La Psychologie de l’intelligence ()

Préface a

Un livre sur la « Psychologie de l’intelligence » pourrait couvrir la moitié du domaine de la psychologie. Les pages qui suivent se bornent à esquisser un point de vue, celui de la constitution des « opérations », et à le situer le plus objectivement possible dans l’ensemble de ceux qui ont été soutenus. Il s’agissait d’abord de caractériser le rôle de l’intelligence eu égard aux processus adaptatifs en général (chap. I), puis de montrer, par l’examen de la « psychologie de la pensée », que l’acte d’intelligence consiste essentiellement à « grouper » des opérations selon certaines structures définies (chap. II). Ainsi conçue comme la forme d’équilibre vers laquelle tendent tous les processus cognitifs, l’intelligence soulève le problème de ses rapports avec la perception (chap. III), avec l’habitude (chap. IV), ainsi que les questions de son développement (chap. V) et de sa socialisation (chap. VI).

Malgré l’abondance et la valeur des travaux connus, la théorie psychologique des mécanismes intellectuels n’en est qu’à ses débuts, et l’on commence à peine à entrevoir le genre de précision qu’elle pourrait comporter. C’est ce sentiment de la recherche en cours que j’ai cherché à exprimer.

Ce petit volume contient la substance des leçons que j’ai eu le privilège de donner en 1942 au Collège de France, à une heure où les universitaires éprouvaient le besoin de marquer leur solidarité en face de la violence, et leur fidélité aux valeurs permanentes. Il m’est difficile, en récrivant ces pages, d’oublier l’accueil de mon auditoire, ainsi que les contacts que j’eus à ce moment avec mon maître P. Janet et avec mes amis H. Piéron, H. Wallon, P. Guillaume, G. Bachelard, P. Masson-Oursel, M. Mauss et tant d’autres sans oublier mon cher I. Meyerson, qui « résistait » ailleurs.

J. P.