Entretien

LA PAROLE À… ALEXANDER KÜNZLI

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Alexander Künzli est professeur associé à la Faculté de traduction et d’interprétation (FTI) depuis 2012. Diplômé en traduction, titulaire d’une licence en psychologie et d’un doctorat en linguistique française, il est responsable de l’Unité d’allemand et assure en outre le rôle de rédacteur en chef de la revue Parallèles. Ses recherches portent sur la traduction audiovisuelle, domaine dans lequel il organise également des formations continues. Dans cette édition de l’e-bulletin, il revient sur deux projets qu’il mène sur le sous-titrage.

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Félicitations, vous avez récemment obtenu deux subsides du Fonds national suisse (FNS). Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Merci ! Le premier projet – Subtitling The Geneva International Film Festival (SUBGIFF) – a démarré en décembre 2025. En collaboration avec le festival, nous étudions le cycle complet de sous-titrage des films et des séries sur deux éditions, celles de 2025 et de 2026. Nous analysons les choix linguistiques et techniques qui doivent être faits en matière de sous-titrage, nous assurons l’organisation du travail – de la sélection des œuvres à sous-titrer jusqu’à leur projection – et nous étudions l’impact de ces pratiques sur l’expérience du public.

Le deuxième projet – Swiss Film Subtitling: Historical, Archival and Computational Perspectives (SWIFISUBS) – débutera en août. Mené conjointement avec le Département d’études cinématographiques de l’Université de Zurich, il s’agit du premier projet qui examine en profondeur le processus de création des sous-titres en Suisse, la manière dont le sous-titrage a évolué à travers différentes époques et différents supports, ainsi que les acteurs-clés du domaine.

Abordons tout d’abord plus en détail le projet SUBGIFF. Y a-t-il un aspect que vous aimeriez mettre en avant ?

Ce projet bénéficie d’un financement FNS Spark, qui soutient des projets innovants et à haut risque, souvent sans données préliminaires. Et effectivement, malgré l’importance des festivals du film dans la vie culturelle et le rôle central du sous-titrage dans la diffusion des œuvres, aucune recherche n’a encore proposé de cadre analytique intégrant à la fois le processus de production, les attentes du public, et les caractéristiques des sous-titres créés spécifiquement pour des festivals.

Avec ma collaboratrice, la docteure Sevita Caseres, nous analysons les sous-titres d’une sélection de films et de séries, mais aussi des entretiens : avec la direction et le bureau de programmation du festival, le prestataire chargé de la création et de la projection des sous-titres, les sous-titreurs et sous-titreuses mandatés par ce dernier, et les étudiantes de la FTI qui suivent un stage de sous-titrage. Lors de l’édition 2026 du festival, début novembre, nous sonderons également les réactions du public à l’aide de questionnaires distribués à la fin des projections.

Depuis le lancement du projet, quels sont les principaux défis que vous avez rencontrés et quels résultats espérez-vous obtenir ?

Le premier défi tient au caractère éphémère des festivals : les sous-titres étant souvent créés pour une seule projection, nous devons observer le travail sur le terrain, parfois dans l’urgence. Un autre enjeu fondamental est d’établir une relation de confiance avec les acteurs concernés. Évaluer un sous-titrage soumis à de nombreuses contraintes – temporelles, financières, logistiques – soulève inévitablement la question de la qualité. Nous accordons donc beaucoup d’importance au fait d’expliquer les objectifs de notre démarche, qui ne juge pas le travail effectué, mais qui cherche à identifier les conditions nécessaires à un sous-titrage satisfaisant pour toutes les parties prenantes.

Ces questions seront approfondies lors d’une table ronde organisée à Uni Mail en novembre 2026, réunissant des spécialistes d’Europe et d’Asie. Les échanges donneront lieu à la publication d’un ouvrage collectif, prévue pour l’automne 2027.

Venons-en au projet SWIFISUBS. Quel est son objectif ?

Ce projet réunit traductologie et études cinématographiques pour étudier le rôle du sous-titrage dans l’histoire du cinéma suisse. Il repose sur le développement d’une méthodologie pour l’annotation multimodale d’un corpus d’une centaine de films suisses de fiction et documentaires, intégrant les dimensions visuelle, auditive et textuelle. Un phénomène qui m’intéresse particulièrement est la retraduction : une même œuvre peut être sous-titrée différemment pour un festival, une sortie en salle, une édition DVD, puis, des décennies plus tard, pour une plateforme de streaming.

Le projet s’appuiera aussi sur des documents d’archives et des entrevues menées avec des spécialistes du sous-titrage, de la réalisation et des plateformes de streaming. Un des objectifs est la création d’une base de données contenant des informations-clés sur le sous-titrage du cinéma suisse, utile tant pour la recherche que pour les archives, les professionnelles et professionnels du cinéma et le grand public.

Quels sont les partenaires du projet ?

Ils sont nombreux, car il s’agit d’un projet sur quatre ans, doté d’un budget conséquent de CHF 1’173’312. Il réunit l’Université de Genève et l’Université de Zurich. La professeure Josephine Diecke, à Zurich, travaille au croisement des études cinématographiques et des humanités numériques, tandis que je représente la FTI et son expertise en traductologie. Nous collaborons aussi avec la Cinémathèque suisse, qui mettra à disposition ses collections de matériel filmique et non filmique (listes de dialogues, correspondances, critiques de films, etc.).

Un autre partenaire important est la plateforme de streaming Filmo, qui rend accessibles des classiques de l’histoire du film suisse grâce à des projets de restauration et de numérisation. Enfin, le travail d’annotation s’appuiera sur des outils open source développés avec des partenaires industriels en Suisse et en Allemagne.

Pour terminer, pouvez-vous nous dire quelques mots sur les axes de recherche que vous souhaiteriez développer à l’avenir ?

Un sujet de recherche qui me tient à cœur est la création de sous-titres comme outil pédagogique dans l’enseignement des langues étrangères. Si de nombreuses études ont mis en évidence l’intérêt des vidéos sous-titrées pour l’apprentissage des langues, relativement peu ont porté sur la valeur ajoutée de la création de sous-titres par les personnes apprenantes elles-mêmes. Cet axe prolonge une étude pilote menée avec mon équipe – Tinka Stössel et la docteure Sevita Caseres – sur le sous-titrage dans l’enseignement du français comme deuxième langue nationale au niveau secondaire en Suisse orientale. Étendre cette approche à l’enseignement de l’allemand en Suisse romande me paraît prometteur, compte tenu des défis pédagogiques et de la nécessité de légitimiser et de motiver cet enseignement.

Par ailleurs, la traduction audiovisuelle est liée aux questions d’accessibilité. Avec ma collègue, la professeure Annarita Felici, je travaille à l’élaboration d’un projet sur les pratiques de traduction audiovisuelle et d’accessibilité dans des musées suisses. Nous souhaitons analyser les politiques mises en place, les processus de production des contenus, ainsi que le profil des personnes réalisant les traductions. Nous nous intéressons également aux attentes du public, qu’il s’agisse de sous-titrage de vidéos d’exposition pour les personnes présentant une déficience auditive, de guides d’audiodescription pour les personnes malvoyantes ou aveugles, ou encore de brochures en langue facile à lire et à comprendre (FALC).