemple, une des questions ouvertes consistait à effectuer une recherche en direct sur le Web en utilisant le langage documentaire acquis pendant le semestre. Le plus difficile, lors de la mise en place d’un examen de ce genre, est de bien évaluer le temps nécessaire à sa réalisation. Pour un examen qui dure 1 heure, combien de questions de type QCM, appariement, vrai/faux ou de questions ouvertes faut-il prévoir ? En tout, 60 % des étudiant-es ont utilisé la totalité du temps imparti, et 36 % d’entre elles/eux ont travaillé jusqu’à l’enregistrement automatique final.

Les résultats sont tout à fait comparables à ceux obtenus l’année dernière. En moyenne, ils sont seulement légèrement meilleurs que ceux observés lorsque l’examen se faisait également par le biais d’un quiz sur Moodle, mais en présentiel et en utilisant l’interface sécurisée SEB. Cet environnement sécurisé permet de bloquer l’accès à toute autre page que la page de l’examen. Il faut noter qu’aucun problème technique n’est survenu pendant l’examen et que seul-es 3 étudiant-es ont eu recours au forum technique mis en place par les informaticiens. Les candidat-es pouvaient aussi poser leur question sur l’examen en lui-même directement par courrier électronique à l’enseignante. Dans l’ensemble, cette formule a bien fonctionné. L’avantage de ce type d’examen est que le temps de correction est réduit, puisque l’enseignante peut se concentrer sur les questions ouvertes et se contenter de vérifier rapidement les questions fermées (QCM, appariement, v/f) corrigées automatiquement. Cela représente un gain de temps précieux qui compense le temps de préparation accru.

Formation continue

Dans le cadre de la formation continue universitaire, la FTI dispense des cours en traductologie, méthodologie de la traduction, traduction (économique, juridique, technique, littéraire), rédaction, rédaction technique, traduction assistée par ordinateur, terminologie et interprétation. Ces formations s’adressent aux professionnels souhaitant perfectionner leur pratique ou approfondir leurs connaissances dans des domaines précis.
Vous trouverez ici le programme.